fév 21
Je n’ai pas le temps de répondre aux étudiants qui ont bien voulu réagir à mon cours de ce matin.
Comme j’ai fait référence à une citation sans parvenir à la formuler, je la laisse ici à leur intention, comme à celle de nos amis de France Culture.
“Il fallait pourtant qu’il existât au monde un endroit d’où, arrivé au bout du chemin, on pouvait voir sa vie autrement, non comme un tourbillon insensé mais comme une voie menant quelque part, vers quelque chose !
Gustav Herling-Grudziński : Journal écrit la nuit, p 292



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24 février 2008 à 6:27
” Parti de rien,je suis arrivé nulle part.”
Pierre Dac
1 mars 2008 à 13:37
Dans un documentaire d’arte sur la vie d’un aveugle, ce dernier disait qu’il avait longtemps cherché le sens de la vie avant de conclure que le sens ou le but de la vie de la vie est la vie elle-même. Je n’ai pas trouvé mieux.
J’ai vu que l’émission de vendredi prochain s’intitule «Catalogue des tendances démodées dans 10 ans». Serait-il possible de créer un article sur le sujet pour que les internautes puissent “pronostiquer” dans les commentaires ce qui ne serait plus à la mode dans 10 ans? Qui sait, cela pourrait servir pour l’émission.
1 mars 2008 à 14:39
Excellente idée ! Appel donc aux auditeurs : parmi toutes les fadaises du jour, quelles sont celles qui, d’après vous, ferons rire dans dix ans ? Nous soumettrons vos suggestions à nos quatre experts, vendredi prochain au cours de l’émission.
4 mars 2008 à 19:48
Merci Brice Couturier d’accepter le principe des suggestions. Par contre, si les suggestions ne peuvent être formulées que sur cette page (et pas dans celle d’un nouvel article), je ne pense pas qu’il y en ait beaucoup puisque la plupart des personnes qui ont déjà lu l’article ne reviendront pas sur la page. Mais bon, c’est vous le chef.
Je me lance. Ce qui sera ou serait démodé dans 10 ans:
- les anglicismes. Toute personne utilisant sans complexe des nouveaux mots anglais serait perçu par la majorité comme un individu sacrifiant la culture française sur l’autel de sa prétendue branchitude; un français qui aurait honte de son pays et donc un peu de lui-même. Ce sera un véritable changement de mentalités. Les nouveaux mots anglais ne seront plus incorporés tels quels dans la langue française. Quand la nécessité d’intégrer un nouveau mot se fera sentir, chacun essaiera de trouver un équivalent français ou de créer un néologisme à consonance française. Dans les domaines spécifiques tels que les sciences, industries, télécommunications, mercatiques
… les recommandations des Commissions Spécialisées de Terminologie seront suivies de très près et suffisamment tôt pour que le terme anglais ne se soit pas déjà imposé. En parallèle sur internet des forums et wikis spécialisés permettront aux internautes de débattre des mots les plus appropriés.
- les émissions de divertissement auxquelles participent les hommes politiques
- le thème du communautarisme dans les médias
- les références incessantes à la 2ème guerre mondiale dans les fictions et les médias; sa place dans l’imaginaire collectif français
- l’importance accordée aux victimes à la télévision
- les philosophes français abonnées des télés, radios et journaux, fatigués par plus de 30 ans d’incessants changements de corpus idéologiques, de retournage de veste
5 mars 2008 à 19:59
J’ajoute:
- l’éolien, les agro-carburants
- le journalisme citoyen
6 mars 2008 à 9:33
Je trouve que l’idée de Romain est excellente !
Voici mes ajouts :
- Les monopoles dans le domaine de l’informatique.
- le populisme et la “peoplelisation” dans la sphère politique.
6 mars 2008 à 21:55
Curieuse émission que cette projection… M’enfin, jouons le jeu…
Dans 10 ans les pubs n’existeront plus en Angleterre. Leur disparition est imminente : les lois anti-tabac, le temps extérieur les font déserter. La situation pourrait bien être la même pour bon nombre de “tabacs” en milieu rural.
Contrairement à Romain, sur le thème des alternatives écologiques à l’heure du pétrole cher, je pense que les biocarburants (carburants verts tel le bioéthanol dont la production au Brésil est en progression spectaculaire…) vont s’imposer rapidement sur le marché de l’automobile. Il présente une sérieuse alternative face à la hausse constante du baril de pétrole (de 60,88 $ en décembre 2007 à 104,71 en mars 2008 !). Je doute fort que la France soit dans la course, vu le peu d’initiative dans ce secteur.
Ce sont l’éco-vignette (ou pastille) et les pots catalytiques qui ne seront plus que souvenirs !
De la même manière, dans le secteur “alimentation bio”, la production en France a peine face à la demande des consommateurs ; le secteur est lui aussi en pleine expansion. Qu’en sera-t-il dans 10 ans ? La surconsommation (avoir plus pour moins cher, “le moins cher que pas cher”) étouffe de nombreuses alimentaires. J’ai du moins à imaginer que cette situation perdurera bien longtemps. L’”alimentation bio” présente aussi une alternative intéressante face aux dégâts de cette surconsommation. Cet “idéal alimentaire” a de beaux jours devant lui !
Les amaps et autres initiatives en faveur des petits producteurs montrent de fort belles réactions. Sauront-elles convaincre plus encore nos concitoyens ou verrons-nous disparaître l’agriculture des petits paysans ? Je ne sais trop ce qu’il en sera…
6 mars 2008 à 22:09
euh… les blogs:) (et tous les petits pictos associés bien sûr!)
merci pour vos émissions, je n’en rate aucune en podcast (mot et action qui, si j’en crois les mails précédents, seront bien démodés)
flo
7 mars 2008 à 17:43
Après avoir entendu l’émission à l’instant, je voudrais intervenir sur le futur des anglicismes. Je ne pense pas qu’ils disparaîtront si vite car, en fait, on utilise un anglicisme pour masquer la vacuité du concept et la vacuité c’est éternel ! Il y a une mode du vide, le vide évolue, mais le vide est vide. les pictos, par exemple, ce n’est pas un peu du vide de mots ?
Continuez à moudre du grain !
7 mars 2008 à 18:57
Julie Clarini avait bien raison de se demander quel était le but de l’émission et ce que vous attendiez de ces quatre individus… Après avoir entendu l’émission, je ne vois toujours pas.
7 mars 2008 à 19:02
Pour ma part, ce que j’ai entendu tout au long de cette émission, c’est le silence désapprobateur de Julie Clarini…
8 mars 2008 à 1:27
bonjour,
je réagis après-coup, après audition de l’émission sur « les tendances qui seront démodées dans 10 ans » (émission assez atypique par rapport à d’habitude, ce sont les aléas du direct… mais c’était tout à fait sympathique, j’ai bien rigolé).
je ne vais pas me lancer dans une explication de texte, mais je dois avouer, cher Brice Couturier, que votre chapeau m’a laissé un peu perplexe, sur au moins trois de ses exemples : le nouveau roman, le dodécaphonisme, le free jazz. (Pour le rock psychédélique, je laisse de côté, je n’ai pas vraiment connu l’époque, je suis près à vous accorder le bénéfice du doute…)
Prenons les choses dans l’ordre :
1) le dodécaphonisme : nous serons probablement tous les deux d’accord sur le fait que ce n’est pas forcément un mal, si le temps où Boulez pouvait affirmer sans rire que « tout compositeur qui écrit sans la série est inutile » est révolu.
2) le nouveau roman : idem, le temps est loin (c’était à peu près le même, d’ailleurs, et ce n’est sans doute pas fortuit) où Robbe-Grillet discutait âprement avec ses amis de la question de savoir si on pouvait ou non compter Claude Simon parmi « le mouvement », dès lors que ses livres continuaient à donner à croire qu’ils se référaient encore à une trame « réelle ». Et là encore, ce n’est pas plus mal.
3) le free jazz : en 1970, regardant 10 ans en arrière, certains critiques de jazz pouvaient clamer haut et fort que « en 1959, seul Ornette Coleman proposait quelque chose de radicalement nouveau ». On s’est, depuis, rendu compte que Bill Evans n’était pas uniquement un pianiste de bar, et que le travail qu’il a effectué dans son trio, notamment avec Scott LaFaro, a eu des incidences sur tout le jazz qui a suivi, pour m’en tenir à ce seul exemple.
Pour résumer, sur ces trois exemples : oui, et fort heureusement, le dogmatisme des avant-gardes a pu se modérer avec le temps. Est-ce à dire, pour autant, que ces machins-là n’étaient que des « effets de mode » ? (Et qui donc, comme tout effet de mode, est appelé à être démodé – relire « système de la mode » de Barthes par exemple.) Et j’irai même jusqu’à dire – et là la chose est plus grave – que tout discours qui prétendrai prendre acte du caractère « démodé » de, respectivement, le nouveau roman, le dodécaphonisme, le free jazz, pour en déduire qu’il ne s’agit là que d’effets de mode, qu’un tel discours, disais-je, est (assez violemment) réactionnaire…
Puisque vous êtes ancien critique musical, Brice, je ne vous apprends rien en vous disant que le langage tonal, dans la musique dite « classique », a sérieusement du plomb dans l’aile depuis un bon siècle. Et ce n’est pas parce que certains compositeurs ont persisté à ne pas en tirer toutes les conséquences (Chostakovitch par ex, quel réac celui-là ! je dis ça et pourtant je suis un grand fan, passons), ce n’est pas parce que, dans la sphère d’une musique plus « commerciale », Claude François (que citait un de vos invités) a continué à « chanter tonal », ce n’est pas, en résumé, parce que certains, en divers lieu, ont cherché (pour des raisons que l’on pourrait et surtout devrait longuement analyser) à nous faire croire que le langage tonal pouvait encore nous parler avec immédiateté, ce n’est pour tout cela qu’il faudrait en conclure que le sérialisme schönbergien n’était qu’une lubie d’intello viennois en mal d’individualité… Il ne s’agit pas de fétichiser une technique dont Schönberg usait lui-même avec beaucoup de liberté et sans s’y asservir, ce serait même tout le contraire. Et ce n’est pas parce que les courants réactionnaires sont puissants et peuvent parfois paraître l’emporter, que cela invalide les tentatives (héroïques) d’émancipation.
Je ne développe pas, mais il en va de même pour la littérature contemporaine : au nom de quoi la critique du récit linéaire, qui ne débute pas avec le nouveau roman, mais avec Proust, Kafka, Joyce (pour m’en tenir à ces trois noms incontournables), serait-elle achevée ? Au nom de quoi pourrait-on faire comme si tout cela n’avait pas existé, et en revenir à des formes inertes, histoire avec personnages et tout le tralala ? D’une part, ce genre de discours, le plus souvent, ne vise pas en fait à réhabiliter les grands romanciers du XIXe à qui ARG aurait fait injure, mais à légitimer ce qu’il y a de plus consommable et de plus insignifiant dans la littérature actuelle. Et qui plus est – et c’est là que ça en devient criminel –, à délégitimer les littératures qui aujourd’hui, pour ne pas être constituées en « avant-gardes » visibles et identifiables, n’en sont pas moins innovatrices, expérimentatrices, risquées, etc. J’en veux pour preuve le « manifeste pour une littérature-monde en français » paru l’an dernier dans Le Monde, qui était sans le dire une attaque en règle contre « L’ère du soupçon », et contre tout ce qui, de près ou de loin, pouvait ressembler à une littérature exigeante, facilement qualifiée de « parisiano-centrée ».
Pour ce qui est du free : j’essaye, tous les jeudis matins, de montrer à mes étudiants en quoi la question est toujours d’une actualité brûlante, quelle que soit la force des courants qui, au sein du jazz, tendent à le réifier en musique de répertoire, seulement préoccupée de la conservation muséale de sa prétendue authenticité. Je ne développe pas, l’analyse suivrait en de nombreux points le cas de la musique dite « classique » depuis un siècle.
Dans aucun de ces trois cas, il ne s’agit d’ériger en dogme les solutions qui ont pu être trouvées dans des époques révolues. Mais de là à ne pas pouvoir se souvenir « sans gêne » de ces moments-là, comme vous l’écriviez dans votre chapeau…
Bon, je m’excuse de ce post trop long, dont je ne suis pas persuadé qu’il passionne beaucoup d’autres gens à part moi. Mais tout de même, je suis frappé :
1. par le dernier mot de l’émission d’aujourd’hui, où votre invitée en appelait à se débarrasser de l’idée de « contemporain » en art ? (Au-delà de la critique d’un fétichisme du nouveau, s’agirait-il d’absolutiser le passé, et de croire en des normes éternelles, anhistoriques ?)
2. par l’imbécilité très profonde, et surtout par le caractère réactionnaire d’un récent article dans un grand quotidien du soir, où le critique musical qualifiait de « système de formules mathématiques » le sérialisme viennois… au moment même où il parlait d’une œuvre (Wozzeck) qui n’est pas sérielle, comme apparemment il l’ignorait tout à fait. Au-delà de la stupeur qu’on peut éprouver face à une erreur aussi grossière, de la part de quelqu’un dont c’est supposé être le métier, ce qui frappait était la critique aveugle et bête d’une musique dont le journaliste ignorait manifestement tout.
Comme je ne vous ai jamais rangé, cher Brice Couturier, parmi les réactionnaires (sans quoi je n’écouterai pas l’émission aussi régulièrement), et comme la question me tient à cœur, j’espère que vous me pardonnerez d’avoir été si bavard. (Et je serai ravi, si vous voulez prolonger la discussion, même si je me sais bien malhonnête de m’attaquer aussi honteusement (mais à vrai dire, très amicalement) à votre bien innocent chapeau…)
bien cordialement
Benjamin Renaud
8 mars 2008 à 8:10
“Ajouter une plus-value informative” :o)
Expression corporatrice sensée différencier l’avis du “pro” de l’internaute “sauvage”.
8 mars 2008 à 19:37
Je ne cherchais pas à tirer sur des ambulances. L’histoire culturelle me semble avoir fermé la parenthèse d’un certain nombre d’avant-gardes des années 50 et 60, qui se sont révélées simplement stériles. Oui, le “nouveau roman” et la “linguistique générative”, par exemple. J’aurais pu évoquer le “freudo-marxisme”…. Pour être précis, le jazz contemporain doit beaucoup à Wynton Marsalis, dénoncé comme “académique” au début des années 80, et bien peu à Archie Shepp première manière, qui a fini dans la soul… Il y a eu un bouquin génial à ce propos, en 1984, “les Modernes” de Jean-Paul Aron, hélas décédé peu après. Il parlait de “phraséologie du creux”, “d’afféteries d’école et de fadaises ressassées”.
Non, ce que j’espérais, c’était qu’on parle de nos préjugés du jour, de nos mots d’ordre actuels, de nos “afféteries” à nous. De ces locutions creuses que les média ressassent, sans qu’elles donnent à comprendre. Des exemples ? Le “travail de deuil” des “cellulles de soutien psychologique”, qui semblent la seule réponse que les pouvoirs publics semblent désormais en mesure d’apporter aux attentats terroristes, prises d’otages et fermeture d’usines… Le “ludique”, que les professionnels de la communication mettent à toutes les sauces, lorsque c’est le fond même qui fait défaut. A “l’audace” bidon des “transgresseurs de tabous”, qui miment un geste accompli il y a cent ans par Duchamp et Malévitch, mais qui a perdu toute signification lorsqu’il est ressassé par des “contestataires subventionnés”. A “l’auto-fiction”, à la culture trash, à “l’Autre”, etc….
Tout cela n’est pas sorti et c’est ma faute. j’avais autour de la table des esprits aiguisés et rompus à cet exercice, comme le prouvent leurs écrits. Tous appartenaient à cette catégorie des inclassables idéologiques, seuls capables d’échapper aux poncifs du jour et de les débusquer. Je n’ai sans doute pas su les faire parler. Cependant, plusieurs auditeurs m’ont dit avoir ressenti une brise bienfaisante à l’écoute de cette émission.
9 mars 2008 à 13:17
1. tout à fait d’accord pour la brise bienfaisante, même si je ne trouve pas, habituellement, l’ambiance de l’émission particulièrement malfaisante…
2. il était évident à l’écoute, en effet, que l’émission ne prenait pas du tout la tournure que vous lui aviez imaginé. Ce qui ne m’empêche pas de rester un brin perplexe sur ce que vous aviez imaginé, surtout si vous mettez sur le même plan les « locutions creuses que les média ressassent » (et dieu sait si elles sont nombreuses en effet) et les avant-gardes des années 50 et 60.
3. ce qui me ramène à la question de fond : au nom de quoi devrait-on penser que, Wynton Marsalis aidant, la « parenthèse » free jazz serait refermée ? Je ne saisis pas bien ce que vous appelez « le jazz contemporain » : s’agit-il de celui qui mérite ce nom, ou de tout l’éventail de ce qui se produit aujourd’hui comme jazz ? Dans ce que, pour ma part, j’appelle jazz contemporain (« l’avant-garde » actuelle, même si le mot ne va évidemment plus sans guillemets, et si on le sait douteux), je vois bien plus l’héritage d’Ornette que celui de Marsalis (« l’héritage de Marsalis », à vrai dire, l’expression me fait sourire… Je vois bien ce que les maisons de disques lui doivent, mais ce que « le jazz contemporain lui doit », non, vraiment, je ne vois pas). De la même façon, qu’appelez-vous « l’histoire culturelle » ? Est-ce que c’est le triomphe de « L’élégance du hérisson » qui est censé démontrer que le nouveau roman était une impasse ?
C’est quand même très différent, dans la façon de poser le problème, de dire « voyez ce qu’il se passe au milieu des années 70 (« W » de Perec, par ex, date de 1975) et au début des années 80 (Échenoz, Michon, Bon, Rollin, Bergounioux, etc.), le formalisme littéraire est dépassé par autre chose, les dogmes tombent » ou bien « c’était vraiment de l’imposture, tous ces machins d’intellos, la preuve c’est qu’aujourd’hui on revient à des romans plus conventionnels ». Bref, si l’histoire culturelle, c’est ce que les gens achètent, on peut en effet s’amuser à parler de « l’échec des avant-gardes historiques » (tiens, en voilà un, de poncif de l’époque…), et (ne pas) tirer sur ce qu’on croit être des ambulances. Pour ceux qui persistent à se faire une idée un peu exigeante de la littérature, de l’art, du jazz ou de la musique « classique », qui persistent à ne pas juger de « l’histoire culturelle » par ce que le consensus actuel valorise, le diagnostic est sans aucun doute différent : une fois admis qu’il ne sera malheureusement jamais très visible au-delà d’un cercle un peu restreint, je ne trouve pas que le jazz contemporain – celui qui mérite ce nom – soit à l’état d’ambulance, de même je trouve que la littérature française contemporaine est extrêmement créative depuis quinze ou vingt ans (et je trouve qu’elle doit beaucoup à Claude Simon et à Nathalie Sarraute, par exemple, parmi d’autres évidemment), etc. Ce qui ne dispense pas de s’interroger sur le triste destin que l’époque actuelle fait à ces « avant-gardes » (encore une fois, avec beaucoup de guillemets), mais je ne suis pas sûr que c’était vraiment mieux auparavant (si ce n’est peut-être, à travers le phénomène des avant-gardes constituées comme telles, une « seconde collectivisation » qui permettait au moins aux artistes de « passer l’hiver », mais qui était « à peine moins problématique », pour citer mon ami Adorno).
Tout à fait ok pour pour déclarer que les dogmes des avant-gardes de l’après-guerre étaient, en tant que dogmes, stériles : mais les artistes conséquents s’en sont rendus compte d’eux-mêmes (Perec, Simon, Sarraute, Boulez (quoi qu’on en pense par ailleurs), and so on…). Et les ruptures qui ont suivi, quelque radicales qu’elles aient pu être, ne signifient pas, je pense, que les « parenthèses » se referment. « L’ère du soupçon », écrit en 1950 je crois, n’a (presque) pas pris une ride à mes yeux. Et l’interrogation de Schönberg (et au-delà, de toute son époque) sur le langage musical « classique », et celle d’Ornette & Co sur celui du jazz, restent pleinement d’actualité, quand bien même les réponses à apporter aujourd’hui ne sauraient être les mêmes qu’à l’époque.
Sans doute ma posture sera-t-elle qualifiée d’« élitiste »… qu’y puis-je ? Et surtout, au nom de quoi devrions-nous abaisser nos exigences ?
Je termine, pour contribuer néanmoins à votre inventaire, en vous livrant ceux qui me semblent être quelques uns des poncifs de notre époque, même si je ne suis pas forcément très optimiste sur le fait que la cécité aura cessé dans dix ou même vingt ans :
– l’échec des avant-gardes artistiques historiques ;
– la « fin des idéologies » ;
– la désacralisation du pouvoir politique ;
– l’épuisement du potentiel « subversif » (là-aussi, guillemets de rigueur, certes) de la « culture subventionnée ».
Quant aux fadaises ressassées, don’t even get me started…
B.R.
9 mars 2008 à 13:20
ps 1 : je suis encore trop bavard, et m’en excuse.
ps 2 : je note précieusement la référence du livre de J.-P. Aron, et le lirai au plus tôt.
9 mars 2008 à 13:56
> Dominique: je ne vois pas non plus les anglicismes disparaître dans 10 ans. J’ai un peu triché en mélangeant mes désirs et mes visions comme l’a fait Belinda Cannone à la fin de l’émission en parlant de ses «voeux pieux». Mais à long terme (disons dans 25 ans), je crois qu’une prise de conscience aura lieu à ce sujet.
J’ai pensé (un peu tard) à certaines fadaises ou certains concepts “foireux” qui je l’espère seront vite démodés:
- démocratie participative (qu’on commence déjà par arriver à une vraie démocratie représentative…)
- artiste engagé (traduire un artiste qui a défendu les faibles dans un bout de chanson ou une intervention publique); chanteur à texte (pléonasme)
- polémique: mot qui est utilisé dans le lancement d’un sujet sur 5 de journaux télévisés
- citoyen et social: à force de les entendre à toutes les sauces, je ne sais plus très bien ce qu’ils veulent dire. C’est ce que j’appelle des «mots essorés»
- les sondages que les journalistes utilisent pour savoir si le gouvernement à eu raison ou pas de proposer telle loi
- les «tueurs fous» (le «tradeur fou» est aussi à la mode depuis fin janvier). Cela évite de faire un vrai travail de journaliste en cherchant les motivations des protagonistes
La «culture du jettable» citée dans l’émission visait juste.
> Brice Couturier: “travail de deuil” des “cellulles de soutien psychologique”
D’un point de vue politique ou administratif la cellule psychologique signifie «On ne peut pas faire grand-chose pour vous mais on essaie». D’un point de vue journalistique, elle sert à faire savoir qu’un événement est important et dramatique. Le message est alors le suivant «Attention, là ça ne rigole plus! Sortez vos mouchoirs!». Et du point de vue des victimes? Je ne vois pas.
10 mars 2008 à 17:15
Je suis vraiment très flatté, tout ça pour moi, non vraiment il ne fallait pas…
Je viens de prendre connaissance du programme des « grains à moudre » de la semaine, et notamment du menu de vendredi : « Faut-il en finir avec l’héritage du Nouveau Roman ? »… dans le droit fil de la discussion ci-dessus ! Et du coup, même si j’imagine bien qu’en réalité il n’en est rien (c’était probablement bouclé de plus longue date), j’ai l’impression que vous avez prévu l’émission exprès pour moi : c’est trop d’honneur !
En tout cas, je ne manquerai pas cela…
amicalement,
B.R.
10 mars 2008 à 21:01
Je comprend mieux quelle était votre idée pour cette émission, Brice Couturier, mais franchement, comment pensiez-vous y parvenir en invitant des gens comme Basile de Koch ? Il ne sait que ricaner. Vous n’avez pas à vous reprocher de n’avoir “pas su les faire parler” !
Ceci dit, je comprends parfaitement que lorsque qu’on fait une émission tous les jours, on puisse en rater certaines.
Bonne continuation !
10 mars 2008 à 22:33
“Pour être précis, le jazz contemporain doit beaucoup à Wynton Marsalis, dénoncé comme “académique” au début des années 80, et bien peu à Archie Shepp première manière, qui a fini dans la soul…”
Que de raccourcis ! C’est un peu comme jeter une pierre dans une mare sans eau ! Ça remue de la poussière, pas plus !
C’est quand qu’Archie Shepp “a fini dans la soul” ?
Notons quand même quelques collaborations :
Cecil Taylor, John Coltrane, John Tchicai, Chico Hamilton, Sunny Murray, Dave Burell, Philly Joe Jones, Mal Waldron, Horace Parlan, Max Roach, Chet Baker, Ron Carter, Don Cherry, Bill Dixon, Paul Bley, Lester Bowie, Anthony Braxton, Richard Davis, Wayne Dockery, Jimmy Garrison, Roy Haynes, Billy Higgins, Freddie Hubbard, Elvin Jones, Bobby Hutcherson, Steve Lacy, Jimmy Lyons, Abbey Lincoln, Jeanne Lee, McCoy Tyner, Cedar Walton, Reggie Workman, Ted Curson, Frank Zappa, etc., etc.
Où est la soul dans tout ça ?
10 mars 2008 à 22:36
J’ai oublié la discographie : http://homepage.mac.com/drcmunro/ArchieShepp/discography2.html
11 mars 2008 à 0:17
Merci pour vos émissions,
celle-ci aussi m’a bien plu. Malgré tout.
Je suis ravi des messages de Benjamin et je trouve comme lui qu’en ringardisant vite fait les avant-gardes vous allez trop vite sur les enjeux de la modernité.
Il faudrait pouvoir en parler profondément un jour sans faire la messe ni aller au supermarché.
Lourde tâche car j’entends peu de journalistes compétent en la matière; et la j’admets que la modernité artistique est un sujet bien particulier.
Cordialement.
E.
11 mars 2008 à 18:22
B.Couturier voit des idéologues partout où son avis est contredit. Dans l’émission d’aujourd’hui ce sont les chercheurs qui s’opposent à l’utilisation d’O.G.M dans l’alimentation qui sont taxés d’idéologues.
Quand l’idéologue Couturier entend un Le Pen dire: “La terre tourne”,et qu’un astronome l’approuve,il en conclu que cet astronome est un vilain lepeniste…
12 mars 2008 à 16:34
Vu hier soir le monde selon Monsanto. Ainsi donc tout n’est pas si rose au royaume du libéralisme… La main invisible du marché, censée être infaillible, ferait-elle parfois preuve de quelque maladresse ? Et si l’on a pu dire de l’état (je crois me souvenir que c’était Nietzsche) qu’il était le plus froid des monstres froids, l’humanisme de certaines multinationales (jamais bien entendu en situation de monopole, voir par exemple le marché des systèmes d’exploitation d’ordinateurs ou celui des OGM) ne paraît pas non plus des plus évidents… S’il est de bon ton dans certains millieux de dénoncer régulièrement les travers français (une tendance de l’époque ?), on apprécierait de constater la même méticulosité à pointer les dérives d’autres systèmes d’organisation sociale. A ce titre, j’aimerais bien connaître après le sort fait aux autistes en France, celui réservé aux victimes du pyralène aux Etats-Unis - sort qui résulte d’abord, cela est tout à fait clair ainsi que l’enseigne le discours dominant, des conséquences de l’ensemble des libres choix éclairés des protagonistes de l’histoire.
12 mars 2008 à 17:16
Je suis content que Benjamin soit content : ça va être la revanche de ses chères avant-gardes. Et il les défend fort bien. On devrait l’inviter. Cela tient au fait que les débats continuent quand l’émission s’arrête. Entre Julie et moi, cette fois… Et puis, ON LIT CE QU’ON NOUS ECRIT ! Et on en tient compte.
Même lorsque cela vient de Marillier - qui n’apprécie nos émissions que lorsqu’il est certain que les avis qu’il ne partage pas ne seront pas représentés.
A ce propos : Désolé, car pour moi, la rhétorique de l’interdit jeté sur la “transgression de la barrière des espèces”, le principe de précaution brandi face aux recherches du génie génétique (qui sauveront peut-être nos vies et en tous cas servent déjà à nourrir la planète) pour empêcher la recherche et l’innovation, appartiennent en effet à l’idéologie anti-progressiste de la réaction. Ca équivaut au vieil interdit religieux : tu ne détourneras pas ce fleuve, car s’il coule ici et non là, c’est que Dieu l’a voulu.
Sans compter le coup de pouce involontaire aux firmes américaines qui se frottent les mains de voir certains pays européens leur abandonner le marché prometteur des biotechnologies, ainsi que les meilleurs chercheurs qui s’en vont travailler là-bas.
Quant au sort réservé aux autistes en Amérique du Nord (Scodex) de manière générale, il est infiniment meilleur à ce qu’il est en France. On y utilise de préférence les méthodes qui marchent (TEACCH, ABA), refusées ici pour d’obscurs prétextes. D’ailleurs, le terme Troubles Envahissants du Développement, adopté par l’ensemble de la communauté internationale, a été - est parfois encore - récusé par une partie importante de la pédopsychiatrie française. Je vous conseille la consultation des sites de parents d’autistes, notamment “Léa pour Samy”. Ils expliquent cela très bien.
15 mars 2008 à 10:20
le problème n’est pas tant “la transgression de la barriére des espèces” que l’étrange “substance identique”, érigée en principe, qui interdit de spécifier qu’un lait est garanti sans hormones ajoutées au prétexte qu’un lait, quelqu’il soit ,avec ou sans hormones ajoutées, est de la substance lait… Principe qui considére deux graines,l’une avec et l’autre sans O.G.M, comme identiques en tant que “substance” graine !?… En voilà de la science !
15 mars 2008 à 10:31
je n’ai jusqu’à présent entendu aucune de vos émissions ou l’avis que je ne partage pas n’était pas représenté. Et la seule fois ou j’aurais pu partager l’avis d’un de vos invités, cet honnête homme,Maître Vergès,empoisonné par l’insolente et calomnieuse agressivité de votre accueil, a du quitter le studio.
15 mars 2008 à 11:22
Henri Marillier: J. Vergès, ce n’était pas l’invité qui a crié pendant de longues minutes sur Julie Clarini alors qu’elle était enceinte jusqu’au cou? Tout ça pour une information erronée. Un saint-homme…
15 mars 2008 à 11:59
> Brice : « Je suis content que Benjamin soit content : ça va être la revanche de ses chères avant-gardes. Et il les défend fort bien. On devrait l’inviter. »
merci pour l’invit’… avec plaisir, à l’occasion !
pour l’heure, je podcaste l’émission d’hier, et donnerai probablement bientôt mes impressions…
B.R.
15 mars 2008 à 14:16
Marillier est à peu près le seul de nos auditeurs à avoir réagi favorablement à Vergès, ce jour-là. J’en profite pour remercier les dizaines d’auditeurs qui nous ont fait part de leur indignation et de leur solidarité. Nous nous sommes faits insulter, Julie et moi, placidement, sans répliquer un mot, afin de ne pas prêter à l’accusation d’avoir répondu au même niveau que ce grossier personnage. Vergès n’avait pas aimé que je mentionne le fait que les deux avocats qu’il venait de reconnaître comme ses maîtres - Isorni et Tixier-Vignancourt - étaient des gens d’extrême-droite.
j’ai hâte de savoir ce que Benjamin a pensé de l’émission sur le Nouveau Roman - en particulier de mes longues prises de parole. C’est lui que j’essayais de convaincre…
15 mars 2008 à 14:18
J’en profite pour donner l’adresse du site de Benjamin. allez voir, c’est très intéressant.
http://www.tache-aveugle.net/
21 mars 2008 à 4:59
Achille Mbembe, qui met sur le même plan les centres de rétention et Guantanamo, ça en dit long sur le “grraand taintellectuelll” (n’oubliez pas les trémollos).
Une ineptie qui serait anodine, si elle ne traduisait pas la stratégie de perpétuelle exagération choisie par certains défenseurs de la cause des clandestins, et qui hélas se révèle sur le terrain tristement contre-productive.
Quant à la fin de l’influence française en Afrique, il n’y a que vous pour prétendre y trouver un motif de tristesse (”amère conclusion”) -à ce propos, je me demande quel besoin ressentez-vous de vous inventer de fausses afflictions, tant votre jouissance à pointer les défauts et les échecs d’un pays dont l’histoire et la pensée (ontologiquement sectaire, d’après votre collègue) vous répugnent, est perceptible au fil de vos émissions et jusque dans vos questions volontairement masochistes dont les petites réponses-fessées sont plus que prévisibles…
22 mars 2008 à 11:56
cher Brice,
je ne vous oublie pas, vous aurez bientôt mes commentaires sur l’émission « Nouveau Roman », et sur vos interventions en particulier… j’essaierai à mon tour de vous convaincre !
Je viens enfin de mettre la main sur le bouquin de J.-P. Aron, je vais lire ça avec attention.
B.R.
25 mars 2008 à 8:09
Henri Marillier, si vous avez une dent contre l’un ou l’autre dans ce blog, dites-le lui directement mais ne prenez pas à témoin de vos piques l’univers entier qui s’en fout. C’est vrai que Narcisse a encore des adeptes…
http://fr.wikipedia.org/wiki/Troll_(Internet_et_Usenet)
Venons-en à ce qui m’amène.
Ce soir JO, Chine et Tibet. Je me demande si le comité olympique est l’organisme le plus à même de donner un blanc seing démocratique à quiconque. Le débat sur le boycott est maintenant universel. C’est bien et nécessaire, mais peut-être un peu tard. Avions-nous un large débat démocratique et tout et tout en son temps, lors du choix de la Chine pour les JO de cette année ?
C’était il y a 12 ou 16 ans ?
Bien cordialement
D.R.
1 avril 2008 à 4:47
En réponse à la citation de GHG: le paradis n’existe pas.
5 avril 2008 à 9:24
A force de vous écouter, comment ne pas être dans la certitude que vous approuverez ce billet ?
http://srv02.admin.over-blog.com/index.php?id=1040627434&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=801207382376 et même que vous ferez un jour quelque chose dans ce sens dans le Grain à moudre ? Bonne lecture.