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Tous les billets de octobre 2009

“hold up électoral” sur les conseillers territoriaux ?

Non classé 31 commentaires »
29 oct 2009

“Le Fada de la Timone” me fait observer que mes article sur ce blog n’ayant généralement aucun rapport avec le programme de nos émissions, avec Julie Clarini, les auditeurs sont ainsi privés d’un lieu de réactions et de débat. C’est un argument auquel je suis sensible. Je vais donc essayer, à partir de maintenant, de laisser tous les soirs ou le lendemain matin au plus tard, un billet inspiré par le sujet de l’émission Du Grain à Moudre, afin de donner la parole aux auditeurs. J’en profiterai, bien entendu, pour livrer ma petite idée. Qu’on n’attende pas systématiquement quelque chose de complet, ni de brillant. C’est un exercice exigeant et contrairement à la vision qu’ont de moi certains posts “accoudé au comptoir de mon bar préféré…”, je dispose de très peu de temps libre pour des raisons de lieu de vie (très éloigné de Paris) et privées (familiales). Mais c’est vrai que certaines de nos émissions auraient mérité un espace public de débat - je pense, moi aussi, aux thèses iconoclastes de Dambisa Moyo (l’aide tue l’Afrique). Dont acte.

Pour ce qui concerne l’émission d’hier, consacrée au mode de scrutin des nouveaux “conseillers territoriaux”, voici ce que je peux dire. Lire la suite »

Un prof de fac dort en prison pour avoir défendu sa famille

Non classé 48 commentaires »
20 oct 2009

C’est, je crois, John Locke, qui a dit qu’un Etat qui cesse de garantir à ses concitoyens la sécurité de leurs personnes et de leurs biens ne méritait plus d’être obéi. Que dire alors d’un Etat qui interdit aux citoyens de se défendre eux-mêmes ? On apprend ce soir par Le Parisien qu’un professeur d’université demeurant à Juvignac près de Montpellier a été placé en garde à vue pour avoir résisté à un malfaiteur qui menaçait de brûler vifs sa femme et leur fils de 13 ans, afin de leur soutirer de l’argent. Cagoulé, ganté, et armé d’un pistolet de calibre 9 mm, le malfaiteur, déjà condamné à trois reprises pour violences par la justice à 26 ans, avait été remis en liberté. Lundi soir, il a fait coucher par terre les 3 personnes et les a arrosés d’essence. Ensuite, comme il frappait son épouse, le père de famille a eu l’immense courage de sauter au cou de l’agresseur armé, a réussi à le désarmer et l’a étranglé. Ce soir, ce héros dort en prison. Le parquet a “ouvert une enquête judiciaire pour homicide volontaire”, destiné à “vérifier l’état de légitime défense”. Bref, comme trop souvent, les suspects sont les victimes.

Ce professeur mérite notre estime. Je lui exprime ma solidarité. Les juges, qui s’acharnent sur celles des victimes qui osent se défendre, mais s’évertuent à relâcher pour on ne sait quelles raisons, des criminels qui récidivent, comprennent-ils qu’ils sapent ainsi la relation de confiance qui devrait exister entre les citoyens et l’Etat qu’ils représentent ? Je collectionne depuis quelques temps des faits divers qui démontrent la férocité de la justice envers ceux de nos concitoyens qui font preuve d’esprit civique en se portant au secours de victimes de violence ou se défendent eux-mêmes. S’agit-il de punir ceux qui mettent ainsi en évidence l’impéritie de l’Etat face à la sauvagerie qui monte ? De désarmer l’instinct de résistance et le sens de la solidarité qui sont des composantes de l’esprit civique ? Police et justice sont manifestement incapables de garantir à nos populations le minimum de sécurité pour lequel elles paient leurs impôts. Malgré les promesses du pouvoir, les mouvements de menton électoralistes de nos dirigeants et les dénégations de sociologues gauchisants, la violence contre les personnes ne cesse d’augmenter. Ce n’est pas une raison pour s’en prendre à ceux et à celles qui, n’écoutant que leur courage, sont mis en situation de devoir se substituer à des institutions défaillantes.

Aux dernières nouvelles, le professeur est mis en examen pour homicide volontaire. On croit rêver. J’ai mis dans les commentaires la pétition qui circule sur le net pour demander la fin des poursuites contre ce professeur héroïque.

Très très grande bibliothèque

Non classé 40 commentaires »
2 oct 2009

J’ai eu la chance de passer plusieurs années de ma vie dans des bibliothèques. Dans la “crypte” du Saint-Antony’s College d’Oxford, puis à la Bodleian, la bibliothèque principale de la même ville, ainsi qu’à la Narodowa de Varsovie. Je m’en souviens avec émotion, comme l’occasion de rencontres avec des esprits éminents, de renvois à d’autres lectures, d’émerveillements et de découvertes. A l’époque, je me disais qu’il faudrait plusieurs vies et la connaissance d’une dizaine de langues au moins, pour pouvoir avaler le minimum des connaissances à partir desquelles on cesse d’être un idiot parmi les autres… Je continue à lire, mais chez moi, mais selon un toutre autre rythme. Et je viens de tomber sur ces passages de mon cher (et trop tôt disparu) W.G. Sebald, que je m’empresse de confier aux lecteurs de ce blog qui, comme moi, ont été découragés par la Très Très Grande Bibliothèque François Mitterrand.

” … jusqu’à ce bâtiment à la monumentalité inspirée par la volonté du président de laisser une trace pérenne de son passage, et qui… tant par ses dimensions extérieures que par son agencement interne, est un endroit qui vous rebute d’emblée et va définitivement à contre-courant de tout véritable lecteur. […]”

“Une fois gravies les quatre douzaines de marches aussi raides qu’étroites, opération qui même pour les visiteurs assez jeunes ne va pas sans danger, vous voici sous une esplanade couverte de madriers striés, délimitée aux quatre coins par les tours de vingt-deux étages de la Bibliothèque et couvrant la surface approximative de neuf terrains de football, qui, littéralement parlant, vous en impose et vous écrase. Et les jours où les bourrasque, ce qui n’est pas rare, rabattent la pluie sur ce parvis que rien n’abrite, on croirait être maloncontreusement fourvoyé sur le pont du Berengaria ou de tout autre géant des mers…”

“La première fois que je me retrouvai sur le pont promenade de la Très Grande Bibliothèque, je mis un certain temps à découvrir l’endroit  d’où les visiteurs, par un tapis roulant, sont acheminés un étage plus bas, vers un sous-sol qui est en réalité un rez-de-chaussée. Cette descente - après qu’on vient juste d’accéder péniblement à la hauteur du plateau - m’est d’emblée apparue comme une aberration à l’évidence imaginée pour déconcerter et rabaisser le lecteur…”

“Si la requête dépasse un tant soit peu les limites de l’habitude, il vous faut, comme aux bureaux du Trésor Public, tirer un numéro et patienter une demi-heure ou plus qu’un autre employé de la Bibliothèque vous prie d’entrer dans une cabine séparée où vous êtes autorisé, comme s’il s’agissait d’une affaire extrêmement douloureuse qui exige la confidentialité la plus absolue, à présenter votre demande et à recevoir les instructions afférentes…”

“Les nouveaux bâtiments de la Bibliothèque qui, tant par leur implantation que par leur réglementation interne à la limite de l’absurde, s’attachent à exclure le lecteur en faisant de lui un ennemi potentiel, sont la manifestation presque officielle du besoin de plus en plus affirmé d’en finir avec tout ce qui entretient un lien vivant avec le passé.”

Certes, ces propos sont placés dans la bouche d’un héros-narrateur (Jacques Austerlitz) et d’un employé accablé de la dite Très Grande Bibliothèque. Mais j’y ai reconnu ma propre exaspération lorsque, rentrant d’Oxford, en 1998, j’ai imaginé pouvoir poursuivre à Paris mes journées de lecture… J’ose espérer, sans trop y croire, que les choses ont pu changer à la Très Grande Bibliothèque, où j’ai renoncé à me rendre depuis une dizaine d’années…

Ces extraits sont tirés de : W.G. Sebald : “Austerlitz”, traduit par Patrick Charbonneau et publié en 2002 par les splendides éditions Actes Sud.