La campagne de communication lancée par le gouvernement pour tenter de redresser l’image désastreuse produite par le « paquet fiscal » de la rentrée 2007 aura donc coûté 4,3 millions d’euros aux finances publiques. En pure perte. Voir les sondages. La gauche est parvenue à imposer l’idée qu’il s’agissait uniquement d’une série de mesures en faveur des plus aisés (bouclier fiscal, réduction de l’assiette de l’ISF, droits de succession). Le gouvernement et sa majorité n’ont n’a pas su convaincre du bien-fondé de leur thèse, selon laquelle la majorité des réductions d’impôts profiterait davantage aux classes moyennes (heures supplémentaires défiscalisées et achat du premier logement). Tant pis pour eux. C’est une affaire de force de conviction et de talent politique. Exactement comme lorsque Laurent Fabius est arrivé à convaincre de nombreux électeurs de la menace d’une forte augmentation de la TVA (« TVA sociale ») entre les deux tours des législatives de 2007. Même si c’était inexact. Quoiqu’il en soit, ce n’est pas aux contribuables de financer les opérations de propagande d’un gouvernement qui ne parvient pas à convaincre. On dira que la gauche a créé un fâcheux précédent avec la grande campagne de communication en faveur des 35 heures, payée, elle aussi, sur fonds public. Il n’y a pas beaucoup de pays démocratiques, où le pouvoir en place se paye des campagnes de « communication politique » avec l’argent des contribuables. Voilà encore une « exception française » à laquelle il convient de mettre un terme.
D’autant qu’on apprend par une indiscrétion du Canard Enchaîné que le nouveau patron du Service Information du Gouvernement, Thierry Saussez, aurait réclamé un budget de 22,4 millions d’euros pour 2009 (contre 5,7 pour 2008). En discutant hors micro avec certains membres de la majorité présidentielle, j’ai compris que ses dirigeants ont le sentiment d’avoir « les journalistes contre eux » (« tous de gauche », « tous anti-Sarko », etc.). On peut soupçonner une stratégie de contournement, cherchant à s’adresser directement à l’opinion par-dessus la tête des média.
A propos de « campagnes de communication », il y en a eu une, cette annĂ©e, que j’ai trouvĂ©e particulièrement irritante. C’est celle payĂ©e par le STIF sur les couloirs du mĂ©tro. Des “inventeurs” - Darwin, Mozart, Descartes, Einstein, Vinci, etc. (rien que des hommes !) pour nous vanter les mĂ©rites des transports en Ile-de-France, cela a semblĂ© d’une grande impertinence à l’usager des transports en commun que je suis, plusieurs heures chaque jour. Sur un quai de mĂ©tro bondĂ©, ce genre d’affiche produit un effet contre-productif particulièrement ravageur. Que l’on sache, RATP et SNCF sont, dans notre pays, en situation de monopole. Ils n’ont Ă affronter aucune espèce de concurrence, hĂ©las ! Ils n’ont donc aucune raison de dĂ©penser des millions en publicitĂ©. Contrairement au budget de la campagne « heures sup », le financement de celle-ci n’a fait l’objet d’aucune enquĂŞte journalistique. Il est vrai que le Syndicat des Transports d’Ile-de-France, prĂ©sidĂ© par Jean-Paul Huchon, n’est pas principalement financĂ© par nos impĂ´ts, mais par une taxe sur les entreprises (70% de son budget). Reste que le STIF ferait mieux de dĂ©penser l’argent de ses campagnes de com Ă amĂ©liorer l’information des voyageurs dans les cas de pannes et d’interruptions, de plus en plus frĂ©quents.
Depuis les premiers jours de juillet, la situation est devenue dans ce secteur particulièrement scandaleuse. « C’est les vacances », m’a expliquĂ© un conducteur. Mais les vacances de qui ? Celles des employĂ©s des sociĂ©tĂ©s nationales de transports en commun, pas les nĂ´tres ! J’ai songĂ© Ă cette observation d’Hannah Arendt : « En France, l’administration a survĂ©cu Ă tous les changements de rĂ©gime depuis la RĂ©volution et elle s’est lovĂ©e comme un parasite dans le corps politique, dĂ©fendant ses propres intĂ©rĂŞts de classe, pour devenir finalement un organisme inutile dont le seul but semble ĂŞtre de chicaner et d’empĂŞcher un dĂ©veloppement Ă©conomique et politique normal » (L’impĂ©rialisme, p 206).
Un peu excessive, mais d’une troublante actualité.
Hier, le bus 72 affichait une attente de 44 minutes Ă mon arrivĂ©e Ă l’arrĂŞt « Maison de Radio France », Ă 18 h 15. Les attentes de plus de 20 minutes sur cette ligne sont devenues frĂ©quentes. Mais pourquoi aussi les conducteurs ont-ils pris la mauvaise habitude de se suivre ? Est-ce qu’ils s’ennuient ? Ils limitent ainsi le nombre de passages. Sur la ligne de mĂ©tro n °6, que j’emprunte quotidiennement, le nombre de passages a Ă©tĂ© rĂ©duit. Aux heures de pointe, la bĂ©taillère est garantie. L’ébahissement des touristes aussi, qui nous apportent tant de devises. Il est vrai qu’ils ont vite fait de constater notre grave dĂ©ficit en taxis et doivent donc se rabattre sur les transports en commun. Paris pourra-t-elle demeurer une grande place touristique sans offrir des modes de transports digne d’une capitale ?
La SNCF n’est pas en reste, qui a réduit le nombre de wagons sur ma ligne du TER Centre. Conséquences : la bétaillère des heures de pointe est parfois pire que durant les grèves. Certains trains, bondés, étaient simplement hors d’accès. Il faut alors attendre le train suivant, dans la fumée des cigarettes (la SNCF ne fait aucun effort pour faire respecter l’interdiction sur les quais). Puis, on voyage assis sur les marches ou debout, dans des wagons qui n’ont pas été prévus pour ça. Dans une chaleur suffocante. Curieusement, j’ai constaté, en les traversant, que l’air conditionné, fonctionne dans les wagons de première classe. En seconde, on ne le mérite pas ?
Comme on disait après 68, « l’Etat ne nous transporte pas, il nous roule ». Sauf qu’en plus, dorĂ©navant, il « communique » au lieu de veiller Ă s’adapter au trafic de voyageurs. Et que c’est la RĂ©gion Ile-de-France qui est responsable. Certaines associations d’usagers ont enregistrĂ© comme une immense victoire le fait que Le Monde ait, pour la première fois, consacrĂ© une Une au « calvaire des usagers » (dĂ©but avril). Il s’agissait de la ligne 13 du mĂ©tro, l’une des pires, en effet. De manière gĂ©nĂ©rale, ce genre d’information, capitale pour plusieurs millions de franciliens qui n’ont plus les moyens de vivre Ă Bobo-City, ne se trouve que dans les pages du Parisien.Â
J’ai pu constater, à de nombreuses reprises, que l’exaspĂ©ration des usagers des transports en commun envers l’absence de professionnalisme et l’insolence des agents avait atteint un seuil explosif. Comme tout rĂ©cemment, Ă Montparnasse (vendredi 4 juillet, TER direction Chartes de minuit 30), lorsque le conducteur n’a daignĂ© ouvrir les portes du train qu’Ă 5 minutes du dĂ©part. Il m’est arrivĂ© souvent, l’hiver, d’attendre, debout sur le quai frigorifiĂ©, la bonne volontĂ© d’un de ces conducteurs pas pressĂ©s de prendre leur service.
Je suis persuadĂ© que ce problème va faire son apparition dans le dĂ©bat public de la rentrĂ©e. Surtout dans le cas de nouvelles grèves… Dans ma lointaine banlieue, je connais tant de gens qui ont Ă©tĂ© gravement malades suite aux grèves de l’hiver dernier. Est-ce Ă eux que pensait Marie-Georges Buffet, lorsqu’elle a estimĂ© que la “petite phrase” de Nicolas Sarkozy sur les “grèves qu’on ne remarque mĂŞme plus” constituait une “insulte envers le service public et ses usagers” ?
Pour nombre d’entre nous, la vraie “souffrance au travail”, c’est celle dont ne parlent jamais les enquĂŞtes des newsmagazines, c’est celle que nous vivons quotidiennement pour nous rendre au boulot et en revenir.
 Â



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11 juillet 2008 à 17:09
Voici une analyse très convainquante. Enfin du vécu !
12 juillet 2008 à 16:07
Depuis Cause Commune, vos auditeurs rĂ©guliers vont commencer par bien vous connaĂ®tre M. Couturier ! Ce n’est nullement un reproche, au contraire : l’analyse doit se nourrir de l’expĂ©rience subjective (ou du “vĂ©cu”, selon un drĂ´le usage de la langue).
Sauf qu’il y a visiblement une confusion : d’une part une critique de la communication sarkozienne - mauvaise et (par voie de consĂ©quence) coĂ»teuse - qui est d’autant plus justifiĂ©e que notre cher PrĂ©sident a eu 6 mois de carte blanche mĂ©diatique au dĂ©but de son mandat qu’il a allègrement flambĂ©e. Et puis il y a une presse franchement complaisante Ă l’Ă©gard de “notre homme” (on devrait l’appeler comme ça d’ailleurs, ce serait plus juste et assez rigolo), comme le Figaro ou le Point, les AmĂ©ricains y vont avec beaucoup moins de vaseline !
Et d’autre part une critique des services publiques franciliens, ceux-ci relevant du dĂ©partement ou de la rĂ©gion, et de la ville de Paris (qui sont dirigĂ©s il me semble par la “gauche” (je mets des guillemets parce que j’ai du mal Ă croire que M. DelanoĂ«, maire de Bobo-city (sic), soit un homme de gauche : Ă moins que les VĂ©lib, Paris-plage et les couloirs de bus soient les rĂ©quisits d’une politique de gauche).
De manière gĂ©nĂ©rale, je crois que c’est l’ensemble des entreprises publiques qui devraient ĂŞtre interdites de publicitĂ© (Ă quoi sert celle d’Edf Ă la tĂ©lĂ© alors que son marchĂ© nationale est assurĂ©e de façon pĂ©renne ? idem pour les “pagesjaunes”…).
Est-ce que cette confusion est nĂ©anmoins justifiĂ©e par le retour sur la place publique de la question des transports publiques ? En un sens oui : ceux-ci sont les effets de choix politiques. En un autre non : ce n’est pas un unique acteur politique qui est visĂ©.
La seule solution Ă mon sens de cette “dĂ©mission” des services publiques est la fin du statut de fonctionnaire : il faut mettre nos chers cheminots devant leur responsabilitĂ© car il assez inadmissible que leur statut couvre de tels comportements. Ma critique est la suivante : le statut de fonctionnaire rend possible (non pas permet mais n’interdit pas) une certaine irresponsabilitĂ©, qui a longtemps Ă©tĂ© implicitement Ă©vacuĂ©e devant la noblesse de la tâche (servir l’État, c’Ă©tait travailler pour le bien commun, ce qui autorisait bien moins de laisser-aller que dans les entreprises privĂ©es oĂą c’est la patron qu’on sert). Il me semble que la noblesse du service publique a disparu, il serait donc justifiĂ© de retirer les oripeaux hĂ©ritĂ©s Ă une fonction qui n’assume plus gĂ©nĂ©ralement cette noblesse. Cela peut sembler très provoquant (allons-y : “ultra-libĂ©ral” !) et mĂŞme coĂ»teux politiquement (il faudrait faire comprendre que les politiques publiques ne nĂ©cessitent pas qu’elles soient accomplies par des agents de l’Etat distinguĂ©s comme tels). Mais c’est Ă mon sens moins pĂ©rilleux que le dĂ©graissage idĂ©ologique actuelle (pourquoi supprimer un fonctionnaire sur deux ? parce que c’Ă©tait dans le package prĂ©sidentielle, en voilĂ une bonne !) qui scinde la population en deux alors que ce qu’on reproche aux fonctionnaires n’est pas leur coĂ»t (il paraĂ®t mĂŞme que l’impĂ´t redevient populaire) mais leur inefficacitĂ© hĂ©las parfois probante. Si la gauche n’est pas prĂŞte Ă l’admettre, ce pourrait ĂŞtre un cheval de bataille d’un centre libĂ©ral comme troisième terme de l’alternative : non pas plus ou moins d’impĂ´t, mais un nouvel usage de l’argent publique, non pas plus ou moins de fonctionnaire, mais des fonctionnaires nouvelle gĂ©nĂ©ration, responsable et (donc) valorisĂ© (plutĂ´t que l’inverse).
Pour conclure, je voudrais ĂŞtre un peu provoquant : ce n’est pas “plus de rĂ©formes et moins de com” qu’il faut, mais prĂ©cisĂ©ment l’inverse : limiter les rĂ©formes en sachant les expliquer - ça veut dire rĂ©former sans chercher Ă affaiblir l’adversaire, ce Ă quoi se rĂ©sume la communication du gouvernement actuel). Il ne faut donc pas des professionnels de la communication auprès de “notre homme”, mais des pro de la rĂ©forme. C’est vrai que ça semble mal parti…
Bien Ă vous,
T.D.
15 juillet 2008 à 15:40
Il est beaucoup plus parlant de citer des exemples réels ou pas , de raconter une histoire pour faire passer le sens général de son idée (le storytelling en somme). Mais cette methode a ses defauts le premier etant de ne pas souvent etre representatif de la réalité.
Dire que les campagnes de communication de la RATP et de la SNCF sont inutiles de par leur “monopole” (le monopole de la SNCF est relatif, l’aerien etant une concurrence, et en voie de disparation Ă court terme d’ou sans doute l’interet) est un argument facile qui oublient le denigrement regulier de leurs services. Meme avec ses defauts, il a aussi des qualitĂ©s dont certaines entreprises privĂ©es n’atteignent pas le niveau. Certes ceci est largement perfectible mais vous me paraissez bien dans le ton d’un usager primaire lors de greves.
Pour preciser, la frequence des metros est (trop?) diminuée pendant les vacances (et à tort sans doute) rendant les rames restantes surchargées. De plus, la prise en compte des deplacements de touristes est certainement plus imprevisible que celles des salariés. Par ailleurs, je me suis souvent demandé pourquoi les touristes se deplacaient aux heures de pointes !
Cela ne pardonne pas le comportement anormal de certains agents mais pas beaucoup plus des passagers. Il est beaucoup plus frequent de voir des agents respectueux que l’inverse et bien heureusement. De meme, certains magasins ne sont pas des maitres du respect du client, de leur temps d’attente et de la manière de s’exprimer aupres de la clientèle.
Bref, il me semble que les transports et particulièrement les transports publics ont quelque chose de plus important aux yeux des gens pour que ceux-ci meritent un traitement de “faveur”. Le fait de devoir emmener les gens au travail par exemple ou de les ramener chez eux apres une nuit pas assez longue ou une journĂ©e de travail trop longue… Il y a matière Ă discuter mais le defoulement, la cristalisation me semble excessive sur le sujet. Les gens ne se plaignent ils pas egalement d’avoir des bouchons dans leur vehicule personnel ? arrivent ils plus souvent Ă l’heure ? la clim fontionne t’elle tjs dans leur voiture si elle existe ? …
Il y a j’en suis sur un certain nombre de choses qui sont aisement corrigeable par les agents.
Neanmoins (et je referais reference Ă des magasins) les conditions parfois de sous financement ou de sous emplois de certains postes entrainent un mauvais service tout en ayant des salariĂ©s dĂ©vouĂ©s et extĂ©nuĂ©s par la charge qu’on leur fait subir.
Les infrastructures des transports sont une depense extremement consequente pas necessairement realisĂ©es par le public(…), il faut voir par exemple l’investissement de la nation pour son reseau ferrĂ© (dette de RFF). Cela demande des impots que personne (entreprise et particulier) ne veut payer. Cela demande egalement une politique tres coordonnĂ©e, intelligente et parfois cornelienne pour prevoir les futurs deplacements des gens entre des lieux de travail (ou autres activitĂ©s) et des habitats qui se concentrent excessivement. Pourquoi s’etonner par exemple des problemes du RER A lorsqu’on contruit des tours Ă n’en plus finir au meme endroit ? Pourquoi construire beaucoup de logements alors que l’offre de transport n’est pas suffisante ? ( ps : les logements les plus abordables sont ceux les moins bien deservis… donc ou s’entasse la majoritĂ©…)
La logique d’urbanisation est en cause sur le long terme et il est vraiment simpliste de faire le procès de campagne de communication qui n’ont rien Ă voir dans l’objectif comme dans le montant avec les problemes Ă resoudre.
Concernant la campagne du gouvernement, malgrĂ© un temps de parole consĂ©quent attribuĂ© par la loi que l’on peut additionner Ă celui de la majoritĂ© et du prĂ©sident, cela peut s’apparenter Ă un acharnement Ă vouloir vendre des idĂ©es refusĂ©es par les gens. Cela me parait bien different des campagnes du STIF ou de la SNCF !
Des reformes doivent cependant etre faites mais si le seul objectif est la privatisation du secteur public, je ne pense pas que les usagers (ou clients) des services publiques seront gagnants dans le rapport qualitĂ©/prix … Les exemples de la tĂ©lĂ©phonie ou internet sont la pour le montrer avec parfois beaucoup plus de services (plus ou moins utiles) mais souvent obligatoires rendant les couts excessifs.
Pour finir sur le sujet Ă©voquĂ© par la citation d’Hannah Arendt, il est facile de parler de non evolution de l’administration et de ses beneficiaires sans les citer (les memes agents de la SNCF ou de la RATP ? ou des hauts fonctionnaires non confrontĂ©s aux usagers ?) et sans considerer que les memes besoins existent peut etre toujours. Le contexte peu prĂ©cis de la citation me semble bien lĂ©ger pour illustrer le reste de l’article et ne pas abusivement utiliser une analyse ayant des justifications qui peuvent etre bien differentes.
16 juillet 2008 à 18:49
Comment ne pas ĂŞtre d’accord avec vous, M. Couturier, sur constat ? Il est accablant, tant pour la com’ du gouvernement, les mauvaises critiques de l’opposition, l’injustice dont on fait preuve envers les journalistes, l’incurie des services publics…
Mais alors, pourquoi l’alourdir, ce triste constat de l’Ă©tat de la France de 2008, en publiant un article argumentĂ© avec une telle mauvaise foi ? Que de clichĂ©s, que de gĂ©nĂ©ralisations, que de lieux communs dans ce billet !
C’est vraiment dĂ©cevant, les prĂ©cĂ©dents billets Ă©taient meilleurs. Il n’y a pas que la qualitĂ© des transports publics qui se relâche pendant l’Ă©tĂ©…
Ce qui est frappant, c’est le prĂ©jugĂ© de base : ce que les gens font mal leur travail ! Mais oui, et surtout les fonctionnaires dans les services publics, et dans les transports en particulier !
A vous lire, les agents ne se lèvent le matin que pour en faire le moins possible, pénaliser les honnêtes gens et tarir la manne touristique.
Enfin ! C’est affligeant comme parti pris, c’est juste digne du cafĂ© du coin. Un peu comme quand des hommes politiques de droite s’estiment lĂ©sĂ©s par tous ces journalistes “de gauche”. C’est ridicule non ? Il faudrait les rassurer, ils ne le sont pas tous. Certains relaient encore et sans vergogne les bons vieux clivages de droite.
Car c’est facile de dĂ©signer des coupables et de polĂ©miquer (peut ĂŞtre encore une autre “exception française” Ă mettre Ă bas ?), plutĂ´t que de chercher les causes structurelles et analyser l’impact des choix politiques et Ă©conomiques.
Franchement, pour terminer dans le ton de ce billet d’humeur : s’il vous plait, plus d’analyse et moins de polĂ©mique !
16 juillet 2008 à 22:15
Bonjour Ă tous,
Certes, la situation est loin d’ĂŞtre idĂ©ale et la notion de service public est loin d’ĂŞtre toujours au rendez-vous. Pour ma part, j’estime qu’une privatisation ne rĂ©soudra rien. Pour avoir vĂ©cu en Angleterre (et je pense que c’est aussi votre cas Monsieur Couturier), je me suis frottĂ©e Ă des services de transports en commun bien plus inefficaces encore. Or, dans la ville oĂą je rĂ©sidais, la gestion des transports en commun Ă©tait entièrement privatisĂ©e.
La concurrence n’induit pas toujours un meilleur service et des coĂ»ts plus bas pour les usagers, loin de lĂ . Qui plus est, nous sommes bien loin de la concurrence pure et parfaite qui (qui sait?), dans un monde idĂ©al, pourrait peut-ĂŞtre contribuer au bien ĂŞtre du plus grand nombre… Les biais sont nombreux (notamment lors des procĂ©dures d’attribution des marchĂ©s) et la tendance (inĂ©vitable?) est Ă la concentration, et, après un certain temps (une fois que le choix de l’usager s’est rĂ©duit) Ă la hausse de prix.
Il est Ă©vident que la fonction publique française souffre d’un manque de gestion: beaucoup de fonctionnaires sont très vite dĂ©couragĂ©s - sans exclure bien sĂ»r que certains soient peu enclins Ă la tâche une fois le test d’entrĂ©e rĂ©ussi… Mais on pourrait retourner la question: pourquoi cette dĂ©motivation? Il me semble que les derniers gouvernements ont pris un malin plaisir Ă se dĂ©sengager, Ă rendre les conditions d’exercice de certains fonctionnaires (je pense surtout Ă l’Ă©ducation nationale) tellement difficiles que les usagers ne peuvent en ressortir qu’insatisfaits. Et l’on aboutit ainsi nĂ©cessairement Ă cette conclusion: il n’y a pas d’alternatives, pas d’autres alternatives que la privatisation pour un meilleur service au citoyen.
Les rĂ©formes sont nĂ©cessaires mais les rĂ©formes adoptĂ©es rĂ©cemment n’auront que de maigres consĂ©quences positives et bien davantage de consĂ©quences nĂ©fastes. Je pense qu’il serait bien plus sage et efficace de rĂ©former certains corps de hauts fonctionnaires, le fonctionnement de certains ministères (MAEE, Education Nationale) oĂą les gradĂ©s de catĂ©gorie A+++ sont sans cesse “recyclĂ©s” dans des postes fort inutiles et coĂ»teux, oĂą le fonctionnement de certains services administratifs est quasiment kafkaĂŻen plutĂ´t que de s’en prendre, par exemple, Ă un professeur de musique qui est tellement plus Ă©conomique!
Petite prĂ©cision: je ne suis pas prof mais l’Ă©ducation me semble tellement importante que j’ai jugĂ© bon de prendre cet exemple.
Bonsoir à tous et merci pour votre émission Monsieur Couturier et Madame Clarini! On y apprend toujours beaucoup.
17 juillet 2008 à 0:43
Quand la justesse n’a qu’un tort, celui d’ĂŞtre juste.
Après avoir lu ici des indignations sur une supposĂ©e “tour d’ivoire” depuis laquelle Brice Couturier regarderait le monde (B. Couturier ou un autre, n’importe quel autre, peu importe quand on suppose) voici venu le rappel Ă la “hauteur” par d’autres. MĂŞme avec l’inquiĂ©tude d’ĂŞtre lu comme une vulgaire dĂ©fense, j’aimerais prĂ©ciser qu’une prise de parole mĂ©rite des Ă©gards, mĂŞme quand on veut la contrarier… N’est-ce pas ce que vous aimez dans ‘Du grain Ă moudre’ ?
Mémo : la pensée embrasse tout.
Pour en venir au sujet, il est Ă©vident qu’une dĂ©gradation pointe le bout de son nez. DĂ©gradation honteuse d’un service, tentative inquiĂ©tante de populisme immĂ©diat utilisant les codes de la publicitĂ©…
DĂ©penser des fortunes pour promouvoir un service Ă qui on ne donne pas les moyens ou le contexte lui permettant de s’amĂ©liorer. VoilĂ qui est scandaleux.
Comment faire entendre une inquiĂ©tude autrement que par de petites grèves rĂ©pĂ©tĂ©es, dans une situation aussi verrouillĂ©e ? C’est donc le comble : affaiblir tout un système en ne lui laissant aucune issue (ou bien de celles qui font frĂ©mir et dont on ne peut espĂ©rer sagement qu’elles aient lieu).
Il semblerait que les “grèves qu’on ne remarque mĂŞme plus” ont ceci d’inĂ©dit que, conscientes de leur impact nul, elles sont passĂ©es de “Nous voulons !” Ă “Que peut-on faire ?”.
N’en voulons pas Ă Hannah Arendt d’avoir parfois Ă©tĂ© lasse…
17 juillet 2008 à 11:49
Bonjour, M. Couturier.
J’aimerais complĂ©ter les deux ou trois prĂ©cĂ©dents commentaires, et en particulier le dernier, que j’ai trouvĂ© particulièrement intĂ©ressant. Comme le disait Mme ou Mlle De Poortère, la privatisation d’un service n’est pas du tout une garantie d’efficacitĂ©, que ce soit au niveau des prix ou au niveau de la qualitĂ©. L’exemple du Royaume-Uni est particulièrement frappant, mais celui de la France laisse aussi Ă rĂ©flĂ©chir. L’entente illĂ©gale entre les groupes de tĂ©lĂ©phonie montre bien que la concurrence peut ĂŞtre facilement biaisĂ©e. Le but d’une entreprise privĂ©e n’est pas de baisser les prix et de fournir des biens ou des services de qualitĂ© : son but, c’est de faire un maximum de profit. C’est pourquoi les grosses entreprises font tout ce qu’elles peuvent pour se placer en situation de monopoles ou d’oligopoles. Quand elles prĂ´nent la libre concurrence, c’est parce qu’elles se sentent assez fortes pour se battre avec d’autres entreprises, moins puissantes, et pour les ruiner ou les absorber. L’exemple du commerce agricole nord-sud est particulièrement frappant Ă cet Ă©gard.
Quant Ă la qualitĂ© du service, j’aimerais moi aussi raconter une anecdote. Il y a quelques annĂ©es, j’ai fait la connaissance d’un salariĂ© de France Telecom, qui travaillait aux renseignements tĂ©lĂ©phoniques (pour les portables). Il m’a expliquĂ© comment la privatisation progressive de son entreprise avait modifiĂ© les mĂ©thodes de travail. Par souci de rentabilitĂ©, on chronomĂ©trait le temps passĂ© avec les clients et on chiffrait le nombre d’appels. RĂ©sultat : les salariĂ©s bâclaient leur travail, ne prenaient pas le temps de renseigner correctement les clients. Et le plus intĂ©ressant, c’est que cette nouvelle “culture d’entreprise” touchait aussi les salariĂ©s qui avaient Ă©tĂ© embauchĂ©s avant la privatisation et avaient donc gardĂ© leur statut de fonctionnaires. Deux leçons Ă tirer de cette anecdote : le culte de l’”efficacitĂ©” est parfois contre-productif ; la sĂ©curitĂ© de l’emploi n’est pas nĂ©cessairement synonyme de fainĂ©antise et d’Ă©goĂŻsme, tout comme la prĂ©caritĂ© n’est pas nĂ©cessairement un gage de qualitĂ©.
Pour terminer, vous vous plaignez d’une dĂ©gradation des services de transport. Vous avez peut-ĂŞtre raison, je n’en sais rien (mĂŞme si je trouve que le site internet de la SNCF est de plus en plus confus et mal fait). J’ai en revanche remarquĂ© une dĂ©gradation des services de la Poste. Par exemple, faire suivre son courrier après un dĂ©mĂ©nagement est de plus en plus coĂ»teux. Mais Ă quoi est due cette dĂ©gradation ? A mon humble avis, il tient Ă une volontĂ© de la direction de RENTABILISER la Poste (d’oĂą Ă©galement la crĂ©ation rĂ©cente d’une “Banque postale”). Et pourquoi veut-on cette rentabilitĂ©, sinon parce que la Poste est en instance de privatisation ? Ne pourrait-on pas faire des remarques analogues pour la SNCF ou la RATP ?
Cordialement,
Jordi GRAU
24 aoĂ»t 2008 à 12:45
J’ai voulu exprimer mon ras-le-bol, parce que ce sujet de prĂ©occupation, qui touche plusieurs millions de banlieusards et autres pĂ©ri-urbains, n’est que très rarement couvert par la grande presse. Le fait que la grande majoritĂ© des journalistes vive Ă Paris ou en proche-banlieue et ignore tout du cauchemar des grands-banlieusards n’est pas Ă©tranger Ă cette absence couverture. Avez-vous remarquĂ© que les dossiers consacrĂ©s au thème de “la souffrance au travail” par les hebdomadaires n’en disent jamais rien ?
Il y a lĂ une fracture sociale - entre ceux qui ont les moyens (ou pas d’enfants) et peuvent s’offrir Paris et sa proche banlieue - et les autres, qui ont le sentiment d’ĂŞtre relĂ©guĂ©s et mĂ©prisĂ©s par les pouvoirs/services publics et qui en bavent. La “lutte des classes” fait, ces temps-ci, d’Ă©tranges dĂ©tours. Et celui-ci n’est qu’un parmi beaucoup d’autres : on pourrait Ă©voquer celui, plus fondamental, qui oppose les “insiders”, bĂ©nĂ©ficiaires du système et les “outsiders”, prĂ©carisĂ©s et dĂ©pourvus de garanties sociales.
29 aoĂ»t 2008 à 9:49
C’est un grand mystère de la vie, le fait qu’ĂŞtre de gauche signifie soutenir les fonctionnaires.
Je suis pour le service au public mais le sort de la fonction publique m’indiffère.
C’est un jeu auquel je me livre, lors de promesses de grèves : repĂ©rer comment les revendications catĂ©gorielles sont dĂ©guisĂ©es sous des arguments ayant trait au bien public.
Ceux qui s’adonnent Ă cet exercice en ont-ils conscience ou sont-ils… aliĂ©nĂ©s ?
4 octobre 2008 à 7:54
Bonjour Brice,
Cela fait trente ans que les gouvernements se paient des campagnes de communication gouvernementale, de “En France on n’a pas de pĂ©trole, mais on a des idĂ©es”, jusqu’Ă celle qui dĂ©clenche ton ire autour du pouvoir d’achat. Certaines de ces campagnes ont Ă©tĂ© très utiles et ont contribuĂ© Ă la rĂ©ussite de l’action politique qu’elles soutenaient, d’autres n’ont servi Ă rien - sauf Ă faire ronronner l’Ă©go de leurs initiateurs. Les gouvernements de gauche et de droite ne se distinguent en rien sur ce point, comme tu le faisais remarquer. En revanche, et bien que chaque euro dĂ©pensĂ© inutilement soit un scandale, les campagnes de communication gouvernementale se caractĂ©risent depuis 30 ans par des budgets minuscules, Ă la limite du ridicule, quand il s’agit de concurrencer les millions investis par l’industrie agro-alimentaire pour nous faire manger plus, plus gras et plus sucrĂ©, ou, par le passĂ©, pour parler plus fort que les fabricants de cigarettes et convaincre les français de ne plus fumer… Un livre sort le 23 octobre aux Ă©ditions du Cherche-Midi prĂ©cisĂ©ment sur le sujet, il est titrĂ© “Bleu Blanc Pub, 30 ans de communication gouvernementale”. Son objectif est de livrer aux citoyens que nous sommes les Ă©lĂ©ments pour juger si oui ou non il est lĂ©gitime que l’Etat investisse dans la communication. 50 campagnes, parmi celles dont tout le monde se souvient, sont analysĂ©es. Je t’envoie un exemplaire la semaine prochaine. Au plaisir d’en discuter avec toi,
Amitiés,
Jessica
4 octobre 2008 à 11:52
Toute la question, Jess, c’est oĂą se situe la limite prĂ©cise entre une lĂ©gitime communication institutionnelle - par exemple, axĂ©e sur les questions de santĂ© publique - et la propagande payĂ©e sur fonds publics. Ainsi, quand un gouvernement fait de la communication sur les bĂ©nĂ©fices que les mĂ©nages sont susceptibles de tirer de mesures en leur faveur (type 35 heures ou paquet fiscal), ne fait-il pas, au passage, la promotion de ses mesures ? Est-il normal que les contribuables qui n’approuvent pas ces mesures soient amenĂ©s ainsi Ă en financer la promotion ?
Amitiés.
Brice