Et chez nous, qui sortira le mieux son Ă©pingle du jeu ? Les Ă©lites de la compĂ©tence - malgrĂ© leur incapacitĂ© Ă prĂ©voir et Ă empĂȘcher la catastrophe en cours ? Ou plutĂŽt l’esprit de dĂ©rision qui prend pour cible ces mĂȘmes Ă©lites, parce que c’est facile et qu’elles sont Ă terre ? Le besoin de comprendre ce qui se joue favorisera-t-il un regain d’intĂ©rĂȘt pour le savoir et l’Ă©tude ? Peut-on rĂȘver d’une rĂ©habilitation de la culture humaniste traditionnelle, parce que les diverses branches de l’expertise ont dĂ©finitivement manquĂ© le coche et n’offrent aucun horizon de sens ? Ou la crise va-t-elle, au contraire, achever la culture littĂ©raire et humaniste, en en faisant l’ultime passe-temps de quelques retraitĂ©s ?
Un mot sur la “mĂ©ritocratie”. Toute une gĂ©nĂ©ration de jeunes diplĂŽmĂ©s d’aprĂšs-guerre, exaspĂ©rĂ©s par l’incompĂ©tence, la fermeture d’esprit et l’arrogance sociale des Ă©lites sociales de leur temps, avaient misĂ© sur cette fameuse “mĂ©ritocratie“. L’idĂ©e Ă©tait de renouveler les classes dirigeantes, en misant sur une sĂ©lection par la compĂ©tĂ©nce universitaire. Dans l’entreprise, de virer l’actionnaire et le patron de droit divin, pour donner le pouvoir au cadre supĂ©rieur. En politique, de dĂ©gommer les corps intermĂ©diaires et les Ă©lus locaux, rĂ©putĂ©s corrompus et insensibles Ă l’intĂ©rĂȘt national, pour confier le pouvoir Ă des hauts fonctionnaires, intĂšgres et compĂ©tents. Mon propre pĂšre Ă©tait un adepte des ces thĂ©ories. Il se reconnaissait en J.F. Kennedy, le premier prĂ©sident “tĂȘte d’oeuf” et dĂ©contractĂ©, qui paraissait incarner cet idĂ©al en Occident - et dont Obama est un autre reprĂ©sentant.
Le paradoxe est que l’inventeur du nĂ©ologisme, Michael Young, n’Ă©tait pas lui-mĂȘme favorable Ă la “mĂ©ritocratie”. Il devinait sans doute comment la nouvelle Ă©lite, assise sur la lĂ©gitimitĂ© indiscutable de ses fameux diplĂŽmes, se muerait en une caste, sure d’elle-mĂȘme et dominatrice. Chez nous, oĂč le modĂšle gĂ©nĂ©ral de la sociĂ©tĂ© est celui de la toute-puissante fonction publique, le systĂšme du recrutement par concours allait produire la fameuse “tyrannie du diplĂŽme initial” - dont on connaĂźt les mĂ©faits : filiĂšres d’excellence trustĂ©es trĂšs tĂŽt par les enfants des classes culturellement privilĂ©giĂ©es (cadres et enseignants), trajectoires de vie conditionnĂ©es par une prĂ©disposition prĂ©coce au conformisme, etc.
C’est l’une des raisons pour laquelle la mĂ©ritocratie fait Ă prĂ©sent l’objet d’un rejet massif. Mais il en est d’autres. L’hostilitĂ© de nos dĂ©mocraties ‘tocquevilliennes” Ă toute forme de supĂ©rioritĂ©, mĂȘme (et surtout) fondĂ©e sur l’excellence, bien sur. La nĂ©cessitĂ© de promouvoir la “diversitĂ©” - ce qui implique de choisir d’autres critĂšres de sĂ©lection que le niveau de culture gĂ©nĂ©rale. Mais surtout l’incapacitĂ© de nos Ă©lites, prĂ©tendument omniscientes, Ă anticiper la crise et, maintenant, Ă la juguler.
L’Ă©change d’amabilitĂ©s entre DSK, patron du FMI et virtuel successeur de François Fillon Ă Matignon, et StĂ©phane Guillon, derniĂšrement aux Matins de France Inter, Ă©tait rĂ©vĂ©latrice. C’Ă©tait le face-Ă -face du dirigeant-expert et du bouffon. Ce dernier est est condamnĂ©, par la nature mĂȘme de sa fonction, Ă risquer le pas “au-delĂ ” qui lui sera fatal. Souvenons-nous de l’abbĂ© mondain du film “Ridicule”, dĂ©gringolant des sommets de la notoriĂ©tĂ© pour avoir conclu son sermon en ayant fait remarquer qu’il venait de prouver l’existence de Dieu, mais qu’il aurait parfaitement pu dĂ©montrer son inexistence…
La pĂ©riode que nous vivons est propice au bouffon. Sachant le puissant Ă terre, il cherche Ă profiter de la situation, afin de mettre le public dans son camp, en poussant le persiflage jusqu’aux limites de l’acceptable. Il est trĂšs rĂ©vĂ©lateur que les trois stations de radio dominantes se soient dotĂ©es d’un amuseur pour commenter l’information. Et plus encore, que l’audience grimpe Ă chacun de leur passage. Ce mĂ©lange des genres, typique de l’infotainment, expĂ©rimentĂ© par Canal+, a maintenant contaminĂ© les supports les plus sĂ©rieux. Mais les amuseurs possĂšdent-ils les outils conceptuels aptes Ă nous dĂ©voiler les ressorts de la crise ? Bien sur que non. Ils ne peuvent qu’en obscurcir le sens profond, en y plaquant l’idĂ©ologie ambiante.
C’est bien pourquoi Toby Mundy a raison de s’interroger sur les effet qu’aura la crise sur l’Ă©tat de la culture. Si la “rĂ©publique de l’amusement” a, comme il l’Ă©crit, triomphĂ© de “l’Etat des LumiĂšres“, ces derniĂšres annĂ©es, c’est bien parce que la mĂ©ritocratie avait reculĂ©. Dans des sociĂ©tĂ©s qui, comme les nĂŽtres, tirent leurs catĂ©gories mentales de la presse “people”, les gens se comparent dorĂ©navant aux heureux du sort - qui leur ressemblent ; et non plus Ă leurs semblables, Ă©crit Toby Young. Cela accompagne un dĂ©clin gĂ©nĂ©ral de la dĂ©fĂ©rence, autrefois dĂ»e aux membres de l’Ă©lite dirigeante. Les “marqueurs de classe” sont devenus tabous. Or, la culture humaniste classique en faisait partie. Elle succombe aujourd’hui de s’ĂȘtre trop identifiĂ©e, dans les classes prĂ©pa des grandes Ă©coles, aux Ă©lites sociales.
En outre, la hiĂ©rarchie sociale telle que la redessine la presse people apparaĂźt comme plus ouverte au renouvellement, bref plus dĂ©mocratique. Je me suis toujours demandĂ© pourquoi les gens acceptaient volontiers de voir les sportifs-stars gagner dĂ©sormais dix fois plus que les grands patrons du CAC 40. Arnaud LagardĂšre pĂšse 6 fois moins que Thierry Henry. Les vedettes de l’Ă©cran empocher dix fois plus par an que les dirigeants politiques du pays (2 Ă 3 millions d’euros annuels pour la catĂ©gorie Daniel Auteuil-GĂ©rard Depardieu, contre 242 000 pour le premier ministre, le mieux payĂ© de tout l’Etat. Mais la rĂ©ponse est lĂ : le star systĂšme apparaĂźt plus dĂ©mocratique, parce que c’est une loterie.
“If people believe there is a genuine chance they might be catapulted to the top, they’e more likely to endorse a system in which success is so highly rewarded. […] As with lottery, people may know that the actual chances of winning are low, but the selection mechanism itself is fair.”C’est pourquoi dans les pays les plus “avancĂ©s” - comme la Grande-Bretagne, les Ă©lites sociales elles-mĂȘmes ont adoptĂ© la culture du “cĂ©lĂ©britariat“.
La crise en cours peut-elle redessiner profondĂ©ment les positions sur le champ de la culture ? Toby Mundy qualifie la “rĂ©publique du divertissement” comme portĂ©e au sentiment - et non Ă la rationalitĂ© -, au cynisme - et Ă la mĂ©fiance envers tout discours d’expertise. C’est une culture qui interprĂšte les Ă©vĂšnements Ă l’aide des outils narratifs que lui fournissent les soap operas et autres sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es. La nouvelle gĂ©nĂ©ration de politiciens a compris qu’il lui fallait emprunter ses codes pour “passer” auprĂšs du grand public. Tony Blair avait ainsi recrutĂ© Alastair Campbell dans la presse tabloid. Et notre prĂ©zydent a Ă©galement jouĂ© de ce registre.
Mais les temps sont peut-ĂȘtre prĂ©cisĂ©ment en train de changer. L’ancien monde se voulait dĂ©pourvu de tout horizon de signification. Nos maux post-modernes, le relativisme et le subjectivisme, constituaient l’idĂ©ologie naturelle des traders et autres inventeurs de “produits dĂ©rivĂ©s”. De mĂȘme que l’esthĂ©tique des Jeff Koons traduisait leurs goĂ»ts profonds. Qui sait si les valeurs que nous avons pris l’habitude de considĂ©rer comme le dernier mot de la post-modernitĂ© ne vont pas ĂȘtre emportĂ©es, avec leurs promoteurs, dans le grand effondrement de la crise ?




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9 mars 2009 à 11:07
Je ne crois pas que le systĂšme de la loterie soit plus dĂ©mocratique, car c’est un systĂšme oĂč il y a beaucoup plus de risque, et vouloir trop jouer avec le risque c’est ce qui a provoquĂ© la crise. Ainsi il risque d’y avoir une autre crise pour entretenir l’ordre des choses et faire remonter la mĂ©ritocratie, il faut tout le temps faire un peu d’entretien pour que les choses continuent Ă exister plus longtemps, pour un pays c’est la mĂȘme chose.
9 mars 2009 à 20:44
J’aime bien cette phrase : ” Ils ne peuvent quâen obscurcir le sens profond, en y plaquant lâidĂ©ologie ambiante”. Je partage le diagnostic. Attention toutefois Ă ne pas trop en faire sur le sujet. Ce serait peut-ĂȘtre une erreur de comprendre le succĂšs des comiques/politiciens comme le signe d’un mouvement de fond. Cela relĂšve plus de l’Ă©cume des temps que d’un puissant courant.
Et puis entre nous, il vous fait rire StĂ©phane Guillon? Les rares fois oĂč je l’ai Ă©coutĂ©, il a ressorti le gag Ă©culĂ© sur Amanda Lear. D’aussi loin qu’il m’en souvienne (j’ai 39 ans), j’ai toujours entendu ce gag lourdingue sur la prĂ©tendue opĂ©ration d’Amanda Lear et ça ne m’a jamais fait rire. Un comique a le droit de rebondir sur un gag Ă©culĂ©, d’en faire une utilisation fraiche et amusante. Mais le dĂ©biter tel quel, sans effort, sans imagination, c’est juste mauvais. Il n’y a pas de quoi se scandaliser d’un mauvais humoriste. Il suffit de tourner le bouton de la radio et de passer sur France Culture.
9 mars 2009 à 21:16
je partage vos propos
je trouve la formule de Philippe Muray « le risible a fusionnĂ© avec le sĂ©rieux » assez adaptĂ©e au spectacle qui nous est donnĂ©…
sur la mĂ©ritocratie dans la fonction publique que vous Ă©voquez, force est de constater qu’elle a eu pour effet de pĂ©rĂ©niser des castes, des corps, bref une “noblesse d’Etat” (j’aime ce qualificatif mais ne partage pas l’analyse de l’auteur qui l’a utilisĂ©). Je suis personnellement revenu de cette “mĂ©ritocratie” car il ne faut pas s’y tromper la culture gĂ©nĂ©rale qui caractĂ©riserait les “Ă©lites” n’est bien souvent qu’un leurre grossier…
10 mars 2009 à 8:19
Cher Brice,
On pourrait tempĂ©rer votre pessimisme en rappelant qu’un puissant processus de sĂ©lection par l’imitation est Ă l’oeuvre dans tout groupe humain.
Quel que soit en effet le mode initial de sĂ©lection des Ă©lites, il entre en concurrence avec des nouveaux comportements dĂ©couverts par certains individus. Ceux-ci en tirent des avantages particuliers qui ne restent jamais longtemps cachĂ©s pour le reste de la population. Celle-ci a tĂŽt fait d’adopter ces nouveaux comportements, source Ă ses yeux d’un bien-ĂȘtre nouveau. L’Ă©lite prĂ©cĂ©dente est donc toujours en passe d’ĂȘtre supplantĂ©e par d’autres modĂšles, qui Ă leur tour possĂšderont prestige, pouvoir ou richesse - aux yeux des imitateurs.
Ces mĂ©canismes ont fonctionnĂ© puissamment dans beaucoup de pays occidentaux pendant plusieurs siĂšcles, renouvellant les Ă©lites bien plus que vous ne le suggĂ©rez en ne regardant qu’une courte pĂ©riode.
J’admets cependant qu’ils fonctionnent beaucoup moins bien aujourd’hui. Une raison me semble rĂ©sider dans le systĂšme fiscal mis en place avec l’impĂŽt progressif et celui sur la fortune depuis 100 ans.
En effet le taux confiscatoire de ces impĂŽts produit l’effet paradoxal d’empĂȘcher l’apparition de fortunes nouvelles - au bĂ©nĂ©fice des fortunes en place, dĂ©livrĂ©es de concurrents potentiels. L’effet conservateur de ces politiques sur les structures sociales peut alors expliquer pourquoi l’establishment bourgeois n’a jamais eu une attitude d’opposition systĂ©matique contre la social-dĂ©mocratie. Ce que j’Ă©cris lĂ est plutĂŽt vrai des pays scandinaves ou germaniques ; mais on peut aussi le voir en France.
10 mars 2009 à 9:31
La rĂ©fĂ©rence Ă Young (le pĂšre) est trĂšs pertinente, son roman dystopique “The rise of meritocracy” est, paradoxalement, l’une des plus magnifiques oeuvres de thĂ©orie politique du 20Ăšme siĂšcle… avec une mention spĂ©ciale pour Christopher Lasch Ă©galement ( La rĂ©volte des Ă©lites, La culture du narcissisme…). Deux penseurs fondamentaux que l’on gagnerait Ă connaĂźtre un peu plus en France, et dont les analyses nous aideraient sĂ»rement Ă mieux comprendre les ressorts de la crise actuelle en Occident, une crise morale et culturelle avant mĂȘme d’ĂȘtre Ă©conomique.
10 mars 2009 à 9:40
Oui, oui, oui ! Christopher Lash, mais aussi Charles Taylor, Richard Sennett, Daniel Bell… je vais essayer de montrer qu’ils ont quelque chose Ă nous dire sur ce que nous vivons en ce moment dans l’Ă©mission d’aujourd’hui.
Mais figurez-vous que j’ai eu Ă©normĂ©ment de mal Ă trouver des invitĂ©s compĂ©tents. MichĂ©a est Ă©videmment leur disciple, mais refuse a priori tout dĂ©bat radiophonique - sauf chez Finkielkraut…
En France, tout ce courant intellectuel est à peu prÚs ignoré. Voilà ce qui arrive quand on en vient à croire que Deleuze et Derrida constituent le dernier mot de la pensée !
10 mars 2009 à 11:29
N’ĂȘtes-vous pas las de votre stupiditĂ©, pas fatiguĂ© de votre ignorance, pas honteux de vos prĂ©tentions, M.Couturier?
10 mars 2009 à 11:35
Si, si, bien sur. Pas vous ?
10 mars 2009 à 12:16
Merci tout dâ abord pour vos Ă©missions ainsi que vos chroniques sensibles avec lesquelles je suis souvent en consonance.
Un désaccord toutefois avec votre réponse à la question de savoir pourquoi les gens acceptent volontiers de voir les sportifs-stars gagner désormais dix fois plus que les grands patrons du CAC 40.
Je ne pense pas que le grand public considÚre que la réussite des sportifs-stars soit imputable à la seule loterie, au seul hasard .
Le public sait trĂšs bien quâil a affaire Ă des individus possĂ©dant un talent hors du commun et qui ont fait dâ immenses efforts pour se hisser Ă ce trĂšs haut niveau sportif . Les simples gens ont conscience quâ il existe une aristocratie dans le sport ou dans la culture avec ses rois et reines ( Elvis Presley le king, le roi PelĂ©, le kaiser Beckenbauer, etc,âŠ).Et c’ est pourquoi le public accepte que ces stars sportifs ou artistes ( acteurs, rockstars,metteur en scĂšne,âŠ) perçoivent des salaires astronomiques.Trois raisons. Dâ une part aux yeux du public ces sommes sont considĂ©rĂ©es comme la juste rĂ©munĂ©ration dâun don particulier et exceptionnel. Dâ autre part les gens considĂšrent que les sommes qui sont versĂ©es sont Ă la hauteur des moments de bonheur ou dâ allĂ©gresse dont les stars sportifs sont responsables. Ex : onze hommes en finale de la coupe du monde de 1998 ont procurĂ©, par leur victoire, une joie indescriptible Ă des millions de compatriotes.
Enfin, les trĂšs fortes rĂ©munĂ©rations des sportifs ou artistes-star paraissent lĂ©gitimes car ceux-ci sont regardĂ©s comme nâ exploitant personneâŠ.contrairement aux patrons du cac 40.Le sportif-star Ă©chappe au logiciel anticapitaliste français suivant lequel un patron est forcĂ©ment coupables de faire « marner » le salariĂ© en spoliant ce dernier d’une partie de la plus value produite.
10 mars 2009 à 13:48
Si MichĂ©a ne veut pas venir sauf chez Finkielkraut invitez le avec Finki pour les faire dĂ©battre. D’ailleurs, “La dĂ©faite de la pensĂ©e” est d’actualitĂ© et ce serait intĂ©ressant d’avoir l’avis de Finki (qui a fait l’une des meilleurs Ă©missions sur l’analyse des causes de la crise Ă©conomique).
10 mars 2009 à 15:21
Et bien invitez-moi, M. Couturier!!!… Non je plaisante bien sĂ»r! En tant que fin connaisseur de l’oeuvre de Lasch (du moins je le prĂ©tends), je suis trĂšs heureux qu’on y fasse de plus en plus rĂ©fĂ©rence, Daniel Bell (Les contradictions culturelles du capitalisme…un chef d’oeuvre!). Il est vraiment dommage que Jean Claude MichĂ©a ne veuille pas venir dĂ©battre (il a ses raisons sĂ»rement!) car une voix comme la sienne aurait Ă©tĂ© capitale.
Ah… deux derniĂšres rĂ©fĂ©rences me viennent Ă l’esprit… sur lesquelles je travaille en ce moment avec mon laboratoire, deux sociologues amĂ©ricains oubliĂ©s des annĂ©es 50 et finalement assez mal compris par la suite: Pitirim Sorokin (The crisis of our age)et Charles Wright Mills.
Bonne Ă©mission M. Couturier, je vous Ă©couterais sans faillir comme tous les soirs et comme nous le dit Saturnin une Ă©quipe A.Finkelkraut\J-C MichĂ©a s’avĂšrerait particuliĂšrement redoutable et intĂ©ressante dans un futur dĂ©bat.
10 mars 2009 à 16:27
Follace,
Bien vu de se moquer ainsi des naĂŻfs qui se laissent piĂ©ger. Quant Ă la joie que procurent stars, starlettes et compagnie : pas pour moi ! MĂȘme Zidane …
10 mars 2009 à 18:55
Pas encore lu votre tecxte, mais Ă©coutĂ© l’Ă©mission d’aujourd’hui: vraiment passionnante ! (Je tenais Ă vous le dire).
10 mars 2009 à 18:57
“texte” !!!
11 mars 2009 à 7:43
“la culture du âcĂ©lĂ©britariatâ”… Je ne savais pas mettre un mot sur la chose. VoilĂ qui est fait. Merci !
11 mars 2009 à 10:19
A propos de cette “une victoire par K.O. des cultures de masse sur la haute culture”, il y a beaucoup Ă dire notamment que certaines des cultures de masse d’aujourd’hui seront la haute culture de demain. C’est d’ailleurs l’argument que j’utilise dĂšs qu’on me reproche mon amour immodĂ©rĂ© de ces derniĂšres. Le gĂ©nĂ©rique mĂȘme du Grain Ă moudre en est l’illustration puisqu’il propose une relecture classique d’un titre des Beatles, un groupe qui avait renoncĂ© Ă se produire sur scĂšne parce qu’il ne voyait aucun intĂ©rĂȘt Ă faire de la musique couverte par les cris de fans fĂ©minines en furie. L’amusant paradoxe de ce mĂȘme gĂ©nĂ©rique rĂ©side d’ailleurs dans le fait que l’alchimie de la formule “Beatles + classique” ne repose que sur le talent des Fab Fours, la mĂ©lodie de Yellow Submarine et l’arrangement classique n’apporte strictement rien (hormis pour un illustrateur musical, validons quand mĂȘme cet excellent choix de gĂ©nĂ©rique).
De la mĂȘme maniĂšre, je ne suis pas sur que certains de vos arguments soient heureusement choisis :
“Je me suis toujours demandĂ© pourquoi les gens acceptaient volontiers de voir les sportifs-stars gagner dĂ©sormais dix fois plus que les grands patrons du CAC 40″ pose une question mais celle-ci est trĂšs vite posĂ©e face Ă sa propre contradiction : “Arnaud LagardĂšre pĂšse 6 fois moins que Thierry Henry.”
On peut reprocher Ă Thierry Henry de gagner plus que ce qu’il mĂ©rite et effectivement s’indigner en rĂ©action au premier extrait que j’ai dĂ©tachĂ© de votre texte mais il faut aussi bien comprendre qu’il ne viendrait Ă personne l’idĂ©e de dire “donnez moi un ballon et je ferais aussi bien que lui”. Ce n’est pas forcĂ©ment le cas avec Arnaud LagardĂšre et je pense que nombreux seraient ceux qui en hĂ©ritant d’un des plus grands groupes industriels français auraient fait aussi bien que lui (D’ailleurs j’ajouterais avec un peu d’espiĂšglerie que, finalement, Arnaud LagardĂšre n’est pas si diffĂ©rent de Paris Hilton, lui aussi tient sa fortune et sa rĂ©ussite de papa …). C’est ce paradoxe qui a lui aussi entretenu la culture du cĂ©lĂ©britariat, celle oĂč on porte aux nues les vainqueurs Ă la loterie des arts ou du sport mais qui glorfie aussi les chanceux hĂ©ritiers.
11 mars 2009 à 18:38
Merci Ă Marie Lys d’avoir initiĂ© ce savoureux Ă©change qui se conclue provisoirement sur le score de 1 Ă 0 pour Brice grĂące Ă une rĂ©partie lapidaire.
Marie Lys, persistez, je suis sur que vous pouvez faire mieux. Et si la suite se rĂ©vĂšle aussi drĂŽle que le dĂ©but, je m’engage personnellement Ă envoyer les meilleurs morceaux Ă StĂ©phane Guillon. Le pauvre nous ne pouvons tout de mĂȘme pas le laisser patauger dans ce reste d’eau croupie qui constitue l’essentiel de son humour.
11 mars 2009 à 21:52
Sur la loterie comme choix de société :
http://www.laviedesidees.fr/When-the-lottery-is-fairer-than.html
Non la philo analytique n’est pas inconnue en France
La “continentale” lui resiste encore un peu, si peu
Le nom de zygmunt Baumann a été évoqué il me semble
sans que ce ne soit relevé par personne .
Mais “la vie liquide” est un excellent livre
11 mars 2009 à 22:58
Une des causes de la crise actuelle rĂ©side surement dans la reprise de pouvoir au cours des annĂ©es 1980 par les actionnaires. Pendant les 30 Glorieuses la direction des entreprises Ă©tait assurĂ©e par une technostructure de cadre supĂ©rieur qui n’avait pas forcement comme objectif de maximiser le return on investment pour les actionnaires sur le court terme mais plutĂŽt d’assurer le dĂ©veloppement de la compagnie sur le moyen terme. Comme, Ă la diffĂ©rence d’un actionnaire externe, un cadre mĂȘme supĂ©rieur est prĂ©sent dans l’entreprise quotidiennement, cette gestion se faisait dans le respect des salariĂ©s. C’est plus ou moins le modĂšle du capitalisme rhenan : technostructure financĂ© par des banques ou modele “français” technostructure soutenu par des interventions publiques. A partir de la fin des annĂ©es 80, le modĂ©lĂ© anglo-saxon redonnant la prioritĂ© aux actionnaires s’est rĂ©pandu, conduisant aux excĂšs court termisme actuels.
12 mars 2009 à 14:01
Je viens d’Ă©couter avec plaisir les deux derniĂšres Ă©missions consacrĂ©es Ă la crise (celle sur la culture avec Chantal Delsol et celle sur la zone euro). Bravo, c’est excellent.
Un commentaire sur la faillite supposĂ©e de la mĂ©ritocratie: je travaille pour une grande entreprise du CAC 40 et ce que je connais des coulisses du pouvoir ne correspond pas vraiment Ă ce qu’on range d’ordinaire sous le terme de mĂ©rite, tel qu’on l’enseigne Ă l’Ă©cole ou dans l’imaginaire rĂ©publicain. Le mĂ©rite en entreprise repose sur d’autres ressorts que la seule rĂ©ussite individuelle. Il faut y ajouter la loyautĂ©, l’allĂ©geance, l’esprit de clan, ou encore le copinage. Affirmer que les traders sont le produit de la culture humaniste et qu’ils en signent en quelque sorte le dĂ©clin me semble excessif. Au quotidien, on rencontre peu cette grande culture humaniste que dĂ©crient certains. Et je ne parle pas de l’esprit scientifique, pourtant si fĂ©cond et si salvateur.
13 mars 2009 à 11:53
Je me permets d’apporter mon petit avis,les footballeurs sont exclusivement issus de milieux populaires et s’il fallait jauger la rĂ©munĂ©ration Ă l’aune de la mĂ©ritocratie ,et bien Thierry Henry mĂ©rite de gagner 6 fois ce que gagne LagardĂšre car il n’a pas bĂ©nĂ©ficier du carnet d’adresses de papa,contrairement Ă beaucoup de nos “zĂ©lites”,Bouygues, LagardĂšre,Dassault,Parisot,etc….
Emission trĂšs enichissante intellectuellement.
13 mars 2009 à 11:55
oups!! n’a pas bĂ©nĂ©ficiĂ©..(avant que Finkelkraut ne trouve lĂ la preuve de la baisse de niveau)…
13 mars 2009 à 16:10
Bonjour,
je suis en train d’ecouter votre emission sur la culture (en podcast) et suite aux differentes mentions de votre blog, je suis venue voir.
Je trouve que vous soulevez un point essentiel concernant les multiples consequences de la crise. Mais je me permets trois commentaires:
- A mon sens, la preponderance de la culture populaire n’est pas une consequence directe de la crise economique actuelle. Elle est accentuee par elle assurement, mais elle remonte a plus loin. A l’affirmation de la culture anglo-saxonne (americaine et anglaise) en Europe deja.
Je vis a Londres et j’ai le sentiment qu’ici la stratification sociale est beaucoup plus forte. Les disparites sociales sont enormes. La culture a tres tot ete un outil de revendication: la culture populaire est devenue une facon de revendiquer sa fierte d’etre originaire d’une classe populaire et-ou des Caraibes (ou d’une autre region du monde)…
- la massification des medias: A l’IUFM, m’a ete posee la question de la democratisation de l’enseignement. Cette democratisation etait devenue une massification et cette transformation creait des defis supplementaires.
On parle beaucoup de democratisation, mais moi je vois plutot de la massification. Un systeme, ou pour des raisons economiques, on cherche a contenter les aspirations d’une MASSE: un contigent d’individus qu’on a caracterise a l’aide de quelques traits distinctifs et dont on a gomme, ce faisant, la diversite et la richesse.
Et il se trouve que cette masse vient des classes populaires ou ‘moyennes inferieures’ et n’adhere pas a la culture classique.
- j’en viens a mon troisieme commentaire: vous parlez de meritocratie. Moi ce mot me fait beaucoup rire!!! Apres avoir suscite beaucoup d’amertume. Elevee en banlieue parisienne, bonne eleve (j’ai meme eu l’honneur d’etre acceptee en hypokhagne a Fenelon), j’ai mis un peu plus de temps que d’autres personnes a dechanter… Votre experience semble demontrer que la meritocratie a marche. Mais mon experience, celle de ma generation est tout autre. On ne s’elevait pas socialement grace a la culture acquise (a l’ecole notamment), avoir fait des etudes, etre competent(e) n’etait pas suffisant.
13 mars 2009 à 16:14
Oups, clic sur le mauvais bouton. Pour finir (j’ai deja dit beaucoup de choses), je poserai juste une question: la culture repose sur le partage de connaissances, de savoirs, de references. Pourquoi vouloir partager la culture des elites, qui par definition se fondent sur l’exclusion du plus grand nombre?
17 mars 2009 à 14:40
A propos de lâĂ©mission du vendredi 13 mars « Faut-il traduire Montaigne ? »
Lorsque, dans les annĂ©es soixante, alors que jâenseignais les lettres classiques, jâai vu monter le niveau de vie moyen des Français et, partant, celui des effectifs de lâenseignement secondaire, je me suis rĂ©joui Ă lâidĂ©e que tout le monde allait bientĂŽt pouvoir apprendre le latin et le grec et lire Montaigne, Racine, Stendhal, Proust et CĂ©line. Il mâa fallu vite dĂ©chanter. Les nouveaux arrivants ne voyaient, dans les Ă©tudes secondaires, que la possibilitĂ© dâaccĂ©der aux verts paradis de la classe bourgeoise. Les premiers concernĂ©s nâont dâailleurs pas Ă©tĂ© déçus. A cette Ă©poque, on avait besoin dâarchitectes, dâingĂ©nieurs, de mĂ©decins et, Ă©videmment, de professeurs⊠On a vu alors des filles de commerçants se mettre au piano, comme CĂ©sarine Birotteau et/ou acheter des disques de Beethoven ou de Chopin, comme chez « les gens de qualitĂ© ». On revivait « le Bourgeois Gentilhomme » et « les Femmes savantes » jusque dans les campagnes. Contrairement Ă ce quâon avait fait avec moi, je nâexpliquais pas ces comĂ©dies de MoliĂšre avec le mĂ©pris convenu des Ă©lites pour les parvenus et pour les femmes qui cherchent Ă sâinstruire, mais avec tendresse pour ces gens de bonne volontĂ© qui dĂ©couvraient, peut-ĂȘtre trop tard (« Ah, mes parents, que je vous veux de mal ! ») et surtout mal conseillĂ©s (ce ne sont toujours pas les Trissotin qui manquent !) « quelle belle chose que dâapprendre quelque chose ! ». Je pense que câest dans cet esprit quâon croit pouvoir faire lire Montaigne en le « traduisant ». Je suis trĂšs Ă©tonnĂ© que dans ce panel prestigieux personne nâait parlĂ© de deux choses qui me paraissent primordiales, dĂšs quâon aborde le problĂšme de lâaccĂšs Ă des Ćuvres anciennes :
dâabord, quâil existe une collection extraordinaire « Les Lettres gothiques » (Livre de poche) qui donne accĂšs, pour un prix modique, Ă un grand choix dâĆuvres françaises du Moyen Age en Ă©dition bilingue (page de gauche, le texte original ; page de droite, la traduction en français moderne) ; pourquoi pas, tout simplement, une Ă©dition bilingue des essais de Montaigne ? (quant Ă Agrippa dâAubignĂ©, je ne vois pas que le fait que ce soit Ă©crit en vers ne permette pas une traduction. Je possĂšde lâĂ©dition Garnier-Flammarion - collection « bilingue » - de la Divine ComĂ©die qui mâest dâautant plus utile que Dante Ă©crivait dans un italien dialectal du XIIIĂšme siĂšcle, dont la lecture pose aux Italiens autant de problĂšmes que celle de Montaigne aux FrançaisâŠ).
Ensuite, que lâaccĂšs aux Ćuvres, quâelles soient littĂ©raires ou autres, exige lâapprentissage dâun code. On peut toujours se faire plaisir en lisant une traduction de Montaigne, mais qui, dans le grand public, peut prĂ©tendre lire sans explications les Ćuvres modernes ? Va-t-on « traduire » MallarmĂ©, Proust, CĂ©line, Saint-John Perse ? Pourquoi pas demander Ă Rothko de traduire Rembrandt ou JĂ©rĂŽme Bosch, ou Ă Boulez de traduire Bach ou Mozart ? Mais alors, qui traduira Boulez ? Madonna ? Câest une illusion de croire quâon peut traduire Montaigne dans la langue des adolescents contemporains, et mĂȘme dans celle de leurs parents. Tout simplement parce que, dans leur langue, on ne peut pas dire ce que dit Montaigne, pas plus que ce que disent MallarmĂ©, Proust, CĂ©line ou Saint-John Perse. Sans aller chercher ces auteurs difficiles, prenons Victor Hugo, auteur censĂ©ment accessible Ă tous. Le lexique des Contemplations comporte soixante mille mots. Le lexique dâun bachelier, câest trois ou quatre mille mots. Cela signifie que, pour lire Victor Hugo, il faut consulter un dictionnaire beaucoup plus souvent que pour lire Montaigne. En revanche, le lexique de PhĂšdre de Racine comporte huit cents mots. Cela nâen fait pas pour autant une Ćuvre populaire.
Et puis, il y a des expressions quâil serait vraiment dommage de traduire, comme « asture », par exemple. Si vous remplacez cela par « aujourdâhui », « Ă lâheure actuelle » ou « de nos jours », Montaigne nâest plus lĂ . En revanche, rien ne sâoppose Ă ce quâon le « transcrive », ce qui nâest pas la mĂȘme chose, en orthographe modernisĂ©e : « Ă câtâheure » (Ă lâĂ©poque on prononçait « eu » comme dans le participe passĂ© dâavoir, câest-Ă -dire « u », dâoĂč « Ă câtâ hure », que Montaigne Ă©crit « asture », Ă la grande joie des potaches, qui y voient non seulement une excuse Ă leurs propres trouvailles de plume, mais aussi, tu c kwa, que lâauteur des Essais a inventĂ© le textoâŠ)
Une derniĂšre remarque. Plus haut, jâĂ©voque la notion de « lettres classiques ». Madame Cazenave rappelle quâelle a enseignĂ© les lettres « modernes ». Câest la dĂ©nomination officielle et je le regrette. Est-ce que, au moins sur France-Culture, on pourrait Ă©viter le plus possible cette opposition stupide entre ces deux mots comme sâils Ă©taient antonymes (le contraire lâun de lâautre). Je rappelle que « moderne » veut dire « rĂ©cent » (du latin « modernus ») et sâoppose donc à « ancien », alors que « classique » signifie « excellent » et sâoppose à « ordinaire » (les Romains Ă©taient rĂ©partis en « classes » et ceux de la premiĂšre classe â la classe dirigeante - se nommaient eux-mĂȘmes « classici », « les classiques », câest-Ă -dire « ceux de la classe », la premiĂšre Ă©tant la seule Ă leurs yeux qui comptĂąt (sic). On retrouve ce sens dans des expressions comme « il a de la classe » ou « tâas vu la meuf ? Elle est vachement classe ! ». On peut trouver les Romains prĂ©tentieux, mais, Ă AthĂšnes, les mĂȘmes sâappelaient carrĂ©ment « aristoĂŻ », câest-Ă -dire « les meilleurs », racine quâon retrouve dans notre mot « aristocrate ». OĂč lâon voit que lâarrogance des « Ă©lites » ne date pas de la derniĂšre Ă©lection prĂ©sidentielle. MĂȘme quand elles ne lisent plus La Princesse de ClĂšves).
Savez-vous que les Kamikaze (sic), les vrais, ceux du Japon de 1945, partaient Ă la mort les Essais de Montaigne dans la poche. Classe, non ?
Et Ă propos. Câest au pays des mangas quâon lit le plus au monde. Les trois plus grands quotidiens japonais sortent Ă plus de vingt millions dâexemplaires (pour une population de cent trente millions. Ă comparer avec les tirages du Monde, de LibĂ©ration et du FigaroâŠ). Or, pour lire couramment le japonais, il faut connaĂźtre un minimum de deux mille idĂ©ogrammes (trois ou quatre mille, câest mieux. Pour Mishima, il en faut cinq mille, mais, lui, il le fait exprĂšsâŠ). OĂč lâon voit que la complexitĂ© de lâorthographe française nâa rien a voir avec le fait que soixante-dix pour cent des Français lisent moins dâun livre par mois (quarante pour cent pas du tout), et que seulement dix pour cent en lisent trois ou plus (parmi ces derniers, deux fois plus de femmes que dâhommes, ce qui est dâautant plus curieux quâelles disposent en moyenne de deux fois moins de loisirâŠ). Je crains quâune rĂ©forme de lâorthographe nây change pas grand-chose. En italien, « philosophie » se dit « filosofia », cela suffit-il pour inciter les Italiens Ă la lecture de la PhĂ©nomĂ©nologie de lâEsprit ?
Et que dire de lâorthographe anglaise ! Au moins, en français, sâil nây a pas de rĂšgle univoque dâĂ©criture dâun phonĂšme, ces rĂšgles existent pour la lecture. Le son « f » peut sâĂ©crire « f » ou « ph », par exemple, mais «f » et « ph » se lisent toujours « f ». En anglais, non seulement il nây a pas non plus de rĂšgle univoque dâĂ©criture dâun phonĂšme (le son « i » long peut sâĂ©crire « e » comme dans « celling » ou « ie » comme dans « piece », ou « ea » comme dans « tea », ou « ee » comme dans « beef », mais il nây a pas non plus de rĂšgle pour la lecture dâune lettre ou dâun groupe de lettres : « i » ne se prononce pas de la mĂȘme façon dans « pig », « circle », « light ». Il en rĂ©sulte quâun Français peut lire Ă haute voix un mot quâil ne connaĂźt pas, et donc, peut en demander oralement la signification Ă quelquâun, ce qui peut ĂȘtre difficile Ă un Anglais, mĂȘme sâil y a des rĂšgles contextuelles qui permettent souvent de sâen tirer, mais câest plus compliquĂ© et, quelquefois, il est nĂ©cessaire dâapprendre des listes (« -ough- » par exemple). Et je ne parle pas des noms propres : allez donc trouver tout seul la prononciation de « Des Moines », de « Boise », dâ « Arkansas » ?
Bien Ă vous⊠si vous ĂȘtes encore lĂ !
17 mars 2009 à 18:56
Bonsoir Mr Couturier
Votre conception exigeante de la culture ne survit pas toujours aux exigences du direct. Ainsi je vous entends souvent, comme ce soir, caricaturer la pensĂ©e de Bourdieu, en la rĂ©sumant Ă l’analyse d’un “dĂ©terminisme stricte” qui ferait disparaitre les acteurs de la vie sociale. Je ne suis pas un inconditionnel de Bourdieu, mais je respecte son travail (beaucoup plus en tout cas que celui de Touraine, qui me parait bien rhĂ©torique et Ă©loignĂ© de tout travail empirique, beaucoup plus proche de l’essayiste que du sociologue en tout cas, pour ne pas parler de MichĂ©a). Toujours est-il que je voudrais vous conseiller 1) de (re)lire Bourdieu, 2) de lui consacrer une Ă©mission, en invitant par exemple d’excellents critiques de son travail, comme Bernard Lahire, qui a bien compris que la contradiction porte d’autant mieux qu’elle est sĂ©rieusement fondĂ©e.
18 mars 2009 à 17:27
Bonjour Ă tous,
Voici quelques remarques pour essayer de donner un dĂ©but de rĂ©ponse Ă la question de Licia dans le post 24, question qui a assĂ»rĂ©ment pour fin d’amener le sujet car j’imagine que Licia a quelques idĂ©es sur ce point.
Commençons par dissocier les Ă©lites sociales elles-mĂȘmes de la culture classique qu’elles sont supposĂ©es maĂźtriser. Un peu plus de 40 annĂ©es de primature bourdivine nous ont portĂ©s Ă croire que la culture classique a pour fin d’exclure de l’Ă©lite sociale la majoritĂ© de la population. Or les Ă©lites se distinguent de façons fort variĂ©es et l’inculture en leur sein est parfois spectaculaire. Simplement, l’occurence de la maĂźtrise de la culture dite-classique y est plus frĂ©quente qu’ailleurs et surtout beaucoup moins dĂ©nigrĂ©e.
L’acquisition de la culture dite-classique (faut-il entendre essentiellement l’apprentissage des HumanitĂ©s ?) n’a pas pour fin de permettre l’intĂ©gration des classes supĂ©rieures de la sociĂ©tĂ©. Il faut faire partager la culture classique car c’est encore la culture classique qui donne les outils intellectuels les plus fins et les plus opĂ©ratoires pour entendre quelque chose Ă la nature humaine.
Cependant, permettre aux enfants des milieux populaires de dĂ©couvrir et maĂźtriser la culture classique demeure justement un moyen, et non le moindre, de rendre possible l’Ă©largissement de la base sociale de recrutement des Ă©lites.
En revanche, le mĂ©rite universitaire en lui-mĂȘme ne suffit pas pour intĂ©grer l’Ă©lite sociale. Non, Ă©videmment. Il permet d’intĂ©grer l’Ă©lite universitaire. Licia parle de Londres ; en Grande-Bretagne les distinctions sociales sont Ă la fois trĂšs subtilement et nettement marquĂ©es, ne serait-ce que par la maniĂšre de prononcer la lettre A plus ou moins bas dans la gorge. J’y ai connu un fils d’ouvrier et d’aide-soignante Ă qui ses mĂ©rites universitaires avaient ouvert les portes de Balliol College, Oxford. Jamais il n’a compris que ses condisciples, pourtant trĂšs amicaux, ne le frĂ©quentassent pas hors les murs du College. Il revendiquait d’ĂȘtre acceptĂ© comme il Ă©tait. Mais pour intĂ©grer quelque milieu social que ce soit, il faut en adopter les codes. Si, invitĂ©e Ă Sloane square, je noue ma serviette autour de mon cou, personne ne me dira rien, mais je ne serai jamais rĂ©invitĂ©e. AttachĂ© aux maniĂšres, aux goĂ»ts et aspirations de la classe ouvriĂšre (et ce n’est pas illĂ©gitime bien entendu), l’Ă©tudiant en question n’avait aucune chance d’ĂȘtre invitĂ© par l’upper class rencontrĂ©e Ă Oxbridge. Je ne dis pas que c’est bien. Je dis que c’est comme ça, nĂ©cessairement comme ça. Et qu’aucune politique scolaire ou d’incitation sociale n’y changera rien.
En revanche, une politique scolaire diffĂ©rente de celle menĂ©e par tous les gouvernements successifs (depuis 1989 au moins, depuis la rĂ©forme Haby plus vraisemblablement) donnerait aux enfants des milieux populaires la chance d’apprendre dans les classes ce qu’ils ne pourront autrement dĂ©couvrir nulle part du fait de leur situation d’origine. Les enfants de la bourgeoisie n’ont pas besoin de l’Ă©cole de la RĂ©publique pour s’instruire, les enfants des milieux populaires n’ont qu’elle et actuellement autant dire qu’ils n’ont rien Ă moins d’avoir bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une dĂ©rogation Ă la carte scolaire. Que nos impĂŽts servent Ă financer cette injustice ne rĂ©volte-t-il que moi ?
18 mars 2009 à 23:02
Le discours “mĂ©ritocratique” me paraĂźt plus dĂ©fendu par Laurence Parisot que par Albert Jacquart; vous avez encore un dĂ©bat de retard M Couturier (il est vrai que vous considĂ©rez encore que l’Angleterre est un pays “plus avancĂ©” que le nĂŽtre!)
Il serait grotesque M. Couturier que les auditeurs attendent des “amuseurs” en question qu’ils leur fournissent des “outils conceptuels” propres Ă les Ă©clairer sur la crise. Grotesque ou stupide, vous n’avez pourtant pas peur de le penser, ni de l’Ă©crire (audimat Ă l’appui! qui indique aussi bien que face Ă la gravitĂ© de la crise, les auditeurs cherchent l’occasion de dĂ©dramatiser par le rire, je laisse de cĂŽtĂ© la question de savoir si cette occasion leur est effectivement offerte, c’est-Ă -dire si le numĂ©ro de clown est rĂ©ussi).
Quand le journaliste d’Ă©lite vole au secours de l’Ă©lite politique, ils se rejoignent tous deux dans le mĂ©pris du peuple qui se gausse bĂȘtement avec les insolents, familiers de la paresse intellectuelle de “l’idĂ©ologie ambiante” Ah, tous ces gens-lĂ ont l’information qu’ils mĂ©ritent, M. Couturier! (”l’infotainment!”)
Et n’oublions pas, pour en ĂȘtre, de cracher au passage sur les “idoles” de Mai(Deleuze et Derrida, ces grands obscurantistes!), signe de reconnaissance entre eux, de ceux qui savent que l’avenir s’ouvre pour qui a compris qu’il faut “en finir avec son esprit.”
De Mai, bien sûr!
19 mars 2009 à 9:29
Bon, je ne veux pas relancer outre mesure la discussion sur Bourdieu, mais il se trouve que votre mĂ©connaissance de Bourdieu, Brice, semble assez partagĂ©e, notamment par RĂ©gine, qui parle de “primature (dictature?) bourdivine”. Quelques rappels. Je ne suis pas sociologue, mais aprĂšs avoir lu Bourdieu dans le texte, voilĂ ce que j’en retiens au sujet de la culture.
1) Bourdieu ne dit pas que “la culture classique a pour fin d’exclure de l’Ă©lite sociale la majoritĂ© de la population” (RĂ©gine). Bourdieu n’avait rien, au contraire, contre la culture classique. A titre d’exemple c’Ă©tait un admirateur de Claude Simon et de Flaubert, qui sont ce qui se fait de plus formaliste en littĂ©rature. Son dernier cours au CollĂšge de France portait sur Manet.
2) Ce qu’il regrette, c’est la maniĂšre dont est utilisĂ©e la culture classique et le rapport gĂ©nĂ©ral qu’entretient la sociĂ©tĂ© avec elle. Selon lui ce rapport est fondĂ© sur une illusion: celle d’un rapport innĂ©, immĂ©diat, d’une affinitĂ© Ă©lective qu’auraient certains avec les oeuvres, et d’autres pas. C’est la thĂ©orie kantienne du jugement de goĂ»t qu’il conteste notamment, et qui imprĂšgne selon lui notre rapport Ă l’art.
3) Bourdieu montre simplement que le goĂ»t est une construction sociale, et que ceux qui se font une gloire d’apprĂ©cier certaines oeuvres en moquant le peu de goĂ»t des autres, fondent cette supĂ©rioritĂ© sur une forme de mensonge (non conscient le plus souvent, mais trĂšs efficace). D’autant que cette illusion est partagĂ©e par ceux qui en sont exclus.
4) Ma lecture de Bourdieu (peut ĂȘtre orientĂ©e, mais je crois qu’elle n’est pas infidĂšle) me porte Ă croire que ce qu’il dĂ©sirait, ce n’Ă©tait pas faire de la culture populaire l’aune de la culture, mais de permettre Ă tous un vĂ©ritable accĂšs Ă la culture classique et savante, qu’il considĂ©rait comme potentiellement libĂ©ratrice. Pour cela comme en beaucoup d’autres domaines il Ă©tait assez optimiste voire (comme le disait Bouveresse) idĂ©aliste. Il pensait en effet que connaĂźtre les ressorts de nos actions nous permettrait d’ĂȘtre plus libre et de nous affranchir des dĂ©terminismes, sur un mode spinoziste. Cf la fin du film “La sociologie est un sport de combat” dans lequel il encourage les jeunes auditeurs prĂ©sents Ă lire de la sociologie universitaire, pas Ă faire du rap et Ă cultiver le verlan!
4) Son analyse sociologique des oeuvres culturelles n’ĂŽtait en outre rien au plaisir qu’elles procurent. La lecture des “RĂšgles de l’art” n’a fait que renforcer mon goĂ»t pour l”Education sentimentale”. La lecture sociologique des oeuvres ne dĂ©grade pas les oeuvres classiques Ă mon sens, comme on lui a trop facilement fait le reproche.
5) Bourdieu savait enfin penser les changements sociaux et ne pensait pas que tout Ă©tait dĂ©terminĂ© et figĂ©. Il a notamment dans la Distinction trĂšs bien dĂ©crit les trajectoires ascendantes des transfuges, dans lesquelles je me suis reconnu. Ils se signalent notamment par leur “bonne volontĂ© culturelle”, qui parait parfois un peu lourde et didactique aux membres des catĂ©gories plus favorisĂ©es au dĂ©part.
Ceci pour dire que mon intervention vous aura peut ĂȘtre paru relever de ces deux derniers dĂ©fauts. Encore une fois je ne suis pas un spĂ©cialiste ni un admirateur fanatique de Bourdieu, mais il me semble qu’il vaut mieux que les raccourcis auquel il donne lieu et auxquels il ne peut plus rĂ©pondre (mĂȘme s’il l’a beaucoup fait dans ses ouvrages).
19 mars 2009 à 10:12
Pour Guillermo (tellement sentencieux que je le soupçonne de n’avoir pas vraiment lu les Derrida et Deleuze dont il invoque les mĂąnes - mais qui les a rĂ©ellement lus ? A qui ces pensĂ©es tellement hermĂ©tiques sont-elles encore accessibles ?)j’offre cette citation de mon cher MichĂ©a :
“au XIX° siĂšcle, le Guignol Ă©tait l’une des quelques armes dont disposait encore le petit peuple pour brocarder les maĂźtres. Il est devenu aujourd’hui l’artillerie lourde que l’Ă©lite emploie pour se moquer du peuple.”
(L’enseignement de l’ignorance, p. 42)
MichĂ©a visait les Guignols de Canal + (dont j’exĂšcre l’esprit).
Mais cela s’applique Ă nombre de nos amuseurs du jour, qui se sont engouffrĂ©s dans la faille que creuse la dĂ©cridibilisation et la dĂ©valorisation des Ă©lites (toutes les Ă©lites - Ă©conomiques, politiques, intellectuelles, syndicales, mĂ©diatiques…).
Puisque vous semblez aimer la philosophie, je vous conseille de lire les pages Ă©crites par Kolakowski sur le prĂȘtre et le bouffon. Elles me paraissent plus d’actualitĂ© que la “dĂ©construction” derridĂ©enne.
Notre monde n’a pas spĂ©cialement besoin d’ĂȘtre dĂ©construit, mais reconstruit.
19 mars 2009 à 13:22
Merci Romain de vos efforts pour porter remÚde à ma méconnaissance de Bourdieu, sa vie, son oeuvre.
Je ne reviendrai pas sur sa lecture de Kant (Quand on n’a qu’une seule vie, relire Kant est plus urgent.), ni sur le fait qu’il n’est plus lĂ (Quand il salissait Heidegger, cela ne l’a pas dĂ©rangĂ©, soit dit en passant.). Lorsque j’Ă©tais Ă©tudiante, Bourdieu, c’Ă©tait jugĂ© si important que c’Ă©tait matiĂšre obligatoire tous les ans. Et les PU disaient ce que vous dĂźtes Ă propos du “meilleur sociologue du monde”, comme on le dĂ©signait Ă l’Ă©poque.
Ce qui m’importe surtout, c’est que le monsieur a directement inspirĂ© le ministre Jospin pour les lois de 1989. A l’Ă©poque, le PS organisait des petites prĂ©sentations simplifiĂ©es du Bourdieu tel qu’on le parle Ă destination de ses dĂ©putĂ©s afin qu’ils adhĂšrent Ă la rĂ©forme, la votent et la vendent.
Chacun peut observer dans nos Ă©tablissements d’enseignement Ă quel point ceci a favorisĂ© l’accĂšs des milieux populaires Ă la culture classique. De la belle ouvrage, assurĂ©ment.
Quant au renom international de notre sociologie, il vaut mieux continuer de dire que c’est parce que nos chercheurs ne publient pas en anglais que tout va si mal.
19 mars 2009 à 15:17
Ma chĂšre RĂ©gine, je suis heureux d’avoir pu rafraĂźchir votre mĂ©moire, mĂȘme si je ne suis pas sĂ»r de vous avoir convaincu d’adopter une vision plus nuancĂ©e de son travail (visiblement les premiĂšres annĂ©es de fac (et quelques mauvaises notes?) sont passĂ©es par lĂ ). Dommage que vous ne reveniez pas sur sa critique de Kant et que vous rĂ©employiez Ă nouveau des termes schĂ©matiques (”salissait”, comme vous y allez, Heidegger a su garder dans l’universitĂ© française une aura tout Ă fait exceptionnelle).
Je n’avais pas compris que votre simplification portait aussi sur son action, trĂšs Ă©phĂ©mĂšre et qui l’a laissĂ© plus qu’amer, en tant que conseiller politique. Dire que Bourdieu est directement responsable de la situation de nos Ă©tablissements scolaires, c’est quand mĂȘme un tantinet exagĂ©rĂ©. Mais Ă coup de “petites reprĂ©sentations simplifiĂ©es du Bourdieu” comme en faisait le PS et comme vous en faites, ça passe.
Quand on n’a qu’une vie, on peut lire Kant, Bourdieu et bien d’autres. On peut mĂȘme ne pas ĂȘtre d’accord avec le “meilleur sociologue du monde” (ridicule), mais pour de bonnes raisons.
Lisez Lahire, le Travail sociologique de Bourdieu, dettes et critiques.
19 mars 2009 à 15:22
Dâaccord avec Romain (post n°29), mais aussi (ce nâest pas contradictoire) avec RĂ©gine Berthier (post n°31). « ON » a fait de Bourdieu, surtout de son vivant, une icĂŽne insupportable et ses prises de position Ă propos de tel ou tel Ă©vĂ©nement politique, social ou Ă©conomique ont souvent Ă©tĂ© navrantes (on pense Ă Sartre montĂ© sur sa caisse Ă Billancourt), mais si on lit ses livres (ah ben ouiâŠ) on sâaperçoit que câest un auteur sĂ©rieux, qui a beaucoup travaillĂ© (on en dirait pas autant de tout le mondeâŠ) et livrĂ© des analyses dont la lecture est souvent trĂšs enrichissante.
Dans la distinction, ouvrage particuliĂšrement liĂ© aux questions qui nous occupent ici, il montre bien, distinguant le capital culturel et le capital Ă©conomique, que ces deux notions ne sont pas forcĂ©ment liĂ©e (et mĂȘme pas gĂ©nĂ©ralement). Autrement dit que les Ă©lites sociales (autrement appelĂ©es classes dirigeantes), ne recoupent pas (ou peu) les Ă©lites culturelles. La culture classique (voir, si on a le temps, mon prĂ©cĂ©dent post â n°25 â pour le sens de ce mot employĂ© Ă tort et Ă travers) nâest pas lâapanage des gens riches, mais des gens curieux et ouverts (il y en a du haut en bas de lâĂ©chelle sociale), qui ont vite fait de reconnaĂźtre dans les classiques, justement, quelque chose qui les tire vers le haut (le haut de quoi ? vaste question !), mais qui, malheureusement, demande beaucoup de temps (vive les 35 heures !…je rigoleâŠ)et se rĂ©vĂšle vite comme peu compatible avec lâaccumulation du capital⊠économique !
Encore faut-il, pour entrer dans cette voie, ne pas croire quâelle vous est a priori fermĂ©e. Je me permettrai de rapporter ici une anecdote qui me paraĂźt bien situer le problĂšme :
Un jour, jâĂ©tais dans la salle dâattente de mon ophtalmo et deux haut-parleurs diffusaient un concerto pour piano et orchestre de Mozart (le 20Ăšme, en rĂ© mineur. Sublime !…). Il y avait lĂ une dame dâun certain Ăąge avec une petite fille. La petite fille sâest approchĂ©e de lâoreille de sa grand-mĂšre et lui a chuchotĂ© « Tu entends, mamie, câest de la belle musique⊠». RĂ©ponse de la mamie : « profite, ma poule ». Un temps. « Pourquoi on Ă©coute jamais de la belle musique Ă la maison ? ». Un temps. « câest pas de la musique pour nous autres, ma puce⊠».
Qui câest, ça, nous autres⊠Quelle distance y avait-il EN FAIT entre cette gamine (elle pouvait avoir sept ou huit ans, tout au plus) et moi, avec mes diplĂŽmes universitaires ? Nous Ă©tions tous les deux Ă lâunisson (câest le cas de le dire) devant ce chef-dâĆuvre. Bien sĂ»r, je savais des tas de choses quâelle ignorait et je nâentendais pas tout Ă fait la mĂȘme chose quâelle, mais lâessentiel nâest pas lĂ . En tout cas pas dans un premier temps. Ce que jâaurais aimĂ© pouvoir leur dire, câest que Mozart, de son vivant, Ă©tait un auteur populaire. Que tout le monde le connaissait. Que les maçons construisaient leurs murs en sifflant ou en chantant les Noces de Figaro et plus encore la FlĂ»te enchantĂ©e. Mais câĂ©tait VienneâŠ
Ce que je crois, câest que les classes dirigeantes ont trĂšs bien rĂ©ussi leur coup. Au fur et Ă mesure que lâenseignement diffusait dans toutes les couches de la sociĂ©tĂ©, on en a rĂ©duit lâambition. Il ne fallait surtout pas que tout le monde puisse avoir accĂšs Ă ce qui leur paraissait prĂ©cisĂ©ment les distinguer (comme aurait dit Bourdieu). Jâai vu les programmes de français dĂ©gringoler dâannĂ©e en annĂ©e, mais surtout monter la haine des Ă©lites culturelles. Lorsque jâĂ©tais adolescent, jâĂ©tais un cancre, mais jâadmirais les meilleurs. Maintenant, on est fier dâĂȘtre nul. Je connais des Ă©tablissements oĂč les Ă©lĂšves sĂ©rieux sont obligĂ©s de travailler en cachette pour ne pas passer pour des bouffons. Ce mot, qui est une des pires insultes aujourdâhui dans le langage des « jeunes », dĂ©signait des gens qui Ă©taient (plus ou moins) admis Ă critiquer les « grands » et, notamment, le roi lui-mĂȘme, comme Triboulet, le bouffon de Louis XII et de François Ier. Voir dans « le Roi sâamuse » (Victor Hugo) ou dans « Rigoletto » (Giuseppe Verdi) ce quâon pouvait risquer Ă ce jeu⊠Celui qui a renvoyĂ© Ă M. Sarkozy son « casse-toi, pauvâcon » est dans le droit fil de cette tradition. Il avait oubliĂ© de noter quâil nâĂ©tait pas en face de François Ier⊠qui dâailleurs nâaurait jamais sorti un truc pareil, mais, comme aurait dit lâEcclĂ©siaste : « il y a un temps pour François Ier et un temps pour Sarkozy »âŠ
Il faut vivre avec son temps, donc avec Sarkozy. Mais le temps passe (il ne sait faire que cela, dâailleurs), ce qui fait que lâavenir finit toujours par arriver, comme 2012 par exempleâŠ
âŠet la fin de la crise !
Dâici lĂ portez-vous bien.
19 mars 2009 à 16:30
AprĂšs ma “mĂ©connaissance” et mes erreurs de lecture, voici l’insinuation sur mes supposĂ©es mauvaises notes, procĂ©dĂ© qui ne vous honore pas, et qui rĂ©vĂšle assez votre inspiration rhĂ©torique. Evidemment, n’Ă©tant pas de votre avis, je suis nĂ©cessairement une mauvaise Ă©lĂšve, qui a de mauvaises notes, fait des contresens et surtout cultive sa rancoeur.
J’ai, Monsieur, le plaisir de vous laisser Ă vos lectures.
19 mars 2009 à 19:19
Mille excuse RĂ©gine, et sincĂšrement. Ma remarque sur les notes n’Ă©tait pas Ă©lĂ©gante, je m’en rends compte. Elle n’apportait en outre rien Ă mon propos. J’espĂšre que vous n’en ferez pas une sortie commode (et rhĂ©torique pour le coup) de ce petit et modeste Ă©change, mĂȘme si vous auriez beau jeu de le faire.
D’autant qu’en faisant de moi le dĂ©fenseur de « Bourdieu, sa vie, son oeuvre », vous souhaitiez me « titiller » (c’est un peu le jeu du blog), puisque j’avais bien prĂ©cisĂ© n’ĂȘtre pas un BourdieulĂątre, loin de lĂ . J’ai donc trouvĂ© cette remarque un peu dĂ©placĂ©e, faisant de moi un lecteur simplet.
Vos arguments m’avaient en outre paru « épidermiques » et plus motivĂ©s par les usages que l’on a pu faire de Bourdieu ou par son personnage et la rĂ©pulsion qu’il vous inspire que par une vĂ©ritable lecture critique de ses travaux. Dans votre rĂ©ponse vous ne discutez pas ma lecture de la sociologie de la culture de Bourdieu, mais vous parlez de la maniĂšre dont vos profs l’ont adulĂ© et dont le PS l’a utilisĂ© et caricaturĂ©.
Pour ma part je n’ai pas lu tout les livres de Bourdieu, et certains me paraissent faibles (ses derniers notamment, Ă partir de Homo Academicus, dĂ©jĂ assez « figé » dans sa lecture du monde universitaire). Mais je trouve que l’on caricature trop souvent ceux des annĂ©es 60-70 (Les HĂ©ritiers, la Distinction), voilĂ tout, et qu’une vulgate antibourdieusienne s’est diffusĂ©e de maniĂšre commode, notamment sur France Cultrue (Ă©coutez A. Finkielkraut en parler) ce qui Ă©vite souvent de le lire.
Vous me direz, aprĂšs avoir Ă©tĂ© encensĂ© sans avoir Ă©tĂ© vraiment lu, il Ă©tait logique qu’un retour de bĂąton ait lieu. Reste que dans mon domaine d’Ă©tude (l’histoire) il a laissĂ© une empreinte non nĂ©gligeable (Chartier, Christophe Charles, Christin…) et que ses idĂ©es sont parfois utiles, prises avec les pincettes d’usage. Il serait idiot de le rejeter en bloc.
J’attends en tout cas avec impatience une Ă©mission qui mettrait des lecteurs plus aguerris que vous et moi aux prises sur le sujet. C’Ă©tait le but de mon premier post.
Cordialement
19 mars 2009 à 20:47
Réponse à Bricecout,
C’est plus fort que vous cette manie de prendre de haut vos auditeurs.
Non seulement vous me “soupçonnez” de n’avoir pas “rĂ©llement” lu Deleuze et Derrida, mais en plus vous me conseillez des lectures que je ne peux que ne pas avoir faites Ă vos yeux.
Vous confirmez en tout cas mon analyse. (cf 28)
20 mars 2009 à 17:26
Je vous prends en flagrant délit de censure M. Couturier.
Trop dérangeant, je suppose.
Rassurez-vous, ça restera entre nous. Votre image de journaliste ouvert et modéré est sauve.
20 mars 2009 à 22:57
Ok, Romain. Votre sincérité emporte la cause.
Pour le reste, croyez bien qu’on peut avoir lu Bourdieu, avoir trouvĂ© que c’Ă©tait avant tout de l’idĂ©ologie camouflĂ©e et que cela n’ait rien d’Ă©pidermique.
Je ne sais pas si PersĂ©polis sera dĂ©truite mais je crois que Laure Adler, malgrĂ© tout ce que je pense de sa direction de la chaĂźne, aura un bon karma car elle a maintenu Alain Finkielkraut, un homme d’un courage et d’une probitĂ© Ă©tonnants, Ă l’antenne malgrĂ© les campagnes contre lui. Jamais je n’ai trouvĂ© qu’il simplifiait ni caricaturait quoi que ce soit. Encore un point de vue que nous ne partageons pas.
Alain Finkielkraut a consacrĂ© il y a deux ans une Ă©mission Ă Bourdieu, j’ai trouvĂ© son propos trĂšs modĂ©rĂ© Ă l’Ă©poque.
Alors une Ă©mission de plus sur Bourdieu ? Bourdieu de Bourdieu ! (je sais… mais cette pauvre blague exerce sur moi un effet irrĂ©sistible…)
Sur cette sortie qui n’est pas assez rhĂ©torique mais bien trop plouc, je vais cesser de polluer ce fil avec nos reglements de compte Ă vous et moi et rendre Ă bricecout son blog. Bon week-end.
21 mars 2009 à 10:06
je vous prends comme vous me prenez, Guillermo. Relisez-vous.
21 mars 2009 à 10:08
Moi, je ne vous ai pas traitĂ© de “grotesque”, ni de “stupide”. Et je ne vous trouve pas “dĂ©rangeant” non plus. Juste un peu bĂȘte.
21 mars 2009 à 14:53
Et toc! DĂ©construisons les dĂ©constructionnistes! MĂȘme s’il faut les lire, par honnĂȘtetĂ© intellectuelle du moins (Foucault ça peut aller mais Derrida ou Baudrillard!…) il faut reconnaĂźtre que leurs philosophies ne mĂ©ritent pas toutes ces courbettes depuis trente ans. Le dĂ©constructionnisme reste de la fumĂ©e, un ensemble de philosophies assez creuses, tournant Ă vide, assez dangereuses pour tout ordre humain et dĂ©cent ( des gros mots pour un dĂ©constructionnistes!)lorsque l’on pousse leurs logiques jusqu’Ă leurs conclusions les plus extrĂȘmes. Le seul rĂ©sultat de cette fureur dĂ©constructionniste fut d’accompagner voire d’avaliser les mutations contemporaines du capitalisme et de l’hypermodernitĂ©. Il n’y a rien d’Ă©mancipateur lĂ -dedans, tout juste un charabia amphigourique, un jargon abstrait et ampoulĂ© plaisant pour des universitaires de “gĂŽĂŽche” (la vraie gauche ils en sont les fossoyeurs!) dans leur tour d’ivoire. Vous n’avez qu’Ă lire ce tocard (fort sympathique d’ailleurs!) de François Cuzet (French theory) pour comprendre, a contrario, que les Derrida, Deleuze et compagnie ne sont qu’une farce grotesque et tragique.
22 mars 2009 à 13:04
Formidablement juste, A.Haye !
Le pire, c’est que cette manie nationale pour des penseurs obscurs et, dans l’ensemble, d’une mĂ©diocre aptitude Ă nous orienter dans le tourbillon historique du moment, nous ont dissimulĂ© des dizaines d’esprits remarquables.
Le dĂ©bat autour des questions posĂ©es par Rawls, au dĂ©but des annĂ©es 70, nous est arrivĂ© avec une trentaine d’annĂ©es de retard. Leszek Kolakowski, ou encore Ernst Gellner - qui auraient tant plu au public français s’ils Ă©taient parvenus jusqu’Ă lui, par leur rationalisme sans concession - nous resteront pour toujours Ă©trangers. Qui s’intĂ©resse Ă Eric Voegelin, mort depuis longtemps, en laissant une oeuvre considĂ©rable et pour l’essentiel, non traduite ? A Michael Walzer ? Etc, etc.
Nous nous dissimulons notre provincialisme intellectuel derriĂšre l’invocation de la mode d’une “French theory” qui, mĂȘme sur les campus amĂ©ricains, est enfin dĂ©modĂ©e.
22 mars 2009 à 15:18
Je trouve une biographie d’Eric Voegelin, par google. Et des infos sur la traduction de ces oeuvres … Idem, pour d’autres phiosophes que vous indiquez… Brice.
Ch.
PS. C’est une approche que j’apprĂ©cie pour aborder la culture !
Merci de vous investir, pour partager vos connaissances.
22 mars 2009 à 20:39
Cher Brice, j’Ă©tais comme Ă mon habitude en train de vous lire d’un hochement de tĂȘte approbateur lorsque je suis tombĂ© sur cette hideuse expression de ‘provincialisme intellectuel’. Les provinciaux, comme vous les nommez dĂ©daigneusement, en ont ras le bonnet basque de servir constamment de mĂštre Ă©talon de l’arriĂ©ration culturelle. Venant de vous, cette facilitĂ© m’Ă©tonne et me blesse. Soyez assez aimable pour rectifier ce mauvais tir et nous prĂ©sentez quelques excuses. Une attitude de dĂ©ni obstinĂ© façon StĂ©phane Guillon serait mal venue.
22 mars 2009 à 22:26
OK, Lionel C, plates excuses aux provinciaux. Je prĂ©cise que je vis moi-mĂȘme Ă une prudente distance (soixantaine de kms) de Paris - oĂč je ne “dĂźne” jamais. Mais vous avez compris qu’Ă mes yeux, c’est Saint-Germain-des-PrĂ©s qui est une “province” du monde de l’esprit…
Voegelin est sur Google, Ernest Gellner aussi. Mais vous avez remarquĂ© beaucoup d’articles consacrĂ©s Ă leur oeuvre, Chantal Collet ?
Et ce n’Ă©taient que deux exemples, parce que ces deux-lĂ me tiennent Ă coeur.
22 mars 2009 à 22:33
Cher M. Haye,
tout a fait d’accord avec vous, on aurait pu ajouter Alan Sokal et Jean Bricmont Impostures intellectuelles pour donner le coup de grace
Cher M. Romain
Sans vouloir vous offenser ou relancer la discussion, je crains que Bourdieu ne fasse bientot plus partie que des livres d’histoire de la sociologie ou des idĂ©ologies Ă la vĂ©ritĂ© moi je ne sais pas ou le classer…
J’ai bien compris que votre rhĂ©torique est trĂšs nuancĂ©e mais taper sur M. Finkielkraut me parait sans fondement voir facile, je pense qu’il apporte par ailleurs beaucoup Ă la rĂ©flexion qui nous occupe ici (cf son Ă©mission rĂ©cente sur l’Ă©galitĂ© et celle en 2007 disponible sur google avec MichĂ©a)
Vous auriez citĂ© JC Milner, c’Ă©tait autre chose…
Cher Brice
vous mentionnez dans votre dernier message Eric Voegelin qui est effectivement de mon point de vue un auteur trĂšs intĂ©ressant. Il a pu ĂȘtre rapprochĂ© de LĂ©o Strauss, quel place et intĂ©rĂȘt portĂ© vous Ă ces deux auteurs ?
23 mars 2009 à 10:59
Google,c’est bien, mais les ouvrages (au moins beaucoup dâentre eux) de Rawls, Kolakowski, Gellner, Voegelin, Walzer sont disponibles sur le site de la FNAC. On y trouve aussi un livre de Cusset sur la âFrench theoryâ, qui (la thĂ©orie) est peut-ĂȘtre dĂ©modĂ©e, mais qui a existĂ© et a eu une grande influence sur la pensĂ©e et la politique amĂ©ricaine. Certains esprits curieux et peu sensibles Ă la mode pourront trouver de lâintĂ©rĂȘt Ă savoir de quoi il retourne. Cela dit, sur le fond, je suis dâaccord avec « BriceCout », ce qui, d’ailleurs, n’a aucune importance…
23 mars 2009 à 13:11
Bien sûr !
Mais dĂ©jĂ prendre en compte les propositions des initiĂ©s du blog, en matiĂšre de philosophie politique. Et, juste de dire que ça m’intĂ©resse comme ouverture !
Je n’ai aucune prĂ©tention d’infos, dans ce domaine …
23 mars 2009 à 16:01
les Ă©lites de la compĂ©tence ? les puissants ? dĂ©gringoler des sommets ? classes culturellement privilĂ©giĂ©es ? Ă©lite dirigeantes ? Il y a un nombre d’expressions approximatives, dĂ©solĂ© mais on dirait du Jean-Pierre RAFARRIN,avec sa grande vision de la France avec celle du haut et celle du bas, et pourtant, je me souviens d’un texte qui rappelle que le haut est comme le bas. Par exemple, lorsque Gaston Defferre fait en sorte que les rivages de Marseille et les calanques ne soient pas la proie de promoteurs immobiliers, c’est quoi ? De l’Ă©lite de compĂ©tence ? de la supĂ©rioritĂ© mentale ? de l’ambition du politique face Ă l’appĂ©tit des faiseurs d’argent ? de l’attention au cadre de vie ? Les subprimes c’est quoi ? un outil d’ingĂ©nierie financiĂšre inventĂ©e par le fine fleur de l’Ă©lite de la compĂ©tence au sommet ou un truc pour crĂ©er de la richesse Ă partir de la pauvretĂ© ? etc…
24 mars 2009 à 10:07
@Saturnin
Pourquoi m’offenseriez vous en attaquant Bourdieu? Je ne suis pas un supporter d’Ă©quipe de foot, j’essaie de comprendre le monde et de prendre le meilleur de chaque pensĂ©e. Je n’aime pas qu’on exĂ©cute un auteur sans expliquer clairement pourquoi, mĂȘme dans le cadre forcĂ©ment informel d’un blog, et que cet auteur soit Boudon ou Bourdieu. J’ai l’impression d’y perdre beaucoup, mĂȘme si ça n’est pas dĂ©sagrĂ©able sur le moment.
Cette discussion me fait un peu penser Ă l’Ă©mission « On refait le match » sur Europe 1, voire Ă un sketch des Monty Python que j’aime beaucoup et qui fait s’affronter les philosophes grecs et les philosophes allemands dans un match de foot. Bref, « Deleuze c’est nul et provincial! Kolakowski est bien meilleur! », « Meuh non c’est Derrida qu’est le meilleur! » « Bourdieu vaut pas un clou, c’est de l’idĂ©ologie » « Moi je prĂ©fĂšre Lasch et Michea » etc… Je m’y laisse prendre aussi. Tout cela rappelle les premiĂšres annĂ©es d’Ă©tudes, pendant lesquelles, souvent accoudĂ©s au comptoir, on refaisait le monde Ă partir de nos nouvelles (et maigres) connaissances sur les auteurs, qu’on se jetait Ă la tĂȘte pour se persuader qu’on Ă©tait cultivĂ©.
Je reste sur ma faim (on est quand mĂȘme sur un blog estampillĂ© France Culture). Donc Bourdieu, Deleuze, Derrida, la French Theory, tout cela est surestimĂ©, et rĂ©servĂ© aux livres d’histoire (c’est vrai qu’Ă mon avis ils ne publieront plus rien). Reste la question la plus importante: pourquoi? Quels arguments mettez vous, les uns et les autres (et moi mĂȘme) pour dĂ©fendre untel ou exĂ©cuter tel autre? Par « argument » j’entends bien entendu des Ă©lĂ©ments tirĂ©s des ouvrages lus, pas des apprĂ©ciations sur la personnalitĂ© ou des connaissances de deuxiĂšme main. J’ai tentĂ© plus haut de mettre en Ă©vidence certains arguments de Bourdieu sur la culture. Quels sont ceux qui vous gĂȘnent? Pourquoi?
Par exemple, aprĂšs l’avoir dĂ©fendu, je peux expliquer rapidement (on est pas Ă la fac c’est sĂ»r), aprĂšs la lecture de la Culture des individus de Lahire, pourquoi j’ai Ă©tĂ© convaincu de certaines faiblesses de la Distinction, notamment concernant l’homogĂ©nĂ©itĂ© des pratiques individuelles. Lahire montre (Ă travers des enquĂȘtes, des entretiens, pas seulement des impressions ou des intuitions comme beaucoup de nos essayistes) qu’en rĂ©alitĂ© nous sommes clivĂ©s, pluriels, « dissonants » comme il le dit, et que nous naviguons de plus en plus entre des formes opposĂ©es de cultures, mĂȘme si cette pluralitĂ© est inĂ©galement distribuĂ©e socialement. Il dessine ainsi une Ă©volution par rapport aux annĂ©es 70, au cours desquelles les clivages distinctifs Ă©taient plus marquĂ©s, et par rapport Ă la pensĂ©e de celui qui l’a formĂ©. Dans son ouvrage collectif (que j’ai citĂ©) il remet en cause la notion de champ homogĂšne, en expliquant bien que cette notion, si elle est pertinente pour les sphĂšres Ă©litistes (champ journalistique, champ universitaire) le devient beaucoup moins pour des sphĂšres quotidienne (la famille, le sport… y a-t-il un champ du tennis?). Cyril Lemieux y montre aussi les limites de l’approche « platonicienne » de Bourdieu, sa tendance Ă faire du sociologue un porte flambeau qui servirait Ă l’humanitĂ© de guide pour sortir de la caverne. Il appelle Ă une sociologie plus respectueuses des justifications produites par chacun, en s’appuyant notamment sur Dubet ou Boltanski, et en prenant davantage en compte le contexte dans lequel les gens agissent, leurs pratiques et leurs normes au quotidien, qui permettent selon lui de faire beaucoup plus changer les choses (il prend notamment l’exemple du journalisme). Je ne vais pas m’Ă©tendre. Ce que l’ouvrage de Lahire nous montre, c’est qu’en lisant et critiquant un auteur, on fait autre chose que le descendre, on s’en sert pour affiner la pensĂ©e et la comprĂ©hension du monde.
Pour ce qui est d’A. Finkielkraut, je me permets de mettre ce lien vers un article dont je n’aime pas beaucoup le ton ni la thĂšse gĂ©nĂ©rale, mais qui a le mĂ©rite de retranscrire les propos tenus lors des Ă©missions. Je pense que, quelque soit ses grandes qualitĂ©s et son indĂ©niable courage, il s’agit ici de sa part de simplifications de la pensĂ©e de Bourdieu sur la culture lĂ©gitime. AF fait de Bourdieu un ennemi de la culture classique, j’ai expliquĂ© plus haut pourquoi je pense que c’est une lecture caricaturale de la Distinction. Je l’ai entendu rĂ©pĂ©ter ces accusations Ă de nombreuses reprises, de maniĂšre souvent encore plus caricaturale. Le lien:http://lmsi.net/spip.php?article706
Je ne connais ni Deleuze, ni Lasch, ni Kolakowski. Serait-il possible, quand vous en parlez, de savoir quels sont les grands traits de leur pensĂ©e? D’oĂč leurs dĂ©fenseurs les tiennent-ils pour de grands penseurs? D’oĂč leurs adversaires prennent ils arguments de leur faiblesse? Un vrai dĂ©bat d’idĂ©e en somme.
24 mars 2009 à 19:56
@Romain
Un double merci, Romain, pour votre intervention lucide et votre lien lmsi.
Comme vous, je constate que des penseurs/intellectuels sont “executĂ©s” en quelques mots, avec peu de support argumentĂ©. (TrĂšs match de foot ou match de catch).
J’ai un grand respect de l’effort intellectuel de ces penseurs, de toutes tendances, et je suis Ă©tonnĂ© que l’on puisse “rĂ©sumer” leurs oeuvres en quelques mots, avec souvent, les paroles sentencieuses que vous mentionnez.
J’attends mieux d’une chaine comme France Culture, qui devrait prĂ©fĂ©rer le fond Ă la forme.
26 mars 2009 à 16:22
Bonjour,
Juste un commentaire -et une raison d’espĂ©rer- concernant votre excellente Ă©mission d’hier: “MĂ©dicaments : pourquoi les mĂ©decins sont-ils des victimes consentantes du marketing ?”.
Concernant la problĂ©matique du financement de la presse mĂ©dicale et du poids des compagnies pharmaceutiques, l’une des pistes pouvant permettre de rĂ©duire leur poids pourrait ĂȘtre la publication selon le modĂšle “Open”, oĂč ce sont les auteurs qui payent -en gĂ©nĂ©ral les institutions et universitĂ©s financant les recherches- les frais de publications. Contrairement Ă ce qui a Ă©tĂ© affirmĂ© au dĂ©but de votre Ă©mission, une part croissante de la publication, tout particuliĂšrement dans les sciences de la vie (Plos, BMC…) se fait dĂ©sormais selon ce mode. Les journaux applicants ce mode de publication ont d’ailleurs rapidement gagnĂ©s du terrain sur les journaux bien Ă©tablis, avec des “impact factors” rivalisant avec les grands. A tel point que les grands journaux (Oxford, Wiley, Elsevier, Springer…) proposent dĂ©sormais les deux modes de publication !
Une consĂ©quence directe devrait ĂȘtre que la part de financement des journaux venant des abonnements et des publicitĂ©s se trouverait significativement diminuĂ©e. En terme quantitatif, la tendance est clairement celle-ci et cela ne devrait pas changer dans la mesure oĂč les principaux organismes de financement de la recherche biomĂ©dicale (National Institute of Health, Welcome trust… et bientĂŽt l’INSERM ?) sont en train de rendre simplement obligatoire la publication selon ce mode pour les recherches qu’elles financent !
27 mars 2009 à 3:10
Brice, le blog est perfect, mais a quand le passage a Twitter?
28 mars 2009 à 13:24
Twitter ? Ce truc oĂč nos narcissiques contemporains peuvent rendre compte, heure aprĂšs heure, des non-Ă©vĂšnements dont ils tentent de remplir leur vacuitĂ© existentielle ? Genre : “LĂ , j’suis dans le bar Machinchose et la meuf Ă cĂŽtĂ© a commandĂ© des shamallows dans son cafĂ©. Le gros dĂ©lire, j’Ă©coute du rap sur mon i-pod”, etc.” Non merci. Je suis dĂ©jĂ sur Facebook, pour y retrouver les amis perdus de vue, ça me suffit.
Quant au blog, il est en panne. J’ai encore dĂ©rĂ©glĂ© les instruments de mise en forme. Plus moyen de m’exprimer…
31 mars 2009 à 17:54
Bonjour.
A propos de l’article: je ne comprends pas les diffĂ©rentes catĂ©gories que vous sous entendez (littĂ©raire, humaniste…). Je pense que c’est un tout. Donc si il y a menace, c’est sur l’ensemble.
Ensuite: il faudrait sur le blog mettre une rubrique Ă jour pour l’Ă©mission qui se dĂ©roule en ce moment. Parce que cela me permettrait de poser la question: qui est Ros/ raus/rosse/rausse dont vous parlez? je ne conais pas l’orthographe du nom, alors pour se cultiver, c’est dur.
1 avril 2009 à 6:38
Il s’agit de John Rawls, connu notamment pour sa thĂ©orie de la justice
1 avril 2009 à 8:16
Merci
1 avril 2009 à 8:44
Sur l’Ă©mission de mardi soir 31 mars :
Quel dommage ! Le dĂ©bat a commencĂ© sans savoir le sens retenu pour 45 minutes des mots “juste” et “valeur”.
Si on parlait d’Ă©conomie, il fallait se souvenir que depuis 1872 et Menger/Walras/Jevons, la valeur d’un bien est subjective, individuelle ET amorale. Exit la valeur-travail et toute prĂ©tention Ă connaĂźtre a priori la valeur d’un bien. Je serais donc bien en peine Ă dĂ©finir une “juste rĂ©munĂ©ration”.
Cette affirmation Ă©conomique sape Ă mon sens ces efforts dans les autres disciplines, ou les rĂ©duit Ă de vaines invocations. Par exemple dire que la “juste rĂ©munĂ©ration” est celle qui permet de “vivre dĂ©cemment”, relĂšve scientifiquement du flatus vocis, car il n’existe Ă l’Ă©vidence pas d’accord universel sur cette “dĂ©cence”.
La conception de l’Ă©tat de droit/rule of law donne au mot “juste” un sens gĂ©nĂ©ral et abstrait, ce qui ne veut surtout pas dire positiviste. Rapidement, ce qui est juste est ce qui ne fait pas acception des personnes. En dĂ©coule un droit des obligations qui permet de conclure librement des contrats (entre propriĂ©taires et managers, dans l’exemple de l’Ă©mission d’hier).
Si les propriĂ©taires-actionnaires acceptent de payer de grosses rĂ©munĂ©rations Ă leurs managers, “who cares ?” Ne sont-ils pas les seuls concernĂ©s par l’utilisation de l’Ă©pargne qu’ils ont mises dans l’entreprise dont ils sont les propriĂ©taires ? Pareil pour les sportifs. Seul le juge peut vĂ©rifier que ces contrats ont Ă©tĂ© conclus dans le respect du droit, sans dol, mensonge etc…
Brice interrogeait fĂ©brilement ses invitĂ©s pour que quelqu’un lui donne la raison de ces rĂ©munĂ©rations. En vain. Je pense que la thĂ©orie marginaliste des trois Ă©conomistes citĂ©s au dĂ©but donne la rĂ©ponse. Ce n’est pas les efforts totaux du travailleur qui dĂ©terminent sa paye, mais la derniĂšre unitĂ© de travail effectuĂ©, aux yeux de celui qui paye (du client, donc). Je ne soulignerai pas assez l’importance de la derniĂšre mention pour une bonne comprĂ©hension de cette thĂ©orie de la valeur-utilitĂ©.
L’Ă©mission a commencĂ© par dĂ©signer des coupables, ce qui n’est pas un bon dĂ©but en gĂ©nĂ©ral : des gens Ă l’abri des bouleversements Ă©conomiques, qui prennent l’argent tant qu’il y en a, qui ne sentent pas les difficultĂ©s, qui continuent comme si de rien n’Ă©tait, qui ne sont pas en premiĂšre ligne dans les disparitions d’entreprises… J’ai cru qu’on parlait des 25% de la population active qui sont stipendiĂ©s par les administrations publiques. Non, pas une mention d’eux, mais de quelques rapaces travaillant dans le privĂ©. Afflelou fait des promotions en ce moment : c’est le temps de changer de lunettes.
Dernier point : la dĂ©mocratie athĂ©nienne est morte sous les assauts des sycophantes. Au sens propre le sycophante Ă©tait une sorte d’accusateur public qui dĂ©signait Ă la vindicte populaire les citoyens riches. Par la violence d’une bande Ă la solde du sycophante le riche Ă©tait trainĂ© chez un juge et gĂ©nĂ©ralement dĂ©pouillĂ© de ses biens, au profit du sycophante.
J’ai entendu des accents de sycophantes hier soir, et ça m’a fait froid dans le dos.
1 avril 2009 à 10:29
@Brice sur l’Ă©mission de lundi (les religions et les femmes)
Heureusement que vous ĂȘtes montrĂ© une fois de plus un courageux ami de la vĂ©ritĂ© en faisant justice Ă un fameux propos pontifical… Ca a sauvĂ© l’Ă©mission, du moins Ă mes yeux.
Je trouve en effet que le sujet était bancal. Voilà pourquoi :
- De mĂȘme que vous aimez vous dire “colour-blind”, vous devriez ĂȘtre “gender-blind”. En effet, tant que l’Eglise catholique n’encourage pas de discrimination fondĂ©e sur le sexe en droit civil, ne pensez-vous pas que la discussion est close ? Si en revanche vous voulez contester son droit Ă la libre association, c’est-Ă -dire son droit Ă crĂ©er ses propres rĂšgles d’accĂšs, de vie interne ou de rĂ©partition du pouvoir, il faudrait d’urgence organiser un dĂ©bat sur la raison pour laquelle on sĂ©pare les sexes dans presque toutes les compĂ©titions sportives… Voyez-vous ce que je veux dire ?
- Ensuite : attacher de l’importance Ă l’accĂšs des femmes au sacrement de l’ordre est un flagrant dĂ©lit de clĂ©ricalisme. J’entends par lĂ que c’est une maniĂšre tout Ă fait superficielle de considĂ©rer la vie habituelle des communautĂ©s chrĂ©tiennes, maniĂšre sans doute infestĂ©e par une peu chrĂ©tienne fascination pour le pouvoir. C’est un travers aussi important que celui des thĂ©ologiens des temps passĂ©s qui assimilaient perfection Ă©vangĂ©lique et place dans la hiĂ©rarchie. L’unum necessarium Ă©vangĂ©lique, ce qui constitue le commun de la vie chrĂ©tienne, le principal au coeur d’un baptisĂ©, se moque bien de savoir qui tient la place du Christ-Pasteur dans l’Ă©glise militante d’ici-bas.
- Autre point : vous semblez croire que les femmes tirent des conclusions de morale Ă©vangĂ©lique sensiblement diffĂ©rentes des hommes. Par consĂ©quent si on avait eu des Ă©vĂȘques-femmes depuis le dĂ©but de l’Eglise, l’enseignement de l’Eglise sur les moeurs serait tout autre. Voire. Outre l’absence totale de traces de pareil phĂ©nomĂšne dans l’histoire de l’Eglise primitive et jusqu’au 19Ăš siĂšcle, il faudrait supposer que le cerveau a un genre. Pente bien risquĂ©e…
1 avril 2009 à 17:19
@ Jan/Brice
En vrac:
1. Les joueurs “moyens” nĂ©cĂ©ssaires au jeu d’Ă©equipe ne font pas venir les spectateurs dans les stades (ou les salles pour les acteurs). Les vedettes le font, donc elles sont trĂ©s bien rĂ©munĂ©rĂ©es, parce qu’elles font gagner de l’argent Ă ceux qui les payent.
2. Ce que l’on voit dans la presse maintenant avec les noms et photos des dirigeants qui ont touchĂ©s des parachutes dorĂ©s ou des stock-options est trĂ©s populiste. A quand les proscriptions de Sylla ? En fait, comme le dit Jan, tout est lĂ©gal. Le seul moyen vraiment lĂ©gal bien que peu efficace (Ă©vasions fiscales) des Etats est de jouer sur le taux d’imposition de ces rĂ©munĂ©rations.
3. De plus, ces sommes, assez considerables au niveau individuel, sont négligeables pour un pays comme la France. Car redistribuer ces sommes à toute la masse salariale reviendrait à une augmentation de quelques euros seulement par personnes. On est dans le symbolique, pas dans les solutions concrÚtes.
4. En tant qu’athĂ©e tranquille, comme disait Deleuze, je me fiche completement de ce que font les religions Ă l’interieur de leurs sphĂ©res. Mais je reste vigilant lorsqu’ils debordent et influent sur les lois du pays. Je rejoins Jan sur ce point. MĂȘme la position du pape sur les moyens contracĂ©ptifs ne me choque pas. Il appartient aux catholiques d’en tirer leurs propres conclusions. Par contre je suis plus inquiet quand les religieux veulent interdire l’avortement. Car, cette fois, ils interviennent sur nos lois communes.
5. Je constate que mĂȘme les groupes de rĂ©flĂ©xions spirituels les plus “avant-guarde” du genre franc-maçons, sont egalement misogynes dans leur organisation.
6. Maggy Thatcher ou Golda Mair nous ont montrĂ© que leur genre n’avait pas d’influence sur leurs decisions politiques. Je pense donc que les femmes veulent aussi exercer le pouvoir, au nom de l’Ă©galitĂ© et non pas dans le but de faire changer les dogmes. Et c’est leur droit le plus sricte.
1 avril 2009 à 20:34
Machefer, plutot que d’invoquer deleuze et ce pauvre sylla dont vous ne connaissez pas la politique, peut-ĂȘtre faudrait il se mettre Ă quelque chose de bien plus simple, mais nĂ©cessaire avant d’invoquer les dieux: la rĂ©flexion argumentĂ©e. Vous accumulez les propos absurdes, trĂšs “dans le vent”:
Vous vous trompez d’abord sur le sujet de la polĂ©mique s’agissant des sportifs. Brice couturier n’a pas dĂ©noncĂ© le fait de gagner beaucou d’argent, mais les critĂšres permettant de toucher 50 millions de dollars plutĂŽt que 10.
Ne pas confondre remise en cause d’un systĂšme, et critique des variables. ça, c’est fait.
Ensuite, s’agissant de l’aspect lĂ©gal de certaines pratiques, sans faire mon savant en rappelant l’exemple Ă©culĂ© d’une tragĂ©die grecque cĂ©lĂšbre, un minimum de culture juridique pourrait vous apprendre que la loi n’a rien d’intangible, et qu’elle ne peut pas tout prĂ©voir. On ne pensait pas en 1804 aux stok options, ni au fait que les malfrats pourraient un jour s’abriter derriĂšre une lĂ©galitĂ© immorale…Relisez Portalis.
Ensuite, le raisonnement selon lequel il faut laisser passer cette simple goutte d’eau dans l’ocĂ©an, intĂ©ressant: puisqu’il y a toujours plus grave, on abolit la justice sous prĂ©texte que ce n’est qu’une goutte Ă l’Ă©chelle de l’humanitĂ©: tiens, pour la peine, je vais vous supprimer in fine, une vie Ă l’Ă©chelle de la france…
2 avril 2009 à 8:58
Cher Brice Couturier, chers internautes,
Comment en sommes-nous arrivĂ©s Ă des menaces de mort sur ce blog, mĂȘme s’il s’agit seulement d’une blague d’un goĂ»t inqualifiable ?
Ne sommes-nous pas entre gens civilisés ?
J’aimerais pouvoir continuer Ă visiter ce blog et lire vos contributions Ă tous sans me demander avec anxiĂ©tĂ© si nous n’avons pas pendant la nuit passer un nouveau cran dans l’agressivitĂ©.
Les opinions divergent, c’est leur nature. En tant qu’opinions, elles se valent toutes (mĂȘme si du point de vue de leur contenu, je ne le crois pas, mais ce n’est que mon opinion). Acceptons que nous n’avons pas les mĂȘmes opinions sans imaginer que les autres sont des ignorants ou des malveillants.
Bonne journée à tous.
2 avril 2009 à 8:59
Pardon : que nous n’ayions…
2 avril 2009 à 13:13
C’est mĂȘme “que nous n’ayons”, sans “i” (comme soyons, d’ailleurs ; ce sont les deux exceptions.
2 avril 2009 à 14:51
J’ai oubliĂ© de dire que j’adhĂšre entiĂšrement aux propos de RĂ©gine Berthier.
Sauf que je dirais cela autrement : non pas que « toutes les opinions se valent », mais qu’ « elles ont toutes la mĂȘme lĂ©gitimitĂ© », c’est-Ă -dire que le droit dâexprimer son opinion, quelle quâelle soit (sauf les cas prĂ©vus par la loi, Ă©videmment, comme la nĂ©gation de la Shoah, l’incitation Ă la haine raciale ou autres choses semblables) est le mĂȘme pour tous.
Cela dit, il y a des opinions qui sont plus pertinentes que dâautres et câest prĂ©cisĂ©ment Ă faire le tri que sert le dĂ©bat. Il y a deux maniĂšres de le clore : la preuve et le consensus.
Une preuve peut ĂȘtre invalidĂ©e. Par exemple, les preuves que donne Descartes (ou avant lui Saint Anselme de CantorbĂ©ry) de lâexistence de Dieu ne rĂ©sistent pas Ă la critique moderne, mais en lâabsence de preuves du contraire, il nâest pas dĂ©raisonnable de croire en Lui.
En revanche, un consensus ne peut ĂȘtre invalidĂ© que par une preuve de son invaliditĂ© ou, A DEFAUT, par un autre consensus. A une Ă©poque, tout le monde croyait que la terre Ă©tait plate. Quand la preuve a Ă©tĂ© donnĂ©e quâelle Ă©tait (quasi)sphĂ©rique, ce consensus a Ă©tĂ© invalidĂ©. On peut penser quâun vote dĂ©mocratique aurait refusĂ© les conclusions dâEratosthĂšne, mais on voit lĂ prĂ©cisĂ©ment les limites de la dĂ©mocratie.
Au contraire, un consensus comme celui qui prĂ©valait il y a cinquante ans sur le caractĂšre criminel (ou pathologique) de lâhomosexualitĂ© nâexiste plus aujourdâhui. MĂȘme chose pour lâavortement. Personne nâa prouvĂ© quoi que ce soit ; lâopinion majoritaire a changĂ© ; câest tout. Le mariage incestueux nâest toujours pas autorisĂ©, mais lâinceste nâest plus interdit entre adultes consentants. Rien ne permet dâaffirmer que la pĂ©dophilie (voire les deux en mĂȘme temps) seront toujours condamnĂ©s par lâopinion majoritaire. Les enfants sont Ă peu prĂšs tout ce quâil reste de « sacrĂ© », mais pour combien de temps ?
Dans tous les cas, il est vain de croire quâon peut trancher (câest le cas de le dire) en se laissant aller Ă des propos mĂ©prisants, voire prĂ©somptueux, comme ceux que tient « xcorion », qui se situent Ă la limite du supportable. La sagesse, me semble-t-il, est de considĂ©rer la bĂȘtise comme une catastrophe naturelle, ou, Ă tout le moins, comme une intempĂ©rie. Il faudrait trouver contre ce flĂ©au quelque chose dâĂ©quivalent au parapluie ou au paratonnerre⊠EspĂ©rer de la faire disparaĂźtre est illusoire.
En tout Ă©tat de cause, une des caractĂ©ristiques du dĂ©bat dĂ©mocratique est prĂ©cisĂ©ment dâautoriser les imbĂ©ciles Ă exprimer leurs opinions. Si vous les censurez, vous risquez dâavoir des surprises lorsque cette opinion sâexprimera Ă bulletin secret (cf. lâĂ©lection prĂ©sidentielle de 2002, par exemple).
Et puis : qui dit que je ne suis pas moi-mĂȘme un imbĂ©cile ? (il paraĂźt que le seul fait de se poser la question serait dâun bon pronosticâŠ)
Vivons d’espoir…
2 avril 2009 à 17:32
Alerte au Troll !!
Un troll est un utilisateur qui cherche Ă crĂ©er une polĂ©mique en provoquant les participants d’un espace de discussion (de type forum, newsgroup ou wiki) sur un rĂ©seau informatique, notamment Internet et Usenet.
Par mĂ©tonymie, on parle de troll pour un message dont le caractĂšre est susceptible de gĂ©nĂ©rer des polĂ©miques ou est excessivement provocateur, sans chercher Ă ĂȘtre constructif, ou auquel on ne veut pas rĂ©pondre et que lâon tente de discrĂ©diter en le nommant ainsi.
Wikipedia
3 avril 2009 à 10:11
Au sujet de l’Ă©mission du 1/04, sur le statut de beau-parent, j’ai mis une pĂ©tition sur mon blog qui va avec.
Blog : http://blogsperso.orange.fr/web/jsp/blog.jsp?blogID=524211&pos=0
3 avril 2009 à 10:15
Quelles menaces de mort, RĂ©gine Berthier ? Je ne les ai pas vues. Moi, je trouve au contraire ce dĂ©bat passionnant. Ce qu’Ă©crit kenique me donne beaucoup Ă penser.
Au fait, bonne nouvelle, j’ai retrouvĂ© un moyen technique d’Ă©crire des articles sur mon blog. Je mets le dernier en ligne ce week-end.
Merci à toutes celles et à tous ceux qui jugent ce blog digne de lui confier leurs idées, souvent passionnantes.
3 avril 2009 à 13:04
Je crois que pour RĂ©gine Berthier la menace de mort est chez xcorion : “tiens, pour la peine, je vais vous supprimer in fine, une vie Ă lâĂ©chelle de la france⊔
La phrase est obscure, mais je la lis comme une critique de l’utilitarisme, c’est tout…
3 avril 2009 à 15:06
@BriceCout
Je cite xcorion :
“on abolit la justice sous prĂ©texte que ce nâest quâune goutte Ă lâĂ©chelle de lâhumanitĂ©: tiens, pour la peine, je vais vous supprimer in fine, une vie Ă lâĂ©chelle de la france⊔
Il sâagissait sans doute dâune plaisanterie, mais allez savoir. Le problĂšme est que beaucoup de gens Ă©crivent comme on parle. Ils oublient que, Ă lâĂ©crit, disparaissent ce que les linguistes appellent les « Ă©lĂ©ments suprasegmentaux » : ton (notamment : changements de ton), articulation, accentuation, rythme, tempo, suspens, hĂ©sitations (Ă©ventuellement feintesâŠ), gestes, mimiques, etc. , tout ce qui fait la diffĂ©rence entre lire une piĂšce de théùtre et la voir jouer, et, par ailleurs, tout ce qui aurait pu, dans le message de xcorion, en attĂ©nuer le ton mĂ©prisant et prĂ©tentieux (« Sylla dont vous ne connaissez pas la politique », « vous accumulez les propos absurdes », « un minimum de culture juridique pourrait vous apprendre⊠», « relisez Portalis », etc.) et ne pas pousser Ă interprĂ©ter lâenvolĂ©e finale comme gratuitement agressive. Pour nous faire goĂ»ter ce que chacun est prĂȘt Ă considĂ©rer comme un petit chef-dâĆuvre dâironie, xcorion aurait dĂ» faire ce que font les dramaturges : agrĂ©menter sont texte de didascalies⊠Puisquâil aime renvoyer les gens Ă leurs livres de chevet, je lui conseille les « piĂšces de théùtre Ă lire dans un fauteuil », dâAlfred de Musset.
Sur le fond, xcorion reproche Ă Machefert de nĂ©gliger les cas particuliers. Il nây a de science que du gĂ©nĂ©ral. LâĂ©conomie ne peut pas sâintĂ©resser Ă chaque cas particulier. Elle ne peut prendre en compte que les masses. DâoĂč la vanitĂ© de tout discours sur un problĂšme Ă©conomique si on ne dispose pas de chiffres. La mort de Machefert serait (seraâŠ) un drame pour lui et pour ses proches, mais il est vrai que dâun point de vue Ă©conomique, dĂ©mographique, politique⊠ce ne serait (seraâŠ), si cela se produisait (lorsque cela se produiraâŠ), quâun dĂ©cĂšs parmi quelques centaines de milliers dâautres⊠LâINSEE le comptera pour « 1 » dans ses tables. Point barre.
Partant, je suis tout Ă fait dâaccord avec Machefert : redistribuer les salaires des sportifs serait peut-ĂȘtre juste mais inefficace. Câest Ă©norme pour eux, mais trĂšs peu de chose pour les autres.
En revanche, une expression de xcorion mâa laissĂ© rĂȘveur : « sâabriter derriĂšre une lĂ©galitĂ© immorale⊠». Je ne manquerai pas de suivre son conseil et de relire Portalis (je suppose quâil fait rĂ©fĂ©rence à « De lâUsage et de lâabus de lâesprit philosophique »âŠ), cela me rappellera mes jeunes annĂ©es (âŠ), mais je me permettrai de le payer de retour en lui en donnant un autre, celui de relire la « DĂ©claration des droits de lâhomme et du citoyen », qui pose, dans son article 5, que « Tout ce qui nâest pas dĂ©fendu par la loi est autorisĂ© ». Cet article fonde un concept auquel tiennent beaucoup dâentre nous : le principe de laĂŻcitĂ©. En effet, la laĂŻcitĂ©, ce nâest pas seulement la sĂ©paration de lâEglise et de lâEtat, câest la sĂ©paration entre le privĂ© et le public, donc entre la morale et le droit, donc entre la religion et la politique, donc entre lâEglise et lâEtat. Cet article de la DĂ©claration prĂ©cise que ce nâest pas la morale qui dit ce quâil faut faire ou ne pas faire, mais le droit. Je prends un exemple : vous pouvez trĂšs bien VOUS interdire des relations homosexuelles ou une interruption volontaire de grossesse, mais vous nâavez pas le droit de les interdire AUX AUTRES car, sâil se peut que cela VOUS soit interdit par VOTRE morale, ce nâest pas dĂ©fendu par LA LOI, donc, câest autorisĂ©.
Parler de « lĂ©galitĂ© immorale » nâa donc, pour un rĂ©publicain, tout simplement pas de sens. Tout ce quâon peut faire, si lâon considĂšre que percevoir un salaire dâun (ou plusieurs) million dâeuro par mois nâest pas conforme Ă sa propre morale, câest de le refuser si on se le voit offrir… Bernard Arnaud et Zinedine Zidane, eux, ont, semble-t-il, une morale diffĂ©rente. Tant que ce nâest pas illĂ©gal, il nây a rien Ă en dire. On peut militer pour que cela le devienne, mais Ă condition de laisser tranquilles les Zidane et les Arnaud qui, pour lâinstant, nâont rien Ă se reprocher, ou, si vous prĂ©fĂ©rez, Ă qui, pour lâinstant, on nâa rien Ă reprocher (chacun aura saisi la nuanceâŠ).
3 avril 2009 à 15:25
Je trouve aussi le mot de Kenique trÚs intéressant. Ses distinctions et ses formulations sont trÚs utiles pour la réflexion.
De la lecture de sa thĂšse dĂ©coulent deux possibilitĂ©s d’action : l’attitude fataliste, et l’attitude activiste. Le fataliste aura tendance Ă se soumettre Ă ce phĂ©nomĂšne mĂ©tĂ©orologique qu’est “l’opinion majoritaire” ; l’activiste cherchera Ă fabriquer “l’opinion majoritaire”.
Car elle se fabrique ! Les animateurs de think-tanks le savent bien, et l’histoire rĂ©cente est pleine de rĂ©volutions dĂ©mocratiques et non-violentes issues de l’activisme de professionnels de l’influence. Thatcher et Reagan en sont les rĂ©sultats politiques et intellectuels les plus cĂ©lĂšbres.
L’activiste sait qu’il n’y pas de “sens de l’Histoire”, et que rien n’est jamais acquis dans les sociĂ©tĂ©s humaines. L’opinion se manipule, se retourne, se travaille, pour obtenir de la population un assentiment Ă des rĂšgles de conduite nouvelles ou anciennes. En ĂȘtre convaincu ne conduit pas au cynisme, mais Ă une modestie trĂšs socratique. C’est aussi une consĂ©quence d’un rationalisme critique bien pesĂ©.
Quant au paratonnerre anti-bĂȘtise, il a Ă©tĂ© rĂ©inventĂ© par le cĂ©lĂšbre financier Warren Buffet. Celui-ci explique qu’il veille Ă n’investir son argent que dans des sociĂ©tĂ©s qui pourraient ĂȘtre dirigĂ©es par des imbĂ©ciles, “parce que, dit-il, tĂŽt ou tard, ça finit par arriver”.
C’est dans cet esprit que les constitutionnalistes amĂ©ricains du XVIIIĂšme siĂšcle ont bĂąti leurs institutions politiques. Il fallait qu’elles soient indiffĂ©rentes au gĂ©nie ou Ă la mĂ©diocritĂ© de ceux qui les dirigent.
3 avril 2009 à 15:44
@kenique:
Ce que vous dites tient dans le titre d’un dĂ©licieux petit livre Ă©crit par l’anarchiste amĂ©ricain du XIXĂš siĂšcle Lysander Spooner : “Les vices ne sont pas des crimes”.
Si donc recevoir un salaire d’un million d’euros, consommer des stupĂ©fiants ou avoir des relations sexuelles entre adultes consentants n’est certainement pas un crime, j’incline Ă penser qu’interrompre la vie d’un foetus n’est pas un simple vice…
3 avril 2009 à 16:56
Interrompre la vie d’un « fĆtus » est interdit, sauf pour raison mĂ©dicale. Ce qui est « autorisĂ© » (au sens oĂč ce n’est pas dĂ©fendu par la loi), c’est d’interrompre la vie d’un « embryon ». Le peuple souverain (reprĂ©sentĂ© par une majoritĂ© de droite) a dâabord considĂ©rĂ© (en 1975) quâun embryon devenait un fĆtus au bout de dix semaines ; le mĂȘme peuple souverain (reprĂ©sentĂ© par une majoritĂ© de gauche) a dĂ©cidĂ© que cela demandait douze semaines (2001). De sorte que, d’aprĂšs la loi actuellement en vigueur, on devient une personne humaine entre le quatre-vingt-quatriĂšme et le quatre-vingt-cinquiĂšme jour (Ă minuit, je suppose⊠). Mais câest sans doute provisoire (comme toutes les lois, dâailleurs), la moyenne europĂ©enne Ă©tant de quatorze semaines. Les Français ont quinze jours dâavance sur les autres, ce qui nâa rien dâĂ©tonnant, puisque nous sommes les meilleurs.
Commettre un acte immoral nâest pas un « vice », mais une « faute ». Câest rĂ©pĂ©ter souvent la mĂȘme faute qui constitue un vice. Pour ceux qui considĂšrent lâIVG comme une faute, ce nâest un vice que si on le fait souvent. Cela pourrait concerner le personnel mĂ©dical. DâoĂč le droit de retrait. La loi « autorise » un mĂ©decin Ă pratiquer des IVG ; elle ne lây « oblige » pas. NuanceâŠ
Je me permets quand mĂȘme de prĂ©ciser que jâai vivement souhaitĂ©, en son temps, et jâapprouve totalement la loi qui autorise les femmes Ă pratiquer lâIVG.
Jâai connu lâĂ©poque des « faiseuses dâanges » (=avorteuses). Une de mes camarades, lorsque jâĂ©tais Ă©tudiant, sâĂ©tant fait engrosser par un garçon qui sâĂ©tait empressĂ© de disparaĂźtre Ă lâhorizon, et ayant eu recours aux services de ce genre de personne, a fait une septicĂ©mie, a Ă©tĂ© admise Ă lâhĂŽpital, oĂč je lui ai tenu la main, et en est morte. Elle avait dix-neuf ans. Je ne peux pas penser quâune telle chose doive laisser le lĂ©gislateur indiffĂ©rent.
Contrairement Ă ce que cherchent Ă nous faire croire les promoteurs de lâIVG (comment peut-on ĂȘtre « POUR » lâIVG ?), la loi ne fait rien dâautre que « dĂ©pĂ©naliser » lâIVG, ce qui permet de recourir Ă lâhĂŽpital et de faire cela dans de bonnes conditions dâhygiĂšne. Câest une loi de santĂ© publique. Elle ne dit ni le BIEN ni le MAL. Ayant constatĂ© que, chaque annĂ©e, des centaines de femmes mouraient ou devenaient stĂ©riles « Ă la suite de manĆuvres douteuses » (comme aurait dit Brassens) et le lĂ©gislateur a dĂ©cidĂ© de mettre fin Ă lâhĂ©catombe,un point, câest tout. Ensuite, câest Ă chacun de savoir ce quâil en fait.
4 avril 2009 à 18:19
Brice Couturier nous annonce un nouveau thÚme sur son blog le week-end prochain. Nous y sommes. Nous avons pas mal dévié dans nos échanges, et nous avons un peu perdu de vue la question initiale : « ce qui restera de culture aprÚs la crise : un passe-temps de retraité ? ».
Pourquoi pas ? Dans lâAntiquitĂ©, on savait dĂ©jĂ que la Culture supposait le loisir. On pense Ă©videmment Ă SĂ©nĂšque (« de otio », quâon traduit bĂȘtement par « de lâoisivetĂ© »), mais ce quâon sait moins (en tout cas on ne le dit pas) câest que le mot qui signifie « loisir », en grec, est « schola », qui est passĂ© tel quel en latin et a donnĂ© le français « Ă©cole ». Plus tard, je crois que câest Saint Thomas dâAquin qui disait : « Aut libri, aut liberi » (« ou bien les livres, ou bien les enfants »)âŠ
Dans cette perspective, tout est en place pour favoriser la Culture : Ă©cole jusquâĂ vingt-cinq ans, semaine de trente-cinq heures, retraite Ă soixante ans, espĂ©rance de vie de quatre-vingts ans. Plus besoin dâĂȘtre moine. On peut mĂȘme avoir des enfantsâŠ
Passe-temps de retraitĂ©, donc, ENTRE AUTRESâŠ
Mais je voudrais profiter de lâoccasion pour Ă©voquer un problĂšme rĂ©current auquel nâĂ©chappe pas la suite de lâarticle de Brice Couturier, Ă savoir la confusion entre culture et Culture. Avec ou sans majuscule. En fait, il sâagit de deux homonymes (dâoĂč la majuscule, dont la fonction est diacritique, sans plus) dont la confusion me paraĂźt de nature idĂ©ologique.
La Culture, tout court, ce nâest pas la mĂȘme chose que la culture corse (ou populaire, ou bourgeoise, ou africaine, ou mĂ©diĂ©vale).
Lorsquâil est complĂ©tĂ© par un dĂ©terminant dĂ©signant un groupe, une rĂ©gion, une Ă©poque, le mot de « culture » dĂ©signe un ensemble de modes de vie, de façons de penser, de visions du monde, de modes dâexpression, etc. caractĂ©ristiques de ce groupe, de cette rĂ©gion, de cette Ă©poque⊠Il peut sâemployer au pluriel.
Lorsquâil est employĂ© « absolument », câest-Ă -dire soit sans dĂ©terminant (avec lâarticle dĂ©fini : « LA Culture ». Dans ce cas il ne peut sâemployer quâau singulier), soit accompagnĂ© dâun dĂ©terminant exprimant un « degrĂ© » (avec lâarticle indĂ©fini : « UNE grande culture, UNE culture modeste, UNE culture obsolĂšte, etc.), le mot « culture » dĂ©signe ce qui, en chacun de nous, nous fait « homme » (je veux dire « ĂȘtre humain », tous sexes confondus, Ă©videmment, mais surtout, toutes « cultures » confondues).
En latin, les choses Ă©taient claires : le mot qui correspondait Ă notre mot « culture », dans le sens que jâĂ©voque ici, Ă©tait le mot « humanitates », quâon traduisait autrefois par « les humanitĂ©s », mais qui veut dire « tout ce qui concerne lâhomme ». La rĂ©fĂ©rence des « humanistes » Ă©tait le vers cĂ©lĂšbre de TĂ©rence (dans « heautontimoroumenos », le bourreau de soi-mĂȘme): « homo sum mihi nihil humani alienum puto », ce quâon peut traduire par « parce que je suis un homme, je considĂšre que rien de ce qui concerne lâhomme ne mâest Ă©tranger ».
Par goĂ»t pour le paradoxe, on pourrait presque dire que « UNE » culture et « LA » Culture sont antinomiques. Tant quâon reste Ă lâintĂ©rieur de SA culture, on est hors de LA culture. Ce qui peut nous ouvrir sur le monde extĂ©rieur, câest, par exemple, voyager, apprendre des langues Ă©trangĂšres, enrichir sa propre pratique de sa langue maternelle ou de celle de son groupe par la lecture (qui, de plus, nous offre des occasion de dĂ©couvrir des univers de pensĂ©e diffĂ©rents de ceux auxquels nous participons au quotidien), pratiquer ou tout au moins frĂ©quenter les Ćuvres dâart qui nous demandent un effort et qui donc ajoutent quelque chose Ă notre univers.
La culture (avec un « c » minuscule) câest tout ce qui nous forme Ă notre insu, ce qui nous fait le produit de notre environnement et de notre histoire. Tout ce qui nous amĂšne Ă faire de la prose sans le savoir, comme M. Jourdain. Le jour oĂč M. Jourdain dĂ©couvre quâil fait de la prose, et quâon peut sâexprimer autrement, il accĂšde Ă LA Culture. Les rieurs sont ceux qui le savaient dĂ©jĂ et pense que cela les place au-dessus de M. Jourdain (cf. Bergson). Il sait quâil est ignorant ce qui le distingue de beaucoup de nos experts. Son projet est bien modeste. Il veut apprendre lâorthographe. Ha, ha, ha. Paradoxalement, dans « les Femmes savantes », on rit de Chrysale, qui, lui, ne sâintĂ©resse ni Ă la grammaire, ni Ă la poĂ©sie, ni Ă la philosophie, ni Ă lâastronomie (« cette lunette Ă faire peur aux gens⊠») mais seulement « Ă son pot ». Quoi quâil fasse, le bourgeois fera toujours rire. Cela ne date pas dâhierâŠ
La Culture (avec un « C » majuscule), câest donc tout ce qui, justement, nous ouvre sur lâextĂ©rieur. Un esprit cultivĂ©, câest dâabord et avant tout un esprit ouvert. Et, lĂ encore, il faut faire attention Ă la grammaire (comme BĂ©lise). « cultivĂ© » est un mot ambigu. Il peut avoir un sens prĂ©sent et un sens parfait. On croit souvent que, ĂȘtre cultivĂ©, câest un Ă©tat rĂ©sultant dâune action passĂ©e (parfait). Câest ce que signifiait ce mot dâEdouard Herriot : « la Culture, câest ce qui reste quand on a tout oubliĂ© ». Un homme cultivĂ© serait celui qui A FAIT de bonnes Ă©tudes, une fois pour toutes (cf.la mĂ©ritocratie). Câest une aberration. On nâest cultivĂ© que si on se cultive (prĂ©sent). Un champ cultivĂ©, ce nâest pas un champ quâon a cultivĂ© autrefois, câest un champ quâon cultive actuellement. Pour lâhomme, câest pareil. OĂč lâon voit que parmi nos Ă©lites, certaines sont en fricheâŠ
Cela posé, que restera-t-il de culture aprÚs la crise ?
On aura compris que, de mon point de vue, le magasin reste ouvert pendant les travaux. En effet, je ne vois vraiment pas en quoi LA crise empĂȘcherait qui que ce soit de continuer de sâintĂ©resser au monde extĂ©rieur, au contraire. Je pense mĂȘme que câest LA condition Ă laquelle on peut espĂ©rer rĂ©soudre les difficultĂ©s actuelles. Un repli frileux de chacun sur son prĂ© carrĂ© serait le pire des scenarios. Je me fĂ©licite de voir que les participants du G20 ait fait lâimpasse sur le protectionnisme, avatar de la fermeture dâesprit. Etant bien entendu que lâouverture implique de dĂ©finir ces rĂšgles du jeu dont les ultra-libĂ©raux ont cru pouvoir se passer. La jungle, câest pour les singes. Lâhomme est fait pour la citĂ©, câest-Ă -dire pour la loi, seule forme acceptable de lâouverture Ă lâautre, dont lâautre nom est la libertĂ©.
7 avril 2009 à 12:59
Je me cite (je sais, c’est prĂ©tentieux, mais c’est plus commode que de vous renvoyer au post n°70) :
*
relire la « DĂ©claration des droits de lâhomme et du citoyen », qui pose, dans son article 5, que « Tout ce qui nâest pas dĂ©fendu par la loi est autorisĂ© ». Cet article fonde un concept auquel tiennent beaucoup dâentre nous : le principe de laĂŻcitĂ©. En effet, la laĂŻcitĂ©, ce nâest pas seulement la sĂ©paration de lâEglise et de lâEtat, câest la sĂ©paration entre le privĂ© et le public, donc entre la morale et le droit, donc entre la religion et la politique, donc entre lâEglise et lâEtat. Cet article de la DĂ©claration prĂ©cise que ce nâest pas la morale qui dit ce quâil faut faire ou ne pas faire, mais le droit. Je prends un exemple : vous pouvez trĂšs bien VOUS interdire des relations homosexuelles ou une interruption volontaire de grossesse, mais vous nâavez pas le droit de les interdire AUX AUTRES car, sâil se peut que cela VOUS soit interdit par VOTRE morale, ce nâest pas dĂ©fendu par LA LOI, donc, câest autorisĂ©.
*
Il est Ă©vident que, si les officiers qui commandaient les « casques bleus » en Bosnie et au Rwanda avaient pris sur eux AVEC LâACCORD DE LEURS HOMMES (Ă©videmment), dâassurer la protection des populations civiles quâils avaient ordre dâabandonner au massacre, on aurait pu â et mĂȘme dĂ» â leur rendre hommage pour leur hĂ©roĂŻsme, car le hĂ©ros, câest celui qui dit « non » (cf. Antigone), mais leur faire grief dâavoir obĂ©i aux ordres, alors que câest la SEULE chose quâon soit en DROIT dâexiger dâeux, câest un peu fort de cafĂ©. Encore une fois, on confond le DROIT et la MORALE (ou lâĂ©thique, câest plus « in »). « Quâaurais-je fait Ă la place de lâofficier commandant le dĂ©tachement ? », voilĂ la seule question lĂ©gitime. LA LOI me dit que jâaurais dĂ» obĂ©ir aux ordres. Que mâaurait dit MA MORALE ? Evidemment, je nâen sais rien, car ce nâest quâen situation quâon peut prendre de telles dĂ©cisions. Ce que je sais, câest que, en matiĂšre de morale, on nâa pas Ă dĂ©cider pour les autres, et câest la raison pour laquelle la seule chose dont je sois sĂ»r, câest que je nâaurais pas dĂ©sobĂ©i sans lâaccord de mes subordonnĂ©s. La laĂŻcitĂ©, câest aussi cela. Au fait : qui me dira ce quâ « on » entend par « laĂŻcitĂ© positive » ?
PS : jâai lâimpression dâĂȘtre sur une ile dĂ©serte et de lancer une bouteille Ă la merâŠ
7 avril 2009 à 20:59
Non, non, on vous Ă©coute, et mĂȘme avec beaucoup d’attention. MĂȘme si le salon se vide lentement, devant ma lenteur Ă rĂ©diger mon prochain billet…
Reste que personnellement, je n’ai toujours pas digĂ©rĂ© de voir des soldats, nos soldats - gens thĂ©oriquement destinĂ©s Ă dĂ©fendre et se dĂ©fendre - se laisser humilier par la doldatesque serbo-bosniaque ou par les milices hutus, en prĂ©lude aux massacres… ObĂ©ir, c’est bien, mais il y a des moments oĂč il faut savoir interprĂ©ter les ordres en fonction de ce que l’on a sous les yeux. Nous savons tous cela, soldats ou pas.
7 avril 2009 à 21:15
Tout-Ă -fait d’accord.
Personnellement, pas parce que j’ai du courage, mais parce que j’aurais craint d’en traĂźner la honte (pas au regard des autres, mais Ă mon propre regard) toute ma vie, je pense que je n’aurais pas obĂ©i. Mais, encore une fois, c’est au pied du mur qu’on connaĂźt le maçon. J’hĂ©site Ă donner des leçons d’hĂ©roĂŻsme depuis mon canapĂ©, c’est tout.
8 avril 2009 à 10:49
@kenique
Ca me fatigue de devoir reprendre le dĂ©bat sur l’avortement, ça me fatigue… Mais pour rompre votre solitude, je veux bien !
Oublions le point de vue juridique, si vous voulez, sauf Ă rejouer Antigone et rappeler qu’il existe du droit au-dessus des lois, et que 90% de nos rĂšgles de juste conduite sont implicites.
Oublions aussi la mĂ©decine et ses distinctions oeuf/embryon/foetus, puisqu’elle est n’a pas pour objet de nous dire oĂč commence l’existence de la personne humaine.
Oublions encore le droit Ă l’objection de conscience des mĂ©decins, puisque la loi dĂ©sormais les Ă©carte de la direction d’un service d’obstĂ©trique hospitalier s’ils refusent de faire des avortements.
Faisons en passant le sacrifice d’”hĂ©catombe”, car il se retourne facilement contre ses utilisateurs : hĂ©catombe de mĂšres mortes en couches, ou hĂ©catombes d’enfants jamais nĂ©s ?
Parlons donc morale, et commençons par distinguer les actes qui ne portent atteinte qu’Ă moi-mĂȘme ou Ă ma propriĂ©tĂ©, de ceux qui portent atteinte Ă autrui ou Ă sa propriĂ©tĂ©. Sous la plume de Lysander Spooner c’Ă©tait en fait le sens de la distinction vice/crime. Le mot “faute” que vous employez ne convient pas bien non plus, car il contient dĂ©jĂ la responsabilitĂ© du sujet, et mieux vaut ne pas aller jusque dans ces tĂ©nĂšbres… On pourrait en somme mieux dire en parlant de “bien moral” et de “mal moral”, selon le vocabulaire classique de la philosophie morale.
Si vous acceptez de me suivre jusque lĂ , vous apercevez dĂ©jĂ la raison de ma position. La femme qui avorte porte atteinte Ă autrui. C’est donc un mal moral plus grave l’intempĂ©rance, par exemple.
Vous trouverez que je prĂ©suppose peut-ĂȘtre avec trop de lĂ©gĂšretĂ© que ce-qui-est-dans-son-utĂ©rus n’est pas un simple organe de son propre corps. On peut en parler.
J’attire votre attention sur les dĂ©bats des libertariens sur la question :
http://www.quebecoislibre.org/031108-9.htm
8 avril 2009 à 16:56
Que puis-je répondre au post de Jan Laarman ?
OĂč a-t-il Ă©tĂ© chercher que je souhaitais reprendre le dĂ©bat sur lâavortement ? Mon propos nâest absolument pas lĂ , pas plus que je souhaite reprendre le dĂ©bat sur le comportement des casques bleus. Ce que je mets en question, câest le caractĂšre prĂ©tendument universel des jugements portĂ©s, aussi bien sur les femmes qui recourent Ă lâIVG, que sur les soldats de lâONU qui, SUR ORDRE, livrent au massacre des populations civiles.
ParenthÚse : Dans le premier cas, on ne parle pas des hommes qui ont engrossé ces femmes ; dans le second, on ne parle pas des officiers supérieurs qui ont donné les ordres.
Je nâai pas dâavis autorisĂ© pour me prononcer sur ces cas dâespĂšce, mais, en revanche, je me sens fondĂ© Ă rappeler, Ă chaque fois que cela me semble oubliĂ©, que la morale et le droit sont deux choses diffĂ©rentes. Lâune sâimpose Ă tous (le droit) lâautre constitue un choix personnel qui nâengage pas les autres (la morale).
Jan Laarman dit trĂšs justement que « 90% de nos rĂšgles de juste conduite sont implicites ». Pourquoi sont-elles implicites ? Parce quâelles font partie de notre culture et que personne ne les remet en cause. DĂšs quâelles font dĂ©bat, elles ne sont plus implicites (par dĂ©finition) et sâil apparaĂźt que lâaffaire est trop grave pour ĂȘtre laissĂ©e Ă lâapprĂ©ciation de chacun, le lĂ©gislateur remplace par une loi ce qui Ă©tait jusque lĂ une rĂšgle de vie paraissant aller de soi. Lorsque tout le monde est dâaccord, la loi est inutile.
Aujourdâhui, non seulement toutes les injonctions de la morale traditionnelle sont, une Ă une, remises en cause (pardon ! « dĂ©construites »), mais lâarrivĂ©e massive de migrants, issus de cultures trĂšs diffĂ©rentes de la nĂŽtre, met en prĂ©sence des systĂšmes de valeurs difficilement conciliables, voire incompatibles. La loi est le seul remĂšde Ă cette cacophonie et son inflation est inĂ©vitable. OĂč lâon voit que la loi nâest pas autre chose que la morale de la majoritĂ©.
âŠEt encore !
Contrairement Ă ce quâil en Ă©tait dans la quatriĂšme rĂ©publique, dans la cinquiĂšme, la majoritĂ© du parlement ne correspond pas Ă la majoritĂ© des citoyens, dâoĂč un sentiment de plus en plus marquĂ© dâillĂ©gitimitĂ© du lĂ©gislateur, et, partant, du caractĂšre arbitraire de la loi. Cette situation est des plus graves, car si on nâa plus de critĂšres de dĂ©cision en matiĂšre lĂ©gislative, le flottement axiologique qui en rĂ©sulte ouvre la porte Ă la seule loi qui parvienne Ă sâimposer sans lĂ©gislateur : la loi du plus fort. Cela donne la crise actuelle, due Ă lâabsence de rĂ©gulation dans un domaine oĂč la morale ne retient personne. Retour Ă lâĂ©tat de nature, donc. Beau rĂ©sultat pour la civilisation la plus outrecuidante de lâhistoire ! Et il sâen trouve pour appeler cela le libĂ©ralisme. Montesquieu, Tocqueville et Aron doivent se retourner dans leurs tombesâŠ
8 avril 2009 à 17:20
cela signifie t il que vous estimez que les soldats français au Tchad doivent de leur propre chef prendre d’assaut le Soudan pour arrĂȘter un prĂ©sident accusĂ© par une cour internationale et protĂ©ger des populations exposĂ©es ?
cela signifie t il que les casques bleus français aurait du répliquer à Israel à Canna ?
dans un Etat de droit, les questions d’obĂ©issance me paraissent trĂšs complexes
désobéir à un ordre de ne pas intervenir face à un crime est il aussi grave que désobéir à un ordre de faire un acte contraire aux principes fondamentaux ?
malheureusement j’ignore ce que j’aurais personnellement fait
et c’est la raison pour laquelle je ne considĂšre pas que les soldats français sont en cause
il est parfois plus compliquĂ© d’ĂȘtre soldat “de base” que dans un cabinet ministĂ©riel Ă ne rien dĂ©cider
mais c’est un sujet trĂšs intĂ©ressant qui rejoint les rĂ©flexions de Walzer sur la guerre juste
8 avril 2009 à 18:43
@saturnin
Je vous cite
«
Cela signifie t il que vous estimez que les soldats français au Tchad doivent de leur propre chef prendre dâassaut le Soudan pour arrĂȘter un prĂ©sident accusĂ© par une cour internationale et protĂ©ger des populations exposĂ©es ?
Cela signifie t il que les casques bleus français aurait du répliquer à Israel à Canna ?
»
Jâavais pourtant pris grand soin dâexpliquer le contraire, mais on nâest jamais assez explicite. Alors je vais recommencer.
Seule LA LOI sâimpose Ă tous. LA MORALE est un choix individuel qui ne saurait ĂȘtre imposĂ© Ă qui que ce soit. Câest une des bases du pacte rĂ©publicain. LA LOI fait une obligation aux militaires, quel que soit leur grade, dâobĂ©ir Ă leur chef. Câest une des bases du fonctionnement de lâarmĂ©e.
LA MORALE peut, dans certaines circonstances dont lâapprĂ©ciation est lâaffaire de chacun, commander Ă un individu de dĂ©sobĂ©ir Ă la loi. Ce fut le cas, par exemple, des RĂ©sistants, entre 1940 et 1945 en France, qui, comme ceux qui protĂ©geaient les Juifs ou qui permettaient aux aviateurs rescapĂ©s de regagner lâAngleterre, Ă©taient en contravention avec la loi. Sâils Ă©taient pris, ils allaient en camp de concentration ou Ă©taient fusillĂ©s.
Ces gens pensaient (comme Antigone, nâen dĂ©plaise Ă Jan Laarman, mais je revendique le droit de choisir mes rĂ©fĂ©rences) quâil y a des lois (« divines », pour Antigone, disons, plus gĂ©nĂ©ralement « morales ») au-dessus des lois Ă©dictĂ©es par le souverain, fĂ»t-il « le peuple ». Kant leur aurait donnĂ© tort (si jâai bien compris, mais qui peut prĂ©tendre comprendre tout-Ă -fait Kant ?).
Pour ce qui est de la Bosnie, les « casques bleus » avaient pour mission de protĂ©ger les populations civiles. Dans un contexte dont jâignore tout, ils ont reçu lâordre dâabandonner leurs protĂ©gĂ©s et ont obĂ©i Ă cet ordre. Je me tue Ă rĂ©pĂ©ter Ă longueur de blog que personne nâest en rien fondĂ© Ă leur en faire grief, mais quâon aurait pu comprendre que, dans de telles circonstances (que je nâai jamais vĂ©cues) un commandant, tĂ©moin des donnĂ©es concrĂštes de la situation et des risques encourus, se soit posĂ© des questions. Point. Rien ne permet dâaffirmer, dâailleurs, quâil ne se les soit pas posĂ©es.
Ai-je été assez clair ?
Sûrement pas.
9 avril 2009 à 14:53
@kenique :
Pardonnez-moi si j’ai mal compris votre appel Ă un interlocuteur.
On est en tout cas tous deux d’accord sur la distinction morale/droit.
On est aussi tous deux d’accord avec Antigone (si mon allusion Ă©tait Ă©quivoque).
Je me permets d’affiner votre affirmation (”lorsque tout le monde est dâaccord, la loi est inutile”), en prĂ©cisant qu’un conflit peut ĂȘtre rĂ©solu explicitement par contrat, avant d’aller devant le juge. Certes souvent la loi encadre ce mode non judiciaire de rĂ©solution des conflits. Mais au moins le droit des obligations Ă©vite Ă la loi (disposition gĂ©nĂ©rale et abstraite) de se pervertir en rĂšglement (disposition particuliĂšre et concrĂšte). Qu’en pensez-vous ?
Pour tout vous dire, je cherche Ă tenir une position anti-fidĂ©iste en morale. J’entends par lĂ qu’il est de la dignitĂ© humaine que de pouvoir tenter de rendre compte de la rationalitĂ© de ses actes. Vous connaissez la distinction “actes de l’homme” et “actes humains”. Les actes humains sont ceux oĂč l’intelligence et la volontĂ© sont engagĂ©s, les actes de l’homme sont tous les autres. On ne peut commencer Ă parler de moralitĂ© que quand on a affaire Ă un “acte humain”.
Pour cette raison je ne me satisfais pas tout Ă fait de la sĂ©paration loi/morale. La politique Ă©tant un lieu oĂč la parole humaine est partagĂ©e, et oĂč donc elle doit en principe prendre une forme universelle et rationnelle, elle n’est pas Ă©trangĂšre Ă la morale, elle aussi rationnelle, au moins en puissance… Que vous en semble ?
Pour éviter tout malentendu, ceci ne diminue en rien le fait que le jugement particulier demeure ultimement souverain en morale. Mais sauvons la raison pratique !
9 avril 2009 à 14:56
Pardon :”engagĂ©es”
9 avril 2009 à 15:17
Je réagis encore à un pli intellectuel bien français : Montesquieu et Tocqueville seraient les patriarches de la pensée libérale hexagonale.
HĂ©las, de sĂ©rieux arguments s’opposent Ă cette idĂ©e reçue. Brice pourrait moudre du grain lĂ -dessus…
9 avril 2009 à 21:45
@Jan Laarman… et autres…
Vous mâavez bien lu. Je vois avec plaisir que cet Ă©change de balles nâaura pas Ă©tĂ© vain, puisque, manifestement, nous voilĂ rendus sur la mĂȘme longueur dâonde.
Premier point : je salue votre exigence en matiĂšre dâorthographe. On aimerait un consensus en ces matiĂšres. Malheureusement, je constate avec horreur que, moi-mĂȘmeâŠ
DeuxiĂšme point : Ă propos des contrats. Tout-Ă -fait dâaccord pour penser avec vous quâil y a bien des circonstances dans lesquelles le contrat est plus efficace que la loi. En fait, en droit français, le « principe de lĂ©galitĂ© » ne sâapplique avec toute sa rigueur quâau pĂ©nal : on ne peut punir un acte que si câest explicitement prĂ©vu par le code. En revanche, en droit civil, il est impossible de prĂ©voir tous les cas qui peuvent se prĂ©senter dans la vie sociale quotidienne. Devant un fait nouveau (et Dieu sait combien peut en crĂ©er lâimagination humaineâŠ), câest au juge de « dire le droit », en accord avec la loi existante. Par la suite, devant un fait analogue, les autres juges devront prononcer de la mĂȘme maniĂšre, pour que le principe dâĂ©galitĂ© soit respectĂ©. Câest ce quâon appelle la « jurisprudence ». Mais des parties prenantes peuvent sâentendre sur un comportement (pourvu quâil ne soit pas illicite) par contrat. Câest quelque chose dont il convient de se mĂ©fier, car le contrat suppose « consentement », et le consentement ne peut ĂȘtre obtenu de façon lĂ©gitime que si le rapport de forces est Ă©quilibrĂ©, ce qui est loin dâaller de soi. Des Ă©tudes trĂšs intĂ©ressantes ont Ă©tĂ© menĂ©es sur ce problĂšme, qui mĂ©ritent examen. Lâexemple le plus souvent Ă©voquĂ© concerne les rapports sociaux au sein des entreprises. Les salariĂ©s de Clairoix (Continental) aimeraient bien que la loi les protĂšge, car ils ne voient guĂšre comment rĂ©gler leurs problĂšmes par contrat de maniĂšre satisfaisante. Il nâest pas facile dâĂ©tablir un contrat entre le loup et lâagneau. Curieusement, les loups prĂ©fĂšrent la libertĂ©, et les agneaux lâĂ©galitĂ©. BizarreâŠ
TroisiĂšme point, le lien entre la morale et le droit est bien, comme vous lâĂ©crivez, la politique. Faire de la politique, câest (entre autres choses) chercher Ă inscrire les valeurs auxquelles on est attachĂ© (notamment les valeurs morales) dans le droit. Un cas dâĂ©cole est la campagne de Robert Badinter pour lâabolition de la peine de mort. Ce point de notre droit heurtait ses convictions philosophiques ; il a travaillĂ© Ă retourner lâopinion française, mais surtout celle de ses reprĂ©sentants, dans le sens de sa vision du monde ; y Ă©tant parvenu, la peine de mort a Ă©tĂ© abolie (Aux Etats-Unis, il aurait fait un bide). De mĂȘme, Lucien Neuwirth pour la contraception et Simone Weil pour lâIVG (en Iran, cela nâaurait pas marchĂ©). Ces fortes personnalitĂ©s politiques sont parvenues à « construire un consensus majoritaire », comme je lâĂ©crivais dans un prĂ©cĂ©dent post. On voit bien dans ces cas sensibles que la politique a marquĂ© un changement profond dans le systĂšme de valeurs sur lequel repose la sociĂ©tĂ© française. Mais ces Ă©volutions lĂ©gislatives nâont fait quâexpliciter un mouvement de fond LOCAL sans lequel leur combat aurait Ă©tĂ© vain. Je souhaite bonne chance Ă ceux qui veulent « moraliser le capitalisme », câest-Ă -dire construire un consensus MONDIAL sur de nouvelles rĂšgles Ă©conomiques. La diversitĂ© culturelle de notre monde, mĂȘme si elle tend Ă sâharmoniser rendra sans doute ce beau projet difficile Ă rĂ©aliser, ce qui nâempĂȘche pas dâessayerâŠ
Donc, dâaccord avec vous : le droit et la morale, distincts, certes, mais liĂ©sâŠ
10 avril 2009 à 11:53
@kenique
Loup, agneau, libertĂ©, Ă©galitĂ©… Montalembert et les autres. Vous exprimez lĂ la position dominante dans l’opinion. Je pense qu’elle souffre de myopie : elle ne voit que les apparences et les effets de court terme, ceux dont les politiques raffolent, mais elle ne voit pas le plus grave : le conservatisme social.
Je crois avoir dĂ©jĂ Ă©crit sur ce blog que l’Ă©tat-nounou n’a jamais dĂ©plu Ă la “old money”, parce qu’elle fige les positions sociales et les protĂšge de la “new money”. Certes ça n’a l’air Ă premiĂšre vue de ne concerner que les riches. Mais les nouveaux riches Ă©taient des pauvres, “avant”.
Evidemment, je compte beaucoup sur le juge pour vĂ©rifier qu’un contrat ne contienne pas de traces de coercition.
C’est le minimum de l’isonomie. Au-delĂ , je pense qu’on sacrifie le grand nombre (des pauvres) pour le petit nombre (des riches, ou de ceux qui peuvent obtenir des protections spĂ©ciales). Chacun sait qu’un salaire minimum ferme l’accĂšs au travail Ă ceux dont la productivitĂ© est sous ce salaire.
De mĂȘme, les conventions collectives (celles qui sont Ă©tendues aux non-signataires par le gouvernement) poussent salariĂ©s et employeurs Ă les contourner en concluant des contrats parallĂšles (salaires en nature, troc, conditions sans sĂ©curitĂ© juridique, etc). Les universitĂ©s en grouillent, comme l’invitĂ©e d’Ali Badou le racontait ce matin.
Selon la bonne vieille formule de Bastiat, il y a “ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas”. En dĂ©fendant la libre entreprise, je ne dĂ©fends pas les intĂ©rĂȘts de ceux qui sont riches aujourd’hui. Je dĂ©fends les conditions de contestation (pacifique) des positions acquises.
12 avril 2009 à 15:59
Citation de Jan Laarman :
«
Loup, agneau, libertĂ©, Ă©galité⊠Montalembert et les autres. Vous exprimez lĂ la position dominante dans lâopinion. Je pense quâelle souffre de myopie : elle ne voit que les apparences et les effets de court terme, ceux dont les politiques raffolent, mais elle ne voit pas le plus grave : le conservatisme social.
»
Je nâai pas lu Montalembert (ouh, le vilain !). Le peu que je sais de lui ne mâaide pas Ă comprendre votre allusion. Je compte sur vous pour mâĂ©clairer.
Si je vous suis bien, « la position dominante dans lâopinion », autrement dit lâopinion majoritaire « souffre de myopie ». La dĂ©mocratie serait donc un rĂ©gime pernicieux… Il est vrai que Churchill disait que câĂ©tait « le pire des rĂ©gimes Ă lâexclusion de tous les autres », mais tout de mĂȘme. Heureusement, pour Ă©clairer le bon peuple myope (dont je fais partie), il y a les Ă©lites, ceux qui lisent FrĂ©dĂ©ric Bastiat (excellente lecture, au demeurant).
Vous faites allusion Ă lâĂ©mission « les matins » dâAli Baddou de jeudi dernier. En bon libĂ©ral, vous devriez dire Ă ces pauvres prolĂ©taires de lâintelligence quâils se sont fourvoyĂ©s en choisissant dâĂȘtre des travailleurs non-manuels dans un pays qui en regorge, alors quâon manque de plombiers. Pourquoi les architectes (les journalistes, les sociologues, etc.) ont-ils tant de mal Ă sâen sortir ? La rĂ©ponse est Ă©vidente : il y en a trop. Pourquoi mon plombier me fait-il attendre trois semaines avant de rĂ©parer une fuite dâeau et me compte, rien que pour le dĂ©placement, 45⏠(vingt fois plus quâun infirmier : 2,20âŹ) ? La rĂ©ponse est du mĂȘme ordre : il nây en a pas assez. La solution libĂ©rale consiste Ă dire aux intellectuels : essayez la plomberie.
Ce qui fait le prix, câest lâĂ©quilibre entre lâoffre et la demande. Autrement dit, le marchĂ© nâest rien dâautre quâune vente aux enchĂšres. Si lâon ne trouvait pas de balayeurs, on monterait lâoffre de salaire jusquâĂ ce que quelquâun trouve un intĂ©rĂȘt Ă exercer ce si utile mĂ©tier. A condition que cela ne soit pas plus cher que de faire soi-mĂȘme. Je ne parle pas seulement dâargent, bien sĂ»r. Heureusement pour les femmes de mĂ©nage, beaucoup de gens oublient de faire le calcul. Payer 6,84⏠net une femme de mĂ©nage (câest-Ă -dire au SMIC. Si vous en trouvez Ă ce prix-lĂ , faites-moi signeâŠ), cela coĂ»te un peu plus de 15âŹ. Autrement dit, cela ne vaut la peine de faire faire son mĂ©nage par une professionnelle que si on gagne soi-mĂȘme plus de 15âŹ/h (soit 2303,56⏠par mois, pour 35h de travail par semaine, net de charges et dâimpĂŽts), sauf Ă considĂ©rer que le surcoĂ»t rĂ©munĂšre le plaisir quâon a de travailler davantage dans le cadre de son mĂ©tier plutĂŽt que de faire son mĂ©nage soi-mĂȘme. OĂč lâon voit que lâĂ©tat du marchĂ© de lâemploi, en matiĂšre de mĂ©nage, nâest pas le seul critĂšre. Les revenus des employeurs, mais aussi leurs prĂ©fĂ©rences, entrent en ligne de compte. Jâai aimĂ© les diffĂ©rents mĂ©tiers que jâai exercĂ©s. Je nâai pas fait fortune, mais jâaurais pu mâoffrir les services dâune femme de mĂ©nage. Je ne lâai jamais fait parce que, Ă part passer lâaspirateur (Ă cause du bruit), on peut Ă peu prĂšs tout faire dans une maison en Ă©coutant France-Culture ou de la musique et jâai toujours prĂ©fĂ©rĂ© cela plutĂŽt que de faire des heures supplĂ©mentaires, mĂȘme payĂ©es plus de 15⏠(compte tenu des temps de trajets et des frais de transportâŠ).
Autrefois, tous les petits bourgeois dans mon genre avaient une bonne. Aujourdâhui, elles restent chez elles avec le RMI. Câest que, autrefois, on payait les bonnes moins que le RMI (en francs constants). Le pouvoir dâachat du SMIG (ancĂȘtre du SMIC) Ă©tait au dĂ©part infĂ©rieur Ă celui du RMI actuel. Avec mon premier mois de salaire (20000F de 1954), on pouvait se payer Ă peine 8 (huit) disques microsillon 33t/mn (2650F). Qui, en France, accepterait de travailler dans ces conditions aujourdâhui ? DâoĂč les dĂ©localisations. En Chine, et mĂȘme en Europe (Roumanie, TchĂ©quie, etc.) des gens travaillent 48h/semaine pour le RMI français. Comment veut-on que Renault construise ses Logan Ă Billancourt ? Mais certaines activitĂ©s ne sont pas dĂ©localisables. Sauf Ă faire appel Ă des Ă©trangers. CâĂ©tait lâesprit de la directive « Bolkestein » concernant le plombier polonais qui, selon certaine lecture tendancieuse, aurait pu venir travailler en France au tarif de son pays dâorigine. Cela aurait sĂ»rement plu Ă beaucoup de gens (il suffit de les voir se jeter sur les chemises « made in China » Ă 5âŹ), mais sĂ»rement pas aux plombiers françaisâŠ
Malheureusement (pour les balayeurs), il y a, sur le marchĂ© du travail, beaucoup plus de gens capables de remplir cet office, ou dâautres de niveau Ă©quivalent, quâil nây a de besoin (ou mĂȘme dâenvies). Dans ces conditions, si le marchĂ© du travail Ă©tait libre, et si les chĂŽmeurs nâĂ©taient pas indemnisĂ©s, on trouverait des gens qui, pour manger, accepteraient de balayer pour trois francs six sous, comme au Maroc (le paradis des retraitĂ©s français, paraĂźt-il). A cause du SMIC, câest interdit, mais Ă cause du RMI, câest impossible. Pourquoi travailler pour moins que ce quâon gagne Ă ne rien faire ? Câest la raison pour laquelle on a inventĂ© le RSA. Cela permet de travailler pour pas cher, tout en gardant lâindemnitĂ© de chĂŽmage. GĂ©nial, non ?
LâĂ©conomie libĂ©rale dit que ces gens nâont quâĂ faire autre chose. Câest une absurditĂ©. Pour faire autre chose quâun travail non ou peu qualifiĂ©, il faut se qualifier (je cite La PaliceâŠ).
Trois cas de figure :
Premier cas : on nâa aucune qualification. Ce qui caractĂ©rise beaucoup des personnes non qualifiĂ©es, câest quâelles sont incapables de se qualifier, soit parce quâelles nâont pas les aptitudes (gĂ©nĂ©tique ? Ă©ducation ? le dĂ©bat a encore de beaux jours devant luiâŠ), soit parce quâelles nâont pas cultivĂ© ces aptitudes lorsquâil en Ă©tait encore temps. Tous les savoir-faire ont un Ăąge optimal dâacquisition. AprĂšs, câest beaucoup plus (et de plus en plus) difficile, voire impossible.
DeuxiĂšme cas : on a une qualification, mais elle est obsolĂšte. Par exemple on est charron. Câest un mĂ©tier trĂšs qualifiĂ©, mais devenu quasiment inutile. Si on nâa pas cultivĂ© lâaptitude Ă acquĂ©rir des compĂ©tences, surtout dans un domaine diffĂ©rent, au cours de sa vie (et reconnaissons que cela nâa jamais Ă©tĂ© le souci principal des charrons), il devient difficile, Ă partir dâun certain Ăąge, de retourner Ă lâĂ©cole, fĂ»t-ce mĂ©taphoriquement.
Dans ces deux cas, câest le RMI ou la mort, Ă moins dâĂ©migrer en Ukraine, mais je ne suis pas sĂ»r que les Ukrainiens en seraient ravis.
TroisiĂšme cas : on voit des gens se plaindre parce quâils ne trouvent pas de travail avec BAC+5 ou davantage. Ce qui compte, ce nâest pas le niveau, câest le contenu. Le niveau ne compte quâĂ contenu identique. Il est Ă©vident quâon trouve plus facilement du travail (ce qui ne veut pas dire un emploi. On peut aussi chercher des clients) avec BAC+2 en plomberie quâavec BAC+8 en littĂ©rature syriaque⊠Pourquoi nos universitĂ©s sont-elles bourrĂ©es de gens qui sâorientent vers les lettres ou les prĂ©tendues-sciences humaines, alors quâon sait que cela ne mĂšne Ă rien, sinon Ă se retrouver caissiĂšre Ă C*** avec une licence (ou facteur Ă Neuilly. Et aprĂšs tout, pourquoi pas ?). Le problĂšme, câest que, grĂące Ă la dĂ©mocratisation de lâenseignement, la plupart de ceux, et ils sont nombreux, qui sont capables de faire des Ă©tudes universitaires en font effectivement. Autrefois, 3% de bacheliers dans une classe dâĂąge (comme la mienne, par exemple) suffisaient Ă fournir les cadres nĂ©cessaires au fonctionnement de lâĂ©conomie. Jâadmets quâil en faut davantage aujourdâhui, mais pas vingt fois plus⊠Il faudrait donc, pour ceux-lĂ , rĂ©habiliter la distinction entre le mĂ©tier et le violon dâIngres. On apprend un mĂ©tier ouvert, pour gagner sa vie (en trente-cinq heures) et on fait PARALLĂLEMENT, des Ă©tudes de littĂ©rature syriaque auxquelles on consacre le temps que dâautres passent devant leur tĂ©lĂ©vision ou au bistrot (ce qui est leur droit le plus strict, mais les prĂ©pare mal Ă une adaptation ultĂ©rieure au marchĂ©). Ceux qui veulent vivre de leur violon dâIngres ont du souci Ă se faire. Combien de jeunes gens qui espĂšrent y parvenir ! Jâadmire ceux qui sâaccrochent et finissent par atteindre leur but, mais quelle hĂ©catombe !
OĂč lâon voit que le libĂ©ralisme, cela ne se prĂ©sente pas aujourdâhui comme au temps de Turgot et Destutt de Tracy (ou BastiatâŠ), car, Ă une Ă©poque oĂč le progrĂšs technique Ă©tait embryonnaire, lâoffre de travail non qualifiĂ© Ă©tait trĂšs importante. Quant Ă lâoffre de travail qualifiĂ©, elle Ă©tait relativement stable. On pouvait naĂźtre et mourir dans un rayon de 300m et y exercer toute sa vie le mĂȘme mĂ©tier Ă peu prĂšs de la mĂȘme façon, voire de pĂšre en fils. Il suffisait dâĂȘtre courageux et en bonne santĂ© pour gagner sa vie (surtout courageux, dâailleurs, car, au sens actuel, peu de gens Ă©taient en bonne santĂ©). Aujourdâhui, la rapiditĂ© avec laquelle les technologies Ă©voluent demande aux habitants des pays dĂ©veloppĂ©s des efforts dâadaptation et de renouvellement qui exigent une culture beaucoup plus ouverte et diversifiĂ©e que celle quâon dispense dans les mĂ©dia (Ă©cole comprise). Pourquoi est-on beaucoup moins exigeant aujourdâhui quâautrefois Ă lâĂ©cole, alors que la vie lâest beaucoup plus ? Pourquoi, dans un moment oĂč il faudrait inciter les gens Ă se tenir constamment en Ă©veil, cherche-t-on Ă les endormir ? Il y a lĂ un mystĂšre dont je ne trouve nulle part lâexplication.
Câest encore un coup de la TrilatĂ©raleâŠ
12 avril 2009 à 21:01
J’ai Ă©crit Montalembert ? Zut, c’Ă©tait Lacordaire, un autre catho romantique, que j’avais en tĂȘte : “Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maĂźtre et le serviteur, c’est la libertĂ© qui opprime et la loi qui libĂšre”.
Je dĂ©teste cette citation parce qu’elle nĂ©glige le fait qu’il n’y a jamais eu de libertĂ© sans loi, ni pour Turgot, ni pour Hayek ! D’oĂč l’hostilitĂ© de tant de chrĂ©tiens au libĂ©ralisme, et avec eux de tant d’occidentaux.
16 avril 2009 à 19:35
à propos du débat du 15 avril sur le LHC (rapport indirect, mais réel avec la culture et la crise).
“L’univers a un Ăąge”, nous dit SĂ©bastien Balibar.
Qu’est-ce Ă dire? Qu’il a une date de naissance (que nous l’appelions “Big bang” ou d’un autre nom)? Mais toute date ne s’inscrit-elle pas DANS le temps, relativement aux Ă©vĂ©nements ayant eu lieu aprĂšs, mais aussi… Avant? Autrement dit: un “commencement” n’est-il pas nĂ©cessairement le commencement “de quelque chose” par rapport Ă “autre chose”?…
VoilĂ de quoi provoquer des nuits blanches… Mais il me semble que l’on peut aborder la question diffĂ©remment.
De la mĂȘme maniĂšre que la vitesse de la lumiĂšre (c) est Ă la fois finie (299 792 458 m/s) et infinie - puisqu’aucun objet dotĂ© d’une masse ne pourra jamais l’atteindre (dĂ»t-il accĂ©lĂ©rer indĂ©finiment), c Ă©tant identique pour tout observateur quelle que soit sa vitesse propre (voir Einstein) mĂȘme si cette derniĂšre est de 299 792 457 m/s -, on pourrait considĂ©rer ce “commencement” comme Ă la fois prĂ©cisĂ©ment situĂ© (”il y a 13,7 milliards d’annĂ©es”) et infiniment Ă©loignĂ©.
Il suffit de constater que la recherche en physique des particules s’intĂ©resse Ă un univers de plus en plus “jeune”, Ă des temps de plus en plus infinitĂ©simaux aprĂšs le Big Bang, sans espoir de jamais atteindre celui-ci qui n’est autre que l’Infini de tout (infinis de densitĂ© et d’Ă©nergie, l’Univers entier rĂ©duit Ă un point…). D’oĂč, Ă mon sens, l’absurditĂ© relative de l’affirmation selon laquelle le but du LHC serait d’Ă©tudier des phĂ©nomĂšnes physiques s’Ă©tant produits “Ă une Ă©poque trĂšs proche du Big Bang”- puisque des instants situĂ©s Ă une fraction de seconde toujours plus infinitĂ©simale aprĂšs le Big Bang seront toujours infiniment Ă©loignĂ©s de cet “instant zĂ©ro” - qui est tout Ă la fois (en quelque sorte) “moins l’infini”…
On peut ainsi se reprĂ©senter la durĂ©e sĂ©parant l’”Instant 0″ de tout instant t comme aussi invariable, et infinie, que la diffĂ©rence de vitesse entre celle de la lumiĂšre et celle de n’importe quel corps dotĂ© d’une masse. “Un instant proche de celui du Big Bang” n’a dans ce cas aucun sens, non plus d’ailleurs qu’”une vitesse proche de celle de la lumiĂšre”…
Or, toute observation, tout rĂ©sultat obtenu grĂące au LHC ou Ă n’importe quel autre appareil (fĂ»t-il grand comme une galaxie) ne peut ĂȘtre que “fini”: la VĂ©ritĂ© poursuivie restera donc toujours hors d’atteinte…
Construirons-nous indéfiniment des dispositifs de plus en plus faramineux, sans espoir de jamais atteindre cette Vérité ?
Ou ne vaudrait-il pas mieux revenir Ă la bonne vieille mĂ©ditation (ou contemplation), mieux adaptĂ©e Ă notre condition d’ĂȘtres finis ?…
17 avril 2009 à 14:39
@Charles
Vos derniers commentaires m’ont fait penser au magnifique dialogue Rieux/Tarrou dans La Peste:
“- AprĂšs tout ? dit doucement Tarrou.
- AprĂšs toutâŠ, reprit le docteur, et il hĂ©sita encore, regardant Tarrou avec attention, câest une chose quâun homme comme vous peut comprendre, nâest-ce pas, mais puisque lâordre de monde est rĂ©glĂ© par la mort, peut-ĂȘtre vaut-il mieux pour Dieu quâon ne croie pas en lui et quâon lutte de toutes ses forces contre la mort, sans lever les yeux vers le ciel oĂč il se tait.
- Oui, approuva Tarrou, je peux comprendre. Mais vos victoires seront toujours provisoires, voilĂ tout.
Rieux parut sâassombrir.
- Toujours, je le sais. Ce nâest pas une raison pour cesser de lutter.
- Non, ce nâest pas une raison. Mais jâimagine alors ce que doit ĂȘtre cette peste pour vous.
- Oui, dit Rieux. Une interminable dĂ©faite.”
Bien sĂ»r, la recherche de “la VĂ©rite” est une “interminable defaite” mais la recherche scientifique nous permet d’en savoir toujours un peu plus et de dĂ©velopper de nouvelles applications dans la vie quotidienne. Ainsi les progrĂ©s de la physique quantique nous ont apportĂ© l’ordinateur portable.
18 avril 2009 à 12:38
Je ne suis pas contre la recherche scientifique !! Bien au contraire…
Ce qui me gĂȘne, c’est qu’on ait recours pour la justifier auprĂšs du public Ă des arguments aberrants, repris trĂšs sĂ©rieusement par les mĂ©dias; c’est qu’au lieu de respecter le public en tĂąchant de lui faire prendre part (un minimum) Ă une grande aventure qui nous concerne tous, on l’en exclue d’emblĂ©e par un discours officiel prĂ©supposant son inintelligence. Qu’on “nous” traite, en somme (quoique de maniĂšre assez subtile), comme un troupeau - tout en continuant Ă dĂ©fendre lyriquement la DĂ©mocratie.
Pour ĂȘtre tout-Ă -fait clair, il s’agit me semble-t-il d’un exemple pas si marginal qu’il n’y paraĂźt de ce qui fait de nos sociĂ©tĂ©s de fausses dĂ©mocraties, et les rend potentiellement dangereuses.
Merci pour ces quelques lignes d’Albert Camus !
18 avril 2009 à 21:56
De rien, Charles. Cela nous rappelle que les intellectuels de l’aprĂšs-guerre avaient quand mĂȘme un autre niveau que ceux d’aujourd’hui !
En ce qui concerne votre analyse de notre société du spectacle/fausse démocratie,je vous rejoins complétement.
J’ajouterai nĂ©anmoins deux elements:
1. Il me semble que ce comportement des dĂ©cideurs n’est pas nouveau et que la manipulation sous toutes ses formes est vielle comme le monde. La dĂ©mocratie impose Ă ces dĂ©cideurs des formules plus subtiles comme vous dites, mais cela reste des manipulations, bien relayĂ©es par les medias.
2. De Gaulle a dit des francais que c’etaient des veaux. (Vote allusion au troupeau m’y a fait penser). Je pense qu’une certaine faineantise intellectuelle fait que beaucoup de gens aiment la facilitĂ© et donc les “analyses” Ă l’emporte-piece. (Voir l’exemple des “trous noirs” du LHC)
Ceci dit, en tant qu’individu, je pense que l’on peut Ă©chapper Ă cette mĂ©diocritĂ© et se choisir des sources d’information plus intelligentes. Et pour cela, France Culture est un trĂšs grand media.
19 avril 2009 à 9:39
« Laudator temporis acti ; contemptor praesentis »
Je rappelle Ă Alain Machefert que les intellectuels dâaprĂšs guerre sont, pour la plupart dâentre eux, passĂ©s par le PCF, au moins comme compagnons de route, et que, aprĂšs avoir enfin ouvert les yeux sur la rĂ©alitĂ© du rĂ©gime soviĂ©tique, ils sont allĂ©s les refermer sur celle du rĂ©gime maoĂŻste. Vous parlez dâun niveau !
Bien sĂ»r, Camus nâĂ©tait pas de ceux-lĂ , mais, quant Ă dire que ceux dâaujourdâhui ne seraient pas Ă la hauteur, Ă©coutez France-Culture. Je suis stupĂ©fait de voir combien de gens, non seulement passionnants mais surtout compĂ©tents, les producteurs de cette chaĂźne sont capables de dĂ©nicher, notamment dans les universitĂ©s. Auditeur rĂ©gulier de « du grain Ă moudre », mais aussi du « bien commun », des « nouveaux chemins de la connaissance », des « vendredis de la philosophie », de « questions dâĂ©thique », de « rĂ©pliques », etc., lâĂ©tat de la pensĂ©e française actuelle ne mâinquiĂšte pas le moins du monde. Mais, câest sĂ»r, il nây a plus de vedettes. Rien dans le paysage mĂ©diatique actuel qui « fonctionne » comme un Jean-Paul Sartre. Faut-il le regretter ? Il ne fallait pas « dĂ©sespĂ©rer Billancourt », quâil disait. Vous avez vu Billancourt, rĂ©cemment ?
Quant au texte que cite Charles, je ne suis pas du tout Ă©patĂ©. Pourquoi Rieux parle-t-il dâune « interminable dĂ©faite ». Le simple fait de continuer de lutter est en soi une victoire de tous les instants. La dĂ©faite, câest seulement lorsquâon baisse les bras. Pour rester dans Camus, je prĂ©fĂšre la derniĂšre rĂ©plique de Caligula (avant de mourir de je ne sais plus combien de coups de poignard) : « je suis encore vivant ! ». On nâest jamais mort. On est vivant ou on nâest plus. Un cadavre, ce nâest personne ; câest une chose. « Mort, oĂč est ta victoire ? »
Dans le film « la Bataille des Ardennes », le colonel HĂ€sler dit Ă son ordonnance Konrad : « nous ne gagnerons jamais la guerre ; ce quâil faut, câest tenir ». Son combat nâĂ©tait pas lĂ©gitime mais, en revanche, « vivre » est une guerre juste, dans laquelle la pertinence de cet aphorisme me paraĂźt aveuglante.
20 avril 2009 à 8:01
@kenique
Quelques précisions/commentaires:
Dans les intellectuels, je pensais aussi bien Ă Camus et Sartre qu’Ă Raymond Aron et Françcois Mauriac, ce qui reprĂ©sente trois Prix Nobel de LittĂ©rature !
J’ai conscience qu’il y aient des gens de qualitĂ© aujourdh’hui mais je doute qu’ils possedent cette crĂ©ativitĂ© multiforme, littĂ©rature, journalisme, philosophie, thĂ©atre.
Quand au texte de Camus, il dit exactement la mĂȘeme chose que ce que vous dĂ©crivez, juste au dessus de la derniĂšre phrase, qui me semble ĂȘtre une phrase constat, la “tragedie” de la condition humaine, qui n’empĂšche pas la lutte et le combat.
C’Ă©tait deja illustrĂ© dans la fin du Mythe de Sisyphe:
« La lutte elle-mĂȘme vers les sommets suffit Ă remplir un cĆur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »
8 mai 2009 à 20:55
Je rĂ©agis Ă l’Ă©mission : Le multiculturalisme s’imposera ât âil comme le modĂšle politique du XXIĂšme siĂšcle ?
Le sujet etait un peu ambitieux et je ne suis pas sĂ»r d’avoir compris ce qui Ă©tait entendu par multiculturalisme au cours de l’Ă©mission, sinon nĂ©gativement lorsqu’ Esther Benbassa a prĂ©cisĂ© qu’il ne s’agissait pas d’accepter par exemple l’excision (me semble-t-il)
Le schĂ©ma de l’Ă©mission Ă©tait quand mĂȘme assez simple, avec d’un cĂŽtĂ© Esther Benbassa comme dĂ©fenseur du multiculturalisme, et de l’autre, ĂŽ originalitĂ©, un quĂ©bĂ©cois, et nĂ©anmoins canadien, hostile Ă ce mĂȘme multiculturalisme.
Ce qui ressortait implicitement du dĂ©bat c’est qu’on avait d’un cĂŽtĂ© “une” culture, française (?), canadiennoquĂ©bĂ©coise (?), et de l’autre d’ “autres” cultures, “immigrĂ©es” (?) et que le multiculturalisme consistait donc Ă savoir quelle part “la” culture d’accueil pouvait tolĂ©rer “des” cultures immigrĂ©es.
Je vois que votre prĂ©sentation sur le site fait partir l’idĂ©e de l’Ă©mission d’une histoire de voile et de kirpan.
Comme ni l’Etat français , ni l’Etat canadien n’ont pour projet d’interdire les religions, on pourrait penser que la question du multiculturallisme se rĂ©duit en fait Ă savoir si et oĂč on peut porter le voile ou le kirpan.
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Il y a une constante dans les Ă©missions intellectuelles, sur France-Culture (??) comme ailleurs, c’est de fonder les dĂ©bats sur une opposition entre “un” “autochtone” (?) et “des” “immigrĂ©s-habitant-les-banlieux”, entre un “Soi” et un “Autre”, le “Soi” Ă©tant un «je-ne-sais-quoi» parisien intra-muros, Ă©ventuellement originaire de «Province» (?), et habitant parfois la «Province» (?). Dans ces dĂ©bats, c’est toujours le «Soi» qui parle, certains «Soi» prenant la dĂ©fense de l’«Autre» (comme Esther Benbassa dans le dĂ©bat en question). «Soi» et «Soi» dĂ©batent d’un «Autre». «Soi» est pluriel, ou au moins double, l’ «Autre» est singulier et n’a pas la parole (ça me rappelle que BĂ©cassine Ă©tait dessinĂ©e sans bouche.
Dans votre prĂ©sentation de l’Ă©mission, ce qui suit est en effet juste :
«Les deux pays occupent des positions extrĂȘmes quant Ă la façon d’articuler l’universel et le particulier. Le discours français, mĂȘme si la pratique est plus ambiguĂ«, continue de se fonder sur un principe de stricte indiffĂ©renciation des citoyens, sur la non-reconnaissance des diffĂ©rences. Les Canadiens, eux, ont renoncĂ© depuis les annĂ©es 70 Ă ce point de vue assimilationniste fort.»
Mais il y a un «AUTRE» (en fait plusieurs AUTRES) qui passe systĂ©matiqueemnt Ă la trappe dans ces dĂ©bats politico-culturels. Un «Autre» qui est ignorĂ©, dĂ©libĂ©remment oubliĂ©, peut-ĂȘtre pour des raisons qui peuvent variĂ©es.
S’il existe un «quelque chose» qui est fondamental dans une culture, c’est la langue dans laquelle cette culture s’exprime. Et Ă ce que je sache, il existe sur le territoire «administratif» français plusieurs langues, des langues qui y sont parlĂ©es depuis plus longtemps que l’Etat français existe. Plusieurs langues, donc plusieurs cultures. MĂȘme chose au QuĂ©bec, et plus gĂ©nĂ©ralement au Canada (et dans le monde entier).
Quand je vois tous ces dĂ©bats sur le multiculturalisme se rĂ©duire finalement Ă la question du voile, j’Ă©prouve un sentiment …, comment dire, … bizarre.
L’Etat français est assimilationniste, en effet. Surtout depuis la RĂ©volution. La RĂ©volution française a dĂ©cidĂ© que la seule langue de la RĂ©publique serait le français et qu’il fallait dĂ©truire toutes les autres langues, et par consĂ©quent les cultures qui allaient avec, et des maniĂšres diffĂ©rentes de penser. Une seule langue, une seule maniĂšre de pensĂ©e. Le breton Ă©tait qualifiĂ©e de langue vĂ©hiculant le fĂ©dĂ©ralisme et la superstition !!
La RĂ©publique existe toujours, la volontĂ© de dĂ©truire ces «autres» langues Ă©galement, mĂȘme si l’Ă©tat piteux dans lequel elles sont rendues rend certains plus tolĂ©rants Ă leur Ă©gard, le contexte international, les textes de l’Unesco sur le respect des cultures ne permettant plus non plus de faire n’importe quoi.
La culture, et surtout la langue, n’est pas dissociable de la politique. Imposer une langue unique est pour un Etat une maniĂšre de se simplifier les choses , un moyen de domination. L’Etat chinois actuel impose le mandarin comme langue de la rĂ©publique de Chine, pas seulement au Tibet mais sur l’ensemble de la Chine, sur le modĂšle de l’Etat français (et anglais ?) avec peut-ĂȘtre plus de tolĂ©rance malgrĂ© tout pour les langues minoritaires que n’en a eu l’Etat français.
Je n’ai jamais compris comment on pouvait se dire de gauche et chercher Ă tuer des langues, ce qui est pourtant le cas de la gauche en France depuis la RĂ©volution (il est vrai qu’elle Ă©tait aussi colonialiste).
La langue bretonne n’est pas morte, mĂȘme si a Ă©couter france-culture on pourrait penser que si (le basque non plus, le corse non plus, …)
Mais elle est en danger, et france-culture, comme les Ă©lites parisiennes en gĂ©nĂ©ral, ne participe pas Ă la sauver (litote !) (le tibĂ©tain les rend plus sensible, allez savoir pourquoi). Sur France-culture, au mieux, c’est le silence et l’ignorance, le qui-ne-dit-mot-consent.
En france rĂšgne le jacobinisme, dont l’un des mĂ©faits est la volontĂ© de destruction de langues et de cultures. Et le jacobinisme n’est pas seulement le fait du monde politique, mais du monde intellectuel, administratif, Ă©ducationnel, mĂ©diatique, et mĂȘme en partie artistique.
Vive le multiculturalisme ?
5 novembre 2009 à 18:45
Quel rapport entre la démocratie Vénézuélienne et les régimes totalitaires ?
Rien.
C’est comme si on confondait Nicolas Sarkozy avec Mussolini. De grĂące cessez ces amalgames assourdissants.
Le but de votre émission est cependant remplie. Faire en sorte que le progressisme démocratique soit refuser au nom du totalitarisme.
Bien jouĂ©. A l’heure oĂč la Droite nĂ©o-conservatrice vient de faire un putsch au Honduras et assassine un certain nombre d’ opposants, vous attaquez la dĂ©mocratie VĂ©nĂ©zuĂ©lienne.
Bien jouĂ©. L’essentiel est atteint. C’est franchement dĂ©gueulasse mais votre mission est remplie. Nous n’avons le choix qu’entre DSK & N.Sarkozy. Le FMI est sauvĂ© et l’empire financier avec lui. ( Ridicule ).
6 novembre 2009 à 16:44
Ah parce que si le “progressisme dĂ©mocratique”, c’est Hugo Chavez, le censeur en chef du VĂ©nĂ©zuĂ©la, alors oui, effectivement, je prĂ©fĂšre “l’impĂ©rialisme amĂ©ricain” avec Obama !