Écho (III, 336-510)
 [Cfr Actu’ITINERA pour la traduction en vers libres, par Danièle Robert, des vers 316 Ă 510]
Écho le vit un jour qu’il poussait des cerfs timides dans ses toiles, Écho, qui ne peut se taire quand les autres parlent, qui pourtant jamais ne parla la première : elle Ă©tait alors une nymphe, et non une simple voix; et cependant dès lors, quoique nymphe causeuse, sa voix ne lui servait qu’Ă redire, comme aujourd’hui, les derniers mots qu’elle avait entendus. C’Ă©tait un effet de la vengeance de Junon. Cette dĂ©esse aurait souvent surpris dans les montagnes son Ă©poux infidèle; mais Écho l’arrĂŞtait longtemps par ses discours, et donnait aux Nymphes le temps de s’Ă©chapper. La fille de Saturne ayant enfin connu cet artifice : “Cette langue qui m’a trompĂ©e perdra, dit-elle, de son pouvoir, et tu n’auras plus le libre usage de ta voix”. L’effet suivit la menace, et depuis ce jour Écho ne peut que rĂ©pĂ©ter le son et doubler la parole.
[370] Elle vit Narcisse chassant dans les forĂŞts. Elle le vit et l’aima. Depuis elle suit secrètement ses pas. Plus près elle est de lui, plus s’accroĂ®t son amour. Tel le soufre lĂ©ger attire et reçoit la flamme qui l’approche. Ă” combien de fois elle dĂ©sira lui adresser des discours passionnĂ©s, et y joindre de tendres prières ! Mais l’Ă©tat oĂą Junon l’a rĂ©duite lui dĂ©fend de commencer; tout ce qu’il permet du moins elle est prĂŞte Ă l’oser. Elle Ă©coutera la voix de Narcisse, et rĂ©pĂ©tera ses accents.
Un jour que dans les bois il se trouvait Ă©cartĂ© de sa suite fidèle il s’Ă©crie : Quelqu’un est-il ici près de moi ? Écho rĂ©pond, Moi. Narcisse s’Ă©tonne, il regarde autour de lui, et dit d’une voix forte, Venez ! Écho redit, Venez! Il regarde encore, et personne ne s’offrant Ă ses regards, Pourquoi, s’Ă©crie-t-il, me fuyez-vous ? Écho reprend, Me fuyez-vous ? TrompĂ© par cette voix prochaine, Joignons-nous, dit Narcisse. Écho, dont cette demande vient de combler tous les vĹ“ux, rĂ©pète, Joignons-nous : et soudain, interprĂ©tant ces paroles au grĂ© de ses dĂ©sirs, elle sort du taillis. Elle avançait les bras tendus; mais il s’Ă©loigne, il fuit, et se dĂ©robant Ă ses embrassements : Que je meure, dit-il, avant que d’ĂŞtre Ă toi ! Et la Nymphe ne rĂ©pĂ©ta que ces mots, ĂŞtre Ă toi !
Lire la suite »