Comme tout le monde, je me pose ces questions. Comme tout le monde, je cherche des rĂ©ponses chez certains penseurs dont la boĂ®te Ă outils conceptuelle semble offrir des pistes prometteuses. France Culture me semble bien placĂ©e pour les dĂ©nicher. En ce qui concerne “Du grain Ă moudre”, nous avons dĂ©cidĂ© de consacrer le mardi de chaque semaine au thème “penser la crise”. Ceci est donc aussi un appel Ă participation. Indiquez-moi les Ă©conomistes, philosophes, sociologues, anthropologues, blogueurs, etc. qui vous paraissent intĂ©ressants dans le cadre de cet exercice.
Et pour commencer, je vous propose ce thème : les Etats pourront-ils financer les déficits déments que leur coûtent le sauvetage de leurs banques et leur fameux plans de relance, autrement que par un recours à une méga-inflation ?
Aujourd’hui, lundi 16 fĂ©vrier, j’apprends par la presse Ă©conomique que le Congrès amĂ©ricain vient d’accepter un plan de relance de 787 milliards de dollars. Ce plan Obama s’ajoute au Plan Geithner de soutien aux banques amĂ©ricaines et de constitution d’une “bad bank” de dĂ©fausse des actifs pourris (total : 1 500 milliards $). Et il prend la suite des divers “Plan Paulson” -  crĂ©dits d’impĂ´ts, recapitalisations des banques et autres soutiens ciblĂ©s Ă tel ou tel secteur industriel, qui avaient Ă©tĂ© un moment chiffrĂ©s Ă quelques 7 400 milliards de dollars… Toujours pour ”combattre la crise”, ”Ă©teindre l’incendie financier”. La crise est toujours lĂ . Ces sommes faramineuses ne sont jamais suffisantes. D’oĂą sort cet argent ? Qui va payer ?
A l’Ă©poque toute rĂ©cente oĂą les EuropĂ©ens faisaient encore semblant d’agir de concert et oĂą la Commission annonçait crânement un “plan de relance europĂ©en de 200 milliards d’euros”, Angela Merkel avait Ă©tĂ© critiquĂ©e par les mĂ©dia français. Ils lui reprochaient d’avoir parler d’une “surenchère des plans de relance”. C’est exactement ce Ă quoi nous assistons Ă la petite Ă©chelle hexagonale. Sarkozy annonce 26 milliards. AussitĂ´t le PS en rĂ©clame 50 (soit 2,5 % du PIB). Et pourquoi pas 70 milliards ? Et pourquoi pas le double ?
La concomitance de tous ces plans de relance, censĂ©s “rĂ©tablir la confiance” - par le bluff des Etats - n’a, pour l’instant, en rien Ă©teint le fameux incendie. Mais elle a pour effet de dĂ©chaĂ®ner la concurrence, sur les marchĂ©s de capitaux, entre les Etats fiables et ceux dont on entrevoit dĂ©jĂ le possible dĂ©pĂ´t de bilan. - Car nous savons, depuis l’Islande, que ceux qui nous rĂ©pĂ©taient, notamment Ă l’OFCE, ”les Etats peuvent s’endetter toujours plus”, “un Etat ne peut pas faire faillite” - nous trompaient.
Les Etats - qui n’ont pas tous ces milliards dans leurs caisses - s’endettent donc. Les taux d’intĂ©rĂŞt exigĂ©s sur les marchĂ©s obligataires ont commencĂ© Ă monter. Le taux Ă 10 ans amĂ©ricain vient de passer de 2 Ă 3 % en trois mois - et ce n’est qu’un dĂ©but. Personne ne semble se prĂ©occuper de voir le taux français prendre 2 points - Ă 3,8 %. Cela signifie pourtant que le service de la dette publique va absorber un pourcentage de plus en plus important du budget de l’Etat, rognant d’autant ses capacitĂ©s d’animation de l’Ă©conomie.
Mais le plus prĂ©occupant pour l’Europe, c’est le phĂ©nomène de ciseau qui est en train de saper la zone euro, entre pays “bien cotĂ©s” - comme l’Allemagne, et pays dĂ©jĂ suspects de ne pouvoir, un jour, honorer leur signature - appartenant gĂ©nĂ©ralement aux “cigales” du Club Med”, qui vivaient dĂ©jĂ Ă crĂ©dit quand tout allait bien… L’Espagne, la Grèce et le Portugal viennent de faire dĂ©grader par Standard & Poor’s, le tour de l’Italie (dette publique = 106 % du PIB !) va bientĂ´t suivre - en attendant la France ? Cette “dĂ©gradation” signifie simplement que la “crĂ©dibilitĂ©” de ces pays, la capacitĂ© de leurs Etats Ă rembourser leurs dettes publiques commence Ă poser problème. Et que les prĂŞteurs ont commencĂ© Ă rĂ©clamer des intĂ©rĂŞts plus Ă©levĂ©s - pour compenser ce risque de dĂ©faut… Non seulement, la dette augmente, mais son remboursement coĂ»te de plus en plus cher, par euro empruntĂ©. Comment est-ce gĂ©rable, avec une mĂŞme monnaie ?
La croissance des dernières annĂ©es Ă©tait artificielle. Elle Ă©tait dopĂ©e par le niveau d’endettement du consommateur “de dernier recours” - c’est-Ă -dire amĂ©ricain et britannique. En Grande-Bretagne, le taux d’endettement des mĂ©nages avait atteint le taux extravagant de 160 % du revenu disponible. Ce qui est en train de se passer correspond, comme l’Ă©crit Patrick Artus, Ă “un transfert de dette privĂ©e vers la dette publique”.
Mais l’alourdissement sans prĂ©cĂ©dents historiques du niveau d’endettement des Etats, de tous les Etats Ă la fois, va poser prochainement la question de la solvabilitĂ© rĂ©elle de ces Etats. DĂ©jĂ , on voit des commentateurs sĂ©rieux (Nicolas BarrĂ©) poser la question d’une “faillite” possible de la Fed - qui a Ă©tĂ© poussĂ©e Ă racheter non seulement des titres de crĂ©ance des banques, mais beaucoup de “commercial papers” des entreprises. Toutes ces “crĂ©ances”, on le sait, ne valent pas tripette… Le jour oĂą la Fed va se retrouver en cessation de paiement, il ne restera plus que le recours Ă la planche Ă billets…
Nous savons bien qu’il n’existe que deux issues possibles au surendettement des Etats : faire payer le contribuable, une fois l’Ă©conomie repartie, ou bien dĂ©gonfler artificiellement les dettes, en relançant l’inflation…. Je relève que de plus en plus d’Ă©conomistes, de tous bords, annoncent que cette inflation est inĂ©luctable. Cela va de Jacques Delpla “l’inflation, porte de sortie de la crise” (Les Echos du 14 janvier) Ă Jean-Claude Werrebrouck (”l’inflation, prĂ©mice d’une restructuration mondiale“, Contre Info du 3 fĂ©vrier).  ”Une inflation de l’ordre de 10% Ă 15% sur cinq ans permettrait de rĂ©duire la dette amĂ©ricaine de 40% Ă 50%”, pronostique Delpla. Ce seront les crĂ©anciers asiatiques - et surtout chinois - qui paieraient ainsi l’addition de la relance amĂ©ricaine. Imagine-t-on qu’ils se laisseraient ainsi gruger de bonne grâce ? Pour Werrebrouck, l’inflation, c’est “le choix de la purge“, pour faire baisser “la pression sur les tuyauteries”. Il y voit un effet de redistribution des patrimoines - au dĂ©triment des seniors, qui est Ă©galement au coeur de la rĂ©flexion de Patrick Artus. Dans sa note Flash Ă©conomie n° 13 du 15 janvier, Artus annonce, pour après la crise, “un Ă©quilibre Ă©conomique plus favorable aux jeunes (qui sont acheteurs d’actifs et emprunteurs)”. Alors que, le mois dernier encore, les commentateurs Ă©taient obsĂ©dĂ©s par le risque dĂ©flationniste, c’est, en rĂ©alitĂ©, l’inflation qui s’annonce. Et elle n’est pas plus avenante.




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18 fĂ©vrier 2009 à 10:36
L’inflation me semble aussi menaçante. Autrement je cherche comment rĂ©organiser l’Ă©conomie après la crise et le minimum de rĂ©gulation du libre marchĂ©, qu’on trouve dans Montesquieu (”De l’esprit des lois”) me semble bon.
18 fĂ©vrier 2009 à 19:14
“Indiquez-moi les Ă©conomistes, philosophes, sociologues, anthropologues, blogueurs, etc. qui vous paraissent intĂ©ressants dans le cadre de cet exercice.”
Je vous conseille Pierre-NoĂ«l Giraud de Mines ParisTech, auteur de l’inĂ©galitĂ© du monde, de Le commerce des promesses (livre sur la finance), et rĂ©cemment la mondialisation.
Pierre NoĂ«l Giraud a Ă©voquĂ© la solution de l’inflation dans le Monde : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/01/forcement-inequitables-par-pierre-noel-giraud_1101724_3232.html
(Au fait, vous avez oubliĂ© de demander Ă Georges FĂ©nec s’il avait subi un prĂ©lèvement gĂ©nĂ©tique en tant que suspect, dans l’affaire de l’Angola Gate)
18 fĂ©vrier 2009 à 19:18
Je rajoute juste un commentaire sur la sortie par l’inflation : la FED a Ă©voquĂ© la possibilitĂ© de monĂ©tiser la dette de l’Etat US en rachetant des bons du trĂ©sor. Quant Ă la Grande-Bretagne, leur banque centrale a annoncĂ© il y a une semaine qu’elle allait commencĂ© Ă le faire.
Cela, c’est le moyen de la planche Ă billet : la voie de l’inflation est dĂ©jĂ dans les prĂ©-choix anglo-saxons.
19 fĂ©vrier 2009 à 10:07
Je vous saurais grĂ© de bien vouloir m’informer en trois mots
si c’est ou non la guerre de votre part, avec Mme Clarini.
En ce cas vous ne manquerez pas d’Ă©motions.
Q1: De quel délai avez-vous besoin pour me répondre quant à la suite que vous comptez donner à mon message ?
Q2: Y a t-il des Ă©claircissements que vous aimeriez recevoir sur mes propos ? … sur mon expĂ©rience ? … ou sur autre chose (contreinfo.info, jorion,…) ? autre, je ne sais ?
Q3: Y a t-il qqchose qui vous pose un problème ?
Q4: Voudriez-vous un dossier charpenté sur un point ou un autre ?
Très cordialement,
François Jéru
Nota: Je suis ouvert Ă l’amendement.
NĂ©anmoins, je compte bien me battre contre l’Ă©lĂ©vation des taux
La France des français(e)s en crèvera.
Je vous rappelle qq faits [cités par FOCUS Aout 2009 page 104]
parmi d’autres faits. Ici c’est l’Allemagne, notre pays frère
87% étranger dans LINDE
82% étranger dans BORSE qui controle (accessoirement) CLEARSTREAM
80% étranger dans BAYER
80% étranger dans ADIDAS
72% Ă©tranger dans ALLIANZ qui vient d’acheter les AGF (Ass Gene de France y compris Gestion Privee)
53% Ă©tranger dans POST ! … La Poste !
eh oui …. jusqu’Ă La Poste
Et nous ne sommes qu’en fĂ©vrier 2006 !!!!!!!!!!!!!
Je vous invite à demander à Caroline Broué ou à Olivier Pastré
une copie de la lettre (illustree) que je leur ai envoyé personnellement,
dans une enveloppe, le 16 décembre 2008, a la maison de la radio
Ensuite, je serai tres attentif Ă votre courriel
Je fais l’hypothese que votre collegue Julie Clarini est informee de la presente.
Ne tardez pas trop !
Le plus grand transfert de propriete de l’histoire est … en marche … en excitation folle … (en rut ?)
Bonne journée. Bon courage. Bonne continuation
Bon trimestre
Francois Jeru
19 fĂ©vrier 2009 à 17:06
Pensez la crise dites-vous ; eh bien je me permets de vous soumettre ces questions pour vos débats du mardi :
Si les diverses raisons de la crise financière ont été évoquées à multiples occasions, celles du marasme dans d’autres secteurs n’ont pas reçu autant d’attention, me semble-t-il. Sans minimiser l’impact de cette crise financière sur l’ensemble de l’économie, j’aimerais comprendre pour quelles raisons l’industrie automobile n’a pas su s’adapter aux changements prévisibles, pourquoi La Maif, La Redoute aujourd’hui la Fnac n’ont pas su intégrer les nouvelles technologies qui immanquablement allaient les affecter ; par exemple il est évident que les supermarchés ne vendront plus de la même manière ; adieu caissières, CD et DVD, c’est programmé ; pourquoi cette cécité? Incompétence ? Bêtise ? Oui, non, peut-être ! C’est surement complexe ; on sait que ces secteurs et beaucoup d’autres vont devoir se réformer et le feront mais pourquoi faut-il atteindre le gouffre pour opérer le virage ? est-ce propre à la pensée humaine, à son énorme faculté d’inertie ?? Les temps de crise ont toujours fait émerger des pensées originales, hélas sur l’échelle du temps jamais en adéquation avec la catastrophe ; pourquoi ? Quelle place la recherche occupe-t-elle dans la pensée des managers ? Bonne question, non ?
PS entendu qu’une députée demandait un amendement à je ne sais quelle loi pour que les chèques repas soient accepter chez les marchands de fruits et légumes….pas bête, non ?
19 fĂ©vrier 2009 à 18:07
A ce stade, je vous propose le <b>Federal Reserve Act</b> de <b>1913</b><br>
John Pierpont Morgan, auteur du texte, obtint la signature du Président des Usa, puis celle du Congrès à un moment propice, <br>
Ă la fĂŞte de fin d’annĂ©e, le 23 dĂ©cembre.<br>
Un petit malin, lui, … meilleur que Madoff. <br>
[Wikipedia <a href=”http://en.wikipedia.org/wiki/John_Pierpont_Morgan” rel=”nofollow”>En</a> & <a href=”http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Pierpont_Morgan” rel=”nofollow”>Fr</a>]<br>
<br>
Les relations dĂ©biteur/crĂ©ancier entre la FED et le TrĂ©sor sont rĂ©gis par cette loi de 1913. Elle octroie Ă ce petit rĂ©seau privĂ© qu’est la FED, le privilège exclusif d’imprimer des dollars et
de les “mettre Ă la disposition” du TrĂ©sor ou d’autres entitĂ©s (Tax Havens, autres nations, autres banques,…) contre reconnaissances de dette.<br>
Actuellement le Passif est de l’ordre de 2040 milliards $ : 2000 milliards de dettes <i>(contribuables amĂ©ricains, crĂ©anciers toutes nationalitĂ©s)</i> et 40 malheureux milliards $ de capital.<br>
<a href=”http://www.federalreserve.gov/releases/h41/Current/” rel=”nofollow”>www.federalreserve.gov/releases/h41/Current</a><br>
Ce Passif est comptablement équilibré mais avec des actifs toxiques dont la valeur réelle est sans doute 3, 6, 10 fois inférieure, voire proche de zéro en certains cas.<br>
<br>
Lors du vote au Congrès, le 23/12/1913, Charles A. Lindbergh senior, le père du cĂ©lèbre aviateur s’exclame :
” Cette loi Ă©tablit le cartel le plus important au monde […] et lĂ©galise ainsi le gouvernement invisible de la puissance financière.<br>
<b>La nouvelle loi provoquera de l’inflation</b> tant que le cartel le souhaitera.” <br>
<br>
Les fermiers gĂ©nĂ©raux et banquiers (Trichet, Artus, etc.) viendront nous expliquer comment le fait d’augmenter le racket que constitue l’Ă©lĂ©vation des taux-de-base bancaires
freine la hausse des prix (freine l’inflation) alors que l’inverse est l’Ă©vidence mĂŞme : augmente rapidement tous les prix, surchauffe et gonfle l’inflation <br>
<br>
L’inflation est toujours calamiteuse, …. …y compris<br>
pour le petit % des actifs plus si jeunes — 30-40 ans — qui auraient un emploi dont le salaire augmenterait aussi vite que l’inflation)<br>
Le livre de M. Helmut Creutz <i><b>Le syndrome de la monnaie. Vers une économie de marché sans crise</b></i><br>
est critiquable sur de très nombreux points,<br>
mais pas sur celui-ci. Je recommande très vivement la lecture du chapitre 7 qui conduit au schéma de la page 109.<br>
[ Ed. Economica - ISBN 978-2-7178-5457-2 ] <br>
<br>
Notons également que dans les faits la FED gère les réserves monétaires de ses banques membres <br>
(rĂ©munĂ©rĂ©es Ă raison de 6% par annĂ©e, dit-on, mais j’attends la preuve),<br>
qu’elle remet à disposition du système bancaire lors de l’éclatement des bulles, synonymes de récessions<br>
(… 1998, 2001, 2007, 2008, 2009, … )<br>
19 fĂ©vrier 2009 à 21:25
J’aurais un thème d’Ă©mission Ă vous proposer: pourquoi somme nous si surpris par les rĂ©cessions comme par les reprises? une des premières mentions des cycles Ă©conomiques dans l’histoire se trouve dans la bible, c’est le rĂŞve des 7 vaches maigres et des 7 vaches grasses du pharaon. Soyez rassurĂ©s, je ne veux pas mĂŞler la religion Ă tout cela mais je trouve qu’il y a une certaine vĂ©ritĂ© anthropologique dans ce rĂ©cit: notre rapport Ă l’Ă©conomie n’est pas celui de la connaissance objective mais plutĂ´t celui de la cĂ©citĂ©. Pour accĂ©der au savoir Ă©conomique il faut l’entremise d’un message divin (le rĂŞve) et d’un interprète prophĂ©tique (Joseph). Aujourd’hui encore, nous constatons que la majoritĂ© d’entre nous, que nous soyons dĂ©cideurs, universitaires ou simples citoyens, n’avons imaginĂ© l’Ă©tendue de la crise, ou mĂŞme pas sa survenue.
Et que dire de la mĂ©moire. Au dĂ©but, cette crise m’a rappelĂ© celle des annĂ©es 90-94. Personne n’en parle, comme si nous Ă©tions confrontĂ©s pour la première fois Ă ce genre d’Ă©vĂ©nements. Pourtant plusieurs similitudes existent avec les prĂ©cĂ©dentes crises : 93 fut la 2nde annĂ©e de baisse du PIB avec 75. En 93 la crise a gĂ©nĂ©rĂ© 400 000 nouveaux chĂ´meurs, un chiffre très proche de celui dont on parle aujourd’hui. Pour se dĂ©faire des actifs toxiques du CrĂ©dit Lyonnais, l’Ă©tat avait imaginĂ© une structure de defeasance, comme aujourd’hui (15 milliards d’euros). Balladur avait renflouĂ© Air France Ă hauteur de 20 milliards de francs. La diffĂ©rence c’est qu’aujourd’hui l’ampleur semble plus importante. Le choc est symĂ©trique. Et puis avec l’euro, nous ne connaissons plus les dĂ©valuations des annĂ©es 92 et 93 (je ne sais pas si l’Italie en est satifaite).
Enfin, je voudrais vous adresser une requĂŞte: Ă©pargnez nous les invitĂ©s qui nous martèlent leur VĂ©ritĂ©, nous avons tellement d’universitaires de talent qui nous parlent des choses avec plus intelligence. Je viens d’Ă©couter l’Ă©mission dans laquelle Jacques Marseille nous explique que la grande injustice c’est l’Ă©cart de salaire entre un enseignant en dĂ©but de carrière et un enseignant en fin de carrière. Allons, nous mĂ©ritons mieux que ça ! Ce genre d’intervenants, imbus de certitude, persuadĂ©s de leur juste raison, me rappelle cette prière que Nietzche attribuait aux idĂ©ologues en quĂŞte de vĂ©ritĂ© absolue :
“Accordez-moi une seule certitude, Ă´ dieux, telle est la prière de ParmĂ©nide; et qu’il y ait sur la mer de l’incertitude ne serait-ce qu’une planche assez large pour m’y reposer! Gardez tout ce qui est devenir, exubĂ©rance, bigarrure, floraison, illusion, sĂ©duction, vie, gardez tout cela pour vous et donnez-moi seulement cette unique pauvre et vaine certitude!”
20 fĂ©vrier 2009 à 11:01
Bref, ce qui est difficile Ă supporter, c’est la certitude… des autres - dans la mesure oĂą elle risquerait d’Ă©branler les nĂ´tres. Eh bien, en ce qui me concerne, j’ai tendance Ă penser que cette crise-ci est assez nouvelle pour mĂ©riter des Ă©clairages Ă la fois aussi divers que possible et renouvelĂ©s.
20 fĂ©vrier 2009 à 17:32
Vous avez bien raison de regarder de près les taux longs, car c’est le meilleur indice de l’inflation Ă venir - plus que la croissance de la masse monĂ©taire.
Les “social scientists” de la tradition autrichienne (en France : Salin, Lepage, Lemennicier, Simonnot, Naudet, Nemo, Garello et consorts) font peut-ĂŞtre partie des penseurs hĂ©tĂ©rodoxes capables de renouveler certains Ă©clairages en science sociale.
Sur le point prĂ©cis de la monnaie, cette tradition suggère la “dĂ©nationalisation de la monnaie”, c’est-Ă -dire la suppression du monopole de la banque centrale. C’est selon eux le moyen de retirer Ă l’Ă©tat le pouvoir de trafiquer la monnaie. L’aspect utopique de cette proposition est heureusement attĂ©nuĂ© par leurs Ă©tudes historiques de divers systèmes de “free banking” au XIXè et XXè siècle.
20 fĂ©vrier 2009 à 18:25
C’est une pĂ©riode vachement intĂ©ressante Brice.
Pour l’instant on ronronne dans les mĂŞmes thèmes, le post, pĂ©ri, nĂ©o keynĂ©sien, l’apparence de la morale. L’apparence, parce que in fine ce sont toujours les mĂŞmes qui dĂ©rouillent Ă qui l’on dit qu’on va les aider, et qui croient qu’on va les aider.
Si c’est pas trop politiquement incorrect, si tu ne te mets pas trop en porte Ă faux vis Ă vis de tes copains de France Q va voir du cĂ´tĂ© des libĂ©raux classiques, du cĂ´tĂ© des Ă©conomistes “litĂ©raires”.
Pascal Salin pourrait te conseiller sur des noms, des sujets.
On commencerait à avoir un vrai débat et à apprendre quelque chose à travers un choc culturel sur les fondements des problèmes.
Mais tu ne vas pas te faire aimer.
20 fĂ©vrier 2009 à 18:37
Ce soir, encore une fois : un dĂ©bat administratif sur fond de brouhaha… Bienvenue sur France Culture!
(baille)
20 fĂ©vrier 2009 à 18:54
En vous lisant, je pensais aussi Ă Pierre-NoĂ«l Giraud dont la pensĂ©e est passionnante et qu’on entend si peu. J’applaudis donc l’auditeur prĂ©cĂ©dent.
Sur d’autres aspects, et bien que cela risque de vous choquer sans doute, je pense que recevoir quelqu’un comme le Docteur Janine Fontaine serait intĂ©ressant pour entendre d’autres voix aussi sur la mĂ©decine et l’inflation mĂ©dicale qui nous coĂ»te si cher pour un rĂ©sultat si mĂ©diocre. Sur la science en gĂ©nral, vous avez aussi Jean-Pierre Petit qui a pris sa retraite du CNRS mais qui lui aussi a des choses originales Ă dire sur la recherche telle qu’elle est pratiquĂ©e en France.
Jean Baudrillard est parti. Mais d’autres sont encore lĂ : Pierre Lengendre peut-ĂŞtre ? Parce que la crise n’est pas uniquement Ă©conomique. Celle-ci me paraĂ®t plus le rĂ©sultat d’une crise beaucoup plus profonde : celle d’une communautĂ© humaine qui ne sait plus pourquoi vivre ensemble puisque les valeurs mises en avant sont celles de l’individualisme forcenĂ© aboutissant Ă l’anĂ©antissement de la mort ?
D’autres ont rĂ©flĂ©chi aussi sur d’autres aspects : François Terrasson est mort lui aussi. Pourtant sa pensĂ©e sur le rapport de l’homme des XXè et XXIè siècles avec la nature Ă©tait iconoclaste, notamment lorsqu’on entend les “Ă©cologistes ” de tout poil. Mais il nous reste Yves Pacalet par exemple. Ou Pierre Rahbi.
Beaucoup de gens, dans l’ombre, avaient prĂ©vu qu’une crise majeure emporterait le système aveugle dans lequel nos “dĂ©cideurs” ont entraĂ®nĂ© nos sociĂ©tĂ©s. Et ils ont rĂ©flĂ©chi depuis de longues annĂ©es Ă d’autres structures, sans pour autant partir dans des idĂ©ologies tout aussi globalisantes et factices que celles que nous avons connues depuis plus de deux siècles. Jean-Marc Jancovici est l’un d’eux, Ă petite Ă©chelle. Gilles-Eric SĂ©ralini a lui aussi des choses Ă expliquer dans son domaine qui a une forte incidence sur l’industrie, la terre et la santĂ©.
Voici des idĂ©es livrĂ©es en vrac avec des pistes. S’il vous en faut d’autres, on y rĂ©flĂ©chira tous…
Merci en tous les cas de nous aider à entendre des débats et non des empoignades sur des sujets souvent importants, parfois futiles au regard des grands enjeux mais cela repose !
Cordialement.
21 fĂ©vrier 2009 à 11:41
@ bof : incroyable : 2 commentaires Ă la suite renvoyant Ă Salin ! Et sans s’ĂŞtre lus l’un l’autre avant de laisser un commentaire.
22 fĂ©vrier 2009 à 14:22
Bonjour Brice,
Qu’est-ce qu’une crise?
That is the question.
Mettons-nous d’accord sur le sens de ce mot.
17 mars 2009 à 21:28
Ce n’est pas en voulant faire dire Ă Mr Touraine ce qu’il n’a pas envie de dire que vous allez penser la crise. C’est surement son cĂ´tĂ© ultra gauche qui veut ça. capitalisme et dĂ©mocratie serait l’adĂ©quation parfaite, elle est bien bonne et puis renvoyons les responsabilitĂ©s des Ă©checs sur le cĂ´tĂ© culturel pour ne pas dire institutionnel, c’est encore Ă cause de la politis que ça ne marche pas! laquelle ? cele au service du capitalisme? Vous aussi vous voulez que l’on reprenne la novlangue, allez plutĂ´t fare un tour sur France culture et voir ceux que vous devez inviter (un autre regard sur la crise) ou alors vous ĂŞtes comme Ali badou, vous avez une certaine conception du partage du travail qui laisse perplexe. j’ai prĂ©fĂ©rĂ© l’Ă©mission sur Rousseau, c’est mon cĂ´tĂ© rĂ©ac. A plus Ă n’en pas douter.
18 mars 2009 à 9:24
Je suis conscient d’avoir radicalement loupĂ© l’Ă©mission sur les contradictions culturelles du capitalisme. Ca tenait bien sur Ă l’atmosphère qui rĂ©gnait sur le plateau, au salon du livre, aux musiciens qui rĂ©pĂ©taient encore bruyamment Ă cĂ´te de nous, moins de cinq minutes avant le dĂ©but de l’Ă©mission - et qui nous empĂŞchaient de parler avec nos invitĂ©s, mais ça tenait plus encore Ă mon incapacitĂ© Ă mener le dĂ©bat. Alors que je connais fort bien le sujet et suis un grand lecteur de MichĂ©a.
Cela pose plus radicalement la question de la poursuite de cette sĂ©rie “penser la crise”. Sans doute le format actuel de l’Ă©mission se prĂŞte-t-il mal Ă l’exercice.
Je ne sais pas ce qu’en pensent les auditeurs attentifs, mais quant Ă moi, je pense ne pas continuer dans cette direction. Les Ă©checs ont, en effet, Ă©tĂ© plus nombreux que les rĂ©ussites…
19 mars 2009 à 14:30
Salut Brice,
Au moment oĂą on se parlait hier soir, les AmĂ©ricains ont pris une dĂ©cision qui coiffe au poteau les Suisses, en terme de dĂ©valuation : 1000 milliards de dollars imprimĂ©s par la Fed !!! Achète de l’or !! Installe un potager dans ton jardin !! (je te prĂ©senterai l’excellent Etienne de Gourcuff, un ami de Rambouille qui tient la jardinerie de Chevreuse, et qui peut rendre des services inestimables en la matière).
3 avril 2009 à 9:54
Bonjour Brice,
Cela fait un an que je m’intĂ©resse aux fondements de l’Ă©conomie actuelle. Pour moi il est clair que le problème fondamental du système monĂ©taire actuel est la dĂ©connection quasi-totale entre la sphère Ă©conomique et celle de l’economie physique. Du point de vue financier, nous sommes-jusqu’Ă rĂ©cemment en croissance. Mais du point de vue de l’Ă©conomie physique nous somme en totale dĂ©croissance depuis au moins les 3 denières dĂ©cennies, au niveau mondial. Les conditions de vie de la majoritĂ© de la population mondiale se sont dĂ©gradĂ©es, les innovations scientifiques qui sont le moteur d’un vrai dĂ©veloppement de l’humanitĂ© se sont ralenties et quand elles apparaissent, la population n’en tire pas les avantages Ă©normes qu’elle pourrait en retirer car ces innovations ne sont pas mises Ă leur portĂ©e. Les industries, au lieu d’investir dans des technologies pour amĂ©liorer leur productivitĂ©, prĂ©fèrent se dĂ©localiser et rĂ©gresser technologiquement (une centaine de petits chinois qui cousent Ă la main coutent moins cher qu’une machine par exemple).
Le problème dans tout celĂ , c’est que l’argent est devenu une richesse en soi. On a oubliĂ© qu’il n’Ă©tait qu’un moyen, qu’un intermĂ©diaire entre les ressources et les richesses prĂ©sentes ou potentiellement prĂ©sentes sur terre. On a oubliĂ© qu’une montagne de billet ne nous empĂŞchera pas de mourrir de soif si l’on n’a plus d’eau potable. Et Ă force de ne voir l’Ă©conomie, que je dĂ©finis comme l’ensemble des activitĂ©s humaines qui sont sensĂ©es-Ă la base et implicitement, sinon, Ă quoi ca sert?-assurer la survie des hommes et amĂ©liorer leur condition, Ă force de ne voir l’Ă©conomie qu’Ă travers le prisme financier et monĂ©taire, on a arrĂŞtĂ© d’investir sur le moyen et long terme, recherchant le profit financier Ă court-terme, alors que les conditions rĂ©elles de l’existence humaine Ă l’Ă©chelle mondiale ne cessent de se dĂ©grader. On ne recherche le profit ou du moins l’Ă©quilibre financier pas seulement par aviditĂ©, mais aussi car notre système Ă©conomique et monĂ©taire est fondĂ© sur l’argent-dette. C’est une chose que l’on nous dit rarement, et une question que l’on ne se pose pas souvent…Qu’est-ce que l’argent? D’oĂą vient-il? Qui le crĂ©ee? Alors je vous le dis Ă tous, l’argent n’est créé actuellement que par une catĂ©gorie de banquiers, donc un groupe privĂ©, et Ă partir de rien. A l’origine les banquiers avaient le droit d’Ă©mettre en crĂ©dit (donc en dette pour le receveur), une quantitĂ© Ă©quivalente Ă 9 fois le capital de la banque, qui Ă©tait garanti par des bons du trĂ©sor (ou qui correspondait auparavant Ă une certaine quantitĂ© d’or qui Ă©tait dĂ©posĂ©e Ă la banque). Ainsi, l’argent que vous utilisez correspond en fait Ă une dette que vous avez, que tout le monde a, y compris les Etats, envers la sphère de banquiers qui Ă©mettent le crĂ©dit. C’est surtout parceque l’argent n’est créé Ă partir d’aucune richesse ou ressource physique qu’il y a dĂ©connection entre l’economie physique (qui n’a pas progressĂ© au rythme de la bulle financière) et le monde financier et monĂ©taire. La crise actuelle ne correspond finalement qu’au point de rupture oĂą l’illusion ne peut plus durer.
Alors, M. Couturier, non, la seule issue Ă la crise Ă©conomique actuelle n’est pas l’hyperinflation, ou l’inflation. Il y en a en fait deux autres.
La première, c’est le retour de rĂ©gimes autoritaires faisant payer la dette aux citoyens “de force”, oĂą le monde de la finance parviendrait Ă contrĂ´ler totalement le monde politique, et ou il trimpherait sur la dĂ©mocratie et l’idĂ©e d’autodĂ©termination des peuples, entrainant une nouvelle forme de faschisme. Finalement, une hyperinflation pourrait bien avoir le mĂŞme rĂ©sultat, car elle serait liĂ©e Ă un recul social Ă©norme, rendant la population beaucoup plus facilement manipulable. Il suffit de regarder ce qu’il s’est passĂ© pendant l’Allemagne de Weimar avec la crise hyperinflationniste de 1923. On peut croire que le risque est minime, mais il existe rĂ©ellement, surtout quand l’on voit qu’en 2001, bien avant que la crise n’Ă©clate, l’extrĂŞme droite a remportĂ© pratiquement 20% des voies. A ce propos un film intitulĂ© “la vague” est sorti au cinĂ©ma et illustre le fait qu’un basculement d’une Nation vers des systèmes de type faschistes peut arriver plus facilement que l’on ne le croit.
L’autre solution, et c’est dommage que vous ne l’ayez pas Ă©voquĂ©e, c’est de s’inspirer des politiques rooseveltiennes et libĂ©rer enfin les Nations du pouvoir-invisible mais bien prĂ©sent- des conglomĂ©rats financiers, qui en crĂ©ant l’argent, ont un pouvoir Ă©norme sur l’Ă©conomie, voire sur la politique. Quelle lĂ©gitimitĂ© y a-t-il Ă ce que un groupe de privĂ©s, ceux qui dĂ©tiennent dĂ©jĂ un gros capital (ou pas, comme le montre la crise actuelle!), ait le pouvoir exclusif de créér l’argent, d’Ă©mettre le crĂ©dit? Quelle moralitĂ© y a-t-il lĂ dedans? En vĂ©ritĂ©, de grandes batailles politiques ont eu lieu, notamment aux Etats-Unis, jusqu’Ă la moitiĂ© du XXème siècle pour donner ce pouvoir Ă l’Etat, afin qu’il se libère de sa dĂ©pendance financière aux fonds privĂ©s Ă©metteurs de crĂ©dit. CelĂ s’appelle le crĂ©dit productif privĂ©. Il permet Ă l’Etat, en tant que reprĂ©sentant du peuple, d’Ă©mettre des crĂ©dits Ă faibles taux d’intĂ©rĂŞt pour de grands travaux -technologiques, d’infrastructure, culturels (hĂ´pitaux, Ă©coles, routes, centrales Ă©lectriques, Ă©venement culturel, …)- dĂ©cidĂ©s de facon dĂ©mocratique. L’Etat ainsi n’a plus de dettes envers des privĂ©s, puisqu’il crĂ©e lui mĂŞme l’argent, qui sera injectĂ© dans des projets prĂ©cis et concrets dans le pays pour favoriser les conditions Ă©conomiques, sociales, culturelles, environnementales, bref, exĂ©cuter une politique. CelĂ a dĂ©jĂ Ă©tĂ© fait en partie sous De Gaulle, et encore plus sous Roosevelt aux Etats-Unis. Ce contrĂ´le par les institutions publiques sur l’emission d’argents par le crĂ©dit est mĂŞme inscrit dans la constitution amĂ©ricaine. Mais ca bien sur personne n’en parle, ou si peu.
VoilĂ , en somme je conseillerais Ă tous de s’intĂ©resser Ă ce qui a Ă©tĂ© fait sous Roosevelt, car la crise de 1929 est similaire Ă celle que nous vivons. Les travaux de la commission PĂ©cora notamment pourraient nous inspirer, et nous donner une dĂ©marche pour purger les banques des actifs pourris et mettre en lumière leurs activitĂ©s. En terme d’Ă©conomistes, je conseillerais de s’intĂ©resser Ă Nicolas de Cues et Riemann, mĂŞme s’ils ne sont plus de ce monde. James Galbraith par ailleurs est le fils de John Kenneth Galbraith, ancien ambassadeur et conseiller du prĂ©sident John F. Kennedy, et qui fut Ă©galement une grande figure de la pensĂ©e Ă©conomique et un des chefs de l’école institutionnelle amĂ©ricaine. VoilĂ , j’Ă©spère que mon message sera publiĂ© et qu’il vous inspirera.