La série noire continue : un lycéen de 17 ans a de nouveau été poignardé, ce matin, au lycée de Chennevières. Pour un regard, nous dit-on. Celui-ci ne mourra peut-être pas. A la différence de Hakim, 18 ans, poignardé à mort au lycée du Kremin-Bicêtre, samedi et de Rachid, 16 ans, tué à coups de couteux deux ou trois jours plus tôt au Centre commercial de Cergy. Ses agresseurs ont 16 et 17 ans. Que se passe-t-il, dans nos banlieues, pour que se produise cette hécatombe ? Il y a bien des explications possibles, mais je voudrais citer ici l’essai publié il y a quelques temps déjà par David Robins, en Grande-Bretagne. Dans ce pays, en effet, les actes de violence entre adolescents, dans et hors des établissements scolaires ont connu une hausse vertigineuse au cours des dernières années et sociologues, éducateurs et responsables politiques s’arrachent les cheveux.Dans “Cool Rules : Anatomy of an Attitude“, David Robins met en cause une certaine culture de rue, la “culture cool”, telle qu’elle s’exprime à travers certains jeux vidéo violents et surtout certaines formes de “musique”, comme le rap et en particulier le gansta rap. Pour les jeunes garçons en échec scolaire, la figure du mâle agressif et prédateur, proposé par la “culture cool”, son exhibitionnisme, les signes de puissance (armes brandies, attitudes menaçantes), les inévitables marques qui figurent sur ses vêtements street wear, constituent une compensation symbolique appréciable. Elle lui renvoie une image enfin valorisante de mâle dominant qui exige le “respect” par sa dangerosité même (détournement de le sémantique de l’antiracisme). Elle est liée à une vision des relations sexuelles réduites au seul registre de l’exploitation du plus faible par le plus fort, dévelopée par des garçons sentimentalement immatures. Elle invite à se procurer les biens les plus rutilants proposés par le consumérisme ambiant par des moyens illégaux et violents. Le sens de la vie humaine y est absent. Il s’agit seulement d’assurer une “attitude” : paraître “cool”, invulnérable, follement confiant en soi et au-dessus des lois. Sur un rythme binaire et lancinant, les “chanteurs” éructent une haine universelle et lassante envers l’ordre, la police, les éducateurs et toutes les figures d’autorité. Dans les clips, y compris français, on les voit brandir d’énormes pistolet et tirer sur des policiers.
Le gangsta rap, véhiculé par des personnages tels que Ice T, NWA, Dr Dre, et autres Mr. Criminal est censé issu de l’expérience des bandes violentes américaines et de celle de la prison. J’ai trouvé sur un site de discussions français consacré à cette “musique” des témoignages d’adolescents, se demandant avec le plus parfait sérieux si, “pour être crédible” en tant que “gansta rap”, il fallait avoir purgé de longues peines de prison… J’observe que l’ode à l’illégalité est devenue un gimmick rentable de la culture commerciale, qui déborde largement du rap en question.
Selon David Robins, le port d’une arme blanche, par les adolescents, en Grande-Bretagne, s’est banalisé. Même les enfants des classes moyennes se sont équipés, afin de ne pas s’auto-désigner comme “victimes”. Une “vigilance paranoïde” s’est développée à tous les échelons de la société, chez les plus jeunes. Le niveau de la violence dans les rues est tel qu’il est devenu dangereux, pour les ados, de sortir sans armes. A partir du moment où une minorité impose une élévation continue du seuil de violence, ceux qui ne sont pas capables de suivre se condamnent eux-mêmes à subir toujours. Dans certains quartiers, les habitants ont lancé des campagnes pour tenter de prévenir l’escalade : “Say No to knives”, “Mothers againts crime”, etc. Mais des centaines de vies qui commençaient ont fini prématurément dans quelque coin de rue. Les jeunes de nos quartiers manifestent, chaque fois, dans la tristesse et la colère, on l’a vu, ce week-end, au Kremin-Bicêtre. Mais ils ne peuvent pas, par eux-mêmes, empêcher la folle spirale de la violence.
Je ne demande pas la censure des clips stupidement agressifs. Mais allez jeter un coup d’oeil sur les noms que je mentionne et vous verrez le niveau d’aberration mentale auquel l’industrie du divertissement est tombée. En tous cas, j’estime qu’il est de la responsabilité des pouvoirs publics, à tous les niveaux, d’enrayer cette spirale de la violence, par tous les moyens appropriés. En Grande-Bretagne, cela passe par les caméras vidéo, et les détecteurs de métaux aux entrées des collèges et lycées. Mais ce sont les causes culturelles auxquelles il faut s’attaquer. Aux enseignants, de proposer des alternatives humanistes aux modèles aberrants et meurtriers de la “cool culture”, plutôt que de tenter de pactiser avec elle.



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11 janvier 2010 à 20:15
Petit florilege de la “dialectique” Brice Couturier:
> La série noire continue
> hécatombe
> hausse vertigineuse
> Le niveau de la violence dans les rues est tel qu’il est devenu dangereux, pour les ados, de sortir sans armes (Citation)
> j’estime qu’il est de la responsabilité des pouvoirs publics, à tous les niveaux, d’enrayer cette spirale de la violence, par tous les moyens appropriés
Heureusement, on est sur France Culture!
bricecout dit :
Heureusement, on est EN GRANDE-BRETAGNE, si vous m’avez lu autrement qu’entre les lignes…
11 janvier 2010 à 20:22
le nihilisme et le relativisme absolu ont envahi tout le champ social cher Brice
si vous ajoutez à ces faits de violence la banalisation de la pornograhie (aussi grave à mon avis que la violence physique) hé bien nous avons un bien triste panorama de la situation
nous vivons une bien triste époque de désert de la pensée
quant aux alternatives humanistes trouvées par les enseignants, les pauvres malheureux n’en sont plus là, c’est trop leur en demander face au matracage d’internet, des médias et du dieu consommation
on en deviendrait réactionnaire…
12 janvier 2010 à 20:36
Oui, heureusement, on est sur France Culture, où il reste un peu plus de liberté de parole que … sur France Inter par exemple.
J’ai comme l’idée que Mr Machefert est ce genre de “démocrate” qui s’indigne qu’il soit légal de ne pas partager son opinion …
13 janvier 2010 à 1:47
Bonsoir Brice
Dans l’opus de JM Mandosio (Encyclopédie des Nuisances), d’Or et de Sable, il y a une analyse de la musique depuis une vingtaine d’année qui n’est pas inintéressante.
Je relie par ailleurs un nombre important d’aspects de ce que vous mentionnez à la “déliaison des pulsions” vue par B. Stiegler. B. S. s’appuyait à l’époque sur les cas Brunerie (14 juillet / Chirac), Durn (Nanterre), Cartier (nord de paris) dans la première moitié des années 2000.
Du fait de la plongée assez globale d’un certain nombre de chose, je ne crois pas en des mesures de polices on des mesures d’éducation ciblées comme vous le conseillez, ou disont que c’est un cataplasme sur une jambe de bois virtuelle. La campagne présidentielle de 2007 était par nature “StarAcadémique” des deux cotés, le feuilleton de SR ou NS l’a si bien montré après. Les quasi-injonctions contradictoires se succèdent (H1N1 / vaccination) (Copenhague/”réduis ton CO2″/ consomme) , et les habilités d’un Edgar Morin ou d’un Nassim Taleb illustrent que ces processus frustrant sont en résonance avec un paradigme des organisations complexes, leur courses aux singularités, la plsu grande étant la Métamorphose de E Morin, assez généraliste pour que ça passe en grand public intellectuel dans le monde…
La reconquista, c’est celle des savoir-faire et savoir-vivre, et la métamorphose, c’est comment faire si ces savoirs-faire/vivre dépendent de support de mémoire très extériorisé, sur un “palm”, un “écran”, un serveur distant, et sont aussi toxiques que Maitre SPAM(Puntila) et son valet Matti (à vous de trouver les parangons de la bêtise systémique) … CTPLM
13 janvier 2010 à 6:58
@Luc
Vous m’avez démasqué. Bien vu !
13 janvier 2010 à 19:53
“Ice T, NWA, Dr Dre,
(…)
Je ne demande pas la censure des clips stupidement agressifs. Mais allez jeter un coup d’oeil sur les noms que je mentionne et vous verrez le niveau d’aberration mentale auquel l’industrie du divertissement est tombée.”
Je me suis mis à lire votre blog depuis une semaine, plus ça va, plus je suis étonné. Le bon point c’est que vous faites bien votre métier : vous animez vos débats de façon objective, sans que l’on est à se dire “il est de telle ou telle couleur politique”. Deuxièmement, on constate que vous parvenez à maîtriser à peu près correctement tous les sujets que vous abordez, ce qui n’est pas évident.
Mais alors là, je me permets de vous proposer d’éclairer votre ressenti : vous avez certainement quelques lacunes en culture hip hop. Les noms que vous citez, ce sont des grands rappeurs de années 80 et 90. NWA est un groupe de la fin des années 80, tout début du rap. L’un de ses membres est d’ailleurs Dr Dre qui à donc l’honneur de figurer à deux reprises dans votre liste. Dre est toujours en activité, c’est un producteur renommé. Quant à Ice-t, c’est un des premiers rappeur, un ex-pimp influencé par la figure d’Iceberg Slim. Ice-t manie le second degré : il s’est créé un personnage.
On peut faire de la lecture littérale avec les livres sacrés, on peut faire de même avec des textes de rap. Autrement prendre au premier degré un texte de 50 cent ou de NWA, c’est faire preuve d’idiotie et d’acculturation. Nous sommes donc d’accord là-dessus : le système éducatif doit être mobilisé pour développer l’esprit critique des élèves. Pour cela, il faut plus de moyens et arrêter de niveler par le bas tout en faisant sauter des postes.
Si j’excuse le loulou de banlieue un peu débile qui prend au premier degré ce que lui crache à l’oreille son poste, je suis moins tolérant avec les gens censés être éduqués et qui stigmatisent une musique. Les paroles violentes et l’image véhiculée sont une diversion offerte par les politiques. Ces polémiques sont navrantes et visent à réduire encore un peu la liberté d’expression.
Je me permet donc de bien souligner que l’important c’est que les gens apprennent à digérer les produits culturels qu’ils ingurgitent. En aucun cas on ne peut incriminer ou condamner telle ou telle œuvre.
Les bijoux et les pistolets des rappeurs ne sont qu’un reflet de ce que nous propose la société aujourd’hui. Les artistes n’ont jamais été la cause première d’un état d’esprit, il ne font que réagir à leur environnement.
13 janvier 2010 à 20:52
A propos de l’émission du 5 décembre : « décroissance et emploi ».
J’ai refait le calcul du PIB par habitant à l’échelle du monde, j’obtiens, avec 60.000 milliards de dollars US et 6,5 milliards d’habitants : 1074$ et non pas le RMI (Fitoussi)… sauf si on déduit les impôts et les charges sociales, mais ce serait un sophisme, car les uns et les autres contribuent grandement au niveau de vie des individus. Cela dit, il est évident que, si tous les habitants de la terre percevaient cette somme, personne ne serait assez riche pour acheter ce qu’ils produiraient, ce qui engendrerait un effondrement du PIB mondial, et ainsi de suite…
Par ailleurs, il n’aurait pas été inutile de commencer l’émission par un rappel de ce qu’on appelle PIB, dont une majorité de gens pensent encore qu’il s’agit de la production de biens et de services, alors qu’il s’agit de ce qu’on a réussi à VENDRE de cette production et de ces services. Lorsque Renault remplit ses parkings de voitures neuves, il ne produit pas un centime de PIB. C’est seulement lorsqu’il les vend, que cette production est prise en compte. Egalement, le fait de faire son pain chez soi, pour soi, comme je fais, ne contribue en rien au PIB, contrairement à ce qu’il en est lorsque le boulanger fabrique du pain pour ses clients. Toute PRODUCTION qui n’est pas VENDUE ne compte pour rien dans le PIB. Le PIB est mal nommé. Il ne mesure pas une production, mais des ECHANGES MARCHANDS.
Ces rappels auraient été d’autant plus pertinents lors de cette émission qu’on cherchait à nous faire comprendre comment on peut concilier la décroissance avec l’emploi. Pour moi qui suis allé un peu plus loin que le manuel d’économie de terminale, c’est évidemment absurde. En revanche, on peut concilier la décroissance avec le maintien du niveau de vie, comme cela découle de ce que j’évoque plus haut, à savoir en « faisant soi-même ». Il va de soi que, en faisant mon pain, je détruis des emplois, mais j’améliore mon pouvoir d’achat. En effet, comme je gagne plus de 2,60€/kg et qu’il faut un quart d’heure pour faire deux kilos de pain, il est facile de voir que cela me fait gagner 20,80€ de l’heure, net de charges et d’impôts, soit deux fois et demie le SMIC ! La différence pour le PIB, c’est que cette somme est pour moi, pas pour la croissance et encore moins pour l’emploi.
Si la croissance est nécessaire à l’emploi, c’est qu’il y a une autre croissance qui continue, crise ou pas crise, c’est celle de la productivité. Au fur et à mesure qu’on produit plus en moins de temps, le nombre d’heures de travail nécessaires, à production constante, diminue. Si on veut maintenir l’emploi, deux solutions : ou bien diminuer le temps individuel de travail, ou bien augmenter la production (au sens du PIB, évidemment).
L’inconvénient de la première solution est double.
D’une part, cette diminution du temps de travail ne peut se faire que par catégorie. On a vu ce qu’a donné la semaine de 35 heures pour tout le monde. Il y a des métiers où il faudrait, pour employer tous les gens capables de les exercer, décréter la semaine de vingt heures (tous les métiers non qualifiés, pour lesquels on a beaucoup trop de monde, puisque 150.000 jeunes sortent du système éducatif (sic !) sans capacités professionnelles). Dans d’autres, où on manque de personnes qualifiées, il faudrait travailler soixante heures par semaine…
D’autre part, si on répartit la charge de travail, on doit répartir aussi les revenus. On a cru pouvoir passer de la semaine de 40 heures à la semaine de 35 heures avec le même salaire. Cela ne pouvait marcher, au contraire, qu’à la condition de passer à 35/40 du revenu antérieur. Qui l’aurait accepté ? On a bien fait une usine à gaz (attention à l’effet de serre !) avec trois SMIC différents, mais, aujourd’hui, il n’y en plus qu’un. Déjà qu’on n’a pas suffisamment d’infirmières (je prends un exemple) et que l’assurance maladie est au bord de la faillite, comment imaginer de payer le même prix pour 35 heures des professionnels de santé qui en faisaient 40 ? La solution ne s’est pas fait attendre : on a fait faire en 35 heures ce que les gens faisaient auparavant en 40, ce qui a augmenté le chiffre d’affaire des psychologues, qui en avaient bien besoin…
De toute façon, en répartissant la charge de travail ET LES REVENUS, on en revient à la case « départ », c’est-à-dire que l’appauvrissement général ne peut que porter un coup à la consommation, donc à l’emploi. C’est le serpent qui se mord la queue !
Il faut bien voir que, dans une société comme la nôtre, où les besoins sont satisfaits (en moyenne), on ne peut donner du travail à tout le monde qu’en produisant (toujours au sens du PIB) du superflu. Il y a deux sortes d’innovation : la première, qui consiste à trouver le moyen d’abaisser les coûts de production des biens et services nécessaires, la deuxième consiste à inventer des produits et services superflus, autrement dit, de créer des prétendus besoins, qui, rapidement, deviennent des besoins réels.
Prenons l’exemple du téléphone portable. Du temps des dites trente glorieuses, peu de gens avaient le téléphone, ce qui était compensé par une abondance de cabines téléphoniques près de chez soi. Chaque village avait la sienne (au moins). Aujourd’hui, celui qui n’a pas de téléphone portable est coincé de deux manières : d’une part, les cabines ont majoritairement disparu, d’autre part, on a inventé des téléphones fixes qui fonctionnent sur le secteur électrique et qui, de ce fait, sont inutilisables en cas de panne de courant. Si, dans ce dernier cas, vous avez oublié de recharger votre portable, le seul recours est l’allume-cigare de votre voiture. Bref, aujourd’hui, pour téléphoner, il faut avoir un portable et une voiture… sauf si, comme moi, on a conservé son vieux téléphone filaire…
13 janvier 2010 à 22:14
“Je ne demande pas la censure des clips stupidement agressifs. Mais allez jeter un coup d’oeil sur les noms que je mentionne et vous verrez le niveau d’aberration mentale auquel l’industrie du divertissement est tombée. En tous cas, j’estime qu’il est de la responsabilité des pouvoirs publics, à tous les niveaux, d’enrayer cette spirale de la violence, par tous les moyens appropriés.”
Que sont devenues les belles leçons sur la “douloureuse” conquête de la liberté individuelle qui semblaient tant vous plaire aujourd’hui? Chacun attend de l’Etat la protection qui lui convient… L’Etat Providence barre l’accès à la véritable autonomie individuelle mais l’Etat policier, soyons-en sûrs, est un gage d’émancipation collective.
Et si cette violence-là était moins la conséquence du gansta rap et du “niveau d’aberration” de l’industrie culturelle, que le symptôme de la violence induite par la réalité des politiques “libérales”, qui ont été systématiquement menées précisément dans ce pays auquel vous vous référez plusieurs fois : le royaume uni?
Et si la multiplication de ces actes de violence en France (à supposer qu’elle soit attestée)étaient liées à la violence sociale induite par la purge “libérale” que connaît actuellement l’hexagone, et que l’on s’apprête, tiens, justement, à admnistrer à l’éducation nationale. (après l’enseignement supérieur, la médecine, l’énergie, les télécommunications…)
Croyez-vous vraiment que Châtel soit un plus fervent défenseur des valeurs de l’humanisme que n’importe quel prof de Français ou de philo venu? Ou que nos “dirigeants” aient moins “pactisé” avec la culture du “divertissement”, si dégradante pour la dignité humaine, que le chanteur de la Rumeur ou le comique Djamel Debouze?
Les décisions politiques continuent à avoir plus d’effets dans la réalité des rapports sociaux qu’une chanson ou un one man show, non?
14 janvier 2010 à 9:28
Les “décisions politiques” des ministres de l’Education nationale me semblent, à moi, avoir à peu près autant de poids que les plumes de moineau par vent de force 6 ou 7… Quant au “libéralisme”, il a bon dos : le niveau de violence des adolescents est-il vraiment proportionnel au degré de libéralisation des économies ? Si tel était le cas, comment expliquerait-on que l’Union Soviétique ait été terrorisée, dans les années 20 et 30, par des bandes d’enfants et d’adolescents, orphelins, les bezprisorniye ? Ils terrorisaient y compris les détenus des camps de concentration… Pourquoi les ados anglais ou jamaïcains sont-ils violents, et pas les ados suisses ou slovènes (deux pays particulièrement libéraux) ? Acceptez le fait qu’il existe une culture de la délinquance, de la violence et de la haine des autorités, et qu’elle a des effets pernicieux sur le comportement d’adolescents perturbés. La seule responsabilité que le libéralisme pourrait avoir, c’est qu’il développe une hostilité à la censure. Or, dans certains cas, elle devrait s’imposer : voyez les clips exaltant les petits fachos friqués, dans leurs grosses bagnoles décapotables, avec leurs chaînes en or, mettant en scène le pire mépris des femmes qui se soit jamais exprimé (”toutes des putes”, “bitches”) et le meurtre de policiers, ne concédant aux gamins qu’un seul destin possible : la loi du gang, l’illégalité, la violence et la prison. C’était assez bien montré dans le film de Clint Eastwood, Gran Torino.
14 janvier 2010 à 9:39
WB, je confesse ma profonde inculture en matière de rap. Je suis plutôt rock (question de génération), jazz et clasique (ancien critique musical). Je suis tellement exaspéré de voir mon village traversé par des petits crétins en bagnoles qui, non contents de nous jeter leurs canettes de bière, nous bombardent de ces éructations scandées, toutes fenêtres ouvertes en plein hiver, que j’ai du mal à m’y intéresser. Alors, il est possible, en effet, qu’il faille prendre Ice-T au second degré. Mais lorsque vous écrivez que ces artistes ne nous offrent qu’un “reflet de notre société”, avec leurs colifichets en or et leurs gros pistolets, je ne suis pas d’accord. Ils proposent une certaine société à nos enfants : celle des gangs de Los Angeles, qui tuent pour contrôler le trafic de drogue dans une rue. Ce qu’ils “reflètent”, ce n’est pas NOTRE SOCIETE, c’est une société dont nous ne voulons pas, celle des gangs qui ravagent certaines villes des Etats-Unis.
Merci d’avoir relevé qu’au micro, je m’efforce à la plus grande impartialité possible, à la neutralité. Cela fait partie de la définition du service public. Même si, parfois, pour les besoins de la polémique, mes questions paraissent inspirées par des idées, il ne s’agit que de pousser un des interlocuteurs à préciser sa pensée, à aller jusqu’au bout de ses idées. Sur mon blog, je m’autorise des opinions plus personnelles. Cela choque-t-il certains de mes lecteurs ?
14 janvier 2010 à 13:43
Que nenni Brice. Vos opinions et celles exprimées dans votre blog prolongent vos émissions et font progresser la réflexion de chacun.
Il est heureux qu’il en soit ainsi.
14 janvier 2010 à 14:44
“Quant au “libéralisme”, il a bon dos : le niveau de violence des adolescents est-il vraiment proportionnel au degré de libéralisation des économies ? Si tel était le cas, comment expliquerait-on que l’Union Soviétique ait été terrorisée, dans les années 20 et 30, par des bandes d’enfants et d’adolescents, orphelins, les bezprisorniye ?”
Avouez Brice que le rap a bon dos lui aussi. Les bezprisoniye écoutaient-ils les paroles ultraviolentes des “50 kopeks” de l’époque?
Peut-être que si on regardait du côté des inégalités sociales, du cadre de vie, de la pauvreté, on aurait plus de chances de trouver des explications et des points communs, mais ce n’est plus vraiment à la mode (on appelle ça être “angélique”).
14 janvier 2010 à 15:08
Cher Brice,
Votre réflexion nous fait avancer au delà de la rubrique faits divers et des commentaires souvent affligeants de ce genre de drames, sans compter la traditionnelle “marche silencieuse” et ses effets lacrymaux sur le JT de 20h. Vous avez mille fois raison d’écrire: “Ce qu’ils “reflètent”, ce n’est pas NOTRE SOCIETE, c’est une société dont nous ne voulons pas”. Oserais-je ajouter que mon malaise face aux clips hip-hop ou rap vient non seulement des images en opposition avec nos valeurs mais tout simplement du fait que je ne comprends pas un mot sur dix de ce qui est dit (difficile alors de prendre le message au 1° ou au 2° degré!). De la même façon, après 30′ de l”Esquive” chaudement recommandé par la critique unanime, j’avais du sortir: le film n’était pas sous-titré.
La bien-pensance stigmatise la vente libre des armes à feu aux USA, mais que fait on de concret pour limiter le port d’armes blanches en France? Me plaçant a priori plus probablement du côté des victimes, je ne sais pas si je ne préfèrerais pas un bon coup de feu à un étripage raté?
Un dernier point puisque depuis votre billet la série a continué à Perpignan: avez-vous remarqué avec quel soin méticuleux les journalistes et présentateurs de TV et de radio s’appliquent à préciser que l’assassin est CHINOIS. D’habitude, il faut se référer aux prénoms, aux lieux et le lendemain, à la TV, à quelques visages floutés pour avoir un indice sur le règlement de compte dont on nous parle. Non, la il est CHINOIS,CHINOIS,CHINOIS, qu’on se le dise!
14 janvier 2010 à 15:40
Je commence la lecture du volume “Révolution et Empire” de la Nouvelle histoire de France dirigée par Joel Cornette. Je le conseille à tous, c’est vraiment du très bel ouvrage, dans tous les sens du terme, qui fait le point pour le grand public sur les acquis récents de l’historiographie.
On lira ceci, à propos de la “Rébellion française” (terme de l’historien Jean Nicolas, à lire aussi) du 18ème: “il ne faut point donner une importance trop excessive aux hommes de plumes, tout au moins dans l’effervescence sociale des années 1780. la seule “fureur de juger de tout” ne peut suffire, il faut aussi avoir, en amont, de quoi nourrir sa colère et la crise de l’Ancien régime possède un indéniable substrat économique et social.” Plus loin Michel Biard, l’auteur de ces lignes, rappelle que “lire” n’est pas “approuver”.
Le rapport avec ce qui nous occupe? Moins l’idée d’une équivalence entre deux époques (péché d’anachronisme) qu’une question de méthode, de regard, de distance face aux mobiles de l’action humaine (et face à l’”actualité”).
(Au fait, Brice, Mr R, c’est moi, clin d’oeil qui vous aura peut-être échappé à un rappeur de ma jeunesse, que j’ai écouté sans jamais passer à l’acte…)
14 janvier 2010 à 18:07
“Sur mon blog, je m’autorise des opinions plus personnelles. Cela choque-t-il certains de mes lecteurs ?”
Pas du tout en ce qui me concerne. J’ai déja précisé que j’apreciais vos opinions, souvent differentes des miennes,car elles me permettent de remettre en cause mes propres opinions.
Par contre, je suis étonné du ton souvent péremptoire de vos billets. Ce ton favorise plus le débat musclé que l’ouverture de dialogues. Mais cela doit être votre but; le débat. Mon idiosynchrasie me porte plus vers le dialogue et le consensus (Mais je me soigne !)
Pour en revenir à votre opinion, j’ai relevé une contradiction sur la censure:
1. “Je ne demande pas la censure des clips stupidement agressifs.” (Dans votre billet)
2.”La seule responsabilité que le libéralisme pourrait avoir, c’est qu’il développe une hostilité à la censure. Or, dans certains cas, elle devrait s’imposer : voyez les clips exaltant les petits fachos friqués, … (Une réponse ci-dessus).
Censure ou pas, alors?
14 janvier 2010 à 18:51
Un blog c’est par définition un endroit où l’on donne son avis personnel, sauf si l’on désire l’utiliser à des fins particulières… J’en profite d’ailleurs pour donner l’adresse du mien, puisque mes initiales ne forment pas de lien :
http://blogduglobe.wordpress.com/
Donc non c’est très bien ici. Et je confirme que j’aurais été incapable de mettre un doigt sur votre coloration politique sans la lecture des billets ci-présents.
Lorsque je dis que le rap reflète la société, il faut le prendre dans un sens très large : tout artiste réagit à son époque, par la force des choses. La recherche de la richesse matérielle, le principe de produire de l’argent à tout prix sans penser au lendemain, la rollex à 40 etc. C’est tout ce à quoi les rappeurs réagissent.
Jay-z, D’evils :
[Verse 3]
My flesh, no nigga could test
My soul is possessed by D’Evils in the form of diamonds and lexuses
The exorcist, got me doin’ skits like Homie
You don’t know me, but the whole world owe me
Strip!
Was thought to be a pleasant guy all my fuckin’ life
So now I’m down for whatever, ain’t nothing nice
Throughout my junior high years it was all friendly
But now this higher learnin’ got the Remy in me
Liquors invaded my kidneys
Got me ready to lick off, mama forgive me
I can’t be held accountable, D’Evils beating me down, boo
Got me runnin’ with guys, makin’ G’s, tellin’ lies that sound true
Come test me, I never cower
For the love of money, son, I’m givin’ lead showers
Stop screamin’, you know the demon said it’s best to die
And even if Jehovah witness, bet he’ll never testify, D’Evils…
14 janvier 2010 à 20:17
le pib est la somme des valeurs ajoutees
valeur ajoutee : difference entre la vente d un bien en valeur et ce qu il a fallu pour produire ce bien , en valeur
remarque : valeur ajoutee n est pas benefice
14 janvier 2010 à 21:06
ah mais non Brice, par pitié gardez votre liberté de parole sur ce blog, c’est ce qui en fait l’intérêt et la richesse
moi j’en redemande !
bien à vous
14 janvier 2010 à 22:07
WB,
effectivement super le dernier clip de La Fouine,
http://www.youtube.com/watch?v=TCM_TIifn0w (La Fouine BanLieue SaLe Music feat Nessbeal Capitale du Crime Vol.2 2009)
il y a même une rime très élaborée en “ette” , ah je garde le suspens à ceux qui écouterons (il faut lire les commentaires sous les vidéos, tellement excellente que certains sont désactivés)
et l’impro hier soir sur Skyrock génial
http://www.dailymotion.com/video/xbuv2d_du-sperme-avec-la-fouine-skyrock_music
bon c’était moyen
oui évidemment c’est un “artiste”, l’avant garde culturelle de notre cher pays, l’Art dans toute sa splendeur
et évidemment tous les ados sont en capacité de comprendre que les rappeurs qui “chantent” la haine de la police, se trémoussent avec des femmes lassives… c’est du bidon ?
par ailleurs ils sont le reflet de la société, mais oui bien évidemment la société est coupable l’individu est irresponsable.
comment il disait déjà Muray ?
“le risible se confond avec le sérieux”
14 janvier 2010 à 22:14
“Les “décisions politiques” des ministres de l’Education Nationale me semblent, à moi, avoir à peu près autant de poids que les plumes de moineau par vent de force 6 ou 7… ”
Penchez-vous dans la détail sur la réforme “Châtel” dite des « EPLE », invitez des gens réellement informés pour en débattre, et vous verrez que vous avez tort de prendre les décisions politiques de haut. (Mais les usagers de la sécurité sociale, du pôle emploi, de la poste ou de GDF pourraient vous en convaincre aussi bien, pour peu que vous leur donniez la parole…)
“Pourquoi les ados anglais ou jamaïcains sont-ils violents, et pas les ados suisses ou slovènes”, le degré de généralité de l’assertion en fait-il autre chose qu’un préjugé?
“Acceptez le fait qu’il existe une culture de la délinquance, de la violence et de la haine des autorités, et qu’elle a des effets pernicieux sur le comportement d’adolescents perturbés.” Effectivement, Foucault a même avancé l’idée que la prison servait à former cette délinquance-là. On aimerait que la délinquance en col blanc et la corruption des élites soit dénoncée de manière aussi véhémente sur le service publique.
“La seule responsabilité que le libéralisme pourrait avoir, c’est qu’il développe une hostilité à la censure”, je ne sais pas de quel “libéralisme” vous parlez, mais la politique rigoureusement appliquée par Pinochet au Chili au nom de cette doctrine économique ne vous donne pas vraiment raison…
Ni le degré d’auto-censure atteint par la majorité des journalistes de ce pays, d’ailleurs.
14 janvier 2010 à 22:16
erratum 3 ème paragraphe : “service public”
15 janvier 2010 à 20:30
message censuré Brice ?
16 janvier 2010 à 12:22
Sue ces problèmes de violence et leur mise en relation avec les évolutions de la modernité et l’épuisement du sens qui s’ensuit (il faudra un jour reconnaître que nos sociétés sont devenues, en même qu’elles se sont complètement désubstantialisées, deviennent intégralement anomiques (vieux concept Durkheimien abandonné mùais à repenser dans le contexte actuel!). Vous savez Brice, j’ai regardé le bouquin que vous signaliez…. au simple coup d’oeil sur le résumé, il n’y a rien de neuf depuis Daniel Bell (Les contradictions culturelles du capitalisme!) ou Robert Nisbet (Anarchy and Progress in modern America!)…
16 janvier 2010 à 17:52
« Même si, parfois, pour les besoins de la polémique, mes questions paraissent inspirées par des idées, il ne s’agit que de pousser un des interlocuteurs à préciser sa pensée, à aller jusqu’au bout de ses idées. »
Permettez-moi de penser différemment. J’ai été sensible à votre penchant partisan dans l’émission de mercredi sur le libéralisme, quand vous avez affirmé que ledit “libéralisme” était le seul courant de pensée constamment présenté sous la forme qu’en donne ses détracteurs, et que Julie Clarini vous a fait observer qu’il en était de même avec le communisme. Vous avez nié ce point alors que vous n’êtes pas le dernier à faire ce procès aux tenants d’”extrême” gauche.
Tout le monde sait, comme votre collaboratrice, que l’objection du totalitarisme et du goulag est systématiquement faite à toute personne qui se réclame de Marx ou du communisme.
En revanche, pour reprendre l’exemple avancé par un contributeur de ce blog, on entend extrêmement rarement reprocher aux partisans du « libéralisme », le « miracle chilien » des « chicago boys » réalisé sous la dictature de Pinochet.
Le fait est que le point de vue « libéral » est tellement sur-représenté dans les rubriques économiques, mais aussi politiques de tous les grands médias (télé, radio et même presse) qu’il est extrêmement difficile d’entendre quelqu’un en adopter un autre.
17 janvier 2010 à 15:07
Je suis ravi d’apprendre par vous, Armindo, que le “point de vue libéral” est “sur-représenté dans tous les grands média”. Je vais donc me sentir un peu moins seul…
Je ne vois pas très bien ce que le général Pinochet a à voir avec le libéralisme, il faudra m’expliquer. A part le fait d’avoir été “conseillé” par Milton Friedman (comme Mikhail Gorbatchev, un peu plus tard, ce qui ne fait pas non plus de Gorbatchev un libéral). D’ailleurs, lors de l’émission que nous venons de consacrer au Chili, jeudi dernier, j’ai eu l’occasion de dire (un peu trop vite, il est vrai) que le miracle chilien (premier PIB par habitant de l’Amérique latine) date de l’imédiat après-Pinochet, de la transition démocratique. L’économie chilienne avait plongé une première fois sous Allende, elle replonge en 1982-1983, elle repart légèrement en 1985, elle décolle véritablement en 1990 et c’est alors que commence le “miracle économique chilien, voyez les courbes). Reste que l’économie chilienne est la plus libéralisée du contient sud-américain. Et que cette réussite specataculaire n’est donc pas le fruit du hasard.
17 janvier 2010 à 15:12
Et puis, je n’ai jamais entendu personne à France Culture attribuer le goulag à Marx. Ce serait à peu près aussi inepte que d’incriminer Nietzsche ou Hegel pour Auschwitz, ou encore Raymond Aron et Friedrich A. Hayek pour les exécutions sur les stades chiliens.
17 janvier 2010 à 15:48
Dans cette conférence, Monique Canto Sperber explique pourquoi c’est bien à tort que le libéralisme est accusé, dans les média, de tous les maux.
http://www.dailymotion.com/video/xboj5n_monique-cantosperber-precis-de-libe_news
17 janvier 2010 à 22:57
@ Saturnin,
Heu, je ne défends pas la qualité de l’ensemble des productions d’un courant musical, je vous rassure.
“par ailleurs ils sont le reflet de la société, mais oui bien évidemment la société est coupable l’individu est irresponsable.”
Encore une fois, le monde se résume-t-il à des gens coupables ? d’autres innocents ? etc. La réalité est plus complexe : en attendant, mon avis c’est que l’État doit tâcher de fournir les moyens d’être libre à ses citoyens. Donc dans un sens, oui je pense que l’État est actuellement coupable d’abrutir les masses pour des questions de facilité de gouvernance, ensuite les dirigeants agitent des marottes et s’étonnent de la violence et de la débilité ambiante.
Je pense qu’il n’y a pas de liberté d’expression si on pose des limites. Bref…
Eminem :
They say music can alter moods and talk to you
Well can it load a gun up for you , and cock it too
Well if it can, then the next time you assault a dude
Just tell the judge it was my fault and i’ll get sued
See what these kids do is hear about us totin’ pistols
And they want to get one cause they think the shit’s cool
Not knowin’ we really just protectin’ ourselves, we entertainers
Of course the shit’s affectin’ our sales, you ignoramus
But music is reflection of self, we just explain it, and then we get our
checks in the mail
It’s fucked up ain’t it
How we can come from practically nothing to being able to have any fuckin’
thing that we wanted
That’s why we sing for these kids, who don’t have a thing
Except for a dream, and a fuckin’ rap magazine
Who post pin-up pictures on their walls all day long
Idolize they favorite rappers and know all they songs
Or for anyone who’s ever been through shit in their lives
Till they sit and they cry at night wishin’ they’d die
Till they throw on a rap record and they sit, and they vibe
We’re nothin’ to you but we’re the fuckin’ shit in they eyes
That’s why we seize the moment try to freeze it and own it, squeeze it and
hold it
Cause we consider these minutes golden
And maybe they’ll admit it when we’re gone
Just let our spirits live on, through our lyrics that you hear in our
songs and we can…
17 janvier 2010 à 23:21
Au fait j’ai écouté cette émission à propos du libéralisme. Outre les difficultés de définition inhérentes au terme “libéralisme” qui peut signifier tout et son contraire, j’ai trouvé très drôle le fait que l’on s’acharne sur Audard en lui disant que Rawls nie la nécessité de l’identité etc. par son universalisme.
C’est justement le problème de Rawls, c’est qu’il n’est pas universaliste. C’est un ex-utilitariste devenu procédural et qui a fini par devenir quasi communautarien en réaction aux multiples critiques qui lui ont été adressées.
http://blogduglobe.info/?p=9
19 janvier 2010 à 21:55
“Je suis ravi d’apprendre par vous, Armindo, que le “point de vue libéral” est “sur-représenté dans tous les grands média”. Je vais donc me sentir un peu moins seul…”
Je vous mets au défi, M. Couturier de me citer plus d’une émission qui traite d’économie ou de politique sur France-Culture, et même sur radio-France, dont les présentateurs et la majorité des invités ne soient pas acquis aux principaux dogmes du “libéralisme” (l’économie de marché inséparable de la démocratie, la « concurrence libre et non faussée» = la modernité, la croissance c’est le Bien, les points de PIB dangereusement siphonnés par la Dette publique ; les nécessaires « réformes » (privatisations déréglementation) et les « blocages français », etc.)
Et je ne parle même pas des radios privées!
20 janvier 2010 à 0:53
Bravo pour la bonne tenue de l’émission sur le réchauffement climatique.
Je vous soumets le point suivant : sachant qu’aucune méthode de “gouvernance” n’est capable d’influer pour des choses aussi simple que la réduction de la faim et de l’alphabétisme, la principale question à se poser est-elle celle des réactions directes à l’amplitude d’un réchauffement peu prévisible ou n’est-elle pas plutôt celle de l’éducation pour parvenir a des citoyens (du monde) conscient de leur capacité collective ?
Pour cela, il faudrait désintoxiquer ledit citoyen, que les médias rendent actuellement “systémiquement bête” (cf l’article de Jenkins dans le Guardian sur la grippe H1N1
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2010/jan/14/swine-flu-elusive-as-wmd ou B. Stiegler)
20 janvier 2010 à 21:47
“ce sont les causes culturelles auxquelles il faut s’attaquer. Aux enseignants, de proposer des alternatives humanistes aux modèles aberrants et meurtriers de la “cool culture”, plutôt que de tenter de pactiser avec elle.”
Je vous suivais sur l’essentiel de votre billet M. Couturier mais cette conclusion me laisse un sentiment étrange.
Une fois de plus après un constat lucide sur l’un des nombreux naufrages de notre post-modernité
l’idée revient, lancinante, qu’il faut (faudait)éduquer pour guérir ces maux.
Par delà l’autorité parentale ou la force publique c’est aux enseignants de monter au front investis d’une mission humaniste.
Méconnaissance, aveuglement, aveu d’impuissance, désespoir ?
Je me risque à une analyse à la hache:
Ces gens sont inutiles dans notre monde, ils ne servent à rien, sont en trop.
Alors nous les reléguons géographiquement, culturellement, socialement.
Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, qu’ils déploient leur sous-culture dans leur sous société à leur guise.
Mais sans nous et loin de nous.
Toutefois, pour faire bonne figure nous affichons un humanisme ample et creux.
Nous proclamons l’ambition et la réussite aux frontons des sanctuaires mille fois profanés.
Nous repeignons sans cesse des cages d’escaliers pourtant neuves.
Ces relents de charité masquent toujours plus mal notre indifférence profonde et finalement notre rejet :
“ce n’est pas NOTRE SOCIETE”.
21 janvier 2010 à 22:05
En 1996 la France avait déjà été stupéfaite et émue par la mort d’un adolescent poignardé par un autre adolescent. Était-ce la première fois qu’un tel fait divers était rapporté ?, en tout cas, ce qui avait été souligné était l’âge du meurtrier, 15 ans. André Comte-Sponville avait fait de ce fait divers tragique le sujet d’une chronique dans Impact Médecin. Celle-ci tranchait sur l’image angélique et rousseauiste de l’enfance qui prévalait et prévaut toujours, et fait de l’enfant un être bon par nature, et donc « que l’enfant vaut toujours mieux que l’adulte » . « Les enfants ne sont pas meilleurs que nous…ils sont simplement moins forts, moins armés…», « L’enfance n’est pas un paradis,…c’est un point de départ dont il faut sortir,…on ne naît pas humain, on le devient » , expliquait-il.
Au début des années 60, les prosélytes de la société de consommation ont discerné que la population dite des teenagers représentait un marché prometteur, notamment dans le domaine musical. D’autre part, comme ceux des religions et des idéologies, leurs éléments les plus actifs, les publicitaires ont compris que leurs messages seraient très efficaces sur des esprits en construction et donc malléables. Ils ont ainsi fait de plus en plus, des enfants, les protagonistes de ces messages, pour des produits qui leur étaient destinés, ce qui peut avoir une certaine logique, mais aussi pour ceux concernant leurs parents. Ainsi, un clip montrait l’achat d’un combi suggéré par le fils de la famille, que l’on voyait, dans la dernière séquence, passer devant ses copains fier comme Artaban à l’arrière du nouveau véhicule. Dans un autre, d’une série de conseils pratiques sponsorisés par une ex-entreprise publique, une jeune adolescente expliquait à deux femmes comment bien se positionner à son bureau pour ne pas souffrir de dorsalgies. Le comble a peut être été atteint par la campagne pour l’utilisation rationnelle des antibiotiques promue par la Caisse d’Assurance Maladie: c’est l’enfant qui expliquait à ses benêts de parents, étonnés par l’absence de leur prescription, que « les antibiotiques, c’est pas automatique » puisque la majorité des maladies infectieuses saisonnières est d’origine virale. Il y a six siècles Savonarole n’incitait-il pas les enfants à dénoncer leurs parents s’ils avaient un comportement en contradiction avec les principes qu’il formulait dans ses sermons ?
L’enfant est l’adepte du “tout, tout de suite”, il ne supporte pas la frustration, il est toujours en retard d’un désir, il fonctionne spontanément plus par l’émotion que par la réflexion, il se laisse volontiers envahir par l’envie. Il a toutes les capacités pour devenir un bon consommateur, il suffit d’entretenir ses excellentes dispositions. Ainsi notre société brouille les différents âges de la vie: les enfants sont de petits adultes et les adultes des jeunes prolongés. N’ont-ils pas en commun d’être tous des consommateurs?
Récemment, au théâtre, un homme de 30 à 35 ans, dédaignant la lecture du petit fascicule de présentation de la pièce, a tapoté compulsivement son téléphone portable, comme un enfant l’aurait fait pour une console de jeux, durant toute la période précédant le début de la représentation.
En raison de l’amélioration du niveau de vie, la maturité physique est atteinte plus tôt que pour les générations plus anciennes. Le fait divers tragique évoqué par le blog montre qu’il n’en est pas de même pour la maturité psychologique. Au contraire. Dans les milieux populaires auxquels appartiennent les protagonistes, cette maturité était notamment favorisée par une arrivée dans le monde du travail plus précoce que pour d’autres classes sociales.
André Comte-Sponville terminait sa chronique en expliquant que sortir de l’enfance « cela s’appelle grandir », que « c’est ce que (ce meurtrier) n’a pas su faire, ou qu’on n’a pas su lui apprendre » . Notre société pédophile est-elle apte à cet apprentissage ?
28 janvier 2010 à 19:02
Qu’en pensez-vous?
Article recopié de Causeur.fr
27 janvier 2010
Qui a peur de Monsieur Zemmour ?
Les magistrats dénoncent le chroniqueur de RTL en loucédé.
par David Desgouilles
Marianne2 nous apprend ce soir que l’Union des syndicats de magistrats a demandé à Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice, quelle mesure elle entend prendre “en réaction à ces propos inacceptables qui tendent à discréditer l’institution judiciaire, et affaiblissent l’autorité de l’Etat.”
Les propos en question ont été prononcés par Eric Zemmour, lors de sa chronique matinale, lundi dernier. Pour résumer, il avait reproché vertement aux juges en général, et en particulier à ceux qui avaient pris la décision de remettre en liberté les immigrés clandestins kurdes débarqués dans le sud de la Corse, d’entraver pour des raisons idéologiques les efforts de lutte contre l’immigration illégale mis en œuvre par les gouvernements successifs.
Quel genre de mesure demande l’USM contre le journaliste ? Qu’on l’embastille ? Qu’on lui retire sa carte de presse ? Entendons nous bien. Il ne s’agit pas là de donner son avis sur la chronique d’Eric Zemmour. Il s’agit de traiter de la réaction pour le moins incongrue de la part de ce syndicat. Un syndicat joue son rôle en défendant ses adhérents mais, en l’espèce, il ne se plaint pas à RTL ni ne produit un communiqué de protestation. Il sollicite discrètement la ministre et demande, en termes très sibyllins, que des sanctions soient prises contre un journaliste.
On peut aussi se demander pourquoi l’USM réagit maintenant si les propos d’Eric Zemmour portent autant atteinte à l’autorité judiciaire. Non seulement il a déjà critiqué certains juges à la télé et à la radio1 mais il a consacré il y a treize ans un livre à ce sujet, intitulé -excusez du peu- Le coup d’Etat des juges2 ! Aux dernières nouvelles, l’ouvrage est toujours en vente libre.
Il est curieux que l’USM n’ait pas sollicité le ministre de la Justice de l’époque lorsque, avant tout le monde, Florence Aubenas, de Libération, ou Frédéric Ploquin, de Marianne, mirent en doute la procédure mise en œuvre par le juge Fabrice Burgaud dans la trop célèbre affaire d’Outreau3. Madame Alliot-Marie a t-elle reçu un courrier lorsque le Canard Enchaîné, il y a deux semaines, fustigea la promotion de Monsieur Lathoud comme directeur de l’administration pénitentiaire, alors qu’il fut procureur général de Douai et donc l’un des principaux responsables de ce fiasco judiciaire ?
Critiquer les décisions de justice, pour un journaliste, ou un polémiste, ce n’est pas nouveau. Voltaire, dans l’affaire Callas, et Zola, dans l’affaire Dreyfus, n’y sont pas allés de main morte en leurs temps. L’interdiction de critiquer les décisions de justice ne s’applique heureusement pas aux journaux. En revanche, en vertu de la séparation des pouvoirs, les parlementaires ou les membres du gouvernement doivent s’abstenir de toute critique ou même de commentaire4.
En fait, Zemmour met, une fois de plus, le doigt où cela fait mal lorsqu’il dénonce le parti pris idéologique d’une partie des magistrats et met en garde contre l’avènement d’un gouvernement des juges. Lorsqu’il le faisait dans des livres ou à une heure du matin à la télé, cela passait encore. Mais il semble que sa présence lors de cette tranche horaire, la plus écoutée de France à la radio, gêne beaucoup plus de monde.
1. Par exemple, la semaine avant, il avait rappelé l’acharnement judiciaire dont, selon lui, Loïc Le Floc’h Prigent faisait l’objet. ↑
2. Grasset - janvier 1997 ↑
3. On rappellera qu’une promotion d’étudiants de l’Ecole de la Magistrature voulait prendre le nom du célèbre juge et qu’il a fallu bien des efforts pour l’en dissuader par peur du scandale. ↑
4. Ce ne fut pas le cas du ministre de l’Intérieur lors de l’affaire Cremel. On va dire que je m’acharne, mais tant pis ↑
28 janvier 2010 à 20:49
rien d’étonnant puisque le syndicat de la magistrature est le relais de sites internet exigeant la suppression du ministère de l’immigration, soit le ministère qui rédige les textes sur le droit des étrangers !
par ailleurs, certains magistrats se font une spécialité d’annuler les décisions des autorités administratives concernant le droit des étrangers et font du militantisme politique tous azimuts…
pour eux l’indépendance de la justice concerne l’autorité administrative mais ne les concerne pas eux mêmes… et c’est là un réel problème
par contre Zemmour dit certes des vérités mais va très loin dans ses propos…
allé Mister Haye dites nous ce que vous en pensez vous !
28 janvier 2010 à 22:28
Armindo, dans un premier temps, passez chez Audika, puis pour une première tentative d’écoute “en clair” de radio France commencez par “là-bas si j’y suis”, tous les jours 1h de vraie intox à 15h sur France Inter. Il y a longtemps, il y avait le contrepoint de 5′ de JM Sylvestre le matin trop tôt, mais c’était encore trop, il s’est fait virer…un peu ce qu’on peut redouter pour Brice qui détonne si fort sur F. Culture….hélas!
29 janvier 2010 à 17:25
Pour Brice Couturier, A. Haye (décidément toujours dans la résistance, que n’étiez-vous là en 40…) ainsi que quelques autres, qui se sentent noyés au milieu d’un flot de pensée-politiquement-correcte de la gauche-bien-pensante-qui-ne-voit-pas-les-problèmes-parce-qu’elle-est-déconnectée-des-vrais-gens, une petite bouée de sauvetage.
Il existe bien quelques médias qui défendent tout ou partie de votre vision du monde concernant le libéralisme, la rétention de sûreté, l’insécurité et la sécurité, l’immigration, les réformes-nécessaires-que-la-France-ne-peut-plus-retarder-pour-s’adapter-au-monde-en-pleine-évolution-(avec-la-Chine!!! Et-l’Inde!!!!)-qui-est-le-nôtre, il faut juste savoir les dénicher, et se passer le mot entre initiés:
A la télé: une petite chaîne (qui monte…) pas facile à capter, mais avec un bon râteau: TF1. Sur le câble, encore plus confidentiel: LCI, BFM (elle dit qu’elle est la première chaîne du câble, pff, pff… laissez moi rire). Pas de quoi encore briser le monopole des gauchistes d’Arte, mais la révolution (si je peux me permettre ce barbarisme) est en marche.
A la radio: la radio unique France Inter est phagocytée c’est vrai, mais du côté des ondes de notre Etat socialo-communiste, écoutez donc FC le week-end (samedi matin , midi, dimanche matin): quelques producteurs et quelques chroniqueurs éclairés officient. Et puis il y a les radios pirates: RTL, Europe 1, BFM…
Dans la presse quelques fanzines: le Figaro (ça doit se trouver mais à Paris, va falloir traverser les quartiers bobos-gauchistes-bien-pensants-qui etc.), le Point, L’Express…
Il existe aussi un groupuscule politique qui commence à faire du bruit, mais de là à ce qu’il remporte la moindre élection au milieu de ce torrent d’idée de gauche. Bon je donne quand même son sigle: UMP. Il en existe même un encore plus radical dans sa haine de la bien-pensance, mais je n’irai pas jusqu’à penser qu’il vous conviendra (mais il paraît que sur certains sujets il pose les-bonnes-questions-que-se-posent-les-vrais-gens-et-que la gauche-bien-pensante-etc.).
Vous n’êtes pas seuls, vous voyez. J’espère que d’autres internautes pourront compléter cette cartographie des citadelles politiquement incorrect et des bastions de la pensée minoritaire.
Courage les gars, et continuez à nous surprendre avec vos idées iconoclastes.
Ps: Haye vous êtes dur avec Brice, il a parfois un petit côté «on m’ôtera pas de l’idée que quand même… », un peu café du commerce, mais de là à le comparer à Eric Zemmour…
30 janvier 2010 à 2:33
Epatant Romain!
A votre liste des “résistants”, j’ajouterais un jeune chanteur qui commence à percer, un certain Johnny Halliday, qui lui, résiste au pouvoir socialo-communiste depuis Gstaad ou Los Angeles. Bien sur, il ne gagne pas encore beaucoup d’argent et il n’est pas encore tres populaire mais cela viendra.
30 janvier 2010 à 13:10
c’est vrai que la pensée unique ce serait tellement bien Romain.
Oui c’est certain je suis le sale type de droite qui regarde TF1 achète le Figaro écoute Johnny sur RTL j’envoie même des posts stupide sur un blog, désolé de ne pas être au niveau
mais au fait vous en pensez quoi du syndicat de la magistrature qui demande la suppression d’un ministère sur son site et publie un guide du manifestant pour fuire l’azffreux Etat policier ?
30 janvier 2010 à 15:30
Allons allons, tout de suite, on vous fait remarquer que vos idées sont mieux diffusées que vous ne le pensez (ou faites semblant de le penser) et tout de suite vous sortez la grosse artillerie: « c’est la pensée unique que vous voulez !». Saturnin un peu de calme je suis surpris de vous voir attaquer mon commentaire de manière aussi binaire: qui vous dit que je suis pour une “pensée unique”? Je voulais juste, en exagérant un peu, montrer que “tout ou partie” (remarquez, je n’ai pas dit: vous pensez comme TF1 et TF1 pense comme vous, d’ailleurs même à TF1 il existe une certaine forme de pluralité), tout ou partie, donc, des idées de Brice couturier et d’autres intervenants, étaient très bien représentées dans les médias, contrairement à ce qu’ils disent. C’est très bien ainsi d’ailleurs: il y a des médias plutôt à gauche, d’autres plutôt à droite, il me semble qu’actuellement, dans bien des domaines, ce sont les idées libérales et conservatrices qui sont assez majoritaires, sans être hégémoniques bien entendu, je ne me plains pas. C’était sans doute l’inverse dans les années 80-90 où les idées de la gauche humaniste étaient dominantes. Ce basculement a été sanctionné par les électeurs en 2002, 2007, bref, nous sommes en démocratie, rien à redire. C’est le combat d’idée, c’est très bien.
Mais il est assez comique d’entendre ceux qui défendent des idées dominantes (voyez le post de Haye, qui nous dit que la chronique de Zemmour est la plus écoutée de France) ou du moins très largement acceptées vouloir avoir le beurre et l’argent du beurre: être majoritaire et adopter la posture du rebelle que personne n’écoute.
Arrêtez donc de jouer les victimes et défendez vos idées qui n’ont pas besoin des béquilles de la résistance aux vilains-bien-pensants-qui-nous-dominent pour se tenir debout. Je me souviens d’une très intéressante discussion avec Jan Laarman sur le libéralisme et Hayek, il n’avait pas besoin de me dire toutes les 5 minutes qu’Hayek était minoritaire et incompris pour le défendre.
(Il va de soi que la théorie du complot inverse, qui voudrait que les médias soient tous de droite et fassent tous le jeu du gouvernement, me paraît tout aussi stupide.)
Par ailleurs l’idée que je vous accuserais de “ne pas être au niveau” ne tient pas: je fais allusion au Figaro qui est un journal de qualité, premier quotidien national, ainsi qu’à FCulture, qui est une très bonne radio, et aux émissions avec des chroniqueurs excellents aux idées proches de Brice Couturier sur tel ou tel sujet: Finkielkraut, Slama, Adler, Casanova, Baverez etc. Et puis, je vais vous faire une confidence, à gauche il existe de piètres médias et de piètres penseurs. Je trouve les émissions de Mermet souvent faiblardes, les chroniques de Jaccard insupportables, Libé me déçoit la plupart du temps, même si je partage pas mal de leurs convictions, et Marianne me semble l’incarnation d’une beaufitude antisarkozyste détestable. Vous voyez que cela n’a rien à voir avec un quelconque “niveau”. Les gens de droite ont souvent un petit complexe d’infériorité, ils ne devraient pas. Lisez donc Commentaire à l’occasion, allez sur le site de l’Institut Montaigne, etc. ça vous rassurera sur l’existence d’une élite intellectuelle de droite.
(Ceci dit avouez que l’article de Brice Couturier sous lequel nous écrivons aurait davantage sa place sur le site de France-Soir que sur un blog estampillé France Culture)
Quant à votre histoire de syndicat de la magistrature, je n’ai pas trop suivie: disons qu’en tant que syndicat, il a le droit d’énoncer des idées politiques (en l’occurrence je les partage), demander la suppression d’un ministère et la création d’un autre, telle réforme ou telle autre, etc. Un fonctionnaire a certes un devoir de réserve mais peut s’exprimer librement en tant que syndicaliste. Après tout il doit bien y avoir des syndicats de magistrats favorables à la politique actuelle du gouvernement. Par ailleurs tout citoyen peut très bien résister à une loi si elle lui semble trahir gravement sa conception de ce qu’est une grande démocratie (on peut très bien penser qu’il existe des lois iniques, sans pour autant penser qu’on vit dans un Etat policier, vous êtes encore trop binaire: tout l’un ou tout l’autre…), mais il doit accepter d’en payer le prix (c’est aussi son honneur) et éventuellement être poursuivi par le pouvoir s’il enfreint ces lois. Là encore tout cela me semble de bonne démocratie. Je ne vois pas bien où vous voulez en venir. Que suggérez-vous?
Si des magistrats se permettent en revanche de ne pas respecter la loi dans l’exercice même de leur métier et de prendre des décisions uniquement motivées par leurs opinions politiques, c’est grave en effet. Je ne suis pas très compétent en la matière mais il me semble que leurs décisions doivent normalement être motivées par le droit et peuvent être cassées (selon le droit là aussi). Des sanctions peuvent même être prises j’imagine s’il y a eu faute manifeste.
Mais dans l’histoire des décisions administratives dont vous parlez (celle concernant les reconduites à la frontière de demandeurs d’asile je crois), il me semble que c’est l’administration qui, par engagement politique, n’a pas suivi la loi. Si tel n’est pas le cas à elle de faire appel et de prouver qu’elle avait bien respecté les règles, devant le tribunal compétent.
31 janvier 2010 à 13:44
Je serais bien content, Romain, quand les “blogs de France-Soir” renverront à la lecture de sociologues britanniques que personne ne prend la peine de traduire en français, puisque tel était l’objet (principal) de mon billet. D’une manière générale, si certains auteurs anglo-saxons, allemands, italiens, allemands, etc. étaient un peu mieux traduits et donc connus en France, nous aurions sans doute moins l’impression d’être prisonniers d’une “pensée unique”, tellement hégémonique, en effet, du côté des média-qui-pensent, qu’un Zemmour ou un Nolleau produisent un tel “effet de fraîcheur”.
Je peux témoigner que sur France Culture, le pluralisme est respecté. Je n’ai jamais été personnellement l’objet d’aucune pression, d’aucune censure, ni dans un sens ni dans l’autre. On fait confiance aux animateurs pour savoir respecter les valeurs d’impartialité et d’équilibre qui font partie de la mission du service public. Mais l’ensemble des autres média-qui-pensent ont l’air de communier dans la célébration des mêmes idées, des mêmes valeurs, des mêmes analyses, des mêmes créateurs. Lorsque je suis rentré de mes 6 ans d’exil, j’ai trouvé ça étouffant.
Que du côté des média-qui-ne font-pas-profession-de-penser, le son de cloche puisse être tout autre, cela n’a rien d’étonnant : ils sont dans le divertissement et épousent spontanément les avis et les goûts du public populaire, celui qui les paie.
Il faudrait peut-être imaginer, entre la “pensée unique” et le “divertissement”, une alternative qui relaierait, par exemple, cette pensée libérale dont vous parlez, et qui ne sort guère, reconnaissez-le, de ses laboratoires - comme Commentaire ou de l’Institut Montaigne. Et quantité d’autres courants intellectuels, que les média ne diffusent pas : le renouveau social-démocrate modernisateur, par exemple, qui m’est également cher.
31 janvier 2010 à 23:28
Vous avez raison, Brice, que beaucoup de medias ne veulent pas faire de vague et donc restent sur une crête “pensée unique” comme vous le dites. Cependant l’arrivée du Net a complétement chamboulé cet état de fait. Aujourd’hui, on peut facilement lire des opinions trés contrastées. Ainsi, hier, j’ai découvert par “sérendipité”, le site Riposte Laique qui ne semble pas être dans le “bien pensant.” D’ailleurs les medias conventionels ont de plus en plus de mal avec ces “medias” parralels, plus pointus, plus centrés sur certaines idées précises. Les grands medias, surtout généralistes, intéressent de moins en moins. France Culture, comme vous le dites est sans doute le media qui a su s’adapter le mieux, avec une pléiade de producteurs, qui, comme l’indique Romain, ne sont pas tous des droits-de’l'hommisme-qui…..
1 février 2010 à 11:58
cher Brice,
J’ai apprécié votre post d’hier. Venant de vous et de l’intérieur de FC, le témoignage qu’il n’y a pas de pression sur les animateurs me rassure. D’ailleurs le Grain à moudre est souvent un régal, et avec Julie Clarini, vous incarnez bien cet équilibre; elle doit m’entendre rugir assez souvent à ses expressions de la bien-pensance de gauche; mais c’est le jeu!
En revanche, en tant qu’auditeur, je ne pense pas que vous puissiez en conclure que “sur France Culture, le pluralisme est respecté”….Hélas!
Qu’on respecte l’indépendance de chaque animateur est une chose, mais dès lors qu’on va chercher PRESQUE tous les animateurs sur le même rayon, le pluralisme de l’information laisse fortement à désirer. Tranche du matin sur FC comme sur FI: Demorand, Baddou, Voinchet, qui va prétendre qu’ils n’ont pas le cœur à gauche du côté de la bien-pensance? Pascale Clark (1/2h) et D. Mermet (1h)ne font pas mystère de leurs penchants. et les rares dissidents (JM Sylvestre pour cinq minutes moins outrées que “La-bas si j’y suis” dans un autre genre), se font virer. La radio de service publique, globalement, ne respecte pas le pluralisme de l’information, chacun peut le constater. Les radios privées??? il faut savoir sélectionner!!! On tombe vite bien bas!
Bref écouter la radio n’est pas un long fleuve tranquille, c’est parfois un gant de crin, voire un cilice!
11 février 2010 à 15:54
comme toujours des interventions de qualité, merci
bricecout dit :
C’est également mon avis. Mes interlocuteurs font honneur à ce blog. Et je commence à en connaître bien certains, parmi les fidèles…
9 mars 2010 à 5:54
La violence est un problème, bien sure, mais je pense que, de fois, on ne sait pas vraiment d’où vient-elle. Les expressions artistiques, tel que la musique, peuvent prendre n’importe quoi comme sujet pour développer ses produits : la mort, la violence, le sexe… Ça, à mon avis, c’est plutôt bien, parce que ils font quand même partie du être humaine. Donc, je me demande… est-ce que la violence vient de la culture “cool” où, plutôt, celle vient de la violence ? Sommes-nous en train d’attaquer le bon cible ?