Nous rentrons du Québec. Les deux émissions que nous avons diffusées sur place, les contacts qui les ont précédées et suivies, m’ont amené à remettre en cause une vision de la société québécoise qui, comme celle de beaucoup de Français, datait de la Révolution tranquille des années 60. Et je me suis aperçu que, sur nombre de problèmes, nos amis du Québec, qui rencontrent en gros les mêmes problèmes que nous, avaient pris une certaine avance.
Nos visions du Québec juxtaposent deux visions qui sont contradictoires entre elles. Nous adhérons à la fois à celle des souverainistes du Parti Québécois, pour qui la situation est caractérisée par l’antagonisme entre un “petit peuple” francophone - trop longtemps opprimé et encore dominé par une majorité anglophone -, et à celle du multiculturalisme, pour laquelle doivent coexister dans l’harmonie des populations dont les modes de vie et même les valeurs fondamentales peuvent et doivent diverger les unes des autres, pour l’enrichissement mutuel des différences. En fait, ces deux idéologies, qui ont également le vent en poupe, ne sont pas conciliables, comme on le constate sur place.
Le souverainisme québécois, indépendantiste ou pas, s’appuie sur une vision “moderniste” de l’Etat-nation, qui rentre en symbiose avec la nôtre, issue de la Révolution de 1789. Elle suppose qu’un peuple a le droit de se constituer en nation et que celle-ci a pour devoir de former et de renforcer un Etat qui lui corresponde, l’unifie et l’exprime sur la scène de l’histoire. D’où le fait que le Parti Québécois est classé à gauche, alors même qu’il est nationaliste. Mais il est aussi favorable au renforcement de l’Etat, centralisateur, homogénisateur de la société. Et c’est là qu’il se heurte au multiculturalisme, qui est une idéologie de la post-modernité. Le PQ accuse le multiculturalisme d’être l’instrument manipulé par Ottawa, par le Canada anglophone, pour mieux noyer le “petit peuple” francophone du Québec dans un magma de minorités, afin de l’affaiblir et de le réduire à n’être bientôt plus qu’une de ces “minorités” auxquelles on concède des droits folkloriques, pour mieux la priver du droit civique à la formation d’un Etat séparé, qui n’est reconnue qu’aux peuples.
C’est dans ce contexte qu’il faut aborder la question de la “sortie de religion” qui revêt, au Québec, un aspect d’autant plus spectaculaire qu’elle s’est effectuée en une douzaine d’années. Le catholicisme y était enraciné en tant que religion civique, ciment identitaire du “petit peuple”, noyé dans un océan antglo-saxon et protestant. C’est cette Eglise qui avait offert ses structures, ses réseaux de bienfaisance et son système éducatif, en guise d’Etat, aux Québécois, leur permettant par là -même, de ne pas disparaître. De nombreux intellectuels québécois estiment que, en parvenant à construire un Etat puissant, socialisant, le Québec a précipité ainsi la chute de l’Eglise civique. Car cet Etat, en se substituant à l’Eglise catholique, l’a rendue politiquement inutile. Et il n’a pas perçu le risque que lui faisait courir le multiculturalisme, nouvelle “religion politique” officielle de la Fédération canadienne.
On lira avec intérêt le Manifeste pour un Québec lucide qui, bien que lancé à pétition il y a presque trois ans, montre que les problèmes économiques, démographiques et sociaux du Québec sont pratiquement les mêmes que les nôtres. Ce Manifeste m’évoque étrangement les “vekhis” russes (”Jalons”), qui ont succédé à la révolution ratée de 1905 : soyons réalistes et améliorons d’abord notre situation économique, développons notre société, menacée par les défis de la mondialisation, avant de songer à de nouvelles tentatives d’émancipation radicale.



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5 juin 2008 à 8:48
En voyant apparaître le terme de multiculturalisme, j’étais persuadée qu’une charge contre les minorités suivraient. Ce n’est pas le cas ici mais vous ne vous en privez pas dans les émissions (sur la virginité, les clandestins grévistes etc…). Je suis effarée de vos craintes, de vos peurs, concernant la présence de noirs et d’arabes en France. Il y a quelque chose d’instinctif dans cette peur. Un instinct que je n’ai jamais connu pour la simple raison que ma génération a été à l’école avec des noirs et des arabes. Pas dans un “quartier”, non, dans un lycée parisien parmi les meilleurs. Instinctivement, sans que je n’y puisse rien, je n’ai pas peur, je reconnais un semblable devant une personne noire ou arabe. Aussi il me semble qu’une grande partie des interrogations concernant les “minorités” disparaîtra quand votre génération cessera d’être aux affaires.
Plus profondément, vous ne semblez pas comprendre la communauté maghrébine. Après avoir vu “mémoires d’immigrés”, les choses me sont apparues plus claires. Ce qui frappe à la vision du film, c’est l’humiliation subie par cette communauté dans les années 50 et 60. Ils se sont laissés faire, ils ne se sont pas révoltés, ils ont été passifs. Je crois que leurs enfants leur en veulent pour cela. Je crois qu’ils règlent aujourd’hui leurs comptes avec l’Etat français au regard du passé de leurs parents. Ce qui provoque une certaine confusion puisqu’ils ne le font pas au nom de ce passé mais du présent. Leurs revendications, leurs violences, concernent des faits présents. Mais la racine de leur colère n’est pas dans le présent.
Pensons à la fondation de l’Etat d’Israël qui s’est voulu fort et offensif, guerrier. Relisez les pages d’Appelfeld sur l’arrivée en Israël.
Je ne vous accuse pas d’être raciste, mais apeuré. Il est symptomatique de constater que plusieurs fois au cours de l’émission consacrée à l’annulation du mariage, vous vous êtes dit “rassuré”.
5 juin 2008 à 15:10
Bonjour,
Dans l’émission d’hier, Caroline Fourest a mentionné une décision de justice concernant un musulman apostat qui n’aurait pu être incinéré. Cet exemple venait accréditer la thèse du cheval de troie (qu’elle réfutait par ailleurs pour l’affaire “virginité”). Maitre Eolas s’est procuré le jugement et vient de publier un post l’analysant. Il se trouve que Caroline Fourest a raconté n’importe quoi.Est-il possible de faire un rectificatif ou de donner l’information d’une mise au point par Eolas ?
Merci
5 juin 2008 à 20:56
Bref, la question des minorités disparaîtra quand les individus nés avant 1980 seront morts… Ca me semble bien optimiste. En Afrique du Sud, en ce moment, ce ne sont pas précisément des vieillards séniles qui tabassent et tuent les étrangers… En ce qui me concerne, la “présence d’Arabes et de Noirs” en France ne me “fait” pas “peur”, Ema, voyez-vous, j’ai fait une partie de ma scolarité au Liban dans les belles années d’avant la guerre. Et cela reste le meilleur souvenir de ma prime jeunesse. Parce que mon meilleur ami était sunnite et que plus de trente nationalités étaient représentées dans mon collège. Plus tard, j’étais parmi les fondateurs de SOS Racisme avec mes amis de Globe ! Et je pense que l’Europe a besoin d’immigrés pour compenser son vieillissement démographique et culturel.
Non, ce que je combats (avec nombre de Français d’origine maghrébine, croyez-moi), c’est le minage de principes fondamentaux dans notre société laïque, tels que l’égalité entre hommes et femmes, la séparation des sphères politique et religieuse, la confusion entre délit et péché, le recul général de l’esprit critique, la préférence pour les discours complaisants envers les communautés au détriment de ceux qui disent la vérité.
Tiens, je vous propose un test. Qui a écrit : “La pensée islamique a régulièrement rejeté jusqu’ici les conquêtes les plus libératrices de la pensée critique moderne; elle s’est enfermée dans une clôture dogmatique, avec une posture agressive contre cet Occident dominatuer et sûr de lui” ? Un raciste, sans doute ? Eh bien non, c’est Mohammed Arkoun, un des plus puissants esprits de ce temps, dans Le Monde Diplomatique (avril 2003). Vous voyez que ce n’est pas aussi simple que ce qu’on vous raconte. Et que critiquer une croyance n’équivaut pas à s’en prendre à une ethnie, ni à un peuple. Je critique assez volontiers la France, on m’en fait souvent le reproche, mais cela ne signifie pas que je suis un “raciste anti-français”.
6 juin 2008 à 1:02
Je vous cite :
« l’égalité entre hommes et femmes », « la séparation des sphères politique et religieuse », « la confusion entre délit et péché », « la préférence pour les discours complaisants envers les communautés au détriment de ceux qui disent la vérité. »
C’est bien joli tout ça, mais ce sont des mots. Quel sens leur donnez-vous? c’est le problème. Il y a plusieurs façons de comprendre l’égalité entre les sexes, la laïcité, l’attitude à avoir envers les communautés composant le corps social. Beaucoup de débats actuels sont des querelles sémantiques.
Vous êtes contre la confusion entre délit et péché, mais en même temps vous voulez imposer des valeurs supposées plus universelles que les autres, jusque dans l’intimité du mariage. Voilà le hic.
Je ne suis pas relativiste. Mais je constate un double phénomène actuellement : d’un côté une société de plus en plus libertaire, déboussolée et éclatée; de l’autre une fièvre législatrice qui prétend réguler tout, jusqu’aux idées des gens. Ce n’est pas parce que la société va mal que nous devrions accepter la dérive d’une législation omniprésente.
Quant aux communautés, vous semblez reprendre le vieux mythe libéral selon lequel elles n’apporteraient que la division et le repli sur soi. Pourtant elles permettent de structurer la personne. La crise actuelle peut s’expliquer -à mon avis- par le fait que les corps intermédiaires ont été laminés par les coups de boutoir de l’Etat-nation puis de la mondialisation. Si certaines attitudes de repli existent, c’est justement parce que les communautés sont malades.
6 juin 2008 à 1:10
Bref, le communautarisme n’est que l’envers de l’individualisme. Le “communautarisme” -que ce soit celui des islamistes ou des laïcs autoproclamés- trahit la perte d’identité des communautés traditionnelles, et la perte de repères qui en résulte pour les personnes.
7 juin 2008 à 13:07
Je reviens tout juste du Québéc, et je constate que la sociétè Quebecoise est tourmentée par de nombreux problèmes similaires aux nôtres. En effet, celle ci est inquiète,lorsqu’on interroge les quebecqois, on se rend vite compte de leur crainte identitaire. Ce qu’ils redoutent le plus,c’est le déclin culturel,une “anglophonisation” de leur territoire, et partant,la relégation de tout ce qui fait leurs forces: les particularismes quebecqois(à l’instar de l’exception française). Aussi, ils se demandent comment doit évoluer leur modèle inter-culturel, pour s’adapter à la mondialisation. Cependant, contrairement à ce qui se passe en France, cette société fait preuve d’une véritable vitalité démocratique.En témoigne, la qualité des débats autour du rapport Bouchard - Taylor -notamment par son traitement médiatique -, qui sont aux antipodes de ce que nous connaissons chez nous ( je n’imagine pas la société française se passionner pour un rapport de 103 pages produit par deux intellectuels).
13 juin 2008 à 9:59
L’exemple de l’Afrique du Sud est étonnant. Les différences avec la situation française sont trop importantes pour que cela soit une source de comparaison, non ?
je ne connaissais pas votre parcours mais bon nombre de français n’ont pas votre expérience. Concernant l’Islam par exemple, combien d’entre nous sont entrés dans une Mosquée ? Pour un laïque, je trouve ce lieu plutôt agréable, moins ostentatoire qu’une église, dépouillé. De même, le rituel lors de l’enterrement, plutôt apaisant.
Il est peu dit que l’Islam est une religion moins dominée par un système hiérarchique. Il n’y a pas un représentant de l’Islam sur terre.
Par ailleurs, il est intéressant de s’intéresser à la religion musulmane dans des pays non arabes. Comme le Mali. De manière étonnante, il n’est jamais question des problèmes en terme de religion que posent la communauté malienne en France, pourtant tout à fait musulmane.
Enfin, je suis étonnée lorsqu’on pousse des cris d’effroi parce qu’une femme ne veut pas aller voir un gynécologue de sexe masculin. Pour ma part, j’agis de même. Ce qui pose problème dans ce cas, c’est le fait que ce soit l’homme qui en prenne la décision.
Qu’en est-il des relations entre hommes et femmes ? Je suis une farouche féministe. Cependant, j’aimerais comprendre comment des femmes ont pu, dans certains pays musulmans, atteindre des niveaux de pouvoir inégalés en France. Benazir Bhutto. Megawati Sukarnoputri en Indonésie. Bon, c’était les filles de… Une femme premier ministre en Turquie également. Cela ne signifie absolument pas qu’il n’y ait pas d’oppression envers les femmes, il y en a et elle est révoltante.
Mais je suis aussi tous les jours très choquée, même dégoutée, de voir l’étalage de femmes nues dans la publicité. Jetez un coup d’oeil sur la pub Legrand pour des interrupteurs.
La question des rapports entre hommes et femmes devrait parfois être traitée en faisant abstraction des différences culturelles pour des raisons heuristiques et non pas bien-pensantes. Dans les deux cas, elle est un objet sexuel, qu’il faut soit cacher, soit complètement dévoiler parce que cela incite à la vente !
Concernant le communautarisme. Le problème est celui du paradoxe consistant à s’affirmer comme minorité, c’est-à -dire dominé, afin d’y remédier et se fondre dans la masse. Un double mouvement qui passe par le communautarisme mais à distinguer de la revendication consistant à vivre selon ses propres normes indépendamment de la société dans laquelle on est inséré.
C’est là que se pose le mystère du voile, de ces jeunes filles éduquées, intelligentes, autonomes, qui revendiquent son port. Pourquoi ?
18 juin 2008 à 23:33
Une véritable communauté, ce n’est justement pas la masse. La masse, c’est quelque chose d’inorganique, de non structuré : la société telle que nous le propose le libéralisme, avec une juxtaposition d’individus séparés (la négation de la personne!). Hobbes est passé par là .
Le port du voile est peut-être pour ces femmes la moyen de resserrer les liens qui les lient à leur communauté, de vivre davantage dans leur corps cette adhésion. Dans ce cas c’est tout à leur honneur. Mais est-ce parce qu’elles se sentent minoritaires? la minorité, à mon avis, est une fausse question. Le véritable problème c’est plutôt notre société individualiste et désocialisée : c’est à cela qu’elles cherchent sans doute à s’opposer.
Notons que ce n’est pas parce que l’Etat décrétera du haut de son Olympe des lois qui codifieront les valeurs licites que nous serons plus unis et plus solidaires. Des lois qui risquent de changer à chaque décennie suivant les rapports de forces. “Républicanistes” et “communautaristes” (au sens péjoratif de M. Couturier)se ressemblent au fond beaucoup : ils veulent faire tout passer par la loi et les tribunaux.
22 juin 2008 à 5:49
Si un jour le Canada devait réduire le français sur son territoire à une langue régionale ayant le même statut et les mêmes droits que le catalan, le basque, le breton….. sur le territoire français, nous entendrions les plaintes des hommes d’État et de l’Académie sur la place parisienne, défendre, en se prévalant des droits de l’Homme, une langue parlée par moins de 5% de la population nord-américaine.
Mais ni le Canada, ni la Suisse, ni le Luxembourg ne seront la France , et c’est tant mieux. Qu’ils se gardent bien d’un universalisme qui ne se déclinerait que dans un ethnocentrisme exclusif qu’il soit français ou autre.
Pour le moment, la France prêche à l’extérieur, au niveau international, ce qu’elle refuse à ses propres citoyens en niant toute politique linguistique respectueuse des diversités régionales.
Il y a encore des Bastilles à faire tomber…Les langues régionales sont encore dans la situation des noirs de l’Amérique du Nord, qui voulaient dans les années 50 monter dans les bus des blancs en Alabama ou ailleurs.
L’apartheid avait ses lois, mais l’esprit des hommes l’a emporté sur les barrières de l’égoisme et des grincheux des camps retranchés.
Nos langues monteront dans les bus de respectabilité, de l’officialité et de l’usage. Nous y travaillons chaque jour.
24 juin 2008 à 17:18
il serait bon que les invités évitent de repèter des formules clichées qui, même si elles sont martelées à longueur sur les ondes, sans être forcément justes, car tout la suite de leur argumentation en forcément discréditées : aujourd’hui encore un invité s’appuyait sur le “respect” de l’opinion des français pour l’émigration est totalement démentie par le sondage IFOP paru hier (cette inquiétude n’est majoritaire QUE chez l’électorat du FN et pas du tout chez les autres).
Le respect de l’opinion commencerait par savoir que ceux qui vous écoutent sont capables de réfléchir et de faire le tri dans les informations et le vécu au quotidien, et surtout de ne pas se justifier par l’avis “des français” (qui est varié). ils ont une opinion, ils l’assument, et c’est tout.
Cette émission débat est une des plus sérieuse et moi j’aimerais bien qu’elle le reste, car c’est devenu tellement car de ne pas être pas obligé de zapper comme chaque fois qu’apparaissent des pseudo économistes à la “jacques marseille”, car c’est sans intérêt.
24 juin 2008 à 20:13
Bonjour Brice Couturier
J’ai entendu votre émission d’hier sur les langues régionales et je vous envoie en commentaire une note que j’ai publiée sur mon propre blog concernant des informations dites pendant votre émission et qui me semble pour le moins inexactes. Bonne lecture à vous, kenavo
Christian Le Meut (journaliste)
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Langues régionales : la charte européenne et la justice en France
Un argument des opposants à la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution est qu’elle serait une porte ouverte à la ratification de la Charte européenne des langues minoritaires. Cette charte signée par Lionel Jospin quand il était premier ministre n’a jamais ratifiée ni appliquée car elle fut déclarée non conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel. Par contre, elle est entrée en application chez certains de nos voisins, au Royaume-Uni par exemple.
Justice en langues régionales en France ? Faux
Un argument des opposants est de dire que, si la France ratifiait la Charte, la justice devrait (ou pourrait) se faire en langues régionales dans les régions concernées. Ils voient là une atteinte au principe d’égalité des citoyens et d’unité du pays. Sauf que cette crainte n’est manifestement pas fondée. Le gouvernement Jospin avait choisi, dans la Charte européenne, un certain nombre d’articles afin de pouvoir la ratifier. Dans la partie 3 de la Charte, qui concerne les mesures concrètes, l’article 9 concerne la justice et le gouvernement Jospin n’avait adopté qu’un seul alinéa de cet article, le troisième, qui dit ceci : “Les parties s’engagent à rendre accessibles, dans les langues régionales ou minoritaires, les textes législatifs nationaux les plus importants et ceux qui concernent particulièrement les utilisateurs de ces langues, à moins que ces textes ne soient disponibles autrement”.
Il s’agit là de la traduction de textes législatifs en langues régionales et pas de procès ni de procédures judiciaires ! La France ne s’engagerait pas sur ce terrain si elle ratifiait la Charte, aucunement, mais cet argument est avancé par certains intervenants sur les médias, notamment hier, lundi, lors d’un débat sur France Culture. Et personne pour le contredire.
Que la Charte, qui est européenne, le propose, c’est normal : il est des pays d’Europe où certaines populations ne parlent pas la langue officielle, ou très mal. Il est préférable que, pour ces populations, la justice puisse se rendre dans la langue régionale. D’ailleurs est-on si sûr que ce ne serait pas nécessaire en France dans certains cas, notamment dans les Dom-tom ? Est-on bien sûr que tous les citoyens français, parlent parfaitement la langue française ? Est-ce beaucoup demander que la justice fasse en sorte d’être comprise des justiciables ?
Débats sur des croyances
Comme souvent en France, les débats se fondent sur des croyances plutôt que sur des faits. Ceux-là mêmes qui nous disent tout d’abord qu’ils sont pour la survie des langues régionales (être contre, cela ferait mauvais genre, n’est-ce pas), déploient toutes sortes d’arguments pour éviter que la République française évolue sur ce terrain et pour qu’elle continue de cultiver son monolinguisme monomaniaque.
Oui, une reconnaissance des langues régionales comme faisant partie du patrimoine français serait utile. La France est née d’une diversité culturelle qu’il faudrait qu’elle cesse de combattre un jour, pour l’intégrer et en faire une richesse. Et cette diversité culturelle est toujours d’actualité, grâce aux langues régionales et aux langues des migrants.
Oui, la ratification de la charte européenne des langues minoritaires nous serait utile, à nous, locuteurs de ces langues régionales, car elle garantit des droits (et avec moult précautions de langage !), et donc des moyens pour l’usage de ces langues, leur enseignement et leur pérennité.
Et les droits de l’Homme ?
La République et la langue française ne seront menacées que si elles se recroquevillent sur elles-mêmes et ferment la porte à ces évolutions. Beaucoup préfèrent présenter la Charte européenne des langues minoritaires comme le nouveau grand méchant loup qui va manger grand-mère la République. Hier, par exemple, j’ai constaté que les intervenants qui, hier, sur France culture, nous parlaient de République (comme si elle était en danger et comme s’ils en étaient les seuls défenseurs), ne prononçaient jamais les mots de “droits de l’Homme” ou de “démocratie”.
Pourtant, à mon avis, la République doit être, en premier lieu, un outil pour fonder la démocratie et les droits de l’Homme. Et elle ne peut se résumer à un modèle unique, centralisateur, uniformisateur et colonisateur, comme l’a été, hélas, mille fois hélas, la République française. La République a moult visages, moult modèles : le monde entier nous le prouve.
Christian Le Meut
Le texte de la Charte européenne des langues minoritaires :
http://conventions.coe.int/Treaty/fr/Treaties/Html/148.ht…
Les articles que le gouvernement Jospin proposait d’adopter :
http://conventions.coe.int/Treaty/Commun/ListeDeclaration…
25 juin 2008 à 20:43
Excellente defense de la diversité culturelle à condition qu’elle s’exprime au-delà de nos frontières et si possible en français. Ah, l’hirizon indépassable de notre nombril
27 juin 2008 à 13:55
Jacques Marseille est à la fois agrégé d’histoire et docteur d’Etat en économie, il est professeur des Universités et professeur en Sorbonne, auteur d’une oeuvre abondante et passionnante, Prix Jean Fourastié, etc…. Bref, s’il nous est peut-être arrivé de donner à entendre des “pseudo-économistes”, tel n’est manifestement pas son cas à lui.
Si vous êtes obligé de “zapper” chaque fois que quelqu’un exprime des idées qui contredisent les vôtres, c’est la preuve que celles-ci ne sont guère solides et se savent aisément ébranlées. Personnellement, j’adore entendre exposer des points de vue qui contredisent ce que je croyais savoir, du moment que leurs auteurs sont cohérents et bien informés et ne suppléent pas à un déficit de formation et de rigueur par un surcroit d’indignation.
A quel sondage faites-vous allusion ?
2 juillet 2008 à 1:00
Je me permets d’intervenir à propos d’un différend dans lequel je ne suis au départ pas impliqué, à savoir l’appréciation qu’on peut porter sur Jacques Marseille. Mais je crois me souvenir qu’une des devises de certains est à peu près celle-ci : se mêler de ce qui ne nous regarde pas alors que par ailleurs on ne nous a rien demandé, et je me suis dis que finalement parfois s’y conformer pouvait ne pas donner systématiquement lieu à des actions déplacées. Je me lance donc. En toute rigeur il est inexact de qualifier Mr Marseille d’économiste. Après une agrégation d’histoire, il a soutenu une thèse sur les relations économiques entre la France et son empire colonial entre 1880 et 1960 suite à quoi il est devenu docteur d’Etat ; cette thèse a été publiée en 1984 sous le titre suivant : Empire colonial et capitalisme français, histoire d’un divorce - il est assez clair qu’on n’est pas ici dans l’économie pure. Il est certes professeur à Paris 1 mais en histoire économique et sociale. A son sujet le plus approprié paraît être une caractérisation du type historien spécialisé sur des thèmes relevant du champ de l’économie. Concernant l’économie à proprement parler il est évident qu’on peut trouver assez facilement des intervenants plus compétents et plus titrés que lui. Partant de cela certaines pratiques médiatiques peuvent interpeller. La principale renvoie à ce qu’il faut bien se résigner à qualifier de manque de professionalisme ainsi qu’au conformisme de bien des journalistes sur ces sujets. Pourquoi persister à présenter Mr Marseille comme économiste? Plus fondamental : pourquoi le faire intervenir aussi souvent et aussi régulièrement sur des sujets qui ne sont pas à la lettre ceux dont il des meilleurs spécialistes alors que par ailleurs on n’entend jamais ou presque les quelques chercheurs français de renommée internationale qui contribuent à l’élaboration de résultats en théorie économique? On peut citer Maurice Allais, prix Nobel d’économie en 1988 - a t-il très souvent été invité par les médias à s’exprimer? Ou encore Jean-Jacques Laffont, fondateur de l’école de Toulouse principal centre français de recherche en économie, et qui fut considéré comme nobélisable jusqu’à sa disparition prématurée en 2004 et que je n’ai JAMAIS vu ni entendu à la télévision ou à la radio. Ou encore Jean Tirole successeur de J.-J. Laffont à Toulouse, seul économiste avec M. Allais à avoir obtenu la médaille d’or du CNRS et dont beaucoup pensent qu’il pourrait être le prochain prix Nobel français. J’ai très souvent vu ou entendu J. Marseille mais qu’une seule fois J. Tirole (sur France-Inter dans l’émission de Matthieu Vidart). Est-ce justifié? Ne pourrait-on pas souhaiter un peu moins de présence d’intervenants du type Marseille et un peu moins de rareté d’intervenants du type Tirole?
10 juillet 2008 à 10:00
L’émission sur le consentement a repris la question du voile, posée lors de mon dernier commentaire comme un mystère.
Au tout début de l’émission on aurait pu comprendre les différences entre les 3 intervenants mais au fur et à mesure c’est devenu du gloubi-boulga, où ce qui leur importait est de montrer qu’ils n’étaient pas des moralistes. Ce qu’ils étiaent tous à leur manière. Je crois que parfois vous faîtes l’erreur de les lancer sur de nouveaux sujets et là c’est le débordement. Si vous reprenez la première intervention longue de Freisse, vous avez déjà des clefs de questionnement pour la confronter à Ogien et comprendre leurs différences sans qu’ils aient besoin de s’accuser les uns les autres. De gagner en disqualifiant l’autre…
20 novembre 2008 à 0:16
Bien ! votre émission, quand elle déclare qu’on peut sortir de la pauvreté par l’économie… Mais n’est-ce que par l’économie ? ou bien aussi par le COURAGE d’une politique ETHIQUE ? Lisez donc ces livres d’acteurs mondiaux : Eva Joly « La force qui nous manque » et Jean Ziegler « La haine de l’Occident », cela vous éclairera sur les CAUSES de la pauvreté partout dans le monde, et elle se répand logiquement maintenant dans toute l’Europe elle-même (C’est « l’effondrement », dans le Mythe de l’Atlantide de Platon !) et cela vous inspirera sans doute quelques voies et solutions !… CAR le “micro-crédit” en Asie, les “tontines” en Afriques, “l’économie solidaire” comme pratique de quelques entreprises conscientes des pays riches… autant de moyens de “redistribuer” pour la vie économique locale, vitale, pour des biens de consommation de base et pour des adultes actifs … Penser que les petits commerces sont pléthoriques et peu épanouissants est bien une vision d’Occidental nanti rêvant de loisirs et de plaisirs ! Nos artistes ne sont-ils pas eux aussi en surnombre ? D’ailleurs, ne regorgeons-nous pas de trop ? et surtout d’arrogance ? Mais nos pauvres, que demandent-ils ? les avons-nous consultés ? … Vit sortir des Å“illères de l’idéologie bourgeoise qui occultent encore beaucoup trop d’analyses en France et en Europe… Je vais donc réécouter votre émission car cette idée de faire des pauvres de futurs artistes m’a empêché de suivre la suite (L’artiste ne doit-il pas tout de même s’instruire et se former, cela est-il gratuit ?) !…