La campagne de communication lancée par le gouvernement pour tenter de redresser l’image désastreuse produite par le « paquet fiscal » de la rentrée 2007 aura donc coûté 4,3 millions d’euros aux finances publiques. En pure perte. Voir les sondages. La gauche est parvenue à imposer l’idée qu’il s’agissait uniquement d’une série de mesures en faveur des plus aisés (bouclier fiscal, réduction de l’assiette de l’ISF, droits de succession). Le gouvernement et sa majorité n’ont n’a pas su convaincre du bien-fondé de leur thèse, selon laquelle la majorité des réductions d’impôts profiterait davantage aux classes moyennes (heures supplémentaires défiscalisées et achat du premier logement). Tant pis pour eux. C’est une affaire de force de conviction et de talent politique. Exactement comme lorsque Laurent Fabius est arrivé à convaincre de nombreux électeurs de la menace d’une forte augmentation de la TVA (« TVA sociale ») entre les deux tours des législatives de 2007. Même si c’était inexact. Quoiqu’il en soit, ce n’est pas aux contribuables de financer les opérations de propagande d’un gouvernement qui ne parvient pas à convaincre. On dira que la gauche a créé un fâcheux précédent avec la grande campagne de communication en faveur des 35 heures, payée, elle aussi, sur fonds public. Il n’y a pas beaucoup de pays démocratiques, où le pouvoir en place se paye des campagnes de « communication politique » avec l’argent des contribuables. Voilà encore une « exception française » à laquelle il convient de mettre un terme.

D’autant qu’on apprend par une indiscrétion du Canard Enchaîné que le nouveau patron du Service Information du Gouvernement, Thierry Saussez, aurait réclamé un budget de 22,4 millions d’euros pour 2009 (contre 5,7 pour 2008). En discutant hors micro avec certains membres de la majorité présidentielle, j’ai compris que ses dirigeants ont le sentiment d’avoir « les journalistes contre eux » (« tous de gauche », « tous anti-Sarko », etc.). On peut soupçonner une stratégie de contournement, cherchant à s’adresser directement à l’opinion par-dessus la tête des média.

A propos de « campagnes de communication », il y en a eu une, cette annĂ©e, que j’ai trouvĂ©e particulièrement irritante. C’est celle payĂ©e par le STIF sur les couloirs du mĂ©tro. Des “inventeurs” - Darwin, Mozart, Descartes, Einstein, Vinci, etc. (rien que des hommes !) pour nous vanter les mĂ©rites des transports en Ile-de-France, cela a semblĂ© d’une grande impertinence à l’usager des transports en commun que je suis, plusieurs heures chaque jour. Sur un quai de mĂ©tro bondĂ©, ce genre d’affiche produit un effet contre-productif particulièrement ravageur. Que l’on sache, RATP et SNCF sont, dans notre pays, en situation de monopole. Ils n’ont Ă  affronter aucune espèce de concurrence, hĂ©las ! Ils n’ont donc aucune raison de dĂ©penser des millions en publicitĂ©. Contrairement au budget de la campagne « heures sup », le financement de celle-ci n’a fait l’objet d’aucune enquĂŞte journalistique. Il est vrai que le Syndicat des Transports d’Ile-de-France, prĂ©sidĂ© par Jean-Paul Huchon, n’est pas principalement financĂ© par nos impĂ´ts, mais par une taxe sur les entreprises (70% de son budget). Reste que le STIF ferait mieux de dĂ©penser l’argent de ses campagnes de com Ă  amĂ©liorer l’information des voyageurs dans les cas de pannes et d’interruptions, de plus en plus frĂ©quents.

Depuis les premiers jours de juillet, la situation est devenue dans ce secteur particulièrement scandaleuse. « C’est les vacances », m’a expliquĂ© un conducteur. Mais les vacances de qui ? Celles des employĂ©s des sociĂ©tĂ©s nationales de transports en commun, pas les nĂ´tres ! J’ai songĂ© Ă  cette observation d’Hannah Arendt : « En France, l’administration a survĂ©cu Ă  tous les changements de rĂ©gime depuis la RĂ©volution et elle s’est lovĂ©e comme un parasite dans le corps politique, dĂ©fendant ses propres intĂ©rĂŞts de classe, pour devenir finalement un organisme inutile dont le seul but semble ĂŞtre de chicaner et d’empĂŞcher un dĂ©veloppement Ă©conomique et politique normal » (L’impĂ©rialisme, p 206).

Un peu excessive, mais d’une troublante actualité.

Hier, le bus 72 affichait une attente de 44 minutes Ă  mon arrivĂ©e Ă  l’arrĂŞt « Maison de Radio France », Ă  18 h 15. Les attentes de plus de 20 minutes sur cette ligne sont devenues frĂ©quentes. Mais pourquoi aussi les conducteurs ont-ils pris la mauvaise habitude de se suivre ? Est-ce qu’ils s’ennuient ? Ils limitent ainsi le nombre de passages. Sur la ligne de mĂ©tro n °6, que j’emprunte quotidiennement, le nombre de passages a Ă©tĂ© rĂ©duit. Aux heures de pointe, la bĂ©taillère est garantie. L’ébahissement des touristes aussi, qui nous apportent tant de devises. Il est vrai qu’ils ont vite fait de constater notre grave dĂ©ficit en taxis et doivent donc se rabattre sur les transports en commun. Paris pourra-t-elle demeurer une grande place touristique sans offrir des modes de transports digne d’une capitale ?

La SNCF n’est pas en reste, qui a réduit le nombre de wagons sur ma ligne du TER Centre. Conséquences : la bétaillère des heures de pointe est parfois pire que durant les grèves. Certains trains, bondés, étaient simplement hors d’accès. Il faut alors attendre le train suivant, dans la fumée des cigarettes (la SNCF ne fait aucun effort pour faire respecter l’interdiction sur les quais). Puis, on voyage assis sur les marches ou debout, dans des wagons qui n’ont pas été prévus pour ça. Dans une chaleur suffocante. Curieusement, j’ai constaté, en les traversant, que l’air conditionné, fonctionne dans les wagons de première classe. En seconde, on ne le mérite pas ?

Comme on disait après 68, « l’Etat ne nous transporte pas, il nous roule ». Sauf qu’en plus, dorénavant, il « communique » au lieu de veiller à s’adapter au trafic de voyageurs. Et que c’est la Région Ile-de-France qui est responsable. Certaines associations d’usagers ont enregistré comme une immense victoire le fait que Le Monde ait, pour la première fois, consacré une Une au « calvaire des usagers » (début avril). Il s’agissait de la ligne 13 du métro, l’une des pires, en effet. De manière générale, ce genre d’information, capitale pour plusieurs millions de franciliens qui n’ont plus les moyens de vivre à Bobo-City, ne se trouve que dans les pages du Parisien. 

J’ai pu constater, à de nombreuses reprises, que l’exaspĂ©ration des usagers des transports en commun envers l’absence de professionnalisme et l’insolence des agents avait atteint un seuil explosif. Comme tout rĂ©cemment, Ă  Montparnasse (vendredi 4 juillet, TER direction Chartes de minuit 30), lorsque le conducteur n’a daignĂ© ouvrir les portes du train qu’Ă  5 minutes du dĂ©part. Il m’est arrivĂ© souvent, l’hiver, d’attendre, debout sur le quai frigorifiĂ©, la bonne volontĂ© d’un de ces conducteurs pas pressĂ©s de prendre leur service.

Je suis persuadĂ© que ce problème va faire son apparition dans le dĂ©bat public de la rentrĂ©e. Surtout dans le cas de nouvelles grèves… Dans ma lointaine banlieue, je connais tant de gens qui ont Ă©tĂ© gravement malades suite aux grèves de l’hiver dernier. Est-ce Ă  eux que pensait Marie-Georges Buffet, lorsqu’elle a estimĂ© que la “petite phrase” de Nicolas Sarkozy sur les “grèves qu’on ne remarque mĂŞme plus” constituait une “insulte envers le service public et ses usagers” ?

Pour nombre d’entre nous, la vraie “souffrance au travail”, c’est celle dont ne parlent jamais les enquĂŞtes des newsmagazines, c’est celle que nous vivons quotidiennement pour nous rendre au boulot et en revenir.
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