La part de la valeur ajoutée qui rémunère le travail est de 67 % en France selon le Rapport Cotis. Elle comporte, outre les salaires proprement dits, les primes, les cotisations sociales, et l’épargne salariale. Elle est très proche de ce qu’elle était tout au long des “trente glorieuses” (autour de 70 %), ce qui témoigne d’une grande stabilité. Il est exact que, dans les années qui ont suivi le choc pétrolier, cette part avait grimpé progressivement, jusqu’à atteindre 76 % en 1982. Mais elle est retombée très vite - au cours du premier septennat de François Mitterrand - à son niveau actuel. Depuis, elle est d’une étonnante stabilité. La thèse de la “dégradation continuelle” sous les coups de la mondialisation s’effondre donc. On aimerait que ceux qui la prônaient hier encore reconnaissent leur erreur. Le compromis travail / capital est le fruit de l’état du dialogue social national. Il n’est pas “imposé de l’extérieur par la concurrence déchaînée des pays en développement”, comme on l’ont trop répété analystes et dirigeants, pour se défausser de leurs responsabilités. D’autres pays que le nôtre ont fait le pari de soutenir davantage les fonds propres des entreprises, afin de les “muscler” face à la concurrence internationale. Dans une période de crise du crédit, c’est une politique nécessaire. C’est notamment le cas de l’Allemagne, où la part des salaires s’est récemment dégradée, face à celle des salaires : elle est désormais de 58%. Pas chez nous où elle demeure stable - avec presque 10 points de plus.
Un phénomène qui n’a guère été commenté, tant il heurte le sentiment commun : parmi les pays avec lesquels la France est comparée, il n’y en qu’un où les salariés obtiennent un pourcentage supérieur de la valeur ajoutée - et donc les détenteurs de capitaux moins ; et ce pays, ce sont les Etats-Unis., avec 70 %... Elie Cohen nous donné, lors de l’émission de mardi, la raison de cette incongruité : plus l’économie d’un pays comporte d’emplois de services, réclamant peu de capitaux, plus est élevée la part des revenus dégagés allant à la main d’oeuvre. Plus l’industrie y est importante et hautement technologique, moins la cette part est élevée. Les Etats-Unis ont misée surtout sur les services, l’Allemagne sur les industries de pointe. CQFD.
Mais ce qui est préoccupant, dans le cas français, d’après ce Rapport, c’est que 36 % de la part des profits va aux actionnaires, contre seulement 57 % qui est réinvesti. Le reste allant s’ajouter aux salaires, sous forme d’intéressement. C’est beaucoup trop peu, pour un pays dont le tissu industriel vieillit et dont la compétitivité extérieure s’érode.
Malgré cette stabilité de la part des salariés, les salaires des Français ont très médiocrement progressé depuis la fin des années 1970. La hausse réelle des salaires nets a tourné, depuis lors, autour d’un petit 1 % l’an. Cotis incrimine, en particulier, “l’activation” récente des moins qualifiés, mal payés, qui auraient eu tendance à “plomber” la moyenne. Mais chacun sait que la cause principale de cette quasi-stagnation des revenus, c’est l”essoufflement de notre croissance - mesurée par fait que la France a “décroché” en Europe, passant du 4° au 12° rang en termes de PIB par habitant, parmi les 15 pays d’Europe “occidentale” de l’UE. Les auteurs du rapport Cotis montrent aussi que l’une des causes est également à chercher dans la hausse régulière des cotisations sociales, qui a absorbé la quasi-totalité de la progression des salaires. En effet, malgré slogans et média, qui dénoncent régulièrement la “dérive libérale” ou la “casse de la politique sociale” dans notre pays, il faut savoir que la France consacre à sa politique sociale 33 % de son PIB, soit le niveau le plus élevé de toute l’OCDE, après la Suède. Rappelons que niveau de la dépense publique en France est supérieur à 52 % du PIB - ce qui n’est pas précisément un symptôme de “dérive ultra-libérale”…
Les inégalités, “explosent-elles”, comme l’écrivent ceux des commentateurs qui ne se sont pas donné la peine de lire le rapport Cotis ? Le Rapport de l’OCDE, “Croissance et inégalités”, paru en novembre de l’an dernier, avait déjà souligné cette heureuse “exception française” : au cours d’une période où les inégalités entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres (”coefficient de Gini”) se sont creusées presque partout, l’Australie, la Grèce, le Mexique, le Royaume-Uni, et surtout la France, ont connu une évolution inverse. Contrairement à ce qui est répété, les inégalités de revenus sont plus faibles, en France, que dans le reste du monde industrialisé (1 à 6 contre 1 à 9, moyenne OCDE). Ce que confirme le rapport Cotis : le ratio D9/D1 est “de l’ordre de 3 et il est relativement stable - voire en légère baisse depuis des années. En revanche, l’écart s’est creusé au niveau des très hauts salaires.” Camille Landais (Paris School of Economics) avait pointé, dans une étude parue en juin 2007, cette anomalie : lorsqu’on passe de l’analyse au niveau des déciles (en divisant l’échelle des revenus en 9 “barreaux”) à un examen au niveau des centiles, on s’aperçoit que ce sont les 1 % les plus riches - et surtout les 1 sur 1000 les plus riches, dont les revenus ont le plus augmenté. C’est à cette échelle-là que l’on peut parler, en effet, “d’explosion des inégalités” : les super-riches, en effet, décrochent. Il s’agit essentiellement de quelques milliers de sportifs de très haut niveau, des PDGs des entreprises du CAC 40, des vedettes du cinéma et de la chanson, ainsi que d’une poignée de consultants internationaux très recherchés. Mais résumer le problème en titrant, comme le fait l’AFP, sur le “creusement des inégalités de salaires et de revenus entre les Français”, témoigne d’une lecture fallacieuse. Le problème, c’est que les journalistes ont tendance à recopier les dépêches, plutôt qu’à se donner la peine de lire attentivement le rapport…
Pour en revenir à l’étude de l’OCDE, celle-ci pointait du doigt un phénomène préoccupant - je veux dire qui devrait retenir davantage l’attention. Les prestations sociales représentent, en moyenne, 33 % du revenu des ménages français. - contre 22 % pour la moyenne OCDE. Et c’est pourquoi les inégalités de revenus “n’explosent” pas : elles sont corrigées par la redistribution. Paradoxalement, soulignait l’OCDE, ce fort niveau de redistribution profite davantage aux catégories moyennes qu’aux classes populaires : les 20 % les plus pauvres ne reçoivent que 16 % des prestations sociales. Il y a là une anomalie, qui confirme ce que l’observation empirique relève : les meilleures “bénéfices sociaux” (mutuelles solides, comités d’entreprises, etc.) vont à ceux qui sont bien ancrés dans l’emploi. La politique sociale est très active (et très chère), mais elle ne cible pas de manière privilégiée - comme elle le devrait - ceux qui en ont le plus besoin. Souhaitons que le RSA (qui, en réalité ne comporte que pour 1,5 milliards de dépenses nouvelles) commence à corriger cette aberration bien française.
C’est pourquoi il serait indécent qu’à la faveur de la crise, à la faveur du regain de faveur des politiques de soutien à la consommation, ce ne soit pas les principales victimes qui bénéficient de l’attention des pouvoirs publics - jeunes, précarisés et intérimaires - mais, au contraire, ceux qui bénéficient de l’emploi à vie, et de prestations sociales de toute sorte. Au cours du premier trimestre de cette année, la France a déjà perdu 138 000 emplois. C’est très peu, si l’on compare avec les données statistiques des pays plus gravement touchés, comme l’Espagne ou les Etats-Unis. Mais il faut remarquer que plus de la moitié de ces emplois “détruits” étaient tirés de l’intérim. (78 00) C’est la preuve que les patrons tentent de faire face à la chute dramatique de leurs carnets de commande en se séparant de leurs salariés non protégés par un contrat de travail. Mais c’est aussi la démonstration que ce sont les jeunes qui vont payer, une fois de plus, l’adaptation réaliste du pays à la crise.
C’est donc vers les “outsiders” et non pas vers les “insiders” que, plus que jamais, doivent aller les mesures sociales nouvelles rendues nécessaires par la crise. S’il doit y avoir un effort sur les revenus, pour doper la croissance par la consommation, il faut qu’il soit destiné prioritairement aux chômeurs plutôt qu’aux salariés dotés d’emplois à vie et de solides prestations sociales. D’autant que, comme le relève François Dupuy dans une interview passionnante dans Les Echos du 20/05, ce sont ceux qui travaillent le plus intensivement. Face au “sous-travail, les entreprises recourent “aux intérimaires qui, eux, travaillent à fond. Dans l’une des entreprises où j’ai enquêté, j’ai pu mesurer une productivité des intérimaires supérieure de 40 % à celle des salariés maison occupant le même poste ! Autrement dit, les salariés de l’entreprise peuvent d’autant plus sous-travailler qu’il y a des esclaves pour faire le boulot. Les intérimaires acceptent ça parce qu’on leur agite sous le nez la carotte de la titularisation : si vous travaillez bien, vous serez embauché et vous pourrez souffler à votre tour.” Le problème est que les insiders sont extrêmement peu présents dans nos syndicats, qui sont surtout représentatifs de la fonction publique… Mais s’ils devaient s’avérer les grands oubliés de la négociation qui s’ouvre sur les revenus, on pourrait s’attendre à voir leur frustration prendre des formes autrement plus inquiétantes que nos défilés Bastille-République.
Enfin, l’INSEE vient de publier les chiffres des salaires en 2007. Le salaire moyen atteint, pour la première fois, les 2 000 euros (1997, exactement) et l’INSEE relève que, cette fois-ci, la hausse (+ 1,5 %) n’a pas été grignotée par celle des cotisations sociales, comme cela avait été le cas l’année précédente. Cette moyenne ne prend en compte que les salariés travaillant à temps complet dans le secteur privé et dans le semi-public. Elle serait donc légèrement supérieure si on prenait en compte les salaires des fonctionnaires qui, anomalie française, touchent davantage, en moyenne que les salariés du secteur exposé à la concurrence - et au risque du chômage. En 2006, selon l’INSEE, un fonctionnaire d’Etat gagnait 26 182 euros annuels, contre 23 261 pour un salarié du privé (PDGs compris…). C’est un cas unique en Europe.



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19 mai 2009 à 15:02
Bonjour
Je lis avec intérêt votre mise au point mais je m’étonne. Je n’ai pas lu le rapport dont vous parlez, mais j’ai sous les yeux une édition déjà ancienne (2004) du livre de synthèse largement diffusé de Picketty (L’économie des inégalités dans la collection Repères), économiste plutôt classé à gauche: “l’inégalité des (salaires) n’a véritablement augmenté qu’aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, mais dans tous les pays (occidentaux) les inégalités ont au minimum cessé de décroître” (p.19). Ce depuis les années 1970. Quant aux inégalités de revenus (salaires + les autres ressources) le même Picketty les décrit comme stables en France après avoir baissé dans les années 70, mais dit les voir très légèrement remonter dans les années 90. Il pointe en outre les problèmes d’exactitude liés à leur mesure. L’idée donc que la France et de nombreux autres pays européens ont, à la différence des pays anglo saxons, assez bien résisté à l’augmentation des inégalités, me parait bien documenté et assez largement admise. Qui sont dès lors les “commentateurs” dont vous parlez?
Ceci dit ce n’est pas parce que les inégalités n’augmentent pas qu’elles ne posent pas de problème. Plutôt que de se féliciter de leur stagnation, ne faudrait-il pas songer à reprendre, comme le suggère Picketty, le mouvement de réduction de ces inégalités, tendance lourde qu’on peut juger féconde du 20ème siècle jusqu’aux années 80? N’est-ce pas sur la réduction et non sur le maintien qu’il faudrait faire porter l’effort?
Du coup, on peut s’interroger sur vos cibles en la matière. Vous pointez très justement que les très riches s’enrichissent, mais vous semblez à la fin de votre article voir dans les fonctionnaires, et plus généralement tous les salariés ayant un emploi stable, les véritables privilégiés de notre pays. Pourquoi avez-vous subitement oublié ces fameux 1% de “super riches” qui “décrochent” (vers le haut s’entend)? Pensez-vous qu’il serait aussi souhaitable de réduire ce type d’inégalité et comment?
Si je comprends bien votre raisonnement, le fait que les inégalités n’aient pas augmenté en France (peut-être précisément en raison des lourdeur qu’on lui reproche souvent) semble être un argument pour détourner la question des inégalités de revenus vers celle des inégalités face à la stabilité de l’emploi. Dit de manière plus crue aux plus précaires: plutôt que de vous en prendre aux plus riches, prenez vous en aux fonctionnaires, qui certes ont des revenus moyens , mais ont, eux, la stabilité de l’emploi qui vous manque (attention d’ailleurs aux moyennes de salaires, il faut aussi prendre en compte toute une série d’avantages qu’elles ne comptabilisent pas et qui sont parfois plus forts dans le privé, cf les salaires des pdgs / primes). Le fait de rendre les fonctionnaires plus précaires rendra-t-il les précaires plus stables, là est la question et on peut douter de l’effet mécanique suggéré. Le même Picketty mettait d’ailleurs en garde contre l’illusion d’optique qui consistait à voir dans les faibles taux de chômages des pays anglo-saxons une contrepartie des inégalités de revenus: au moins, peut-on penser, il y a aux Etats-Unis plus d’égalité face à l’emploi, plus précaire mais plus accessible. Il montre qu’il faut fortement nuancer cette croyance (sous emploi non quantifié, 1,2% de la population active derrière les barreaux), tout en montrant les faiblesses françaises dans le même domaine (p.23-24).
Toute légitime qu’elle soit, convenez qu’on puisse être en désaccord avec vos priorités en matière de lutte contre les inégalités et que celles que vous défendez arrangent certaines catégories de la population (en clair les plus riches, qui peuvent se satisfaire qu’on arrête (enfin!) de les prendre pour cible, d’autant que leurs impôts servent en partie à payer les fonctionnaires et qu’ils ont moins besoin que les autres de services publics de qualité). La présentation inverse aussi, je vous l’accorde, mais je crois que la lutte des classes n’est pas qu’un gros mot. Par où l’on voit que l’économie est avant tout une question de choix politique, et pas simplement de démonstration scientifique.
19 mai 2009 à 16:28
J’ajoute ce lien, que je viens de découvrir au débat: http://www.laviedesidees.fr/Travail-precaire-capital-protege.html. C’est une interview de Philippe Azkenazy sur le site de la Vie des idées, qui traite exactement de la question des inégalités et du problème de l’exposition aux risques en période de crise.
Philippe Azkenazy y tire des conclusions assez éloignées des votre de l’observation de la montée de la précarité. Pour résumer il insiste surtout sur le fait qu’en ces temps de crise, c’est le capital qui se protège “sur le dos” des travailleurs les plus précaires, et non les fonctionnaires ou les salariés “insiders”. D’habitude, lors des crises, le capital voyait ses revenus baisser pour absorber les chocs et en quelque sorte (forme de pacte social) protéger les travailleurs. Ce n’est plus le cas.
Une des solutions selon lui serait de “reréguler” le marché du travail et obliger les grandes entreprises à assumer les coups portés à leurs sous-traitants. Loin donc d’opposer salariés “insiders” et “outsiders” en culpabilisant les premiers, il insiste donc bien sur la responsabilité des entreprises, donc des patrons et des actionnaires. Je vous laisse découvrir ses vues sur l’augmentation du salaires minimum, qui mettent à mal bien des évidences.
On voit par là que l’opposition capital / travail a encore de beaux jours devant elle.
On peut évidemment être sceptique ou même être carrément contre cette analyse, qui n’émane pourtant pas d’un marxiste. J’imagine que Jacques Marseille aurait quelques arguments à lui opposer. Elle a quand même le mérite d’illustrer ma conclusion précédente, à savoir que les choix politiques sont les vrais ressorts de la politique économique.
19 mai 2009 à 16:58
@Romain : le lien indiqué ne fonctionne pas.
Je n’ai pas la liste des personnes qui touchent le 1% en haut de l’échelle des revenus, mais je pense qu’il y a surtout des avocats, des footballeurs et des stars du show-business - dont les revenus ne provoquent guère d’envie (car qui voudrait mener le vil cours de leurs journées plus de dix minutes ?).
Plus généralement, je ne comprends pas qu’on puisse parler sérieusement des inégalités, considérant qu’il ne s’agit finalement que de phénomènes puérils de cour de récréation, ou si on préfère d’ENVIE. On déguise alors ce sentiment honteux derrière le masque vertueux du souci de justice (j’épargne à mes lecteurs le couplet hayékien autour de ce dernier mot).
Brice n’avait pas vraiment donné de conclusion à son article. Je pense que ce rappel psychologique élémentaire ferait l’affaire !
19 mai 2009 à 18:35
Bonjour Jan et merci à Brice Couturier d’avoir invité Askenazy sur le sujet.
L’interview d’Askenazy est visible sur le site de la vie des idées, en première page.
Pour les 1% les plus riches, il s’agit des gens qui gagnent un salaire plus de 7322 euros par mois, d’après l’observatoire des inégalités (je mets le lien à tout hasard: http://www.inegalites.fr/spip.php?article1054&id_mot=130, mais s’il ne marche pas il faut aller dans l’onglet “revenus”). On voit qu’il n’y a sans doute pas que des footballeurs et des top-models, même s’il s’agit d’une minorité.
Je n’ai pas bien compris votre développement sur les inégalités, qui semblerait suggérer que cet observatoire ne sert strictement à rien, et qui ouvre de grandes perspectives de bonheur futur et de fin de l’histoire.
Voulez-vous dire que les inégalités (de revenu notamment) n’existent pas et ne sont que des impressions? J’aurais du mal à vous suivre sur ce point.
Voulez-vous dire qu’elles existent mais qu’il est puéril de vouloir les réduire car cela ne sert à rien ou que c’est même contre-productif? C’est la thèse de l’effet pervers identifié par Hirschman et défendu notamment par Hayek: cf Deux siècles de réthorique réactionnaire, Fayard. Là encore il me semble au vu de cette histoire longue qu’il s’agit plus d’un effet de manche que d’un réel argument.
Ou alors voulez vous dire que tous ceux qui souhaitent les réduire sont en fait jaloux et visent, sous couvert de justice, à satisfaire leur égoïsme? Sur ce dernier point je suis prêt à vous suivre, mais cela ne change rien. Après tout ceux qui nient que les inégalités puissent être réduites le font aussi pour des raisons égoïstes et déguisent leur désir de se maintenir en haut de l’échelle social sous les masques de la “nature”. D’autre part je ne me fais que peu d’illusions sur la possibilité d’avoir des positions réellement “désintéressées”, et en cela je suis complètement Bourdieu dans ses analyses. Ce derniers rappelle néanmoins que de bien belles choses peuvent se faire dans le domaine politique en guidant les intérêts au mieux, selon un projet qui peut lui même être considéré comme juste. Il faut selon le sociologue rendre le “désintéressement intéressant”.
Merci donc de préciser et de développer votre point de psychologie qui, quoiqu’”élémentaire”, m’a vraiment échappé.
20 mai 2009 à 9:47
Bonjour à tous,
Je viens de terminer la lecture d’un petit ouvrage passionnant et lumineux sur la pensée de Georges Orwell. Il s’agit de ” La décence ordinaire” par Bruce Bégout aux éditions Allia. C’est tout simplement magnifique, écrit en français clair et avec concision. On n’y cherche pas à cacher la vacuité de sa pensée derrière un jargon amphigourique et ampoulé comme chez la plupart de nos amis déconstructionnistes et de leurs disciples universitaires. On y découvre simplement la puissance radicale de la pensée d’Orwell, et peut-être son importance fondamentale dans l’émergence d’un nouveau socialisme. Je préfère ce dernier terme à celui de gauche ( à prononcer Gôôche, avec la bouche en cul de poule s’il vous plaît!), cet étrange catéchisme du Progrès (pourtant en faillite complète) qui demeure sans doute le principal responsable de la crise culturelle (plus qu’économique) dans laquelle nous sommes embourbés. Je vous en conseille vivement la lecture, et si vous en avez le temps (M.Kenique, Saturnin,M.Machefert et autres… pourquoi pas M.Hoel aussi?) avoir votre avis sur l’ouvrage.
PS: On notera que Georges Orwell prenait notre cher Sartre national pour “a bag of wind” mais qu’il avait au contraire énormément d’admiration pour Albert Camus. Quand je vous dis qu’Orwell devait être un type bien!
20 mai 2009 à 22:10
C’est curieux : j’ai précisément tenté d’inviter Bruce Bégout à l’émission, ce lundi, en compagnie de Christophe Bourseiller. Malheureusement, il n’était pas libre. Je réessaierai.
Moi aussi, je tiens Camus pour un penseur autrement plus intéressant que notre malheureux Sartre national, qui n’a cessé de se tromper sur tout, mais demeure canonisé et intouchable. La longue liste de ses erreurs de jugement est recensée dans le livre de Sirinelli “Sartre et Aron, deux intellectuels dans le siècle”. Dans une lettre à Esprit, en1935, Sartre écrit : “devant le réarmement allemand, la seule arme efficace, un désarmement intégral et sans arrière-pensées”… Sartre n’a pas résisté pendant l’Occupation et continué à publier et à faire jouer ses pièces de théâtre (les Mouches). Il est devenu compagnon de route des communistes à l’époque la moins défendable (sous Staline). “La liberté de critique est totale en URSS.” (Sartre, de retour de Moscou, en juin 1954 !) Et en 1956, il condamne le rapport Khrouchtchev en ces termes : “la faute la plus énorme a probablement été le rapport Khrouchtchev car, à mon avis, la dénonciation publique et solennelle, l’exposition détaillée de tous les crimes d’un personnage sacré, qui a représenté si longtemps le régime, est une folie quand une telle franchise n’est pas rendue possible par une élévation préalable, et considérable, du niveau de vie de la population”.” (L’Express, 9 novembre 1956, N° 281). Et il finit en faire-valoir des maoïstes de la Gauche Prolétarienne, partisans de la “guerre du peuple” en France !
21 mai 2009 à 6:02
N’ayant pas encore écouté l’émission sur le rapport Cotis, je ferai des commentaires aprés écoute.
@ A. Haye. C’est un beau sujet, celui de la décence ordinaire selon Orwell. Habitant les Etats-Unis, je ne puis me procurer le livre de Bégout, mais j’ai récupéré les Essais d’Orwell. D’autre part, j’ai réecoute Répliques d’Alain Finkelkraut du 18 Avril qui est toujours en écoute dans les archives. C’était sur ce sujet avec B.Bégout et J. Dewitte en invités. Trés intéréssant, notamment les tentatives. ratées, d’A. Finkielkraut d’ammenner ses invités sur l’une de ses obsessions, les jeunes de banlieue.
@ Brice Couturier. Albert Camus était un grand intellectuel, doublé d’une personalité “decente” pour rester dans l’univers Orwellien. Et bien sûr, Sartre avait une personalité beaucoup plus contestable. Cela dit, j’ai toujours un certain respect de l’apport de certains penseurs ou artiste, sur le strict plan intelletuel. Doit-on ignorer Heidegger ou Celine ? Je ne le pense pas. Il me semble que vos analyses soient essentiellement “politiques” et ne tiennent compte moins de l’oeuvre que des actions politiques de ces intellectuels.
21 mai 2009 à 21:27
les exemples d’égarements d’intellectuels pourraient être donnés sans fin et c’est ce qui est fascinant : comment un intellectuel tel que Sartre a t il pu s’égarer à ce point ? parce qu’il manquait de common decency et de common sense ?
je n’ai pas lu l’ouvrage M. Bégout, simplement écouté Répliques le 18/04, je vais essayer de trouver le temps de m’y plonger
j’espère y trouver des réponses à quelques interrogations :
la common décency ne repose t elle pas sur une vision optimiste des gens ordinaires ? n’est il pas trop réducteur de tenir des seuls gens ordinaires une common décency ?
quel contenu donner à la common décency ?
quelle actualité de la common décency dans notre monde dit post moderne, Orwell ne parlait il pas des communautés ouvrières du Royaume Uni ?
en tout cas Brice, si vous faites un jour une émission sur la common décency avec M. Michéa et M. Bégout, ce serait vraiment pas mal !
23 mai 2009 à 8:03
Cher Romain,
Vous m’avez assez bien compris : les inégalités existent, on ne sait que très imparfaitement les mesurer, il est vain de vouloir les réduire de front, et donc d’accorder trop de temps à en parler.
Je crois deviner chez vous une connaissance un peu superficielle de Hayek, puisque vous semblez en faire un réactionnaire. Seule une lecture rapide peut placer Hayek et la tradition libérale dans le camp des conservateurs. Si on observe avec plus de soin leurs écrits, on note qu’un de leurs soucis est de permettre la contestation des positions sociales. Ca semble à première vue les rapprocher de la tradition socialiste, sauf qu’ils confient à des règles générales et abstraites le soin d’assurer la mobilité sociale. On chercherait par exemple en vain chez eux une justification de l’impôt sur l’héritage. La suppression des privilèges garantis par le gouvernement leur paraît en revanche un moyen plus sûr.
On trouve aussi chez les libéraux du 20ème siècle la constatation que les riches entrepreneurs n’aiment pas la libre entreprise, parce qu’elle menace leurs positions acquises. De fait, on constate que la social-démocratie et ses fortes impositions n’ont en rien bouleversé l’ordre social, et que les riches dynasties industrielles s’en sont très bien accommodées. Par exemple aucune société du CAC 40 n’a moins de 50 ans, quand le Dow Jones compte un certain nombre d’entreprises qui n’existaient pas il y a 20 ans.
23 mai 2009 à 15:52
Voici une citation de Mona Ozouf pour A. Haye qui mentionnait Montesquieu :
“Pourquoi Montesquieu n’a-t-il pas plus marqué la culture française ? Je crois qu’il dit quelque part, mais il faudrait retrouver la citation exacte, que le goût de l’uniformité a frappé quelques grands esprit mais a surtout marqué les petits esprits : ça rassure… ”
http://www.nonfiction.fr/article-2525-p2-mona_ozouf__il_faut_peu_de_choses_pour_se_sentir_dune_nation.htm
Comme quoi !
Uniformité, monoculturalisme, …, : esprits médiocres
24 mai 2009 à 13:55
Bonjour Jan et merci pour vos précisions.
Je n’ai pas employé directement le terme “réactionnaire”, mais il se trouve qu’il est dans le titre de l’ouvrage de Hirschman que je citais et dans lequel on trouve une analyse de l’argument de l’”effet pervers” que contenait votre petite histoire de cour de récréation. Comme vous citiez Hayek dans votre post, cela m’a fait penser à ce classique des sciences politiques (”the rhetoric of reaction” en anglais).
Hirschman me parait avoir lu Hayek scrupuleusement et avec nuance. Loin de le simplifier, il montre d’ailleurs comment sa pensée s’est radicalisée entre la “route de la servitude”, dans laquelle il admet un certain nombre de mesures d’assistances, et la “Constitution de la liberté”, dans lequel l’Etat doit avoir un rôle de mise en concurrence (spécificité du néo-libéralisme selon Dardot et Laval) et se limiter pour le reste à la sphère régalienne. Sa présentation semble en fait rejoindre la votre. Ce qui vous parait injustifié, c’est le qualificatif “réactionnaire”. Il mérite effectivement explication.
Dans un contexte américain on peut d’abord noter qu’il a un sens particulier. “Liberal” n’a pas le même sens qu’en France, et les théoriciens comme Hayek ont été adoptés par les “conservatives”, qu’il ne semblait nullement effrayer par sa dimension révolutionnaire. D’où cette allusion à la “reaction” au progressisme “liberal”.
Ensuite et surtout, Hirshman utilise l’adjectif pour qualifier une rhétorique. Il a remarqué un air de famille entre des idéologues apparemment fort éloignés mais qui ont pour point commun de s’être opposés les uns à la conquête des droits civils (17ème-18ème), les autres à celle des droits politiques (19ème), et les derniers (dont Hayek) aux combats pour les droits économiques et sociaux à traver le développement de l’Etat providence (20ème siècle). Tous ces théoriciens utilisent des arguments semblables qu’il classe en trois catégories: la thèse de l’inanité (ça ne sert à rien), la thèse de l’effet pervers (ça aboutira à l’inverse de l’effet recherché), la thèse de la mise en péril (les nouveaux droits mettront en péril les anciens, par exemple les droits économiques et sociaux seraient menaçant pour les droits démocratiques). Voilà tout.
Il ne développe pas la question de la proximité idéologique car ce n’est pas son sujet, mais ont peut deviner que ce qui pour lui rapproche des positions aussi éloignées que la nostalgie pour l’ancien régime ou le refus de voir l’Etat tenter de réduire les inégalités, c’est sans doute l’acceptation des inégalités (héréditaires dans un cas, données par la nature et donc redistribuées à chaque génération dans l’autre). Peut-être le terme est-il trop fort, peut-être aurait-il fallu en français le remplacer par un adjectif moins péjoratif, mais je doute que “rhétorique conservatrice” vous aurait davantage convenu.
Je comprends bien vos efforts pour faire du néo libéralisme un progressisme et souligner son potentiel révolutionnaire, mais je reste très dubitatif. Les résultats (renouvellement plus grand mais très marginal de certaines élite comme celles de la haute finance) me paraissent bien maigres pour un coût très élevé (inégalités record et en progression depuis les années 80, quand ce type de politique a été favorisé). Dans un récent entretien, l’autre prix Nobel américain paul Krugman disait que la mobilité sociale était aux Etats-Unis plus faible que dans n’importe quel pays développé. Force est d’ailleurs de constater que les élites occidentales ont compris de manière fort différente de la votre la pensée néo libérale. Si, comme Mme Parisot ou comme le grand bourgeois américain type (qui vote plutôt “conservative”), ils l’ont adoptée (promotion de la mise en concurrence généralisée de toutes les sphères de la vie sociales, éloge du risque et de la réussite individuelle…), ce n’est certainement pas parce qu’elle menacerait leurs positions par une saine émulation, mais sans doute parce qu’au prix de quelques renouvellements superficiels et très médiatisés, elle a bien pour résultat, nolens volens, de figer les positions sociales.
24 mai 2009 à 17:36
Tout à fait, Romain. Chapeau pour l’analyse.
24 mai 2009 à 19:09
Et puis, sur les libertariens, je vous conseille la lecture de la brillante thèse de Sébastien Carré “Le mouvement libertarien aux Etats-Unis. Origines, fondements et usages d’une utopie libérale”, soutenue à Rennes 1 sous la direction du professeur Philippe Portier. C’est un très beau travail qui explore efficacement la galaxie libertarienne dans toutes ses composantes (Hayek, Ayn Rand, Rothbard…).
25 mai 2009 à 8:02
@Haye et Romain :
Au lieu de lire des ouvrages de seconde main (et de répéter des approximations), il faut lire les auteurs eux-mêmes !
Si Rand et Rothbard peuvent être appelés libertariens au sens français, il est à mon sens impossible de mettre Hayek dans le même sac. Il n’est pas partisan de l’état “veilleur de nuit”, puisqu’il reconnaît la nécessité d’un revenu minimum aux handicapés (par exemple). Il n’a absolument pas la fibre anarchiste des libertariens américains (Rand détestait Hayek et disait qu’il était encore plus dangereux que les socialistes !).
Hayek est un grand lecteur des Lumières écossaises et de Hume en particulier ; ça ne dispose pas vraiment à l’anarcho-capitalisme…
25 mai 2009 à 10:50
@hoel : assimiler uniformité et monoculturalisme n’est-il pas précisément un raccourci bien médiocre ?
25 mai 2009 à 20:28
Bonsoir Jan
J’avoue avoir un peu de mal à vous suivre. Résumons:
Dans un premier post (N°3) vous utilisez en vous réclamant d’Hayek une image (la cour de récréation) derrière laquelle je crois reconnaître grâce à une lecture d’Hirschman l’argument de l’effet pervers ou de l’inanité (il est vain, voire contre productif, de tenter de lutter contre les inégalités sociales).
Je vous demande si j’ai bien lu (post n°4), vous me répondez que oui (post N°9). Je vous cite:
“Vous m’avez assez bien compris : les inégalités existent, on ne sait que très imparfaitement les mesurer, il est vain de vouloir les réduire de front, et donc d’accorder trop de temps à en parler.” Vous pensez cela, Hayek pense cela, et Hirschman résume aussi sa pensée comme cela en lui donnant le nom de « thèse de l’effet pervers » et de « thèse de l’inanité ». Il n’y a donc aucune erreur de lecture sur le contenu logique de cet argument. Ou s’il y en a une, vous la commettez aussi.
En fait il ne faut pas confondre « erreur de lecture » avec « divergence d’appréciation ». La divergence en question porte sur la valeur que nous accordons vous et moi, Hirschman et Hayek, à cet argument, et la catégorie dans laquelle il faudrait le classer.
Vous pensez avec Hayek que c’est un bon argument et qu’il est progressiste, je pense avec d’autres qu’il est en fait très fragile et qu’il est conservateur (Hirschman dirait réactionnaire) sinon dans le projet en tout cas dans les faits. J’ai bien compris et je sais qu’Hayek se réclamait du progrès et des Lumières, et je ne mets pas en doute sa sincérité. Mais ce n’est pas parce qu’un auteur cherche à montrer son oeuvre sous un jour progressiste qu’il faut obligatoirement le suivre, surtout si ceux qui s’en réclament sont plutôt conservateurs et si la réalité qui découle des réformes qu’elle inspire ne va pas dans le sens que je donne au mot « progrès ». Je donne rapidement en fin de post quelques arguments pour appuyer mon opinion.
Mon objet au départ n’était d’ailleurs pas de discuter de Hayek, que je connais sans discussion moins bien que vous, mais de l’attitude à adopter face aux inégalités et de cette tendance à vouloir détourner l’attention des inégalités de revenus, pour des motifs divers. C’est vous qui avez introduit Hayek dans cette histoire, et je m’en tiens exclusivement dans mes remarques sur cet auteur, sur ce que j’en connais le mieux, à sa position sur l’effet pervers de beaucoup de mesures d’assistance.
Quant à savoir s’il est libertarien, je ne me sens vraiment pas compétent pour le dire, étant assez autodidacte en la matière. Je doute quand même que Sébastien Carré, qui a donc fait une thèse sur lui, ait oublié de le lire dans le texte (merci au passage à A. Haye pour la référence). J’aurais personnellement tendance à suivre Laval et Dardot, qui en font un néo libéral qui a bien compris que l’Etat était souvent nécessaire, notamment pour s’assurer des actions de mise de la concurrence.
En tout cas, en tant que non spécialiste, Hayek me semble susciter des réactions fort contrastées de lecteurs très estimables. C’est le propre des classiques. Cela devrait vous faire plaisir.
26 mai 2009 à 14:06
“Les vraies inégalités”
“Pour corriger les dysfonctionnements et les injustices de notre société, il convient d’abord d’en avoir une vue exacte et précisément mesurée.”
L’inégalité entre les langues mérite-t-elle “d’en avoir une vue exacte et précisment mesurée” ?
Quand un pouvoir impose sa langue comme instrument de domination et cherche à détruire les autres langues sur le territoire qu’il administre, ce pouvoir n’est-t-il pas dans son principe un pouvoir inégalitaire ? Il n’y a pas que l’économique dans la vie, et donc dans l’enfer de l’inégalité.
“@hoel : assimiler uniformité et monoculturalisme n’est-il pas précisément un raccourci bien médiocre ?”
Ma citation était une forme de réponse à cette phrase “admirable” bien que peut argumentée de A.Haye :
“De Montesquieu à Mme Benbassa… et après on nous dira que le niveau monte!”
- L’assimilation entre «uniformité» et «monoculturalisme» est précisément ce que fait Mona Ozouf dans son livre et dans les interviewes qu’elle a donné à son sujet
- Voici un passage d’un(e) interview dans le Télégramme :
- «La France n’a pas ratifié la Charte européenne des langues régionales et minoritaires: le breton et la Bretagne feraient-ils toujours peur à Paris?
- Le feuilleton jamais clos de la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires illustre, en effet, la mauvaise grâce que la France montre à l’expression de la diversité culturelle. En proclamant que «la langue de la République est le français», en refusant les amendements qui auraient permis de manifester le respect dû aux langues minoritaires, en criant à la balkanisation du territoire français dès qu’une proposition de reconnaissance de ces langues, fût-elle modeste, voit le jour, la France révèle sa vieille allergie à la particularité, son goût constant pour l’uniformité.»
Propos recueillis par Yves Loisel
De Montaigne à Montesquieu, on trouve pourtant une certaine ouverture d’esprit (un décentrement de l’esprit) chez les «intellectuels» français qui fait manifestement défaut depuis la Révolution où l’on préfère se fantasmer en centre du monde : Cf. le discours sur l’ «universalisme» et la france-patriedesdroitsdel’homme.
Où trouverait-on un texte tel que celui de Montaigne sur les “cannibales” :
“Je trouve maintenant, pour en revenir à mon sujet, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage dans cette nation, d’après ce qu’on m’en a dit, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas dans ses coutumes, de même que, en vérité, nous n’avons pas d’autre point de mire pour la vérité et la raison que l’exemple et l’image des opinions et des usages du pays ou nous sommes”.
Montaigne Essais, Livre I, Chapitre XXXI
Ou un texte dont le titre serait équivalent à «Comment peut-on être Persan ?»)
(Il y a aussi «Un barbare en Asie, du Belge Michaux. Probablement aussi l’œuvre de Lévi-Strauss : La pensée sauvage, …)
Donc Mme Benbassa, dont le propos visait le respect de la culture d’autrui (bien qu’elle n’ait pas vraiment pu développer cela, du fait de l’orientation donnée au débat par les journalistes), ne démérite pas, sinon de Montesquieu, que je connais trop peu, du moins de Montaigne et de ses “cannibales”.
Pour répondre à Saturnin :
«Je ne sais pas si vous avez écouté récemment Mona Ozouf et D Schnapper sur france Culture mais je trouvais leur approche de la République et de son évolution nécessaire passionnante et profondément juste.»
On ne peut pas mettre dans le même panier Mona Ozouf et D Schnapper.
Mona Ozouf est un cas tout à fait particulier. Ce que je pense sur D Schnapper est (en grande partie) assez proche de ce qui est dit sur les deux sites suivants :
Dominique Schnapper et la question des « langues régionales » ou quand l’ethnique perce sous le civique :
http://taban.canalblog.com/archives/2009/04/14/13377623.html
http://rezore.blogspirit.com/archive/2009/04/09/selon-dominique-schnapper-membre-du-conseil-constitutionnel.html
«… l’Ecole … dispense d’abord une langue, une culture, une idéologie nationale et une mémoire historique particulières qui tissent des liens concrets entre les futurs citoyens, qu’on pourrait appeler de type “communautaire”.» D Schnapper
http://www.communautarisme.net/La-communaute-des-citoyens,-utopie-creatrice_a568.html
“Avec le recul, Mona Ozouf est atterrée par la manière dont le breton a été relégué à l’espace privé, “donc condamné à mort”.”
Robert Solé - Le Monde
26 mai 2009 à 22:03
@ Hoel,
Mme Ozouf dans ses interventions et son dernier ouvrage tente sans doute une réconcialiation entre le républicanisme débarassé de ses pulsions jacobines et les “particularismes”. je trouve la démarche intéressante et même passionnante car elle lève le déni de réalité et la chappe de plomb d’un certain républicanisme uniformisateur. Cependant, elle ne tombe à aucun moment dans le multiculturalisme “prescriptif” (celui qui voudrait inscrire dans les lois de la république les particularismes). Quant à D Schnapper, les sites que vous citez me semble caricaturer son propos, en tout cas celui que j’ai écouté dans A voix nue et que j’ai lu dans La communauté des citoyens expression que je trouve percutante pour définir ce qu’est la nation.
Mais, à vous lire, vous parlez de “respect” des langues minoritaires et d’égalité entre les lanques.
D’ou vient cette quête égalitariste ?
en somme la république serait inégale car elle parlerait une seule langue, donc pour être égalitaire il faudrait que les administrations parlent toutes les langues minoritaires ? Mais que sont les langues miritaires ? l’occitan, le breton, certes mais que faites vous des tamoules que je croise dans mon quartier et du moine tibétain qui habite à coté de chez moi n’ont ils pas droit aussi au “respect” et à ce que le fonctionnaire qui les accueille parle leur lanque ? et n’oublions pas l’esperanto !
vous tombez là dans un communautarisme débridé qui aboutit à une monstruosité juridique et technocratique, votre recherche d’égalité est une quête sans fin !
A mon sens, la démocratie et l’Etat de droit exigent que les citoyens puissent communiquer entre eux et avec l’Etat dans une même langue compréhensible de tous, donc la république a une langue - le français.
Etrange quête donc que celle de cette soi-disante égalité fondée sur le “respect” (vocabulaire habituel de l’antiracisme dont on connait les impasses). Personnellement, je préfère la situation actuelle qu’une tour de babel ou chacun parlerait sa langue et se replirait donc sur sa soi-disante communauté, ou serait la démocratie … et l’égalité des citoyens ?
27 mai 2009 à 22:16
Merci à briccout de nous ouvrir les yeux une fois de plus sur les profiteurs qui ruinent ce pays, fonctionnaires et aures CDI glando-syndiqués dont la paresse atavique s’étale dès qu’ils se sentent protégés.
Merci au journaliste des échos de nous montrer à quel point les conti, les caterpillar et autres Mollex sont des nantis qui n’ont que ce qu’ils méritent, être traités comme ces “esclaves” d’intérimaires qu’on a virés avant eux.
Merci enfin à Cotis d’avoir eu le courage de rendre ces conclusions si peu audibles dans notre pays néosoviétique,
ça fait plaisir de voir que l’argent du contribuable est employé à diffuser de saines idées dans la société, voilà une vraie mission de service plublique, pas comme l’autre gaucho de 15h sur France-inter…Enfin, je crois qu’il va bientôt dégagé celui-là, il aura enfin de raison de pleurer sur la crise.
Continuez Bricecout, vous irez loin, vous.
28 mai 2009 à 12:35
Je ne cherche pas à aller quelque part, mais à découvrir la vérité et à la partager avec ceux qui sont capables de l’entendre. Evidemment, je suis du côté des salariés des entreprises privées, soudain licenciés, et auxquels notre marché du travail solidement cadenassé refuse la chance d’un nouvel emploi. Le chômage, j’ai bien connu personnellement. Pas vous, j’imagine. Et c’est peut-être l’origine de notre désacord.
28 mai 2009 à 17:07
Ah non, pas le chômage, je suis pas un fainéant, moi! Et vous non plus Bricecout, avec votre émission, votre blog, on voit bien que ça vous fait pas peur le travail, vous êtes pas un assisté, vous…, ni un fonctionnaire, l’ennemi du travail, par définition, il a une fonction c’est de rien foutre.
Alors je comprends pas quel “désaccord”? Je me fais mal comprendre, j’ai pas votre talent, mais je vous remercie de votre travail M. Cout. chercher la vérité, puis la partager (comme c’est bien dit), nous guider quoi…
On doit avoir ça en commun, vous êtes un meneur, comme moi, un chef d’équipe, sauf que votre équipe c’est les gens qui vous écoutent, et il faut leur faire comprendre la vérité à ces gens, que dans la vie, y a ceux qui bossent, qui prennent des risques, et puis les autres, qui se laissent aller et que pour ceux là y a trop de bouée de sauvetage, ceux qui savent avancer peuvent plus passer. Et vous avez raison, faut couper les cordes qui tiennet les bouées et les laisser partir à la dérive ces noyés, faut enlever les chaînes (le “cadenas” du code du travail comme c’est bien dit, comme c’est juste M’Cout) et leur dire, allez maintenant t’es libre, ou tu bosses vraiment, ou tu vas chercher ta pitance ailleurs, c’est ça la vérité, c’est limpide, on est bien d’accord.
C’est pas ce que voudraient nous faire croire certains agités, comme le Mermet, heureusement qu’il y a des gens comme vous, vou pourriez peut-être prendre son crénau, je veux dire sur France-inter, y ‘a plus d’auditeurs, non?
28 mai 2009 à 17:24
Je dirige une petite entreprise, et je confirme tout à fait ce que dit F. Dupuy.
Les intérimaires font souvent gagner des gains de produtivités à l’entreprise, mais en cas de carnets de commande moins remplis, la contrainte des CDI est telle, que c’est des intérims qu’on se sépare. C’est profondément injuste car les plus performants ne sont pas récompensés, mais c’est le système qui est inique.
Et la sécurité du cdi est même plus vicieuse, car une fois qu’ils l’ont signé, comme le dit le journaliste, ils croient que c’est pour se reposer, et l’intérim à l’écoute de l’entreprise devient un salarié revendicatif.
La reconnaissance du travail ne doit pas être acquise, elle empêche de se dépasser soi-même, de se fixer sans cesse de nouveaux objectifs, comme un sportif qui veut battre un record, qui travaille à la réalisation d’une performance.
On le sait bien mais c’est dur à faire entendre.
28 mai 2009 à 18:17
À propos du dernier “Grain à moudre”: discuter trois quarts d’heure durant de sujets aussi fondamentaux sans évoquer une seule fois l’immense variété d’êtres qui ne sont ni des humains, ni des dieux, ni des demi-dieux ou autres génies - sans évoquer une seule fois la Terre elle-même (sous le prétexte probable que l’on considère que ce n’est “pas le sujet”), voilà qui constitue une performance assez hallucinante… Que la plupart d’entre nous n’ont sans doute pas (encore?) le recul suffisant pour apprécier…
28 mai 2009 à 21:41
Vous avez mis le doigt sur un vrai problème : nos trois invités - le spiritualiste laïc (Luc Ferry), l’historien protestant de la philosophie antique (Lucien Jerphagnon) et le grand-maître de la Grande Loge (Alain Graesel) sont trois représentants de branches différentes d’un même tronc -l’humanisme. Et il est tentant d’opposer les défenseurs de l’homme à ceux qui privilégient la nature et peuvent aller jusqu’à considérer le rationalisme humaniste comme une forme de “viol” par volonté de “maîtrise” (Heidegger, par exemple). Luc Ferry a d’ailleurs consacré un essai à ces questions, qui faisait bien apparaître la divergence d’approche et n’était pas tendre pour l’écologie. (”Le Nouvel Ordre écologique”, Grasset, 1992).
29 mai 2009 à 10:47
Salut,
Relativement à l’émission d’hier, il faudrait conseiller à Luc Ferry, la lecture de “La partie et le tout” de Heisenberg ; cela serait positif relativement à une critique allemande des limites du travail de Kant.
Cordialement
29 mai 2009 à 11:55
Bricecout votre réponse à Nic S est particulièrement faible, et même odieuse. Tout comme votre papier en un sens, façon “Une” du Point (”Fonctionnaires, CDI: les vrais privilégiés qui bloquent notre pays et font souffrir les plus fragiles”). Populisme à la mode avec ce qu’il faut de statistiques (”j’ai les chiffres!”) pour faire sérieux et monter les salariés et les chômeurs les uns contre les autres. La ficelle est un peu grosse.
Ce “Le chômage, j’ai bien connu personnellement. Pas vous, j’imagine.” montre que vous êtes tombés bien bas. Quelle préscience vous donne votre épreuve du chômage? De quel droit vous en drapez vous pour vous faire passer pour le défenseur des chômeurs, qui ne pensent pas tous, heureusement, comme vous? Comment savez vous que votre interlocuteur n’a pas connu le chômage? Cela invaliderait ses arguments?
On peut se flatter de lire Camus et Orwell, mais avoir une vision du monde aussi schématique que celle de Sartre et la “common decency” de Jean-Pierre Pernaud. Vous valez mieux que ça.
29 mai 2009 à 14:15
Bonjour,
Il s’agit alors de physique kantique, non ?…
29 mai 2009 à 18:29
A propos de l’intervention de Bertrand Rothé quand il parle de la violence dans les campagnes. Je suis née en 1952 dans un petit village du Loiret où j’étais fille d’agriculteur. J’habite toujours à proximité de ce village où ma soeur a été Directrice d’Ecole pendant longtemps. J’ai vu la guerre des boutons étant enfant. Il n’y avait aucune similitude entre ce que je vivais à l’âge des petits acteurs et ce qu’ils vivaient eux. Il y avait autant de différences entre eux et moi qu’entre un personnage de manga et un enfant d’aujourd’hui (d’où la drôlerie du film). Il n’y a pas plus de violence dans les écoles actuellement en campagne qu’ailleurs en France (et une vache qui encorne un enfant : ça s’appelle un accident et non un acte de violence). Comment fonder une théorie sur des contre-vérités pareilles !
29 mai 2009 à 19:02
Cher monsieur Couturier,j’écoute très souvent votre émissions et apprécie les débats que vous co-animez avec Mme Clarini.Ce commentaire n’a rien à vois avec le texte précédent mais je ne sais commet m’adresser à vous autrement. Je ne tiens pas d’ailleurs à ce que mon écrit paraîsse dans votre blog.
Il me semble certaines de nos opinions sont assez éloignées mais c’est justement bien intéressant qu’une radio de service public maintienne cette diversité de pensées et personnellement je préfère les journalistes “éditorialistes” plutôt que des pseudo-neutralité : je ne vois pas ppurquoi les journalistes n’auraient pas le droit d’avoir des opinions ; cela ne les empêche pas de bien faire le travail et c’est tout de même à nous de faire le boulot d’être d’accord ou pas. En revanche j’ai d’abord été choquée, puis perplexe et maintenant presque attristée :vous prononcez régulièrement, pas toujours à propos, des petites phrases assassines vis à vis tout ce qui concerne le monde psychique. C’est désolant.
Bien à vous
29 mai 2009 à 19:48
@ Saturnin,
vos exemples sont étrangement choisis !
Les Tibétains et les Tamouls ne demandent pas à ce qu’un fonctionaire français en france leur parle dans leur langue ! Ils demandent à ce que leurs langues/cultures soit respectées dans leur propre pays !!!
Je suis tombé sur une archive de ce blog :
“souverainisme et multiculturalisme québécois” de juin 2008.
Encore le multiculturalisme, encore les Québécois !
Apparemment les Québécois interessent plus que les Basques ou les Occitans, et ont droit à la parole sur france-culture. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi mais il y a surement une (bonne) raison.
Les sites que j’avais indiqué ne caricaturent pas D.Schnapper
Le texte qu’elle a écrit dans le Monde et qui est republié sur le site
http://www.communautarisme.net/La-communaute-des-citoyens,-utopie-creatrice_a568.html
et d’où est extrait ce passage :
«… l’Ecole … dispense d’abord une langue, une culture, une idéologie nationale et une mémoire historique particulières qui tissent des liens concrets entre les futurs citoyens, qu’on pourrait appeler de type “communautaire”.» D Schnapper
est sufisamment explicite. C’est le jacobinisme dans toute sa pureté (le fait qu’elle est ou a été au Conseil Constitutionnel est déjà significatif en soit)
On peut lire dans le texte de l’auteur de ce blog :
“Le souverainisme québécois, indépendantiste ou pas, s’appuie sur une vision “moderniste” de l’Etat-nation, qui rentre en symbiose avec la nôtre, issue de la Révolution de 1789. Elle suppose qu’un peuple a le droit de se constituer en nation et que celle-ci a pour devoir de former et de renforcer un Etat qui lui corresponde, l’unifie et l’exprime sur la scène de l’histoire. D’où le fait que le Parti Québécois est classé à gauche, alors même qu’il est nationaliste. Mais il est aussi favorable au renforcement de l’Etat, centralisateur, homogénisateur de la société.”
http://franceculture-blogs.com/bricecouturier/2008/06/02/souverainisme-et-multiculturalisme-quebecois/
«qu’un peuple a le droit» : qui décide qui est un peuple ? Il me semble que les Corses avaient demandé à être reconnu comme «peuple», et que le Conseil constitutionnel avait dit : non !
«vision “moderniste” de l’Etat-nation»
«en symbiose avec la nôtre,la nôtre,la nôtre,la nôtre,la nôtre» !!!!!!
«renforcer un Etat qui lui corresponde, l’unifie et l’exprime,l’unifie et l’exprime,l’unifie et l’exprime»
«sur la scène de l’histoire»
«il est aussi favorable au renforcement de l’Etat, centralisateur,centralisateur,centralisateur»
«homogénisateur,homogénisateur,homogénisateur,homogénisateur,homogénisateur,homogénisateur,homogénisateur,homogénisateur de la société»
L’idéologie jacobine dans toute sa «pureté» est apparement l’idéologie qui règne sur franceculture. C’est effectivement cette idéologie qui suinte, dans les débats qui s’y prettent, de la part des «journalistes» et de la plupart de leur invités. C’est un peu normal dans la mesure où franceculture est une radio d’Etat. Une radio jacobine pour un Etat jacobin. (l’Ecole … dispense d’abord une langue, une culture, une idéologie nationale … D Schnapper)
(”l’Etat national a toujours travaillé à homogénéiser la culture des populations”… D Schnapper)
homogénéiser homogénéiser homogénéiser homogénéiser homogénéiser homogénéiser homogénéiser homogénéiser homogénéiser homogénéiser homogénéiser homogénéiser
ça donne froid dans le dos (Franco n’aurait pas dit mieux. Ni Mussolini. Ni le parti communiste chinois).
C’est en gros la même chose
29 mai 2009 à 21:31
Quel plaisir de pouvoir énoncer des vérités sans se faire invectiver, franchement sur internet et pour le service public, chapeau! ça me change de Rue 89!
Gloire à vous Brice Couturier!
29 mai 2009 à 21:47
Phil, c’est juste que je me réserve le droit de répondre à mes interlocuteurs au même niveau d’agressivité dont ils font preuve à mon égard. Plutôt que de les censurer. Cela s’appelle le principe de réciprocité. Je ne vois pas pourquoi je laisserai caricaturer mes propos sans réagir. Dans le cas de NicS, qui amalgame ce que j’écris avec un mépris des pauvres ou haine de l’ouvrier (qui m’est, bien sur, absolument étranger), qui attribue mes idées à je ne sais quelle stratégie personnelle de carriére (”continuez, vous irez loin”), alors que c’est précisément de ne pas penser dans le sens du courant qui est risqué, je réponds sur le même ton. Mais la différence, c’est que moi, je n’assimile pas sa défense de la fonction publique à la française (l’emploi à vie, les corps et les statuts, toutes choses disparues depuis longtemps dans les social-démocraties égalitaires comme la Suède…) avec le modèle soviétique, par exemple ; ce qu’il a tendance à faire en m’accusant, moi, d’être à la solde des patrons…
Je maintiens qu’il existe une grande différence de perception des mérites de notre modèle social selon qu’on est du côté des emplois protégés et des emplois exposés et précaires. Du côté qui peut faire des projets d’avenir, s’endetter, ou de l’autre, condamné à servir de variable d’ajustement et donc de vivre au jour le jour. Voir l’étude de David Rueda, “Social Democracy Inside Out”. Lorsqu’on est victime du chômage de longue durée, on fait l’expérience concrète de l’injustice de ce modèle. Alors oui, j’ai connu cette épreuve, j’ai éprouvé cette colère, ce sont celles que notre système salarial dual inflige en ce moment aux intérimaires et aux CDDs, débarqués les premiers, et je réclame le droit de le dire. Il ne s’agit pas de “diviser les salariés” (depuis quand les cadres sup du public, archi-privilégiés, auraient les mêmes intérêts de classe que les ouvriers non-qualifiés ?), mais de ne pas se cacher la vérité même lorsqu’elle dérange.
J’ajoute trouver paradoxal - mais tellement français - le fait que, aux yeux de nombre de mes critiques, “être de gauche”, c’est défendre les avantages des salariés statutaires de la fonction publique - point. A mes yeux, ce serait plutôt défendre les innombrables “auxiliaires” non titulaires et exploités des administrations de l’Etat, les intérimaires et les précaires du privé, les salariés des petites boîtes de sous-traitance, qui triment pour des salaires de misère et ne connaissent pas les 35 heures, les jeunes diplômés rejetés du marché du travail et condamnés aux petits boulots déqualifiés, et surtout les chômeurs qui sont les véritables sacrifiés de notre merveilleux “modèle social”… J’oubliais les “petits patrons” d’entreprises dont ils sont souvent le seul employé et dont les intérêts de classe rejoignent ceux des catégories que je viens d’énumérer.
29 mai 2009 à 21:53
Pour ceux qui veulent une autre lecture du rapport Cotis :
http://www.france.attac.org/spip.php?article9930
Quant à luc Ferry et l’écologie, dans l’émission de François Noudelman consacrée à l’écophilopsohie, l’un des invités, spécialiste de la question, y montrait à quel point la condamnation de la deep ecology par l’ex-ministre reposait sur une méconnaissance et une incompréhension presque complète de son principal représentant, Arne Naes. Il faut dire que son euvre vient à peine d’être traduite et que le livre de Ferry date de 92.
Décidément trop pressé d’invectiver sans pénéter les oeuvres…
30 mai 2009 à 15:27
Bien longtemps que je ne vous avais pas rendu visite. (la dernière fois, vous n’avez pas publié mon post)
Je constate que la musique est toujours la même.
““être de gauche”, c’est défendre les avantages des salariés statutaires de la fonction publique - point”, dites-vous,j’aimerais bien savoir où vous avez trouvé une telle définition, ce qui est sûr c’est qu’elle n’est pas “de gauche”…
Qaund bien même, je me demande d’où vous vient l’idée saugrenue que la suppression de la fonction publique et des CDI rendrait la situation des “CDDs” et des inétérims moins précaires. Il faudrait nous expliquer où intervient la baguette magique de la redistribution des acquis ainsi supprimés? Du grand patronat?
Si les salariés du public comme du privé avaient toujours lutté en commençant par abandonner ce qu’ils avaient déjà obtenu, nul doute que cette discussion n’aurait pas lieu d’être car des acquis, il n’y en aurait point.
30 mai 2009 à 21:34
je ne comprends pas bien ce qui justifie de telles réactions concernant la question de l’emploi à vie des fonctionnaires
1- l’emploi à vie des fonctionnaires porte atteinte au principe de solidarité.
Tous les contribuables (chomeurs, rmistes, retraités, CDD, CDI…) paient des impots qui financent l’emploi à vie des fonctionnaires.
Cependant, en retour ces contribuables ne bénéficent pas de cette garantie
Ou est la solidarité ou est l’égalité, ou est l’équité ?
Bien évidemment en situation économique dégradée, l’emploi à vie garanti par les contribuables exposés ou subissant la crise a quelque chose d’insupportable.
2 tous les pays européens ont petit à petit remis en cause les systèmes d’emploi à vie dans la fonction publique, sauf la France. pour quelles raisons ? en fait je l’ignore, peut être parce que l’Etat y occupe une place qu’il n’a pas ailleurs héritage du jacobinisme et d’un certain républicanisme, mais également incapacité à réformer l’Etat compte tenu des craintes de blocage.
Il y a (avait plutot) en France une certaine mythologie autour de la fonction publique organisée en corps, avec une organisation très hiérarchisée, sectorisée, en somme le fonctionnaire touchant à “l’intérêt général” aux activités “régaliennes”, il ne peut être perçu que comme occupant un emploi tourné vers le service public, un certain désintéressement, et surtout pas l’intérêt privé. Bien évidemment, cette vision est battue en brèche depuis pas mal de temps.
3 la garantie de l’emploi à vie met en échec les recherches actuelles de gestion prévisionnelle des ressources humaines de l’Etat. Comment gérer une fonction publique dont les agents recrutés en 2000 seront tous forcément encore là en 2040 ? Il y a là quelque chose d’ahurissant. Quelle organisation peut assurer une gestion équilibrée et seine de ses missions et finances quand elle part avec un tel handicap ?!
4 le principe de l’emploi à vie a des effets pervers évidents sur les individus. Bien évidemment, vous ne raisonnez pas de la même façon quand vous avez un emploi à vie ou quand vous avez un CDI avec la possibilité d’un livenciement pour faute grave ou raisons économiques.
5 l’Etat emploie de plus en plus de contractuels (avec moins de garanties que dans le privé). Il s’ensuit une inégalité de plus en plus criante de traitement
30 mai 2009 à 23:50
Sans faire dans le poujadisme anti-fonctionnaire (qui existe si, si!), on peut quand même se poser quelques questions sur les avantages (plus que les privilèges!) de la fonction publique, et sur son rapport coût/efficacité .Je vais prendre 2 exemples plus ou moins personnels pour vous faire partager mes doutes grandissants (qui n’en sont pas comme nous le rapellera plus tard, je l’espère, notre ami M.Machefert!)
Un de mes proches a trouvé du travail en CDI dans un établissement public d’une ville X en France. C’est un contrat de droit privé qui contient cependant des dispositions de droit public (6 semaines de congé par ex.) mais qui sur les salaires est aligné sur le régime normal. Autrement dit si vous gagnez 2700 brut sous un contrat de droit privé, ça vous fera 2120 euros en net…. la même rémunération en brut sous statut public vous donne 1 salaire net de 2400 euros c’est-à- dire un peu moins de 300 euros de différence!!! Vous savez pourquoi? Parce que la fonction publique ne cotise pas aux Assedic!!!Un comble dans le pays de la solidarité, du service public et de l’égalité! En période de chômage exponentiel et de montée en puissance du déficit des Assedic, la fonction publique pourrait faire un petit geste!Non?
Le comportement de certains universitaires dans les mouvements de contestation de la LRU m’a paru extrêmement révélateur de certaines de nos impasses en matière de luttes sociales et de préservation des “acquis sociaux”. Je ne reviendrai pas ici sur le recrutement des maîtres de conférence qui relève parfois de la prébende et du mandarinat mais je voudrais quand même pointer le fait que j’ai vu des universitaires encourager des élèves à violer la loi, à bloquer les salles malgré des votes démocratiques pour le déblocage et ramener toute la panoplie de groupuscules à 2 balles (CNT, trotsko-machinchouette et j’en passe) pour faire pression pendant des AG bondées où l’on votait, sans rire, à main levée (la modalité par excellence du vote démocratique!), la fin du capitalisme, la régularisation des sans-papier tout en intimant l’ordre au gouvernement d’abroger la LRU (votée au parlement élu démocratiquement il me semble!). Bref on ne touche à rien, on continue comme en 40 puisque l’université française fonctionne si bien!
Ces mouvements universitaires suscitent en outre 2 remarques supplémentaires.
On trouve toujours en grande partie les pires de nos révolutionnaires alter-machinchouettes dans les milieux les plus protégés (maîtres de conf., enseignants…). En termes de sociologie électorale, la clientèle de l’extr^^eme gauche, ce ne sont pas les pauvres ou les ouvriers, ce sont les petits et moyens fonctionnaires ou les bac +4, +5 mécontents de ne pas l’être et qui ne comprennent pas que leurs diplômes ne sont désormais que des assignats! C’est vous dire les contradictions majeures qui grèvent leurs revendications et dont eux-mêmes, avec toute la bonne volonté du monde parfois, ne se rendent même pas compte. Plus de places au Capes, c’est quand même assez moyen comme plan révolutionnaire! Plus largement, comment maintenir un Etat-Providence large et généreux alors qu’on prône en même temps la fin des frontières, des nations et le grand melting-pot mondial de toutes les cultures et de tous les hommes-qui-sont-des-frères-et-doivent-se soulever-contre-les-méchants-néolibéraux-réactionnaires (2ème contradiction d’ailleurs…le néolibéral-réactionnaire!)?
Enfin, et là mes mots seront durs, je suis écoeuré par certains maîtres de conf. généralement concentrés dans nos impayables sciences humaines et sociales (soiciologie et psychologie surtout!) qui, indéboulonnables, se sont parfois permis des choses inqualifiables en outrepassant de très loin ce qui normalement devrait être le devoir de tout érudit: la lucidité et surtout la modération! Quand je vois qu’en tant que doctorant, j’ai plus publié en 3 ans d’articles et de contributions que certains de nos excités de la LCR maître de conf., vous comprendrez que je me pose sérieusement des questions sur la compétence et le travail de certains enseignants-chercheurs (une minorité certes mais quand même!). Pour ma part, je sais qu’il me faudra autre chose qu’une bonne thèse et être né dans une bonne période pour décrocher un poste, il faudra que je publie des tonnes d’articles et d’ouvrages donc que je traîne de post-doc en post-doc pendant des années, voire que je passe directement l’agrégation des universités où le jury reconnaît tous les ans que certains maîtres de conférence qui se présentent n’ont “objectivement pas le niveau” (je cite le rapport du jury de l’agrégation de science politique de 2003!). Je sais que j’exagère un peu sur les maîtres de conf. (surtout les sociologues!) mais vous me comprendrez quand on sait que mon université a déboursé 200000 euros pour réparer des locaux saccagés par des étudiants (qui souvent n’en sont même pas!) “grévistes”(les cons!… comme si ça servait à quelque chose, tout le monde s’en fout sauf le secteur éducatif privé qui se frotte les mains!)soutenus par certains nos enseignants-chercheurs. D’ailleurs vous savez, pour la petite histoire, nos chers révolutionnaires contre “l’Etat-policier-fasciste-qui-veut-supprimer-les acquis-sociaux” ou encore nos inénarrables anarchistes-autonomistes (qui s’accomodent très bien du RMI, des APL et bourses sociales!) ont fièrement posé leurs étrons dans certaines salles de cours qui leur servaient de cavernes fécales…sans nettoyer bien sûr! Question respect des petites gens du peuple qui vont ramasser derrière pour un salaire de misère, c’est assez grandiose! Elles méritent d’être protégées, elles, parce qu’elle vivent dans le monde réel, pas celui des bourdieusiens de salon avec le keffieh pour faire plus engagé! Quand Orwell disait que “neuf fois sur dix un révolutionnaire est un arriviste avec une bombe dans la poche”, je commence sérieusement à le comprendre!
3) Enfin bon, même si je n’ai pas fait preuve jusque là de subtilité (je le reconnais!), je crois qu’on peut retenir une vérité globale: les intérêts du service public ne coïncident pas forcément avec ceux des salariés du public! De plus, le débat privatisation- public est un faux débat et l’opposition récurrente entre l’individualisme néo-libéral et le service public, une ânerie confortable pour certaines corporations. D’un côté, celui de ceux qui veulent tout dégraisser à tour de bras et qui dégomment du fonctionnaire dès le réveil en prônant la privatisation, on peut répondre que celle-ci n’est pas toujours la plus efficace, qu’il y a une tradition française d’Etat fort, qu’il serait absurde de la nier et de vouloir passer en force, et qu’enfin le marché ne produit pas non plus, comme par l’opération du St-Esprit, une société plus juste et décente (bien au contraire!). Mais d’un autre côté, l’Etat-Providence a lui aussi des effets individualisateurs puissants, puisqu’il substitue aux devoirs du citoyens, les créances de l’ayant droit (cf la plupart de nos néo-gauchistes citoyens et engagés!). De plus on ne pourra plus guère augmenter les prélèvements sociaux (déjà très lourds!) et il faudra bien trouver les moyens de repenser une intervention sociale plus juste, plus ciblée et moins détournée de ses vocations premières par des groupes sociaux et générationnels qui n’en ont guère besoin. Je vous conseille à ce titre la lecture de “La france injuste” de Thimothy Smith, de “La France morcelée” de Jean Pierre Le Goff et aussi de “La crise de l’Etat-Providence” de Rosanvallon. Bonsoir messieurs, bonnes lectures peut-être et bon week-end!
PS: Ah j’allais oublier notre chère haute foncton publique, avec nos enarques jouissant de privilèges dignes de l’Ancien régime: le pantouflage dans les entreprises privées ou le cumul de mandats politiques tout en pouvant réintégrer la fonction publique une fois les carottes cuites!Personnellement je n’ai jamais eu d’admiration pour les énarques… Depuis que l’ENA existe, regardez (sans rire!) la tronche de nos élites!
31 mai 2009 à 19:05
En tant que doctorant … est-il possible de nous faire lire plus concis ? On peut comprendre sans toutes ces circonvolutions verbeuses. Il me semble, non ?
Ch.
31 mai 2009 à 20:18
Bonsoir
Trois questions:
1) Par quel mécanisme le fait de rendre plus précaires les moins précaires rendra les plus précaires moins précaires. Transformer des CDI en CDD permettra-t-il de transformer des CDD en … CDI??? Mais alors… Bref, comment se fait le transfert de « stabilité » qui est suggéré? Où alors le projet est-il d’égaliser par le bas en aboutissant à une égalité dans la précarité?
2) Sur l’emploi « garanti » (je rappelle quand même qu’on peut être exclu de la fonction publique pour faute grave). L’Etat n’est pas une entreprise et ne fonctionne pas de la même manière, ses missions sont plus pérennes (on a toujours besoin de policiers, de profs, d’infirmiers…), il est logique qu’un agent de l’Etat coure moins de risques que celui d’une entreprise privée (à moins de vouloir étatiser les entreprises). On peut (ce n’est pas mon cas) penser qu’il faut réduire le nombre des fonctionnaires, mais cela se fait par des non remplacements de départ à la retraite, pas par des licenciements. Qu’apporterait le fait de rendre plus instable l’emploi dans la fonction publique? Quel est l’intérêt pour la société d’obliger par exemple un policier ou un prof que l’Etat a formé, qui souhaite continuer à faire son boulot, à partir, alors qu’il a de l’expérience? Son chômage sera coûteux. Le remplacer par qui? Un jeune qu’il faudra former. Une meilleure efficacité, liée à la peur de perdre son emploi? Les évaluations dans le domaine de l’action publique sont fragiles, et dans le privé, quand les salariés se font licencier, c’est souvent moins en raison d’une faute qu’ils auraient commise ou de la concurrence d’un autre sur le poste que de la situation économique dans laquelle se trouve leur entreprise. Bref, je ne vois pas bien l’utilité, à part la satisfaction de certains qui se diront qu’enfin tout le monde connaît la précarité, mais c’est une victoire un peu vaine et mesquine.
3) Afin que les choses soient plus claires, j’aimerais enfin savoir quel est le modèle de ceux qui disent que la France, à la différence de ses voisins, n’a pas fait ceci ou cela (notamment réduire les dépenses publiques)? Quels “voisins” vous paraissent avoir une situation si enviable? On voit bien parfois pointer le modèle scandinave, mais il est amputé dans les évocations de tous les mécanismes de redistribution, de toutes les protections dont bénéficient les chômeurs en terme de droits et de formation, et de tous les prélèvements obligatoires qui seraient ici perçus comme des freins à la croissance. Le taux de prélèvement obligatoire en Suède est de 50,6% contre 44% en France (source Alter éco février 2007).
La France (11ème) a un indice de développement humain (IDH: santé, éducation, richesse) supérieur à celui des Etats-Unis (15), du Royaume-Uni (21) et de l’Allemagne (23). Sans nier les problèmes auxquels on se heurte dans notre pays, quel est l’intérêt de vouloir rattraper des pays qui sont…derrière nous si l’on considère cet indicateur, le plus commode pour définir une qualité de vie moyenne? Ne faudrait-il pas chercher des solutions plus innovantes que celles de ces fameux voisins?
1 juin 2009 à 9:06
J’ai eu le plaisir de vivre, en 2001- 2002, une dizaine de jours à Upsala (Suède), en partageant la vie quotidienne de professeurs du primaire et du secondaire dans divers établissements scolaires. J’ai constaté un environnement très confortable de travail, enviable à mes yeux. Bien sûr, J’ai écouté les avis positifs et négatifs sur la gestion de la société. lls sont fiers d’un état-providence qui prend en charge chaque individu, du berceau jusqu’à la tombe. Pour exemple, une femme peut se consacrer prioritairement à ses enfants, jusqu’ à la 7ème année du petit dernier. Et les personnes âgées et dépendantes sont accueillies dans des conditions humaines que nous pouvons admirer. Cependant, les 50, 6 % de prélèvements obligatoires - pour tous revenus, semble-t-il - réduisent de façon considérable les possibilités de dépenses personnelles. Ces enseignants renaclaient évidemment à la perspective de travailler jusqu’à 67 ans. J’ai aussi entendu que tout nouvel enseignant embaûché récemment pouvait négocier son salaire avec son employeur. Mais, son travail est soumis à une évaluation régulière. Daprès mes souvenirs, l’état délègue sa charge et ses responsabilité aux élus locaux du district … celui-ci regroupe l’équivalent de plusieurs communes françaises, selon le nombre d’habitants.
Ce séjour fut idyllique de convivialité et d’échanges mutuels. C’était à la mi-avril et la neige fondait seulement. Les habitants se réchauffaient avec gourmandise aux premiers rayons de soleil. Depuis des mois, la longueur de l’obscurité de la nuit avait semblé interminable !
ch.
1 juin 2009 à 9:19
Bonjour Romain
je ne me positionne pas sur la question de la recherche d’un solution à la crise économique
mais sur le constat qu’il existe une égalité de traitement entre salariés du privé et du public, les seconds ayant leur emploi garanti par les premiers (et aude là par tous les contribuables)
de surcroit les seconds ont en moyenne des salaires plus élevés que les premiers
dès lors cela me pose un problème d’égalité de traitement / justice sociale / équité / solidarité
comment justifiez vous cette situation ?
je vous renvoie d’ailleurs votre propre argument si vous voulez vous positionner sur les question de la précarité : en quoi l’emploi à vie des fonctionnaires garantit il une situation économique et sociale plus seine ? en quoi cet emploi à vie qui est fondé sur des transferts des salariés du privé exposés au risque vers des salariés exposés à aucun risque est il une garantie de stabilité ?
2) vous avez raison de rappeler que l’exclusion de la fonction publique est un principe juridique qui existe, maintenant je serais très curieux que vous m’énonnonciez des cas concrets. Voilà un exemple parfait d’effets pervers de l’emploi à vie : la sanction de la faute (les fonctionnaires ne commettent pas plus de faute que les autres) n’est pas mis en oeuvre !
je ne vois pas en quoi le caractère pérenne d’une mission justifie l’emploi à vie. Vous hiérarchisez curieusement les emplois du privé et du public ! prenons le cas des infirmiers que vous citez, il ne vous a pas échappé qu’il y a des cliniques privées employant des infirmers de contrat privé : comment justifiez vous d’un coté l’emploi à vie et de l’autre un emploi non garanti à vie ????
autre exemple inversé, la fonction d’avocat ou de médecin sont a priori pérennes mais les avocats et les médecins n’ont pas la garantie de l’emploi à vie
par ailleurs, certaines missions de l’Etat ne sont absolument pas pérenne : l’Etat gérait les cultes avant 1905;, il ne les gère plus aujourd’hui, l’Etat gérait de nombreuses missions aujourd’hui décentralisées, l’Etat interventionniste gérait des services publics aujourd’hui disparus…
au delà de ce constat, je ne vois pas en quoi la pérennité des missions justifierait la garantie d’un emploi à vie. Je trouve cet argument curieux et particulièrement désobligeant pour les salariés du privé
l’idée de poser la question de l’emploi garanti à vie n’a pas pour objectif de mettre tout le monde dans la précarité. mais simplement de donner à l’Etat, la possibilité d’une véritable gestion pour le coup pérenne de ses missions. Pourquoi un poste de juriste, de gestionnaire budgétaire, d’informaticiens devrait il être un emploi à vie ?
par ailleurs, qui vous dit que la remise en cause de l’emploi à vie aboutirait forcément à la recherche de la précarité pour les fonctionnaires, que je sache les CDI offrent une certaine stabilité ?
Je ne recherche pas l’instabilité mais la souplesse pour une bonne gestion des ressources humainres et des finances de l’Etat dans le but d’assurer les missions de service public dans les meilleurs conditions.
Je ne vois pas en quoi l’emploi à vie facilite cette gestion, à mon sens elle l’handicape fortement puisque l’Etat recruteur se lie définitivement à ses “salariés”.
3) sur la différences avec les autres pays
Personnellement, j’apprécie énormément les comparaisons avec les autres Etats de l’UE car en France on adore enfermer le débat dans le sanctuaire national car, n’est ce pas, nous sommes une exception planétaire sur la culture, la langue, l’Etat, les droits de l’homme… A la vérité pour de multiples raisons, je ne supporte pas l’expression exception nationale qui se traduit souvent par “nous avons raison contre le monde entier”. je pense qu’il y a beaucoup à apprendre des politiques publiques menées ailleurs. Je n’ai pas d’affection pour un modèle particulier, et je ne dis pas que tout ce qui est pratiqué ailleurs est meilleur. Simplement, le fait que parfois certaines politiques publiques sont menées à contre sens ailleurs me conduit à m’interroger sur ce qui est fait en france. j’en conclus parfois que notre système est meilleur et d’autres fois qu’il est moins bon, c’est le cas pour la gestion des ressources humaines de la fonction publique.
s’agissant des solutions innovantes, bien évidemment qu’il faut en trouver, mais ne trouvez vous pas qu’il est temps aussi de tourner la page de mécanisme de gestion publique d’un autre âge ?
l’emploi à vie n’est d’ailleurs qu’un petit aspect de ces mécanismes de gestion publique des ressources humaines osbolète, j’y ajoute également les divisions de la fonction publique en corps, les multiples statuts, les esprits de caste de tel ou tel corps, l’existence de l’ENA, les systèmes de formation des fonctionnaires…
1 juin 2009 à 12:09
Bonjour Saturnin
1) Sur le premier point je trouve que vous séparez trop radicalement les sphères public / privé. D’abord le public n’est pas financé que par le privé, mais aussi par le public lui-même (tous les fonctionnaires payent leurs impôts). Ensuite, sans que cela apparaisse clairement, le public finance le privé. Les entreprises peuvent par exemple compter sur l’investissement en matière scolaire pour disposer de gens formés à employer. Si les entreprises avaient elles-mêmes à former tous leurs employés depuis le plus jeune âge, il leur en coûterait sans doute plus qu’aujourd’hui. La circulation des richesses est bien plus poreuse qu’il n’y parait. Tout ce qui n’est pas financé par le public est effectivement nécessaire et sera payé de toute manière, parfois au prix fort. Aux EU les dépenses de santé par ménage sont finalement plus lourdes qu’en France. Sauf que chez nous elles sont largement effectuées via des prélèvements obligatoires et assurent une certaine redistribution, alors qu’aux EU elles sont payées à des organismes privés. Y gagne-t-on vraiment? Je crois que nous nous séparerons sur ce point.
2)Vous avez raison sur le caractère pérenne, ma phrase était mal formulée, et je ne voulais pas être désobligeant vis à vis des emplois privés (pour des raisons personnelles ce serait en outre complètement absurde de ma part). Je voulais dire que l’Etat est une structure plus pérenne, qui risque moins qu’une entreprise de faire faillite et d’avoir à licencier. Comme je le disais, une réduction du nombre de fonctionnaire passe plutôt par des départs en retraite non renouvelés. On peut effectivement penser que certains services puissent être privatisés, mais je raisonnais dans la situation actuelle. En admettant par exemple qu’il y ait un consensus sur le fait que la police doive rester un service public d’Etat, quel est l’intérêt de précariser les fonctionnaires de police. C’est cela que je ne comprends pas.
3) Sur le dernier point, comme sur les autres d’ailleurs, je ne m’adressais pas particulièrement à vous, et dans l’ensemble je suis d’accord avec ce que vous dites, sauf sur un point. Je trouve que la mode n’est pas à enfermer le débat dans un “sanctuaire national” et je ne trouve pas qu’elle soit non plus à la défense de l”exception française”. C’est plutôt l’inverse: c’est la référence à de mystérieux modèles étrangers, plus “souples”, plus “réactifs”, “moins dépensiers”, et la dénonciation des “archaïsmes” français qui sont devenu la vulgate.
1 juin 2009 à 15:56
“en France on adore enfermer le débat dans le sanctuaire national car, n’est ce pas, nous sommes une exception planétaire sur la culture, la langue, l’Etat, les droits de l’homme…” SATURNIN
L’exception française, parmi les démocratie, c’est le système jacobin, où le centre décide et contrôle tout, l’économie, l’éducation, les média, la culture, la langue exclusive, etc. etc.
Système qui a perduré sans doute grâce à la colonisation et aux guerres européennes, mais qui semble sérieusement sur le déclin et à du mal à se survivre.
Les rapports Attali et Baladur contribuent a l’écorner, en remettant par exemple en cause la pertinence de l’échelon départemental qui est l’une des pierre angulaire de ce modèle (qu’on dit créé par la Révolution mais dont s’est très bien accomodé Bonaparte qui n’a fait que le consolider).
1 juin 2009 à 20:58
Bonjour, Je vous écoute souvent et je lis ici une multitude d’avis. Comment expliquer que ces opinions si divers ne soient jamais relayés dans le champ politique par des programmes dignes de ce nom ? Vas-t-on offrir à nos enfants cette piètre qualité de vie sans perspective ? Le vrai échec du modèle français n’est pas d’être en difficulté mais plutôt de ne pas trouver de moyen de rebondir ! L’équilibre entre liberté et égalité bouge sans arrêt ailleurs et en France on à toujours 20 ans de retard (on fait du tacherisme en 2009) !! Comment expliquer cette difficulté ?
2 juin 2009 à 13:50
Cela n’a rien à voir avec le rapport Cotis auquel je consacrerai peut-être un post dans les prochains jours. Merci d’avoitr cité mon livre, le Nouvel âge du travail en introduction de votre émission Du grain à moudre du 1er juin.
Deux mots quand même sur le rapport Cotis: 1/ L’essentiel sur le partage de la valeur ajoutée était déjà connu, il n’était pas nécessaire de commander un rapport sur ce sujet; sur les inégalités, il est vrai que D1/D9 n’a pas bougé en raison de la redistribution opérée par les divers allocations, en revanche, à l’intérieur de D1, les écarts se sont fortement accrus, sans que cela ne soit vraiment justifié par le niveau des contributions de ces heureux bénéficiaires.
2 juin 2009 à 17:57
Le dilemme du prisonnier, et l’absurdité comportementale:
Exemple concret simplifié, (expérience de pensée) explicitant un processus du type “Dilemme du prisonnier”:
- Supposons une ville imaginaire, avec des rues étroites, de telle sorte que les seuls transports autorisés ne sont que les vélos.
- Supposons qu’une enquète sociologique sérieuse révèle que la durée moyenne de transport de chaque citoyen s’élève à environ 15 minutes par jour.
- Supposons maintenant qu’un fabricant de vélo invente un nouveau vélo qui va plus vite, mais avec un guidon légèrement plus large. (L’utilisation d’un vélo de ce type nouveau, permettant à l’usager une durée moyenne de 10 minutes par jour, s’il est le seul avec ce nouveau vélo qui gène peu les autres vélos. Ce progrès semble incontestable. Peu à peu quelques autres individus constatent que ce progrès leurs permet des durées moyennes de 11 minutes, tandis que les anciens vélos passent maintenant à 16 minutes à cause de la présence de nouveaux vélos (mais gènant peu la rapidité de l’ensemble).
- Progressivement, tout le monde s’aperçoit que le nouveau vélo va plus vite que l’ancien vélo, quel que soit les proportions de vélos anciens ou nouveaux.
- Chaque rationalité individuelle impose d’utiliser le nouveau vélo, et pour tout le monde.
Le processus est devenu irréversible:
- La durée du nouveau vélo devient 25 minutes., tandis que la durée moyenne de l’ancien vélo s’il était encore utilisé, deviendrait de 30 minutes.
Paradoxe : progrès devenu irréversible ! (Equilibre de Pareto)
Le conflit entre rationalités individuelles et rationalité collective s’appelle le “dilemme du prisonnier”
(Pour ceux qui souhaiteraient plus de clarté, ou pour ceux qui souhaiteraient débattre de ce problème étrange:
olivier.goblot@wanadoo.fr
2 juin 2009 à 18:03
1. Supposons un état initial où tout le monde travaille 2 heures par jour. —> Aucun chômage. Aucune misère. Aucune violence. Aucun stress. Aucune panique.
2. Le moindre petit déséquilibre inévitable, la moindre “volonté de meilleur”, induit la tehno-science à faire faire à la machine ce que l’homme ne veut pas faire, … et c’est tant mieux !
3. L’emballement de la méfiance de chômage accélère la panique, avec basculement irréversible, où chaque individu se précipite vers l’augmentation du travail, … etc. etc. etc.
(structure “dilemme du prisonnier”: )
Le “dilemme du prisonnier” conduit le monde à marcher sur la tête.
(voir commentaire précédent)
2 juin 2009 à 19:29
Bonjour
Votre émission sur les inégalités de revenus était très intéressante. Cependant, le revenu n’est qu’une partie du problème : qu’en est il du patrimoine ? C’est là une question toujours éludée car trop difficile à traiter. Pourquoi cela ? Il me semble que les données sont facilement accessibles (pour le trésor public notamment).
Il parait évident (mais peut être faudra-t-il nuancer) que les inégalités de patrimoine empirent les inégalités de revenu. Qu’en est il aussi de la reproduction des inégalités via le transfert du patrimoine d’une génération à l’autre ?
Pourriez vous organiser une émission sur le sujet ?
4 juin 2009 à 10:32
Relativement à l’émission d’hier, je traite justement depuis quelque temps des droits de l’homme sur mon blog.
Adresse du blog :
http://blogsperso.orange.fr/web/jsp/blog.jsp?blogID=524211&pos=0
4 juin 2009 à 12:56
Puisqu’on peut proposer des sujets d’émission, et puisqu’on approche des élections européennes, et que certains sont contre l’entrée de la Turquie, il faut noter que la france ne remplie pas aujourd’hui les conditions pour faire partie de la “Communauté” européenne.
Tout nouvel entrant doit ratifier la Charte sur les minorités linguistiques. La France ne l’a pas fait.
Ceci bien sûr en rapport avec son esprit “jacobin”. Et son dogmatique et quelque peu totalitaire : “La République est une et indivisible”, qui n’a rien de démocratique et qui est aussi la devise de la Chine (entre autres).
Il est dommage que ce “problème” du jacobinisme ne fasse jamais l’objet d’émissions (et de travaux universitaires). C’est un véritable tabou et les hommes politiques refusent presque toujours de se reconnaître comme jacobin alors qu’ils le sont pratiquement tous, à un degré ou un autre. Il y en a un qui s’est dit fièrement jacobin, l’année dernière, à peu près au même moment où il venait au secours des Chinois malmenés par les méchants Tibétains.
Samedi, lors d’une opération de zapping, j’ai vu apparaître sur l’écran un Raffarin, très “sinophile” (?), ses relations sinophiliques se situant cependant à un niveau très étatique, et très intéressé. On lui parle du Tibet (mais pas des Ouïgours, peut-être parce que les Ouïgours sont musulmans, ou qu’ils n’ont pas de figure karismatique comme le Dalaï-Lama). On lui parle du Tibet, et il répond qu’il ne faut pas trop s’occuper du Tibet parce que c’est une quetion “intérieure” chinoise et qu’on n’aimerait pas ici que la Chine vienne s’occuper de la Corse et de la Bretagne !! (personnellement, moi, j’aimerais beaucoup)
Entre Etats jacobins, on arrive toujours à se comprendre.
Donc, suggestion d’émission : pourquoi le “jacobinisme” est-il en france un sujet tabou, qu’on pratique mais dont il ne faut pas parler, et encore moins remettre en cause ?
A rapprocher de cette affirmation qui ne demande qu’à être développer et dont il faudrait de toute urgence tirer immédiatement et sur le champ les conséquences, car le temps passe :
“J’ajoute que le libéralisme anglo-saxon m’est apparu, sur place, moins raciste que notre républicanisme assimilateur à nous.” Bricecout
4 juin 2009 à 19:35
@ Serge l’Eternel : ce que vous faites s’appelle du “blog-whoring”. Je vous laisse chercher la définition!
4 juin 2009 à 20:12
Plusieurs réactions sur votre émission du jour “l’éthique du journalisme”
D’abord, il est surprenant que dans un tel cadre, des auteurs des sites consacrés à la critique des médias comme acrimed et cie ne soient pas invités. L’auto-critique a du bon tant qu’on sait ce qu’on risque à la pratiquer…
Ensuite, le rapprochement opéré par B.C. entre les “rumeurs” sur internet et “l’infotainment” donne à réféléchir. Dans la mesure où il laisse de côté le formidable outil critique qu’internet représente par rapport à la télévision (longtemps média dominant, ce qui est peut-être en train de changer), grâce notamment à la possibilité de faire circuler des images non montrées ou à contretemps; formidable outil que la radio et la presse écrite ont la plupart du temps renoncé à être.
Le plus intéressant, c’est qu’on devine un B.C., pour une fois peu enclin à dénoncer les corporatismes, (c’est un de ses invités qui vend la mèche de la niche fiscale), défendant une conception conservatrice du journalisme professionnel seul apte à délivrer une information de qualité, contre le principe de l’info participative développée par internet.
Si je peux me permettre une comparaison avec un milieu que je connais bien, je rapprocherais cette position de celle des enseignants qui n’ont toujours pas accepté de ne plus (ou pas)être la source unique de la transimission des connaissances et la nécessité d’avoir à composer avec un public actif qui se mêle de tout sans se soucier d’avoir des “compétences” reconnues pour le faire (on se souvient de l’épisode de Vincennes et de l’ire du présentateur face aux agitateurs d’extrême gauche)Comme quoi, on peut être libéral et conservateur!
Et pour raccrocher le débat sur “l’emploi à vie”, on connaît quand même certains journalistes du petit écran qui disposent, de fait (ce qui est bien pire!) du même statut.
Par ailleurs les médias publics français n’incarnent-ils pas une sorte de jacobinisme de l’information?
4 juin 2009 à 20:35
“Phil, c’est juste que je me réserve le droit de répondre à mes interlocuteurs au même niveau d’agressivité dont ils font preuve à mon égard.” Bricecout (32)
Je m’absente quelque temps et voilà ce que je découvre, mais enfin M.Cout c’est pas possible de se sentir agressé par quelqu’un qui vous admire tant! Dire que les rigidités et les profiteurs en France, ça suffit, y’a eu de gens courageux pour le faire, depuis longtemps déjà, et ces gens là, croyez-le ils pensent comme vous. Tenez, Mme Parisot, une femme très courageuse, qui n’a même pas peur de leur dire leur quatre vérités à ces séquestrateurs qui font régner la terreur dans les entreprises (mais est-ce que c’est pas une forme de racket? je pose la question) et bien je crois que ce terme de “cadenasser”, elle aurait pu l’employer (d’ailleurs les syndicalistes, on voit bien qu’ils savent faire que ça “bloquer”, les usines, les patrons…)
Non, ce qui fait du bien c’est comme dit M Scamps, c’est d’entendre et de lire ça sur radiofrance, parce que la culture, c’est pas le monopole de la gauche (c’est comme le coeur)Et c’est vrai qu’il faut du courage pour aller à contre-courant d’une station aux mains des gauchistes et des syndicalistes (comme dit le président, d’après télérama, oui messieurs, je lis télérama!)mais maintenant que ça a changé de directeur vous allez pouvoir revoir tout ça, non?
Allez, laissez-moi vous aimer et vous baiser les mains Bricecout.
P.S. Pour ce qui est de votre expérience du chômage, laissez tomber, un gagneur doit savoir laisser ça de côté. Et puis ça fait jamais bon effet sur un C.V., enfin sauf si on veut être embauché par des gauchistes, évidemment!
5 juin 2009 à 10:33
“un B.C pour une fois peu inclin à vendre la mèche des corporatismes”, vous êtes gonflé ou vous écoutez mal ! J’ai au contraire lourdement insisté. L’expression “vendre la mèche”, c’est moi qui l’ai employée, à ce moment-là de l’émission, du reste.
Evidemment, le corporatisme des journalistes m’indispose tout autant que celui des professions fermées sur le modèle de l’Ancien Régime (notaires, pharmaciens, etc.) auxquels la Loi Le Chapelier avait cru mettre un terme définitif. Mais aussi celui de certains fromages de la fonction publique (certaines de ces planques sont si bien cadenassées qu’on y enregistre une tendance de plus en plus prononcée en faire des charges héréditaires : les “titulaires” y font rentrer leurs enfants…. Au nom de l’égalité, de la solidarité et de la défense des services publics, bien sur).
5 juin 2009 à 10:36
Quant à “mon expérience du chômage”, si j’y “insiste” tant, Nic S., c’est pour rappeler la différence existentielle qui sépare les titulaires d’un emploi à vie de ceux qui vivent au sein des tourbillons de l’économie réelle… Il se trouve que les donneurs de leçons dans votre genre appartiennent assez rarement à la seconde.
5 juin 2009 à 10:45
Pour Eliza : je pense plutôt participer gratuitement, aussi justement l’article 6 des droits de l’homme aurait dû intéresser Brice relativement à un de ces anciens articles au sujet de la méritocratie. Enfin sachez que mon blog ne marche vraiment pas mieux apparemment quand je laisse un message ici avec son adresse, en outre je fais passer tout blog orange sur mon blog en ce moment au sujet d’une pétition et cela fait beaucoup de monde ; je ne cherche donc pas à en avoir plus.
5 juin 2009 à 22:29
mea culpa si je vous ai mal compris sur le sujet du corporatisme, j’ai peut-être écouté d’une oreille trop distraite, mais alors, me suis-je également trompé sur votre conception du journalisme?
6 juin 2009 à 8:32
Maestro demande : “Par ailleurs les médias publics français n’incarnent-ils pas une sorte de jacobinisme de l’information?”
Oui, mais pas que les media publics. Il est difficile de voir un différence entre media publics et media privés sur ce plan idéologique. Les media et le monde politique appartienne au même monde et ont un même schéma de représentation.
10 juin 2009 à 22:35
Bonjour.
À présent, je comprends pourquoi André Gorz a choisi l’Allemagne pour illustrer le creusement des inégalités, dans son livre « Misères du présent, richesse du possible » (1997). S’il avait choisi la France, ses arguments auraient été moins percutants.
C’est un livre très intéressant par ailleurs. Je l’ai lu après avoir entendu l’émission que vous avez consacré à A. Gorz. Comment résister à un tel titre (surtout en ce moment)?
L’émission sur les inégalités était très instructive. Elle tordait le cou à quelques idées reçues. Je propose de rebaptiser « présentateur de 20 H » en « prescripteur d’idées reçues ».
6 janvier 2010 à 12:53
Bonjour,
J’ai bien écouté votre émission d’hier intitulée « Décroissance et Emploi ». Cette émission fut intéressante mais une fois de plus, comme pour les très rares émissions consacrées à ce sujet je suis restée sur ma faim. Je ne pense pas être la seule auditrice dans ce cas.
En effet, assez souvent ont été évoqués les « décroissants » (alors qu’ils se désignent plutôt comme « Objecteurs de Croissance », nuance importante) sans pour autant qu’aucun de ces représentants ne fussent présents.
Mais que n’invitez-vous pas « l’original » plutôt que « la copie » via le professeur GADREY ! Je ne peux pas hélas écouter votre émission tous les jours mais, après vérification de vos archives 2009 et 2008, ni Paul ARIES, Vincent CHEYNET ou Serge LATOUCHE, entre autres, n’ont eu grâce à vos yeux.
Dommage, cela nous aurait évité les grossières et navrantes caricatures, fadaises et contrevérités de messieurs FITOUSSI et JURGENSEN (…« décroissance des pauvres »… « pauvreté pour tous »… « technophobie » et tutti quanti), le tout additionné des sempiternelles arguties hypocrites de « croissance verte » « durable », etc.…
Ces économistes distingués ne sont que les défenseurs du capitalisme vert …durable, nuancé par la monté de la prise de conscience des méfaits écologiques de ce système. Il est d’ailleurs à noter que pas une fois ce mot (« capitalisme ») n’a été prononcé.
Je me permets de vous rappeler que vous êtes une radio de service public devant, entre autre, refléter les différents courants de pensée économiques et politiques et que, même s’il y a des nuances dans ce mouvement de la décroissance(*), des interlocuteurs existent.
Que nous le voulions ou pas cette décroissance est INÉLUCTABLE. Une croissance infinie dans un monde fini est non seulement un leurre défiant à l’évidence les lois physiques naturelles et élémentaires, mais aussi un danger. Les conséquences climatiques présentes et à venir ne doivent pas pour autant occulter la raréfaction des matières premières. Non seulement il est impératif d’envisager d’autres modes de production et de développement mais aussi de trouver les SOLUTIONS POLITIQUES adaptées, en tout premier lieu la REPARTITION DES RICHESSES et une SOBRIETE tout à fait compatible avec une qualité de vie.
Vaste et exaltant programme.
(*)A ce sujet je vous invite à lire l’article d’Éric DUPIN dans le Monde Diplomatique août 2009 ici :
http://leruisseau.iguane.org/spip.php?article1452
6 janvier 2010 à 16:47
Vérifiez mieux, et vous verrez que Paul Ariès fut effectivement notre invité dans Du Grain à Moudre du 9 juillet 2009, donc tout récemment. Nous donnons donc la parole à ceux des “décroissants” qui ont votre faveur, mais aussi à des partisans plus nuancés de la décroissance, tels que Jean Gadrey, qui publie dans la revue “Entropia”, favorable à la décroissance. C’est ainsi que nous remplissons notre mission de service public : donner la parole à toutes les opinions, y compris très minoritaires, mais dans le cadre d’un débat contradictoire. Le prêche à sens unique, sans contradicteur, sans contre-argument, n’est pas notre genre.
Je vous rappelle aussi que la mouvance “décroissante” est des plus composites, puisque la Nouvelle Droite en fait partie, Alain de Benoist ayant publié un essai intitulé “Demain, la décroissance”. Il est donc difficile de satisfaire chacune de ses composantes.