C’est joué d’avance : malgré les pouvoirs impressionnants que le Parlement européen s’est acquis au fil du temps dans toute sorte de domaines (grâce notamment à la procédure de codécision, mais aussi avec l’institutionnalisation progressive de la pratique de l’investiture de chacun des membres de la Commision), les citoyens vont, partout en Europe, bouder ces élections européennes. On va s’apercevoir que le taux de participation, qui ne cesse de baisser, est encore tombé de quelques points. Les commentateurs autorisés vont déplorer la frivolité des électorats, leur myopie nationale, leur manque de sens civique, leur ingratitude… Ils vont déplorer, une fois de plus, le détournement de ces élections européennes par les partis et les enjeux nationaux. Ils vont réclamer la création de vrais partis pan-européens, qui permettraient de “politiser” la composition du Parlement et, partant, de la Commission. Et de conférer ainsi de vrais enjeux à cette élection. Vaines invocations : être de de gauche n’a absolument pas le même sens en France et en Grande-Bretagne, en Pologne et en Suède. Comment le New Labour et le PS français pourraient-ils rédiger un programme commun ? Certains partis de centre-droit adhérents du PPE sont fédéralistes, comme la CDU, et d’autres souverainistes, comme les conservateurs britanniques - qui promettent de quitter le PPE, ce qui aurait l’avantage de clarifier les positions. Quant à la “politisation du Parlement et de la Commission”, imagine-t-on une Commission homogène, reflétant la majorité politique du Parlement, tentant d’imposer aux Etats une politique en contradiction complète avec avec les programmes sur lesquels auraient été élus leurs chefs de gouvernements ? Et si c’étaient les électeurs qui étaient dans le vrai ? Et si c’étaient les fondations intellectuelles elles-mêmes - si européennes par leur sophistication - sur lesquelles a été bâtie cette magnifique construction, l’Union européenne, qui étaient en train d’être rendues obsolètes par les conséquences intellectuelles de la crise ? Nous sommes sur le point de basculer dans un tout autre monde, un monde qui est peut-être celui de l’après-mondialisation. Or cette mondialisation, l’Union Européenne en a été à la fois un vecteur efficace et un symbole triomphant. Même si certains pays, comme la France, ont cru voir plutôt, dans l’UE, une “protection” contre la mondialisation et d’autres, comme les Britanniques et les Scandinaves,  plutôt une opportunité d’améliorer encore leur capacité exportatrice. Notre pauvre Union risque d’apparaître bientôt à ce titre comme le vestige abandonné d’une illusion datée. Lire la suite »