Et c’est reparti ! certains esprits chagrins diront que ce n’est pas trop tôt ! La rentrée est passée par là … conférence de presse, nouveaux programmes, le directeur qui part, les manifestations qui s’enchaînent … bref, le temps qui passe ! La radio à l’envers revient avec un nouvel intervenant. Nouveau sur ce blog uniquement, car ce n’est pas un inconnu pour tous ceux qui écoutaient notre fréquence aux alentours de 18H30 ces dernières années. Jean Lebrun, de Culture matin à Travaux publics en passant par Pot au feu, poste sur La radio à l’envers un premier billet, pour évoquer notre présence au Forum Libération qui s’est tenu le week-end dernier. Si l’envie est là, lisez, réagissez, participez …
A très vite, et au plaisir de vous retrouver, de vous lire.
le RenDez-Vous de Laurent Goumarre © VNoël/Communication France Culture
sept 23



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28 septembre 2008 à 11:47
ah, c’est pas trop tôt !!!
18 octobre 2008 à 17:10
Bonjour Caroline, bonjour Loïc,
J’ai envie de faire connaître mon évolution…
J’ai défendu sur ce blog des émissions et des animateurs-producteurs que je considérais injustement attaqués. Je n’ai pas changé d’avis là-dessus. Mais, j’ai tendance à partager de plus en plus l’opinion des auditeurs critiques en ce qui concerne le manque de diversité des programmes et la faiblesse de leur conception “artistique”. Je rejoins donc EZ, et même Yann, dans leur nostalgie, non dans leur acrimonie.
Amicalement à tous,
V.
2 novembre 2008 à 8:28
On peut changer d’avis, Vincent ! Il y a encore quelques temps, je défendais l’idée de la tranche info du matin, mais désormais, je pense que pour se démarquer et montrer se spécificité, fc devrait plutôt parler de culture entre 7 et 9.
+++
5 novembre 2008 à 10:48
Ah, Loïc, nous avons des évolutions similaires? C’est toujours drôle les coïncidences…
12 novembre 2008 à 15:50
Bonjour Loïc et Vincent,
Ca fait plaisir…
Si des commentaires tels que les vôtres pouvaient commencer à inspirer les décideurs, après tout la direction vient de changer, c’est peut-être le moment de faire passer un certain message que je me tue à ne pas trouver idiot en soi (avoir de la culture sur une chaîne consacrée à la… culture).
Les sujets éco politico actu, peut-être que le public en est un peu trop gavé en ce moment (crise, élections US, guerre, terrorisme etc.) ; un peu d’air ferait du bien.
Moi, la culture à la radio, je la trouve sur F-Musique ou même sur la radio suisse : obligé de s’exiler, eh ouais…
Bébert
15 novembre 2008 à 12:27
Bonjour Bébert,
oui, ça fait plaisir… Vous faites le quatrième pour la belote?
J’espère comme vous en tout cas que des commentaires comme les nôtres inspireront quelqu’un quelque part. C’est à coup d’inspirations que l’esprit circule.
Pour revenir au vécu, je reste personnellement assez friand de débats et de réflexions sur l’actualité… et je dois dire que 8 fois sur 10, quand j’écoute une émission de FC, elle arrive assez vite à m’intéresser. Mais, sur la durée, je partage votre sentiment: c’est trop souvent les mêmes thématiques et la même forme de communication. Quand il m’arrive, par contre, de tomber sur une programmation de Une vie, une oeuvre, c’est vraiment l’expérience d’une autre qualité. Alors, je rejoins complètement le point de vue exprimé par plusieurs personnes ici, et je comprends leur dépit puisque la conversation en direct remplace progressivement les émissions montées. Il faudrait un équilibre, car les deux formes ont leur intérêt. Je trouvais que Jean Lebrun dans Travaux Publics avait l’art de concilier les qualités des deux. Il n’en reste pas moins que des émissions écrites, élaborées, composées de matériaux sonores qui s’enchaînent et se répondent… c’est ce que France Culture devrait pouvoir continuer à nous apporter.
Je passe, à vous.
V.
18 novembre 2008 à 10:30
Une vie une oeuvre : excellent exemple, en effet, d’une radio qui fait de la culture. Il paraît que les numéros sur Machiavel et sur Giono étaient très agréables. Dommage tout de même que le format soit réduit à moins d’une heure, et surtout qu’on ne puisse plus l’écouter le dimanche - comme moi, qui ne puis écouter la radio en journée en pleine semaine. Cette émission, avec Bouche à oreille et les Papous, était parmi les rdv dominicaux que je ne ratais quasiment jamais !
A croire que la culture c’est pas pour tout le monde, que c’est réservé à une petite partie des auditeurs, c’est regrettable…
Bonne journée à tous,
Bb
18 novembre 2008 à 10:32
J’oubliais un PS : je suis nul à la belote, je connais mieux le tarot, c’est plus facile à jouer tout en écoutant la radio…
Bb
22 novembre 2008 à 23:54
(Caroline, s’il-vous-plaît, ne me censurez pas cette fois. Ceci est un message garanti gentil.).
Bonsoir Vincent,
vous savez il n’y a pas d’”acrimonie” dans ce que nous disons, mais seulement beaucoup de regret et de lassitude.. Quand vous écrivez “Il n’en reste pas moins que des émissions écrites, élaborées, composées de matériaux sonores qui s’enchaînent et se répondent… c’est ce que France Culture devrait pouvoir continuer à nous apporter”, je ne saurais pas mieux dire. Attention, vous filez un mauvais coton !
Hier, dans son émission Du Grain à moudre, Julie Clarini affirmait que le risque était grand que l’audiovisuel public, privé prochainement de ses ressources publicitaires, remplace désormais ses émissions élaborées et montées par du talk show. Las ! elle ne voyait pas que son constat s’appliquait en tout point à l’évolution récente de France Culture où le robinet à paroles en direct a remplacé les émissions construites, bien trop chères et trop exigentes en effort et en inventivité.
D’ailleurs que pensez-vous de Rendez-vous, de Minuit dix, de Zone de Libre échange ? Avez-vous écouté ces émissions ?
Cordialement, en espérant que Caroline, que je salue au passage, veuille bien publier,
Emma Z.
26 novembre 2008 à 10:44
Bonjour Emma,
si Emma est bien votre prénom. Je me pose pas mal de questions à ce sujet depuis que j’ai lu vos messages à Jean Lebrun. J’avais complètement oublié cette nouvelle de Borges, et je m’inquiète pour vous ou pour qui vous pourriez être dangereuse… Vous me dites que vous êtes sans acrimonie, je ne sais pas alors comment il faut qualifier les messages susdits.
Au-delà de la polémique, la question m’intéresse et votre point de vue aussi. Je viens de lire de livre de Patrick Broguière et j’ai commandé les deux derniers bouquins de Jean Lebrun. Vous voyez que je travaille… Je n’ai pas écouté les émissions que vous citez, je n’en parlerai pas.
Je suis d’accord avec vous sur beaucoup de choses: la “radio d’avant” était plus intéressante et formatrice, curieuse et variée… Aujourd’hui le direct et l’actualité occupent trop de place. Le système des producteurs tournants qui ont le temps d’élaborer leur émission est nettement meilleur que le système qui confie une tranche quotidienne ou même hebdomadaire de direct à une seule personne. Je vous remercie d’ailleurs de m’avoir fait prendre conscience de ce genre de choses.
Votre réflexion va plus loin . Vous parlez d’illusion participative, de mise sur un pied d’égalité du savant et du quidam, vous mettez en cause un certain relativisme culturel. Je suis aussi en partie attiré par ces idées: si les programmes ont perdu en densité culturelle, n’est-ce pas une forme de déni de l’idée de culture?
Ensuite, il y a la question de l’engagement. Le militant défend une position, il s’oppose à une réalité. S’il a foi en ses principes, il ne s’embarrasse pas de questionnements. Il a vite fait de trouver ses cibles et les moyens de les réduire. S’il ne faisait pas ce travail, sans doute une réalité indésirable aurait le champ libre pour s’installer. Certes…
Pourtant je reste gêné par ces prises de position. J’aime bien votre idéalisation romantique (pardon si je raccourcis beaucoup, mais je voudrais être bref)de ce que doit être FC. Mais, pourquoi dire, Broguière, que Tout arrive est inutile et ne sert qu’à de la promotion commerciale, ou que Les nouveaux chemins de la connaissance ne sont qu’une émission d’opinion; vous, que Travaux publics n’est que bâclage et fatuité…?
Non. De même que le direct et les débats ont leur intérêt, ou que le fait d’être un chroniqueur connu par ailleurs ne doit pas être a priori un obstacle pour intervenir à l’antenne…
Bien. Je suis d’accord avec tout le monde et j’ai sans doute encore parlé pour ne rien dire. Mais j’écris parce que je vous aime bien EZ, et j’aime bien aussi Jean Lebrun.
V.
27 novembre 2008 à 5:59
Bonjour Vincent,
Ouhlala, oui, vous avez mille fois raison, ce pseudo, choisi pour ses seules sonorités, en piochant un jour par hasard chez Borges (un auteur que je ne prise guère) est une horreur et une exécrable carte de visite, aux antipodes de ma pacifique personne. C’est un peu par paresse que je le maintiens en espérant que pas grand monde ne lise Borges, mais c’est évidemment raté parmi les auditeurs de FC. Il fallait y penser :-). Cela dit, comme des envies de vengeance et de meurtre me viennent parfois, comme à ce sinistre personnage, en écoutant certaines émissions de FC, après tout, pourquoi pas ?
Y a -t-il de l’”idéalisation romantique ” de l’ancienne FC ? Peut-être un peu, ce n’est pas impossible, mais lorsqu’on écoute nos enregistrements anciens et le robinet de parlotte actuel, la différence est tout de même abyssale. Là où l’on trouvait un travail ciselé, tenu de bout en bout, contrôlé, on trouve aujourd’hui le débraillé de la parole spontanée, le tout-venant de la conversation à bâtons rompus avec son lot de remarques inutiles et d’anecdotes parasites (”la porte est -elle fermée ?”" Brr, il fait froid dans ce studio, passez-moi ma petite laine”. “Machin est encore en retard, coincé sur le périph” “je n’arrive pas à le prononcer mais je vais y arriver, je vas y arriver ” et “Trucmuche, arrêtez de me casser les oreilles et éteignez votre portable, bon sang”..). Bref, l’oralité en direct favorise, me semble-il, ce genre de dérive. On bavarde entre soi, comme au café, sans s’apercevoir, du désordre des propos échangés (on atteint des degrés de cacophonie impensables sur FC) et qu’aucun savoir ne se construit à partir de cette parole évanescente. L’opinion, le “j’aime / j’aime pas”, le “moi personnellement, je” a pris la place de la critique.
Effectivement, la dérive de Jean Lebrun vers ce journalisme bistrotier a quelque chose de consternant pour ceux d’entre nous qui regrettent l’homme de radio compétent et aguerri. La formule a fait florès, et depuis, les émissions de café, de hall de gare ou de parc des expositions, imitations inaudibles et volatiles de Travaux publics, se sont multipliées, à une seule fin, être vu, montrer un visage avenant et jeune, capter des auditeurs, quel que soit le moyen. Mais surtout, ce que je reproche par-dessus tout, à J. Lebrun c’est d’avoir contribué à former (?) – à moins qu’il n’ait refermé la porte derrière lui – une armada de clones (pardon pour la sévérité du jugement), contents d’eux, passablement ignorants de la radio et de son histoire (cela s’entend à tous les instants), mais animés d’une foi inébranlable dans l’intérêt et dans l’universalité de leurs centres d’intérêt (télé, séries, musiques chébrans, internet). Écoutez donc les émissions citées dans mon précédent message. C’est la relève, et croyez-moi, cette relève, vous n’avons pas fini d’en souffrir, car elle est jeune (un critère d’excellence apparemment), dans le vent, et que la modernisation de la poussiéreuse FC passe par elle.
L’utilité et l’intérêt des proliférantes chroniques (chaque émission se doit d’en avoir une ou plusieurs) est également discutable. Les retenez-vous vraiment ? Qu’apportent-elles, mis à part un point de vue personnel dispensable ? Ne renforcent-elles pas ce culte de l’ego et de la personnalité si pénible désormais sur FC ? La plupart du temps, on se retrouve à les zapper auditivement car elles ne font qu’interrompre le cours de l’échange. Ni reprises, ni commentées, portant parfois sur un sujet qui n’est pas celui de l’émission, elles ne sont qu’une parenthèse qui ne sert qu’à brouiller un peu plus le message. Voyez un peu, les émissions des producteurs chevronnés dans leur métier (A. Finkielkraut, JN Jeaneney, F; Isidori, O. Germain-Thomas, A. Perraud et d’autres encore) se passent aisément de chroniqueurs.
Bah, FC n’est finalement qu’à l’image de la culture décaféinée qu’on nous sert un peu partout. Elle se contente de suivre le mouvement. Il reste beaucoup de bonnes choses par chance, mais personnellement, je ne les retrouve que chez les “anciens” et dans les émissions montées, là où subsiste quelque chose d’un art radiophonique. Les émissions nouvelles sont parfois plus proches de la radio de MJC ou de campus que de la radio culturelle.
Caroline, merci. Je sais, c’est très méchant pour Jean Lebrun, mais il publie toujours mes critiques, même les plus féroces…
À bientôt, Vincent, également ravie de bavarder avec vous.
Gardons Emma et oublions le Zunz
2 décembre 2008 à 19:39
Bonsoir Emma,
Je suis en train de terminer Journaliste en campagne, je vais tout de suite attaquer Le journalisme en chantier. J’aime beaucoup cette lecture dans laquelle je retrouve toutes les qualités que j’aimais dans Travaux publics.
Alors, votre hostilité,est-ce affaire de pure divergence d’opinions, ou bien y a-t-il des malentendus qu’on puisse lever? Il y a sans doute un chemin qui circule entre ces deux options. En tout cas, il me semble qu’il y a une certaine ironie (tragique!;)à vous voir déplorer le modernisme décadent de quelqu’un habité à ce point par le souci de la tradition.
Il y a dans le premier livre (dans le second aussi, peut-être bien)un appel à ne pas couper le fil de la querelle. Il est important que la discussion se poursuive…
Sinon, est-ce qu’il ne suffit pas de dire que puisque ces émissions sont en direct, leur intérêt n’est pas dans l’analyse de l’élocution des participants qui risque effectivement de parfois fourcher…? Autant passer tout de suite à la question de l’intérêt du direct. Cet intérêt n’est peut-être pas si négligeable. Finalement, le débat deviendrait vite celui de la place du journalisme à l’antenne, même si “direct” et “journalisme” ne sont pas superposables. J’ai l’impression qu’en critiquant les défaillances de forme, c’est le choix du fond journalistique que vous contestez. Pourtant, le journalisme n’est pas à exclure de la culture. C’est même là un enjeu de société que Jean Lebrun exprime bien. A voir les choses selon cette perspective, il me semble que beaucoup des reproches que vous faites tombent d’eux-mêmes. Personnellement, je ne me sens jamais accablé par ces phénomènes d’ego que vous apercevez, ou par les chroniques que vous trouvez inutiles (je me souviens qu’à l’époque où j’avais davantage l’habitude d’écouter Les matins, j’étais assez intéressé par la chronique de A-G Slama, qui permet de comprendre la perception libérale de l’actualité, et ce n’est pas quelque chose d’évident pour tout le monde, en tout cas pas pour moi).
Par contre, je pense que vous posez aussi des problèmes sérieux. Si il y a abandon de la “forme élaborée”, du programme écrit à visée éducative, n’est-ce pas le signe d’une crise de la transmission? Comme je l’ai déjà dit, je vous rejoins sur le constat de la récurrence des thèmes et des types d’émissions. Mais, ce n’est peut-être qu’une affaire d’équilibre.
A bientôt,
V.
4 décembre 2008 à 21:16
Bonsoir Vincent,
je ne vais pas être bien longue car je craindrais de me répéter indéfiniment. Mais il y a quelque chose d’un peu pénible à entendre toujours ces “propos d’”hostilité”, d’”acrimonie”, comme si les auditeurs critiques n’étaient guidés que par des réactions irrationnelles, vaguement pathologiques. Non, il n’y a aucune hostilité de ma part, c’est ridicule. J’ai toujours estimé le travail de Jean Lebrun et c’est pour cette raison que je cherche à comprendre ce qui a bien pu l’amener à évoluer vers la radio qu’il faisait les derniers temps. Pour moi, comme pour d’autres, cela restera un mystère de la radio.
Je ne vois nulle “tradition” dans ce genre de travail, mais bien tout le contraire. Un sabordage en règle. Quant au direct, fallait-il à ce point faire du zèle pour plaire à la patronne ? Abdiquer ? Flatter le public dans le sens du poil ? D’autres producteurs essaient contre vents et marées de faire subsister un peu de leur métier et de leur conception de la qualité radiophonique. Qu’a-t-on à gagner au direct mis à part cette pseudo-maïeutique qui semble tant tenir à cœur aux adeptes de l’émission ? Effectivement, je récuse l’idée du journalisme comme culture (à moins de donner à ce terme le sens vague et attrape-tout qu’on lui donne sur FC) et surtout l’omniprésence du journalisme sur FC (je l’ai écrit sur le blog de Jean Lebrun).
Je ne vois toujours pas pourquoi mes reproches “tomberaient d’eux-mêmes”. Je n’ai pas le temps de développer (ni guère l’envie), mais cette chaîne, dite culturelle, a-t-elle pour mission de se transformer en simple relais de la rumeur du monde, de ses bavardages et de ses éphémères débats sociétaux ?
Quant aux ego, si vous n’avez pas été choqué par la mise en scène de la dernière de Travaux Publics, je crois que je ne pourrai rien pour vous convaincre… On a le droit de préférer la radio modeste et discrète d’il n’y a pas si longtemps, qui donnait toute la place au sujet ou à l’invité, sans esbrouffe inutile, sans pose, sans effets. Un seul détail. Quand on désannonçait une émission et qu’on annonçait la suivante, on le faisait toujours par le nom de l’émission. Désormais, c’est systématiquement par le nom du producteur-vedette. Ce n’est pas un signe ?
J’ai adoré cette radio sans connaître le nom d’un seul producteur, mais tout en reconnaissant leur style, leur voix, l’atmosphère qu’ils créaient parmi tous.
E.
8 décembre 2008 à 12:54
Chère Emma,
ce sentiment pénible que je vous donne, vous voulez me le rendre tout de suite… Ce ne sont pas seulement les reproches qui vont tomber d’eux-mêmes, mais la conversation. Un silence pesant risque de régner, pour quelque temps encore, avant que tout finisse.
Un silence qui me transporte dans une cantina misérable au fond de la Pampa. Vous me regardez avec froideur, une froideur méprisante me dis-je. Loïc et Bébert dorment ou regardent par la fenêtre. En fait, c’est Loïc qui regarde au loin; Bébert, lui, la joue sur la table, laisse de temps en temps échapper un gémissement: “plusss de cultuuure…” Caroline est derrière le comptoir, elle essuie les verres, l’air absent. Peut-être que son regard et celui de Loïc se rencontrent loin d’ici, dans l’infini de la Pampa. En tendant l’oreille, on perçoit le son affaibli d’une radio, un tango, une milonga écrite par Borges (tant pis pour vous).
Moi, pour ne pas croiser longuement votre regard fixe, je laisse aller mes yeux sur des cartes à jouer, non rangées après une partie terminée dans l’ennui.
Je repense bien sûr à ce que vous venez de dire. Alors comme ça, dire ce que je dis, c’est vous accuser de trouble pathologique, ou au moins d’irrationnalité. C’est-à-dire que votre constat est tout simplement objectif, et ceux qui n’y souscrivent pas manquent de clairvoyance. Oh, je déteste manquer de clairvoyance! Mais, je sais que c’est bien souvent le cas malheureusement.
Pourtant, en l’espèce, je ne veux pas vous donner raison si facilement. J’estime que comme pour beaucoup de choses, un regard bienveillant est nécessaire pour saisir, par exemple, l’intérêt d’une émission comme Travaux Publics (ce qui ne fait pas de nous des “adeptes”). De même qu’exclure le journalisme de la culture ne me paraît pas être une évidence. J’imagine qu’un fin lettré a pu dire un jour qu’un journaliste doit être l’historien du présent. Et puis, concernant ces chers egos, je me laisse aller à penser, pardonnez-moi, que parmi les dizaines de producteurs ayant officié sur FC, il pouvait s’en trouver aussi un ou deux présentant des gonflements de cet organe (proportion de cas inférieure à la moyenne nationale). Si une émission est régulièrement produite ou présentée par un même individu, il me paraît normal de l’annoncer par le nom de celui-ci, sans y voir une manifestation narcissique.
Donc, je me permets de m’opposer à vos arguments (dans le but en fait, croyez-le, de faire des progrès en clairvoyance, mais je comprends que vous ayez autre chose à faire que de m’aider sur cette voie, et d’ailleurs moi aussi j’ai autre chose à faire que de venir ici), même si j’aime mieux votre radio idéale que celle qui fait écouter une émission comme zone interdite: je pense, en effet, que c’est ce que j’ai capté pendant un quart d’heure samedi dernier. L’animateur était assez insupportable, son humour juvénile branché, ses fautes de français, son style “intello”-télévisé… Pourtant, l’émission était écoutable, les autres participants étaient plus intéressants que lui. J’ai pensé qu’une bonne hiérarchie des valeurs et des styles placerait cette émission sur France inter.
Mais tout ça, c’est dans ma tête. Bébert dort toujours. La milonga est finie, c’est une pub qu’on entend maintenant. Tiens la porte s’ouvre, le vent et la poussière entrent avec… Mais, qui est ce gaucho à l’air menaçant, qui s’avance vers nous avec son fouet à la main? Bon sang, j’ai bien l’impression que c’est Yann!
Hasta luego.
V.
13 décembre 2008 à 21:48
Cheeeeee, qué peliculón que vous inventez là… Nous n’en sommes pas là, mais en tout cas, en ce qui me concerne, et mes petits camarades critiques me rejoindront, je suppose, je n’ai jamais prétendu être extra-lucide ni clairvoyante. On aimerait seulement que les critiques ne soient pas systématiquement associées à la mauvaise humeur, l’aigreur, la malveillance, voire la violence… D’ailleurs, j’ai vu mille fois plus d’agressivité dans des propos d’auditeurs qui ne nous suivaient pas dans nos analyses que l’inverse. Je fais, a priori, le pari de l’intelligence des gens qui ne pensent pas comme moi. Alors je ne vois pas pourquoi on expliquerait invariablement par quelque travers psychologique lamentable les propos à peu près argumentés (on fait ce qu’on peut) qui n’ont pas l’heur de ressembler à vos opinions.
Pour revenir juste sur un point: que gagne-ton vraiment à promouvoir des producteurs-vedettes, à les entendre invoquer leurs enfants, leur connaissance intime de l’Angleterre ou des States, leur petite enfance ou leurs chères études quand ils ne font pas de leurs dadas et de leurs marottes la seule justification de leurs interventions (quelques cas pathologiques sévères). Écoutez donc les plus chevronnés, ils n’éprouveront jamais de divaguer de la sorte et resteront concentrés sur leur sujet ou sur leur invité, sans avoir besoin de se mettre en avant. Maintenant on étale les photos des uns et des autres, alors que pendant tant d’années, les voix sont restées des voix sans corps et qu’au contraire, l’auditeur espérait bien garder le mystère aussi longtemps que possible…
C’est fou comme vous apportez de l’eau à mon moulin (”L’animateur était assez insupportable, son humour juvénile branché, ses fautes de français, son style “intello”-télévisé”). En effet, il n’y a plus que les invités qui rendent certaines émissions audibles et d’aucuns semblent aussi accablés face à leurs hôtes, que les auditeurs derrière leur poste. Faut-il se contenter de la francinterisation de FC ? Drôle d’affaissement des ambitions.
On ne parle pas d’une radio “idéale”, comme vous dites, mais d’une radio qui a bel et bien existé (il faut en informer les néo-auditeurs) et qui a été pan par pan liquidée (oh pardon, on dit “réformée “, “rajeunie”… ). Oui, je suis passéiste, à la manière de Tocqueville, si vous le permettez : “le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres”. Nous sommes bien en danger d’oubli sur France Culture, mais que cela plaise ou pas, il restera quelques auditeurs pour dire encore et toujours ce que fut cette radio et ce qu’elle est devenue. Et quelle perte irrémédiable c’est.
Cordialement,
E.
17 décembre 2008 à 12:03
Bonjour Emma,
Vous n’êtes pas trop fâchée et vous parlez espagnol: bravo!
Ca ne me dérange pas du tout d’apporter de l’eau à votre moulin, quand nos rivières (ou nos ruisseaux, restons modestes) se rejoignent, au contraire. Pourquoi ne serais-je pas ravi d’être d’accord avec vous, vous écrivez bien, vous défendez le bien public, vous aimez la culture… Mais bon, vous avez bien besoin d’un mur pour vous renvoyer la balle, et d’un autre côté, je n’arrive à être tout à tout à fait d’accord car, malgré vos qualités, je vous trouve trop péremptoire (rien à voir avec la médecine ni même avec la morale, et cela étant dit sans manquer à votre respect).
Trop péremptoire, c’est donc que je vous reproche une erreur de jugement. Vous me donnez l’impression que vous aimiez un bel ours et qu’on vous l’a remplacé par un cheval. Et vous dites: regardez ces pattes, ce ne sont pas des griffes… et il est incapable de se mettre debout… tout le monde monte dessus… il n’a plus cette magnifique fourrure… il pousse des cris affreux… etc,etc. Il y a là de quoi fatiguer le cheval et ceux qui lui trouvent des qualités, même si votre sentiment est sincère et vos regrets légitimes.
Donc il y a, me semble-t-il, une espèce de malentendu qui tient à cette comparaison critique négative (je ne sais pas comment l’appeler). Le débat ours contre cheval peut être posé, mais il faut discuter des qualités de chacun dans le respect de sa singularité. Mais, malheureusement, rien n’est moins évident à faire: la singularité d’une radio n’est-elle pas un leurre, ou du moins une simple réalité discursive? Nous voilà jetés en pleine controverse entre Nominalistes et Réalistes… On ne s’en sortira pas si facilement. En tout cas, disons que la vision critique que vous projetez est difficile à accepter en bloc.
Pour en revenir à des choses concrètes, quelques plaisirs d’écoute récents: Projection privée, avec la découverte du jeune réalisateur d’un nouveau fim, L’apprenti; La rumeur du monde, eh oui, avec le point de vue allemand sur les relations franco-allemandes; Les nouveaux chemins de la connaissance, sur Platon… et je dois dire que je n’ai pas écouté grand-chose de plus, donc taux de satisfaction à 90%! J’ai aussi entendu, soit dit en passant, il y a quelques temps un travail bien fignolé sur la construction de la tour Montparnasse, avec archives de FC de 1974: sympathique émission de l’époque, mais je me suis dit qu’il aurait été facile à des petits génies du style ddfc de se moquer des envoyés spéciaux de l’époque qui étaient heureux de faire partager aux auditeurs le bruit en direct des marteaux-piqueurs.
Bon, je voulais faire court. Heureusement que personne ne lit ces messages, sauf Caroline sans doute pour des raisons de responsabilité légale (désolé de vous infliger ces pensums). Je voudrais malgré tout revenir sur ce qui m’intéresse le plus. Ce n’est pas la question de l’injustice historique, que je veux bien déplorer avec vous, des décisions de l’ancienne directrice Laure Adler. L’histoire est pleine d’injustices, sur lesquelles il faut finir par passer pour en venir à considérer les situations présentes avec ce qu’elles ont de négatif et de positif, même si ce positif s’inscrit dans la continuité de l”‘injustice”. Ce qui m’intéresse, c’est l’opposition entre une radio constructrice de savoir et une radio lieu de débats. Je crois qu’il y a en effet une question d’époque. J’aimerais que des gens plus aptes que moi interviennent pour m’éclairer sur le sujet, vous peut-être.
Je m’arrête là pour aujourd’hui.
Bien cordialement,
V.