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Un prof de fac dort en prison pour avoir défendu sa famille

Non classĂ© 50 commentaires »

C’est, je crois, John Locke, qui a dit qu’un Etat qui cesse de garantir Ă  ses concitoyens la sĂ©curitĂ© de leurs personnes et de leurs biens ne mĂ©ritait plus d’ĂŞtre obĂ©i. Que dire alors d’un Etat qui interdit aux citoyens de se dĂ©fendre eux-mĂŞmes ? On apprend ce soir par Le Parisien qu’un professeur d’universitĂ© demeurant Ă  Juvignac près de Montpellier a Ă©tĂ© placĂ© en garde Ă  vue pour avoir rĂ©sistĂ© Ă  un malfaiteur qui menaçait de brĂ»ler vifs sa femme et leur fils de 13 ans, afin de leur soutirer de l’argent. CagoulĂ©, gantĂ©, et armĂ© d’un pistolet de calibre 9 mm, le malfaiteur, dĂ©jĂ  condamnĂ© Ă  trois reprises pour violences par la justice Ă  26 ans, avait Ă©té remis en libertĂ©. Lundi soir, il a fait coucher par terre les 3 personnes et les a arrosĂ©s d’essence. Ensuite, comme il frappait son Ă©pouse, le père de famille a eu l’immense courage de sauter au cou de l’agresseur armĂ©, a rĂ©ussi Ă  le dĂ©sarmer et l’a Ă©tranglĂ©. Ce soir, ce hĂ©ros dort en prison. Le parquet a “ouvert une enquĂŞte judiciaire pour homicide volontaire”, destinĂ© Ă  “vĂ©rifier l’Ă©tat de lĂ©gitime dĂ©fense”. Bref, comme trop souvent, les suspects sont les victimes.

Ce professeur mĂ©rite notre estime. Je lui exprime ma solidaritĂ©. Les juges, qui s’acharnent sur celles des victimes qui osent se dĂ©fendre, mais s’Ă©vertuent Ă  relâcher pour on ne sait quelles raisons, des criminels qui rĂ©cidivent, comprennent-ils qu’ils sapent ainsi la relation de confiance qui devrait exister entre les citoyens et l’Etat qu’ils reprĂ©sentent ? Je collectionne depuis quelques temps des faits divers qui dĂ©montrent la fĂ©rocitĂ© de la justice envers ceux de nos concitoyens qui font preuve d’esprit civique en se portant au secours de victimes de violence ou se dĂ©fendent eux-mĂŞmes. S’agit-il de punir ceux qui mettent ainsi en Ă©vidence l’impĂ©ritie de l’Etat face Ă  la sauvagerie qui monte ? De dĂ©sarmer l’instinct de rĂ©sistance et le sens de la solidaritĂ© qui sont des composantes de l’esprit civique ? Police et justice sont manifestement incapables de garantir Ă  nos populations le minimum de sĂ©curitĂ© pour lequel elles paient leurs impĂ´ts. MalgrĂ© les promesses du pouvoir, les mouvements de menton Ă©lectoralistes de nos dirigeants et les dĂ©nĂ©gations de sociologues gauchisants, la violence contre les personnes ne cesse d’augmenter. Ce n’est pas une raison pour s’en prendre Ă  ceux et Ă  celles qui, n’Ă©coutant que leur courage, sont mis en situation de devoir se substituer Ă  des institutions dĂ©faillantes.

Aux dernières nouvelles, le professeur est mis en examen pour homicide volontaire. On croit rĂŞver. J’ai mis dans les commentaires la pĂ©tition qui circule sur le net pour demander la fin des poursuites contre ce professeur hĂ©roĂŻque.

Très très grande bibliothèque

Non classĂ© 40 commentaires »

J’ai eu la chance de passer plusieurs annĂ©es de ma vie dans des bibliothèques. Dans la “crypte” du Saint-Antony’s College d’Oxford, puis Ă  la Bodleian, la bibliothèque principale de la mĂŞme ville, ainsi qu’Ă  la Narodowa de Varsovie. Je m’en souviens avec Ă©motion, comme l’occasion de rencontres avec des esprits Ă©minents, de renvois Ă  d’autres lectures, d’Ă©merveillements et de dĂ©couvertes. A l’Ă©poque, je me disais qu’il faudrait plusieurs vies et la connaissance d’une dizaine de langues au moins, pour pouvoir avaler le minimum des connaissances Ă  partir desquelles on cesse d’ĂŞtre un idiot parmi les autres… Je continue Ă  lire, mais chez moi, mais selon un toutre autre rythme. Et je viens de tomber sur ces passages de mon cher (et trop tĂ´t disparu) W.G. Sebald, que je m’empresse de confier aux lecteurs de ce blog qui, comme moi, ont Ă©tĂ© dĂ©couragĂ©s par la Très Très Grande Bibliothèque François Mitterrand.

” … jusqu’Ă  ce bâtiment Ă  la monumentalitĂ© inspirĂ©e par la volontĂ© du prĂ©sident de laisser une trace pĂ©renne de son passage, et qui… tant par ses dimensions extĂ©rieures que par son agencement interne, est un endroit qui vous rebute d’emblĂ©e et va dĂ©finitivement Ă  contre-courant de tout vĂ©ritable lecteur. […]”

“Une fois gravies les quatre douzaines de marches aussi raides qu’Ă©troites, opĂ©ration qui mĂŞme pour les visiteurs assez jeunes ne va pas sans danger, vous voici sous une esplanade couverte de madriers striĂ©s, dĂ©limitĂ©e aux quatre coins par les tours de vingt-deux Ă©tages de la Bibliothèque et couvrant la surface approximative de neuf terrains de football, qui, littĂ©ralement parlant, vous en impose et vous Ă©crase. Et les jours oĂą les bourrasque, ce qui n’est pas rare, rabattent la pluie sur ce parvis que rien n’abrite, on croirait ĂŞtre maloncontreusement fourvoyĂ© sur le pont du Berengaria ou de tout autre gĂ©ant des mers…”

“La première fois que je me retrouvai sur le pont promenade de la Très Grande Bibliothèque, je mis un certain temps Ă  dĂ©couvrir l’endroit  d’oĂą les visiteurs, par un tapis roulant, sont acheminĂ©s un Ă©tage plus bas, vers un sous-sol qui est en rĂ©alitĂ© un rez-de-chaussĂ©e. Cette descente - après qu’on vient juste d’accĂ©der pĂ©niblement Ă  la hauteur du plateau - m’est d’emblĂ©e apparue comme une aberration Ă  l’Ă©vidence imaginĂ©e pour dĂ©concerter et rabaisser le lecteur…”

“Si la requĂŞte dĂ©passe un tant soit peu les limites de l’habitude, il vous faut, comme aux bureaux du TrĂ©sor Public, tirer un numĂ©ro et patienter une demi-heure ou plus qu’un autre employĂ© de la Bibliothèque vous prie d’entrer dans une cabine sĂ©parĂ©e oĂą vous ĂŞtes autorisĂ©, comme s’il s’agissait d’une affaire extrĂŞmement douloureuse qui exige la confidentialitĂ© la plus absolue, Ă  prĂ©senter votre demande et Ă  recevoir les instructions affĂ©rentes…”

“Les nouveaux bâtiments de la Bibliothèque qui, tant par leur implantation que par leur rĂ©glementation interne Ă  la limite de l’absurde, s’attachent Ă  exclure le lecteur en faisant de lui un ennemi potentiel, sont la manifestation presque officielle du besoin de plus en plus affirmĂ© d’en finir avec tout ce qui entretient un lien vivant avec le passĂ©.”

Certes, ces propos sont placĂ©s dans la bouche d’un hĂ©ros-narrateur (Jacques Austerlitz) et d’un employĂ© accablĂ© de la dite Très Grande Bibliothèque. Mais j’y ai reconnu ma propre exaspĂ©ration lorsque, rentrant d’Oxford, en 1998, j’ai imaginĂ© pouvoir poursuivre Ă  Paris mes journĂ©es de lecture… J’ose espĂ©rer, sans trop y croire, que les choses ont pu changer Ă  la Très Grande Bibliothèque, oĂą j’ai renoncĂ© Ă  me rendre depuis une dizaine d’annĂ©es…

Ces extraits sont tirĂ©s de : W.G. Sebald : “Austerlitz”, traduit par Patrick Charbonneau et publiĂ© en 2002 par les splendides Ă©ditions Actes Sud.

Eté 1969 : la gueule de bois des sixties

Non classĂ© 59 commentaires »

J’en ai assez de lire des sottises dans la presse sur Woodstock et l’Ă©tĂ© 69. En aoĂ»t 2000, j’avais publiĂ© cet article dans L’Evènement du Jeudi, dont j’Ă©tais alors chef du service IdĂ©es. Je le soumets Ă  la critique des lecteurs de ce blog.

 

Derniers instants de plénitude, un peu étouffants, avant que l’orage ne vienne emporter toutes les naïves illusions des sixties. Durant l’été 1969, le « mouvement » culmine, se gâte, tourne à l’aigre. Comme le héros de « More » de Barbet-Schroeder, le film de cet été-là, on sait qu’on va le faire, ce pas de trop vers le soleil – vers une révélation qui va nous brûler les yeux. Ce n’est plus un jeu. Nous (ma génération) allons, cet été-là, rompre avec le monde enchanté d’une enfance bien trop prolongée. En quelques semaines, l’histoire va nous faire basculer de Woodstock en Altamont. Du grand rassemblement pacifique des enfants-fleurs de la mi-août au déchaînement meurtrier des Hell’s Angels, lors du concert gratuit de la tournée californienne des Rolling Stones. Un bref moment, on pourra encore croire que les bons sentiments, l’authenticité, le goût de la fête et le parfum de l’aventure collective vont l’emporter sur le monde des Nixon (élu de justesse, fin 68). Mais très vite, tout ce qui avait semblé incarner une libération, une alternative, semble déboucher sur l’impasse ou sur la mort. Il n’y a plus d’espace pour la fantaisie ironique et désengagée : c’est pourquoi les Beatles, qui ont incarné l’esprit des sixties, ne lui survivront pas. Après s’être fourvoyés dans « l’album blanc », ils se retrouvent pour une dernière séance, en cet été 69, enregistrent « Abbey Road », avant d’officialiser leur rupture en 1970. En mai 1969, Paul a épousé Linda et John Yoko Ono. Le « bed-in pour la paix » auquel se livrent ces derniers, au Hilton d’Amsterdam, a un effet déplaisant. Les fans commencent à comprendre que la pop est aussi une affaire de marketing et d’égos boursouflés. Que le militantisme radical peut accoucher du n’importe quoi.

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Le niveau de dĂ©penses sociales le plus Ă©levĂ© d’Europe

Non classĂ© 51 commentaires »

Encore une info qui est curieusement passĂ©e Ă  la trappe, le mois dernier : le niveau des dĂ©penses de protection sociale de la France, en pourcentage de PIB, est passĂ© Ă  31,1% en 2006 (dernier chiffre connu) selon Eurostat. La moyenne europĂ©enne est de 26,9 %. Pour la première fois, la France se place donc devant la Suède (Ă  30,7%) et devient donc le pays europĂ©en qui consacre le pourcentage le plus Ă©levĂ© de sa richesse produite au financement de son système de protection sociale. Un fait objectif qui ne dĂ©rangera pas les tenants de la thèse de la “dĂ©rive nĂ©olibĂ©rale” qui “menacerait de dĂ©mantèlement les acquis de l’Etat-providence”. Il est plus facile de rĂ©pĂ©ter des slogans que de croiser des chiffres. Mais la vraie question, celle de la soutenabilitĂ© Ă  moyen terme de cet ensemble de politiques, de plus en plus financĂ©es par l’emprunt, cette question-lĂ , la seule qui vaille, ne sera pas soulevĂ©e. Elle est trop complexe pour nos idĂ©ologues.

Deux souvenirs de Frédéric Mitterrand

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Depuis que FrĂ©dĂ©ric Mitterrand est devenu ministre de la culture, chacun y va de son anecdote sur le nouveau promu. J’ai les miennes et je prĂ©viens d’emblĂ©e les voyeurs de passer leur chemin : elles n’ont rien de graveleux. Du reste, l’auteur de “La mauvaise vie” s’est dĂ©jĂ  lui-mĂŞme chargĂ© de tous les pĂ©chĂ©s capitaux ; il n’est pas besoin d’en rajouter. Non, mes anecdotes Ă  moi illustrent plutĂ´t le caractère dandy d’un personnage qui m’aura longtemps fascinĂ©. Et puis, j’atteins enfin l’âge oĂą l’on vous tolère, en fin de repas, des “souvenirs d’autrefois”. Je sens venir l’Ă©poque de la vie oĂą l’on est tentĂ© par la publication des “silhouettes et croquis” des gens cĂ©lèbres qu’on a cĂ´toyĂ©s (prenez garde Ariel Wizman, SĂ©golène Royal, Karl ZĂ©rö, etc.). Puisqu’on a changĂ© d’Ă©poque, je me contenterais, en attendant, d’en faire profiter les patients lecteurs de ce blog. Lire la suite »

UE : fin de partie pour une utopie post-moderne ?

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C’est jouĂ© d’avance : malgrĂ© les pouvoirs impressionnants que le Parlement europĂ©en s’est acquis au fil du temps dans toute sorte de domaines (grâce notamment Ă  la procĂ©dure de codĂ©cision, mais aussi avec l’institutionnalisation progressive de la pratique de l’investiture de chacun des membres de la Commision), les citoyens vont, partout en Europe, bouder ces Ă©lections europĂ©ennes. On va s’apercevoir que le taux de participation, qui ne cesse de baisser, est encore tombĂ© de quelques points. Les commentateurs autorisĂ©s vont dĂ©plorer la frivolitĂ© des Ă©lectorats, leur myopie nationale, leur manque de sens civique, leur ingratitude… Ils vont dĂ©plorer, une fois de plus, le dĂ©tournement de ces Ă©lections europĂ©ennes par les partis et les enjeux nationaux. Ils vont rĂ©clamer la crĂ©ation de vrais partis pan-europĂ©ens, qui permettraient de “politiser” la composition du Parlement et, partant, de la Commission. Et de confĂ©rer ainsi de vrais enjeux Ă  cette Ă©lection. Vaines invocations : ĂŞtre de de gauche n’a absolument pas le mĂŞme sens en France et en Grande-Bretagne, en Pologne et en Suède. Comment le New Labour et le PS français pourraient-ils rĂ©diger un programme commun ? Certains partis de centre-droit adhĂ©rents du PPE sont fĂ©dĂ©ralistes, comme la CDU, et d’autres souverainistes, comme les conservateurs britanniques - qui promettent de quitter le PPE, ce qui aurait l’avantage de clarifier les positions. Quant Ă  la “politisation du Parlement et de la Commission”, imagine-t-on une Commission homogène, reflĂ©tant la majoritĂ© politique du Parlement, tentant d’imposer aux Etats une politique en contradiction complète avec avec les programmes sur lesquels auraient Ă©tĂ© Ă©lus leurs chefs de gouvernements ? Et si c’Ă©taient les Ă©lecteurs qui Ă©taient dans le vrai ? Et si c’Ă©taient les fondations intellectuelles elles-mĂŞmes - si europĂ©ennes par leur sophistication - sur lesquelles a Ă©tĂ© bâtie cette magnifique construction, l’Union europĂ©enne, qui Ă©taient en train d’ĂŞtre rendues obsolètes par les consĂ©quences intellectuelles de la crise ? Nous sommes sur le point de basculer dans un tout autre monde, un monde qui est peut-ĂŞtre celui de l’après-mondialisation. Or cette mondialisation, l’Union EuropĂ©enne en a Ă©tĂ© Ă  la fois un vecteur efficace et un symbole triomphant. MĂŞme si certains pays, comme la France, ont cru voir plutĂ´t, dans l’UE, une “protection” contre la mondialisation et d’autres, comme les Britanniques et les Scandinaves,  plutĂ´t une opportunitĂ© d’amĂ©liorer encore leur capacitĂ© exportatrice. Notre pauvre Union risque d’apparaĂ®tre bientĂ´t Ă  ce titre comme le vestige abandonnĂ© d’une illusion datĂ©e. Lire la suite »

Les vraies inégalités

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Pour corriger les dysfonctionnements et les injustices de notre sociĂ©tĂ©, il convient d’abord d’en avoir une vue exacte et prĂ©cisĂ©ment mesurĂ©e. C’est pourquoi les politiques sociales, traditionnellement de la compĂ©tence des sociologues, seraient en train de passer aux mains des Ă©conomistes, comme le constate François Dubet, pour le dĂ©plorer, dans son dernier livre, “le travail des sociĂ©tĂ©s”. Or, notre connaissance de la rĂ©alitĂ© sociale est trop souvent faussĂ©e par les slogans, non pas du jour, mais bien plutĂ´t de la veille. Dans un pays oĂą les dirigeants politiques ont de plus en plus tendance Ă  rĂ©agir aux mouvements d’opinion, plutĂ´t qu’en fonction d’un plan d’ensemble, cela donne parfois de piteux rĂ©sultats. Notre politique sociale a souvent pĂŞchĂ© de vouloir corriger les problèmes d’hier, plutĂ´t que ceux d’aujourd’hui - comme nos gĂ©nĂ©raux perdaient les guerres du moment, pour s’ĂŞtre longtemps prĂ©parĂ©s Ă  la dernière…. Ainsi, les mĂ©dia vont rĂ©pĂ©tant que, dans notre pays, “les inĂ©galitĂ©s de revenus explosent”, ou encore que “le partage de la valeur ajoutĂ©e s’est dĂ©gradĂ© au dĂ©triment des salaires”. Qu’en est-il exactement ? Le rapport Cotis, qui vient de paraĂ®tre, remet les pendules Ă  l’heure. C’est sur la base des indications qu’il fournit que des nĂ©gociations sociales informĂ©es et honnĂŞtes pourront s’ouvrir, afin que le poids de la crise ne pèse pas prioritairement sur les plus faibles. Car les principales victimes de la crise sont et surtout seront, comme d’habitude, ceux que l’on n’entend pas.

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Du grain à moudre à Fleury Mérogis

Non classĂ© 46 commentaires »
Nous avons donc passĂ© la semaine Ă  la plus grande maison d’arrĂŞt de France, Ă  l’occasion d’une invitation en bonne et due forme de l’administration pĂ©nitentiaire adressĂ©e Ă  notre radio, France Culture. Qu’en aurais-je retenu ? Très peu de choses relevĂ©es sur place : l’administration a fait en sorte que nous ne croisions que très exceptionnellement des dĂ©tenus. L’architecture de Fleury est telle que la grille d’une “tripale” ne peut ĂŞtre ouverte que lorsque les deux autres sont fermĂ©es. Lorsque les dĂ©tenus rentraient de promenade, nous attendions de notre cĂ´tĂ©. Peu de regards Ă©changĂ©s.  Ni Julie Clarini, ni moi, n’avons de goĂ»t pour le voyeurisme. La proximitĂ© du crime, la menace du danger, ne provoquent pas, chez nous, d’excitation malsaine. En outre, nous n’avons travaillĂ© que dans la D2, refaite Ă  neuf, moins sordide que les autres. Notre prĂ©sence est donc restĂ©e très extĂ©rieure, nous n’aurons entr’aperçu que la surface des choses.  Nous avons eu de nombreux contacts avec des surveillants ; suffisamment pour constater que ce sont des gens jeunes, appartenant aux deux sexes, comportant une bonne reprĂ©sentation de la diversitĂ© ethnique (pas mal de Noirs), sĂ©rieux, calmes, attentifs, (j’en ai vu se faire insulter avec une patience d’ange…) , bref lĂ  aussi, très Ă©loignĂ©s de l’idĂ©e qu’on se fait des “gardiens”. Mais sur la vie quotidienne des dĂ©tenus, je n’ai pas le sentiment d’avoir appris grand chose. Beaucoup par contre, grâce Ă  mes lectures et encore plus grâce Ă  nos invitĂ©s de ces quatre Ă©missions…  dans les taxis qui nous ramenaient Ă  Paris.

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Ce qui restera de culture après la crise

Non classĂ© 97 commentaires »
Encore un dĂ©bat qui a lieu chez les autres, mais pas chez nous. J’ai trouvĂ© dans la revue intellectuelle britannique Prospect, Ă  quelques mois d’intervalle, deux articles dont les auteurs s’interrogeaient sur les effets probables de la crise dans le domaine de la culture. Le hasard fait qu’ils s’appellent tous deux Toby. En dĂ©cembre, c’Ă©tait Toby Young, qui revenait sur les thèses Ă©noncĂ©es il y a quarante ans par son père dans son fameux essai, “The Rise of Meritocracy”, pour diagnostiquer une victoire par K.O. des cultures de masse sur la haute culture, en tous cas chez les moins de 45 ans. En ce mois de mars, Toby Mundy constate, lui, la montĂ©e en puissance de la presse sĂ©rieuse - parce que les gens ont besoin d’une information qui prenne de la hauteur.

Et chez nous, qui sortira le mieux son Ă©pingle du jeu ? Les Ă©lites de la compĂ©tence - malgrĂ© leur incapacitĂ© Ă  prĂ©voir et Ă  empĂŞcher la catastrophe en cours ? Ou plutĂ´t l’esprit de dĂ©rision qui prend pour cible ces mĂŞmes Ă©lites, parce que c’est facile et qu’elles sont Ă  terre ? Le besoin de comprendre ce qui se joue favorisera-t-il un regain d’intĂ©rĂŞt pour le savoir et l’Ă©tude ? Peut-on rĂŞver d’une rĂ©habilitation de la culture humaniste traditionnelle, parce que les diverses branches de l’expertise ont dĂ©finitivement manquĂ© le coche et n’offrent aucun horizon de sens ? Ou la crise va-t-elle, au contraire, achever la culture littĂ©raire et humaniste, en en faisant l’ultime passe-temps de quelques retraitĂ©s ? Lire la suite »

A bord du Titanic

Non classĂ© 31 commentaires »
On vit un moment inouĂŻ. Ceux qui en savent long l’affirment  :”La machine mondiale est en train de s’enrayer rapidement.” Jacques Attali, dans son article hebdomadaire pour Slate.fr - le nouveau site qui compte -, Ă©crit : “Alors que la dette amĂ©ricaine aurait dĂ» se rĂ©duire, elle est passĂ©e de 350 % du PIB du pays, Ă  la fin de 2007, Ă  500 % Ă  la fin de 2008. Cependant que “d’autres prĂŞts sont en train de devenir non remboursables.” “Le pire est donc vraisemblable“, poursuit-il, “un effondrement du système bancaire mondial, suivi d’une inflation planĂ©taire.” Et pendant ce temps, en France, gouvernement et syndicats discutent de l’ampleur du ”plan de relance”, comme si l’on Ă©tait en 1974 - et non en 2009. Et pendant ce temps, en France, une chaĂ®ne de tĂ©lĂ©vision lance un sondage pour savoir si, par hasard, elle n’en ferait pas “un peu trop” “sur” la crise ! C’est vrai, ça, on nous en parle tout le temps. Au dĂ©triment de problèmes autrement plus sĂ©rieux que sont la vague de froid et  la mĂ©vente des huitres d’Arcachon et autres coquilles Saint-Jacques (sujets rĂ©currents sur TF1…)

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