“L’activation” des chĂ´meurs est l’un des trois cĂ´tĂ©s du “triangle d’or” de la flexisĂ©curitĂ©, qui a permis Ă l’Europe du Nord de sortir pour de bon du chĂ´mage de masse depuis une dizaine d’annĂ©es. Rappelons que ces systèmes combinent 1° une assurance chĂ´mage extrĂŞmement gĂ©nĂ©reuse, 2° un droit du travail très souple, qui ne risque pas de dissuader les employeurs d’embaucher par crainte de longues et coĂ»teuse procĂ©dures judiciaires en cas de licenciement, 3° des politiques “d’activation” de la personne tombĂ©e au chĂ´mage. Ces dernières comportent une prise en charge individualisĂ©e et efficace, des offres de formation et de reconversion et, bien entendu, des pĂ©nalitĂ©s prĂ©vues pour ceux qui refuseraient les offres de travail correspondant Ă leurs qualifications. C’est vrai au Danemark, comme en Suède. Dans tous ces pays, le principe selon lequel il ne saurait y avoir de droits individuels sans responsabilitĂ©s envers la collectivitĂ©, apparaĂ®t comme une Ă©vidence. Ce sont des pays dotĂ©s d’un degrĂ© Ă©levĂ© de sens civique, oĂą l’on ne juge pas tout naturel de “profiter” du système, car on y a le sentiment que celui-ci n’est pas votre adversaire, mais qu’il est fondĂ© sur la confiance mutuelle. Pour mesurer Ă quel point la France constitue, au contraire, une “sociĂ©tĂ© de dĂ©fiance”, assez exceptionnelle en Europe, oĂą l’incivisme est proportionnel au sentiment que personne ne respecte les règles, en commençant par le sommet de la hiĂ©rarchie sociale, on lira avec profit “la SociĂ©tĂ© de DĂ©fiance” de Yann Algan et Pierre Cahuc.
C’est pourquoi, je l’avoue que je ne suis nullement choquĂ© par la proposition Ă©mise par Christine Lagarde selon laquelle un chĂ´meur qui refuserait une offre Ă©quivalent Ă une baisse de 5 % de son ancien salaire devrait l’accepter, sous perdre de perte d’indemnitĂ©s, au bout de 3 mois et de 20 % de son ancien salaire au bout de 6 mois. Non, ce qui me choque, c’est le caractère un peu irrĂ©aliste d’une mesure qui montre que le gouvernement agit comme si les principaux problèmes du pays avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© rĂ©solus et qu’il ne restait plus qu’Ă peaufiner.Il faut bien comprendre que la flexicuritĂ© marche si bien dans les pays du Nord parce que le plein emploi y règne. Les personnes qui se retrouvent au chĂ´mage retrouvent en gĂ©nĂ©ral un emploi dans un dĂ©lai assez court. Parce que le marchĂ© du travail y est actif. “Mais la France se distingue surtout par des probabilitĂ©s très faibles de sortie du chĂ´mage. Il semble donc que ce sont bien les problèmes liĂ©s aux difficultĂ©s du retour Ă l’emploi qui expliquent le fort niveau de chĂ´mage”, lit-on dans le tout frais “Diagnostique stratĂ©gique”, “France 2025″ p. 199. La durĂ©e moyenne du chĂ´mage est de 15 mois en France - contre 4 au Canada et aux Etats-Unis, 6 en Norvège. On sait que la France a fait le choix (erronnĂ©) de “protĂ©ger l’emploi” de ceux qui en ont encore un, plutĂ´t que de miser sur la crĂ©ation d’emplois nouveaux et l’investissement dans le “capital humain” par la formation tout au long de la vie. C’est certainement ce qui explique que le “sentiment de sĂ©curitĂ© sur le marchĂ© du travail “soit, chez nous, parmi les plus bas d’Europe. (Voir l’Ă©tude du CEPS)
PrĂ©voir des pĂ©nalitĂ©s contre les chĂ´meurs qui refuseraient de reprendre un travail implique donc 1° qu’il y ait effectivement des emplois non pourvus, 2° que l’ANPE/UNEDIC (intelligemment fusionnĂ©es) soient capables de mettre les chĂ´meurs en situation d’y postuler.
Ces deux conditions n’Ă©tant pas remplies, j’ai le sentiment que le gouvernement met la charrue avant les boeufs. Il veut croire que les rĂ©formes promises au cours de la campagne ont effectivement Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es, qu’elles ont produit les rĂ©sultats escomptĂ©s et qu’il est donc temps de s’aligner sur les pays europĂ©ens “normaux”. Mais la France n’est pas un pays europĂ©en “normal”. Les chiffres du chĂ´mage officiel ne comptabilisent pas les demandeurs d’emplois exclus de l’assurance-chĂ´mage - qui constituent dĂ©sormais 50,4 % du total ! Et pour mesurer le risque rĂ©el de chĂ´mage, il conviendrait de rapporter le nombre de chĂ´meurs rĂ©els au nombre de personnes risquant rĂ©ellement de perdre leur emploi, ce qui exclut les agents publics. Il y a 18 millions de personnes employĂ©es dans le privĂ©. Ce sont elles et elles seulement qui sont exposĂ©es au risque du chĂ´mage. Quel que soit le chiffre que l’on retienne pour mesurer le vrai niveau du chĂ´mage français (”Selon la mĂ©thode, on compte de 1 Ă 4 millions de chĂ´meurs en France”, disait, en mars 2007, le directeur gĂ©nĂ©ral de l’UNEDIC, Jean-Pierre Revoil dans LibĂ©ration du 8/3/07), ce risque de connaĂ®tre le chĂ´mage est très Ă©levĂ© dans leur cas. Mais surtout, leurs chances d’en sortir très faibles. PrĂ©voir de les punir en cas de refus d’emploi apparaĂ®t comme assez surrĂ©aliste. Cette mesure ne sera pas appliquĂ©e, pour une raison simple : personnellement, je ne connais personne qui ait retrouvĂ© un emploi grâce Ă l’ANPE. Et vous ?



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9 mai 2008 à 10:14
http://flaneries.ouvaton.org/index.html
9 mai 2008 à 18:44
Bref commentaire au sujet d’une Ă©vidence rarement questionnĂ©e
“Dans tous ces pays (Danemark et Suède), le principe selon lequel il ne saurait y avoir de droits individuels sans responsabilitĂ©s envers la collectivitĂ©, apparaĂ®t comme une Ă©vidence” dites-vous. Utilisez-vous le terme responsabilitĂ©, comme cela se fait très souvent aujourd’hui, pour en fait dire devoir? En ce cas le principe que vous mentionnez est-il vraiment absolu? Et s’il vous semble qu’il en est ainsi comment se traduit-il de fait dans la rĂ©alitĂ©? Par exemple pourriez-vous nous expliciter les contreparties imposĂ©es aux citoyens de ces pays en regard du droit de vote, ou de celui d’ĂŞtre soignĂ© d’une pathologie dont ils ne pourraient eux-mĂŞme assurer le traitement ou encore du droit de leurs enfants Ă bĂ©nĂ©ficier d’une scolaritĂ© gratuite et sans restriction a priori?
En France il y a un peu plus cinquante ans, le Conseil National de la RĂ©sistance (dont il ne me paraĂ®t pas, au vu des comportements de ses membres durant la guerre, qu’il fĂ»t constituĂ© d’individus particulièrement insouciants et irresponsables) stipulait dans son programme politique que toute personne dans l’incapacitĂ© de vivre de son travail devait se voir offrir les moyens d’une existence dĂ©cente, et ceci (si je me souviens bien) donc sans mention d’aucune contrepartie. Cela me donne l’occasion de faire la jonction avec l’une de vos notes prĂ©cĂ©dentes. Dans celle-ci vous partiez de la situation de Sabine l’une des soeurs de l’actrice Sandrine Bonnaire. Entendu que Sabine ne sera très probablement jamais en mesure de subvenir elle-mĂŞme Ă ses besoins, et partant du principe qu’on refuse de la laisser livrĂ©e Ă elle-mĂŞme ou d’abandonner Ă sa famille la charge exclusive de la situation, dans un cas comme celui-ci que signifierait concrètement cette notion de responsabilitĂ© en regard du droit Ă une existence dĂ©cente que la collectivitĂ© lui concède?
9 mai 2008 à 21:47
Vous ĂŞtes d’accord avec l’esprit du projet de loi et pas avec ses conditions de mise en application. Je rajouterais plusieurs objections pour ma part :
1 : Je me demande oĂą est la sĂ©curitĂ© de la fameuse flexsĂ©curitĂ© dont on nous chante les louanges ? On ne nous parle que d’activation de contraintes pour les chĂ´meurs, mais oĂą est l’autre terme de la politique ? Au Danemark les salariĂ©s ont (ou avaient selon ce que j’ai lu il y a cinq ans) beaucoup de droits : congĂ©s maternitĂ© plus longs sans perte d’emploi, possibilitĂ© d’avoir des annĂ©es sabatiques ou de s’engager dans des projets en dehors de l’emploi. Cela libère des places pour les chĂ´meurs qui y gagnent une expĂ©rience et le salariĂ© retrouve sa place après çà .
Ensuite est-ce que ces politiques sont la raison de la rĂ©ussite de ces pays en matière de chĂ´mage ? Personnellement je ne pense pas que la solution se trouve sur le marchĂ© du travail, mais bon c’est une opinion personnelle.
2 : D’autre part les politiques sociales des pays nordiques sont très couteuses. Pour mettre en place des politiques ambitieuses il vaut mieux Ă©viter d’en rĂ©duire le financement.
Cela n’est donc pas vers elles que nous nous dirigeons mais vers le modèle anglosaxon et ses working poor, ainsi que les “handicapĂ©s” qui sortent opportunĂ©ment des chiffres. Beaucoup de chĂ´meurs ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© radiĂ©s en France pour d’autres raisons (sortie de la catĂ©gorie 1 qui est la seule comptabilisĂ©e, passage dans l’assistance…)Il faut ĂŞtre très prudent sur les comparaisons internationales en matière de chiffre de l’emploi…
3 : Enfin, et çà sera lĂ mon dĂ©saccord le plus important avec votre analyse, les chĂ´meurs ne tirent pas leurs droits Ă allocation de nulle part, mais des cotisations qu’ils ont versĂ©es pendant leur pĂ©riode active. On a un peu trop tendance Ă l’oublier. Ceux qui n’ont pas travaillĂ© bĂ©nĂ©ficient Ă©ventuellement de la solidaritĂ© nationale via le RMI, mais c’est tout. Les autres ont souscrit une assurance sociale et ils n’abusent pas en cela de l’argent collectif, puisqu’ils ont permis la rĂ©munĂ©ration des chĂ´meurs quand ils travaillaient. Donc il y a une contrepartie du chĂ´meur qui a fait bĂ©nĂ©ficier les autres de sa solidaritĂ© et en bĂ©nĂ©ficie ensuite personnellement. Il y a aujourd’hui une assimilation entre protection sociale et assistance qui n’est pas tolĂ©rable. Le chĂ´mage çà n’est ni l’assistance ni l’assistanat : c’est une assurance sociale.
Robert Castel parle de tout l’intĂ©rĂŞt d’avoir une pĂ©riode pour souffler, se redĂ©finir, avoir du temps dans “propriĂ©tĂ© privĂ©e, propriĂ©tĂ© sociale, propriĂ©tĂ© de soi”. Je revendique Ă©ventuellement ce droit pour les salariĂ©s d’avoir du temps entre deux pĂ©riodes de travail. D’autant qu’ils ont cotisĂ© pour cela. Le temps, c’est aussi cela que nous donne la protection sociale, et c’est justement cela qu’on essaie de nous sucrer. Le temps de chĂ´mage ne doit pas seulement ĂŞtre celui de la remise au travail forcĂ©e, mais peut ĂŞtre celui de la rĂ©flexion, de la rĂ©orientation, de la remise Ă plat du projet de vie. CĂ n’est pas cela tout le temps, mais cela doit pouvoir le rester…
Nous ne sommes pas passĂ© d’un laxisme dĂ©bile Ă la belle rationalisation, mais d’une vision de la justice Ă une autre. C’est bien diffĂ©rent Ă mes yeux et ces rĂ©formes n’ont donc rien de technique, ou ne sont pas juste du bon sens. Surtout quand l’assurance chĂ´mage est excĂ©dentaire…
Diminuer encore et toujours les droits des chĂ´meurs est-il donc lĂ©gitime ? Est-ce la nĂ©cessaire rationalisation du marchĂ© du travail qui est Ă l’oeuvre, ou juste un rapport de force qui est très dĂ©favorable aux salariĂ©s actuellement ? Je pencherais plutĂ´t pour la seconde solution. D’autant que le chĂ´mage a toujours Ă©tĂ© le risque social dont la lĂ©gitimitĂ© de l’indemnisation a Ă©tĂ© la plus difficile Ă imposer. (Et que les rĂ©formes sont rĂ©digĂ©es par ceux qui ne le connaitront jamais).
11 mai 2008 à 21:00
Bonjour,
“Cette mesure ne sera pas appliquĂ©e, pour une raison simple : personnellement, je ne connais personne qui ait retrouvĂ© un emploi grâce Ă l’ANPE. Et vous ?”
HĂ©las, quand on entre dans une antenne ANPE, il y a plein d’affichettes placardĂ©es sur les tableaux prĂ©vus Ă cet effet, si vous voulez travailler dans le bâtiment, la restauration, ou chez les hotlineurs (?), on vous trouvera toujours un emploi, Ă 850€/mois. En son temps, Gerard Schroeder avait hurlĂ© en constatant que certains cultivateurs ne trouvaient personne pour ramasser les asperges (les allemands en sont très friands), et il comptait bien obliger les chĂ´meurs grassement indemnisĂ©s et forcĂ©ment fainĂ©ants Ă le faire : quand on vous dit qu’il y a du travail… Non, l’ANPE peut trouver du “travail”, mais les emplois intĂ©ressants se retrouvent dans les cabinets de recrutement privĂ©s.
“PrĂ©voir de les punir en cas de refus d’emploi apparaĂ®t comme assez surrĂ©aliste”
En fait non, c’est tout Ă fait possible. Comment ? vous refusez de ramasser des salades de plein-champs Ă 6h00 du matin Ă 50km des chez vous pour 10€/h ? non ? c’est un refus caractĂ©risĂ© et tant pis pour vous, -20% sur vos indemnitĂ©s et la prochaine fois c’est -50%. C’est caricatural, mais pas irrĂ©aliste.
12 mai 2008 à 9:00
Pour Scodex :
Vous avez raison de demander des prĂ©cisions sur la flexicuritĂ© scandinave en matière d’activation des chĂ´meurs. En voici quelques unes.
“Les bĂ©nĂ©ficiaires d’allocations chĂ´mages ont l’obligation de chercher un nouvel emploi. Tout refus d’un emploi convenable se traduit par la suppression immĂ©diate de toute forme d’indemnisation. Au bout d’un an sans travail (pĂ©riode rĂ©duite Ă 6 mois pour les moins de 25 ans), un chĂ´meur doit obligatoirement suivre un stage ou accomplir des travaux d’utilitĂ© collective.”
Raymond Van der Putte, “Le modèle danois de flexibilitĂ©-sĂ©curitĂ©” in SociĂ©tal n° 52, 2° trimestre 2006.
“La politique d’activation est fondĂ©e sur la conviction largement partagĂ©e que les chĂ´meurs ont des droits, mais aussi des devoirs. Depuis 2002, il n’y
12 mai 2008 à 9:06
a plus de distinction entre la pĂ©riode “passive” oĂą les personnes recevaient des allocations et pouvaient - si elles le voulaient - demander Ă participer Ă des mesures d’activation, et la pĂ©riode “active”, oĂą les personnes devaient participer aux mesures d’activation Ă plein temps : toutes les personnes doivent dĂ©sormais faire l’objet de mesures d’activation obligatoires dans les six premiers mois. Celles-ci doivent viser un travail clairement identifiĂ©. ELles comportent… des stages rĂ©munĂ©rĂ©s, des travaux d’intĂ©rĂŞt collectif dans le secteur public, la protection de l’environnement, la culture, l’Ă©nergie, les transports publics, la santĂ©, la garde d’enfants, de personnes âgĂ©es, la formation.”
Alain Lefebvre et Dominique MĂ©da : “Le modèle danois de “flexicuritĂ©” in Cahiers français n° 330.
12 mai 2008 à 9:29
Enfin, pour la Suède :
“En cas de refus d’un emploi convenable, les allocations sont rĂ©duites de 25 % et de 50 % au deuxième refus, puis supprimĂ©es au troisième refus.”
Pierre Boisard : “L’aide au retour Ă l’emploi en Suède”; in SociĂ©tal n° 52.
Bref, assez proche du système imaginé actuellement en France.
Encore un mot de commentaire.
L’indignation habituelle, au sein de la gauche française, devant l’Ă©vocation des “devoirs” envers la collectivitĂ© que comporte le fait d’en percevoir des aides et prestations d’assurance sociales, me paraĂ®t Ă©trange. Elle a sans doute pour cause le fait que notre système social a Ă©tĂ© exagĂ©rĂ©ment nationalisĂ© et que la responsabilitĂ© en a Ă©tĂ© en partie retirĂ©e aux partenaires sociaux eux-mĂŞmes. Du coup, les Français ont le sentiment que l’argent de la politique sociale 1° n’est pas leur argent, mais celui de “l’Etat”, auquel ils ne s’identifient pas, 2° que, puisqu’il provient de “l’Etat”, il est par nature inĂ©puisable…
Bien entendu, je ne suggère pas que les personnes lourdement handicapĂ©es, les petits enfants ou les grands vieillards doivent participer aux travaux d’intĂ©rĂŞt collectif, ou accepter du travail, etc. Ca ne viendrait Ă l’idĂ©e de personne ni Ă Stockholm, ni Ă Copenhague.
Enfin, sur les droits que se crĂ©ent les salariĂ©s des pays scandinaves au non-travail, je crois, cher Lotuspensif, qu’il y a beaucoup d’illusions, en France. Il ne s’agit pas de droits Ă rester chez soi pour rĂ©flĂ©chir, encore moins une conception Ă la française de “partage du temps de travail” pour “libĂ©rer des emplois”, mais d’un droit-devoir Ă la formation tout au long de la vie.
Encore des chiffres :
Pourcentage de la population adulte participant Ă des programmes de formation tout au long de la vie :
- Suède : 34,7 %
- Royaume-Uni : 29,1 %
- danemark : 27,6 %
- Finlande : 24,8 %
- Pays-Bas : 16,6 %
- Autriche : 13,9 %
- Espagne : 12,1 %
- moyenne UE 25 : 10,8 %
- France : 7,6 % (parmi les tout derniers)
C’est ça, le vrai scandale français. Non pas que l’on demande aux chĂ´meurs de reprendre aussitĂ´t que possible un emploi, mais que l’on ne leur en donne pas les moyens.
Personnellement, j’ai fui le chĂ´mage (français) en Grande-Bretagne, dans les annĂ©es 90. Comme des centaines de milliers de Français, bĂ©nĂ©ficiant pourtant du fameux “modèle”…
13 mai 2008 à 16:33
Bonjour,
Merci à Brice Couturier de mettre en ligne le rapport de la chambre des Lords dont parle Mme Michèle Tribalat, il semble particulièrement intéressant.
Cordialement
Ph. Gombert
13 mai 2008 à 20:13
Bonsoir,
Pour avoir cotoyĂ© Jobcenter (traduisez: ANPE) danois et ANPE française, je ne peux que confirmer les analyses de Brice Couturier et des auteurs citĂ©s. Après avoir travaillĂ© un an au Danemark, je me suis retrouvĂ©e au chĂ´mage. Dès le lendemain, j’ai Ă©tĂ© convoquĂ©e pour un vĂ©ritable entretien personnalisĂ©. J’ai très rapidement reçu des offres de formation et j’ai pu obtenir l’aide de ma conseillère-emploi pour envoyer des candidatures bien ciblĂ©es. Ce alors mĂŞme que, contrairement Ă la quasi totalitĂ© des Danois, je n’Ă©tais pas membre d’une A-kasse (je percevais l’Ă©quivalent du RMI danois). Une A-kasse est une caisse d’assurance-chĂ´mage: ces caisses sont rĂ©parties par branche et la contribution est de l’ordre de 600 euros par an. La quasi totalitĂ© des Danois en sont membres: sachant que le droit Ă l’assurance-chĂ´mage n’est pas automatique, les salariĂ©s ont tout intĂ©rĂŞt Ă s’inscrire. Contrepartie: des allocations chĂ´mage très Ă©levĂ©es et une gestion très efficace des inactifs grâce Ă la collaboration des Jobcenter et des A-kasse…
De retour en France, j’ai vite dĂ©chantĂ©: j’ai certes obtenu une première convocation Ă l’ANPE une semaine après m’ĂŞtre inscrite via le site internet mais, plus de trois mois après et malgrĂ© plusieurs relances de ma part, je n’ai toujours pas obtenu de second rendez-vous…Je ne blâme pas les employĂ©s de l’ANPE qui sont surchargĂ©s et qui ne reçoivent aucune espèce de formation valable.L e comble pour un organisme qui est censĂ© aider les chĂ´meurs et proposer des offres de formation. Bien sĂ»r, le chĂ´meur doit y mettre du sien ( et je considère que c’est le cas de la quasi totalitĂ© des chĂ´meurs, je ne connais pas de chĂ´meurs heureux de l’ĂŞtre…): il n’est pas question d’attendre qu’on vous propose un emploi, mais tout cela est tellement coĂ»teux, tellement inutile…et les Unedic sont loin d’utiliser le budget qui leur a Ă©tĂ© attribuĂ© en vue de la formation continue des inactifs…
Autre petite prĂ©cision: la fonction publique fonctionne fort diffĂ©remment au Danemark. Je ne suis pas de ceux qui considèrent que tous les fonctionnaires sont par essence incompĂ©tents, loin de lĂ . Je pense simplement que le mode de recrutement de la fonction publique est très problĂ©matique: combien de bonnes volontĂ©s dĂ©couragĂ©es par des Ă©preuves plus ou moins idiotes qui n’ont aucune espèce de lien avec la rĂ©alitĂ© de l’emploi visĂ©!!! J’en reviens Ă mon Danemark chĂ©ri (ce pays a beaucoup de dĂ©fauts, mais il y aussi beaucoup Ă apprendre…): les emplois publics sont ouverts Ă tous, il suffit d’envoyer une lettre de motivation et un CV…Un employĂ© public incompĂ©tent peut ĂŞtre licenciĂ©. Et oui, j’ose remettre en cause le système de la fonction publique Ă la française!
Je considère que l’Ă©ducation est la clĂ© du problème. L’Ă©ducation française a de nombreux atouts, mais qui sont malheureusement souvent gâtĂ©s par des visions archaĂŻques de l’enseignement ou des rĂ©formes prĂ©cipitĂ©es vouĂ©es Ă l’inefficacitĂ©…J’arrĂŞte lĂ !
Me voilĂ de retour en France depuis quelque mois
14 mai 2008 à 16:05
Cher Brice,
Il me semble Ă©trange de dire que la nationalisation crĂ©e une dĂ©responsabilisation alors que les systèmes scancinaves, dont vous parlez, sont des systèmes nationaux depuis l’origine. Postulez-vous que les Français cherchaient plus activement un travail quand le système Ă©tait gĂ©rĂ© par des syndicats, sous prĂ©texte que c’Ă©tait leur argent qui Ă©tait en jeu ? LĂ c’est moi qui vous trouve Ă©trange. La rapiditĂ© Ă trouver un travail ne viendrait-elle pas davantage de l’abondance ou de la raretĂ© de l’offre ? Et penseez-vous que nos concitoyens soient très au fait du financement de notre protection sociale (d’autant plus que l’UNEDIC est un des lieux oĂą le paritarisme a le plus de poids, contrairement Ă l’assurance maladie par exemple).
Sinon, je n’ai jamais parlĂ© de se tourner les pouces, mais de congĂ©s maternitĂ© plus longs ou de possibilitĂ© de participer Ă des projets associatifs… C’est en tout cas le souvenir que j’ai de la lecture de “Tous Sublimes”. Mais, comme je l’avais rappelĂ©, elle est plutĂ´t ancienne pour moi… J’ai donc peut ĂŞtre fait des erreurs mais il me semble inutile de dĂ©former mon propos pour y rĂ©pondre…
Par ailleurs, il me semble que l’efficacitĂ© ou l’inefficacitĂ© de l’ANPE est un problème complètement diffĂ©rent de l’activation des chĂ´meurs. Je suis bien persuadĂ©e que de nombreux chĂ´meurs souhaiteraient avoir accès Ă des programmes de formation, ou Ă des orientations plus pertinentes. Mais je ne vois pas le rapport avec l’obligation d’accepter un emploi “recevable”.
Quant Ă la crĂ©ation du droit, et au droit au temps dĂ©gagĂ© de la contrainte Ă©conomique entre deux emplois, je vois que nous n’avons pas le mĂŞme point de vue.
Mais je ne le fonde pas en l’espèce sur la nationalitĂ©, la citoyennetĂ© et donc un Etat inĂ©puisable (ce qui serait de l’assistance), mais sur la cotisation (ce qui est de l’assurance). Quand on souscrit Ă une assurance permettant de faire face Ă un risque social, et bien, il est normal d’en bĂ©nĂ©ficier quand le risque se produit. Et ce qu’elle soit marchande ou pas. La contrepartie existe donc. RĂ©duire au minimum la durĂ©e d’indemnisation conduit Ă se poser la question de l’intĂ©rĂŞt de se protĂ©ger. Surtout si, comme vous semblez le penser, le service de placement n’est pas Ă la hauteur.
Bon retour dans l’hexagone.
14 mai 2008 à 16:55
Bonjour,
DĂ©solĂ© de squatter ainsi votre blog avec ce message hors sujet, mais j’ai cru comprendre qu’on pouvait aussi y faire des suggestions, et par ailleurs je suis trop peu familiarisĂ© avec ce genre d’outil pour en faire bon usage.
Donc voici le sujet que je voudrais voir soumis Ă d’autres auditeurs : pourquoi ne peut-on pas, sur le site de France Culture, saisir (par exemple) “Hugo” dans un formulaire ad hoc et recevoir ensuite par mail l’annonce de toute Ă©mission abordant ce sujet ? Ce genre d’alerte existe sur d’autres sites (cf. TĂ©lĂ©rama), et doit donc ĂŞtre techniquement possible. Des milliers d’auditeurs qui n’ont pas le temps d’analyser vos programmes chaque semaine seraient ravis d’un tel outil. Cette idĂ©e est-elle loufoque ? Sinon, qu’est-ce qui empĂŞche de la mettre en place (raisons budgĂ©taires ?) ?
J’arrĂŞte lĂ mon mail pour ne pas abuser, mais si le sujet retient votre attention, je pourrai dĂ©velopper…
Encore une fois, si je me suis trompĂ© d’adresse, excusez-moi. Sinon, je serais ravi d’avoir les rĂ©ponses Ă mes questions (si nĂ©cessaire je peux vous envoyer un petit mĂ©mo plus clair que ce rĂ©sumĂ©).
Bien cordialement,
14 mai 2008 à 20:25
Mr Couturier,
Je prĂ©cise quel Ă©tait le sens de ma dernière note car il m’apparaĂ®t qu’au vu de votre rĂ©ponse vous ne l’avez pas correctement entendue. Mon intention Ă©tait de questionner un principe souvent implicitement considĂ©rĂ© comme allant de soi, non de me livrer Ă des comparaisons entre les avantages respectifs de diffĂ©rents systèmes sociaux - sujet que je n’ai pas Ă©tudiĂ© en dĂ©tail et Ă propos duquel je rĂ©serve donc mon jugement. J’abordais donc une thĂ©matique beaucoup plus large, philosophique en quelque sorte et non technique.
Le principe incriminĂ©, et que vous exposez clairement quoiqu’implicitement est le suivant : Ă tout droit concĂ©dĂ© par la collectivitĂ© Ă un de ses membres doit correspondre explicitement des obligations auxquelles est contraint de s’acquitter le bĂ©nĂ©ficiaire et qui constituent la contrepartie systĂ©matique
du dit droit. Or l’expĂ©rience montre que sur des aspects fondamentaux de la vie sociale les choses ne sont pas organisĂ©es en fonction de ce principe, j’en ai mentionnĂ© quelques exemples. Je les rĂ©-expose : Ă ma connaissance dans aucun pays de niveau de dĂ©veloppement comparable Ă la France le droit de vote n’est corrĂ©lĂ© Ă une obligation qui serait son pendant nĂ©cessaire ; dans bien des pays, je ne crois pas non plus qu’une personne atteinte par exemple de cancer se voit par principe astreinte Ă une quelconque contrepartie des soins dont elle bĂ©nĂ©ficie spĂ©cifiquement lorsque c’est aux frais de la collectivitĂ© ; quant aux personnes lourdement handicapĂ©es, si l’on applique Ă la lettre le principe sus-mentionnĂ© la cohĂ©rence consiste Ă leur imposer une activitĂ© d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral Ă la mesure de leurs capacitĂ©s (de mĂŞme d’ailleurs qu’aux personnes agĂ©es touchant une retraite qu’elles n’ont pas financĂ©
); enfin en ce qui concerne enfin la scolaritĂ©, la stricte application du dit principe devrait conduire par exemple tout citoyen Ă ĂŞtre tenu de rembourser durant sa vie active l’intĂ©gralitĂ©
du coĂ»t des Ă©tudes publiques qui ont Ă©tĂ© les siennes, or je ne vois pas lĂ non plus que ce soit souvent le cas (mais je ne suis pas omnicient…:-)).
Pour finir, si je mentionnais le Conseil National de la RĂ©sistance cela n’avait rien Ă voir avec un quelconque chauvinisme dont je suis loin (pour moi le système social français n’est a priori pas plus un modèle qu’un repoussoir -
ce qu’il me semble ĂŞtre pour vous, ce qui est un avis que je m’abstiens de juger), mais cela avait pour but de monter que des personnes qu’on peut estimer respectables ont pensĂ© l’organisation sociale en partie indĂ©pendamment du principe qui nous occupe et Ă propos duquel vous aurez notĂ© qu’il n’Ă©tait pas question dans mon esprit de prendre ou non parti.
Voilà , si ces notes hors tout esprit polémique ou partisan ont contribué à questionner un préjugé rarement interrogé de nos jours elles auront atteint leur but : là où il y a des évidences faire advenir des interrogations (ce qui était, selon Jankélévitch le propre de la philosophie).
17 mai 2008 à 18:25
J,e vous entends. Mais je parlais très spĂ©cifiquement des politiques d’activation des chĂ´meurs. Or, l’indemnisation du chĂ´mage relève, dans le cadre de nos conceptions europĂ©ennes de l’Etat-providence d’une logique assurantielle : les salariĂ©s mutualisent le risque de se retrouver au chĂ´mage, de la mĂŞme manière qu’ils s’assurent entre eux contre le risque d’accident du travail. C’est pourquoi il est logique d’exiger du chĂ´meur, indemnisĂ© par la collectivitĂ© des salariĂ©s, qu’il recherche activement un autre travail et qu’il accepte tout travail correspondant Ă son niveau de qualification et de rĂ©munĂ©ration antĂ©rieure. C’Ă©tait le point que je mettais en discussion.
Vous en suggĂ©rez un autre, en relevant les cas oĂą la sociĂ©tĂ© fournit soins et aides sans contreparties. Je ne nie pas qu’ils existent. Mais je vous signale toutefois que, dans la conception rĂ©publicaine, le citoyen n’exerce pas le droit de vote sans contrepartie : il est mobilisable en cas de guerre, ce qui n’est pas rien ; il est assujetti aux impĂ´ts ; etc.
Mais ce que je suggĂ©rais surtout, c’Ă©tait l’Ă©trange conception qui s’est imposĂ©e par chez nous au cours des annĂ©es rĂ©centes, selon laquelle les droits ne seraient gĂ©nĂ©ralement pas assortis de devoirs envers la collectivitĂ©. Cela me semble aller de pair avec le dĂ©sengagement civique, le dĂ©tricotage gĂ©nĂ©ral du lien social, le fond de l’air nihiliste (”je me sers tant qu’il est temps, car je ne crois pas Ă l’avenir de ce système”). Toutes choses que je dĂ©plore, en me fondant sur le contre-exemple donnĂ© par les sociĂ©tĂ©s scandinaves.
18 mai 2008 à 22:54
Mr Couturier,
Naturellement, afin d’Ă©viter tout quiproquo il est nĂ©cessaire de bien distinguer le thĂ©matiques que abordĂ©es par vous et moi.
Le point que je discute est beaucoup plus circonscrit que les sujets que vous traitez, mais d’une certaine manière, du point de vue des principes, il est plus fondamental . Ceci dit, de ce que j’Ă©tablis aucune conclusion simple ne dĂ©coule automatiquement concernant les points que vous soulevez.
Pour revenir au sujet qui m’occupe, je voudrais mentionner un nouvel exemple, celui des congĂ©s pays. Brièvement il y eut lĂ instauration de deux droits par rapport Ă la situation prĂ©existente : celui a bĂ©nĂ©ficier de vacances (premier droit)
payĂ©es (second droit)- ceci toujours (du moins Ă ma connaissance) sans contreparties spĂ©cifiques. Cet exemple est intĂ©ressant en ce qu’il montre que la dĂ©rogation au principe : pas de droits sans devoirs spĂ©cifiques correspondants ne concerne pas seulement des populations marginalisĂ©es et dĂ©pendantes, laissant prĂ©sager que la dite dĂ©rogation est en fait courante. Je suis convaincu qu’on pourrait trouver bien d’autres exemples mais Ă ce stade de la discussion il ne me paraĂ®t pas indispensable de les multiplier. Vous me signalez par ailleurs que dans la conception rĂ©publicaine le citoyen est, par exemple, mobilisable en cas de guerre et doit s’acquitter de l’impĂ´t. Bien sĂ»r. Mais sont-ce lĂ Ă la lettre des contreparties spĂ©cifiques au droit de vote? Noter que de nombreux citoyens soient dispensĂ©s de s’acquitter de l’impĂ´t en raison de la faiblesse de leurs revenus tout en gardant le droit de vote permet de rĂ©pondre Ă la question.
J’Ă©largis maintenant un peu la discussion afin d’Ă©viter tout malentendu concernant la mentalitĂ© qui est la mienne lorsque je m’exprime. A aucun moment je ne suggère de ne voir que les droits individuels et jamais les la nĂ©cessitĂ© d’assumer contraintes inhĂ©rentes Ă la vie sociale et Ă©conomique qui les rendent possibles. Je veux simplement attirer l’attention sur le fait que la responsabilitĂ© sociale s’exerce pour une part significative selon des modalitĂ©s diffĂ©rentes et beaucoup plus complexes que celle que dĂ©crit le principe Ă propos duquel je discute. Ce dernier me paraĂ®t apte Ă modĂ©liser des interactions commerciales (droit Ă se procurer
un objet ou un service par l’intermĂ©diaire d’un fournisseur contre le devoir de lui payer le prix correspondant) mais certainement pas la totalitĂ© ou mĂŞme la plus grande part des interactions qui font une sociĂ©tĂ© ou ne serait-ce qu’une famille. En dĂ©construisant une idĂ©e fausse bien que paraissant Ă première vue peu discutable, il ne s’agit nullement de promouvoir une idĂ©ologie exonĂ©rant les individus de leur responsabilitĂ©s mais plutĂ´t d’aller vers un meilleur exercice de celles-ci en apprenant Ă mieux se les reprĂ©senter.
19 mai 2008 à 10:55
Il s’agit, pour les salariĂ©s dĂ©sirant se soustraire Ă “l’activition”; S.T.O en novlangue,de “quitter une forme d’existence dictĂ©e par l’entreprise”*.
Les chĂ´meurs volontaires ne se satisfont pas de ne pas culpabiliser mais font l’Ă©loge de la dĂ©motivation. Ce que les psychologues nomment: “motivation situationnelle dĂ©ficiente” chez les salariĂ©s “actifs”(attitude Ă l’origine du fameux stress du dimanche soir et de pleins d’autres maladies),les “chĂ´meurs heureux” le transforment,le TRAVAILLENT en A.D.M de l’entreprise-monde, du monde de l’entreprise,du monde rĂ©duit Ă l’idĂ©ologie de l’entreprise; le capitalisme contemporain ,”mondialisation” en novlangue.
“On ne motive pas quelqu’un contre son grĂ©”*.
EnquĂŞte de l’institut Gallup en Allemagne:
- 18% des salariĂ©s n’ont aucun lien avec leur entreprise.
- 88% ne se sentent aucune obligation envers leur
employeur
- 70% se bornent au strict minimum.
- 46% ont déjà démissionné intérieurement.
“On peut contraindre les gens Ă travailler, mais pas Ă bien travailler”*.
*Guillaume Paoli.
“Eloge de la dĂ©motivation”
Editions Lignes.
19 mai 2008 à 12:45
Bonjour,
Avez-vous deja ( clavier QWERTY sans accents sorry…) “experimente” les modalites de cette activation dans les agences ANPE? Pour ce qui me concerne j’ai la trentaine passee ( DUT scientifique et licence d’urbanisme…que je n’ai jamais retire, ni fait valoir…) et j’ai commence a travailler il y a maintenant presque 10 ans ( avec environ 40% de chomage durant cette periode) dans l’informatique ( 3d temps reel principalement…il s’agit des technos utilisees dans le jeux video mais aussi la simulation auto aero archi etc… ), Je demenage en moyenne tous les 2 ans et j’ai donc eu a faire a de nombreux interlocuteurs des ANPE/ASSEDICS de differentes regions, la derniere en date etant Paris ( apres les alpes et le languedoc roussillon ) .
Il ne faudrait pas oublier que nous vivons dans une societe de specialistes et qui vous pousse a cette specialisation, que ce soit dans les formes de l’enseignement ( « investissemnent » de depart, strategie…quelle joie ce jargon economique…) ou sur le marche de l’emploi ( cout d’opportunite, rentabilite immediate…). Au passage, je crois que cette differenciation des activites ( liee aussi la meritocratie comme legitimation d’une structure sociale verticale ) pose aujourd’hui probleme pour la construction du citoyen ( surexposition a une activite .Tenps manquant pour elargir son champ de vision, etc ) et le lien social. J’ai vraiment l’impression de vivre dans un systeme de niches qui s’exploitent les unes, les autres…Les seuls maitres mots sont: l’argent, la retention d’information, l’oportunisme et l’hypocrisie. Bien evidement j’ai eu quelques rencontres heureuses mais cela reste l’exception. Mon implication dans cette mecanique economique absurde me laisse un goĂ»t infame.
Que dire de mon experience avec l’ANPE/ASSEDIC? On comprend tres vite le discours formate. Projet professionnel, motivation, dynamisme, blabla generique…ils n’ont que ces mots a la bouche. On se croirait bien souvent avec un « manager Mc Donald » ou un commercial sur le dos. Il faut alors jouer la carte du specialiste, Ils ont tout de meme conscience des limites de leurs competences ( ce sont souvent des jeunes en CDD qui cherchent un job pour eux memes et les plus ages ne sont pas suffisament competents sur bon nombre de metiers actuels ) en face de specialistes qui feront tout ce qu’ils peuvent, s’il ne sont plus naifs, pour ne pas rentrer trop facilement dans leur nomenclature. Ce qui est plutot facile, en verite. Si vous leur donnez trop d’informations ou une prise suffisante, le risque est tres grand de vous retrouvez dans une impasse. Par la suite, cela peut devenir vraiment problematique, le fait d’accepter un job alimentaire/precaire ( meme si vous avez une these en histoire de l’art ou une licence en philo…filieres plutot conseillees pour les bourgeois, soit-dit en passant ) vous enferme dans cette categorie. Dans le rayon smicard precaire et en temps partiel ( l’esclave desormais trop privilegie du model francais ) les offres sont abondantes…L’ANPE ne manquera pas de vous le rappeler. Je n’invente rien. Je parle d’une amie ( qui a cette “chance” incroyable de vivre dans un trou HLM de 12m2 sans sanitaires dans le Veme ) et de ma femme…Biensur nous ne sommes pas les seuls a vivre ces situations…Loin de la.
Pour ce qui me concerne j’ai aussi vecu l’experience de la radiation . C’etait en ete il y a 6 ans, si je me souviens bien. Je recevais un courrier m’informant de la suspension de mes droits pour une duree de trois mois. Le motif etait une non presentation a un rdv anpe. Durant cette meme periode un de mes amis est egalement radie…Je m’informe alors sur la procedure d’appel de la decision que j’engage rapidement ( courrier AR…). Peu de temps apres l’envoi de cette lettre, je recois une lettre de l’ANPE me demandant de me presenter a un rdv a une date tres anterieur a ce meme courrier! Je comprends alors la situation et contacte les services specialises ( uniquement par courrier impossible de les voir… ) de l’ASSEDIC qui me demande de leur transmettre ( l’original! ) de ce courrier…Presque au terme de ma periode de radiation je suis recu par une commission d’une bonne dizaine de personnes. Je prends la parole pour evoquer cette erreur, ce litige…Le president de seance evacu la question en une phrase de ce genre: Il n’y a pas de correlation nous sommes la pour parler de votre projet professionnel…La tension monte et je quitte la piece. Peu de temps apres je recois une lettre type de cette commission, mon appel est rejete…Vient ensuite janvier, je suis informe d’un changement de la legislation et le restant de mes droits sautent… Inutile de vous dire qu’avec ce genre d’experience on prend bien conscience du fait que sa vie peut tres vite basculer si l’on a pas des proches pour vous soutenir financierement et moralement…Je pourrais multiplier les exemples de problemes que nous avons eu ma femme et moi tout au long de ces annees aussi bien avec l’administration ( je fais maintenant systematiquement appel a un mediateur de la republique ) qu’avec mes employeurs ( le contrat tacite, les centaines d’heures sup jamais remunerees, le cahier des charges delirant..On en vient a se faire justice seul et a saboter son propre travail…ce qui ne pose pas de reel probleme lorsque l’on est competent…). Je pourrais aussi evoquer les problemes de sante car il est tres difficile d’avoir un suivi dans le long terme et d’etablir une relation avec un praticien lorsque vous demenagez tous les 2 ans ( sans meme parler de l’incapacite/volonte de la secu a prendre en compte vos declarations de changements de situation en AR…). Aujourd’hui je commence a payer les 10 heures quotidiennes devant mon ordi ( http://en.wikipedia.org/wiki/Repetitive_strain_injury ).
Le marche du travail est ce qu’il est, et il est fort probable que cela ne s’arrange pas. La grande vague d’opportunisme mondialisee a encore de beaux jours devant elle. Les chinois ne se reveilleront pas du jour au lendemain. Ici la deregulation des services est en marche et va prendre de l’ampleur il n’y a aucun doute la dessus.
Je suis desole j’ai bien digresse mais il me semble important d’apporter un contrepoint plus pragmatique et plus large a votre propos. L’adhesion a un systeme passe par la demonstration, non pas par des tentatives perverses visant a faire interioriser aux individus ( des l’enfance! ) l’appropriation des savoirs, la culpabilite et la promesse, en cas d’echec( des l’enfance!), d’une vie dans le mepris ,la souffrance, et la consommation/production absurde.
Au niveau de la France on peut juste esperer , avec cette tumeur bien visible a la tete de l’etat ( la droite doit le hair…) que ce qu il reste du corps social reagisse enfin sainement…J’avoue que je suis sceptique et heureusement je n’ai pas d’enfant.
19 mai 2008 à 18:08
“personnellement, je ne connais personne qui ait retrouvĂ© un emploi grâce Ă l’ANPE. Et vous?”
SĂ»rement parce que B. Couturier connait peu de chĂ´meurs et que du haut de sa tour mĂ©diatique jamais il ne descendit pour mettre les pieds dans ce rĂ©ceptacle Ă pauvres, ce paravent social que reprĂ©sente l’ANPE! On ne sait jamais, ça pourrait ĂŞtre contagieux et salissant. Il y a pourtant du grain Ă y moudre, des a priori Ă jeter ensuite dans les poubelles de la facilitĂ© qui consiste Ă tirer sur tout ce qui est public. Rappelons que l’ANPE n’est qu’un intermĂ©diaire au service du pouvoir qui ne se gave que de chiffres faussĂ©s, une instance qui prĂ©sente donc Ă “ses clients” ce que produit le marchĂ© en matière d’emploi grâce Ă la lĂ©gislation : du prĂ©caire, du mal payĂ©, du cdd, du jetable Ă temps partiel…Le tout sans sĂ©curitĂ©. Et ce ne sont pas les derniers amĂ©nagements du code du travail qui arrangerons les choses en faveur des salariĂ©s ou des chĂ´meurs. Alors en plus de les transformer en unitĂ© humaine de production au service du marchĂ©, sanctionnons les chĂ´meurs en leur coupant les vivres, ça leur fera comprendre qu’il faut se battre pour travailler et survivre. On pourrait aussi les chatier corporellement! Qu’en pensez-vous ö grand maĂ®tre de l’omniscience? Qu’on en arrive Ă autant de pensĂ©e de caniveau, de banalitĂ© de comptoir Ă FC devient de plus en plus courant, mais je ne puis m’y faire. Continuez Ă frĂ©quenter des experts Ă 15000 euros par mois, ainsi vous garderez vos idĂ©es sur le chĂ´mage, le travail et les pauvres. Venez donc visiter une ANPE, y rencontrer des agents, des clients, si vous voulez, j’ai une bonne adresse!
FM
19 mai 2008 à 20:23
Cette citation vous est destinée, Mirbellien :
“L’intellectuel progressiste supplĂ©e au dĂ©faut d’intelligence de la rĂ©alitĂ© par un surcroĂ®t d’indignation.”
(Giuliano da Empoli : “la peste et l’orgie”).
Je connais pas mal de chĂ´meurs, voyez-vous. A commencer par l’auteur de ces lignes, qui a eu son compte de compressions de personnel et de fermetures de journaux…. Savez-vous comment j’ai rebondi ? Horreur et exĂ©cration ! En fuyant vers l’enfer britannique, comme des centaines de milliers de Français, convaincus que le pays compte trop de gens comme vous pour avoir une chance de se rĂ©former.
Et vous, un job Ă vie, je suppose ?
19 mai 2008 à 21:19
Pas d’indignation dans mon commentaire. Pas concernĂ© par la citation donc. D’ailleurs qu’est-ce qu’un intellectuel progressiste? Pas concernĂ© non plus par un emploi Ă vie et pas figĂ© dans une seule activitĂ©. Un emploi pour le moment public mais aussi Ă©jectable qu’un emploi privĂ©, de la pige dans la presse (locale), de la pige en formation continue et du travail bĂ©nĂ©vole et associatif dans la culture et la recherche historique. Comment donc ne pas ĂŞtre lassĂ© par les poncifs et les mensonges (volontaires ou non). Mon intelligence de la rĂ©alitĂ© (”des gens comme moi” en ont soyez-en sĂ»r et elle ne s’arrĂŞte pas lĂ oĂą commence le concept) m’a fait constater Ă©galement la nĂ©cessitĂ© de la rĂ©forme mais une rĂ©forme au-delĂ du chiffre qu’il soit celui du chĂ´mage, de la sĂ©curitĂ© ou du p.i.b., au delĂ de ce qui permet juste de prĂ©parer une réélection en caressant “l’opinion” dans le sens du poil, une rĂ©forme pour l’homme au service de l’homme et non pas une rĂ©forme qui fabrique des working poors, des sous-citoyens, des unitĂ©s humaines de production jetables et corvĂ©ables au service d’une idĂ©ologie dĂ©voyĂ©e et mortifère pour la majoritĂ© de nos semblables (rien de ce qui est humain…)
Les chĂ´meurs csp+ ou ++ polyglotes et de formation supĂ©rieure sont peu nombreux dans les fichiers de l’anpe et ne peuvent pas partir dans l’enfer d’outre Manche ou dans un autre cercle, ils sont souvent sous qualifiĂ©s, cassĂ©s physiquement et/ou moralement, victimes de dĂ©sindustrialisations et impossibles Ă reclasser Ă prix asiatique ou est-europĂ©en. N’est-ce pas lĂ qu’il faut intervenir et rĂ©former ?
Allez, une petite citation pour la route, j’y pense assez souvent lors de certains dĂ©bats sur FC (mais non, pas Ă l’Ă©coute du grain, ça va de soi):”du verbiage qui donne l’illusion de la pensĂ©e, Ă ceux qui ne savent pas ce que penser vraiment veut dire.” Vous savez forcĂ©ment de qui et d’oĂą cela provient. Certes ce n’est pas politiquement correct mais l’approche eschatologique de l’auteur prend chaque jour un peu plus de sens. Les “gens comme moi” lisent aussi cela! Les chĂ´meurs que l’on veut culpabiliser et priver de revenu de remplacement, auxquels tant de gens semblent s’intĂ©resser, ont, quant Ă eux, un autre grain Ă moudre, celui du pain quotidien et j’en connais très peu qui soient contents de leur sort et prĂŞt Ă refuser le retour Ă l’emploi.
Je réitère mon invitation, la période est des plus intéressantes.
FM
19 mai 2008 à 21:53
Bonjour,
je suis en phase avec l’idĂ©e selon laquelle il faut mettre en face des droits, un minimum de devoir.
Mais il me semble qu’on s’achemine dans une pente peu intĂ©ressante. Pourquoi serait-ce Ă la collectivitĂ© de dĂ©finir ce qu’est un travail “convenable” ? Dans ce mot, il y a la libertĂ© individuel et le libre choix. Les critères pour M. Untel ne seront pas les mĂŞmes que ceux pour Mme Unetelle. Et c’est tant mieux ! Je ne rĂŞve pas d’uniformitĂ©, mais de libertĂ©.
Il faut trouver le moyen de laisser la plĂ©nitude du choix, et de la responsabilitĂ© de ce choix aux acteurs. Ă nous. Pourquoi pas une indemnitĂ© fixe sur une durĂ©e fixe ? TouchĂ©e intĂ©gralement quelle que soit la durĂ©e avant de retrouver un travail. Libre par ailleurs Ă ceux qui le souhaitent de souscrire une assurance chĂ´mage pour ĂŞtre plus Ă l’abri s’ils le souhaitent…non ?
Parce que honnĂŞtement, je trouve que le fait que l’Etat dĂ©cide pour moi ce qui est convenable ou pas, est le signe que la solution est par trop collectiviste et centralisĂ©e, et pas assez libĂ©rale. Comment l’Etat pourrait dĂ©cider ce qui est juste Ă la fois pour moi, pour mon voisin de palier, pour le jeune sans formation, etc…?
le monde est plus divers qu’une liste de critères dĂ©finissant ce qui est “convenable”.
Ă bientĂ´t !
20 mai 2008 à 20:17
Un peu étrange et outrée votre dernière réaction Mr Couturier. Les Français y « fuient » par centaines de milliers en Angleterre (dont on accuse ses ennemis de dire qu’elle est « un enfer », ce qui facilite la tâche du contradicteur). Les fonctionnaires bloquent notre pays, qui, bien sûr doit être « réformé » (vous auriez pu ajouter « en profondeur » ou « d’urgence », histoire de pousser le cliché au bout). Plus haut la psychologie des peuples est remise au goût du jour : les Suédois sont civiques et vertueux, les Français incapables de se réformer et n’ont aucun sens du devoir. Et pourquoi pas les Allemands sérieux et travailleurs ? Quant aux intellectuels « progressistes » (le « de gauche » n’était pas loin), votre mépris rappelle celui, tout aussi caricatural, de Nicolas Sarkozy et de tout un courant populiste envers « l’intelligentsia ».
Ne pourrait-on pas lire et entendre sur France Culture des propos un peu plus nuancés ?
L’Angleterre n’est sans doute ni un paradis (certains de ses cadres viennent profiter de notre système de protection sociale, les poches de désespérances et de pauvreté y sont nombreuses quand on veut bien quitter Londres centre), ni un enfer (on se doute bien qu’il y existe des opportunités, d’autant plus qu’on est bien formé). Personnellement j’ai un faible pour le modèle scandinave, mais cela ne me le rend pas idéal, ni la France irrécupérable et les fonctionnaires haïssables.
Avoir un « job à vie » n’est pas une tare, ni la panacée universelle. Après tout quel est le problème si on aime son travail et qu’on le fait bien ? Mon boucher, mon médecin, beaucoup de profs, de policiers, de journalistes, beaucoup de patrons du CAC 40… ont eu, ont ou auront un emploi, de fait, à vie. Certains sont fonctionnaires, d’autres pas, et je ne vois pas quelle peut être l’utilité de leur imposer une « nécessaire » mobilité que d’autres peuvent subir ou trouver agréable. A ce propos on peut parfaitement comprendre que la précarité (à laquelle vous avez manifestement été contraint) vous ait été douloureuse et que vous nourrissiez un certain ressentiment vis-à -vis de la France, mais faut-il faire obligatoirement subir le même sort à tous vos concitoyens ou être rancunier à l’égard de ceux qui n’ont pas eu votre malchance?
Je trouve globalement votre émission et vos propos sur le blog intéressants et les arguments de bon niveau, mais je déplore (c’est bien sûr très personnel) que vous (c’est moins le cas de Mme Clarini) tiriez souvent le débat par le bas en voulant à tout prix radicaliser et schématiser les faits et les positions, sans doute pour des questions d’audience. Les cafés du commerce de plus ou moins bas étage, tenus par des Yves Calvi plus ou moins sérieux, pullulent sur toutes les radios et les blogs. Si j’ai envie d’en écouter ou d’en lire je n’ai qu’à me servir. J’attends autre chose de France Culture.
Romain Bonnaud
22 mai 2008 à 10:53
Encore une chose - les flux migratoires entre le Royaume-Uni et la France : nos jeunes, diplômés ou non, filent chez eux, trouver enfin un job et profiter de leur ascenseur social. Leurs retraités viennent acheter nos jolies fermes, voyez le Périgord. Bref, la même logique que celles qui régit nos rapports démographiques avec le Maroc, qui attire de plus en plus nos riches retraités. Cela donne à réfléchir.
22 mai 2008 à 16:28
“personnellement, je ne connais personne qui ait retrouvĂ© un emploi grâce Ă l’ANPE. Et vous ?”
oui oui j’en connais au moins une : moi !
22 mai 2008 à 17:03
Bricecout
Je ne crois pas que votre remarque donne le moins du monde Ă “rĂ©flĂ©chir” (ou alors nous n’avons pas la mĂŞme dĂ©finition du terme). Je pense au contraire que ce type de comparaison brouille l’intelligence des phĂ©nomènes en simplifiant Ă outrance et en rapprochant des situations très diffĂ©rentes Ă des fins anxiogènes (la France, futur pays sous-dĂ©veloppĂ© de l’Europe, brrrr, j’en tremble).
Les rapports dĂ©mographiques entre la France au Royaume-Uni n’ont que peu de rapport (pour des raisons, culturelles, gĂ©ographiques, Ă©conomiques, historiques) avec ceux entre la France et le Maroc. Votre dĂ©monstration n’a que les apparence de la “logique”: vous prenez les deux Ă©lĂ©ments les plus remarquables (et en outre discutables) d’un phĂ©nomène, Ă savoir “fuite” des jeunes français l’Angleterre et arrivĂ©e des retraitĂ©s, en oubliant tout ce qui pourrait Ă©loigner les deux cas. Les diffĂ©rentiels de dĂ©veloppement entre les pays n’ont rien Ă voir, les objectifs migratoires sont incommensurables, les migrations d’actifs anglais en France sont laissĂ©es de cĂ´tĂ©, les reprĂ©sentations de l’Angleterre par les retraitĂ©s français et l’inverse sont oubliĂ©es (elle permettrait de comprendre pourquoi les retraitĂ©s français s’installent si peu en Angleterre alors que certains le pourraient, alors que les Anglais le font en France, et pas n’importe oĂą, pour des raisons culturelles et historiques autant sinon plus qu’Ă©conomiques).
Encore une fois je ne cherche pas Ă nier la rĂ©alitĂ© de problèmes français, je souhaiterais juste un peu plus de nuances, notamment dans la mobilisation des “modèles” Ă©trangers. La rĂ©alitĂ© est bien plus complexe que vous ne tentez de le faire croire, surtout quand il s’agit d’alimenter le poncif du dĂ©clin français.
22 mai 2008 à 18:48
Mais enfin n’y a t’il personne ici qui trouve scandaleux d’ĂŞtre rĂ©duit Ă la condition de “ressource humaine”?
22 mai 2008 à 20:50
Je laisse la conclusion Ă Michel Rocard :
“dans les annĂ©es 1970 et 1980, le PIB français dĂ©passait celui des Britanniques d’un bon 15 %. L’ordre est actuellement inverse, par 5 Ă 6%.”
(”La France est-elle en train de s’appauvrir ?”, Le Figaro du 22 janvier 2007).
Autre chose : j’entends beaucoup parler des “poches de dĂ©sespĂ©rance et de pauvretĂ©” en Angleterre. Saviez-vous que, vue la diffĂ©rence des revenus mĂ©dians entre nos deux pays, on est dĂ©clarĂ© pauvre en France Ă partir du plafond de 800 Euros mensuels, alors qu’on le devient au Royaume-Uni en-dessous de 936 euros , (chiffres Eurostat, 2005, et le ciseau s’est encore Ă©cartĂ© depuis…)
22 mai 2008 à 21:57
Cette foutue machine m’a effacĂ© une rĂ©action, ce qui rend incomprĂ©hensible la remarque supra de Romain Bonnaud, qui y rĂ©pondait.
J’y expliquai que ma remarque concernant le “sens civique” des Scandinaves n’Ă©tait pas fondĂ© sur la “psychologie des peuples”, mais sur les Ă©tudes rĂ©centes de World Values Survey, qui ont Ă©tĂ© beaucoup commentĂ©es ces derniers temps. Pourquoi ? Parce qu’elles font apparaĂ®tre qu’en effet, les Scandinaves ont un sens civique très dĂ©veloppĂ©. Ainsi, Ă la question, “Trouvez-vous justifiable ou injustifiable de rĂ©clamer indĂ»ment des aides publiques ?”, les Danois, Hollandais et NorvĂ©giens (dans cet ordre) rĂ©pondent Ă une majoritĂ© Ă©crasante “injustifiable” et les Français (derniers du peloton), très majoritairement “justifiable”.
Cela a semblĂ© Ă plusieurs Ă©conomistes l’une des raisons pour lesquelles les rĂ©formes qui ont bien marchĂ© dans ces vieilles social-dĂ©mocraties ne pourraient pas ĂŞtre appliquĂ©es chez nous. Ces rĂ©formes prĂ©supposent 1° un fort sentiment de cohĂ©sion et d’Ă©galitĂ© entre les travailleurs, 2° que personne ne cherche Ă profiter du système, tenu pour un bien commun Ă protĂ©ger - et non comme une manne Ă dĂ©tourner, si possible.
J’y citais aussi l’article des Gracques sur le bilan de l’an I de Sarkozy :
“La gauche Ă laquelle nous aspirons devra faire le pari de la rĂ©forme juste… Le pari de ceux qui veulent produire plus pour rĂ©partir mieux, mettre de la redistribution partout oĂą il y a du marchĂ©, mais aussi du marchĂ© partout oĂą il y a du statut et des rentes… Les solutions existent. ce sont celles qui ont Ă©tĂ© appliquĂ©es dans les autres pays europĂ©ens. Sortir du rĂ©gime d’emploi Ă vie dans le secteur public et y imposer des gains de productivitĂ©; protĂ©ger davantage les travailleurs, mais pas les emplois; rĂ©former les aides sociales pour favoriser le retour au travail…”
(”les trois pĂ©chĂ©s de Sarkozy” dans Le Nouvel Observateur, 24 avril 2008.
Je m’amusai aussi des allusions aux “emplois Ă vie dans le journalisme” citĂ©s par Romain Bonnaud, lui demandant s’il voulait parler du “Journal Officiel”… Moi, j’ai tenu en gros 4 ans par rĂ©daction. Et je crois ĂŞtre dans la moyenne. C’est pourquoi je pense que la principale inĂ©galitĂ© existant dans notre pays sĂ©pare en effet les bĂ©nĂ©ficiaires d’emplois Ă vie et les prĂ©caires. Ce qui se reflètera de plus en plus dans le niveau des pensions de retraites, puisque celles-ci enregistrent, telles des sismographes, les “trous” dans les carrières dĂ»es aux pĂ©riodes de chĂ´mage.
23 mai 2008 à 17:58
Je ne nie pas les difficultĂ©s de la France, sur certains points, par rapport Ă l’Angleterre, je trouve juste qu’en la matière on manque souvent de mesure. On utilise aussi parfois les chiffres qui peuvent servir la dĂ©monstration.
A titre d’exemple on peut aussi mettre en avant le meilleur classement en terme de dĂ©veloppement humain de la France(0.952 (10ème place) contre 0.946 (16ème place)Ă l’Angleterre) qui vient nuancer les diffĂ©rentiels de PIB (on ajoute Ă la simple richesse la santĂ© et l’Ă©ducation). Quant au seuil de pauvretĂ©, je ne suis pas spĂ©cialiste en la matière, mais ne faudrait-il pas prĂ©ciser que le coĂ»t de la vie est bien plus Ă©levĂ© en Angleterre, et que les revenus doivent donc ĂŞtre comparĂ©s en ayant cela en tĂŞte (paritĂ© de pouvoir d’achat, mais peut-ĂŞtre les statistiques en tiennent-elles compte?). En tout cas on voit clairement que la France ne saurait ĂŞtre le Maroc de l’Angleterre, comme vous le suggĂ©riez plus haut.
23 mai 2008 à 18:26
Pour finir sur les “emplois Ă vie de journalistes”, je faisais bien sĂ»r allusion non pas au J.O mais bien aux journalistes qui font ce travail… toute leur vie (mĂŞme s’ils changent de rĂ©daction tous les 4 ans), et qui pour une minoritĂ©, sont très très bien payĂ©s pour le faire, et ont mĂŞme de fait une carrière garantie (y compris quand ils commettent les fautes professionnelles les plus graves). Je sais parfaitement par ailleurs que le journalisme est un mĂ©tier (de plus en plus)prĂ©caire, je voulais juste souligner qu’exercer une activitĂ© toute sa vie n’Ă©tait pas forcĂ©ment un signe d’archaĂŻsme ou digne de mĂ©pris, comme votre remarque finale dans un post (”un job Ă vie je suppose?”) me le laissait penser. Sur le reste, je suis assez d’accord avec vous (protĂ©ger le travailleur plutĂ´t que l’emploi, modèle scandinave), nĂ©anmoins je me demande pourquoi, quand on compare deux statuts (ceux qui ont un emploi garanti et les autres), c’est toujours pour les aligner “par le bas”, au nom bien sĂ»r de l’Ă©galitĂ©.
23 mai 2008 à 21:29
Grâce Ă Dieu et Ă Internet il n’y aura bientĂ´t plus besoin de journalistes “Ă vie” ou “prĂ©caires”.
Balzac l’a magnifiquement dĂ©montrĂ©; le capitalisme moderne est l’alliance de la banque, de l’industrie et de la presse.
27 mai 2008 à 20:07
Un autre éclairage à considérer: les rapports sociaux leurs permanences et leurs ruptures.
L’Ă©volution des grands rapports de l’individu Ă autrui, au collectif, au temps, au travail, Ă l’argent, Ă la Loi… comment celles-ci affectent l’intĂ©gration?( sans toutefois basculer dans les excès de la “psychologie des peuples” de cette pĂ©riode de l’entre deux guerre). Il n’empĂŞche, de Max Weber Ă AndrĂ© Siegfried, voire aux contributions de Alain Peyreffite, la “sociĂ©tĂ© de confiance”, en passant par Michel Crozier ou Philippe d’Iribarne, la diffĂ©renciation des statuts sociaux, le marquage des statuts, informellement les ordres professionnels (nĂ©ocorporatisme) ont forcĂ©ment des incidences sur l’intĂ©gration dans l’emploi. La diffĂ©renciation entre les emplois prĂ©caires ou Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e (donc statutaires… pour ne pas dire tributaires…)
Bref, comment dans le chaos actuel, “l’organisme social” dont nous relevons(lequel d’ailleurs…?) sĂ©lectionne le “bon grain de l’ivraie”, le “noble du vil”?…certes, avec beaucoup de violence, tout en maintenant des formes pour ne pas discrĂ©diter le système?
Comment l’”individu” (utopie toujours partielle…) pris dans ces compromis, dominations, nĂ©gociations entre jeux multiples d’appartenances sociales rĂ©elles et subjectives s’en sort dans un compromis pas trop humiliant et cohĂ©rent avec son dĂ©sir (s’il arrive Ă le formuler)… pour appartenir Ă la citĂ©?
Le dit “modèle français” ne sait pas faire… les systèmes sont assez nuls Anpe, bilans de compĂ©tences: de vĂ©ritables impostures. Donc celĂ se termine en bout de course par des modes de domination des franges Ă©parses des populations les plus fragiles. Nobles et vilains, encore…Puis des alliances/coalitions, du freinage, et etc…
28 juin 2008 à 4:47
N’existe-t-il pas un juste milieu entre les outrances de Daniel Mermet et celles (plus finement exprimĂ©es) de Brice Couturier pour ce sujet comme pour tant d’autres?
4 septembre 2008 à 19:58
Bonjour,
Je fais partis des 50,4% de chĂ´meur exclu de l’assurance chĂ´mage, je suis entièrement d’accord avec Brice Couturier, heureusement que je ne compte pas sur l’ANPE pour retrouver un emploi.
11 octobre 2008 à 17:08
Puisque nous avons en France le gĂ´ut de la gratuitĂ©, il faut en payer le prix. On fait des gĂ©nĂ©rations de gens qui profitent de cela. Grands-parents, parents et maintenant enfants savent qu’ils peuvent profiter de dons : nourriture-vĂ©tements-soins- voyages-factures etc…C’est un dĂ»…victimiser les pauvres en faire une nouvelle catĂ©gorie sociale comme les employĂ©(e)s, les cadres. On les chouchoute pour qu’ils votent pour vous aux Ă©lections. On achète la paix sociale dans les quartiers. Vous avez toutes les aides possibles sans justificatif pourvu que vous ne bougiez pas. Alors Français ne vous plaignez pas et devenez pauvres vous aurez alors de l’argent de poche Ă gogo puisque tout vous sera donnĂ©. Je dis non, les personnes qui bĂ©nĂ©ficient d’aides depuis des annĂ©es doivent alors donner du temps pour des actions dans la commune et payer un peu d’impĂ´t. Pour faire vraiment partie d’une communautĂ© il faut y participer financièrement. Vous qui ĂŞtes des travailleurs moyens vous avez Ă payer le plus lourd tribut Ă la sociètĂ© et surtout pas de retard dans vos paiements sinon vous ĂŞtes majorĂ©s. Le pouvoir d’achat : lorsque l’on voit le nombre d’automobilistes seuls dans leur voiture entrant ou sortant de Marseille, je me dis qu’ils ont bcp d’argent Ă mettre dans le rĂ©servoir.
6 novembre 2008 à 20:29
Il est courant et juste de dire que l’ANPE reprĂ©sente grosso modo 25% du marchĂ© de l’emploi. On peut y trouver son quotidien, nĂ©anmoins, les 75% restant ne sont pas Ă nĂ©gliger…