Personne n’a jamais prĂ©tendu que le film tirĂ© par Laurent Cantet du roman de François BĂ©gaudeau Ă©tait un documentaire, rĂ©ellement tournĂ© dans une vraie classe de collège, avec un vrai prof. MĂŞme les “Ă©lèves” sont devenus des acteurs, qui jouent peut-ĂŞtre leur propre rĂ´le, mais un rĂ´le quand mĂŞme. D’ailleurs, si telle avait Ă©tĂ© l’intention du rĂ©alisateur, on aurait pu mettre en question les moments retenus, les intentions sous-jacentes, etc. Mais “Entre les murs” mĂ©rite le respect pour avoir eu le courage de lever un certain nombre de tabous. Tabous qui interdisaient, il y a peu, de dire que le roi est nu. Oui, notre système d’enseignement - le “collège unique”, en particulier - a fait faillite. Oui, l’Ă©cole est en concurrence dĂ©loyale avec une certaine “culture jeune”, marquĂ©e au coin du mĂ©pris d’autrui et du nihilisme, de la fascination pour le “fast money” des dealers, de l’esthĂ©tisation de la violence, du mĂ©pris des institutions du monde adulte et de ses règles. Une soirĂ©e devant les clips proposĂ©s par certaines chaĂ®nes de tĂ©lĂ© spĂ©cialisĂ©es dans ce commerce permet de comprendre que les profs, malgrĂ© leur dĂ©vouement et leur expertise, n’ont aucune chance dans ce duel inĂ©gal. Sans parler de certains jeux vidĂ©o ultra-violents qui enseignent Ă tuer en torturant ses victimes.
Nous avons invitĂ© lundi 22 septembre, Ă l’Ă©mission, les auteurs de deux bouquins extraordinairement rĂ©vĂ©lateurs sur la vie quotidienne dans les collèges de banlieues. Il faut lire “Tombeau pour le collège” de Mara Goyet (Flammarion) et “Tableau noir” de Iannis Roder (DenoĂ«l) pour avoir une petite idĂ©e du monde dans lequel nous prĂ©cipitons nos enfants d’âge scolaire. Ce que dĂ©crivent ces deux enseignants de collège est stupĂ©fiant. On y dĂ©couvre un monde adolescent structurĂ© par une vision du monde essentiellement violente : tout y est rapport de force ; il faut menacer l’autre si l’on veut obtenir le “respect” ; celui/celle qui ne joue pas ce jeu est un “bouffon”, une “victime” - un terme terriblement dĂ©prĂ©ciateur dans cet univers. Mara Goyet : “Le mot victime est devenu une insulte. ‘T’es une victime’, se lancent-ill. Chaque fois, cela me fait froid dans le dos. Et cela me scandalise de la part d’individus dont la plainte est devenue le fonds de commerce.”
On le voit, les mots du langage adulte dominant changent de sens et leur valeur s’inverse dans cet univers impitoyable. Le “respect” d’autrui est mĂ©tamorphosé en peur que l’on doit provoquer chez l’autre par la menace et la violence pour se faire sa place dans la cour et dans la rue. C’est le mĂŞme “respect” que celui exigĂ© par le maffieux envers celui qu’il rackette. La “victime”, qui a remplacĂ© pour nous le hĂ©ros et qui mĂ©rite spontanĂ©ment notre sympathie d’adultes, est devenue un objet de dĂ©rision et de mĂ©pris. Un “bouffon”, qui joue le jeu du monde scolaire et rĂ©publicain, qui s’instruit et croit aux diplĂ´mes. Bref, c’est tout le bagage idĂ©ologique du monde adulte - et spĂ©cifiquement celui des enseignants - hĂ©ritĂ© des Lumières, qui est battu en brèche. Il se heurte de plein fouet Ă Â Â une idĂ©ologie vague aux relents fascisants - apologie de la petite brute sans principes et mĂ©prisant les lois, antisĂ©mitisme tranquillement assumĂ©. “J’aime pas les Juifs, j’aime pas les Juifs, c’est comme ça.” “Comme nombre de ses camarades, il n’en est plus au stade de la provocation : il est profondĂ©ment antisĂ©mite. Cette haine lui a Ă©tĂ© inculquĂ©e. Je ne sais pas par qui. Elle est en tous cas extrĂŞmement rĂ©pandue au collège.” (Mara Goyet) Les valeurs que tentent de transmettre les enseignants - celles de la civilisation ! - sont attaquĂ©es frontalement par une culture ambiante malsaine, fondĂ©e sur la suprĂ©matie du petit mâle, appelĂ© Ă incarner jusqu’Ă la caricature les stĂ©rĂ©otypes les plus odieusement sexistes. Une idĂ©ologie a voulu nous faire croire que toute autoritĂ© Ă©tait coupable et devait ĂŞtre combattue. Mais la dissipation de toute autoritĂ©, l’apologie de la transgression en tant que telle, aboutit Ă la loi du plus fort. Mara Goyet : “A mesure que l’autoritĂ© se dissipe, la force revient. Certains Ă©lèves n’ont plus peur de rien. Ne respectent plus rien. le revers ddu dĂ©clin de l’autoritĂ© sera sans doute un accroissement des affrontements physiques entre professeurs et Ă©lèves.”
Je suis très frappĂ© par la lecture que fait Iannis Roder d’un livre qui m’a frappĂ© au plus haut point, “Histoire d’un Allemand” de Sebastian Haffner. (AndrĂ© Grjebine m’a dit il y a peu qu’il divisait le monde intellectuel en deux : ceux qui ont lu et aimĂ© Haffner et les autres !) Haffner montre, en effet, comment la crise de 1923, “cette annĂ©e dĂ©lirante”, qui vit l’inflation galopante ruiner toute une gĂ©nĂ©ration de petits-bourgeois travailleurs et amis des lois, entraĂ®na aussi une dĂ©valuation de toutes les valeurs morales, un cynisme machiavĂ©lien de masse (”Ce qui est juste, c’est ce qui est utile. Le mot ‘impossible’ n’existe pas.”) Il montre comment, pour la jeune gĂ©nĂ©ration, la morale hĂ©ritĂ©e des parents Ă©tait devenue un handicap pour survivre dans un monde nouveau qui favorisait les malins, les habiles, les plus rapides et les plus dĂ©nuĂ©s de scrupules. Toute une gĂ©nĂ©ration fut ainsi (dĂ©)formĂ©e par l’Ă©cole du nihilisme, subit la tentation de la dĂ©sinhibition radicale -que le nazisme sut habilement recycler. Toutes proportions gardĂ©es, il y a dans l’air du temps, des Ă©lĂ©ments qui rappellent cet effrayant prĂ©lude au dĂ©chaĂ®nement de la violence. “Sans tabous ni limites”, proclamait rĂ©cemment la pub d’un film visant le public jeune… Cela devrait nous effrayer.
En outre, l’Ă©cole, avec son idĂ©ologie intĂ©gratrice rĂ©publicaine, est dĂ©bordĂ©e par la logique communautariste, qui a le vent en poupe. D’après les deux auteurs, les Ă©lèves se dĂ©finissent exclusivement par le pays de dĂ©part de leurs parents que, souvent, ils connaissent Ă peine. Le pays d’accueil leur est Ă©tranger. “Mais pourquoi voulez-vous absolument que nous soyons français ? Nous, on s’en fout de la France, c’est rien pour nous”, “Français, c’est juste des papiers”. “Pour beaucoup, ĂŞtre français, c’est la honte, c’est ĂŞtre un ‘bouffon’, quelqu’un qui ne se dĂ©fend pas quand on le rackette, quelqu’un qui a peur, un ‘bolos’.” (Iannis Roder)
Enfin, le mĂ©pris des livres et de la culture se traduit par un appauvrissement langagier et conceptuel inquiĂ©tant. ” “Vas-y, lassui il est trop bizarre quand il parle !” (Iannis Roder) Du coup, ces adolescents se forgent du monde qui les entoure une image bizarre. Ils sont incapables de dĂ©crypter l’actualitĂ©. Le sens des Ă©vènements leur Ă©chappe et ils se rĂ©fugient dans une hostilitĂ© de principe nourrie par les mythologies complotistes. “A la tĂ©lĂ©, ils sont tous juifs, monsieur !” (Iannis Roder)
On dira que ce sont des cas extrĂŞmes, marginaux, que dans la majoritĂ© des collèges, les enfants ne sont pas menacĂ©s par les plus forts qu’eux, ni rackettĂ©s Ă la sortie par les anciens. Et c’est vrai. Il n’en reste pas moins qu’une certaine dĂ©rive est Ă l’oeuvre qui risque d’emporter tout l’Ă©difice construit depuis plus d’un siècle, si l’on y prend garde. C’est pourquoi je recommande le film de Cantet et ces deux livres.



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30 septembre 2008 à 13:08
merci pour les rĂ©fĂ©rences des livres, et pour le conseil d’aller voir ce film.
que faire ? que faire face Ă cela ? le rĂ©flexe naturel des parents sera de tout faire pour que leurs enfants n’aillent pas dans ces Ă©coles “Ă problème”.
Une première chose Ă faire, serait de sortir du dogme du redoublement unique pour toute la scolaritĂ©, afin qu’au lieu de traĂ®ner des casseroles toute leur scolaritĂ©, on apprenne au moins Ă lire et Ă Ă©crire (et compter) aux enfants. Quels armes ont-ils pour se protĂ©ger face aux discours antisĂ©mites, violents, s’ils ne peuvent mĂŞme pas exprimer proprement leurs pensĂ©es…?
Ă bientĂ´t
1 octobre 2008 à 10:55
Bonjour Brice,
au sujet du film de Cantet : je crois que l’Ă©quation est un poil plus compliquĂ©e que ça… Bien sĂ»r, « personne » ne prĂ©tend que c’est un documentaire, puisque ça n’en est pas un, mais c’est quand mĂŞme plus ou moins comme ça que le film est reçu : j’en veux pour preuve, simple exemple parmi tant d’autres, vos propres commentaires ci-dessus, qui louent le film pour avoir « levĂ© des tabous », c’est-Ă -dire pour avoir dĂ©voilĂ© la « vĂ©ritĂ© » de notre « collège-unique-en-faillite ». Et j’ajoute, c’est lĂ que ça se complique : il ne s’agit pas seulement de la « rĂ©ception » du film, en fait le film est expressĂ©ment construit pour amener ce type de rĂ©ception. Première chose, il n’y a pour ainsi dire aucune scène oĂą François BĂ©gaudeau-Marin n’est pas : c’est donc construit, Ă l’instar du bouquin, comme un tĂ©moignage, un « journal d’une annĂ©e en zep », et c’est vraiment vrai, rĂ©el, la vĂ©ritĂ© mĂŞme, vous savez ici ce n’est pas François-BĂ©gaudeau-l’Ă©crivain qui Ă©crit/scĂ©narise/joue, c’est François-BĂ©gaudeau-qui-a-vraiment-Ă©tĂ©-prof-en-zep-vous-savez… Le fait que BĂ©gaudeau joue (plutĂ´t mal, d’ailleurs) « son propre rĂ´le » est le premier signe de cette volontĂ© de « faire vrai ». Les gamins qui, regardez-le-gĂ©nĂ©rique, ont-le-mĂŞme-prĂ©nom-dans-la-vraie-vie, ça en rajoute une couche supplĂ©mentaire. On pourrait dĂ©tailler cela Ă l’envi : en première lecture, le film appelle une rĂ©ception « rĂ©aliste » — du genre : enfin on a une vraie image de ce qui se passent dans nos collèges… Le gros des discussions, autour de ce film, ne tourne que sur cela : le contenu, est-il vraiment « rĂ©aliste », est-ce que ça se passe vraiment comme ça, oui rĂ©pondent les uns, non ce sont des clichĂ©s disent les autres, etc. Pas de discussion, en tout cas pas chez ceux qui dĂ©fendent le film, sur les choix scĂ©naristiques (la « construction » de « l’intrigue »), les cadrages, le jeu des acteurs, etc., etc. Et de fait, si on prĂŞte attention Ă cela, force est de constater que c’est globalement un film assez moyen, pas franchement mauvais, non, mais quand mĂŞme bien loin du niveau d’une palme d’or. Non ? (Et, sur le contenu : ce que vous appelez des « tabous », Ă moi ça me semble le lieu commun du moments, on entend ça partout, « la vĂ©ritĂ© sur nos Ă©coles », « les Ă©lèves aujourd’hui ils sont comme ceci, comme cela, vous ne vous rendez pas compte, etc. » Tenez, par exemple, allumer votre radio le samedi matin Ă 9h, Ă©coutez-le (moi non, je n’ai plus le courage), Alain F., il nous sort ça depuis des annĂ©es, Ă peu de choses près… Allons, je ne veux pas ĂŞtre trop dur, ni le film, ni les propos des deux auteurs que vous avez invitĂ©s l’autre jour n’en arrivent au point de caricature que nous offre nos meilleurs intellectuels-mĂ©diatiques, mais quand mĂŞme. Moi j’ai trouvĂ© ça très clichĂ©, Entre les murs, pour tout dire : non pas que ce soit « faux » (enfin si, un peu), mais le choix de montrer telle chose plutĂ´t que telle autre est loin d’ĂŞtre neutre.)
L’autre jour, vous aviez trois invitĂ©s, non pas deux : c’est bien dommage que vous passiez par pertes et profits SĂ©bastien Ledoux, Ă moi il a semblĂ© ĂŞtre celui qui avait la parole la plus juste, celui qui essayait vraiment de penser le truc sans tomber dans des caricatures, dans un sens ou dans l’autre. Cela n’enlève rien Ă la valeur des tĂ©moignages de Iannis Roder et Mara Goyet, ce qu’ils dĂ©crivent existe bel et bien, et il y a bien sĂ»r lieu de s’inquiĂ©ter (très fortement) de la permanence d’un certain antisĂ©mitisme (j’en parlais cet Ă©tĂ© avec un ami prof : ce n’est pas que dans les zep, hĂ©las) — mais peut-ĂŞtre pas moins d’un certain anti-islamisme qui, lui, contamine nettement plus le discours « lĂ©gitime » (politique et mĂ©diatique). Mais cela reste des tĂ©moignages, qu’il ne faut pas prendre pour argent comptant, sans le moindre Ĺ“il critique. Il m’a semblĂ© qu’au niveau de la rĂ©flexion, ça ne volait pas très très haut, chez François B., Iannis R. ou Mara G.
Enfin bref, tout ça pour dire : Entre les murs, j’en suis sorti très fâchĂ© ; et votre Ă©mission l’autre jour, j’en suis sorti en trouvant quand mĂŞme Iannis R. et Mara G. un peu rĂ©ac-dĂ©clinistes (et il vous arrive de l’ĂŞtre un petit peu Ă©galement, cher Brice… votre Ă©mission d’aoĂ»t sur la critique musicale restera pour moi un grand moment d’anthologie ! (et content de voir au passage que vous prenez le temps de lire Adorno, mĂŞme si je ne suis pas sĂ»r que vous lui rendiez parfaitement justice par la choix de la citation que vous aviez retenue… fin des parenthèses)). Et surtout j’en Ă©tais sorti en me disant : il est pas mal ce SĂ©bastien Ledoux… et je vois qu’ici vous n’en dites pas un mot !
bien cordialement,
benjamin
1 octobre 2008 à 17:31
“Sans tabous ni limites” JUST DO IT !
Toutefois comme je n’interprète pas nĂ©cessairement toute remise en cause de l’autoritĂ© traditionnelle comme un prĂ©lude au dĂ©chaĂ®nement de la barbarie, je vois plus dans ces slogans simplistes jusqu’Ă l’idiotie (mais qui valent aussi pour une certaine partie du monde de l’entreprise qu’on remet moins facilement en cause qu’une certaine adolescence) l’escamotage irrĂ©aliste de la complexitĂ© de la vie et du monde. Il faut voir les problèmes du jour mais cela ne signifie pas forcĂ©ment en imposer presque d’emblĂ©e une interprĂ©tation dĂ©finitive.
1 octobre 2008 à 21:02
Bonjour Ă tous les meuniers,
J’aime bien le commentaire de benjamin avec des piques de ci, de lĂ et mĂŞme jusqu’Ă samedi matin !
Cependant, reprocher au film en question de ne pas ĂŞtre neutre (dernier mot du (très long) premier paragraphe) n’est-ce pas nier toute crĂ©ation ? C’est un film, non ? Pas un traitĂ© de pĂ©dagogie mĂ©rieutiste ou pastorien
Vaut-il mieux moudre le grain ou le laisser germer, si ce n’est entre des murs ?
Dominique
1 octobre 2008 à 21:33
(Petite rĂ©ponse Ă Dominique : je me suis apparemment mal fait comprendre, je n’ai jamais reprochĂ© au film (ni Ă quiconque ou quoi que ce soit) d’ĂŞtre neutre — et ceci non pas tellement parce que j’ai peur de « nier toute crĂ©ation », mais bien plutĂ´t parce que je ne crois pas beaucoup à ça, Ă la « neutralitĂ© ». Ce que je contestais, bien au contraire, c’est le fait que cette non-neutralitĂ© n’est jamais franchement interrogĂ©e (par les dĂ©fenseurs du film, en particulier), qu’elle est parfois dĂ©niĂ©e (« mais si, je vous jure, c’est vraiment comme ça que ça se passe dans les collèges de zep, j’y ai enseignĂ© pendant X ans… »), ou bien Ă l’inverse revendiquĂ©e, mais simplement comme moyen de dĂ©-responsabiliser les choix qui sont opĂ©rĂ©s (« ça ne prĂ©tend pas ĂŞtre un documentaire, vous ne pouvez donc pas reprocher ceci ou cela », « ce n’est pas un traitĂ© de pĂ©dagogie », « oui mais c’est de l’art, vous savez, les crĂ©ateurs sont libres », etc.). Donc, ce que je voulais dire : ce n’est pas neutre, par exemple parce que c’est un film de fiction (mais une intervention de MĂ©rieu sur la pĂ©dagogie, c’est « neutre » ? — mes amitiĂ©s Ă tout ceux qui croient Ă l’objectivitĂ© scientifique en sciences humaines… et en sciences « exactes » !), donc il y a lieu de questionner les choix qui sont faits. Non pas pour les faire comparaĂ®tre devant un tribunal-de-la-vĂ©ritĂ©-scientifique, ça n’aurait aucun sens (oui, bien d’accord, « ce n’est pas un traitĂ© de pĂ©dagogie », ni un travail de sociologie, d’anthropologie, de philosophie, etc., mais ça n’empĂŞche pas, et c’est tant mieux, le « discours public » de s’en emparer ces temps-ci, par exemple dans des Ă©missions de radio oĂą il est question de « collège », et non de « cinĂ©ma »), mais pour comprendre ce qu’ils peuvent signifier, pour comprendre quel est le parti-pris, explicite ou implicite, conscient ou non, du film (Ă supposer qu’il soit un, d’ailleurs, ce qu’en rĂ©alitĂ© je ne crois pas). Bon, je m’arrĂŞte, ou bien je vais encore ĂŞtre (trop) long ! Si, quand mĂŞme, un dernier mot : pour rĂ©sumer plus simplement tout ce que j’ai cherchĂ© Ă dire — ce que je reproche Ă Mara G., Iannis R., François B., Laurent C., et parfois un peu Ă Brice C., c’est d’ĂŞtre un peu unilatĂ©ral, et donc schĂ©matique, dans ce qu’ils donnent Ă lire, voir ou entendre, ou en tout cas (dans le cas du film, par ex) de ce prĂŞter Ă une lecture unilatĂ©rale et schĂ©matique. Pensez donc, « L’esquive » (qui n’Ă©tait pas un très grand film, mais quand mĂŞme Ă mes yeux nettement au-dessus de « Entre les murs » — en tout cas c’est le souvenir que j’en ai) avait dĂ©jĂ rĂ©ussi Ă filer des tonnes de boutons Ă l’orateur-du-samedi-matin-9h, imaginez alors ce qu’il va dire s’il a le malheur d’aller voir « Entre les murs » ! Amicalement Ă tous les meuniers, B. (P.-S. : les « piques », comme vous dites, c’est tout-Ă -fait amical, j’espère que tout le monde, et notamment Brice pour qui j’ai beaucoup d’estime, l’aura bien compris — enfin sauf en ce qui concerne le rateur du samedi matin, lui vraiment j’l'aime pas…))
1 octobre 2008 à 21:47
((Je me relis, notamment le « dernier mot » de mon premier paragraphe (celui de mon premier commentaire), je m’aperçois que je ne suis toujours pas clair, sur cette phrase-lĂ . En un mot, je m’en explique, après vraiment j’arrĂŞte : ce que je voulais dire, c’est que le fait que le film de Cantet est (ou me semble) souvent un peu « clichĂ© » ne provient pas tellement du fait que telle ou telle scène serait absolument non-crĂ©dible (que c’est impossible que jamais un Ă©lève ait dit ça, que le prof ait rĂ©pondu ci et que etc. etc. — encore que, pour certaines scènes je veux bien discuter), mais du fait des choix opĂ©rĂ©s, un peu tout le temps dans le mĂŞme sens, au sien d’une rĂ©alitĂ© multiple et complexe. Et en somme, oui, un clichĂ© c’est cela : une prise de vue instantanĂ©e, un certain cadrage, qui laisse forcĂ©ment beaucoup de chose hors cadre, et ne fixe qu’un instant au sein d’un flux beaucoup plus large — et c’est inĂ©vitable, certes, mais si l’on prend toujours la mĂŞme photo, le mĂŞme clichĂ© ou presque, et qu’on le donne Ă voir et Ă revoir, en le variant mais Ă peine, on fait croire que c’est-tout-le-temps-comme-ça-vous-savez. Je ne sais pas si je suis plus clair maintenant, mais ce coup-ci j’arrĂŞte…)) (Je ne sais pas ce que j’ai avec les parenthèses ce soir.)
1 octobre 2008 à 23:31
Bonjour Brice,
Pourriez-vous demander aux personnes idoines de Radio France de mettre Ă disposition le podcast du Grain Ă Moudre, non pas seulement de la dernière Ă©mission, mais de toutes les Ă©missions de la semaine. Je fais partie de ces gens qui n’Ă©coutent jamais votre Ă©mission en direct mais toujours en podcast - parfois 2 ou 3 Ă la suite-, et ce n’est pas très commode, dans les semaines chargĂ©es, de me connecter chaque jour pour tĂ©lĂ©charger l’Ă©mission. Je pense que ce n’est pas un gros coĂ»t pour votre maison, et beaucoup de bĂ©nĂ©fice pour vos auditeurs. La plupart de vos confrères privĂ©s proposent dĂ©jĂ cela. Merci par avance de faire passer le message et bravo pour vos Ă©missions passionnantes.
Cordialement,
Etienne
2 octobre 2008 à 7:34
Pour ma part je n’ai pas compris l’intention du duo Cantet-BĂ©godeau. Ont-ils vraiment eu l’intention de signer l’arrĂŞt de mort de l’EN ?
Ou bien n’ont-ils pas envisagĂ© un instant l’impression que ce spectacle ferait sur le large public qui va le voir ?
2 octobre 2008 à 7:43
(Ce message n’est pas destinĂ© Ă la publication…)
Cher Brice,
S’il-vous-plaĂ®t, pouvez-vous substituer “livre” Ă “bouquin”, tout comme je vous ai priĂ© de remplacer “enfant” par “gamin” ?
Je suis avec grand intĂ©rĂŞt vos Ă©missions. Je ne sais pas si cela va vous faire plaisir mais je dois vous dire que je compâtis souvent avec vous ! Hier soir par exemple les mensonges des idĂ©ologues verts semblaient vous confondre profondĂ©ment… Vous auriez trouvĂ© meilleur contradicteur en invitant Christian GĂ©rondeau, auteur d’un chapitre stimulant sur les Ă©oliennes dans “Ecologie : la grande arnaque”.
2 octobre 2008 à 14:37
Bonjour,
Merci Ă benjamin pour toutes ses parenthèses ! On discute et c’est ça qu’est bon !
Pour adalbert, ci-dessus : attention, en face des idĂ©logues menteurs il y a un lobby (voir l’article du Canard EnchaĂ®nĂ©) anti-Ă©olien et pronuclĂ©aire (vous vous rappelez l’arrĂŞt du nuage de Tchernobyl Ă la frontière allemande, c’est eux). L’institut Montaigne donne une image d’objectivitĂ© scientifique Ă ce lobby. Il faut aussi savoir que le corps des mines est très prĂ©sent dans le nuclĂ©aire et il est très fort dans la pratique de l’omerta (les Français sont trop mal-comprenants pour qu’on leur dise la vĂ©ritĂ©).
Pour que le grain soit bien moulu, il faut que les parties soient bien identifiées.
VoilĂ , voilĂ …
4 octobre 2008 à 21:21
@Dominique
Si Che Guevara m’avait dit qu’il faisait beau et qu’il faisait beau, je ne l’aurais pas contredit. Peu importe l’origine des idĂ©es, le principal est qu’elles soient vraies.
Quant aux lobbies, leur existence me semble concourir Ă la vigueur des dĂ©bats dans une dĂ©mocratie. Comme la publicitĂ© Ă l’information des consommateurs.
5 octobre 2008 à 13:06
S’il existe un lobby pro-nuclĂ©aire, il ne faut pas nĂ©gliger pour autant la puissance financière du lobby pro-Ă©oliennes. Que la sociĂ©tĂ© Vestas ait pu se payer un supplĂ©ment du Monde (”Eole, dieu ou dĂ©mon, datĂ© du 1° octobre) entièrement rĂ©digĂ© par des journalistes du quotidien en dit long sur les dĂ©rives d’un certain type de “communication”. La capacitĂ© de certains de ces journalistes Ă mettre en cause la pertinence et la rentabilitĂ© de ce mode de production d’Ă©nergie n’en est que plus spectaculaire et mĂ©rite l’admiration.
5 octobre 2008 à 19:31
Comme je l’avais dit, il y a donc bien eu 2 (deux) lobbies face Ă face et non pas des menteurs idĂ©ologues d’un cotĂ© et un gentil corps des mines de l’autre.
Quant Ă la publicitĂ©, j’y associerai plutĂ´t les termes d’Ă©conomie, psychologie, sociologie peut-ĂŞtre mĂŞme neurologie (faire de la place pour coca cola, vous vous rappelez ?). Y adjoindre “information”, outre que ça me fait froid dans le dos, est peut ĂŞtre une des causes des dĂ©rives journalistiques Ă©voquĂ©es par Brice Couturier ci-dessus.
Le problème avec les idĂ©es, quelles que soient leurs origines mĂŞme de l’au delĂ cubain, c’est qu’il ne suffit pas de le prĂ©tendre pour quelles soient vraies. Devant la VĂ©ritĂ© je n’ai aucune chance. Donc ciao !
Dominique
21 octobre 2008 à 5:39
Bonjour
J’arrive un peu tard sur ce forum, mais tout de mĂŞme fort intĂ©ressĂ© Ă plus d’un titre.
AmenĂ© Ă emmener des Ă©lèves dĂ©couvrir ce “film-documentaire”, je vous invite Ă lire la critique assez virulente que j’ai livrĂ© Ă mes Ă©lèves Ă ce sujet:
Ce jeudi 16 octobre 2008, les élèves de Premières ES1 et ES2 ont été emmenés et invités, gratuitement mais financé par l’établissement, à voir l’un des films dont on a beaucoup parlé dans la sphère médiatique: Entre les murs de Bertrand Cantet, Palme d’or à Cannes et sélectionné pour représenter la France aux Oscars à Hollywood. Un tel succès ne peut-être que mérité…et puis un film qui replace l’éducation au coeur des enjeux de société…
Nous avons, dans une certaine mesure, eu tort. J’aurai dû faire mon travail de préparation pédagogique en allant voir le film, en m’informant sur internet sur les réactions et les pistes explorées par mes collègues “blogistes”….mais pris par le temps et mis en confiance par l’accompagnement d’un intervenant à l’issue de la projection, je ne l’ai pas fait. C’est mon tort.
Ma première réaction a été de ”détester” instinctivement ce film et je ne me suis pas privé de le signaler dans le bus du retour en argumentant peut-être maladroitement.
J’ai également peu apprécié la discussion à l’issue de la projection qui a reproduit exactement ce que j’ai “détesté” le plus dans le film, à savoir que l’intervenant s’est contenté de recueillir “frontalement”/”magistralement” les “émotions”, le “ressenti affectif” de la soixantaine, au moins, d’élèves-spectateurs sans pour autant apporter la distance qu’on aurait pu attendre.
C’est parce que je n’ai pas fait mon travail en amont que je tente de le faire en aval, dans l’urgence. Alors j’ai parcouru la toile en me rendant d’abord sur celui d’un professeur considèré comme un “maître en pédagogie”, “le père” de la réforme des lycées de 1998, Philippe Meirieu. Et quelle ne fut pas mon heureuse surprise de découvrir que Philippe Meirieu, lui aussi, s’était fendu d’une critique rigoureuse du film de Bertrand Cantet à laquelle je vous renvoie: http://www.meirieu.com/ACTUALITE/entrelesmurs.htm
De cette longue critique intelligente, je partage quelques arguments que je ne saurai mieux exprimer:
- le film réduit l’école à des affrontements affectifs entre le prof et les élèves, “entre les murs” d’une classe à l’issue desquels l’enseignant sort vaincu. Or c’est nier la pédagogie, la mise en place de situation d’apprentissage construite avec des contenus exigeants, des consignes claires et des activités modulées et encadrées. Bref ce qui fait de l’enseignement un métier de “professionnels”, des pédagogues.
- le danger de ce film, c’est qu’il conforte nos fantasmes collectifs sur la peur de ces barbares qui déferlent dans nos écoles, de cette jeunesse qu’on craint de ne plus maîtriser, de ces jeunes issus de l’immigration qui n’aiment pas la France (et qui sifflent la Marseillaise ?), bref de nouvelles classes dangereuses. Or la seule réponse, la seule réaction que les bonnes âmes risquent d’avoir, c’est de réclamer le retour à la bonne vieille discipline, à l’autorité du maître, à la “morale républicaine” de Jules Ferry, à l’autoritarisme. Mais avant de généraliser ce “dressage social” qui conduirait à des explosions sociales comme nous y invite indirectement ce film, peut-être faudrait-il ne pas ignorer toutes ces pratiques pédagogiques développées par les enseignants dans les collèges difficiles qui, sans s’abandonner au laxisme font réussir leurs élèves. Ceux-là aussi existent mais leur problème c’est que ce long, très long apprentissage ne peut pas se filmer et se résumer en deux heures.
Voilà ce que j’ai trouvé au lendemain d’une projection mal préparée. C’est d’autant plus critiquable que je m’appuie principalement sur un Philippe Meirieu, que d’aucuns, les journalistes en particulier, aiment à opposer systématiquement à notre ministre réformateur Xavier Darcos. C’est oublier que tous deux ont rédigé ensemble un livre, Deux voix pour une école en 2003 dans lequel bien des conceptions se rapprochent à qui se donne la peine de les lire.
Au final, si la projection d’Entre les murs vous, nous, permet de réfléchir sur la difficulté du métier d’enseignant en particulier pour ceux, nombreux, qui souhaitent le devenir, nous n’avons peut-être pas perdu tout à fait notre temps et …notre argent.
27 novembre 2008 à 11:08
Bonjour Ă vous Brice et Julie, et Ă tous,
C’est la culture “amĂ©ricaine” ( i.e: des States ) qui nous arrive avec retard comme d’habitude;ils nous envoient leur ” merde ” avec un retard qui n’est plus de 10 Ă 15 ans comme il y a maintenant longtemps, mais de quelques annĂ©es seulement…et le pire est Ă venir! “Attendez vous Ă voir “… ,comme aurait dit une de vos cĂ©lèbre prĂ©cèdatrice , …l’irruption des gangs non plus dans les pĂ©riphĂ©ries, mais bien dans les centres ville dès le soir venu etc…J’ai regardĂ© hier soir la Rediff d’enquĂŞte exclusive “Le shĂ©rif de Los Angeles” ( M6 ), et je crains que c’est lĂ ce qui nous attend !…( vous me direz que ce n’est que de la tĂ©lĂ©vision, et qu’il faut aller voir sur pièce.Bien sĂ»r, cela ne peut pas arriver en France, notre beau pays.
tschĂĽss.
P.S: petite note pour Hermite ( Etienne; 1 octobre 2008 ):il peut enregistrer sur son ordi l’Ă©mission en ” streaming ” quand elle n’est plus disponible en ” podcast ” et la mettre en Mp3 pour l’Ă©couter sur son lecteur mp3; il y a des logiciels pour ça.
21 dĂ©cembre 2008 à 17:07
Comme Benjamin, je regrette que vous ayez oubliĂ© votre 3ème invitĂ© SĂ©bastien Ledoux ; j’avais Ă©coutĂ© votre Ă©mission et j’avais apprĂ©ciĂ© sa prĂ©sence.
Je n’ai pas emmenĂ© mes Ă©lèves voir Entre les murs , mais j’y suis allĂ©e , et si j’avais aimĂ© le livre, je n’ai pas cessĂ© de vitupĂ©rer (plus ou moins intĂ©rieurement) pendant la projection. Avant de voir des Ă©lèves difficiles , j’ai d’abord vu un prof incompĂ©tent, pas adulte ni enseignant,avec un cours sans contenu et pas prĂ©parĂ©.
Merci Ă BenoĂ®t pour le lien sur l’article de MĂ©rieu dont on m’a parlĂ© , mais que je n’ai pas encore lu.
Il y a plein de choses Ă dire, et ça prendrait du temps, mais j’ai Ă©tĂ© heureuse d’avoir partagĂ© l’Esquive
avec mes Ă©lèves de 3ème ; je l’avais vu en salle sans l’apprĂ©cier assez et sans voir toute sa force et sa richesse, et c’est la prĂ©paration ,grĂ ce Ă la brochure du CNC et surtout le dĂ©bat avec mes Ă©lèves qui, pour une fois ont tous rĂ©agi, qui m’ont fait dĂ©couvrir la beautĂ© de ce film.
J’en ai assez d’entendre des propos nĂ©gatifs sur l’Ecole , les Ă©lèves …Le pire ça a Ă©tĂ© La Fabrique du crĂ©tin , c’est facile de caricaturer et de dĂ©nigrer et en plus ça rapporte sans doute pas mal…
Etre nĂ©gatif ne change pas la rĂ©alitĂ©, et ça permet seulement Ă tout un chacun de dĂ©primer et de perdre la foi, l’estime de soi et des autres…Pas facile de lutter contre les sirènes de la peur et de l’exagĂ©ration…qui n’ont sans doute mĂŞme pas conscience de leur pouvoir de nuisance.