Jeudi 17 janvier, 19h30. L’animation de la cour de l’Institution des Chartreux à Lyon me surprend énormément. Deux files d’attente sont organisées entre places réservées et non réservées et la lenteur de leur progression s’explique par le très grand nombre de personnes s’étant déplacé pour assister à l’émission-débat que nous organisons avec le Nouvel Observateur et la collaboration de la Villa Gillet.
Je reste plusieurs minutes à observer les allées et venues, les rires, les quelques échanges qui me parviennent, je suis étonnée aussi par la diversité du public, les générations se confondent, se mélangent.
Certes Daniel Cohn-Bendit sera là - et il attire toujours les foules - certes, Luc Ferry lui portera très certainement la contradiction.
Mais effectivement, Que reste-t-il de Mai 68 ? c’est le thème choisi pour ce Grain à moudre spécial, coanimé par Brice (Couturier) et François Armanet du Nouvel Observateur et qui annnonce son ambition, avoir, quarante ans après, la tentation de l’inventaire de ce mouvement.
Née avant 1968, mais trop jeune pour avoir la mémoire de cette année-là, j’ai grandi dans les suites - les conséquences, les transgressions, les paradoxes - de ce mouvement, et, à cette heure-là, ce jeudi, je dois avouer que - bien que l’opération s’annonce comme un succès - je suis très sceptique sur ce que je dois attendre d’un tel débat et les enseignements que je pourrai en tirer. J’ai toujours en mémoire les commémorations précédentes, où dans mon souvenir, les différences, ou plutôt les opppositions étaient toujours présentes, les pro et anti 68 s’affrontaient, mettaient en face l’une de l’autre deux types de sociétés qui avaient du mal à se comprendre.
Nous sommes tous réunis dans une salle de l’Institution des Chartreux, en attendant l’heure. On peut croiser, dans les corridors, les élèves internes avec leurs plateaux-repas, et je les entends dire qu’ils n’ont pas eu l’autorisation d’aller au débat, car c’est complet. Effectivement, les responsables de la Villa Gillet nous confirment qu’après qu’Ali Baddou, dans les Matins, ait fait une dernière annonce, leur standard a réellement explosé. Je suis perplexe. 68 intéresse donc toujours à ce point ?
Avec une demie-heure de décalage sur l’horaire prévu, trente minutes nécessaires pour organiser l’installation du public dans la salle, et après avoir tenté de dissoudre l’anxiété de Brice, nous entrons dans une arène digne des AG de l’époque. Une chaleur impressionnante en plein hiver, des spectateurs-auditeurs au coude à coude sur leur chaise, des centaines de paires d’yeux tournés vers l’estrade oû s’installe le quatuor, face à eux.
Brice explique que nous allons enregistrer l’émission et surtout essayer de respecter son format, soit 55 minutes, àl’issue desquelles le débat avec la salle commencera. Il passe la parole à François Armanet pour la première question. Ils devaient en poser au total huit. Mais la vivacité de ton, les saillies humoristiques de Dany le rouge, les réponses plus posées et argumentées de Luc Ferry leur interdiront de les poser toutes.
Les deux types de sociétés qui se sont affrontées en 68 - représentées aujourd’hui par Daniel Cohn-Bendit et Luc Ferry - s’entendent … sur certains points comme la sexualité, la famille, certes toujours pas sur l’éducation. Mais entendre Daniel Cohn-Bendit reconnaître et regretter certaines erreurs commises à l’époque, comme le slogan “élections, pièges à cons“, écouter Luc Ferry préférer la famille choisie par amour à la famille choisie par convention, tout comme s’opposer aussi sur la culture (livre versus image), ça valait le coup. Ma génération devrait se sentir mieux, car ce débat légitime les contradictions que tous ceux de mon âge ont du affronter.
Le débat avec la salle est lancée au bout d’une heure. Certains se plaignent de ne pas avoir le micro tellement les questions, les témoignages sont nombreux. Je me retourne vers les techniciens tout en haut de la salle, et je fais un signe à Laurent, le chargé de réalisation pour lui demander s’il continue l’enregistrement. Il me répond oui, et tant mieux, car toutes ces interventions pourraient faire l’objet de boni sur le site intenet.
Mais … tout le monde s’accorde sur la qualité des interventions du public, et il est envisagé d’en faire une seconde émission spéciale Grain à moudre, si aucune contrainte technique ne l’empêche. Alors, une ou deux émissions ? ce n’est pas encore tranché mais aux dernières nouvelles, cela semble tout à fait possible.

QUE RESTE-T-IL DE MAI 68, avec Daniel Cohn-Bendit et Luc Ferry sera diffusé sur France Culture et publié dans le Nouvel Observateur le jeudi 31 janvier 2008.

©VNoël/France Culture/Daniel Cohn-Bendit

©VNoël/France Culture/Daniel Cohn-Bendit