juin 06
C’est jouĂ© d’avance : malgrĂ© les pouvoirs impressionnants que le Parlement europĂ©en s’est acquis au fil du temps dans toute sorte de domaines (grâce notamment Ă la procĂ©dure de codĂ©cision, mais aussi avec l’institutionnalisation progressive de la pratique de l’investiture de chacun des membres de la Commision), les citoyens vont, partout en Europe, bouder ces Ă©lections europĂ©ennes. On va s’apercevoir que le taux de participation, qui ne cesse de baisser, est encore tombĂ© de quelques points. Les commentateurs autorisĂ©s vont dĂ©plorer la frivolitĂ© des Ă©lectorats, leur myopie nationale, leur manque de sens civique, leur ingratitude… Ils vont dĂ©plorer, une fois de plus, le dĂ©tournement de ces Ă©lections europĂ©ennes par les partis et les enjeux nationaux. Ils vont rĂ©clamer la crĂ©ation de vrais partis pan-europĂ©ens, qui permettraient de “politiser” la composition du Parlement et, partant, de la Commission. Et de confĂ©rer ainsi de vrais enjeux Ă cette Ă©lection. Vaines invocations : ĂŞtre de de gauche n’a absolument pas le mĂŞme sens en France et en Grande-Bretagne, en Pologne et en Suède. Comment le New Labour et le PS français pourraient-ils rĂ©diger un programme commun ? Certains partis de centre-droit adhĂ©rents du PPE sont fĂ©dĂ©ralistes, comme la CDU, et d’autres souverainistes, comme les conservateurs britanniques - qui promettent de quitter le PPE, ce qui aurait l’avantage de clarifier les positions. Quant Ă la “politisation du Parlement et de la Commission”, imagine-t-on une Commission homogène, reflĂ©tant la majoritĂ© politique du Parlement, tentant d’imposer aux Etats une politique en contradiction complète avec avec les programmes sur lesquels auraient Ă©tĂ© Ă©lus leurs chefs de gouvernements ? Et si c’Ă©taient les Ă©lecteurs qui Ă©taient dans le vrai ? Et si c’Ă©taient les fondations intellectuelles elles-mĂŞmes - si europĂ©ennes par leur sophistication - sur lesquelles a Ă©tĂ© bâtie cette magnifique construction, l’Union europĂ©enne, qui Ă©taient en train d’ĂŞtre rendues obsolètes par les consĂ©quences intellectuelles de la crise ? Nous sommes sur le point de basculer dans un tout autre monde, un monde qui est peut-ĂŞtre celui de l’après-mondialisation. Or cette mondialisation, l’Union EuropĂ©enne en a Ă©tĂ© Ă la fois un vecteur efficace et un symbole triomphant. MĂŞme si certains pays, comme la France, ont cru voir plutĂ´t, dans l’UE, une “protection” contre la mondialisation et d’autres, comme les Britanniques et les Scandinaves, plutĂ´t une opportunitĂ© d’amĂ©liorer encore leur capacitĂ© exportatrice. Notre pauvre Union risque d’apparaĂ®tre bientĂ´t Ă ce titre comme le vestige abandonnĂ© d’une illusion datĂ©e. Lire la suite »



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