La gauche fait mine de se gausser du “virage idéologique” qu’aurait accompli Sarkozy, désormais en campagne internationale pour une “refondation” et une régulation mondiale du capitalisme. Elle l’accuse de “révision déchirante” lorsqu’il fustige le “capitalisme de court terme” et les spéculateurs, lorsqu’il se bat pour un gouvernement économique de la zone euro. Je n’y vois, moi, aucun reniement. Mais je crois comprendre que cet énervement témoigne du sentiment d’étouffement qu’éprouve la gauche de gouvernement, dont l’espace politique ne cesse de se rétrécir. Or, il n’est pas sain pour la démocratie que la partie de l’opposition qui a vocation à gouverner soit coincée entre la majorité au pouvoir et des forces politiques purement contestataires.
Durant la campagne électorale présidentielle, la gauche et les média qu’elle contrôle s’étaient efforcés de caricaturer Nicolas Sarkozy. Le candidat de l’UMP apparaissaît, dans leurs commentaires, comme une espèce de Le Pen à visage humain (n’allait-il pas disputer ses électeurs au vieux leader populiste ?), un maniaque de la Loi et de l’Ordre faisant peser sur nos banlieues la menace de la ”karcherisation“. On laissait entendre qu’il était raciste - un comble pour le premier président français issu lui-même de l’immigration ! Sur le plan international, on le disait atlantiste à tout crin - on le dépeignait comme une espèce de réplique made in France de “W”. Représentant d’une “droite décomplexée“, il était en outre réputé sectaire…
Le déroulement de la campagne, la composition du gouvernement surtout ont montré que ces attaques s’étaient trompées de cible : 6 ministres avaient leur carte au Parti Socialiste au 1° janvier de l’année de leur nomination, la Garde des Sceaux est issu d’une famille de l’immigration maghrébine pauvre - (c’est l’un des motifs non avoués de la violence des attaques dont elle est actuellement l’objet, mais ne le répétez à personne…), les cabinets ministériels sont truffés de vieux amis à moi, du temps du PS, etc. En politique internationale, le nouveau président a fort bien avancé les cartes françaises au Moyen-Orient, où “la France est redevenue un acteur d’importance”, comme l’écrit The Guardian (voir l’article de Courrier International du 23 octobre, “Un Moyen-Orient bleu-blanc-rouge”). Ce qu’on ne dit pas souvent dans nos journaux. Du coup, l’angle des attaques a changé. Depuis, Sarkozy est devenu, dans les mêmes commentaires, un “ultra-libéral“, acharné à démolir les “acquis sociaux” d’un Etat-providence “que-le-monde-nous-envie”. N’avait-il pas ouvert, en effet, le chantier des réformes, les multipliant à loisir comme pour mieux déboussoler les partenaires sociaux ?
On s’est vite aperçu, cependant, que la “rupture“, promise aux électeurs, ne serait pas au rendez-vous. Les changements n’ont pas affecté le coeur de notre (injuste) système : la France du travail est toujours coupée entre “insiders”, plus ou moins propriétaires de leur emploi et précaires “outsiders” - sur lesquels pèse le poids des “ajustements” et qui vont payer un prix exorbitant pour la crise : voyez les agences d’intérim… Où est passé le “contrat unique” de travail, qui aurait permis d’unifier les situations face au marché du travail ? Où est la réforme de notre système de santé à bout de souffle ? Notre Etat persiste à être l’un des plus dépensiers du monde : les dépenses publiques, en France, ont absorbé 52,7 % du PIB en 2007 (contre une moyenne de 41 % pour l’ensemble de l’OCDE, il n’y a qu’en Suède que l’Etat coûte encore plus cher dans le monde développé, mais la tendance, en Suède, est à la baisse, la nôtre à la hausse et selon les projections, nous les aurons rattrapés en 2010 ou 2011…) - voilà pourquoi le pouvoir d’achat des ménages est médiocre.
Il faudra m’expliquer comment le “libéralisme” est compatible avec un niveau particulièrement élevé de prélèvements obligatoires : là aussi, nous sommes dans le peloton de tête…. Notre pays est sur-administré (les services généraux d’administration, SGA, montrent que la France compte 39 fonctionnaires pour 1000 habitants (contre 31 en Suède, 32 en Allemagne, 18 au Canada - des pays qui n’ont pas la réputation d’être mal irrigués par la puissance publique, des pays comparables au nôtre). Et les récentes mesures prises pour faire face à la crise financière et à la dépression économique qui va la suivre vont encore aggraver un déficit des comptes publics qui est en train de passer de “préoccupant” à “dramatique”.
En réalité, le président de la République n’est pas davantage le “libéral” que dépeignait, hier encore, les média, qu’il n’était le “raciste répressif” qu’on nous racontait durant la campagne présidentielle. C’est un réformateur pragmatique, qui s’ennuie par temps calme et déploie sa fameuse énergie aussitôt que se lèvent le vent des orages désirés. Il est obsédé, nous dit-on, par la “culture de l’objectif et du résultat”. Les observateurs étrangers, imperméables à nos querelles idéologiques nationales le jugent mieux. Relisez la note de Philippe Whyte, l’un des meilleurs connaisseurs anglais de la politique économique française. Datée du 8 novembre 2007 et intitulée “sarkonomics, a users’ guide“, elle montre bien qu’il n’y a pas lieu de parler aujourd’hui de “tournant étatiste”, ni de “révision déchirante” :
 (http://centreforeuropeanreform.blogspot.com/2007/11/sarkonomics-users-guide.html“)
Je traduis : “Le président Sarkozy est souvent dépeint en France et ailleurs comme “économiquement libéral”. C’est une erreur. Il est sans nul doute un réformateur économique, prêt à retirer des privilèges aux “insiders” du marché du travail, mais il conserve une croyance dirigiste très française dans le rôle de l’Etat pour le développement économique. Cela se manifeste dans plusieurs domaines, entre autres dans le soutien public aux “champions nationaux”, dans sa vision mercantiliste du commerce international, et dans sa conviction que les gouvernements devraient avoir une plus grande influence sur la Banque centrale européenne.”
L’ennui, c’est qu’il partage, comme son conseiller, le brillant Henri Guaino, un certain nombre de marottes profondément ancrées dans l’esprit public bien de chez nous. Or ces “shibboleths” obscurcissent la vue des Français et leur font souvent prendre des vessies pour des lanternes. A ce propos, je recommande vivement la lecture du livre de Florence Autret, “Sarkozy à Bruxelles” ‘(Le Seuil), qui était notre invitée hier soir, à l’émission. Cette correspondante de la presse économique à Bruxelles montre fort bien comment Sarkozy est perçu en Europe comme un représentant typique de cette France, étatiste et dépensière, qui énerve tant les Allemands. Car enfin, vouloir réhabiliter le capitalisme d’entrepreneurs, familial et de préférence industriel, au détriment du “capitalisme financier”, est une naïveté qui méconnaît la réalité des faits. Comme l’écrit Florence Autret : “Faut-il classer Vincent Bolloré, Bernard Arnault et François Pinault, qui contrôlent financièrement leur groupe, dans le camp des gentils entrepreneurs, tandis que Daniel Bouton (Société Générale), Michel Pébereau (BNP Paribas) ou Henri de Castries (Axa), basculeraient dans celui des méchants spéculateurs ?” S’en prendre en permanence à la BCE, coupable de ne pas faire preuve de suffisamment de laxisme dans la gestion de notre monnaie commune, c’est ne pas comprendre que le deal passé avec les Allemands impliquait, dés le début, que l’euro serait géré comme l’était le Deutsch Mark - une monnaie forte - et non pas comme le Franc - à coup de dévaluations permanentes destinées à éponger artificiellement la dette publique… Incriminer “l’euro fort” comme responsable de la dégradation régulière de notre commerce extérieur (39 milliards de déficit en 2007, 2008 sera bien pire encore) est inepte : avec la même monnaie, les Allemands sont les premiers exportateurs du monde… De même, les Allemands ne marcheront pas dans la constitution de fonds souverains européens, parce que leurs grandes entreprises, mieux gérées peut-être, sont moins vulnérables que les nôtres et que la fourmi allemande, qui a réformé en profondeur son système de protection sociale, n’a pas envie de payer pour la cigale française, insuffisamment avancée dans ce domaine.
Reste que la rhétorique présidentielle actuelle n’est pas éloignée de celle de la gauche la plus mainstream. Modérément anti-capitaliste (contre les “spéculateurs”, “l’économie de casino”, etc.), favorable à l’intervention de l’Etat dans l’économie, à la politique industrielle, réclamant une moralisation et une supervision mondiales de la sphère financière, réhabilitant les “emplois aidés”, elle ne laisse pas beaucoup d’espace vital à la gauche. D’autant que celle-ci, comme le SPD en Allemagne, est menacée par une nouvelle force d’extrême-gauche, franchement anti-capitaliste, elle, et de plus en plus populaire dans son électorat.
Il y a un risque, dans ces conditions, de voir un PS qui s’était pourtant enfin avancé sur la voie de l’aggiornamento intellectuel (grâce à Ségolène Royal pendant la campagne et Bertrand Delanoë depuis), faire soudain marche arrière et revenir à  ses vieilleries idéologiques les plus en décalage avec la réalité du monde. Car enfin, s’il y a un côté de l’échiquier politique où l’on avait cru discerner un sérieux “tournant” idéologique, c’est bien à gauche qu’il faut le chercher : la “parenthèse”, décrétée en 1983, année où le PS a officillement renoncé (provisoirement…) à renverser le capitalisme ! Ne laisse pas de m’inquiéter l’interview donnée par François Hollande aux Echos mardi dernier, qui témoigne de cette tentation. “L’erreur de la droite, c’est de croire que seul, le capitalismle financier est la cause de la crise. Ce qui est vrai du capitalisme financier l’est aussi du capitalisme dans toutes ses dimensions”, déclare le toujours Premier secrétaire. Annonce-t-il un “tournant anti-capitaliste” de la vieille maison de la rue de Solférino ? Obligé de se distinguer de Sarkozy et de faire face à la concurrence de Besancenot, le PS est-il à la veille d’une nouvelle glaciation idéologique ? Nous le verrons bien lors de son congrès.
En tous cas, si l’opposition veut faire correctement son métier - qui est de proposer des alternatives crédibles à la politique menée par le gouvernement et non de se contenter de critiquer toute réforme au nom du statu quo et des droits acquis - elle ne pourra le faire qu’à partir d’une juste analyse de ce qui est fait par le gouvernement et non d’une caricature éloignée de la réalité du “sarkozysme”.



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31 octobre 2008 à 21:19
Cet article induit que la seule alternative crédible pour la gauche socialiste qui souhaiterait revenir au gouvernement est de s’allier avec le centre (type BAYROU et formations apparentées). Ceci suppose un courage politique consistant à abandonner effectivement les “vieilleries idéologiques” au profit d’une approche raisonnée de l’avenir. L’extrême gauche ne s’alliera jamais au PS, le PC est lui-même en crise pour longtemps, ne parlons pas des verts qui dans 15 ans ne seront toujours pas d’accord entre eux.
Ce type d’alliance avec le centre est fragile car traversé par de fortes lignes de divergences (se rappeler la fin du Front Populaire, ou la chute de Mendès-France). Ces périodes ont permis d’avancer significativement dans des domaines importants de notre histoire mais elles ont été (trop) brèves.
Le PS comme dit J. Chérèque a un discous idéologique dur qui le conduit à assumer le pouvoir en ayant honte de gouverner. Durcir le discours c’est plaire aux militants mais rester dans l’opposition pour (très très) longtemps encore.
1 novembre 2008 à 15:40
Pardonnez-moi si ce commentaire n’est pas exactement à sa place!!!
Au cours de votre émission du 31 octobre sur la réforme du lycée, un de vos invités expliquait doctement qu’il est prématuré de réformer le lycée sans d’abord dépoussiérer le collège. En effet, mais n’est-ce pas un peu court, jeune homme ? Réformer le collège sans toucher à l’école primaire serait une hérésie, l’école primaire sans la maternelle une folie, la maternelle sans la crèche une ânerie. En fait, je pense qu’il conviendrait d’accorder enfin à la chirurgie les moyens qu’elle mérite pour se rendre capable de greffer des cerveaux de génie sur des imbéciles !!
Voilà , tout cela étant écrit sans aucune méchanceté bien sûr. J’écoute toujours avec le plus grand intérêt vos émissions. Merci à vous deux
3 novembre 2008 à 21:29
La frontière parait ici mince entre l’expression “espace politique” qui ici résonne surtout comme “espace médiatique” de la gauche.
Des idées qui vendent bien, qui font vendre et donnent envie de vendre… Serait-on dans le coeur de la communication politicienne? L’économie de marché est en politique parfois la stratégie de mots.
Je trouve tout à fait pertinent l’émission de Brice Couturier de ce soir, quand aux conditions de conflit ethnique en Afrique, faisant fi des élections présidentielles des états d’amérique du Nord, recentrant la problématique humaine actuelle, en Afrique, qui pourtant en dit beaucoup sur l’état du monde actuel.
Cela dit les “anglicismes” dérapants et presque omniprésents des journalistes commentateurs de la politique de Monsieur Nicolas Sarkozy, dans l’émission 18-20 du jeudi 30 octobre dernier, font peur quand à la dérivation communicative d’une américanisation sournoise.
Modérant mes propos je vous propose les articles parus dans le dernier numéro d’”Historia” révélant une conscience claire et de véracité des lumières sur la culture française et ce qu’elle a pu apporter aux fondements de l’amérique du Nord.
N’apprend-on pas que deux Napolitains au service d’un éminent armateur de François premier avaient découvert avec émerveillement les terres des amérindiens, précisemment où se situe actuellement New York…
En réaction aux remarques d’Anza:
Certains état, s’ils avaient réellement compris les enjeux du pays et de sa culture, auraient organisé une éducation nationale évolutive, constructive et participative. Non pas récupérée politiquement par la gauche le plus souvent, pour des questions d’intérêt de la personne politique et non des élèves.
5 novembre 2008 à 17:37
@Nicolas D. : Vous avez raison d’appliquer à la vie politique les mécanismes d’analyse du marché. Une célèbre école économique américaine a bien théorisé cela.
De son côté Friedrich Hayek apporte une distinction intéressante sur ce point, plus fertile que celle très célèbre de Max Weber. Il insiste sur l’incompatibilité entre le métier de politique et celui de spécialiste des idées (c’est ma moins mauvaise traduction de “leader in the field of ideas”…). Ce n’est pas une question de compétence ou d’intelligence, mais de métier. L’homme politique doit avoir les idées du courant d’opinion qu’il représente, tandis que le spécialiste des idées doit apporter des idées neuves. L’homme politique talentueux a des antennes extrêmement sensibles aux idées qui courent autour de lui, mais il ne devra jamais se faire le porte-parole d’idées neuves. Il perdrait en effet automatiquement le contact avec le langage de ses électeurs, leur deviendrait étranger, et perdrait son poste. Hayek dit qu’il doit être comme une éponge et absorber l’esprit du temps. Il y a donc une division du travail entre le politique et le spécialiste des idées. Les qualités demandées à l’un et à l’autre ne sont aucunement interchangeables, les métiers sont incompatibles.
Je trouve cette distinction très utile. Elle permet d’expliquer beaucoup de comportements de nos élus, et de s’en moins étonner…
6 novembre 2008 à 18:36
Son invité est coincé par la grève !
Ce soir Brice fait de l’ombre à notre “minus” qui se gaussait de niquer les syndicats en disant “quand il y a une grève personne ne s’en aperçoit !”
Si !
Brice est le seul français ultra libéral (cohérent) qui le contredit !
7 novembre 2008 à 21:25
Votre article est bien décevant M. Couturier : il n’importe à personne que vos amis aient gagné du galon de militant PS à conseiller d’un ministère de droite, que vous trouviez “brillant” (puisque vous le dites) M. Guaino, que le Ps n’est pas assez libéral à votre goût… que de bavardage pour peu d’analyse !
Et puis cette défense tellement bien pensante de Mme Dati : c’est parce qu’elle est issue de l’immigration que sa réputation auprès de toutes les professions liées à son ministère s’effondrerait ? Mais M. Couturier, ce n’est que votre présupposé, grand bien vous fasse que vous l’énonciez - mais le gentil est toujours celui qui nomme (ou dénonce) les méchants, je croyais que vous aviez lu Nietzsche, encore une déception.
Quant à ce réflexe qui consiste à juger de l’état de la France par le miroir des autres pays, c’est croire qu’une fois notre pays rentré dans les standards européens, il n’y aura plus de problème (mais depuis quand être dans la moyenne est signe d’excellence ?). C’est confondre politique et management (ce dernier a son mérite propre), croire que l’on gère un pays en l’égalisant avec ses concurrents.
Personne ne vous demande M. Couturier de prendre position à l’égard du vent médiatique, personne ne vous demande de prendre la défense, fût-elle nuancée, de M. Sarkozy. Car ceci se résume à faire le malin en dansant autour d’une idéologie branlante. Si l’analyse c’est le retournement maladroit de l’idéologie, j’ai bien peur que ce soit encore de l’idéologie (et oui, réactionnaire).
Enfin, il est inutile de prétendre aider la gauche en se gaussant de sa déréliction (c’est d’ailleurs le cas de la plupart de ses dirigeants : “regardez comment le parti socialiste est engoncé dans ses archaïsmes”, on ne frappe pas un animal mort sans être un peu nécrophile sur les bords). L’alternative (je rappelle qu’il est impropre de parler d’alternative au pluriel : on ne “propose” pas des alternatives, on se détermine au sein d’une alternative, celle-ci se définissant par l’existence de plusieurs termes qu’il faut choisir) ne se décrète pas : elle se révèle par ce que le discours dominant occulte (c’est le génie de la nouvelle droite : faire croire que ses réformes sont nécessaires parce que le statu quo serait insupportable et le changement non négociable, ou comment faire du nécessaire avec du contingent). Il n’y aura donc d’alternative en France que le jour où les politiques questionneront les présupposés des réformes actuelles (ce qu’a fait Esprit voici un an, mais qui a lu ce formidable numéro ?), non en les récusant apriori vous visez juste, afin de voir qu’il y a des choix, c’est-à -dire des arbitrages, qui les déterminent.
Pourquoi ainsi vouloir à tout prix défendre les victimes ? La justice n’est-elle pas l’incarnation d’un tiers qui ne prend pas parti ? Si l’on veut protéger les victimes (comme c’est gentil…), n’est-ce pas parce que l’on croire que certains sont des victimes à vie ? Mais pourquoi devrait-on être ou bien victime ou bien tortionnaire ou bien justicier ? N’est-ce pas plutôt que l’on devient victime comme l’on devient tortionnaire, c’est-à -dire non par détermination sociale mais par un parcours qui n’a rien d’irréversible. Une telle politique pénale est donc dictée par un fond profondément conservateur : il y a des entités qui ne doivent pas changer, gardons les victimes (grâce à la vengeance), gardons les bourreaux (en prolongeant leurs peines sine die), gardons les justiciers (en conservant le pouvoir !).
Ce n’est qu’un exemple, mais désormais je ne lis plus ou n’écoute plus ceux qui s’épanchent comme des Narcisse sur la gauche en urinant dessus, c’est toujours une odeur et un ton que je ne goûte guère. Je le dis ici parce que M. Couturier prend un virage assez pénible depuis peu en ne soupçonnant pas ses présupposés (le stade clinique étant celui de MM. Finkelkraut et Gallo : non pas abjecte mais simplement absurde), ce qui n’était pas le cas de l’âge d’or de Cause Commune). A votre âge M. Couturier, on ne rêve plus d’être “dir-cab”, soyez donc moins prévisible en cédant moins à l’air du temps, on vous écoutera avec d’autant plus de plaisir !
Cordialement,
T.D.