Tout a commencĂ©, me semble-t-il, par le cri de colère poussĂ© par un dĂ©putĂ© communiste, ancien maire de VĂ©nissieux, AndrĂ© Gerin, en juin 2009. Je me souviens de l’Ă©mission Ă laquelle nous l’avions invitĂ©, Ă ce moment-lĂ . Il paraissait furieux. Il parlait d’une vague de dĂ©fis et de provocations Ă l’Ă©gard des idĂ©aux rĂ©publicains et laĂŻcs. Il dĂ©crivait les services de la mairie de VĂ©nissieux comme quotidiennement agressĂ©s par les maris de femmes qui refusaient d’oter leur voile.Il rĂ©clamait un dĂ©bat national sur la question et demandait aux responsables politiques nationaux qu’ils “sortent de leur aveuglement”. Cet Ă©tĂ©, a donc Ă©tĂ© confiĂ© Ă cet Ă©lu communiste la prĂ©sidence d’une commission parlementaire sur le sujet. Après 6 mois de dĂ©libĂ©ration, cette commission est parvenue Ă des conclusions. Elle propose une RĂ©solution parlementaire condamnant le port du voile intĂ©gral comme contraire aux valeurs de la RĂ©publique ; elle propose d’adopter une disposition interdisant l’accès aux services publics Ă toute personne dissimulant son visage ; elle propose de modifier le Code de sĂ©jour des Ă©trangers de manière Ă opposer un refus systĂ©matique du droit d’asile aux personnes qui manifesteraient une “pratique radicale de leur religion” ; elle demande enfin au gouvernement de recueillir l’avis du Conseil d’Etat en vue de la rĂ©daction d’une Proposition de loi parlementaire interdisant la dissimulation du visage.
Le problème politique a Ă©clatĂ© dĂ©s la remise du Rapport Gerin. 6 membres de la Commision ont votĂ© pour, 6 autres ont votĂ© contre. Seule, la voie prĂ©pondĂ©rante du prĂ©sident Gerin a donc permis son adoption. Et l’empoignade politique, qui couvait, s’est alors dĂ©chaĂ®nĂ©e. Mais ce qui est intĂ©ressant dans cette affaire, c’est qu’elle transcende le clivage gauche/droite. Certes, il ne faut pas nĂ©gliger ce qui ressort de tactiques purement politiciennes : Jean-François CopĂ©, prĂ©sident du groupe UMP de l’AssemblĂ©e Nationale entend bien couper l’herbe sous le pied Ă son rival Xavier Bertrand, patron de l’UMP, en prenant l’initiative prĂ©coce d’une Proposition de loi d’interdiction.
Mais on voit surtout s’opposer, au sein de la gauche comme de la droite, deux conceptions de la RĂ©publique.
Pour les uns, comme Manuel Valls et AurĂ©lie Philipetti (PS), ou Nathalie Kosciuszko-Morizet, Nadine Morano ou FadĂ©la Amara (UMP), la dĂ©fense de la laĂŻcitĂ© et de la dignitĂ© des femmes passe par le “bannissement” d’un voile qui constitue “une atteinte Ă la dignitĂ© humaine” (Valls et Filippetti), “un cercueil” (Amara), “une prison de tissus” (Morano).
Pour d’autres, en interdisant le port du voile intĂ©gral Ă 1 900 femmes en France (estimations de France-Soir, mais ça monte tout le temps…), on risque de stigmatiser la communautĂ© musulmane tout entière (5 millions de personnes d’après les spĂ©cialistes, mais le dĂ©compte est impossible dans le cadre de notre lĂ©gislation). Le Conseil français du culte musulman avait d’ailleurs, dĂ©s juin dernier, opposĂ© un “ferme refus” Ă la crĂ©ation d’une commission parlementaire d’enquĂŞte sur le niqab et la burqa, mettant en avant ce risque de stigmatisation. Robert Badinter, Arnaud Montebourg et Laurent Fabius incarnent ce refus de la loi par crainte de “stigmatisation”, Ă gauche, comme Rachida Dati et Christine Boutin, le reprĂ©sentent, Ă droite.
A ceux qui redoutent la stigmatisation des musulmans de France, il faut rappeler que plusieurs imams se sont prononcĂ©s pour le vote d’une loi d’interdiction. C’est notamment le cas de l’imam de Drancy, Hassan Chalgoumi - actuellement menacĂ© par des islamistes radicaux pour son dialogue avec des responsables religieux juifs. Le Coran impose-t-il, ou non le voile, comment et sous quelle forme ? Ce sont des dĂ©bats dans lesquels il est bien hasardeux d’entrer. Notre RĂ©publique est laĂŻque. Les responsables politiques, les Ă©ducateurs, les mĂ©diateurs n’ont pas Ă entrer dans des dĂ©bats thĂ©ologiques qui ne concernent que les croyants. Imaginez un peu le Parlement discuter de la virginitĂ© de Marie, mère de Dieu… Ou, moi-mĂŞme, ici, de la grâce suffisante…
Mais parce qu’elle est laĂŻque, parce qu’elle est la forme politique que s’est choisie le peuple français, notre RĂ©publique est en droit d’exiger de tous ceux et de toutes celles qui la rejoignent le respect de ses valeurs et de son identitĂ©. Notre conception de la nationalitĂ©, telle qu’elle s’est manifestĂ©e lors de l’Ă©vènement fondateur, - la FĂŞte de la FĂ©dĂ©ration du 14 juillet 1790 - est une conception ouverte et incluante. Elle n’est pas, elle n’a jamais Ă©tĂ© ethnique, fondĂ©e sur les mythes de la race et du sang. Elle est culturelle et civique. Or cette culture demande Ă ĂŞtre respectĂ©e. Nous nous trahirions nous-mĂŞmes et nous cesserions d’exister en tant que peuple et donc en tant que Souverain collectif si nous acceptions la prĂ©sence en notre sein de personnes qui viennent nous mettre au dĂ©fi par des comportements provocateurs. C’est pourquoi je n’ai pas aimĂ© la formule d’Eric Besson, selon laquelle “la France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomĂ©rat de peuples qui veulent vivre ensemble.” (La Courneuve, le 5 janvier 2010) Non, nous ne sommes pas des “populations” qui tenteraient, vaile que vaille, de cohabiter plus ou moins pacifiquement sur un territoire, autrefois habitĂ© par le peuple français, lequel aurait mystĂ©rieusement disparu…. MĂŞme les nations politiques les plus rationnelles et les plus citoyennes sont inscrites dans des rĂ©alitĂ©s historiques et culturelles concrètes. Rousseau lui-mĂŞme insistait pour que tout Etat cultive ce caractère national.
Il y a des aspects de l’identitĂ© française qui, en tant que fan Ă la fois du libĂ©ralisme anglo-saxon et de la social-dĂ©mocratie scandinave, m’exaspèrent. En particulier, le goĂ»t national pour l’honneur, les castes, les privilèges, les avantages acquis, les rentes de situation, les professions fermĂ©es, etc… (cf. Philippe d’Iribarne). D’autres m’Ă©nervent, mais je ne peux m’empĂŞcher de les aimer parce qu’elles sont miennes et me viennent de loin : l’esprit “mousquetaire” : le sens du panache, de l’acte gratuit, de la folle bravoure, cette frivolitĂ© qui pousse le Français Ă l’exploit inutile. Je pense en particulier Ă l’Ă©pisode des Trois Mousquetaires, refusant de quitter leur bastion Saint-Gervais, assiĂ©gĂ©, parce qu’ils n’ont pas fini leur repas.
” Une petite troupe s’avançait.
- Si nous retournions au camp ? dit Porthos, il me semble que la partie n’est pas Ă©gale.
- Impossible pour trois raisons, rĂ©pondit Athos : la première, c’est que nous n’avons pas fini de dĂ©jeuner ; la seconde, c’est que nous avons encore des choses d’importance Ă dire ; la troisième, c’est qu’il s’en manque encore de dix minutes que l’heure ne soit Ă©coulĂ©e.”
(Alexandre Dumas : Les Trois Mousquetaires”, (chapitre XLVI)



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2 fĂ©vrier 2010 à 11:38
Cher Brice,
Pas un mot Ă ajouter, pas un mot Ă retirer.
J’aurais aimĂ© en ĂŞtre l’auteur si j’en avais le talent.
2 fĂ©vrier 2010 à 15:38
Je ne puis rĂ©sister au plaisir de partager avec mes coblogueurs ce mot d’AndrĂ© GĂ©rin, entendu au cours de l’Ă©mission “Bibliothèque Medicis” du 29 janvier dernier :
“La burqa, c’est l’iceberg qui cache la forĂŞt”.
Comme dirait JIEL, rien Ă ajouter…
On aura reconnu lĂ le style de Monsieur Prudhomme :
“Le char de l’Etat nagigue sur un volcan”…
3 fĂ©vrier 2010 à 10:37
“je n’ai pas aimĂ© la formule d’Eric Besson, selon laquelle “la France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomĂ©rat de peuples qui veulent vivre ensemble.” (La Courneuve, le 5 janvier 2010) Non, nous ne sommes pas des “populations” qui tenteraient, vaile que vaille, de cohabiter plus ou moins pacifiquement sur un territoire, autrefois habitĂ© par le peuple français, lequel aurait disparu….”
Le pauvre besson ne fait que rĂ©sumer la pensĂ©e de Renan, que lui au moins semble avoir lu, tandis que vous vous le citer sans l’avoir lu, ou en l’ayant (volontairement ou inconscienmment) mal lu.
D’ailleurs vous n’avez probablement pas compris ce que voulais dire besson, ou faites semblant ne ne pas le comprendre.
Le “peuple” français n’existe pas “historiquement” (il existe peut ĂŞtre “administrativement”. La france n’existe que par son Etat qui a transformĂ©/acculturĂ©/aliĂ©nĂ© des peuples pour les modeler Ă l’image de sa bourgeoisie-aristocratie.
Quand le france est allĂ©e coloniser des populations musulmanes et les a instrumentalisĂ© dans ses armĂ©es, elle ne s’est pas demandĂ© si la religion musulmane ou les diverses traditions “locales” Ă©taient ou pas compatible avec la rĂ©publique.
Le “marivaudage” !!??
3 fĂ©vrier 2010 à 11:02
je complète :
il existe deux formes de négationisme :
- par affirmation, et
- par omission.
AffirmĂ© que le peuple français est une rĂ©alitĂ© historique (depuis quand ? depuis les Gaulois ?) n’est pas loin du nĂ©gationisme par affirmation. Vu la vaguetĂ© de l’affirmation, restons dans le vague.
Mais de manière gĂ©nĂ©rale, l’Ă©cole et les mĂ©dias comme france culture procède Ă du nĂ©gationisme par omission. Omission de ce qui n’est pas l’histoire de l’Etat français. Omission des autres langues et cultures.
Une manifestation “sociale” de 1000 personne sera mentionnĂ©e dans les journaux de france-culture (surtout si c’est Ă Paris). Une manifestation “culturelle” de 20 000 personnesĂ Carcassone pour la dĂ©fence de l’occitan sera ostensiblement ignorĂ©e par le mĂŞme franceculture comme par la plupart des autres media.
Sur france culture, on a la fibre sociale, mais on n’en reste pas moins très jacobin. Sur france culture, la pensĂ©e unique jacobine règne en maitre (lĂ il n’y a aucune neutralitĂ©, ni aucune ouverture d’esprit), comme sur ce blog d’ailleurs.
3 fĂ©vrier 2010 à 14:07
je commençais Ă m’ennuyer de HOEL…
3 fĂ©vrier 2010 à 22:53
Bravo Brice pour ce texte vraiment passionnant.
4 fĂ©vrier 2010 à 9:46
Merci Monsieur de ce papier… virtuel. Je me permets de l’accompagner par des extraits d’un livre d’Aragon qui, je pense, en appuie le sens. J’aime bien Ă©couter l’émission que vous animez avec Julie Clarini
En relisant - Les yeux d’Elsa – , je me suis demandé pourquoi personne n’avait apporté ce texte d’Aragon de 1942, pour débattre avec ceux qui se pensent grandis en jugeant enfantins leurs sentiments d’enfant :
« La première leçon de ChrĂ©tien de Troyes, c’est bien la fusion du nord et du midi (l’amour provençal et la lĂ©gende celtique) qui est Ă proprement parlĂ© l’esprit français Ă sa naissance. C’est la leçon de notre unitĂ©. Je comparais plus haut la France Ă un creuset, et cette image est venue Ă plusieurs. Nulle part on ne voie mieux qu’ici, et ce n’est pas le hasard qui fait que les hommes dont les idĂ©ologies sont irrĂ©ductibles l’une Ă l’autre, se soient rencontrĂ©es pour dire qu’il n’y a pas de race française mais qu’il ya une nation française qui est l’harmonieuse fusion des races Ă cet extrĂŞme occident : ……………
Perceval est la sublimation le perfectionnement aussi de cette morale courtoise qui devait gagner l’Europe Ă la France le hĂ©ros courtois……………
J’en viens à la morale courtoise.
NĂ©e dans le règne de la violence, et en quelques annĂ©es portĂ©e Ă une floraison sans Ă©gale………… rĂ©action prodigieuse Ă la barbarie fĂ©odale, elle porte ce trait qui lui vaut tant de brocards d’avoir donnĂ© aux femmes leur revanche sur la morale des seigneurs
Perceval est l’incarnation la plus haute du français, tel qu’on voudrait qu’il soit, tel qu’il est quand il est digne de ce nom. Le culte de la femme ici conciliĂ© avec la mission de l’homme Ă©claire cette mission de justice et de vĂ©ritĂ©. Faut-il vraiment dĂ©velopper cette image, et tout français conscient de l’histoire de son pays ne reconnaĂ®tra-t-il pas ses hĂ©ros figurĂ©s en Perceval………….
……..On me dira qu’il y a des tâches plus pressantes que l’étude de ChrĂ©tien de Troyes et des poètes de notre douzième siècle……….
……………….. Sans doute de cet hĂ©roĂŻsme d’aujourd’hui, de cette fidĂ©litĂ© profonde, y a-t-il des milliers d’exemples vivants qui me dispenseraient de Perceval ou de Tristan. Mais en peut-on aujourd’hui parler ? AssurĂ©ment pas ».
………………………………….
Ma Dame veut savoir que rien ne m’humilie
Par elle demandé tout s’en métamorphose
Elle exige de moi de si terribles choses
Qu’il faut que mon cœur saigne et que mon genou plie
…………………………………………………………
“Tout ce qui fut sera, pour peu qu’on s’en souvienne” Ă©crit Aragon
dans son autobiographie versifiĂ©e, intitulĂ©e “Le roman inachevĂ©”:
4 fĂ©vrier 2010 à 21:02
Article raisonnĂ© et raisonnable. Optimiste aussi, quand on revient sur la date de dĂ©part proposĂ©e: Juin 2009. Faut-il que l’on soit aveugle et sourd, comme si on aimait encore (son pays).Deux remarques:
1 - Imaginons un copiĂ© collĂ© rĂ©troactif de cet article; testons plusieurs Ă©poques rĂ©centes, imaginons le contexte. Évitons les annĂ©es 70 aujourd’hui si grotesques. Allons directement Ă des balises encore lisibles sur notre “carte des repères”: 1981, 1995 d’un cĂ´tĂ©, 2002, 2007 de l’autre. Cette perspective rapide pointe le milieu des annĂ©es 90 comme le lieu du basculement, celui ou l’article que nous lisons aujourd’hui,tranquillement effarĂ©s, devient possible.
2 - De quoi s’agit-il, d’une simple question de tenue vestimentaire, de tolĂ©rance ou de son contraire, de convictions au plus profond(foi) ou au plus superficiel (provocation) ou comme dirait Marcel Mauss d’un fait social total quand on considère qu’il ne faudrait changer que peu de mots pour dĂ©crire tout autre sujet d’actualitĂ© en France.
Je me demande si les initiateurs du dĂ©bat “identitĂ© nationale” ne sont pas eux aussi des optimistes. C’est bien la RĂ©publique elle mĂŞme qui est visĂ©e, la RĂ©publique et ses exigences, de plus en plus hors carte pour une majoritĂ© d’habitants de ce pays.
4 fĂ©vrier 2010 à 21:30
ah mais cher Kenike, il faut aussi lire M GĂ©rin (http://leblogdejacques.over-blog.com/article-16900391.html), un grand homme ce monsieur…
5 fĂ©vrier 2010 à 11:03
Bonjour Brice,
En lisant le titre de votre billet, j’ai cru Ă un article sur le port de la burka, or cette question est balayĂ©e d’un revers de la main au nom de votre ignorance, confessĂ©e, des Ă©crits coraniques.
Je ne le regrette pas, c’est mĂŞme plutĂ´t raisonnable Ă mon avis, cependant, je pense qu’Ă la lumière de notre propre expĂ©rience, nous pouvons apprĂ©hender cette question et, Ă dĂ©faut d’y apporter rĂ©ponse, l’enrichir de nouvelles questions.
Je vais essayer de ne pas ĂŞtre trop long mais je m’explique :
L’une des caractĂ©ristiques de la religion catholique, de ce que j’en connais, est cette propension Ă la culpabilitĂ©. Peut-ĂŞtre serais-je clouĂ© au pilori par des fĂ©ministes ou autres dĂ©fenseurs de la cause des hommes (chacun voit midi Ă sa porte), mais j’ai notĂ© de manière parfaitement empirique que les femmes sont bien plus enclines Ă se laisser aller Ă la culpabilitĂ© que les hommes.
J’y vois lĂ l’hĂ©ritage des Ă©crits chrĂ©tiens consacrant la Femme pĂ©cheresse, toutes coupables, descendantes d’Eve.
Il s’agit alors pour ces femmes catholiques de se compliquer la vie pour des raisons oĂą le religieux se confond au culturel.
J’ose dĂ©s lors le parallèle avec ces femmes tout Ă fait en paix avec elles-mĂŞme quand il s’agit de porter le voile, intĂ©gral ou non.
Les Ă©crits de la chrĂ©tientĂ© reposent eux aussi sur une sorte d’idĂ©ologie machiste (selon mes critères, nous sommes en 2010), Ă commencer par le pĂ©chĂ© originel.
Aussi les descendants des chrĂ©tiens, jusqu’aux plus Ă©minents, ne peuvent-ils se mettre d’accords sur l’interprĂ©tation de ces Ă©crits.
Le mĂŞme dĂ©bat anime diffĂ©rents imams. La recherche de la vĂ©ritĂ© n’a donc pour nous aucun sens, nous n’avons qu’Ă admettre l’existence d’un dĂ©bat, d’avis divergents, se valant, auquel nous sommes autorisĂ©s Ă participer.
LĂ oĂą je m’Ă©carte sensiblement de votre discours, c’est lorsqu’il s’agit de se rĂ©fĂ©rer aux valeurs de notre rĂ©publique pour se forger une opinion, car si elle proclame laĂŻcitĂ© et Ă©galitĂ©, elle n’applique ces valeurs que depuis peu. Il me faut ĂŞtre en 2010 pour tenir ce discours, il ne le serait probablement pas par certains de mes parents, rĂ©gionaux, catholiques et un brin machistes.
S’il est plus confortable dans un dĂ©bat de se raccrocher Ă des valeurs sĂ©culaires, j’ose le modernisme, l’Ă©galitĂ© homme femme fait un peu partie du prĂ©sent et surtout partie de l’avenir.
Ainsi, plus qu’adapter l’islam Ă “notre” culture, il s’agit d’adapter l’ensemble des religions Ă ce que “nous” voulons construire comme sociĂ©tĂ© pour demain.
Enfin, concernant le voile et Ă plus forte raison le niqab et la burka, je les tolère mais ils me gĂŞnent au plus haut point, tant ils semblent indiquer que les hommes ne seraient que des gros porcs incapables de se contenir Ă la simple vue d’une cheville ou d’une mèche de cheveux. Ceci ayant pour consĂ©quence logique d’autoriser les hommes Ă se comporter comme tel.
5 fĂ©vrier 2010 à 16:09
@Lucas :
Vos considĂ©rations sur le christianisme et la culpabilitĂ© sont un peu lĂ©gères, et j’y vois plutĂ´t l’ubiquitaire ressentiment d’un EuropĂ©en Ă l’encontre de son… identitĂ©.
Le sentiment de culpabilitĂ© est un affect humain avec lequel toutes les religions ont maille Ă partir, et que l’Ă©vacuation de la religion ne supprime mĂŞme pas. Pour m’en convaincre je contemple la profonde culpabilitĂ© ressentie par un enfant qui voit ses parents de dĂ©chirer ; oĂą est la religion ?
5 fĂ©vrier 2010 à 22:45
Il n’y a aucune dĂ©mocratie possible, ni mĂŞme d’espace public, voire encore de droit de l’homme sans une anthropologie chrĂ©tienne… je dis bien une anthropologie, pas forcĂ©ment une transcendance ou des institutions… C’est tellement vrai que lorsque vous prenez une carte et que vous regardez oĂą se trouvent les dĂ©mocraties disons complètes (Etat de droit, politiques sociales…) cela coĂŻncide avec l’aire culturelle du christianisme… C’est un fait et c’est comme ça… Et si on me rĂ©pond “oui mais l’Inde”, je vous rĂ©pondrai que l’Inde entend la dĂ©mocratie d’une façon très particulière! Seul le christianisme nous fait sortir complĂ©tement du religieux archaĂŻque en nous dĂ©voilant, par la passion du Christ, les mĂ©canismes sacrificiels cachĂ©s du religieux…
Qu’on le veuille ou non, ce que nous vivons aujourd’hui dans l’opposition de l’Islam aux dĂ©mocraties occidentales (ou plutĂ´t ce qu’il en reste actuellement!) n’est qu’une guerre thĂ©ologico politique… Deux anthropologies s’affrontent, radicalement opposĂ©es, et dont l’issue ne peut qu’ĂŞtre (du moins en Europe) que le triomphe total de l’une ou de l’autre!
Pour vous convaincre de cette consubstantialitĂ© de l’anthropologie chrĂ©tienne et de l’Ă©galitĂ© dĂ©mocratique, je vous conseille de lire le plus magnifique de leur adversaire c’est-Ă -dire Nietzsche pour qui le christianisme, en favorisant l’Ă©galitĂ©, avait instillĂ© les miasmes de la faiblesse en Occident, dont il percevait (fort prophĂ©tiquement d’ailleurs!) les consĂ©quences les plus ultimes en dĂ©crivant le règne prochain des derniers des hommes. Lisez Ă©galement Tocqueville et ses correspondances avec Gobineau (converti Ă l’Islam!) avec lequel il s’accordait pour dire que l’Islam n’Ă©tait guère compatible avec la dĂ©mocratie, ce qui avait justement motivĂ© la conversion du second.
Nous sommes en guerre contre l’Islam, ou plutĂ´t l’idĂ©ologie islamique, nous ne voulons pas le voir, comme les tartuffes post-modernes que nous sommes, pour plusieurs raisons que je n’ai pas le temps de dĂ©velopper, mais dont la principale demeure la peur. D’ailleurs j’ajouterai que plus nous garderons nos illusions, plus nous continuerons sciemment Ă ne pas voir les choses comme elles le sont, plus la situation empirera et deviendra de moins en moins dĂ©cente.
Comment rĂ©pondre Ă l’Islam donc, d’une façon qui ne soit pas trop contraire Ă la dĂ©mocratie et Ă notre gentil petite anthropologie judĂ©o-chrĂ©tienne?
DĂ©jĂ comprendre que nous sommes en guerre, et que cette guerre sera très longue et très couteuse, et qu’elle va assassiner le 21è siècle.
Respecter quelques principes de base ensuite:
1) Ne pas racialiser l’Islam, ou plutĂ´t ne pas y apporter une rĂ©ponse raciste. Cette guerre n’est pas une guerre contre les arabes et les noirs (pour faire simple!)ce qui n’aurait aucun sens et trahirait complĂ©tement le sens de l’Occident.
2)Faire la distinction entre l’Islam, en tant qu’idĂ©ologie et anthropologie, et les musulmans. En effet ĂŞtre musulman implique un rapport individuel Ă l’Islam… rapport qui peut ĂŞtre extrĂŞmement variĂ©… de la simple inscription lointaine dans une culture religieuse en passant par les conservateurs jusqu’aux islamistes… Autant dire qu’il y a autant de musulmans que de façon d’ĂŞtre musulman.
3)Cesser de penser en termes droite-gauche, ou avec des catĂ©gories politique hĂ©ritĂ©es de la sociĂ©tĂ© industrielle classique notamment celle de Progrès en tant que condition immanente de l’Histoire.Il faut dissiper certaines ambiguitĂ©s concernant les dĂ©finitions exactes de la dĂ©mocraties, ou la signification et la portĂ©e des droits de l’homme! Bref les mots ont un sens…(n’en dĂ©plaise Ă cette petite chose mĂ©prisable qu’on nomme Pierre TĂ©vanian!).
4) Sortir de la bouillabaisse relativiste-post-moderne… L’autre partie de cette guerre sera son versant purement intellectuel, notamment dans le champs acadĂ©mique et mĂ©diatique. Il faut rĂ©apprendre Ă dire la vĂ©ritĂ© et Ă tabasser idĂ©ologiquement la “gauche” multiculturaliste dĂ©constructionniste. Il ne faut plus avoir peur de leurs diktats et de leur propagande Ă©hontĂ©e…
5) Repenser les conditions d’intervention des armĂ©es, des services secrets dans leur traque des terroristes…Ce ne sont plus des affaires de police ou de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, nous sommes dans le cadre d’une vraie guerre nĂ©cessitant des moyens et des tactiques diffĂ©rents. A ce titre, il faut repenser la notion d’Etat de droit mais ça on en discutera plus tard car je suis en retard…
6 fĂ©vrier 2010 à 17:27
Il me semble qu’il est communément admis que le premier exemple de démocratie est apparu dans la cité d’Athènes à la fin du VI ème siècle avant Jésus-Christ. Il y a évidemment de grandes différences avec nos démocraties (la Suisse se rapproche le plus du fonctionnement démocratique athénien), néanmoins a été instauré un principe d’autonomie. Au contraire, le monde biblique, auquel se réfère le christianisme, est celui de l’hétéronomie, des Tables de la Loi envoyées par le Ciel, d’une société dont les dirigeants, prophètes ou rois, tirent essentiellement leur légitimité d’un rôle d’intercesseurs entre Dieu et son peuple. Lors du sacre des rois de France (la France fille aînée de l’Église) à Reims, le cérémonial faisait référence aux rois bibliques. Le roi de France, monarque de droit divin, était le représentant de Dieu sur Terre comme l’avait été le roi David avant lui. Ainsi, le personnel politique de la Révolution, formé par les Oratoriens à la culture chrétienne mais aussi antique (il avait plus lu Plutarque que Marx !), s’est trouvé rapidement en conflit avec l’Église catholique dans un pays où pourtant plus de 98% de la population était catholique. Imaginons une révolution iranienne construite par un personnel politique contre le clergé chiite. N’oublions pas au Moyen Âge, la querelle des Investitures, le conflit entre la Papauté et l’Empire, la revendication par le Pape d’une supériorité de son pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel. Situation qui est celle de l’Iran actuel. Autour de l’histoire d’Hypatie, le film “Agora” montre que le pouvoir religieux, celui de l’évêque Cyrille, tente de contrôler le pouvoir temporel du Préfet d’Égypte dès que le christianisme est reconnu comme religion de l’Empire romain d’Orient. Nous sommes loin de la démocratie de référence, l’athénienne.
Il est artificiel de séparer parmi les monothéismes l’islam des deux autres. L’islam se revendique comme le continuateur des deux premiers et celui qui conclue la révélation initiée chez les Hébreux. Récemment, sur Arte, à un documentaire au sujet de la première minute de l’Univers et ses suites, succédait un autre où des représentants des trois monothéistes exprimaient leurs points de vue sur la Création à la lumière des découvertes scientifiques. À l’heure de la mondialisation, il n’est pas encore pris en compte que les pays asiatiques représentant près de 3 milliards d’habitants n’adhérent à aucun monothéisme. Du point de vue religieux, la coupure essentielle se fait entre l’Asie avec ses “poids lourds” que sont la Chine, l’Inde plus le Japon, et le reste du monde.
Puisque le point de dĂ©part est le sujet du niqab, symbole de la conception inĂ©galitaire des sexes de l’Islam, quelques extraits de la 11 ème Épitre aux Corinthiens de Paul de Tarse: « Tout homme qui prie ou prophĂ©tise ayant quelque chose sur la tĂŞte, dĂ©shonore sa tĂŞte. Au contraire toute femme qui prie ou prophĂ©tise ayant la tĂŞte dĂ©couverte, dĂ©honore sa tĂŞte;…Un homme, lui, n’a pas Ă se couvrir la tĂŞte, Ă©tant l’image et la gloire de Dieu. Mais la femme est la gloire de l’homme. Car ce n’est pas l’homme qui est issu de la femme, mais la femme de l’homme. Et en effet, l’homme n’a pas Ă©tĂ© créé Ă cause de la femme, mais la femme l’a Ă©tĂ© Ă cause de l’homme. » . (40% des Étatsuniens adhĂ©rent au crĂ©ationnisme)
En somme, ne pas distinguer de différences radicales entre christianisme et islam, c’est confondre blanche cornette et niqab noir.
6 fĂ©vrier 2010 à 19:12
Je vous parle d’anthropologie! Il est vrai que les institutions chrĂ©tiennes (plus particulièrement l’Eglise catholique)tentèrent de s’opposer Ă la modernitĂ© libĂ©rale mais d’un certain cĂ´tĂ©, c’est la dĂ©sinstitutionnalisation du christianisme, par un retour critique sur les textes Ă©vangĂ©liques, qui permit ou du moins a facilitĂ© la montĂ©e en puissance de la modernitĂ© libĂ©rale. Il n’y a pas que ça, je vous l’accorde, on peut mettre en relief le rĂ´le de la science (GalilĂ©e, Copernic), les Grandes DĂ©couvertes… Mais qu’est ce que la modernitĂ© libĂ©rale sinon en grande partie la sĂ©cularisation de l’eschatologie chrĂ©tienne?
La thèse de Weber sur le protestantisme, ou encore les travaux de Girard nous le suggèrent… Et je pense qu’ils ont raison…Les faits rien que des faits…En Terre d’Islam, combien de vrais dĂ©mocraties? OĂą sont les droits de l’homme?
6 fĂ©vrier 2010 à 20:50
Et puis…”Au contraire, le monde biblique, auquel se rĂ©fère le christianisme, est celui de l’hĂ©tĂ©ronomie, des Tables de la Loi envoyĂ©es par le Ciel, d’une sociĂ©tĂ© dont les dirigeants, prophètes ou rois, tirent essentiellement leur lĂ©gitimitĂ© d’un rĂ´le d’intercesseurs entre Dieu et son peuple”…
Je vous signale que c’est le Nouveau Testament qui constitue le coeur du christianisme!
6 fĂ©vrier 2010 à 23:15
Cher A Haye
M Gauchet dans La religion dans la dĂ©mocratie explique très bien que « La sortie de la religion, c’est le passage dans un monde ou les religions continuent d’exister, mais Ă l’intĂ©rieur d’une forme politique et d’un ordre collectif qu’elles ne dĂ©terminent plus ». Le moteur de cette mĂ©canique est la « religion de la sortie de la religion », le christianisme.
La poursuite de l’affaissement institutionnel de l’Eglise, l’individualisation de la pratique religieuse, l’ouverture au “pluralisme” religieux ont profondĂ©ment changĂ© le sens de la religion et sa place dans notre sociĂ©tĂ©.
L’Europe occidentale a vĂ©cu cette “grande transformation” parce que le christianisme Ă©tait la religion dominante.
Le christianisme est la religion de la sortie de la religion car il est fondĂ© sur la foi et non la loi. Il ne procède, n’a jamais procĂ©dĂ© Ă la fusion du politique et du religieux. Or, judaisme et islam sont des religions de la Loi .
Je ne suis pas certain qu’iL faut voir ici forcĂ©ment une supĂ©rioritĂ© du christianisme car in finĂ© la sĂ©cularisation crĂ©e un vide qui n’a jamais Ă©tĂ© comblĂ©. Par ailleurs, les religions ne se rĂ©duisent pas Ă l’exotĂ©rique (selon la dĂ©finition de Corbin) et d’autres aspects sont pour moi plus importants (cf d’ailleurs toujours Corbin et les raisons de sa prĂ©fĂ©rence pour le shi’isme).
Par ailleurs, le judaisme a su prendre la mĂŞme direction.
Pour l’islam je pense pour ma part qu’il est toujours extrĂŞmement difficile de globaliser. Ce n’est pas la religion de la sortie de la religion, c’est certain. mais globaliser me gène, Shi’ites et sunnites n’ont pas la mĂŞme approche. Les sunnites sont divisĂ©s en Ă©coles, les shi’ites sont divisĂ©s en Ă©cole. La philosophie islamique classique est très diversifiĂ©e et la Grèce n’est pas loin… Je ne suis pas certain qu’anthropologiquement l’islam soit incompatible avec la dĂ©mocratie. Je n’en sais rien
Le simple fait que des intellectuels, des individus et des populations aspirent Ă cette dĂ©mocratie rend discutable cette idĂ©e si l’on en vient aux faits.
Alors sur les faits donc, pas de dĂ©mocratie sur ce que vous qualifiez de terre d’islam. Oui, mais la turquie est intĂ©ressante et le parti au pouvoir contrairement Ă ce que l’on entend souvent dire est sur une voie disons “dĂ©mocrate musulmane”. Sur les faits, disons que l’accession Ă la dĂ©mocratie des Etats d’Europe de l’Est est rĂ©cente… (ouais je provoque), disons que la dĂ©mocratie n’a pas vĂ©ritablement Ă©tĂ© favorisĂ©e dans le cadre des grands enjeux internantionaux (non ?). Plus sĂ©rieusement, disons que l’Etat est finalement quelque chose de rĂ©cent en Orient. Et puis, vous savez A Haye on serait dans les annĂ©es 60 on parlerait des Etats socialistes du Moyen/proche Orient et on aurait pas l’idĂ©e de dire que c’est Ă cause de l’islam. On se serait mĂŞme intĂ©ressĂ© aux idĂ©ologues du baas et on y aurait trouvĂ© des chrĂ©tiens (oui je provoque). Le tragique est que ces pays n’ont connu que les “joies” du socialisme transformĂ© aujourd’hui en autoritarisme faible et une montĂ©e de l’islamisme dont vous avez raison de souligner les dangers. Mais je ne peux me rĂ©duire Ă votre pessimisme je retiens aussi pour ma part l’aspiration d’intellectuels, individus et populations Ă la dĂ©mocratie.
Par ailleurs, au delĂ de l’islam, en fait, je pense que le phĂ©nomène clanique est un Ă©lĂ©ment explicatif sur le long terme (regardez le liban, la Syrie, l’Iraq, le yemen…) de la situation en “terre d’islam” et de l’absence de dĂ©mocratie.
quand vous dites repenser l’Etat de droit, vous m’intriguez vous pensez Ă quoi ? mettre une dose de dĂ©cisionnisme ?
sur cette histoire de culpabilitĂ© consbstantielle au christianisme et la figure d’Eve, il y a le bouquin de François Flahault “Adam et Eve. La condition humaine” que je m’aprète Ă lire et que Finky a reçu rĂ©cemment
7 fĂ©vrier 2010 à 11:25
cher A Haye (suite)
J’ajoute que les musulmans de France me paraissent dans leur majoritĂ© dĂ©mocrates. il serait intĂ©ressant de savoir pour ceux qui ont la nationalitĂ© française quelle proportion participe aux Ă©lections, je l’ignore. Mais leur participation aux diffĂ©rents corps intermĂ©diaires me semble ni plus ni moins importante que celle des français non musulmans. Cela renforce mon idĂ©e d’absence d’incompatibilitĂ© totale. Elle suppose une acceptation de principes fondamentaux libĂ©raux qui me semblent partagĂ©s par le plus grand nombre. Elle est aujourd’hui certes fragilisĂ©e par des agitareurs
Enfin, sur mon approche clanique, elle me semble vĂ©rifiĂ©e dazns les multiples chapelles de l’”islam de France”. les mosuqĂ©es sont rĂ©parties plus par nationalitĂ© ou origine que par tendance politique. Voyez l’Ă©tat du Conseil français du culte… il est divisĂ© entre algĂ©riens et marocains…
En fait ce qui nous interroge c’est la prĂ©servation du principe de sĂ©cularisation. L’islam radical conteste cette sĂ©cularisation mais pas Ă mon sens les musulmans de france en gĂ©nĂ©ral. A l’Etat et Ă nous de veiller Ă ne pas faire de concession mais ayons une approche bienveillante et gĂ©nĂ©reuse de la laicitĂ© comme le disait A Sfeir dans son intervention devant la commission.
A défaut nous partons sur le conflit qui lui aboutit à la radicalisation.
au plaisir M A Haye
saturnin.coincoin@laposte.net
(adresse vĂ©ritable lors de ma première intervention sur ce blog j’ai créé ce pseudo stupide)
7 fĂ©vrier 2010 à 15:04
C’est bien dans une société non christianisée, l’Athènes des VIè au IVè avant JC, que s’est élaborée et a fonctionné une organisation politique se rapprochant le plus des démocraties modernes: règles de la vie ensemble établies par la communauté des citoyens, principe un homme une voix quelque soit son niveau de richesse ou d’instruction, et aussi obligations particulières des plus riches au fonctionnement de la cité. Cette expérience s’est terminée avant l’émergence du christianisme, sous l’effet notamment des conquêtes d’Alexandre: l’esprit grec a été perverti par le despotisme oriental. Des Macédoniens récriminèrent à l’encontre de leur monarque devenu soucieux d’apparat et distant.
En dehors de la Rome républicaine, il n’y a pas de régimes qui s’apparentent à celui de l’Athènes démocratique avant le 18è siècle. Jusqu’à cette date, des monarchies, des petites entités gouvernées par des oligarchies. Il s’écoule près de 18 siècles de christianisme (l’islam n’a que 14 siècles d’existence), avant que réapparaisse un état démocratique, les États-Unis. On fait valoir souvent que la démocratie athénienne était incomplète: les femmes ne votaient pas, de même que les esclaves et les métèques. La démocratie étatsunienne, 25 siècles après celle d’Athènes, n’apporte aucun progrès sur ces points: les femmes n’ont pas le droit de vote, il y a des esclaves, les amérindiens s’apparentent aux hilotes spartiates, ces autochtones réduits à l’état de dépendants par les conquérents doriens, sur lesquels ils entretenaient de temps en temps leurs vertus guerrières.
L’Église catholique est une monarchie de droit divin, il est logique que le régime politique qui a sa préférence ait le même principe. Trente ans avant la Révolution, Louis XV, en conflit avec les Parlements, avait rappelé solennellement qu’il détenait son pouvoir de Dieu, et qu’en dernier ressort il n’avait de compte à rendre qu’à Dieu. L’Eglise n’avait pas jugé cette profession de foi peu démocratique. Ultérieurement, Pie VI déclarera la Déclaration des droits de l’Homme impie. Si le christianisme est la religion de la sortie de la religion, en France, il a été quelque peu poussé vers la sortie par le politique, la loi de 1905 en étant l’ultime action.
Parmi les caractéristiques de l’aventure européenne, sont fondamentales la démocratie, la maîtrise technique permise par l’analyse rationnelle, scientifique de la Nature. Elles ont toutes deux leur fondements dans la Grèce antique.
Marcion, théologien du IIè siècle après JC, distinguait le Dieu de l’Ancien Testament de celui du Nouveau. Le premier despotique et capricieux, le second d’amour et de bonté. Cette séparation radicale des deux Testaments n’est pas devenu une conception de l’Église officielle.
Un texte qui hérisse René Girard est le chapitre 31 du Livre I des Essais “Des cannibales”. Qui n’est pas chrétien, n’est pas encore civilisé.
L’islam s’est dĂ©veloppĂ© en Orient dans des sociĂ©tĂ©s tribales ou claniques, marquĂ©es depuis la nuit des temps par le despotisme. Des historiens suggĂ©rent que les civilisations qui s’en rĂ©clamaient ont dĂ©clinĂ© après l’ouverture de la voie maritime du cap de Bonne EspĂ©rance. L’islam s’est recroquevillĂ© en un formalisme, oubliant notamment, selon l’islamologue Christian Jambet, de continuer Ă se confronter Ă la pensĂ©e grecque comme Ă ses dĂ©buts.L’Occident n’a pas donnĂ©, dans les pays islamiques qu’il a contrĂ´lĂ©, l’exemple d’une grande vertu dĂ©mocratique ( Ă©lections truquĂ©es en AlgĂ©rie d’après guerre, renversement de Mossadegh, soutien maintenu Ă KarzaĂŻ malgrĂ© des fraudes Ă©lectorales avĂ©rĂ©es…).
Il est plus sensible au degré de convergence avec ses intérêts qu’au degré de démocratie des pays de culture musulmane. Les populations des pays européens ont accédé à la démocratie par leurs propres moyens, laissons celles des pays musulmans faire de même.
8 fĂ©vrier 2010 à 6:41
Que l’Eglise catholique fut particulièrement opposĂ©e aux progrès de la modernitĂ© libĂ©rale, c’est une Ă©vidence!Je dirai mĂŞme que dans le christianisme, ce sont les diverses sectes protestantes qui furent (pas forcĂ©ment maintenant d’ailleurs!) le plus en affinitĂ© avec les logiques de la modernitĂ© libĂ©rale, en tout cas beaucoup plus que l’Eglise catholique! Mais la vision bĂŞbĂŞte d’un Occident moderne, sĂ©cularisĂ©, libĂ©ral qui se serait crĂ©e ex-nihilo en s’arrachant des tĂ©nèbres du Moyen-Age et du christianisme…pardonnez-moi mais c’est une fable moderniste, et en histoire, sous les ruptures apparentes il nous faut toujours rechercher les continuitĂ©s massives!
Vous n’avez pas compris le niveau de mon discours, je vous parle d’anthropologie chrĂ©tienne pas de l’Eglise catholique ou de thĂ©ologie stricto-sensu… Si l’Occident moderne a pu Ă ce point se dĂ©velopper notamment l’individualisation des moeurs, le libĂ©ralisme, la sĂ©cularisation des comportements, les droits de l’homme et l’Ă©galitĂ© dĂ©mocratique(…), c’est par qu’il a surgi au sein d’un terreau civilisationnel, l’Occident chrĂ©tien, particulièrement propice Ă son dĂ©veloppement. Et oui, vous ne faites pas pousser des oliviers en Suède et des conifères en Afrique! Entre l’Occident chrĂ©tien et l’Occident moderne, il y a sur le plan anthropologique des homologies structurelles et, au fond des choses, ce qu’a fait la modernitĂ© libĂ©rale c’est tout simplement de prendre au mot l’Eglise catholique et de la renvoyer au texte! Vous prĂ©tendez rĂ©genter l’espace public, et bien il faut “rendre Ă Dieu ce qui est Ă Dieu et Ă CĂ©sar ce qui est Ă CĂ©sar”… vous avez la base de la laicitĂ© c’est-Ă -dire la distinction des ordres temporel et spirituel!Vous prĂ©tendez qu’il y a une hiĂ©rarchie sociale, que la sociĂ©tĂ© d’Ancien RĂ©gime est la seule lĂ©gitime? Et bien “Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous ĂŞtes un en JĂ©sus-Christ.” (mĂŞme Badiou reconnaĂ®t ce qu’il doit Ă St Paul, c’est vous dire!) et vous avez les prĂ©misses de l’Ă©galitĂ© dĂ©mocratique!
Relisez St Thomas d’Aquin et St Augustin, la CitĂ© de Dieu et celle des Hommes et vous avez la base de notre conception linĂ©aire et progressiste de l’Histoire (qu’Hegel a tout simplement laicisĂ©!)
Et je pourrais continuer comme ça, comme ça durant de longues heures! Or il y a une aporie de l’Occident moderne, disons une contradiction culturelle et anthropologique majeure, c’est que rĂ©sultant d’une longue sĂ©dimentation historique de l’Occident chrĂ©tien, il avait besoin de ses cadres anthropologiques pour se dĂ©velopper tout en les liquidant progressivement!
Si on se penche sur la longue pĂ©riode dans l’Histoire, comme Braudel nous y invite, on peut tout Ă fait concevoir que l’Occident moderne (le quart Nord-Ouest de la planète en gros E-U plus l’Europe!)qui s’est dĂ©veloppĂ© petit Ă petit après la Renaissance, puis s’est imposĂ© Ă partir des RĂ©volutions atlantiques, a aujourd’hui fini par totalement dĂ©truire les cadres sociaux, les coutumes et les systèmes de valeur hĂ©ritĂ©es des pĂ©riodes prĂ©modernes… En ce sens la modernitĂ©, qui s’opposait Ă la Tradition (comme dans les approches sociologiques classiques par ex Weber, Toennies avec la Gesellschaft et la Gemeinshaft, Durkheim avec les sociĂ©tĂ©s Ă solidaritĂ© mĂ©canique et organique…), a dĂ©finitivement engloutie sa tradition! C’est en ce sens qu’on peut la dire rĂ©flexive ou tardive!
Or l’universalisme de l’Occident moderne, lorsqu’on en fait la gĂ©nĂ©alogie, n’est qu’un particularisme parmi d’autres! Nous ne pouvons entrevoir cela, nous qui sommes de gentils modernes tardifs, parce que l’Occident a dominĂ© et a exercĂ© une hĂ©gĂ©monie sans commune mesure dans l’Histoire, pendant près de 5 siècles! Nous ne pouvons entrevoir l’idĂ©e mĂŞme que nous en sortions progressivement, que d’autres peuples, d’autres traditions s’en foutent comme d’une guigne de nos droits de l’homme et de notre dĂ©mocratie…et se faisant nous sombrons Ă notre ultime prĂ©jugĂ© de modernes tardifs c’est-Ă -dire confondre la mondialisation historique de l’Europe avec l’universel!
Or Ă la dĂ©substantialisation interne de l’Occident moderne, il y a des indicateurs dĂ©mographiques, Ă©conomiques et militaires qui sont sans appel!
Nous croyons en Europe pouvoir refaire par l’immigration de masse ce que nous avons Ă©chouĂ© Ă faire par la colonisation!Mais voila il y a des choses, des arrière-mondes que le doux commerce, les droits de l’Homme ne pourront guère rĂ©soudre!En un sens LĂ©vi Strauss avait tout Ă fait raison lorsqu’il nous disait que l’universalisme moderne demeurait nocif:
« La Révolution française a mis en circulation des idées et des valeurs qui ont fasciné l’Europe puis le monde, et qui procurèrent à la France, pendant un demi-siècle, un prestige et un rayonnement exceptionnels. On peut toutefois se demander si les catastrophes qui se sont abattues sur l’Occident n’ont pas aussi là leur origine. On a mis dans la tête des gens que la société relevait de la pensée abstraite alors qu’elle est faite d’habitudes, d’usages, et qu’en broyant ceux-ci sous les meules de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l’état d’atomes interchangeables et anonymes. La liberté véritable ne peut avoir qu’un contenu concret: elle est faite d’équilibres entre des petites appartenances, de menues solidarités: ce contre quoi les idées théoriques qu’on proclame rationnelles s’acharnent; quand elles sont parvenues à leurs fins, il ne reste plus qu’à s’entre-détruire. Nous observons aujourd’hui le résultat. ».
C’est prĂ©cisĂ©ment ce que croit un imbĂ©cile heureux comme Patrick Braouzec!
Croire que nous allons pouvoir intĂ©grer, et faire des masses grandissantes du Tiers-Monde, de gentils petits europĂ©ens comme nous, c’est se foutre le doigt dans l’oeil! Nous qui n’avons dĂ©jĂ plus guère de respect ou d’intĂ©rĂŞt pour ce que nous sommes (latin et grec en chute libre, christianisme aussi…), il nous faut regarder la vĂ©ritĂ© en face et faire preuve d’un peu de luciditĂ©! Un petite pointe au bout de l’Asie, reprĂ©sentant une masse dĂ©mographique vieillissante de 500 millions d’âmes (dĂ©jĂ très multiculturalisĂ©e!) face aux futurs 9 milliards d’individus de la planète! Les cultures faibles s’adaptent toujours aux cultures fortes et aux dĂ©mographies galopantes, c’est une loi gĂ©opolitique de base! Une Europe de plus en plus hĂ©tĂ©rogène et bien ce n’est plus l’Europe!C’est autre chose! Quand je dis cela, c’est en dehors du bien et du mal, l’empire romain s’est effondrĂ©, et sĂ»rement il existait au dĂ©but du 5ème siècle des Mincus, des Attalius et des Benbassus pour expliquer aux Empereurs que Rome Ă©tait Ă©ternelle et que tout allait bien dans le meilleur des mondes! Mais Rome s’est effondrĂ©e quand mĂŞme et l’Occident moderne s’effondrera aussi, surtout sa partie europĂ©enne!
La gĂ©opolitique et l’Histoire ne font pas de sentiments et quand je vous parle d’une opposition frontale entre l’anthropologie islamique et l’Occident moderne, et bien c’est une rĂ©alitĂ©!On peut faire l’autruche et, comme le silence et la faiblesse mènent toujours au pire, laisser ce continent Ă la dĂ©rive devenir un gros Liban, passant au meilleur des cas Ă une situation Ă l’israelienne voire au pire Ă une situation Ă la Yougoslave (peu probable quand mĂŞme!).Ou alors rĂ©agir parce qu’il n’y a pas de fatalitĂ© pour qui s’en donne les moyens du redressement et identifier les rĂ©elles menaces qui pèsent sur notre civilisation: la crasse postmoderniste et l’islamisme, qui sont Ă notre Ă©poque ce que le communisme et le nazisme furent au 20ème siècle! En tout cas, rien ne me retirera de l’esprit que l’Europe postmoderne actuelle en est arrivĂ© Ă son moment brejnevien, au sens oĂą elle s’enferme dans un immobilisme mortelle par peur du rĂ©el et oĂą l’idĂ©ologie qui la sous-tend commence Ă s’effriter (plus personne n’y croit mais on n’ose guère encore le dire en public!).
Dernière prĂ©cision multiculturalisme et mutiracialisme ne sont pas les mĂŞmes choses…une sociĂ©tĂ© de plus en plus multiraciale peut toujours demeurer occidentale…pas une sociĂ©tĂ© multiculturelle…
8 fĂ©vrier 2010 à 7:05
Et puis deux citations, pour faire réagir JMB, Saturnin et mes impayables Romain et Alain Machefert (ça fait longtemps que je ne les ai pas eu sur le dos):
1) LĂ©vi-strauss que tous nos bobos cĂ©lèbrent comme le père de l’antiracisme et du multiculturalisme (ils n’ont pas du le lire!), dans Tristes Tropiques:
“(…) Tout l’Islam semble ĂŞtre, en effet, une mĂ©thode pour dĂ©velopper dans l’esprit des croyants des conflits insurmontables, quitte Ă les sauver par la suite en leur proposant des solutions d’une très grande (mais trop grande) simplicitĂ©. D’une main on les prĂ©cipite, de l’autre on les retient au bord de l’abĂ®me. Vous inquiĂ©tez-vous de la vertu de vos Ă©pouses ou de vos filles pendant que vous ĂŞtes en campagne? Rien de plus simple, voilez-les et cloĂ®trez-les. C’est ainsi qu’on en arrive au burkah moderne, semblable Ă un appareil orthopĂ©dique, avec sa coupe compliquĂ©e, ses guichets en passementerie pour la vision, ses boutons-pression et ses cordonnets, le lourd tissu dont il est fait pour s’adapter exactement aux contours du corps humain tout en le dissimulant aussi complètement que possible. Mais, de ce fait, la barrière du souci s’est seulement dĂ©placĂ©e, puisque maintenant il suffira qu’on frĂ´le votre femme pour vous dĂ©shonorer, et vous vous tourmenterez plus encore. (Pages 463-5)
(…) si un corps de garde pouvait être religieux, l’Islam paraîtrait sa religion idéale: stricte observance du règlement (prières cinq fois par jour , chacun exigeant 50 génuflexions), revues de détails et soins de propreté (les ablutions rituelles); promiscuité masculine dans la vie spirituelle comme dans l’accomplissement des fonctions organiques; et pas de femmes. (…) Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au-dehors. En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien du dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une “néantisation” d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d’une exclusive contre les infidèles qui ne peut pas s’avouer, puisque en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à les reconnaître eux-mêmes comme existants. (Pages 466-7)
Ou encore, plus rĂ©cemment dans le Magazine littĂ©raire , hors-sĂ©rie, 2003):”« J’ai commencĂ© Ă rĂ©flĂ©chir Ă un moment oĂą notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le dĂ©fenseur et le tĂ©moin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversĂ© et que notre culture est sur la dĂ©fensive vis-Ă -vis des menaces extĂ©rieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement dĂ©fenseur de ma culture »
Et enfin De Gaulle, pour vous faire râler, mĂŞme si contrairement Ă lui, le facteur couleur de peau, ou mĂŞme l’arabitĂ©, me sont totalement indiffĂ©rents:
“Nous sommes quand mĂŞme avant tout un peuple europĂ©en de race blanche, de culture grecque et latine, et de religion chrĂ©tienne. Ceux qui prĂ´nent l’intĂ©gration ont une cervelle de colibri, mĂŞme s’ils sont très intelligents.Essayez d’intĂ©grer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sĂ©pareront de nouveau. Les Arabes sont les Arabes, les Français sont les Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de Musulmans, qui demain seront peut-ĂŞtre vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisons l’intĂ©gration, si tous les Arabes et Berbères d’AlgĂ©rie Ă©taient considĂ©rĂ©s comme Français, comment les empĂŞcherait-on de venir s’installer en mĂ©tropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus Ă©levĂ©? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-MosquĂ©es ! “
8 fĂ©vrier 2010 à 7:43
Pour rĂ©pondre Ă JMB sur la dĂ©mocratie athĂ©nienne, oui vous avez raison, c’est bien lĂ qu’a surgi le logos et l’espace public… mais resituĂ© dans l’anthropologie grecque, un cosmos fini et hiĂ©rarchique oĂą tous les ĂŞtres sont par essence Ă leur place, l’Ă©galitĂ© des citoyens ne concernaient Ă peine que 10% de la population (les esclaves Ă©taient considĂ©rĂ©es comme des choses, ls mĂ©tĂ©ques n’avait pas le droit de vote, et les femmes encore moins…). Pour que le suffrage devienne vĂ©ritablement universel (1946 en France!), il aura fallu que l’idĂ©e, après plus d’un millĂ©naire, s’enracine dans une anthropologie qui considĂ©rait les hommes en tant qu’individualitĂ© et comme Ă©gaux en dignitĂ© devant leur crĂ©ateur, malgrĂ© leurs diffĂ©rences de situation dans le monde temporel.LaĂŻcisez la chose et vous avez la dĂ©mocratie moderne!Bon pour ĂŞtre plus exact, l’anthropologie chrĂ©tienne fut une condition historique nĂ©cessaire mais pas suffisante, il fallait aussi l’imaginaire de la science et du libĂ©ralisme!
C’est comme ça, c’est l’histoire et on ne la refera pas!Ce fut un processus long et tourmentĂ©, et il aura fallu s’Ă©manciper du clĂ©ricalisme et beaucoup de luttes contre l’Eglise catholique, mais cela n’a pris que sur une culture et anthropologie largement chrĂ©tienne!
8 fĂ©vrier 2010 à 7:54
Et puis un bon livre…Alain Laurent, la sociĂ©tĂ© ouverte et ses nouveaux ennemis, oĂą l’auteur essaye de rĂ©actualiser la rĂ©flexion de Karl Popper sur la dĂ©mocratie libĂ©rale!
Très intéressant et très courageux!
9 fĂ©vrier 2010 à 10:02
Je vous signale qu’Alain Laurent a Ă©tĂ© deux fois notre invitĂ© depuis le dĂ©but de la saison 2009-2010 du Grain Ă Moudre. C’est en effet un livre très intĂ©ressant et très courageux.
10 fĂ©vrier 2010 à 13:56
“Pour d’autres, en interdisant le port du voile intĂ©gral Ă 1 900 femmes en France (estimations de France-Soir, mais ça monte tout le temps…), on risque de”
On risque de perdre notre temps oui ! Encore une loi inutile ou inapplicable qui donne du vent Ă brasser aux demeurĂ©s. Vous avez beau dire que “ça monte tout le temps”, ça pourrait bien ĂŞtre 10000 que 98% des français n’auraient toujours pas vu une seule de Burka. La vĂ©ritĂ© c’est qu’il y a des questions d’actualitĂ© nettement plus importante, pourquoi donc aller se vautrer dans cette diversion pour imbĂ©ciles offerte par l’apprenti sarkoziste qu’est Besson ?
C’est tellement mĂ©diocre cette perte de temps, c’est Ă pleurer…et on se fait traiter de relativiste ou de communautariste si on ne coure pas après la baballe du ministère.
Tiens je poste ici ce que j’avais mis sur mon blogduglobe.info :
“”"
Ça me fait toujours de la peine de m’engouffrer dans des sujets déjà over-piétinés par tous les gens qui pensent devoir donner leur avis aux autres, j’ai alors l’impression d’être moi-même un conard pompeux dans la masse, dégoulinant de lui-même et qui se pense intéressant en donnant son point de vue bateau. Quoique qu’il y a quand même une différence : sur un sujet sur-traité, je m’efforce d’apporter des arguments qui expliquent pourquoi une polémique enflée et gonflante n’a justement pas lieu d’être. Je n’exprime donc pas un simple avis impersonnel mais une pensée : je tente de pousser plus loin que le blog qui fait de l’auto-micro-trottoir.
En l’occurrence, je désirerais m’interroger sur cette histoire de voile intégral qui a envahi les journaux en cette nauséabonde période de débat sur l’identité nationale. Je n’ai jamais parlé de ce « grand débat » ici d’ailleurs. Pourquoi ? Parce que tout ceci est méprisable et que je tente de me persuader à chaque instant que je ne vis pas dans le monde dans lequel je vis. Un ministère de « l’immigration et de l’identité nationale » c’est ignoble, j’essaye vraiment de ne pas penser à tout ça.
Je suis un peu comme un paquet de français en 40, j’évite de regarder en face mon pays. Oh oui, je sais : le conseil national des patrons juifs de France, qui a remis son prix 2009 à Hortefeux pour « sa lutte contre le racisme et l’antisémitisme », me dirait que je mélange les époques. Il me dirait que je fais des amalgames immondes. Parler du climat actuel et le lier à 40. Non, même une vague analogie fait sauter les bornes de la bienséance républicaine. Je retire donc ce que j’ai écrit juste là au-dessus : non le climat de chasse à l’étranger que l’on colle dans des camps et des charters ne me rappelle rien. Non, la course à « l’identité française » ne me rappelle rien non plus. Une histoire de gaulois, un album d’Astérix, tout au plus, mais ça s’arrête là . Un ministère qui cherche à définir le français tout en triant le bon grain de l’ivraie (« immigration choisie »), c’est quelque chose qui n’est rien d’autre que…heu…actuel. Voilà , c’est actuel, c’est tout.
Oh et pis faut pas s’enflammer quand même. Y a pas vraiment de chiffres exacts, mais je signale qu’on ne renvoie pas plus de 30 000 métèques par an. Alors pas de panique : tout le foin autour de l’identité nationale, c’est juste histoire de faire les poches à le pen. L’espèce de droite au pouvoir est bien consciente qu’il faut faire rentrer du sang frais pour payer nos retraites à nos vioques. Et puis il faut bien des gens pour faire les boulots dont les français de souche ne veulent pas. Donc bon… Faudrait que les assoces de sans-papiers arrêtent de nous tanner, moins elles mettront les travailleurs illégaux en avant, plus on pourra en faire en rentrer sans provoquer une montée du FN. Ils z’ont que ça à foutre à la LCR et chez les verts ? Faire monter le FN pour un second 21 avril ? C’est ça leur façon à eux d’achever le cadavre PS ? Qu’ils arrêtent donc d’envenimer le débat et de nous faire chier, comme ça nous les français à passeports qui se passent pas de porc, on pourra profiter de cette main d’œuvre à bas coût peinards. Qu’on les renvoie chez eux pour la retraite, pas avant ! D’ailleurs ils seront ravis de retourner au soleil, profiter de la maison qu’ils ont fait construire à leur famille etc.
Alors en parallèle à tous ces non-problèmes, il y a un énième truc monté en épingle et qui n’est pas très malin. A l’UMP, on est sur le branle bas de combat pour les régionales : la dernière fois ils ont tout perdu sauf l’Alsace…et encore le président de cette région est mort en cours de mandat. Bref, les gouvernants pro de la com de l’Elysée ont donc sélectionné un certain nombre de thèmes à jeter en pâture à la peuplade française : on va la faire courir après son identité. La population hexagonale est traitée comme un grand groupe d’enfants lors d’un anniversaire : énième tentative d’infantilisation du peuple par une chasse au trésor de l’identité, agrémentée d’animations diverses…colin-maillard… On colle un foulard sur les yeux des citoyens à bulletin de vote et on les fait errer un peu à la recherche d’eux-mêmes. Non en fait c’est le contraire : on a ici collé une burka sur une partie de la population…que l’on ne trouve pas. Les 63 millions d’enfants ont cherché les burkas, mais vu qu’il n’y a en tout et pour tout qu’un petit cheptel de 2000 spécimens (voire 400 selon le ministère)… Les joueurs à divertir se sont lassés rapidement : en témoigne l’audience du match le pen/besson. Il n’y a en effet que l’équipe des organisateurs du jeu pour certifier qu’ils ont vu des burkas quelque part !
Sur cette question du voile intégral, vu le nombre d’usagers reportés je pense que sans m’immerger dans un fastidieux calcul statistique, je peux honnêtement affirmer que moins de 1% de la population française a déjà vu un spécimen 100% voilé une fois dans sa vie. Par contre, 99% des téléphages ont certainement eu l’occasion d’apercevoir une dérangée un peu maso expliquer à un journaliste de j-p pernaut que ça lui plaît de vivre sous un tas de tissu. La question est : dans l’ensemble, la stratégie de campagne du parti au pouvoir fonctionne-t-elle ? Est-ce que ça leur réussit aux conseillers de l’Élysée, cette histoire de propulser des dérangées dans les salons français, via la lucarne préférée des idiots ?
Réponse définitive aux régionales. En attendant voici mon analyse : on trouve encore quelque chose qui n’existe pas pour dévier l’attention des électeurs. Bien sûr, pour certifier la réalité de ce problème virtuel, on propose de commander un rapport de parlementaires qui eux-mêmes proposeront une loi. Les lois…depuis que sarko a une place de premier plan sur l’échiquier politique, on en a voté des centaines… Alors après avoir payé une équipée de députés à se caresser sur ce non-sujet de société, la parlement va continuer à brasser du vent en votant une loi. Ce vent parlementaire ne sera même pas déguisé en courant d’air. Ça restera de l’air fétide, insufflé et expiré par des individus cravatés devenus inutiles et donc nuisibles. Les bouches molles du palais Bourbon ne peuvent en effet que proclamer deux mesures, toutes les deux aussi vaines l’une que l’autre.
Première solution : on interdit le voile intégral sur tout le territoire français, mais cela risquerait fort d’être invalidé par la cour des droits de l’homme de l’UE, si l’Elysée ne s’était pas déjà rétracté pour ne pas se mettre le monde arabe à dos (les saoudiens, pour ne citer qu’eux).
Seconde solution, la plus probable : on vote une loi/résolution interdisant le voile intégral dans les services publics. Mais un contrôleur RATP ou une guichetière des allocations familiales n’ont-ils pas déjà le droit d’exiger de voir le visage des clients ? Encore une fois, on continue à pourrir des textes de lois qui contiennent déjà les réponses. D’un autre côté, le peuple français a donné les clés des livres de lois au président, en l’élisant et en lui offrant une douce et grasse majorité d’abrutis tous au garde à vous… Ensuite on dit que ça commence à grincer des dents dans les rangs de l’UMP… Bizarre, leurs couilles il ne les ont pas perdu hier…c’est maintenant qu’ils réagissent ces moutons ? Quant aux socialistes…leur position mi-figue mi-raisin ne leur aura rapporté qu’un peu plus de discrédit, le tout accommodé d’un défilé de Ni-putes Ni-soumises rue de Solférino. Le troupeau des copines de Fadela (« the bottom-girl») est allé meugler en burka devant le siège du PS…allez. Mi-putes mi-soumises en version organe militant pour l’UMPimp…j’imagine le Fredo Lefèbvre claquant les fesses de ses travailleuses quand elles rentrent au bercail…
Allez j’arrête pour cette épisode « pas content ! ». Mais franchement…
11 fĂ©vrier 2010 à 14:51
Brice Couturier !
Croyez-vous que le moment soit bien choisi pour faire de l’humour sur le dos des HaĂŻtiens ?
Je vous cite :
“Les enfants sont la richesse des pauvres”.
J’en ris encore et je vous en remercie, car les occasions sont rares… mais j’ai un peu honte.
12 fĂ©vrier 2010 à 14:23
“MinoritĂ©” pas français.
“Nommer les langues minorĂ©es : l’exception française[1]
Dans l’un de ses article, Jean-Baptiste Coyos, coorganisateur du colloque qui s’est récemment tenu en Sorbonne sur la question des « langues et cultures régionales de France » (3 et 4 décembre 2009), s’est employé à dresser une liste non exhaustive de la manière dont sont désignées les langues parlées en France autres que le français : « patois, dialectes, langues minoritaires de France, langues minorisées, langues non officielles, langues moins répandues, langues de moindre diffusion, langues de petite diffusion, langues historiques, langues à implantation territoriale, langues de pays, langues locales, parlers locaux, langues régionales et locales, langues et dialectes locaux[2], langues et dialectes à extension régionale, langues de France, langues ethniques de France, langues identitaires, langues vernaculaires, langues de la République française[3], langues régionales et d’Outre-mer, langues régionales métropolitaines et d’Outre-mer »[4]. Je pourrais en ajouter moi-même quelques unes, comme langues coutumières, langues patrimoniales, langues autochtones (Coyos opte d’ailleurs pour « langues autochtones de France »), etc. Personne, à mon avis, ne peut soutenir, pour aucune de ces dénominations, une quelconque objectivité scientifique ou neutralité politique ; elles sont en effet toutes prises dans des controverses et des conflits dont elles sont proprement inséparables. Elles sont de puissant opérateurs, qui jouent un rôle déterminant non seulement dans les représentations que les locuteurs et les non-locuteurs se font des langues considérées, mais sur les façons dont les locuteurs sont traités et agissent eux-mêmes, par exemple pour transmettre ou non la langue etc., et sur les actions institutionnelles, associatives ou individuelles qui décident en fait de la vie ou de la mort d’une langue[5]. Évidemment ces dénominations n’ont aucune forme d’autonomie : elles se renvoient les unes aux autres et surtout elles sont relatives à d’autres dénominations, quant à elles d’ailleurs bien moins nombreuses, désignant ce à quoi on les oppose : le français comme langue officielle, langue nationale ou langue de la nation, langue de la République, et c’est à peu près tout (parfois on trouve encore aussi le syntagme délirant de « langue universelle » accolé au français). Par ailleurs, on les distingue, généralement à leur détriment, des langues « étrangères », spontanément pensées comme des langues nationales ou internationales (mais je note la récurrence d’un lapsus très révélateur, consistant à compter les langues historiques de France parmi les « langues étrangères »[6]). Le nombre même des dénominations de ces langues, par rapport aux qualifications du français qui paraissent d’une clarté et d’une distinction toute cartésienne (sauf la prétention à l’universalité qui est un déni de réalité immédiatement perceptible), trahit suffisamment une grande incertitude et un brouillage systématiquement entretenu sur leur statut et par là sur la légitimité des revendications qui les concernent[7]. L’analyse de ces dénominations, de leur diffusion et de leur usage dans les textes officiels, mais aussi dans ceux qui ne le sont pas, dans la presse, la littérature, etc., et dans les échanges oraux des locuteurs de ses langues et de ceux qui ne les parlent pas, intéresse sans nul doute le sociolinguiste qui travaille sur les représentations sociales des langues ; c’est aussi un biais possible pour envisager les difficultés considérables – il m’arrive de penser qu’elles sont proprement insurmontables – auxquelles est confrontée la revendication démocratique des droits linguistiques en France. On pourrait évidemment faire le même type d’analyse pour tout autre pays et se livrer à des études comparatives, mais le sujet de la discussion est aujourd’hui le cas de la France et l’on est confronté, indiscutablement, à une exception française, considérée par les uns comme une pure et simple malédiction et par d’autres au contraire comme salutaire et bénie. Quoi qu’il en soit, on constate bien un véritable consensus autour de cette exception, que nous permet d’appréhender les dénominations et leur discussion.
« Langues minoritaires » : notion irrecevable par la République
Je prendrai comme point de départ, une remarque de Will Kymlicka, le théoricien canadien du multiculturalisme, défendu dans une perspective résolument libérale (au sens anglo-saxon du terme). Kymlicka écrit, de manière me semble-t-il d’ailleurs très optimiste, que le « principe d’une défense libérale possible des droits minoritaires » correspond « d’ores et déjà à la position dominante dans les débats anglo-américains ». Il est clair, ajoute-t-il, « que la tendance, dans les démocraties occidentales, est à la plus grande reconnaissance des droits minoritaires, soit sous la forme d’un multiculturalisme résultant de l’immigration, soit sous celle d’une autonomie gouvernementale pour les minorités nationales. De fait – je le cite encore –, je crois que l’on peut considérer que, désormais les partisans des droits minoritaires sont passés à l’offensive, tandis que les critiques se retrouvent sur la défensive ». Mais Kymlicka croit nécessaire d’ajouter une note de bas de page, qui dit ceci : « Si la France est évidemment une exception importante vis-à -vis de cette tendance, il n’en reste pas moins que quasiment toutes les démocraties occidentales se sont engagées dans la voie de la reconnaissance »[8].
La revendication, au nom de la démocratie, de la reconnaissance et de la promotion des langues autres que le français en France relève évidemment pour Kymlicka de l’exigence de reconnaissance de ce qu’il nomme des « droits minoritaires », et cette revendication ne peut pas ne pas être confrontée à cette exception française (exception relative, s’il est vrai que dans un autre article Kymlicka associe la France et la Grèce[9], on pourrait aussi peut-être y associer la Turquie). Cette exception française est redoutable parce qu’elle interdit a priori toute négociation et même toute discussion politique et juridique en terme de « minorités », de quelque façon que ces minorités soient qualifiées : nationales, culturelles, linguistiques, ou autres ; a priori, parce que la théorie républicaine largement dominante et surtout telle qu’elle informe le droit public, exclut toute légitimité pour la France elle-même de l’usage de la notion de minorité, selon un raisonnement qui consiste à régler la question de fait par le droit : il ne saurait exister de minorités en France parce que l’indivisibilité et l’unité républicaine excluent par principe, c’est-à -dire in abstracto, qu’il puisse y en avoir.
Je ne peux ici exposer les raisons thĂ©orique de cette exclusion de principe, sans doute inĂ©vitable du fait de la substitution de la souverainetĂ© de la nation Ă la souverainetĂ© du peuple et Ă l’identification, d’aucuns diraient la confusion, de la nation et de l’État[10]. Je me contenterai de citer Guy Carcassonne, constitutionnaliste fameux, dans son commentaire de 1998 Ă l’article 7 de la DĂ©claration universelle des droits de l’homme, Ă propos de l’article 27 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, adoptĂ© en 1966 sous l’égide de l’ONU, qui stipulait : « Dans les États oĂą il existe des minoritĂ©s ethniques, religieuses ou linguistiques, les personnes appartenant Ă ces minoritĂ©s ne peuvent ĂŞtre privĂ©es du droit d’avoir, en commun avec les autres membres de leur groupe, leur propre vie culturelle, de professer et de pratiquer leur propre religion, ou d’employer leur propre langue ». Voici le commentaire de Carcassonne : la France a refusĂ© cet article « tant il est contraire Ă la tradition d’un peuple indivisible, dont tous les citoyens ont des droits strictement Ă©gaux. Toutes les nations n’ont pas la mĂŞme histoire. Il faut donc Ă la fois se rĂ©signer Ă ce que certaines d’entre elles recherchent dans le droit des minoritĂ©s la garantie d’une Ă©galitĂ© rĂ©elle, et se rĂ©jouir que la France n’en ait pas besoin »[11]. La France n’a pas besoin du droit des minoritĂ©s pour garantir une Ă©galitĂ© rĂ©elle entre les citoyens, parce que le principe d’indivisibilitĂ© exclut a priori l’existence entre citoyens une relation entre majoritĂ© et minoritĂ©[12]. Il y a des minoritĂ©s, mais ailleurs, il faut hĂ©las s’y rĂ©signer, dans tous ces pays qui n’ont pas eu la chance d’avoir eu une histoire oĂą l’égalitĂ© entre citoyens a Ă©tĂ© Ă©tablie une fois pour toutes et dont le principe d’indivisibilitĂ© est le garant. Pour ma part j’ai bien du mal Ă m’en rĂ©jouir, parce que le paralogisme est Ă©vident, puisque l’on conclut Ă l’inexistence de fait des minoritĂ©s, de quel type qu’elles soient, Ă partir de l’exclusion de la notion mĂŞme de minoritĂ©. Ce raisonnement me fait penser Ă la preuve ontologique de l’existence de Dieu, qui conclut de l’existence de Dieu Ă partir de son essence ; de mĂŞme ici il est de l’essence de la RĂ©publique d’exclure le phĂ©nomène minoritaire, donc il n’existe pas de minoritĂ©s en France.”
http://taban.canalblog.com/archives/2010/02/07/16823706.html
12 fĂ©vrier 2010 à 14:40
CE QUI EST SEULEMENT FRANCAIS :
“ce qui est « seulement français, c’est le terme de patois, empruntĂ© au français par d’autres langues… ». Et Lafont explicite : « Le fait mĂŞme de poser une situation comme exceptionnelle en prenant appui sur l’existence d’un signifiant exceptionnel, devrait en tout Ă©tat de cause susciter quelque mĂ©fiance. Une opĂ©ration manque ici, qui est l’élucidation mĂŞme du signifiant : un outil de langage qui ne correspond Ă aucun « universel linguistique » (si tant est qu’il en existe), mais qui paraĂ®t liĂ© Ă l’histoire spĂ©cifique d’une sociĂ©tĂ©, la sociĂ©tĂ© nationale française. Autrement dit, le linguiste ici dĂ©crit un type de comportement linguistique en correspondance avec la dĂ©nomination adoptĂ©e pour le signifier par la sociĂ©tĂ© qui use de ce comportement. Il se met au danger de construire une typologie scientifique d’après une typologie reçue de l’usage non scientifique, dont on peut craindre qu’elle soit tout simplement une idĂ©ologie »”
http://taban.canalblog.com/archives/2010/02/07/16823706.html
12 fĂ©vrier 2010 à 15:05
“DĂ©claration universelle des droits linguistiques”
“il est Ă©vident que l’unique façon de dĂ©passer ces clivages, et toutes les formes de hiĂ©rarchisations de langues est de poser l’égalitĂ© universelle des droit linguistiques de tous les locuteurs du monde, comme l’a fait la DĂ©claration universelle des droits linguistiques, proclamĂ©e Ă Barcelone entre le 6 et le 8 juin 1996, Ă l’initiative du ComitĂ© de traductions et de droits linguistiques du PEN club international, avec l’appui de l’Unesco : « Un des efforts des rĂ©dacteurs a consistĂ© Ă dĂ©finir des droits linguistiques Ă©quitables, sans les subordonner au statut politique ou administratif du territoire auquel appartient la communautĂ© linguistique, ou Ă des critères tels que le degrĂ© de codification ou le nombre de parlants, qui n’ont pas Ă©tĂ© considĂ©rĂ©s Ă effets de droit. C’est pourquoi la DĂ©claration proclame l’égalitĂ© des droits linguistiques, sans distinctions non-pertinentes entre langues officielles / non-officielles, nationales/ rĂ©gionales / locales, majoritaires/ minoritaires, ou modernes / archaĂŻques », p. 9. « art. 5 : La prĂ©sente DĂ©claration part du principe que les droits de toutes les communautĂ©s linguistiques sont Ă©gaux et indĂ©pendants du statut juridique ou politique de leur langue en tant que langue officielle, rĂ©gionale ou minoritaire ; les expressions « langue rĂ©gionale » et « langue minoritaire » ne sont pas utilisĂ©es dans la prĂ©sente dĂ©claration car il y est frĂ©quemment recouru pour restreindre les droits d’une communautĂ© linguistique, mĂŞme si la reconnaissance d’une langue comme langue minoritaire ou rĂ©gionale peut parfois faciliter l’exercice de certains droits », p. 21. De la mĂŞme façon que la question raciale ne se pose plus une fois Ă©tablie l’égalitĂ© de droits des citoyens indĂ©pendamment de leur couleur de peau ou de leur origine ethnique, la question de la hiĂ©rarchie et des jeux d’oppositions diffĂ©renciĂ©es des langues ne se posent plus, une fois posĂ© le principe de l’égalitĂ© des droits des locuteurs. A la fois, on sait bien que la proclamation, l’acquisition des droits civiques, l’égalitĂ© formelle des citoyens devant la loi n’empĂŞche nullement la perpĂ©tuation du racisme et des inĂ©galitĂ©s de fait que celui-cu entraĂ®ne. On est donc bien conscient que la proclamation formelle de droits linguistiques et mĂŞme leurs reconnaissances juridiques effectives ne sauraient suffire Ă rĂ©gler la question de l’inĂ©galitĂ© des statuts symboliques des langues.”
http://taban.canalblog.com/archives/2010/02/07/16823706.html
12 fĂ©vrier 2010 à 15:09
« En 1992, quand les représentants du peuple avaient voté l’inscription du français dans la constitution, cet énoncé péremptoire : « la langue de la République est le français », m’avait paru ambigu. Doit-on comprendre que le français est la langue républicaine par excellence ? Pourquoi n’avoir pas, plus simplement, écrit que le français est la langue officielle de la République ? J’étais convaincue que l’idéologie n’était pas absente de la formulation », Composition française. Retour sur une enfance bretonne, Paris, Gallimard, 2009, p. 255.
L’idĂ©ologie est toujours prĂ©sente en france
12 fĂ©vrier 2010 à 17:39
“L’idĂ©ologie est toujours prĂ©sente en france”.
Merci Hoel de cette information. Je suis sĂ»r que tout le monde l’ignorait.
Merci, Ă©galement, de nous prouver, par tout ce que vous Ă©crivez ici, que toute idĂ©ologie vous est totalement Ă©trangère…
12 fĂ©vrier 2010 à 17:48
J’oubliais :
Comment dit-on “niqab” et “burka” en breton ?
13 fĂ©vrier 2010 à 1:18
Eh HOEL!… Da gousket! Frachement Da gousket!
13 fĂ©vrier 2010 à 7:18
QuĂ©tou qu’olĂ© : Da Gousket?
QuĂ©tou qu’olĂ© = Qu’est-ce que c’est ? en Saintongeais, reconnue langue de France en 2009 !!
Da Gousket = au lit en Français?
Ceci dit, j’aime bien entendre mon patois charentais quand je retourne dans ma Saintonge natale,chaque annĂ©e. Radio Bleue La Rochelle a une emission en patois charentais de temps en temps. PlutĂ´t sympa.
Sur le reste, pas grand chose Ă dire. Il me semble que les commentaires rĂ©cents ressortent plus de l’obsession phobique que de l’analyse rationnelle. J’avoue franchement que je suis plus prĂ©ocuppĂ© par des problĂŞmes de santĂ© potentiels ou le viellissement que les agressions de l’Islam ou la disparition du Breton. A chacun ses obsessions, en fait.
13 fĂ©vrier 2010 à 14:36
Je signale, Ă l’intention de Hoel, un triste “portrait du jour”, de Marc Kravetz, dans le cadre des “matins” de France-Culture, celui de Boa Senior, qui vient de mourir. Elle Ă©tait la dernière survivante de la tribu “Bo” des Iles Andaman et la dernière Ă en parler (et Ă en connaĂ®tre) la langue.
On trouvera des informations plus détaillées sur le site :
http://wikiwix.com/cache/?url=http://www.survivalinternational.org/news/5509
13 fĂ©vrier 2010 à 17:32
kenique ça y est j’ai trouvĂ© comment on dit burqa en breton
http://www.lepost.fr/article/2009/12/09/1832549_comment-on-dit-burqa-en-breton.html
13 fĂ©vrier 2010 à 21:10
Brice
Alan et les autres
j’avais parlĂ© dans un post du sujet alimentaire qui pour moi est un Ă©lĂ©ment de diffĂ©renciation communautariste de certaines communautĂ©s.
Plus que la burqa le rigorisme alimentaire halal est un Ă©lĂ©ment important pour l’islam radical parce qu’il est symbolique (Ă©tendre une règle alimentaire) et financier (fiscalitĂ© religieuse). Il est Ă©galement inscrit dans le quotidien.
ce sujet est peu abordĂ©, pourtant la nourriture halal s’est Ă©tendue. Le pluralisme alimentaire en soit n’est pas choquant. Cependant, la prĂ©sence forte de communautĂ©s pratiquant le rigorisme alimentaire a produit des effets.
Par ailleurs, un vĂ©ritable business s’est dĂ©veloppĂ© autour du halal car le halal se paye et les obĂ©diences islamiques rĂ©cupèrent ainsi des ressources. Cet aspect financier est totalement ignorĂ©
Malheureusement, cette pratique est parfois devenue dĂ©lirante, loin de la tradition certains se sont enfermĂ©s dans un rigorisme qui frole la paranoia (je me rappelle encore d’un ami qui analyse le paquet de bonbons pendant de longues minutes avant de dĂ©cliner mon geste amical car il y avait doute sur le caractère halal dudit bonbon). Je ne parle pas des cantines scolaires mais aussi dans le monde du travail. je ne parle pas non plus de la question mĂ©dicale, ainsi par exemple la rumeur qui a circulĂ©e autour du vaccin de la grippe A…
Mais je viens de tomber sur cet article (je n’ai pas d’autre article de recoupement de l’information donnĂ©e)
http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Metropole_Lilloise/actualite/Secteur_Metropole_Lilloise/2010/02/13/article_burger-halal-ou-burger-au-bacon-on-n-a-p.shtml
qui provoque mon post
loin de moi toute idée de théorie du complot ou phobie particulière
je suis plutot un admirateur de la civilation islamique…
mais ce sujet est très intĂ©ressant sur la notion de pluralisme de notre sociĂ©tĂ© et les limites de l’acceptable
le sujet burqa est en fait socialement anecdotique par rapport au sujet alimentaire
Brice que pensez vous de cet article ?
14 fĂ©vrier 2010 à 2:44
Tout cela se terminera mal, malheureusement très mal!
14 fĂ©vrier 2010 à 3:00
Une anecdote qui en dit long sur le malheureusement dĂ©putĂ© NoĂ«l Mamère, et sur le courage et l’intĂ©gritĂ© de sa supplĂ©ante, Mme NaĂŻma CharaĂŻ:
“BORDEAUX - NaĂŻma CharaĂŻ, supplĂ©ante socialiste du dĂ©putĂ© de la Gironde NoĂ«l Mamère, lui a demandĂ© de cesser de la qualifier de “musulmane”, ce qu’elle n’est pas, dit-elle.
Elle a publiĂ© un communiquĂ© après une Ă©mission de tĂ©lĂ©vision sur la ChaĂ®ne parlementaire le 28 janvier dernier, oĂą le maire de Bègles, figure du Palais Bourbon, parlait d’elle comme musulmane en affirmant qu’elle Ă©tait opposĂ©e Ă une loi sur l’interdiction du voile intĂ©gral ou “burqa”.
“Militante fĂ©ministe, laĂŻque et socialiste, je n’accepte pas que mon dĂ©putĂ© titulaire me prĂ©sente comme une Ă©lue musulmane”, Ă©crit-elle.
“Je considère que les propos qu’il a tenus dans cette Ă©mission sont du mĂŞme ordre que le dĂ©rapage de Nicolas Sarkozy lorsqu’il prĂ©sentait un prĂ©fet comme musulman et que j’avais vivement dĂ©noncĂ© Ă cette Ă©poque”, ajoute la conseillère rĂ©gionale.
NaĂŻma CharaĂŻ explique qu’elle refuse d’ĂŞtre rĂ©duite Ă une appartenance religieuse et de surcroit, elle prĂ©cise qu’elle est pour l’interdiction de la burqa.
“FĂ©ministe et militante associative, j’ai toujours militĂ© pour une loi pour l’interdiction de la burqa en France. Le voile intĂ©gral est pour moi l’Ă©tendard d’une idĂ©ologie sectaire et intĂ©griste, attentatoire Ă la dignitĂ© humaine”, dit-elle.
L’amalgame entre les personnes de nationalitĂ© ou d’origine maghrĂ©bine, africaine et turque et les fidèles de la religion musulmane est courant en France.
Des propos de ce type de divers ministres dans le cadre du dĂ©bat sur l’identitĂ© nationale ont provoquĂ© de vives controverses.”
Source: Yahoo.fr actualité.
Tout cela ne fait que me conforter dans ma haine, disons mĂ©taphysique, d’une certaine gauche, des verts en particulier, ce ramassis de collabobos trotsko-multiculturalistes!
Je pense que Madame CharaĂŻ devrait ĂŞtre dĂ©putĂ© Ă la place de notre Mamère national dont le narcissisme n’a d’Ă©gal que sa vacuitĂ©! Retenez ce nom, CharaĂŻ, elle a l’air d’une sacrĂ©e nana!
De toute façon, quand des gens issus de l’immigration comme Malek Boutih, Rachid Kaci et d’autres auront une plus grande participaton au jeu politique, la RĂ©publique s’en portera mieux…On devrait remettre en place l’ostracisme de la citĂ© athĂ©nienne…Allez Mamère Da Gousket!Du vent…
14 fĂ©vrier 2010 à 10:09
Pas du tout d’accord pour l’Ă©viction de NoĂ«l Mamère. Toutes les catĂ©gories de Français doivent ĂŞtre reprĂ©sentĂ©es au Parlement. Tant qu’il y aura des imbĂ©ciles en France, NoĂ«l Mamère y aura sa place.
14 fĂ©vrier 2010 à 16:02
Pour A. Haye, cet extrait d’un très bon texte de Djemila Benhabib Ă propos de l’agression contre la comĂ©dienne Rayhana (que des “barbus” ont tentĂ© d’immoler par le feu en plein Paris) :
“Est-ce un hasard si l’ordre islamiste rĂ©gule le quartier ou Rayhana a Ă©tĂ© agressĂ©e ? Est-ce encore un hasard si les commerces communautaires ont Ă©crasĂ© de tout leur poids le reste des Ă©choppes avoisinantes? Est-ce un hasard encore si la burqa se commercialise dans le quartier ? Est-ce toujours un hasard si la mosquĂ©e du quartier rythme la vie des riverains ? Je vous surprendrai peut-ĂŞtre, mais pour vous dire vrai, je ne suis aucunement surprise par l’agression de la comĂ©dienne. Depuis quelques annĂ©es dĂ©jĂ je suis constamment alertĂ©e par des amis extrĂŞmement inquiets de l’avancĂ©e de l’islamisme politique au sein mĂŞme de leur quartier et de leur ville. A Marseille, Ă Lyon, Ă Lille, Ă Paris et en rĂ©gion parisienne ou ailleurs, plusieurs de mes amies ont Ă©tĂ© victimes d’agressions verbales et physiques. On les accusait toujours des mĂŞmes maux : de mĂ©crĂ©antes et de putains. C’est dire qu’une violence, avant d’être physique, est d’abord verbale et porte en elle une profonde charge symbolique. Aujourd’hui, j’en arrive Ă me demander combien sont-ils, en France, Ă subir des menaces et des intimidations sans jamais rien dire ni porter plainte? Combien sont-elles Ă emprunter des ruelles sinueuses les entrailles nouĂ©es par la peur? “
http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2010/01/19/2256-quelques-mots-a-propos-de-lagression-de-rayhana-djemila-benhabib
15 fĂ©vrier 2010 à 0:34
“C’est dire qu’une violence, avant d’être physique, est d’abord verbale et porte en elle une profonde charge symbolique.”
Il est vrai que A. Hayes n’emploie pas de propos violents:
“Bref les mots ont un sens…(n’en dĂ©plaise Ă cette petite chose mĂ©prisable qu’on nomme Pierre TĂ©vanian!).”
“C’est prĂ©cisĂ©ment ce que croit un imbĂ©cile heureux comme Patrick Braouzec!
“Tout cela ne fait que me conforter dans ma haine, disons mĂ©taphysique, d’une certaine gauche, des verts en particulier, ce ramassis de collabobos trotsko-multiculturalistes!”
Et ce petit florilège ne provient que de ce billet.
MĂŞme Kenique s’en mĂŞle avec son “Pas du tout d’accord pour l’éviction de NoĂ«l Mamère. Toutes les catĂ©gories de Français doivent ĂŞtre reprĂ©sentĂ©es au Parlement. Tant qu’il y aura des imbĂ©ciles en France, NoĂ«l Mamère y aura sa place.”
Ce qui est assez ironique venant de gens qui nous demandent de relire Orwell et notamment son concept de “Common decency”.
Je prĂ©fĂ©re cette phrase lue dans l’essai de Jean Claude Michea sur Orwell:”le dĂ©sir d’être libre ne procède pas de l’insatisfaction ou du ressentiment, mais d’abord de la capacitĂ© d’affirmer et d’aimer, c’est-Ă -dire de s’attacher Ă des ĂŞtres, Ă des lieux, Ă des objets, Ă des manières de vivre ».
Beurk, encore du “Bien-pensant”. Horrible, en effet.
15 fĂ©vrier 2010 à 4:31
Ah!! ça faisait longtemps!Vous allez bien Monsieur Machefert!Pour être complet dans la Régie des Jobards du Consensus, il ne manque plus que Romain!
Vous savez, M.Machefert, en matière d’idĂ©es et de dĂ©bat, j’ai toujours trouvĂ© Gramsci plus intĂ©ressant qu’Habermas…Les idĂ©es, c’est la guerre…avec quelques règles de biensĂ©ance certes…mais la guerre quand mĂŞme! Quant Ă mes tĂŞtes de turcs, j’estime u’on leur cire trop les pompes pour que je me permette de les Ă©pargner.
Concernant Noel Mamère, je crois que les liens plus bas vous donneront une idée du personnage:
1)http://www.youtube.com/watch?v=37h-5S1DNnk. Kitchissime
2)Ah les jeunes et les rave-party! Mamère accoure en rampant:
http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/1992348001013/rave-party-noel-mamere.fr.html
3)Mamère joue les Jean Moulin et prend la tête de la Résistance au soir du 21 avril 2002:http://www.ina.fr/politique/partis-politiques/video/2004466001010/declaration-de-noel-mamere.fr.html.
Ami, entends-tu les bobos…
4)Et puis une défense implacable des gosses de riche de Tarnac, qui jouent à la Révolution:
http://www.dailymotion.com/video/x7t0z9_jeunes-de-tarnac-noel-mamere-16-dec_news.
Sur les glorieux rĂ©sistants Ă l’ordre capitalo-fasciste de Tarnac, notre cher Christophe Bourseiller avec sa nonchalance ordinaire nous dĂ©clare pour sa part ne pas croire que l’affaire des sabotages relève du terrorisme, attendu qu’il ne s’agissait pas de vouloir causer des morts ou des destructions importantes, et y voit plutĂ´t l’Ĺ“uvre de « jeunes thĂ©oriciens dĂ©sireux d’ourdir des actions symboliques pour faire avancer leurs idĂ©es »!
Ouaww! Demain je vais aller saccager un local des Verts et l’incendier pour montrer mon Ă©coeurement de cette sociĂ©tĂ© capitalisto-boboide. Mais lĂ , je suis sĂ»r qu’on ne prendra guère ma dĂ©fense et qu’aucune bonne âme ne me soutiendra dans l’avancement de mes idĂ©es et de mes approches thĂ©orique…Je ne suis pas riche et bien nĂ©,et je ne suis pas issu de la gauche culturelle, cette oligarchie mĂ©diatique.
16 fĂ©vrier 2010 à 11:22
Pour terminer de convaincre JMB, cette phrase d’Habermas qui se dĂ©finit comme un athĂ©e mĂ©thodologique:”Le christianisme, et rien d’autre, est le fondement ultime de la libertĂ© de conscience, des droits de l’homme et de la dĂ©mocratie, les repères de la civilisation occidentale” CitĂ© dans le recueil de confĂ©rence “La raison, les sciences et l’avenir de la civilisation”.
16 fĂ©vrier 2010 à 15:01
ENORME!!! NoĂ«l Mamère, notre cher grand dĂ©fenseur du dialogue et de la diffĂ©rence…
Source: Mariann2
Mamère voit des musulmans partout
Le dĂ©putĂ© Vert NoĂ«l Mamère a qualifiĂ© sa supplĂ©ante socialiste de «musulmane». Alors qu’elle se considère comme «laĂŻque et agnostique». En plus, il l’a dĂ©crite comme opposĂ©e Ă la loi sur la burqa alors qu’elle est pour! Bref, Mamère a tout faux. Antidote l’explique.
C’est LibéBordeaux qui nous l’apprend : il y aurait un pataquès du côté de Bègles entre le célèbre député écologiste Noël Mamère et sa suppléante socialiste Naïma Charaï.
Monsieur Mamère s’est en effet permis, lors d’une émission de télé, de parler à la place de sa suppléante, et l’a qualifiée de “musulmane” alors qu’elle se considère comme “laïque et agnostique”. Il l’a, de plus, associée à son opinion sur le caractère stigmatisant d’une loi interdisant la burqa alors qu’elle-même se déclare, au contraire, favorable au vote d’une telle loi.
“NaĂŻma a franchi la ligne jaune”
Naïma Charaï a remis à sa place son député titulaire vendredi dans un communiqué où elle dit refuser que l’on parle en son nom et être réduite à une appartenance religieuse, bafouant ainsi le principe de laïcité. Se faisant, LibéBordeaux remarque très opportunément que Madame Charaï effectue un audacieux parallèle entre Noël Mamère et Nicolas Sarkozy, lequel a parfois été pris en flagrant délit du même amalgame.
Il semble bien, qu’en plus de partager la même conception de la Laïcité que le Président de la République ainsi que le juge Naïma Charaï, Noël Mamère déteste aussi se voir contredit par ceux qu’il considère être ses vassaux . Ainsi, a t-il dégainé dans Sud-Ouest :“Naïma a franchi la ligne jaune, à elle d’en tirer les conséquences”.
Mamère-Sarkozy, même combat ?
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Voile : les indignations sélectives des féministes françaises
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Quand les féministes défendent le voile intégral au nom de la «liberté»
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Candidate voilée: le cafouillage de Besancenot
Il faut qu’elle fasse quoi ? Qu’elle renonce à la suppléance ? Mamère se prépare t-il à devenir ministre d’ouverture de Nicolas Sarkozy, dont il est maintenant établi qu’il partage certaines opinions et méthodes, et veut-il priver cette dame de l’honneur de s’asseoir dans l’hémicycle ?
On ne saurait exclure que le mécontentement de Noël Mamère, ainsi pris en faute, ne soit déconnecté de la guerre sans merci que se livrent Europe Ecologie et PS dans cette région comme dans les autres. Mais cette manière de traiter Madame Charaï, n’en doutons pas, aurait déjà été qualifiée de “dérapage” dans tous les journaux, radio et télés, si l’ancien candidat à la présidentielle ne bénéficiait pas, au contraire de Georges Frêche, d’une quasi-immunité médiatique que son ancienne profession explique assez facilement.
16 fĂ©vrier 2010 à 16:31
Pour info, je viens de crĂ©er un groupe sur facebook, pour soutenir Mme Naima Charai, il s’appelle “Noel Mamère doit prĂ©senter des excuses publiques Ă Mme Naima Charai”. Inscrivez-vous nombreux, si vous le souhaitez bien entendu, et diffusez-le!
Merci!
17 fĂ©vrier 2010 à 14:01
A propos de l’Ă©mission sur le Che :
A quelque chose malheur est bon : déçue du peu de temps de parole laissĂ© Ă ZoĂ© Valdes, au cours de l’Ă©mission consacrĂ©e Ă la figure du Che, j’ai achetĂ© son livre relatif Ă Castro. Quel dommage de l’avoir un peu oubliĂ©e, derrière son tĂ©lĂ©phone ! Certes, elle n’a pas, au contraire de Benassayab, l’illustre “honneur” d’avoir plus ou moins cotoyĂ© le Che (par les proches de celui-ci), ni le non moins illustre “privilège” d’avoir Ă©tĂ© guerillero, mais enfin, l’intelligence de ses trop rares paroles mĂ©ritait de leur offrir plus ample dĂ©veloppement. Ne serait-ce que pour rĂ©pondre au sujet posĂ© par l’Ă©mission.
A ce propos, la question m’a paru Ă©trange : “Faut-il briser l’icĂ´ne ?”. Pour ma part, cette question ne se pose pas. “Pourquoi il faut briser l’icĂ´ne” m’eĂ»t paru un sujet plus avisĂ©. Il ne me semble pas moralement lĂ©gitime d’encourager les adolescents Ă se complaire dans une idĂ´latrie de jeunesse aux tenants quelques peu confus. Adolescente dans les annĂ©es 90, je n’ai jamais considĂ©rĂ© Guevara comme un homme estimable. Sans pour autant tomber dans l’erreur, lourde de consĂ©quences, d’en faire un “monstre”. Lourde de consĂ©quences car c’est prĂ©cisĂ©ment en apprenant, par l’exemple, que le bien et le mal rĂ©sident dans le coeur de chaque homme, indissolublement mĂŞlĂ©s, que l’on s’avère plus Ă mĂŞme de ne pas se laisser berner par les discours (souvent sincères, parfois cyniques) des hommes de pouvoir, des aspirants dictateurs, des chefs de faction qui se prĂ©sentent toujours, pour rassembler ces fidèles ou ces partisans grâce auxquels ils ensanglent le monde, comme la voie du Bien, du Bon, du Juste. Quitte Ă ĂŞtre fidèle Ă quelque chose (pour reprendre des mots de Benassayag), je prĂ©fère ĂŞtre fidèle Ă la vĂ©ritĂ© et non Ă une “cause” incarnĂ©e ou portĂ©e par une “icĂ´ne”. La dĂ©fense de la cause du Bien a justifiĂ© les pires atrocitĂ©s, d’autres l’ont dĂ©jĂ bien vu et expliquĂ©, JF Revel, par exemple. Bref, les adolescents ne sont pas plus (ou moins) imbĂ©ciles que leurs aĂ®nĂ©s. Pour peu qu’on prenne la peine de leur expliquer les choses (”l’enfer est pavĂ© de bonnes intentions”, “qui veut faire l’ange fait la bĂŞte”), ils sont (Ă´ combien) capables de subtilitĂ©, laquelle n’interdit pas l’admiration mais la rend bien au contraire possible, pour cette raison qu’elle consiste Ă ne pas confondre l’admiration avec l’idĂ´latrie, cette dĂ©votion un peu niaise et bien peu consĂ©quente. Il est un peu facile de clore la question de l’idĂ´latrie en invoquant l’idĂ©alisme des adolescents et leur attrait pour “la figure du juste assassinĂ©”. Mais de quel juste parle-t-on? A cet âge (je ne dois pas ĂŞtre la seule), j’admirais, par exemple, Socrate (quitte Ă savoir, depuis lors, qu’il m’aurait raillĂ©, pour ce qu’un tel sentiment dĂ©montre, chez celui qui l’Ă©prouve, n’avoir rien compris Ă son enseignement). J’admirais aussi Martin Luther King. Soljenitsyne. JĂ©sus. Bref, il me semble qu’il soit possible de vivre sans avoir Ă rougir de nos Ă©lans d’adolescence… D’autant que le penchant narcissique qui caractĂ©rise notre Ă©poque (et l’adolescence !) me semble la vraie raison de l’option, de l’Ă©lan “Che Guevara”. Je me souviens bien du verbiage, de la panoplie “anti-conformiste” (le conformisme de notre temps) qui accompagnaient le port du vĂŞtement dĂ©corĂ© de la figure du Che, chez certains de mes camarades. Le mĂ©pris rapide dont ils accablaient ceux que leurs discours et posture Ă©tonnaient… Le monde Ă©tait rĂ©duit Ă deux camps : celui des intellectuels Ă©clairĂ©s, auquel ils s’applaudissaient d’appartenir et le camps (pardon, la masse) des gogos, des “sceptiques” incapables de soutenir leurs arguments lapidaires (car trancher, quand la proposition soumise Ă votre rĂ©flexion est fausse, Ă force d’ĂŞtre simpliste, n’est pas le fort des raisonnables. Ou pour dire autrement, certaines propositions, certaines affirmations sont effectivement indiscutables. Mais pas pour la raison que l’on suppose). Bref, l’amour de la libertĂ© et de la justice, en paroles mais surtout pas en actes, voilĂ le souvenir instructif que m’ont laissĂ© mes guevaristes en herbe.
Par ailleurs, votre Ă©mission a permis de montrer que Guevara n’Ă©tait ni un cynique ni une brute Ă©paisse. Pierre Rigoulot, pour montrer que Guevara, maladroit et semble-t-il peu connaisseur de l’âme humaine, n’Ă©tait pas un bon meneur d’hommes, rapporte l’anecdote du guerrillo contraint d’Ă©pouser la jeune femme africaine qu’il a sĂ©duite (ou violĂ©e ?) et qui s’en suicide. Cette anecdote nous en apprend plus sur le Che qu’il n’a Ă©tĂ© dit lors de l’Ă©mission. Elle rĂ©vèle autre chose que de l’”idĂ©alisme” (mot galvaudĂ©). Elle m’a presque rendu le personnage sympathique: une telle attitude ne rĂ©vèle-t-elle pas un sens certain des responsabilitĂ©s ? N’Ă©tait-il pas dans une position intenable ? Si de la rĂ©volution devait naĂ®tre un monde nouveau, construit par des hommes nouveaux et portĂ©s vers le bien, alors les combattants au nom de la justice et du bien devaient ĂŞtre irrĂ©prochables… Des purs et des parfaits. L’Ă©chec du Che n’est pas celui de l’individu, c’est l’Ă©chec inĂ©luctable, inĂ©vitable de l’idĂ©ologie communiste, quelque soit le courant privilĂ©giĂ©. Le communisme est une impossibilitĂ© (sauf au sein de la famille), c’est, Ă mon sens, ce que rĂ©vèle la dĂ©sastreuse aventure et vie d’Ernesto Guevara.
18 fĂ©vrier 2010 à 6:26
C’est un très bon post, Flore!!! Mais vous savez en France, dans les milieux autorisĂ©s, on aimerait mourir pour des idĂ©es mais de mort lente (et avec un statut de fonctionnaire, genre postier!) comme disait Brassens!
18 fĂ©vrier 2010 à 19:33
Les “parfaits” peuvent ĂŞtre dangereux pour eux-mĂŞme : cf. MontsĂ©gur… Bien sĂ»r, c’est très lointain.
21 fĂ©vrier 2010 à 0:49
@Christiane
Vous avez raison, c’est loin “l’Ă©popĂ©e” cathare. Cependant, la recherche d’absolu, de perfection, me semble encore bien prĂ©sente dans les religions ou les idĂ©es politiques. Et ceci malgrĂ© les Ă©checs de certaines ideologies au XXième siecle. Alors, qu’ils soient dangereux pour eux-mĂŞmes, c’est embĂ©tant pour eux, mais je crains que certaines tentatives d’autres “parfaits” ne soient dangereuses aussi pour les autres. MĂŞme le “Principe de precaution” me parait relever de cette approche oĂą on l’on recherche une forme de “perfection” en essayant d’Ă©radiquer tous les risques. Et les personnes qui veulent notre “bien”, souvent malgrĂ© nous, foisonnent.