Entre les deux tours des législatives de 2007, Laurent Fabius a sorti une arme de dissuasion électorale massive : le gouvernement s’apprêtait, selon l’ancien premier ministre, à faire voter un important relèvement de la TVA. La « TVA sociale ». Aujourd’hui, seuls quelques économistes comme Jean Arthuis, président de la Commission des finances du Sénat, persistent à recommander cette médecine impopulaire, afin d’alléger les charges sociales pesant sur les salaires, jugées dissuasives à l’embauche. Mais le gouvernement n’a toujours pas adopté la « TVA sociale ». Entre les deux tours des municipales de mars, une autre menace fut brandie comme un épouvantail par le PS : le gouvernement s’apprêtait, cette fois, à faire voter un plan de rigueur ! Il allait bien falloir payer, disaient ses dirigeants les largesses du « paquet fiscal » de juillet 2007. Le pouvoir avait mangé son pain blanc en allégeant les impôts sur les successions, les charges sur les heurs sup’, et l’impôt sur la fortune, avec le bouclier fiscal. Maintenant, il allait falloir payer pour ces imprudentes largesses. Christine Lagarde elle-même n’avait-elle pas employée le mot dés septembre dernier ? Alors où en est la « rigueur » ?Certes, une série de mesures d’économie a été annoncée début avril par le gouvernement. La Revue générale des politiques publiques, ce gigantesque audit de notre Etat actuellement en cours, devrait permettre d’alléger de 5 milliards les dépenses de l’Etat d’ici 2011. Nous verrons bien. Nicolas Sarkozy a annoncé plus de cent mesures d’économie. Les Echos chiffrait les économies ainsi réalisées à un maximum de 7 à 8 milliards d’euros sur trois ans. La mesure la plus spectaculaire – et la plus contestée – consiste à ne remplacer que deux fonctionnaires sur trois partant à la retraite. Soit 22 921 agents de l’Etat sur les 6 864 900 agents publics recensés par Alternatives Economiques (octobre 2007). Economie prévue : 900 millions d’euros, dont la moitié (450 millions) seront redistribuée aux 6 841 979 restants – ça ne va pas leur faire lourd par personne…
D’ailleurs, le reste des économies annoncées se trouvait déjà dans le catalogue des engagements souscrits antérieurement par la France pour calmer Bruxelles, effaré par notre incapacité à contenir nos déficits.
Or, ces engagements avaient été pris sur la base d’une croissance de 2,5 %. Pour des raisons qui tiennent largement – mais pas seulement à la conjoncture internationale – nous serons autour de 1,5 % ou 1,7 %, l’an prochain. La France va-t-elle se montrer décidément incapable de maîtriser sa dépense publique, alors même qu’elle s’apprête à prendre la présidence de l’Union européenne pour 6 mois ? verra-t-on à nouveau un président français arrogant tenter de donner des leçons à ses voisins - lesquels lui conseilleront d’abord de mettre de l’ordre dans sa maison ?
Les dépenses de nos administrations ont, pour la première fois, l’an dernier, atteint la barre ultra-symbolique de 1 000 milliards d’euros. Ce chiffre a doublé en vingt ans. La dépense publique, en France, a absorbé, l’an dernier, 53,4 % de ce que le pays a produit. Elle dépasse de 8 points de PIB le niveau moyen de la zone euro. En Europe, nous ne sommes plus devancés que par la Suède. Mais en avons-nous pour notre argent ?
Le niveau des prestations sociales versées aux Français peut-il être comparé avec celui dont bénéficient les Suédois ? Les taux très élevés de prélèvement des autres pays nordiques - 50, 8 % au Danemark en 2007 et 50, 5 % en Finlande - se traduisent, là -bas aussi, par des sociétés qui ne connaissent ni la pauvreté de masse (100 000 SDF en France, 1 100 000 RMIstes), ni l’échec scolaire massif, ni la clochardisation des universités et parfois, celle des hôpitaux – comme c’est le cas de la France.
Surtout, « la situation de la France apparaît comme très isolée » en Europe, en raison de la dégradation continuelle de ses comptes publics, comme l’écrit le rapport sur la loi de finance 2008, pour la première fois annexé à la loi de finance pour 2008.
Un certain nombre de nos invités, à l’émission, ont repris le refrain connu – et apprécié des média - « tous les pays d’Europe et même les Américains vivent avec des déficits publics au moins égaux à celui de la France ». Mais c’est inexact. En 2007, onze Etats membres de l’Union Européenne ont enregistré, non pas des déficits, mais un excédent budgétaire. Il leur permettra de préparer leurs pays aux défis de l’allongement de la vie (santé, retraites). Et, comme par hasard, ce sont aussi souvent ceux qui connaissent la meilleure performance en termes de croissance et d’emploi : Finlande (+ 5,3%), Danemark (+4,4 %), Suède (+ 3,5 %), Estonie (+2,8%), Espagne (+2,2 %), Pays-Bas (+0,4 %), Irlande (+0,3%). La tendance est d’ailleurs générale. Même l’Allemagne, qu’on disait définitivement plombée par le coût de sa réunification, a connu un léger excédent, l’an dernier. Même les « mauvais élèves » traditionnels de la classe européenne, Portugal et Grèce, ont poursuivi un méritoire assainissement de leurs finances. Oui, la France est de plus en plus seule à persister à financer les dépenses de fonctionnement de son Etat à coup d’emprunts.
Voir la note suivante (les chiffres frais sont difficilement disponibles, mĂŞme chez Eurostat - et ce blog n’est plus capable de poser de liens intertextes sur les mots du texte, dĂ©solĂ©) :
http://www.ey-avocats.com/global/content.nsf/France_Tax/Press_release_OPBF0108
 Il est clair que le gouvernement, nommé l’an dernier, a dans l’idée de persister dans la politique d’endettement public que pratique la France depuis des décennies, dans l’idée de monnayer ainsi les réformes. Dans ce contexte, invoquer la « rigueur » apparaît comme une bien mauvaise plaisanterie.
Lire aussi l’article de StĂ©phane Dupont dans Les Echos, “En dĂ©pit de ce qu’affirme le Premier ministre, la France est, pour le moment, le seul pays de la zone euro Ă Â faire publiquement Ă©tat d’une dĂ©gradation de ses fiances publiques en 2008″ : http://www.lesechos.fr/info/france/4706540.htm



Imprimer
6 mai 2008 à 9:37
bonjour,
merci de rappeler ces donnĂ©es factuelles très importantes pour comprendre les enjeux. Oui, il est un peu triste d’entendre parler de rigueur (et d’entendre des rĂ©actions outrĂ©es d’ailleurs), quand on voit qu’on ne fait pas ce qu’il faut pour Ă©quilibrer notre budget…
Ă bientĂ´t !
6 mai 2008 à 17:34
Il est clair qu’ignorer toutes les ressources dont la France s’est pourvue au cours de sa longue histoire pour renflouer son TrĂ©sor et effacer ses dettes;spoliation des usuriers juifs et lombards,des templiers et d’autres,jusqu’Ă ,en des temps plus modernes,le pillage des principautĂ©s italiennes par Bonaparte qui extirpa la France de la faillite oĂą elle avait sombrĂ© depuis la fin de l’ancien rĂ©gime,il est clair,donc,qu’ignorer de telles ressources pour “calmer Bruxelles,effarĂ© par notre incapacitĂ© Ă contenir nos dĂ©ficits” apparaĂ®t comme une bien mauvaise plaisanterie.
26 juin 2008 à 1:26
Pas simple de presenter les chiffres necessaires et suffisant Ă la comprehension des situations de differents pays Ă un instant T.
La demographie par exemple n’apparait pas et a pourtant sur le long terme une incidence forte sur le marchĂ© de l’emploi, sur le cout des structures Ă mettre en place simultanement au viellissement de la population… On peut se rejouir de la natalitĂ© sans en mesurer le cout mais egalement les bienfaits. Ou sinon, est il plus interessant economiquement de ne pas avoir une “forte” natalitĂ© afin de ne pas supporter ce cout et d’importer de la main d’oeuvre en age de travailler ?
Les situations temporaires ou exceptionnelles telles l’irlande ou l’espagne dont la croissance a Ă©tĂ© pour grande part supportĂ© par une enorme bulle immobiliere conjuguĂ© Ă une aide appuyĂ© de l’europe. Sur une courte periode les chiffres sont parlants, sur une periode plus longue, leur signification a souvent moins de sens.
Il n’en reste pas moins que l’argent mal depensĂ© est bettement perdu Ă la fois si on se compare aux autres nations comme en absolu !