Monsieur S, vieux compagnon de France Culture (il mériterait le nom de Grenoblois oreille fidèle) est resté, à 79 ans, un grand marcheur. Jeudi, il avait consacré sa journée à la randonnée et à la cueillette des champignons ( 2008, grand cru dans l’Isère, il a tant plu…) mais vendredi, c’était pour lui le jour Forum Libé. Monsieur S est  de tempérament exigeant, il aimerait que France Culture continue de parler comme lui, avec la même économie de mots:” Vous n’y parvenez pas toujours mais…bon! En ce qui concerne ce forum,vous avez eu raison de vous y associer; la première rencontre, par exemple, entre Lang et Cohn-Bendit, se situait, d’entrée, à la bonne altitude”.A la différence de Monsieur S. (et des quelque vingt mille spectateurs de la MC2, autant qu’au match de foot Bordeaux-Grenoble, le même week-end…), vous n’avez pas eu accès direct aux salles de la MC2  mais vous en avez entendu des échos sur notre antenne: partagez-vous son sentiment? Le Dauphiné libéré, observant le ballet des limousines qui déposaient les intervenants face à l’entrée des artistes, a titré, un rien jaloux peut-être: “Le défilé des ministres”…Les membres du gouvernement avaient en effet accepté nombreux l’invitation de Libération”: Xavier Bertrand, Martin Hirsch, Christian Estrosi, Fadela Amara. Aux actuels, il faudrait joindre le Perpétuel, Jack Lang qui, en chemise bleue puis rose, arpenta le hall et le parvis toute la journée de vendredi, jouant à l’hôte, accueillant avec affabilité ses jeunes successeurs. Une fois ou l’autre, le public fut moins aimable, étrilla tel ministre, Fadela Amara par exemple. Le débat que nous avons choisi de relayer, entre Xavier Bertrand et Bernard Thibault, était un meilleur indicateur du climat dominant: les spectateurs penchaient pour le syndicaliste mais écoutaient avec retenue le ministre, les premiers donnant l’impression de craindre encore plus l’échec de l’expérience Sarkozy que sa réussite et le second faisant effort pour ne rien dire qui rompe cet équilibre fragile et puisse déboucher sur un affrontement.Exceptionnellement, ce vendredi, l’identité de l’émission Du grain à moudre s’effaca devant ce débat tel que le proposait “Libé”. Coup de canif à notre contrat  Ou instantané, qui rendait compte utilement d’une ambiance qui en dit long sur le rapport de forces actuel? C’est à vous de le dire.En haut de la volée de marches qui mène à la MC2, se tenaient, à bonne distance de Jack Lang, quelques gauchistes du parvis”, qui déployaient de temps à autre une modeste banderole ou distribuaient quelques tracts.Grâce aux bons offices du directeur de l’établissement, Michel Orier, les mesures de sécurité, à l’entrée du batiment, étaient plus discrètes, et surtout plus finement appliquées que lors des rendez-vous du même genre organisés les années précédentes.Néanmoins, le sentiment demeure, chez quelques uns, d’une “trahison”: “Qu’est-ce qu’un journal qui se dit toujours de gauche et nous ignore, nous, militants d’ici?” Dans les émissions qui lui étaient propres (la totalité, sauf une), France Culture s’était efforcé d’éviter ce reproche, nous avions invité plusieurs grenoblois, des innovateurs comme des historiens, en nombre significatif.Les tout petits groupes habitués à la prise et au contrôle de la parole sont évidemment déroutés par un forum d’un nouveau genre comme celui de “Libé”. Les spectateurs qui, à l’entrée, composent leur programme au dernier moment (”Et toi? Tu vas voir qui?”) se comportent un peu comme dans un festival, et non comme dans un meeting ou une assemblée générale. Plus étonnant encore: après avoir écouté, méfiants et hostiles, Rachida Dati, ils peuvent se précipiter vers elle pour solliciter un autographe…Un observateur superficiel pourrait se dire que nous sommes  vraiment entrés dans cette trop fameuse “démocratie d’opinion” qui tourne à la façon d’un manège, d’un spectacle à l’autre. Pierre Rosanvallon, au micro de Jean-Marie Colombani,  mettait justement en garde contre cette fausse évidence de la modernité. La démocratie quui vient, c’est aussi l’ultradémocratie, la contestation, silencieuse en public mais studieuse, attentive qui se transforme ,sur le net, en un bruissement continu.J’ajouterai : la démocratie représentative existe encore. Parti de Grenoble aussitôt achevée “La rumeur du monde”, et parvenu quarante kilomètres plus haut, dans une vallée qui m’est chère, celle du Haut-Breda, j’entendais le soir les habitants discuter avec leur conseiller général: - Formidable année, Philippe, pas pour les ceps, mais pour les chanterelles et les trompettes. - Il a tant plu! - Pour les champignons, ça va, mais pour le reste…Et la discussion démarra, très exactement sur le même thème qui avait occupé la MC2  trois jours durant et dont vous pouvez, ici même, apprécier le traitement que nous en avons fait.