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UE : fin de partie pour une utopie post-moderne ?

Non classé 40 commentaires »
C’est joué d’avance : malgré les pouvoirs impressionnants que le Parlement européen s’est acquis au fil du temps dans toute sorte de domaines (grâce notamment à la procédure de codécision, mais aussi avec l’institutionnalisation progressive de la pratique de l’investiture de chacun des membres de la Commision), les citoyens vont, partout en Europe, bouder ces élections européennes. On va s’apercevoir que le taux de participation, qui ne cesse de baisser, est encore tombé de quelques points. Les commentateurs autorisés vont déplorer la frivolité des électorats, leur myopie nationale, leur manque de sens civique, leur ingratitude… Ils vont déplorer, une fois de plus, le détournement de ces élections européennes par les partis et les enjeux nationaux. Ils vont réclamer la création de vrais partis pan-européens, qui permettraient de “politiser” la composition du Parlement et, partant, de la Commission. Et de conférer ainsi de vrais enjeux à cette élection. Vaines invocations : être de de gauche n’a absolument pas le même sens en France et en Grande-Bretagne, en Pologne et en Suède. Comment le New Labour et le PS français pourraient-ils rédiger un programme commun ? Certains partis de centre-droit adhérents du PPE sont fédéralistes, comme la CDU, et d’autres souverainistes, comme les conservateurs britanniques - qui promettent de quitter le PPE, ce qui aurait l’avantage de clarifier les positions. Quant à la “politisation du Parlement et de la Commission”, imagine-t-on une Commission homogène, reflétant la majorité politique du Parlement, tentant d’imposer aux Etats une politique en contradiction complète avec avec les programmes sur lesquels auraient été élus leurs chefs de gouvernements ? Et si c’étaient les électeurs qui étaient dans le vrai ? Et si c’étaient les fondations intellectuelles elles-mêmes - si européennes par leur sophistication - sur lesquelles a été bâtie cette magnifique construction, l’Union européenne, qui étaient en train d’être rendues obsolètes par les conséquences intellectuelles de la crise ? Nous sommes sur le point de basculer dans un tout autre monde, un monde qui est peut-être celui de l’après-mondialisation. Or cette mondialisation, l’Union Européenne en a été à la fois un vecteur efficace et un symbole triomphant. Même si certains pays, comme la France, ont cru voir plutôt, dans l’UE, une “protection” contre la mondialisation et d’autres, comme les Britanniques et les Scandinaves,  plutôt une opportunité d’améliorer encore leur capacité exportatrice. Notre pauvre Union risque d’apparaître bientôt à ce titre comme le vestige abandonné d’une illusion datée. Lire la suite »

Les vraies inégalités

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Pour corriger les dysfonctionnements et les injustices de notre société, il convient d’abord d’en avoir une vue exacte et précisément mesurée. C’est pourquoi les politiques sociales, traditionnellement de la compétence des sociologues, seraient en train de passer aux mains des économistes, comme le constate François Dubet, pour le déplorer, dans son dernier livre, “le travail des sociétés”. Or, notre connaissance de la réalité sociale est trop souvent faussée par les slogans, non pas du jour, mais bien plutôt de la veille. Dans un pays où les dirigeants politiques ont de plus en plus tendance à réagir aux mouvements d’opinion, plutôt qu’en fonction d’un plan d’ensemble, cela donne parfois de piteux résultats. Notre politique sociale a souvent pêché de vouloir corriger les problèmes d’hier, plutôt que ceux d’aujourd’hui - comme nos généraux perdaient les guerres du moment, pour s’être longtemps préparés à la dernière…. Ainsi, les média vont répétant que, dans notre pays, “les inégalités de revenus explosent”, ou encore que “le partage de la valeur ajoutée s’est dégradé au détriment des salaires”. Qu’en est-il exactement ? Le rapport Cotis, qui vient de paraître, remet les pendules à l’heure. C’est sur la base des indications qu’il fournit que des négociations sociales informées et honnêtes pourront s’ouvrir, afin que le poids de la crise ne pèse pas prioritairement sur les plus faibles. Car les principales victimes de la crise sont et surtout seront, comme d’habitude, ceux que l’on n’entend pas.

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Du grain à moudre à Fleury Mérogis

Non classé 43 commentaires »
Nous avons donc passé la semaine à la plus grande maison d’arrêt de France, à l’occasion d’une invitation en bonne et due forme de l’administration pénitentiaire adressée à notre radio, France Culture. Qu’en aurais-je retenu ? Très peu de choses relevées sur place : l’administration a fait en sorte que nous ne croisions que très exceptionnellement des détenus. L’architecture de Fleury est telle que la grille d’une “tripale” ne peut être ouverte que lorsque les deux autres sont fermées. Lorsque les détenus rentraient de promenade, nous attendions de notre côté. Peu de regards échangés.  Ni Julie Clarini, ni moi, n’avons de goût pour le voyeurisme. La proximité du crime, la menace du danger, ne provoquent pas, chez nous, d’excitation malsaine. En outre, nous n’avons travaillé que dans la D2, refaite à neuf, moins sordide que les autres. Notre présence est donc restée très extérieure, nous n’aurons entr’aperçu que la surface des choses.  Nous avons eu de nombreux contacts avec des surveillants ; suffisamment pour constater que ce sont des gens jeunes, appartenant aux deux sexes, comportant une bonne représentation de la diversité ethnique (pas mal de Noirs), sérieux, calmes, attentifs, (j’en ai vu se faire insulter avec une patience d’ange…) , bref là aussi, très éloignés de l’idée qu’on se fait des “gardiens”. Mais sur la vie quotidienne des détenus, je n’ai pas le sentiment d’avoir appris grand chose. Beaucoup par contre, grâce à mes lectures et encore plus grâce à nos invités de ces quatre émissions…  dans les taxis qui nous ramenaient à Paris.

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Ce qui restera de culture après la crise

Non classé 95 commentaires »
Encore un débat qui a lieu chez les autres, mais pas chez nous. J’ai trouvé dans la revue intellectuelle britannique Prospect, à quelques mois d’intervalle, deux articles dont les auteurs s’interrogeaient sur les effets probables de la crise dans le domaine de la culture. Le hasard fait qu’ils s’appellent tous deux Toby. En décembre, c’était Toby Young, qui revenait sur les thèses énoncées il y a quarante ans par son père dans son fameux essai, “The Rise of Meritocracy”, pour diagnostiquer une victoire par K.O. des cultures de masse sur la haute culture, en tous cas chez les moins de 45 ans. En ce mois de mars, Toby Mundy constate, lui, la montée en puissance de la presse sérieuse - parce que les gens ont besoin d’une information qui prenne de la hauteur.

Et chez nous, qui sortira le mieux son épingle du jeu ? Les élites de la compétence - malgré leur incapacité à prévoir et à empêcher la catastrophe en cours ? Ou plutôt l’esprit de dérision qui prend pour cible ces mêmes élites, parce que c’est facile et qu’elles sont à terre ? Le besoin de comprendre ce qui se joue favorisera-t-il un regain d’intérêt pour le savoir et l’étude ? Peut-on rêver d’une réhabilitation de la culture humaniste traditionnelle, parce que les diverses branches de l’expertise ont définitivement manqué le coche et n’offrent aucun horizon de sens ? Ou la crise va-t-elle, au contraire, achever la culture littéraire et humaniste, en en faisant l’ultime passe-temps de quelques retraités ? Lire la suite »

A bord du Titanic

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On vit un moment inouï. Ceux qui en savent long l’affirment  :”La machine mondiale est en train de s’enrayer rapidement.” Jacques Attali, dans son article hebdomadaire pour Slate.fr - le nouveau site qui compte -, écrit : “Alors que la dette américaine aurait dû se réduire, elle est passée de 350 % du PIB du pays, à la fin de 2007, à 500 % à la fin de 2008. Cependant que “d’autres prêts sont en train de devenir non remboursables.” “Le pire est donc vraisemblable“, poursuit-il, “un effondrement du système bancaire mondial, suivi d’une inflation planétaire.” Et pendant ce temps, en France, gouvernement et syndicats discutent de l’ampleur du ”plan de relance”, comme si l’on était en 1974 - et non en 2009. Et pendant ce temps, en France, une chaîne de télévision lance un sondage pour savoir si, par hasard, elle n’en ferait pas “un peu trop” “sur” la crise ! C’est vrai, ça, on nous en parle tout le temps. Au détriment de problèmes autrement plus sérieux que sont la vague de froid et  la mévente des huitres d’Arcachon et autres coquilles Saint-Jacques (sujets récurrents sur TF1…)

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Une seule solution, l’hyperinflation !

Non classé 18 commentaires »
Il n’est pas donné à toutes les générations de vivre un moment historique. A la mienne ont été épargnées - jusqu’à maintenant - les grandes saignées patriotiques (ou révolutionnaires) auxquelles les hégéliens reconnaissent, je crois, le passage de la “grande histoire”. Mais pas de doute, la crise économique que nous traversons est bien de portée historique. En réalité, si je n’écris plus sur ce blog depuis des semaines, c’est parce que tous les autres sujets d’actualité me paraissent, en comparaison, de peu d’importance. Et que je suis tellement occupé à classer et à tenter de digérer les informations au moment où elles tombent, qu’il ne me reste de temps que pour faire vivre notre émission quotidienne. Ces informations nous apportent, certes, des éléments d’éclairage sur ce qui est en train de se jouer. Mais le sens général de cette crise nous échappe encore très largement. Les meilleurs commentateurs débattent des causes de la crise. Ce qui importe vraiment, ce sont ses conséquences. Quelle “sortie de crise” ? Qu’est-ce que “la crise” va changer dans les rapports entre le politique et l’économique ? Allons-nous vers un renfermement sur elles-mêmes des nations - surtout désireuses de tenter de se défausser de la crise sur leurs voisines ? En quoi les comportements des personnes et des groupes en seront-ils affectés ? Assiste-t-on à un simple mouvement de balancier, qui nous ramènerait providentiellement aux modes de gouvernance des années 1950-1970 ? Ou, comme je le pense,  aborderons à des rives encore inconnues ?

Comme tout le monde, je me pose ces questions. Comme tout le monde, je cherche des réponses chez certains penseurs dont la boîte à outils conceptuelle semble offrir des pistes prometteuses. France Culture me semble bien placée pour les dénicher. En ce qui concerne “Du grain à moudre”, nous avons décidé de consacrer le mardi de chaque semaine au thème “penser la crise”. Ceci est donc aussi un appel à participation. Indiquez-moi les économistes, philosophes, sociologues, anthropologues, blogueurs, etc. qui vous paraissent intéressants dans le cadre de cet exercice.

Et pour commencer, je vous propose ce thème : les Etats pourront-ils financer les déficits déments que leur coûtent le sauvetage de leurs banques et leur fameux plans de relance, autrement que par un recours à une méga-inflation ?

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Retour sur Vincennes

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Deux journées largement consacrées, par France Culture, au quarantième anniversaire de la création du défunt “Centre Universitaire Expérimental de Vincennes”, c’est beaucoup. C’est un honneur dont peu d’autres institutions françaises peuvent espérer bénéficier. Mais il s’agissait, on l’aura compris, d’un symbole. Vincennes a voulu incarner “l’Université critique“. Une institution publique, créée et financée par l’Etat “bourgeois”, et spécialement vouée à la “critique sociale” - et non à la production de cadres au service du “système” - voilà un beau symbole de libéralisme, en vérité. Il se trouve que, parmi les producteurs de France Culture, je suis le seul à avoir fait la première partie de mes (trop longues) études à Vincennes. J’y ai obtenu une licence et une maîtrise de lettres modernes. Plus récemment, j’ai même donné quelques cours à Paris VIII (sur la dissidence intellectuelle dans les démocraties populaires, en tant que chargé de cours). C’est donc avec une bonne dose de sympathie que je me suis prêté au jeu de la confession (dans le “Dock en Stock” de Jean Lebrun du mardi 13 janvier). Mardi 13, nous avons déplacé notre émission, “Du Grain à Moudre”, au Théâtre du Soleil, où avaient lieu les cérémonies du 40° anniversaire. Mercredi, à Saint-Denis, ville qui a accueilli ma vieille fac, après sa destruction, à la sauvette, en 1980.

Les deux fois, cela s’est mal passé. Des commandos, rôdés à ce genre de pratique, se sont chaque fois emparés du micro, après des travaux d’approche visibles à l’oeil nu. On rejouait “l’agitation” comme en 1968/74 : cela aurait pu éveiller chez moi quelque nostalgie. En vérité, j’ai été seulement exaspéré de voir l’émission prise en otage par des gens qui n’avaient rien à dire - mais très envie de le faire savoir. Lire la suite »

Prise en otage de l’émission, Part One

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Il se trouve que les premières réactions d’auditeurs aux confiscations de micro - effectuées par deux groupes distincts - lors des cérémonies d’anniversaire de Paris VIII (ex-Vincennes) sont arrivées ici, en réaction à un article qui n’avait rien à voir : j’y plaidais l’irresponsabilité dans le fait que lorsqu’on clique sur “articles précédents”, en bas de cette page, on n’obtient rien du tout….  Les choses ne se sont pas arrangées depuis sur ce dernier point, mais je préfère changer le titre de l’article, afin que toutes les contributions puissent être trouvées sur l’affaire “France Culture à Paris VIII”.

(ancien contenu : Plusieurs commentateurs de ce blog (notamment à propos de l’autisme) se plaignent que j’aurais censuré leur contribution. Tel n’est pas le cas. Simplement, ce blog connaît un dysfonctionnement. Quand vous cliquez, en bas de la page d’accueil, sur ‘billets précédent’, la plupart du temps, vous tombez sur la mention ‘page introuvable’. Cela m’arrive à moi aussi - et je n’y peux rien. Or, c’est dans ces “pages précédentes” que se trouve mon article sur l’autisme qui continue à donner lieu à des témoignages bouleversants et très révélateurs du désastre français en ce domaine. Je suis d’autant plus frustré par ce problème technique dont je vous prie de m’excusez, même s’il m’est impossible d’y remédier par moi-même. Je vais à nouveau demander de l’aide au service compétent à la radio.)

autisme (suite)

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Je précise que la discussion sur l’autisme et les invraisemblables retards et lacunes du système pédopsychiatrique français dans le domaine de sa prise en charge se poursuit dans les “réactions” à mon article de février dernier. Par des témoignages de parents, on y apprend des choses épouvantables, notamment sur les effets des neuroleptiques. Et également sur la situation où beaucoup se trouvent d’exiler leurs enfants à l’étranger, et notamment en Belgique. Je n’ai censuré aucun message (pour répondre à un message en particulier). Pour être encore plus précis, je n’ai pas censuré les messages qui s’en prennent à la psychanalyse -  responsable de bien des erreurs tragiques dans ce domaine, comme chacun ou presque en convient, à présent. “La forteresse vide” et “la mère-frigidaire” de Bettelheim apparaissent aujourd’hui comme de fameuses inepties.

Pour les lire, il suffit de cliquer sur “billets précédents” en bas de cette page d’accueil. Il est vrai que, parfois, cela ne marche pas. Je ne suis pas responsable de ce dysfonctionnement. Il faut insister. Ca finit par marcher, à la longue, je viens d’en faire l’expérience.

Je compte consacrer une émission à faire le point sur l’état de réalisation du “plan autisme”. Toutes vos informations, tous vos témoignages sont les bienvenus. Il s’agit, en effet, d’un véritable scandale d’Etat.

Egalité des sexes et identité sexuelle

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Nous avons consacré l’émission à la question des “jouets sexistes”. Ce qui m’a frappé, c’est le constant glissement de la question de l’égalité entre les sexes à celle de la différence entre les sexes. L’idéologie “politiquement correcte” prend prétexte de la persistance d’inégalités entre hommes et femmes pour tenter constamment de subvertir les identités sexuelles. Ainsi de l’exemple donné au cours de l’émission de ce petit garçon qui réclame un déguisement de princesse. Le lui refuser, a-t-on dit, serait aller dans le sens de l’inégalité, du renforcement des préjugés culturels quant aux “genres”. Lire la suite »