Personne n’a jamais prĂ©tendu que le film tirĂ© par Laurent Cantet du roman de François BĂ©gaudeau Ă©tait un documentaire, rĂ©ellement tournĂ© dans une vraie classe de collège, avec un vrai prof. MĂŞme les “Ă©lèves” sont devenus des acteurs, qui jouent peut-ĂŞtre leur propre rĂ´le, mais un rĂ´le quand mĂŞme. D’ailleurs, si telle avait Ă©tĂ© l’intention du rĂ©alisateur, on aurait pu mettre en question les moments retenus, les intentions sous-jacentes, etc. Mais “Entre les murs” mĂ©rite le respect pour avoir eu le courage de lever un certain nombre de tabous. Tabous qui interdisaient, il y a peu, de dire que le roi est nu. Oui, notre système d’enseignement - le “collège unique”, en particulier - a fait faillite. Oui, l’Ă©cole est en concurrence dĂ©loyale avec une certaine “culture jeune”, marquĂ©e au coin du mĂ©pris d’autrui et du nihilisme, de la fascination pour le “fast money” des dealers, de l’esthĂ©tisation de la violence, du mĂ©pris des institutions du monde adulte et de ses règles. Une soirĂ©e devant les clips proposĂ©s par certaines chaĂ®nes de tĂ©lĂ© spĂ©cialisĂ©es dans ce commerce permet de comprendre que les profs, malgrĂ© leur dĂ©vouement et leur expertise, n’ont aucune chance dans ce duel inĂ©gal. Sans parler de certains jeux vidĂ©o ultra-violents qui enseignent Ă tuer en torturant ses victimes.
Nous avons invitĂ© lundi 22 septembre, Ă l’Ă©mission, les auteurs de deux bouquins extraordinairement rĂ©vĂ©lateurs sur la vie quotidienne dans les collèges de banlieues. Il faut lire “Tombeau pour le collège” de Mara Goyet (Flammarion) et “Tableau noir” de Iannis Roder (DenoĂ«l) pour avoir une petite idĂ©e du monde dans lequel nous prĂ©cipitons nos enfants d’âge scolaire. Ce que dĂ©crivent ces deux enseignants de collège est stupĂ©fiant. On y dĂ©couvre un monde adolescent structurĂ© par une vision du monde essentiellement violente : tout y est rapport de force ; il faut menacer l’autre si l’on veut obtenir le “respect” ; celui/celle qui ne joue pas ce jeu est un “bouffon”, une “victime” - un terme terriblement dĂ©prĂ©ciateur dans cet univers. Mara Goyet : “Le mot victime est devenu une insulte. ‘T’es une victime’, se lancent-ill. Chaque fois, cela me fait froid dans le dos. Et cela me scandalise de la part d’individus dont la plainte est devenue le fonds de commerce.” Lire la suite »



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