Il est bien difficile de se faire une idée juste de ce qu’est la prison. Parce que cet univers si particulier est l’objet de projections, qui nous renseignent bien davantage sur les fantasmes de l’auteur du propos que sur la réalité qu’il est censé décrire. C’est particulièrement vrai des journalistes : on nous a rapporté le cas de caméramen de TF1, cherchant vainement des grilles aux fenêtres des cellules, découvrant qu’elles n’en ont plus - elles sont équipées de caillebotis - et finissant par juxtaposer un intérieur de cellule avec des fenêtres de locaux administratifs, afin de fabriquer ce qu’ils avaient en tête, au mépris de la réalité. L’image que nous faisons de certaines institutions est surinvestie par les poncifs de la culture ambiante. C’est d’autant plus vrai de la prison. De la littérature, du cinéma, nous viennent des clichés romantiques - aux antipodes d’une réalité marquée au contraire par le prosaïsme de la saleté, de l’ennui, de la routine. Fan de Johnny Cash, j’étais arrivé, moi aussi, avec en tête des images de mon idole recrachant publiquement l’eau de son gobelet lors de son mémorable concert à Folsom… Aussitôt les portes refermées, la prison m’a semblé autrement moins romantique !
Il y a 61 076 détenus dans les prisons françaises. 96 % sont de sexe masculin. Contrairement à ce que répètent la plupart des média, c’est un pourcentage de la population globale plus faible que celui de la plupart des pays européens comparables. Nous sommes autour de 1 pour 1 000, loin derrière les Britanniques ou les Espagnols qui sont aux alentours de 1,5 pour 1 000 , derrière les Allemands et les Italiens - sans parler du cas-limite des Etats-Unis, avec leurs 2 millions de détenus ! Et il faut répéter que la nette augmentation de ces détentions ne tient pas tant au caractère “sécuritaire” des lois,, ou au sadisme des juges qu’à la progression constante de la délinquance, de la violence en particulier, au cours des trois dernières décennies. Reste que les critiques de la prison ont raison sur un point, essentiel à mes yeux : la prison ne joue pas le rôle essentiel qui devrait être le sien - protéger la société contre la délinquance . D’abord parce que nos 195 établissements pénitentiaires n’offrent que 50 610 “places opérationnelles”. Ils sont donc surpeuplés. Or la peine de prison, si elle suppose la privation de liberté, ne suppose pas la torture que constitue la négation de toute intimité. Il me semble que 1° la prison ne dissuade plus, 2° qu’elle ne réinsère pas. Je n’en conclus pas, comme d’aucuns, qu’il convient par conséquent de la supprimer - pour la remplacer par quoi ? -, mais qu’il y a urgence à la réformer, et en profondeur. D’après ce que j’en ai vu, je ne conçois pas comment on pourrait en sortir amendé, réinséré dans la société et en paix avec elle.
La prison, me semble-t-il, a trois fonctions. D’abord assurer l’exécution d’une peine, établie par les représentants du peuple (le Parlement) et prononcée par la justice au nom de la société. Comme le proclame notre Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, “Nul homme ne peut être accusé, arrêté, ni détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu’elle a prescrites.” (article 7) C’est une question de responsabilité personnelle. Chacun doit répondre de ses actes. Deuxièmement, la prison doit défendre la société contre ceux qui la menacent d’anomie, de chaos. Rappelons à certains idéalistes dangereux qu’il n’est rien de pire au monde qu’une société sans Etat, ni juges, ni policiers, ni prisons…. Ceux qui ont la témérité de se rendre en Somalie, pour donner un exemple, peuvent témoigner du niveau de sauvagerie auquel peut tomber une société sans Etat, ni appareils répressifs. La loi des bandes, des seigneurs de guerre, des pirates et des pillards ne connaît ni procédures, ni code fixe. Sa cruauté est sans limites. Troisièmement, la prison devrait permettre la réinsertion des personnes condamnées.
Mais comment pourrait-elle y parvenir quand les personnes qu’elle reçoit n’ont intériorisé aucune norme sociale de base ? Avant de réinsérer, il faudrait commencer par insérer, nous a expliqué quelqu’un. La majorité des détenus sont jeunes. Ils sont en échec scolaire, victimes de graves carences affectives. Leur représentation spontanée des rapports hommes-femmes repose largement sur l’image qu’en donne la pornographie. Leur niveau culturel est désastreux, limité aux programmes les plus médiocres d’une télévision qu’ils regardent du matin au soir, en cellule. Certains détenus disposent de chaînes stéréo hyper-puissantes, qu’ils disposent sur leur fenêtre. Le rap, aux paroles pleines de haine, que vômit ces hauts-parleurs empêche, paraît-il, de dormir, ceux qui ont décidé de se rendre, tôt le matin, dans les ateliers. Ils ont en commun une culture de la violence qui, bien sur, s’exprime aussi dans le cadre de leur détention. Nous avons pu le constater à chacun de nos déplacements. Dés que nous devenions visibles, dans ces décors ahurissants de béton couvert de “concertinas” (barbelés équipés de lames de rasoir), de terrain vague et de fils anti-hélicoptères), nous étions immédiatement insultés. Et l’extrême pauvreté de ces insultes (en gros limitées à “enculés” et à “bâtards”) témoignaient suffisamment de la pauvreté intellectuelle et morale des malheureux garçons encagés au-dessus de nos têtes. En les rassemblant ainsi dans des espaces réduits, entre rap et télé, imagine-t-on leur rendre quelque dignité ? Les amener à intégrer les normes sociales de base ?
On nous a rapporté les brimades et violences dont sont systématiquement victimes les condamnés à certains délits, sexuels notamment. Il existe, en effet, une hiérarchie au sein des détenus. Au sommet, ceux qui se prévalent des motifs “politiques” de leurs infractions - fussent-ils terroristes. Juste en-dessous, les criminels et en particulier, les auteurs de crimes passionnels. Mais les violeurs constituent le bas de l’échelle. Et les pédophiles subissent une sorte très particulière de “double peine”, dans la mesure où leurs codétenus se chargent de faire de leur vie en prison un véritable enfer. Entre autres, m’a-t-on assuré, il est considéré comme “normal” (entendre pas homosexuel !) de les violer… De nombreux détenus supplient qu’on les mette à l’isolement, afin d’échapper à la violence des caïds, qui les rackettent et les battent. Des types rentrent de promenade en sang. Et refusent de dénoncer leurs agresseurs, tant peuvent être sauvages les représailles… Est-il normal que la prison devienne le lieu d’une telle insécurité ? Dans leur livre “la violence carcérale en prison”, Antoinette Chauvenet, Françoise Orlic et Corinne Rostaing (qui est venue à l’émission) écrivent : “un des paradoxes de la prison est lié au fait que, organisée pour faire face à l’imprévu, au danger, que représentent les détenus, elle entretient l’un et l’autre.” Quels sentiments peut éprouver, envers la société, un détenu qui y est abandonné par elle à la pire loi du milieu ? Est-ce le meilleur moyen de réapprendre des normes de comportement compatibles avec la vie en société ?
Nos démocraties post-modernes expriment des désirs parfaitement contradictoires. Envers la prison, elles exigent la sécurité : que ces types-là soient mis hors d’état de nuire, qu’ils soient “retirés de la circulation”, afin de pouvoir continuer à vivre “entre-soi” en échappant à la menace qu’ils font peser sur elles. Mais elles éprouvent désormais une étrange pudeur face à la répression. Interdire, punir, tout cela semble relever d’un autre âge. On n’aime pas l’idée, on se disqualifie à en évoquer la nécessité. Du coup, on préfère ne pas voir les délinquants, les reléguer loin des centres urbains, derrière des murs pleins. Ce qui contribue à transformer nos prisons en pourrissoirs. Car la prison ressemble de plus en plus à des “cités au carré” - comme la décrivait un invité. Règne des bandes et pouvoir des caïds, culture de la violence, machisme, haine de la culture et mépris des femmes, goût de l’argent facile et de la consommation ostentatoire - le tout parfois couvert par une invocation à un “islam” de pure fantaisie. On nous a rapporté le cas de détenus qui, apprenant que les juifs avaient obtenu des cacahuètes casher, avaient exigé des “cacahuètes halal”…
La surreprésentation des musulmans dans les prisons françaises, bien documentée par les travaux de Farhad Khosrokhavar, pose d’ailleurs toute sorte de problèmes, comme on l’a bien vu dans notre émission du 22 avril. Dans un article publié le 29 avril 2008, le Washington Post, qui estimait “majoritairement musulmane” la population des prisons françaises, écrivait : “plus que dans la plupart des pays européens, les politiques sociales en France ont contribué à isoler les musulmans dans des banlieues avec un taux élevé de chômage et des écoles de niveau inférieur. Cela a contribué à créer une génération de Français : des enfants nés avec peu d’espoir de promotion sociale et encore moins de respect de l’autorité.”Farhad Khosrokhavar a mis en garde contre les risques de radicalisation que comporte une telle situation : 211 détenus “en voie d’islamisation radicale” constituent un danger, surtout lorsqu’ils se livrent à un prosélytisme qui s’assimile à un recrutement des réseaux terroristes. Mais ils ont beau jeu de jouer sur l’assimilation de l’islam avec les “dominés”, les “exclus”, en lui opposant la laïcité de la société environnante - celle des surveillants, des juges et des policiers, bref de la France haïe.
L’examen de la loi pénitentiaire rédigée, sous la responsabilité de Rachida Dati - sur le départ - a débuté au Sénat. La commission des lois, sous la direction de son rapporteur, Jean-René Lecerf (UMP), a fait un énorme travail d’examen et de correction, qui va dans le bon sens. Une centaine d’amendements ont été votés - parfois contre le désir exprimé par le gouvernement. Et il faut souhaiter que l’Assemblée Nationale ne revienne pas systématiquement sur la plupart d’entre eux. L’un de ces amendements introduit une obligation d’activité qui paraît essentielle. Activité professionnelle ou formation. C’est vital. D’abord pour permettre aux détenus de sortir avec un pécule : un quart d’entre eux quittent la prison avec moins de 15 euros en poche. Comment pourraient-ils échapper à la tentation de voler ?



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26 avril 2009 à 15:14
Je viens en effet d’écouter votre émission du 23 avril dernier que j’avais podcastée… Belle patience que la vôtre quand tout rappel -même minime- à la réalité devient du populisme. Après ces 3/4 d’heures à écouter cet hurluberlu, merci pour cet article documenté factuel et nuancé. Ouf!
27 avril 2009 à 18:34
Quelle belle semaine, quel beau travail de témoignage et d’investigation ! …avec pour point d’orgue le touchant ‘magazine de la rédaction’ de Laure de Vulpian le 24.
Impossible de ne pas se sentir concerné par le sort fait à nos concitoyens, quelque faute qu’ils aient commise.
merci.
28 avril 2009 à 13:21
« Seul un Français sur deux compte participer au scrutin. » dites-vous, Monsieur Couturier. Heureusement, il n’y a pas que « deux » Français. Un sur deux, cela fera quand-même quinze millions. Ecririez-vous : « seuls quinze millions de Français comptent participer au scrutin » ?
C’est beau, la rhétorique !
Je rappelle que, lorsqu’on fait un sondage, on interroge mille personnes et, à condition que l’échantillon soit bien construit, cela suffit. Aux élections, l’échantillon est démocratiquement parfait, puisque, par définition, ceux qui n’en font pas partie sont indifférents au résultat (Au passage, j’en déduis que les abstentionnistes n’ont rien à faire dans une manifestation hostile au Gouvernement ou à l’Europe).
Autre chose. Comment peut-on, comme vous le faites, comparer l’Union européenne et l’ONU ? Il semble vous avoir échappé que, pour entrer à l’ONU, il suffit de le demander, alors que pour entrer dans l’UE, il faut montrer patte blanche. A l’ONU, les adhérents sont, dans leur majorité, des dictatures ou des quasi-dictatures. Aucune d’entre elles ne seraient admises dans l’UE. Le Japon pourrait entrer dans l’UE, mais pas les Etats-Unis, à cause de la peine de mort, pas l’Inde, ce prétendu modèle de démocratie, à cause des castes. La Chine, n’en parlons pas. Cela fait pas mal de monde…
Si vous cherchez en quoi consiste l’ « identité européenne », il vous suffit de consulter la liste des conditions auxquelles on peut y entrer. C’est aussi simple que cela.
C’est pour cela que, dans l’état actuel des choses, il semble que la Turquie n’ait pas sa place dans cette structure. Pourtant, beaucoup de Turcs « se sentent » européens et je pense que, pour ceux que je connais, c’est tout-à -fait légitime. Malheureusement, DES Turcs ne font pas LA Turquie.
Tant qu’il ne sera pas avéré que les femmes turques sont égales aux hommes turcs quant à leurs droits et obligations et que les contraintes qu’elles pourraient subir indument du fait de leur sexe sont punies par la loi ; que la religion musulmane ne joue aucun rôle dans la loi turque ; que les Musulmans turcs peuvent changer de religion ou même renoncer à en avoir une sans être inquiétés sous peine de sanction pénale ; que la Turquie renonce à donner un passeport turc à tous les turcophones (ce qui fait, potentiellement, deux cent millions de Turcs dans l’UE. Sans compter que, dans cette hypothèse, d’ici à vingt ans, un jeune Européen sur deux serait turc…), leur pays n’aura rien à faire dans l’UE.
Mais rien n’interdit à la Turquie d’évoluer.
L’Union européenne, c’est une association d’états dont les populations sont d’accord sur les fondamentaux, qui leur paraissent tellement aller de soi qu’ils n’en parlent jamais. Quand on parle de faire entrer un pays pour lequel ces fondamentaux posent problème, on remet au goût du jour les débats passionnés sur la démocratie, l’égalité des sexes et des origines, l’indifférence religieuse et son corollaire la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ou, plus généralement, de la religion et de la loi, la peine de mort, la torture, etc. Mais quand nous sommes entre nous, nous préférons nous chamailler sur la fabrication du vin rosé et le caractère pathogène, voire létal, de la consommation du camembert. Contrairement à beaucoup (à vous ?), je trouve plutôt cela bon signe…
Alors, peut-être n’allons-nous pas assez vite dans nos réactions à la crise (et demain, sans doute en sera-t-il de même pour la grippe mexicaine). Les Chinois sont plus rapides que nous. Vous partez quand ?
La Démocratie n’est pas un régime idéal, contrairement à ce qu’on cherche souvent à nous faire croire. C’est simplement ce qu’on a trouvé (en deux mille cinq cents ans…) de moins mauvais pour vivre ensemble sans que les conflits (inévitable dès qu’on est deux ou davantage) débouchent systématiquement sur la violence, que nous avons remplacée par la négociation et le compromis. La négociation, cela prend du temps. Le compromis, cela ne satisfait en général personne, mais cela empêche les gens de s’entretuer. Quoi qu’on en dise, le fait est que l’Europe démocratique a pu vivre sans guerre pendant soixante-dix ans, sans qu’une partie de cette Europe en domine une autre. Ce dernier trait me rend très suspect le projet d’abandonner la règle de l’unanimité. Si les quinze « républiques » de l’Union soviétiques avaient eu le droit de veto (sans parler des « démocraties populaires » d’Europe orientale), cela aurait changé beaucoup de choses, ne croyez-vous pas ? Imaginez une histoire de l’Europe depuis 1945 sans les chars à Budapest en 1956 ni à Prague en 1968…
C’était pourtant cela la différence entre eux et nous. Alors, si nous ignorons ce que c’est que l’identité européenne, demandons-le leur. Eux, ils savent.
29 avril 2009 à 12:53
“Seul, un Français sur deux…” ce n’est pas moi qui l’ai dit, mais Julie. Juste pour info.
29 avril 2009 à 17:33
Autant pour moi. L’erreur vient sans doute de ce que je vous associe trop étroitement tous les deux. Désormais, je veillerai à être plus rigoureux.
Je suis quand-même heureux d’avoir, bien involontairement, trouvé là le moyen de vous faire réagir à ma prose. Par le truchement de la rubrique « contact » de votre site, je vous avais envoyé un mail (à propos de « s’ensuivre » et autres joyeusetés linguistiques). Votre silence me permet de caresser l’idée que je n’y ai commis aucune erreur…
Merci, en tout cas, de ne pas vous être gaussé de mes fautes d’orthographe. En relisant mon ci-dessus message, j’en ai trouvé une belle ! Il est très ennuyeux que votre gestionnaire de blog ne permette pas de se corriger. Heureusement, il semble que ce genre de détail ne gêne aucun intervenant, ni ici, ni ailleurs…
Et puis on sait bien que, sur internet, les fautes d’orthographe ne sont que des fautes de frappe…
1 mai 2009 à 17:54
Merci pour cette série d’émission assez rare!
J’écoute en direct actuellement et :
De la secrétaire en CDD à l’Université pour 9 mois et le Professeur d’université l’écart est grand.
De la technicienne de surface en intérim au cadre informaticien de Niort à 32 heures avec une stabilité très grande, l’écart est aussi très grand.
1 mai 2009 à 19:12
Je recherche l’émission ” Crise : la faute aux libéraux ? ”
En théorie on peut écouter l’émission pendant une semaine mais au bout de trois jours elle semble avoir disparu.
Aucune trace sur le site de votre émission ( le lien pour écouter ne marche pas ) et le site de tous les podcasts a fait disparaître l’émission : On passe de la date du 27 au 29 avril ??? Elle est où l’émission du 28 avril ?
Merci de me dire pourquoi au bout de 3 jours cette émission n’est plus audible.
2 mai 2009 à 14:44
Je suis désolé pour les podcasts ! j’ai tout fait pour tenter d’alerter notre direction sur le fait que ça ne semblait pas bien marcher - au vu du nombre impressionnant de mails d’auditeurs qui s’en plaignent régulièrement. Je ne peux pas tout de même pas les harceler…
Plaignez-vous directement auprès de la direction de France Culture. Moi, je n’y peux rien.
2 mai 2009 à 20:24
Je suis très étonné des plaintes ci-dessus. J’ai essayé d’écouter l’émission “Crise. La faute aux libéraux” : aucun problème. Quant au podcasting, le soir, c’est quelquefois un peut laborieux mais, le lendemain matin, cela marche toujours très bien. Je podcaste systématiquement tous les “épisodes” de l’émission “du grain à moudre” et je n’en ai manqué aucun. Il est vrai que la patience est un privilège de l’âge…
5 mai 2009 à 2:55
Pas de problèmes non plus pour le podcast ou avec realplay en archives. Et ceci depuis Salt Lake City, à quelques 8000 kilomètres de Paris !
5 mai 2009 à 4:13
Pourquoi “petits Blancs” et non “jeunes Blancs” monsieur Couturier (à propos des manifs anti-CPE) ? Parlez-vous de “petits Beurs” ou de “petits Noirs” lorsque vous évoquez les émeutes de 2005 ?
Pourquoi une telle expression, que signifie-t-elle ?
5 mai 2009 à 8:33
Il s’agissait de comparer les émeutes des banlieues de 2005 et les manifestations anti-CPE. Certains des participants de l’émission estimaient qu’elles étaient convergentes (luttes “générationnelles”). Personnellement, je doute que les intérêts objectifs des jeunes diplômés des universités soient les mêmes que celles des jeunes immigrés des cités. Les premiers estiment que les sacrifices consentis par leurs familles pour les amener à un certain niveau de formation devraient leur donner accès à un travail stable et qualifié. En utilisant l’expression “petits blancs” pour les caractériser, j’entendais les distinguer des diplômés des grandes écoles - qui ne rencontrent pas les mêmes problèmes d’insertion sur le marché du travail et appartiennent en général aux classes supérieures de par leur naissance et leur avenir. Par “petits blancs”, j’entends à la fois petite bourgeoisie “de souche” et enfants d’immigrés bien intégrés. C’est bien ainsi que les ont traités, en tous cas, les bandes des cités qui ont attaqué, à plusieurs reprises, des cortèges de lycéens pour les “dépouiller”.
Je n’aime guère ethniciser les luttes sociales, mais il faut aussi appeler un chat un chat.
5 mai 2009 à 13:08
Lors de l’émission du 27 avril consacrée à l’Europe, M. Couturier a attribué la paternité de l’expression “déficit démocratique” à Michel Rocard, elle aurait une “quinzaine d’année”. Si celui-ci a forgé plusieurs formules, l’expression apparaît dans le langage savant en juillet 1974, dans la bouche d’un ancien juge luxembourgeois de la CJCE, Pierre Pescatore. Elle est vulgarisée au milieu des années 80, avec l’Acte unique (1986), le Parlement européen y consacre par exemple un rapport en février 1988.
5 mai 2009 à 20:02
Suite à l’émission Grains à moudre du 5/5, à Monsieur Couturier. Bonsoir, Monsieur! D’abord remerciements à Madame Benbassa.Nous avons habité plus d’une année au Québec, à Montréal, avons hâte de retrouver la ville pour y passer l’ été; eu l’occasion d’écouter en direct les commissions Bouchard Taylor, pris plaisir quotidiennement à lire La Presse Montréal et oui, aussi régulièrement Le Devoir. Ce soir, Monsieur Bock-Côté a parlé au nom du Québec; peu de ses amis, même du journal Le Devoir, signeraient les inepties qu’il vient de re-re-servir, cette fois-ci aux auditeurs français.
Dommage pour l’image que vous donnez de cette société plurielle en invitant justement CE sociologue…
A propos des professeurs Bouchard et Taylor: les journalistes québécois Jeff Heinrich et Valérie Dufour ont écrit: Circus Quebecus, Sous le chapiteau de la commission Bouchard-Taylor.
Enfin, je me permets de vous conseiller la lecture de ce très beau récit du québécois Marco Micone: Le Figuier enchanté. Bonne soirée, djo tl
6 mai 2009 à 9:11
L’émission du 5 mai était d’excellente facture, et en même temps très révélatrice de l’état du débat public sur le devenir national en France (plus largement en Occident). Je voudrais juste ajouter que pour nos ayatollahs de la tolérance et de la multiculturalité, ça n’est pas le sens de l’écoute et du débat rationnel qui les distingue: il faudrait que Mme Benbassa arrête de trouver ses contradicteurs “insupportables” (du moins de le dire à haute voix!). Je la trouve également insupportable, pourtant ces propos sont légitimes dans un débat en bonne et due forme. Quant au multiculturalisme…. c’est un peu le communisme du XXIè siècle et je crois qu’on sous-estime gravement ses potentialités totalitaires ou du moins liberticides. Si l’on reprend les critères de Popper pour définir le totalitarisme, le multiculturalisme semble entrer pleinement dans cette catégorie (avec des pincettes cependant)… en effet il concilie une téléologie historiciste (le devenir des sociétés occidentales s’achemine forcément vers une plus grande diversité culturelle et la fin des nations) avec une technologie utopiste de reconstruction radicale des rapports sociaux ( la discrimination positive, l’immigration économique systématique…). Sur le papier, le multiculturalisme est toujours une très belle idée, ses partisans sont les gens les plus tolérants du monde (sauf pour leurs détracteurs c’est-à -dire les méchants “nazis-républicains”). Comme j’ai plus de questions que de réponses (contrairement à mme Benbassa!), j’aurai juste quelques doutes:
1) Le multiculturalisme est-il à terme véritablement conciliable avec la démocratie? Pour nos nouveaux pluralistes, c’est évident car la prise en compte de toutes les différences ethniques, culturelles ou sexuelles l’enrichirait. Mais dans les conceptions classiques de la démocratie, fondée sur la participation des citoyens au Politique, la notion d’espace public, au sens d’Arendt (ou d’Habermas), revêt une importance cruciale et se forge sur la négations des appartenances identitaires. Les citoyens sont égaux dans la mesure où, en quelque sorte, il se dévêtent de leurs origines sociales, ethniques ou religieuses. Lorsqu’on écoute les arguments multiculturalistes, on s’aperçoit très vite de la conception rabougrie qu’ils ont de la démocratie…. celle-ci y est toujours vu comme fondée non sur la volonté de la nation ou du peuple mais sur la coexistence des groupes et des tribus, on insiste donc sur une définition procédurale de la démocratie plus qu’on ne cherche à la définir par sa substance. A cet appauvrissement premier s’en surajoute un autre car si le Politique se résume à un marchandage permanent entre entre groupes victimaires (réels ou…fantasmés), alors le Politique en revient à une sorte de guerre perpétuelle des tribus et ne se condamne qu’à devenir une simple chambre d’enregistrement des rapports de force médiatiques. Retour à la case de départ hobbesienne en quelque sorte… par le biais de guerres juridico- médiatiques incessantes.
2) Le multiculturalisme n’accompagne t-il pas l’oligarchisation de nos sociétés libérales avancées? Le livre de Michael Lind “The Next American Nation”, écrit au début des années 90, faisait le bilan critique du multiculturalisme aux E-U depuis les années 60 et son diagnostic demeure toujours très pertinent. Il y dépeignait la “brésilianisation” de la société américaine avec des politiques multiculturelles frôlant parfois l’absurde (il n’y a que 5 races aux Etats-Unis… pas une de moins, pas une de plus!)bénéficiant essentiellement à des classes moyennes ethniques (noires et hispaniques) et entretenant un rapport de dépendances de ces dernières envers une “white overclass” toujours aussi assurée dans ses super-privilèges. En fait le multiculturalisme ne demeure Outre-Atlantique qu’un paravent pour cacher la polarisation des groupes sociaux en termes de richesses. Diviser ethniquement pour régner socialement en somme! On ne pourra nier l’existence d’un lien objectif entre le développement du multiculturalisme et les mutations contemporaines du capitalisme globalisé pour lequel la disparition des frontières est une nécessité.
3) Quand les “blancs d’origine chrétienne deviendront minoritaires” (avec des pincettes car je n’aime pas ces catégorisations), que se passera t-il? La question peut sembler stupide aujourd’hui mais dans 50 ans? Il ne me semble pas qu’ailleurs dans le monde c’est-à -dire hors-Occident, le souci de l’ouverture à l’autre, de l’égalité des droits culturels et de la préservation des différences et des minorités soit majeur. Chose bizarre et étrange, la condition des coptes en Egypte (pour ne prendre qu’un exemple!) n’émeut aucune de nos belles âmes multiculturalistes. Le double standard moral est cependant une spécialité de nos grands penseurs de gauche!
4) La nation est-elle appelée à disparaître? Allez dire à un chinois, un russe, un indien voire même à un américain que la nation va disparaître! Il va vous rire au nez!On peut s’inventer un monde post-westphalien où règnerait la tolérance, le respect, la réciprocité culturelle, les droits de l’homme et tout et tout… mais ce monde est essentiellement un monde né dans l’imaginaire de pays européens en plein déclin en termes de puissance sur la scène mondiale. Le monde de demain ne sera pas un monde pacifique et régi par le droit… Il se rapprochera plus d’Huntington (malheureusement!) que de Kant! Oui d’Huntington (bigre…je commence à devenir obscène et il va falloir me rééduquer politiquement!). On ne dira jamais assez le parallèle idéologique entre les néoconservateurs américains voulant imposer à coups d’expéditions militaires la démocratie occidentale aux autres aires culturelles, et certains de nos multiculturalistes pour qui l’Europe (et l’Occident) doivent se confondre avec le monde et accueillir toutes les cultures en reniant la leur propre. Dans un cas comme dans l’autre, ce sont des visions occidentalo-centrées et universalistes de sociétés qui refusent de se penser comme n’étant plus les centres du monde. D’une certaine façon enfin, un multiculturalisme radical mettrait fin à la nation politique mais encouragerait la prolifération de micro-nationalismes ethniques (Basques, Corses, Bretons, Albanais du Kosovo…) guère connus pour leur ouverture à la différence.
5)Mme Benbassa prône la multiculturalité et cherche à se démarquer du différentialisme… Mais critiquer le différentialisme, c’est déjà évaluer, c’est-à -dire se référer à des critères moraux trouvant leur origine dans des représentations et systèmes culturels. On peut être rationnel mais, comme nous le rappelle Michael Sandel, à un certain moment pour trancher sur des questions comme celle de l’avortement, de la procréation médicalement assisté ou autre, la raison ne nous est in fine d’aucune utilité et on choisit entre des options radicalement différentes selon ses valeurs propres. Il faudrait que mme Benbassa nous dise comment elle compte s’y prendre pour imposer l’interdiction de l’excision à des groupes (très minoritaires heureusement!) qui la pratique. L’idée d’une dignité de l’homme, de l’égalité homme-femme sont des représentations occidentales. Comme on ne comprend jamais la nature d’une idée qu’en en poussant sa logique jusqu’à ses conséquences les plus extrêmes, je souhaite bonne chance à Mme Benbassa pour fonder un multiculturalisme sans différentialisme. Je dirai que c’est un peu pisser contre le vent, ou tenter de trouver la quadrature du cercle… bref c’est un peu comme un communisme qui ne serait pas totalitaire (Attention les petits blancs de la LCR y croient durs comme fer!!!), c’est-à -dire une gentille fable.
6) Est-ce vraiment la République qui a échoué à intégrer ses minorités? C’est sûr que si l’on déconstruit (depuis 50 ans!) tous les vecteurs d’intégration républicaine qui assuraient tant bien que mal la nationalisation de l’ordre politique et social (service militaire, école, famille…), la république ne fonctionnera plus très bien. Qui veut tuer son chien dira qu’il a la rage!
7) Lorsque l’on se penche sérieusement sur la généalogie intellectuelle du multiculturalisme, on tombe sur les penseurs romantiques allemands (Herder et compagnie…que l’idéologie nazie adulait) ou les réactionnaires français. Bref de la marchandise frelatée qui mérite cependant d’être lue et enseignée et non pas ostracisée pour délit d’incorrection politique. Petite citation de Joseph de Maistre dans ses “Considérations sur la France” pour réchauffer nos mémoires de modernes tardifs: “il n’y a point d’homme dans le monde. J’ai vu, dans ma vie, des Français, des Italiens, des Russes, etc.; je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être Persan: mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir jamais rencontré de ma vie; s’il existe, c’est bien à mon insu.”. Logique de l’assignation identitaire quand tu nous tiens!… ça pourrait donner aujourd’hui: “il n’y a point de Français en France. J’ai vu, dans ma vie, des Musulmans, des Homosexuels, des Bretons, etc.; je sais même, grâce à Mme Benbassa, qu’on peut être Juif: mais quant au Français, je déclare ne l’avoir jamais rencontré de ma vie; s’il existe, c’est bien à mon insu.”.
De Montesquieu à Mme Benbassa… et après on nous dira que le niveau monte!
6 mai 2009 à 20:29
Je me préparais à intervenir à propos de l’émission d’hier soir 5 mai, mais tout ce que je pourrais écrire ferait double emploi avec ce qu’a écrit A. Haye. Merci à lui (ou elle) de m’avoir ainsi dispensé d’un “travail” que je n’aurais fait que par devoir et sans conviction, persuadé que je suis de l’inutilité de lutter contre la marée montante. A entendre les propos de Mme Benbassa, je suis consterné. C’est cela l’Ecole Pratique des Hautes (!) Etudes ?
Ne nous y trompons pas. C’est le discours dominant. J’ai bien aimé la comparaison avec le communisme mais j’avais plutôt pensé à tous ces “intellectuels” (autoproclamés) de gauche qui encensaient le “Grand Timonier” dans les années 1970.
Tout cela est dérisoire, c’est-à -dire tragique.
6 mai 2009 à 20:40
Ainsi, pour Mme Benbassa, puisque la nation est un concept datant du XIXe siècle, il n’y aurait pas d’alternative au multiculturalisme. Quel sophisme!
D’abord la nation ne commence pas au XIXe siècle, mais au XVIIIe. Pour s’en persuader, il suffirait simplement d’aller voir les tableaux d’histoire peints vers 1770 et 1780 sous l’impulsion du directeur des bâtiments du roi, le comte d’Angiviller. Le goût pour les sujets exaltant les grands serviteurs de la nation se développe dès cette époque.
Ensuite, Mme Benbassa devrait savoir que l’être humain est tissé de réalités historiques. De plus son pseudo-argument peut aisément se retourner contre elle : le concept de nation est certes daté, mais celui de multiculturalisme ne l’est pas moins; il lui est même postérieur.
D’ailleurs, le multiculturalisme appartenant en fin de compte à la famille libérale, les idées qu’il véhicule ne pouvaient pré-exister à la période moderne. Et puisque Mme Benbassa est juive, je lui demande : “croyez-vous vraiment que Louis IX lorsqu’il faisait brûler des Talmuds était un exemple de multiculturalisme?” Il pensait, mais en toute bonne foi, que de telles lectures étaient nuisibles au bien commun. Il les a donc interdites. Le roi n’avait-il pas en charge la justice, à l’époque? rendre la justice nécessite de pouvoir distinguer entre ce qui est bien et ce qui est mal: il faut donc savoir en quoi consiste le bien commun.
On pourrait se demander si le multiculturalisme de Mme Benbassa n’est pas tout bonnement une forme d’individualisme où, comme au supermarché, des individus choisissent librement leur identité. Ne célèbre-t-elle pas la mixité des références culturelles, l’éclatement des valeurs toutes traitées pareillement (et donc interchangeables) dans l’espace public ? un peu comme le Zadig de Voltaire, qui tout en reconnaissant à ses interlocuteurs leurs différences propres, les relativise aussitôt en les englobant dans un unique dénominateur commun. Une telle relativisation des identités conduit, on peut le craindre, à leur dissolution. Cette idéologie était hélas prévisible dans un monde globalisé, à l’heure de l’internationalisation des échanges. Le même phénomène s’observe également en ce qui concerne les biens de consommation : la mise en valeur de l’authenticité (de plus en plus factice) du produit et la diminution (réelle) de la diversité en matière d’offre.
7 mai 2009 à 7:40
J’ai aussi trouvé Mme Benbassa assez insupportable lors de l’émission. Elle a tribune ouverte à Libé ou au Monde suivant les jours, n’est-ce pas ?
Lecteur de Stiegler (Bernard), il me semble que la notion qui permet de mettre sur un pied de comparaison intéressant le républicanisme (”nationalisme” canado-québécois) et les aspects plus culturello-identitaires, c’est la notion de “transduction”. Ce qui exalte ou ce qui permet le dépassement plutôt que l’humiliation ou la clôture
(J E Bencheikh employait un langage analogue en 1993 dans le Monde, mais je n’ai pas accès aux archives)
En bref, le “républicanisme” bien compris doit permettre aux institutions de fournir aux individus des moyens de dépasser leur condition (et non de “s’y vautrer”), de penser là où les ascenceurs se bloquent, socialement et géographiquement.
Le multiculturalisme ne devient, dans cette optique, que la juxtaposition des cultures, qui devraient s’enrichir les unes les autres “tout en restant elles-mêmes”. C’est ce second point qui est impossible. Dans un monde en évolution technique rapide, les chaos et les turbulences font un peu de tout, du wahabbisme internet au “new age” . On doit gérer cela en ayant comme critère l’élévation de l’esprit pour tous, très très éloigné des formes perverties de supériorité du colonialisme. En bref, seule une ambition intellectuelle élevée peut nous sauver d’un aplatissement multiculturel (et d’un déluge sonore à la Esther Benbassa).
7 mai 2009 à 10:38
Moi aussi, je remercie A. Haye. La pertinence de son analyse fait honneur à ce blog. J’aimerais bien en savoir davantage sur son auteur.
8 mai 2009 à 0:17
Votre témoignage est utile comme d’habitude.
Toutefois, le conservatisme a la dent dur : “La proximité du crime, la menace du danger, ne provoquent pas, chez nous, d’excitation malsaine”. C’est quoi une excitation saine sinon la vôtre ? Chez France Culture, on est bien élevé, sache-le auditeur !
Par ailleurs, dire qu’il n’y a rien de pire qu’une société sans Etat, c’est encore une pétition de principe. S’il y a une modernité, elle se définit par l’Etat. Celui-ci a une histoire, une évolution - un terme. Voyez donc la somme de Châtelet et comparse Histoire des idées politiques chez Puf (centrée sur l’Etat, sans blabla sur la démocratique popostmoderne, mais qui complète fort leur précédente sommme sur les Oeuvres politques). Voyez surtout l’ensemble de la production ethnographique : il a existé des sociétés hors Etat (donc sans Etat) parfaitement viables et heureuses. C’est le nouveau truc à la mode, brandir l’ignominieux pirate somalien pour faire peur ?
En outre, la surpopulation est certainement le fruit d’une augmentation de la délinquance (mais que fait la police depuis 2002 ?!), de même que du durcissement des peines en termes de longueur (dernièrement les peines planchers, je vous croyais informé). Décidément, il faut toujours pour certains pointer le mal du doigt (la pensée, c’est comme le dos, elle aime le confort douillé).
Enfin, affirmer que la société cherche par la prison à se défendre contre certains est lourd de présupposés : on se défend contre un ennemi (qui est en effet hors de la société : il y eut des bagnes pour ça). En revanche, on se protège de soi-même. Ce syntagme est plus juste que le vôtre en tant que celui qui subit une peine - votre usage de la DDHC est curieusement hors-sujet : cet article qualifie l’état de droit, pas le droit à la peine (la liberté produit la responsabilité, il fallait donc citer la fin d’art. 4) -, le condamnée donc n’est pas mis hors de la société mais protégé de lui-même par la société. Le plus important est de rendre la peine utile, de lui donner un sens qu’elle n’a pas initialement (ce pourquoi il faut enferme pour faire advenir ce sens : qu’il s’impose aux yeux du prisonnier).
Le plus inquiétant dans la prison est qu’elle est toujours un miroir de la société dans laquelle on vit. Refuser de la voir, c’est renoncer à son identité (celle-ci n’a pas besoin d’un ministre pour se réfléchir dans son être : il faut autre chose que son soi actuel (consommation) pour avoir une identité, en rapportant ce soi à son histoire, bref à autre chose que l’immédiateté de ce soi). Dès lors, votre série d’émissions fut un acte citoyen salutaire et nécessaire.
8 mai 2009 à 0:26
sur le totalitarisme, la lecture de M. Popper est la dernière à faire (rappelons que c’était un grand épistémologue, doublé hélas d’un piètre pamphlétaire).
Le multiculturalisme n’est pas un danger (harangué “totolitaire” avec force ismes), c’est un fait : il y a plusieurs cultures dans une même société - tout autre sens est une utilisation politique pour des fins fort peu culturelles : e.g. “touche pas à ma Charia”. Je peux à tout le moins assurer que je n’ai pas la même que la Haye…
8 mai 2009 à 1:17
Contrairement à A. Haye, je n’ai pas trouvé le “débat” du 5 mai “d’excellente facture.” J’écoute France Culture pour apprendre et les dialogues de “sourd” ne m’apprennent rien sur les sujets traités. Sur la forme, il est clair que Mme Benbassa ne favorisait pas le dialogue et que son ‘agressivité” n’aidait pas sa cause.
Mais, sur le fond, le “multiculturalisme”, je n’ai rien appris. Je ne sais toujours pas ce que cela signifie sur le terrain, dans la vie.
Les commnentaires ci-dessus ne m’aident pas beaucoup non plus. J’y vois pas mal de références historiques, de citations, de prises de position mais peu d’applications ou des références à des faits concrets, par example sur le port du voile à l’ecole.
Pour finir, il me semble que A. Haye, contrairement à ce qu’il nous dit en préambule, ne soit pas en manque de réponses, et la partie de ses “doutes” a dû m’échapper !
8 mai 2009 à 9:51
Le long message argumenté (*) de A. Haye me rappelle l’époque où France Culture prenait la peine de faire des émissions soignées, et non des débats expéditifs. A ce moment, donc avant 1998, le producteur aurait travaillé 2 ou 3 semaines pour réaliser un 100 minutes (Matinée des autres, Chemins de la connaissance…) sur le multiculturalisme. Au montage, il aurait probablement gardé seulement 1 ou 2 minutes de l’interview de Mme Benbassa. Durée bien suffisante pour comprendre son point de vue.
L’émission d’hier m’a semblé être une pantalonnade ; 5 personnes et 45 minutes de “débat” entièrement à charge contre Dieudonné et l’antisionisme, sans jamais évoquer des petites notions agissantes comme “Gaza”, “bombes au phosphore”, “bombardement d’hôpitaux”, “impunité”, “crimes de guerre de l’Amérique”, “dirigeants français au dîner du Crif”, etc
(*) J’en retranche cependant l’expression “communisme du XXIème siècle” qui est beaucoup trop imprécise et polysémique
8 mai 2009 à 10:25
Je suis très impressionné par la contribution de A Haye, difficile de rajouter quelque chose
- Le multiculturalisme est d’abord un constat social : les sociétés occidentales dont la France sont caractérisées par la diversité des « origines » de leur population. L’idéologie républicaine et sa filiation jacobine ont voulu effacer les particularismes, certes dans la volonté de créer une nation - communauté des citoyens - , mais également par aversion pour les différences culturelles et par crainte de la division (un des mythes politiques français). Le modèle républicain n’ayant pas donné satisfaction, cette forme de déni de la réalité sociale est en train de nous exploser à la figure et d’ailleurs bon nombre n’accepte pas la possibilité d’analyser ce fait social (cf le débat sur les statistiques « ethniques »). Mais le déni de réalité du constat social est dans les 2 camps : du coté des républicains il ne faut pas surtout admettre que les discrimination sociale se croisent avec les origines, du coté des communautaristes, quand le groupe social dominant mais également d’une origine évidente (les petits blancs) est victime de la xénophobie d’une minorité il y a déni de cette réalité.
- Mais, le multiculturalisme est aussi devenu une idéologie dans laquelle une partie de la gauche bien pensante s’est engouffrée tête baissée. Comme toute idéologie, elle souhaite passer du constat social à la régulation sociale par des normes juridiques ou l’accueil du multiculturalisme dans l’espace instituionnel. En gros, l’Etat doit prendre en compte le fait social et le réguler. Dès lors tous les principes républicains traditionnels sont battus en brèche. Si l’Etat intervient il faut définir des communautés, il faut s’interroger sur l’universalité de la loi, créer des institutions de régulation, bref passer à une politique de reconnaissance. Inévitablement le multiculturalisme est confronté au différencialisme. Si chacun à des particularités, pourquoi n’aurait il pas des valeur propres et pourquoi y aurait il des valeurs supérieurs sur quels fondements ? Dès lors nous entrons dans le relativisme des valeurs (à chaque communauté ses valeurs) et la démocratie ne devient plus qu’un espace de confrontation des communautés qui défendent leurs valeurs et demandent leur inscription dans la loi.
Le multiculturalisme excite donc les spécificités et part du principe que la nation est une fiction construite par la communauté dominante, donc il faut la passer par dessus bord, il n’y a pas de communauté de destin nationale, c’est une fable, il n’y a de communauté de destin qu’aun niveau de la communauté. En somme la démocratie n’est qu’un espace de délibération, une construction formelle.
Si on passe au concret, cela signifie qu’on ne peut pas empêcher la polygamie puisque elle est une caractéristique d’une communauté, l’excision idem, et pourquoi ne pas permettre le mariage islamique avant le mariage civil, pouruqoi ne pas reconnaître les lois religieuses des communautés avec leurs tribunaux, pourquoi ne pas mettre des quotas de représentation communautaire dan sla constitution comme pour les femmes, pourquoi ne pas créer une instance représentative par communauté que le Parlement et le gouvernement aurait l’obligation de consulter avant de prendre des lois… ça me paraît très concret comme conséquence et personnellement dévastateur
- Le multiculturalisme déconstruit l’idéologie républicaine et aboutit au différencialisme et au relativisme des valeurs.
Il a des partisans zélés à gauche puisqu’il correspond au discours de la victimisation des certaines populations et du matraquage permanent de la mauvaise conscience de la « majorité blanche ».
Le multiculturalisme s’inscrit dans une tradition de gauche de la contestation permanente, d’un rejet permanent des dominants et de l’exaltation des dominés. Comme une partie de l’antiracisme il s’enferme finalement dans l’exaltation des différences.
M Haye a raison de dire qu’il est donc le communisme du XXI siècle.
8 mai 2009 à 18:09
Dans le précédent sujet (« Que restera-t-il de la culture après la crise ? »), plus précisément dans le message n°79, je rappelais ce que je crois être la position « républicaniste » du DROIT. En réponse à Jan Larman, qui écrivait « 90% de nos règles de juste conduite sont implicites », je notais que l’arrivée massive de migrants de cultures différentes de la nôtre (c’est-à -dire pour lesquels certaines de nos règles implicites n’existent pas et qui en ont d’autres que nous ignorons) crée un débat qui, en République, ne peut aboutir qu’à des lois valables pour tous mais qui ne font, comme toute loi, qu’entériner un CONSENSUS MAJORITAIRE.
Dans nos sociétés, où l’unanimisme est depuis longtemps passé de mode, l’établissement d’une loi implique l’existence d’une minorité plus ou moins importante qui lui est hostile. Tout naturellement, cette minorité cherchera à « débaucher » assez d’éléments de la majorité pour renverser l’ordre des choses. Cela s’appelle tout simplement « faire de la politique ». Le problème, c’est que certaines minorités sont beaucoup trop éloignée de 50% pour pouvoir espérer réussir un tel « coup », sauf à saper l’idéologie dominante jusqu’à obtenir un basculement de la situation.
Lorsque Mme Benbassa intervient sur France-culture, son objectif est de rallier l’intelligentzia à sa cause, autrement perdue d’avance. Les Juifs sont beaucoup trop peu nombreux pour espérer que la majorité des Français finissent un jour par accepter de vivre selon leur système de valeurs. Le seul moyen de parvenir à ce qu’on le reconnaisse dans le droit (ce qui n’est pas la même chose), c’est de leur faire honte. C’est de bonne guerre et je n’y vois aucun inconvénient. Le problème, c’est que je n’ai pas honte.
Je n’ai jamais éprouvé le moindre sentiment antisémite ou raciste. Peut-être parce que le spectacle du monde ne m’a jamais donné l’occasion de constater une supériorité évidente de la « race » blanche, et, encore moins, si c’est possible, de la religion chrétienne. Il y a, de toute évidence, des cons et des salauds dans toutes les sociétés, toutes religions confondues. On en trouve même parmi les athées ! La plupart des cons et des salauds que je connais sont blancs et chrétiens, mais c’est un hasard de la géographie. Si j’habitais à Ouagadougou, je suppose qu’ils seraient noirs et musulmans. Si j’habitais à Tel-Aviv, je suppose qu’ils seraient juifs.
De même, il est tout naturel que les Musulmans (tout au moins certains d’entre eux) cherchent à faire basculer la majorité des Français du côté de la « liberté », pour les filles, de se couvrir la tête en public et, notamment, de venir voilées à l’école. Il est non moins naturel que les Français non musulmans (et aussi, sans doute, certains Musulmans) résistent à cette idée qui choquent leur conception de la laïcité. Ce qui ne serait plus du tout acceptable, toujours pour un Républicain, ce serait que là où les Musulmans sont majoritaires, le voile soit obligatoire pour les filles, quitte à ce que, ailleurs, il soit interdit. C’est cela le multiculturalisme.
Au lieu que, sur tout le territoire, le consensus majoritaire national s’impose à tous, certaines personnes voudraient qu’il ne soit pris en considération que localement. Certains Basques (ou Corses, ou Bretons) voudraient que, au Pays basque (ou en Corse, ou en Bretagne), les enfants des écoles soient instruits en basque (ou en corse, ou en breton). Autant on ne peut que souscrire au souci de ces gens de pratiquer leur langue locale et de l’enseigner à leurs enfants, autant on ne peut accepter que, au moins dans l’enseignement public, la langue nationale, celle de l’information générale et du débat républicain, ne soit celle de tous les écoliers.
Les langues régionales constituent un patrimoine culturel irremplaçable mais, quand ce n’est plus la langue maternelle de l’ensemble des habitants de la région correspondante, ce sont des langues mortes. Il peut être intéressant de les étudier à l’école, de les parler en famille, mais à condition que la nécessité d’apprendre la langue nationale ne soit pas mise en question. Aux Etats Unis, je n’ai jamais entendu dire que, dans les quartiers japonais ou coréens, les écoles publiques dispensaient leur enseignement en japonais ou en coréen. Entre eux, les citoyens américains parlent la langue de leur pays d’origine (ils sont tous, sauf les indiens, « d’origine immigrée »), mais ils connaissent tous l’anglais. S’il en était autrement, on ne voit guère comment pourrait s’organiser le débat démocratique.
Bref. La nation est un espace de solidarité à l’intérieur duquel les droits et devoirs de chacun doivent être les mêmes pour tous. Je comprends que les jeunes Français ne soient que 11% à trouver normal de payer les retraites de la génération qui les a si mal accueillis. En nous désolidarisant des jeunes (médiocrité du système scolaire et universitaire, chômage massif) nous avons coupé le lien républicain qui unissait les générations. Non contents de ce beau résultat, certains voudraient maintenant couper celui qui relie les citoyens en créant de petits espaces d’une solidarité mesquine et exclusive. Et ce serait nous les racistes ?
Interrogeons-nous sur ce que vont devenir les retraités de Chrysler ou de General Motors lorsque l’entreprise sur laquelle ils comptaient pour payer leurs retraites auront disparu. Plus près de nous, regardons à quel beau résultat aboutit le refus des paysans de participer au régime général de retraite en 1946. Heureusement qu’ils font caisse commune avec les avocats, car on ne voit pas qui, autrement, paierait leur retraite, alors qu’ils sont passés de plus de quatre millions à moins de huit cent mille. Le seul moyen efficace de mutualiser les risques au moindre coût, c’est de ratisser le plus large possible. La régionalisation fait exactement l’inverse. C’est une tragédie.
Où l’on voit que l’égalité républicaine n’est pas seulement un système de valeurs arbitraire, mais aussi un principe efficace de gestion des risques et des charges collectives. L’exclusion d’un groupe, qu’elle soit volontaire ou imposée, réduit le sentiment de solidarité indispensable pour accepter l’impôt (et jusqu’au sacrifice suprême en cas de guerre). Si les Gaulois n’avaient pas fait prévaloir, au niveau de chaque groupe, l’intérêt local, César n’en serait jamais venu à bout. Si les jeunes bénéficiaient d’une formation adaptée aux défis du monde moderne, et si on les accueillait mieux dans le monde du travail, ils paieraient nos retraites sans même se poser de questions, comme nous les avons payées à nos parents. Le seul moyen de nous en tirer dans le monde tel qu’il vient, c’est de se serrer les coudes, pas de faire bande à part.
8 mai 2009 à 21:09
Je n’arrive pas à podcaster les émissions d’hier et d’aujourd’hui. Est-ce normal ou est-ce mon ordinateur qui vasouille ?
9 mai 2009 à 3:22
Même chose pour moi, Kenique. En revanche, les émissions peuvent etre écoutées sur les écoutes directe, au jour le jour.
9 mai 2009 à 9:51
@Kenique
Il faut arrêter de fantasmer sur le monolinguisme corse breton ou basque. Je ne connais nul breton qui revendique l’éradication de la langue française. Même parmi les militants bretons les plus engagés. Les 3 filières bretonnes d’apprentissage du breton (pour rester dans le cas le la péninsule bretonne) sont toutes BI-lingues français et breton.
Qu’il s’agisse de la filière publique (Div Yezh)
Privée (Dihun ou associative (Diwan), ces trois écoles apprennent le français. Les résultats en français des élèves de Diwan (écoles immersives en langue bretonne) fait d’ailleurs partie d’après les derniers résultats, des élèves ayant les meilleurs résultats en français en Bretagne. Il serait d’ailleurs judicieux de se pencher sur l’anglais, très bien parlé par ces mêmes élèves.
Bref, il faut arrêter de se faire peur et de fantasmer un certain communautarisme qui n’existe effectivement pas. Ou alors il est blanc, chrétiens, masculin francophone et hétérosexuel je pense.
11 mai 2009 à 12:19
J’avais lu un peu rapidement le billet de A.Hayne et les autrres, je viens de les relire plus attentivement et plus intégralement, sans que cela ait modifié mon impression de départ, bien au contraire.
Ayant fait remarqué dans mon précédent billet qu’il y avait des “Autres” qui passaient à la trappe, je vois qu’ils réapparaissent sur ce blog.
“(Basques, Corses, Bretons, Albanais du Kosovo…) guère connus pour leur ouverture à la différence.” A.Hayne
“bricecout : Moi aussi, je remercie A. Hayne. La pertinence de son analyse fait honneur à ce blog.”
Peut-être que vous étiez fatigué quand vous avez lu le billet de A.Hayne, et que vous l’avez lu superficiellement et sans aller jusqu’au bout, sinon je serais bien aise d’avoir une liste plus exaustive de ces “peuples” “guère connus pour leur ouverture à la différence”. (tiens, une litote !)
Comme vous êtes un analyste ou un analyseur qui aime bien analyser (en plus du fait d’être payer pour ça, finalement, quelle chance !), certainement aurez-vous des raisons logiques, analytiques et synthétique, voire logico-philosophiques, expliquant chez ces “peuples” cette absence d’ “ouverture à la différence”, en plus de références, peut-être universitaires, démontrant cette absence d’ “ouverture à la différence”, pour que cette absence d’ “ouverture à la différence” dénoncée ne soit pas perçu comme relevant de la pétition de principe ou du préjugé, voire d’une posture colonialliste à la Jules Ferry.
15 mai 2009 à 6:21
Oulalalala! Bigre et saperlipopette! Un méchant colonialiste à la Jules Ferry! Allez, M.Hoel, on ne va pas s’arrêter là , je pense qu’un recours à la traditionnelle “reductio ad hitlerum”(l’argument d’autorité ultime de nos temps hypermodernes!) s’impose pour finir en beauté cet échange!
Peut-être ai-je été un petit peu blessant pour nos chers amis basques, corses, bretons ou albanais du Kosovo… mais ce que je voulais viser n’était pas tant le souci légitime de préserver certains folklores que ces micro-nationalismes ethniques défendus par certaines ultra-minorités qui compensent toujours leurs faiblesses numériques par un sur-activisme médiatique et souvent (mais pas tout le temps!) par le recours à la violence.
Ces micro-nationalismes exaltent le plus souvent un enracinement et une logique communautaire largement mythifiés et reconstruits. On peut, M.Hoel, être français et s’appeler Mohammed, Chang ou Mamadou (je sais que je ne suis guère original pour les prénoms mais peut-être est-ce mon irrépressible habitus colonialiste qui s’exprime!)car la nation française repose sur un lien politique (en théorie du moins!). Il ne me semble pas qu’on puisse concevoir une nationalité bretonne, corse ou basque autrement que par une appartenance strictement ethno-culturelle. On signalera à M.Hoel, juste pour l’information, la situation déplorable des maghrebins en Corse ou encore l’incontestable culture démocratique du FLNC ou de l’ETA. Pour la petite histoire M.Hoel, je suis breton, j’aime la gavotte, les crêpes et Glenn Mor etcetcetc… J’ai quelques amis qui ont été d’indécrottables indépandentistes, manifestant à chaque occasion leur détestation d’un Etat jacobin, centralisateur et colonialiste. Savez-vous ce qu’ils sont tous à peu près devenus, M.Hoel? Des fonctionnaires du genre pépère style Labiche, manifestant à chaque occasion leur détestation d’un Etat néo-libéral, de plus en plus décentralisé et désengagé! Nous en concluerons donc, M.Hoel, que tous les chemins mènent à la défense (légitime!) du service public à la française, que la République est bonne fille et qu’il faut bien, pour les derniers des hommes que nous sommes, que jeunesse se passe.
16 mai 2009 à 9:22
Argument d’autorité encore plus ultime que l’argument d’autorité ultime de “reductio ad hitlerum” en nos temps post modernes: l’accusation de “réduction ad hitlerum” ou “reductio ad reductio ad hitlerum” (en l’occurrence Mr Hoel ne faisait même pas référence, heureusement, à Hitler, la ficelle rhétorique apparait donc assez grossière).
Plus généralement et sans rapport avec ces échanges avec A. Haye et Hoel, si le nazisme ou l’occupation ont souvent été utilisés de manière outrée, et si on a beaucoup crié au loup de manière ridicule (crs = ss), je trouve que la comparaison avec cette période n’est pas en soi un problème, si elle est motivée (Zygmunt Bauman a dit je crois des choses tout à fait pertinentes sur la modernité de l’holocauste et sur le devoir de vigilance à cultiver face à certains traits qui, pris isolément, paraissent inoffensifs, mais qui peuvent parfois être des signes avant coureurs de dérives inhumaines, voir aussi JM Chaumont sur la tentative de “sanctuariser” la période au nom de son “unique unicité” et l’interdit porté sur toute comparaison avec des crimes contemporains). A la limite bientôt on trouvera des néo nazis pour réfuter leurs opposants au nom de la “reductio ad hitlerum”. Dernière remarque: les mêmes qui s’effraient de ces rapprochements hésitent rarement à faire des “reductio ad stalinum (?)”.
17 mai 2009 à 14:37
Je réagissais pas tant au texte de A. Haye qu’à l’accueil extraordinairement bienveillant qu’il a reçu du rédacteur de ce blog et de la plupart des auditeurs-commentateurs.
Je me demandais comment un texte si faible intellectuellement (bien que très travaillé) et si marqué politiquement pouvait recevoir un tel entousiasme.
Mme Benbassa n’a pas été plus “insupportable” que le commun des intervenant sur france-culture, ce qui l’a rend insuportable à certains, apparemment assez nombreux, c’est qu’elle défend le “multiculturalisme”, sans qu’on lui ait donné l’occasion de définir ce qu’il fallait entendre par ce mot.
Je suis étonné que pendant l’émission, personne n’ait fait remarquer au Québécois un fait aussi simple et basique que si le Canada n’était pas multiculturaliste, ou au moins biculturaliste, l’anglais serait langue unique de l’Etat, et le français serait interdit dans les écoles, les administrations, les rues, réservé uniquement à la sphère privée, situation que l’on trouve en france de façon encore très forte, même si la muraille se lézarde.
Je ne répète pas ce que j’ai dit ici : commentaire 95
http://franceculture-blogs.com/bricecouturier/2009/03/09/ce-qui-restera-de-culture-apres-la-crise/#comments
J’ignore comment A. Haye passe de Jules Ferry à Hitler, plutôt qu’à Staline ! Son anticommunisme le met à l’abri d’être traité de stalinien. Je n’ai pas l’habitude de traité qui que ce soit de nazi (ni de stalinien). Ce qui n’empêche pas le bolchevisme de s’être inspiré du jacobinisme à la française. Et toutes les dictatures, de gauche comme de droite, sont plus ou moins basées sur un modèle jacobin.
A. Haye parle de l’ETA en voulant y réduire l’ensemble des Basques. L’ETA et née à l’époque de Franco, quand celui-ci voulait imposer le castillan à l’ensemble de l’Espagne et interdire les autres langues, catalan, basque, etc, exactement ce qui s’est fait en France à partir de la BigRévolution.
Dire que des “micro-nationalistes” seraient plus virulent que des “macro-nationalismes” est une grosse plaisenterie.
En matière de terrorisme, il aurait pu citer aussi l’IRA ou le PKK, ou le feu mis par des Tibétains à des magasins chinois l’année dernière, et qui aurait causé la mort de 13 Chinois selon les autorités comunistes qui traitent le Dalaï-lama de terroriste.
La Bretagne et le Pays Basque ont une population comparable à l’Irlande, la Norvège, le Pays de Galles ou l’Ecosse. Et deux fois plus nombreuses que chacun des Pays Baltes : Lituanie, …. Ne parlons même pas du Luxembourg, de Malte ou de l’Islande. Toutes micro-nations virulantes et étroites d’esprits !
Romain parle de la “reductio ad stalinum” comme pendant à la “réductio ad hitlerum”.
Plus soft que la “reductio ad stalinum”, il y a plus prudemment la «reductio ad communismus». C’est l’option utilisée par A. Haye : «Quant au multiculturalisme…. c’est un peu le communisme du XXIè siècle et je crois qu’on sous-estime gravement ses potentialités totalitaires ou du moins liberticides.»
Ben voyons.
Autre réductionnisme : «nos ayatollahs de la tolérance et de la multiculturalité»
Quand on parle de «multiculturalisme» A. Haye sort son bazooka (sur france-culture, il n’est pas trop dérangé !) et on l’applaudit.
Il est vrai que la france ayant dominé culturellement l’Europe et colonialement une partie du monde pendant des siècles, et continuant dans une partie de ses élites à se fantasmer en contrée «universelle» parlant la langue «universelle», il est dur de voir l’anglais avoir pris la place qu’il a prise (seule langue vraiment universelle provincialisant le français) et d’autres langues refusant de se laisser sacrifier pour la plus grande gloire de l’ «unique» langue.
Le jacobinisme a des variantes et couvre le champ politique de l’extrème droite à l’extrème gauche. Parmi les jacobins les plus «virulents», il y a les «souverainistes», certains de gauche, d’autres de droite. Le texte de A. Haye s’inscrit dans le souverainisme de droite (un souverainiste de gauche aurait plus d’égard pour le communisme).
17 mai 2009 à 17:25
Hoel,
désolé de ne pas être à la hauteur en ayant approuvé en partie M. Haye.
Votre post est intellectuellement si puissant que ce fut une véritable révélation pour moi.
Au fait, l’expression “communisme du XXI siècle” reprend une expression de MM Camus et Finkielkraut, personnages si “faibles intellectuellement”… je suis étonné que vous n’ayez pas soulevé ce point
Plus sérieusement, j’ignorai que l’absence de multiculturalisme signifiait l’interdiction de parler une langue dans la rue ou à l’école. Cela a existé mais ce n’est plus le cas aujourd’hui (j’ai appris l’occitan au lycée)
Il me semble qu’il y a un dégradé entre le jacobinisme exacerbé et le communautarisme… Tout l’enjeu est de savoir ce que l’on entend par multiculturalisme et jusqu’ou certains veulent l’utiliser.
Le libéral-social-conservateur (je sais pas si ça veut dire que je suis de droite) que je suis défend l’idée simple que pour qu’une nation - communauté de citoyens - puisse exister, elle doit reposer sur quelques universaux : une langue parlée par la communauté des citoyens, une constitution, des principes fondamentaux un principe de citoyenneté, un dispositif de solidarité universel… bref un socle universel
je constate que le système républicain est usé. Le déni de réalité sur la diversité de la société française doit être levé. Cependant, cela ne doit pas être à mon sens au prix d’un multiculturalisme normatif pour lequel tout se vaut et qui enferme des communautés.
Je ne sais pas si vous avez écouté récemment Mona Ozouf et D Schnapper sur france Culture mais je trouvais leur approche de la République et de son évolution nécessaire passionnante et profondément juste.
18 mai 2009 à 8:54
@ Houel… et les autres
Ce qui m’a toujours empli d’admiration chez les Bretons, les Basques, les Corses (puisque c’est à eux que je faisais allusion dans mon post) c’est leur sens de l’humour. Sur ce plan, ils devraient prendre exemple sur les Juifs.
Je n’en avais évidemment pas contre les Basques, les Bretons, etc. ni du tout contre l’enseignement du basque, du breton, etc. à l’école. Simplement, j’avais cru comprendre (mais je suis peut-être mal informé) que, dans les écoles Diwan, on n’enseignait pas LE breton, mais EN breton, ce qui est (serait) tout à fait différent. Ce serait même catastrophique si, en plus (ce qu’on est raisonnablement en droit de penser) les enfants de ces écoles parlaient breton à la maison. On serait là dans le cas où le français serait enseigné comme une langue étrangère. Or, chacun sait, notamment ceux qui ont appris une langue étrangère, qu’il est extrêmement difficile d’apprécier toutes les nuances d’une autre langue que sa langue maternelle.
Je ne présume pas de la richesse de la littérature bretonne, mais, pour autant que je sache, elle n’a encore trouvé ni son Montaigne ni son Proust. Peut-être existe-t-il des versions bretonnes des « Essais » et de « A la Recherche du temps perdu », mais cela ne vaudra jamais les originaux (je ne peux pas m’empêcher de rire tout seul à l’idée d’une traduction bretonne du « Rigaudon », de Céline. Bon courage !). Au rebours, s’il existe des œuvres bretonnes de la même tenue traduites en français, je vous serais reconnaissant de m’en indiquer les références. Sans pouvoir espérer en apprécier toutes les subtilités, au moins pourrai-je entrer, si peu que ce soit, dans la Culture bretonne, avec un « C » majuscule, car, pour l’instant, ce que j’en connais est du domaine de la culture, avec un « c » minuscule : chants et danses traditionnelles, crêpes et galettes, costumes, etc. ce qui est pour moi totalement dépourvu d’intérêt.
Je mange avec plaisir des galettes de sarrasin, mais aussi de la choucroute, du cassoulet, du poulet basquaise, du couscous, du bœuf aux cinq parfums, du tandoori de poulet, du borchtch, des sushis, des rouleaux de printemps et du bœuf bourguignon, mais, plus je vois et j’entends des danses et de la musique « traditionnelles », et plus j’aime Carolyn Carlson et Jean-Sébastien Bach. La « culture » bretonne n’est de la « Culture » que pour les « étrangers » (les Normands, comme moi, par exemple), car, parler breton, pour un breton, c’est un repli sur soi, pour un Normand, c’est une ouverture sur le monde extérieur. C’est la différence essentielle entre « culture » et « Culture ».
Je précise, car j’entends déjà la réplique, que je ne considère absolument pas le français comme une langue supérieure à toutes les autres. Si la langue nationale vous donne des boutons, parlez anglais, allemand, ou japonais, car je pense qu’on a tout intérêt à avoir pour langue « native » (maternelle si possible) une langue riche d’un important patrimoine littéraire, comme c’est le cas pour le français, mais tout autant pour l’anglais, le japonais, le chinois, etc. A ma connaissance, ce n’est pas le cas pour le breton. Mais je compte sur vous pour me détromper.
Ce qui me console, c’est que, de toute façon, la plupart des gens ne lisent pas ou trop peu pour avoir accès aux grandes œuvres, ce qui demande une longue pratique. En effet, il faut savoir que le vocabulaire d’un « petit lecteur » ne dépasse guère les quatre ou cinq mille mots, alors que, dans l’œuvre de Victor Hugo, auteur considéré comme « populaire », il y en a plus de soixante mille. Personnellement, je lis un à deux livres par semaine et, malgré mon âge, j’ai toujours un dictionnaire à portée de la main.
Donc, parler breton ou volapuk, pour ce qu’on en fait, quelle importance ?
18 mai 2009 à 10:56
J’ai été consterné d’entendre, vendredi, Julie Clarini et Brice Couturier (l’un ou l’autre, l’un et l’autre, est-ce vraiment important ?) comparer, sans approfondir, l’accès « gratuit » aux musées et le téléchargement illégal. Cela n’a absolument aucun rapport. Le prétendu accès « gratuit » aux musées et, plus généralement, au patrimoine culturel national, ne l’est que pour un économiste à courte vue. Ce sont les contribuables qui paient l’accès « gratuit ». Personne ne paie les contenus téléchargés illégalement.
Quand j’étais jeune, l’accès aux musées nationaux était gratuit le dimanche. J’étais étudiant boursiers. Je n’avais pas les moyens de payer l’entrée. J’y allais tous les dimanches. Lorsque je contemplais la Flore du Titien au Louvres, je regardais en toute légalité une œuvre qui m’appartenait (et qui m’appartient toujours), puisqu’elle appartient à l’Etat, c’est-à -dire au Peuple.
L’ambiguïté de la situation tient à la possibilité de dupliquer « sans frais », des contenus numérisés. Quand on achète un disque, on n’achète pas un contenu, mais l’accès à un contenu. Le disque lui-même n’en est que le support. Il ne faut pas confondre le droit d’accéder à un contenu, et qui est attaché à la possession du support, et le droit de disposer de ce contenu « indépendamment du support ». J’ai le droit de prêter ou de vendre un disque, mais alors je me prive du droit d’accéder à son contenu (grâce à une copie, par exemple). En revanche, je peux faire une copie pour accéder au contenu d’un disque « que je possède » dans des conditions de sécurité. Par exemple, je peux hésiter à laisser traîner des disques dans ma voiture. Je fais des copies que je laisse dans la boîte à gants, et je laisse les « originaux » à la maison. Autre exemple, si je veux aller me promener en musique, plutôt que d’emporter une dizaine de disques dans mes poches, je vais faire des copies MP3 pour mon baladeur. Dans tous ces cas, je possède l’original, donc le droit d’accès.
Ce qui est venu tout embrouiller, c’est internet. Grâce à internet, on peut acheter le droit d’accès à un fichier et le télécharger légalement, puis, si on le souhaite, faire, par commodité, des copies pour les usages que j’évoque ci-dessus. En revanche, il m’est impossible de prêter un tel droit d’accès, puisqu’il n’y a plus de support « original » et qu’il est interdit ET de prêter une copie ET de garder des copies d’un fichier prêté. C’est là , et pas ailleurs, que se situe le problème. Pratiquement insoluble, à mon avis. On ne peut que se fier à l’honnêteté des individus. Mais vu le discours prétendument libertaire fort à la mode actuellement (comme si voler était un « droit de l’homme »…) je ne me fais aucune illusion.
Où l’on voit que le téléchargement légal pose autant de problèmes que le téléchargement illégal, pour la raison qu’il est très difficile de faire la différence entre une copie licite et une copie illicite. Je télécharge (légalement) de la musique sur Musiclassics. Comment puis-je prêter une copie à mon fils sans garder l’original ? Et si je le détruis, comment prouver (facilement) que je l’ai téléchargé légalement ? Et qu’un seul exemplaire circule ? C’est à ces questions qu’il faut répondre.
Là où je ne comprends pas du tout le débat actuel sur les téléchargements illégaux, c’est que l’enregistrement (et le prêt ou le don d’une copie) d’une œuvre à la radio ou à la télévision est tout aussi illégal. Or, il se pratique depuis des décennies sans qu’on n’ait jamais entendu parler d’un problème. Les stations de radio et de télévision paient des droits de diffusion pour CHAQUE « passage », et les auditeurs et téléspectateurs paient une redevance pour avoir le droit d’écouter ou de regarder, pas pour enregistrer et diffuser, fut-ce gratuitement. Si la redevance était étendue à tous les moyens de capture, on se trouverait, avec internet, dans la même situation que jusqu’à présent avec la radio et la télévision. Évidemment, ceux qui ne téléchargent pas seraient furieux, mais c’est l’esprit même du service public. Les gens qui n’ont pas d’enfants paient des impôts pour l’entretien des écoles et la rémunération des professeurs. Chacun paie autant, qu’il soit sorti du système a seize ans ou qu’il soit resté jusqu’a trente ans a l’université. À partir du moment où il est impossible de contrôler l’usage d’un bien et d’en exiger un prix parce qu’on est dans l’impossibilité d’en organiser le recouvrement, il faut évidemment le faire tomber dans le domaine public et en assurer le financement par l’impôt. Ce ne sera jamais « gratuit », ou alors, les artistes crèveront de faim. Mais il faut bien comprendre que, dans ce cas, les susdits artistes deviendront des fonctionnaires ou les éditeurs des « fournisseurs »…
Cela dit, que des ayants-droits s’opposent à la réédition d’un titre épuisé, cela pose un problème. J’estime qu’on devrait avoir le droit de faire et de donner la copie d’un titre introuvable. Notamment de vieux enregistrements non repris sur CD. Je cherche en vain depuis vingt ans l’enregistrement de la « Damnation de Faust » de Berlioz, sous la direction de Jean Fournet. Si je le trouve sur internet, je n’hésiterai pas à le télécharger. Je suis le premier à condamner le téléchargement illicite des contenus DISPONIBLES dans le commerce, mais je récuse le droit à qui que ce soit de m’interdire QUELQUE ACCES QUE CE SOIT, MEME PAYANT, à une œuvre de l’esprit. Une fois publié avec l’accord de son auteur, la rétention de contenu, devrait être illégale. Ou bien on réédite, ou bien on autorise la diffusion privée gratuite.
Il faudrait aussi parler du « photocopillage » qu’on n’a jamais réussi à empêcher. Tout cela participe du principe selon lequel, les éditeurs étant de honteuses pompes à fric, on aurait tort de se gêner. Comme si ce n’était pas le cas de mon boulanger, qui vend son pain pour cinq fois le prix que cela me coûte de le faire moi-même. Mais je vous rassure : je paie la farine. Et le sel.
18 mai 2009 à 17:17
De même qu’avec de l’étymologie on fait de la mauvaise philosophie, l’histoire d’un concept ne fait pas toujours de la bonne analyse.
Cependant je ne résiste pas à rappeler que le copyright est une invention des éditeurs-imprimeurs londoniens, alliés à la censure royale, et pas du tout une trouvaille des producteurs d’oeuvres. Le crime ne profiterait-il alors pas plus aux éditeurs qu’aux artistes ?
L’affaire serait sans doute moins embrouillée si on revenait à une idée claire de la propriété, savoir : la propriété porte exclusivement sur un support : un plan d’architecte, un disque, un tirage photographique, les feuilles d’un livre, etc.
La technique et le droit sont assez fertiles pour résoudre la question des revenus tirés de la production de ces supports, sans avoir besoin de mêler la bénévolente- impartiale-et-insensible-aux-groupes-de-pression puissance publique, non ?
Qu’en pense Kenique ?
19 mai 2009 à 15:13
Photocopier un texte, ce n’est pas du tout la même chose que photographier un tableau. Le livre est un medium ; le tableau est une œuvre. Dans la photographie d’un tableau, il y a une « représentation » de l’œuvre. Dans la photocopie d’un texte, il y a le texte. En donnant la photographie d’un tableau à quelqu’un, vous ne donnez qu’une photographie. En donnant la photocopie d’un texte, vous donnez le texte.
On voit bien dans cet exemple la différence fondamentale qui existe entre un medium et une Å“uvre. Acheter un medium, cela donne accès à l’œuvre, cela ne fait pas de vous le propriétaire de l’œuvre. Acheter la photographie des Nymphéas de Monet cela coûte quelques euro. Acheter les Nymphéas de Monet cela coûterait des millions d’euro. De même, acheter un disque contenant un enregistrement d’un quatuor de Beethoven, cela coûte quelques euro ; acheter un quatuor de Beethoven (je veux dire le manuscrit), cela coûterait des millions d’euro, sans parler du cachet des interprètes si vous voulez l’écouter chez vous… Déjà qu’on a la chance de pouvoir écouter des centaines de fois les Razoumovski par les Berg pour dix euro et on voudrait en plus que ce soit gratuit. Je trouve cela ahurissant.
Mais il est évident que nous ne sommes pas là dans le domaine de la rationalité. Nous touchons aux valeurs. Cela signifie que, après avoir donné quelques arguments pour soutenir sa thèse, on ne peut que dire : ceci est ce que je crois. Au peuple de décider si les valeurs auxquelles je suis attaché auront ou non force de loi. Car nous sommes en démocratie. Le principe démocratique est de se conformer à la loi, c’est-à -dire au consensus majoritaire de la représentation nationale. Ce qui n’empêche pas de militer contre elle si elle ne nous satisfait pas. C’est ce que font les étudiants, les enseignants-chercheurs, les praticiens hospitaliers et les facteurs. Ils sont dans leur droit, même si leurs arguments ne sont pas décisifs. Les droits ne se prouvent pas ; ils se conquièrent.
Heureusement, nous vivons en démocratie « représentative » et les chambres se montrent souvent plus raisonnables (je n’ai pas dit « rationnelles ») que le peuple qui les a élues. On l’a bien vu en 1981 lorsque, sur proposition du gouvernement et notamment du garde des sceaux, Robert Badinter, le Parlement a voté l’abolition de la peine de mort alors que 70% des Français souhaitaient son maintien. J’espère qu’il en sera de même à propos du téléchargement illégal. Il est évident que si on faisait un referendum, la majorité serait pour la gratuité, non seulement du téléchargement, mais du pain, du vin, de la viande, des fruits et légumes (cinq par jour, remboursés par la Sécurité Sociale…), du carburant, etc.
Au nom de la Liberté…
Je n’ai pas bien compris ce qu’a voulu dire Jan Laarman avec ce qu’il appelle « la bénévolente-impartiale-et-insensible-aux-groupes-de-pression puissance publique ». J’aimerais bien qu’il nous explique comment financer la production culturelle autrement que par de l’argent public si tout le monde veut pouvoir en jouir « gratuitement ». De toute façon il faut bien que quelqu’un paie. Si ce n’est pas l’usager, ce sera le contribuable. Autrement dit, pour que l’usager puisse accéder « gratuitement » aux œuvres, il faut que ceux que cela n’intéresse pas paient pour lui. Je soupçonne qu’il y ait parmi nos soi-disant libertaires beaucoup plus d’usagers que de contribuables.
Et puis arrêtons de parler, en matière de téléchargement illégal, d’accès libre à la Culture. On sait bien que ce qui est massivement recherché par ce moyen n’est ni la « messe en si mineur » de J.S. Bach, ni le texte original des œuvres de Saint Augustin (d’ailleurs libres de droits et disponibles sur pedagogie.ac-toulouse.fr ou ac-nice.fr, entre autres…). D’autre part, France-Culture est libre d’accès ; combien de divisions ? Sans parler de l’école, où la plupart des jeunes gens passent « gratuitement » près de vingt ans (vingt ans !)… pour y faire quoi ? vingt pour cent d’entre eux ne trouvent même pas le moyen d’apprendre, pendant tout ce temps, à lire et à écrire. Le problème, ce n’est pas la gratuité, c’est l’envie. Je n’ai pas de solution.
28 mai 2009 à 17:47
A ceux qui veulent en savoir plus sur A. Haye, je dirais qu’il lit et écoute beaucoup BHL, Finkelkraut, A-G Slama et… Brice Couturier évidemment!
29 mai 2009 à 21:26
qu’est-ce qui vous a dérangé dans mon poste M. Couturier? Qu’il pointe le préjugé raciste de votre “franchise”?
“Il faut appeler un chat un chat”, voilà un propose que n’importe quel électeur du FN venu ne démentirait pas…
30 mai 2009 à 8:59
“Donc, parler breton ou volapuk, pour ce qu’on en fait, quelle importance ?”
kenique
Le breton n’a pas plus de points communs avec un “volapuk” que le français. Il faut avoir beaucoup d’ignorance, de suffisance et d’arrogance pour faire un tel rapprochement, toute chose qui imprègnent votre billet.
30 mai 2009 à 11:24
Ce qui me dérange, monsieur Agrippant, c’est de me faire traiter publiquement de raciste et sur mon blog.
Parce qu’il s’agit à mes yeux d’une très grave insulte. D’un véritable coup bas, qu’on décoche à son adversaire lorsqu’on est dans l’incapacité de trouver un argument plus convaincant.
Parce qu’il se trouve que, pour des raisons notamment de culture familiale sur lesquelles je n’ai pas à m’étendre, voyez-vous, (pourquoi devrais-je me justifier auprès d’un inconnu), je suis “colour-blind” et anti-raciste.
Alors oui, je me réserve le droit de supprimer de ce blog les insultes basses, comme d’esquiver les coups bas gratuits.
Mais je conserve toujours les critiques, même celles qui me paraissent le plus infondées. Ne confondons pas les genres.
30 mai 2009 à 15:45
Que nenni M Couturier, je ne vous ai jamais traité de “raciste”, relisez-moi bien. J’ai relevé une phrase “de vous” qui me semblait porteuse d’un tel préjugé, car voyez-vous, le langage nous dépasse, et cette phrase vous n’en êtes précisément pas l’auteur. Les idéologies que nous défendons véhiculent bien plus de choses que nous ne pensons. Or, pour quelqu’un qui pourfend le multiculturalisme, je trouvais votre propos dangereusement essentialiste. Et il se trouve que pour des raisons tout aussi personnelles, je suis très sensible à la manière dont certaines idées s’ancrent dans certains discours (et le libéralisme à l’anglo-saxonne est sous-tendu par une vision essentialisée de l’homme)
Il s’agissait donc bien d’une critique M. Couturier, et non d’une insulte…
31 mai 2009 à 9:53
Voyez vous-même : il existe - de nos jours en particulier - une assez nette différence entre mettre en cause, chez son adversaire, “le libéralisme anglo-saxon” (opinion qui n’est pas, que je sache, moralement répréhensible, ni punie par la loi…) et dénoncer ses “préjugés racistes”. Même si on les veut bien les mettre au compte d’un discours qui penserait tout seul…
Vous pouvez bien me traiter de libéral anglo-saxon - c’est assez fondé, du reste - mais pas de raciste.
J’ajoute que le libéralisme anglo-saxon m’est apparu, sur place, moins raciste que notre républicanisme assimilateur à nous.
5 juillet 2009 à 17:24
suite à votre émission sur la prison et ses commentaires, je vous transmet l’adresse de cet article, qui peut vous intéresser. Et j’ai entendu sur France culture il y a quelques semaines qu’il existait un pays sans prison ou la délinquance est également absente, étonnant, non? Mais je n’arrive pas à retouver de quel pays il s’agit.
Et enfin, outre la démocratie, il y eu en Espagne durant trois années des zones anarchistes, avant la guerre civile, et donc plus que démocratique puisque chaque voix compte et que c’est l’unanimité qui est de rigueur. Et cela fonctionnait, semblai-il, dixit le documentaire que j’avais vu il y a quelques années (là aussi, désolé, je n’avais pas noté les références)).
cf. http://espana36.site.voila.fr/anarchis/anarMD.htm
http://www.article11.info/spip/spip.php?article257
“San Pedro, étrange prison sans matons”
24 décembre 2009 à 18:28
Connaissez vous le système d’étiquetage IACA qui permet d’un coup d’oeil d’identifier la provenance en km du produit, si l’entreprise à l’origine de la production a eu des condamnations sur sa gestion (humaine notemment) et d’autres infos encore…associations Togethearth, transparent trade. Génial. La décision de mieux vivre dépend de soi, nous devons nous investir pour mieux comprendre les systèmes qui nous entourent, nous renseigner…