J’en ai assez de lire des sottises dans la presse sur Woodstock et l’Ă©tĂ© 69. En aoĂ»t 2000, j’avais publiĂ© cet article dans L’Evènement du Jeudi, dont j’Ă©tais alors chef du service IdĂ©es. Je le soumets Ă la critique des lecteurs de ce blog.
Derniers instants de plénitude, un peu étouffants, avant que l’orage ne vienne emporter toutes les naïves illusions des sixties. Durant l’été 1969, le « mouvement » culmine, se gâte, tourne à l’aigre. Comme le héros de « More » de Barbet-Schroeder, le film de cet été-là , on sait qu’on va le faire, ce pas de trop vers le soleil – vers une révélation qui va nous brûler les yeux. Ce n’est plus un jeu. Nous (ma génération) allons, cet été-là , rompre avec le monde enchanté d’une enfance bien trop prolongée. En quelques semaines, l’histoire va nous faire basculer de Woodstock en Altamont. Du grand rassemblement pacifique des enfants-fleurs de la mi-août au déchaînement meurtrier des Hell’s Angels, lors du concert gratuit de la tournée californienne des Rolling Stones. Un bref moment, on pourra encore croire que les bons sentiments, l’authenticité, le goût de la fête et le parfum de l’aventure collective vont l’emporter sur le monde des Nixon (élu de justesse, fin 68). Mais très vite, tout ce qui avait semblé incarner une libération, une alternative, semble déboucher sur l’impasse ou sur la mort. Il n’y a plus d’espace pour la fantaisie ironique et désengagée : c’est pourquoi les Beatles, qui ont incarné l’esprit des sixties, ne lui survivront pas. Après s’être fourvoyés dans « l’album blanc », ils se retrouvent pour une dernière séance, en cet été 69, enregistrent « Abbey Road », avant d’officialiser leur rupture en 1970. En mai 1969, Paul a épousé Linda et John Yoko Ono. Le « bed-in pour la paix » auquel se livrent ces derniers, au Hilton d’Amsterdam, a un effet déplaisant. Les fans commencent à comprendre que la pop est aussi une affaire de marketing et d’égos boursouflés. Que le militantisme radical peut accoucher du n’importe quoi.



Imprimer