“L’activation” des chômeurs est l’un des trois côtés du “triangle d’or” de la flexisécurité, qui a permis à l’Europe du Nord de sortir pour de bon du chômage de masse depuis une dizaine d’années. Rappelons que ces systèmes combinent 1° une assurance chômage extrêmement généreuse, 2° un droit du travail très souple, qui ne risque pas de dissuader les employeurs d’embaucher par crainte de longues et coûteuse procédures judiciaires en cas de licenciement, 3° des politiques “d’activation” de la personne tombée au chômage. Ces dernières comportent une prise en charge individualisée et efficace, des offres de formation et de reconversion et, bien entendu, des pénalités prévues pour ceux qui refuseraient les offres de travail correspondant à leurs qualifications. C’est vrai au Danemark, comme en Suède. Dans tous ces pays, le principe selon lequel il ne saurait y avoir de droits individuels sans responsabilités envers la collectivité, apparaît comme une évidence. Ce sont des pays dotés d’un degré élevé de sens civique, où l’on ne juge pas tout naturel de “profiter” du système, car on y a le sentiment que celui-ci n’est pas votre adversaire, mais qu’il est fondé sur la confiance mutuelle. Pour mesurer à quel point la France constitue, au contraire, une “société de défiance”, assez exceptionnelle en Europe, où l’incivisme est proportionnel au sentiment que personne ne respecte les règles, en commençant par le sommet de la hiérarchie sociale, on lira avec profit “la Société de Défiance” de Yann Algan et Pierre Cahuc.

C’est pourquoi, je l’avoue que je ne suis nullement choqué par la proposition émise par Christine Lagarde selon laquelle un chômeur qui refuserait une offre équivalent à une baisse de 5 % de son ancien salaire devrait l’accepter, sous perdre de perte d’indemnités, au bout de 3 mois et de 20 % de son ancien salaire au bout de 6 mois. Non, ce qui me choque, c’est le caractère un peu irréaliste d’une mesure qui montre que le gouvernement agit comme si les principaux problèmes du pays avaient déjà été résolus et qu’il ne restait plus qu’à peaufiner. Lire la suite »