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Le rêve spatial russe

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Nous sommes le 12 avril 1961 et, dans quelques instants, Gagarine va devenir le premier homme dans l’espace et la preuve vivante  que l’économie socialiste est plus forte que l’économie capitaliste. Lorsque, 8 ans après, les capitalistes marchèrent sur la lune, ce fut un choc. Une blague circulait à l’époque : Brejnev annonce aux cosmonautes soviétiques qu’ils vont être les premiers à aller sur le Soleil. Et quand l’un d’eux s’inquiète de la possibilité de se faire brûler, Brejnev répond : « Le Parti a tout prévu, vous aller voyager pendant la nuit ! »… « Actuellement, on met au point tous les systèmes techniques nécessaires à cette expérience. Parallèlement on cherche des volontaires. Et nous en avons plein déjà ! Plus de 20 ! Je ne peux  pas vous dire d’où ils sont… Cette expérience, je pense, sera un très bon début pour les vols habités vers les planètes lointaines… »

Ne vous inquiétez pas, il ne s’agit pas du Soleil. Nous sommes en 2008, l’URSS n’existe plus, le capitalisme a gagné et le Directeur de l’Agence Spatiale Russe Anatoly Perminov parle d’un projet d’expédition sur Mars, en collaboration avec les Américains. Dans quel état se trouve aujourd’hui  le programme spatial de la Russie indépendante ? Voici une brève réponse de la Radio d’état : « En 2008, les dépenses pour l’exploration spatiale s’élèveront à 1 milliard de dollars. Cela correspond à peu près aux niveaux de dépenses de l’Inde, mais moins que celles de la Chine ou de l’Union Européenne. Et 18 fois moins que celles des Etats-Unis ! »

La journaliste de la Radio Russie Elena Philippova a assisté à la présentation du premier véritable programme spatial russe élaboré en 2006 :

« Pendant les 10 ans à venir, on doit rétablir le groupement orbital russe. On devra avoir 70 appareils spatiaux. Ils vont servir pour les télécommunications, la télévision, la navigation, la météo, la cartographie etc…. Et c’est très important, car les lancements commerciaux, domaine dans lequel la Russie est leadeur devant les Etats-Unis, sont en diminution. Mais on doit se battre pour occuper une niche - celle des services de télécommunications et de sondage de la Terre pour les pays étrangers. La demande mondiale est grande pour ce genre de programmes, mais la Russie manque d’appareils appropriés. »

Commerce, profit, coopération - voici les mots clés de la nouvelle politique spatiale russe. Et puis, il faut gérer l’héritage soviétique. La légendaire base de lancement de Baïkonour se trouve au Kazakhstan. La Russie la loue actuellement mais songe à construire  sa propre base. L’ex vice premier ministre Serguei Ivanov : « En 2016  la nouvelle base de lancement  Vostochny sera prête pour les lancements des fusées de n’importe quel type. Et en 2018, nous planifions les premiers vols habités. »

Et le rêve dans tout cela ? Eh bien, en  voici un, annoncé un peu avant le nouvel an. La Russie est prête à sauver le monde ! Car le danger est imminent et il vient des astéroïdes. Anatoly Perminov : « D’ici 2029, des astéroïdes vont se rapprocher des trajectoires de nos appareils géostationnaires. Et même s’ils ne tombent pas sur terre, ils peuvent les endommager. Un seul appareil hors service  faisant partie d’un système où tous les appareils sont liés, et c’est le système tout entier qui se retrouve en panne…c’est très grave, surtout dans le domaine de la défense ! »

Pour dévier les méchants et dangereux astéroïdes, plusieurs solutions sont à l’étude mais il est encore  trop tôt pour les rendre publique, affirme Monsieur Perminov qui invite d’ores et déjà les autres pays à participer au financement du projet. Autrement dit, chaque rêve, surtout spatial, a un prix.

Le grand bouleversement dans la géographie du commerce mondial des drogues

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Un bateau  a échoué près de côtes de Guinée-Bissau…« Quand les gens sont venus pêcher, ils ont vu quelque chose qui ressemblait à de la farine. Certains ont pensé qu’il s’agissait d’engrais pour faire pousser les tomates ! D’autres ont imaginé que c’était quelque chose que l’on utilise dans le poisson séché…» L’un des pêcheurs a même essayé de peindre son bateau avec cette poudre blanche…

Ces pêcheurs guinéens sont devenus les témoins d’un grand bouleversement dans la géographie du commerce mondial des drogues, car le bateau échoué était rempli de cocaïne. Il venait d’Amérique. Depuis un certain temps déjà, les cartels sud-américains considérèrent qu’il est de plus en plus difficile d’envoyer les drogues directement vers  l’Europe. Ils choisissent donc d’autres routes et passe désormais par l’Afrique. La Guinée-Bissau est devenue une des principales bases dans cette nouvelle logistique. Antonio Maria Costa est le représentant  de L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime :

« La cocaïne est conditionnée, mélangée avec les produits d’exportation traditionnels comme les noix de cajou, les crevettes congelées ou encore le textile. Et, ensuite, elle est exportée vers l’Europe. »

Selon les Nations Unies, un quart de cocaïne saisie en Europe est en provenance de l’Afrique.

« La somme d’argent dont on parle ici est immense si on la compare à la petite taille des économies des pays de l’Afrique de l’ouest. Pour vous donner une idée : en Afghanistan, ou le problème est très aigu aussi, l’économie d’opium représente 50 ou 60% du revenu national. Dans un pays comme Guinée Bissau, c’est peut-être 200% ! »
Avec ces sommes gigantesques, il est très facile de renverser des gouvernements ou même de les rendre complices du trafic de drogue. Ces entretiens avaient été enregistres à quelques mois seulement du coup d’état en Guinée-Bissau. Deux ans plus tard, le 15 février dernier, les ministres de six pays de l’Afrique de l’Ouest se sont rassemblés à Dakar pour une réunion consacrée à la lutte contre le trafic de drogue. La conférence était intitulée « Le temps de l’action, tous ensemble ». « Ensemble » signifie aussi : « avec les européens » - les premiers consommateurs de la marchandise illégale transitant par l’Afrique. Pas étonnant donc, qu’à cette conférence de presse on ait pu entendre… Brice Hortefeux. Il est frappé par « l’impact du trafic de drogue en France avec la banalisation de la cocaïne, le retour de l’héroïne et l’emprise du cannabis sur des pans entier de la société, ce qui déstabilise la jeunesse et favorise le développement d’une économie souterraine de plus en plus puissante offrant à des gangs polyvalents, très violents, très organisés et transnationaux des ressources considérables. » A suivre…

Apparemment, ce sera la Grèce

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 © ai

Godfrey Bloom - membre du parti de l’Independence du Royaume Uni - est connu pour avoir son franc-parler. Il ne cache pas qu’il est entré en politique à cause de Maastricht, de la monnaie commune contre lesquels il s’est battu. La douloureuse expérience de 1992 qui avait vu la participation de la livre sterling au Système Monétaire Européen a fortement marqué sa pensée. Souvenez-vous, les attaques spéculatives contre la livre sterling l’ont faite sortir du système de monnaies doté d’un ancrage de parité fixe, un système précurseur de l’euro. Aujourd’hui Godfrey Bloom pense que la Grèce se trouve dans une situation similaire :

« Très peu de pays remplissaient effectivement les critères de Maastricht. La Grèce ne le faisait pas, de même que la Belgique, l’Italie, le Portugal, ou  l’Espagne ! Tôt ou tard, ça devait mal se terminer. La seule question était de savoir  quelle en serait la première victime ? Apparemment, ce sera  la Grèce. »

Effectivement, on sait aujourd’hui que la Grèce a « maquillé » ses comptes pour rentrer dans la zone euro et, plus récemment,  qu’elle avait également maquillé les chiffres de son déficit budgétaire. Certains économistes, comme Paul de Grauwe, pensent que les critères de Maastricht ne sont pas essentiels pour l’existence de la monnaie commune. Godfrey Bloom, économiste également, les trouve utiles et pointe quelques autres difficultés :

« La zone euro n’est pas une zone monétaire optimale, telle que nous, les économistes, la définissons. Nous allons toujours avoir des économies nationales très différentes qui suivent les différentes étapes du cycle économique. Ca fonctionne comme une boîte de vitesses. Première pour démarrer, deuxième pour descendre les Champs Elysées, etc. Et il ne serait pas raisonnable que votre collègue, qui a démarré 10 minutes plus tard que vous, soit obligé d’utiliser la même vitesse que vous ! On ne sort pas de son garage à la même vitesse que lorsqu’on est sur une autoroute ! La monnaie est une vitesse. Une seule monnaie ne peut pas être efficace pour une économie fondée sur le tourisme, une autre sur l’agriculture, et encore une autre sur l’industrie. La seule manière de la rendre efficace est d’assurer des transferts de capitaux. »

Comme ca se fait entre les régions d’un même pays ?

« Ou, d’ailleurs, comme aux Etats Unis, qui ne sont pas une zone monétaire optimale non plus ! Les Etats-Unis sont composés d’états aussi différents que la Californie, le Michigan, le Wyoming… Mais il existe un système de réserve fédérale, qui, en dernier ressort, joue le rôle de prêteur. »

La Banque Centrale Européenne n’a pas d’instrument pour sauver un pays en difficulté, c’est certain. Mais l’entraide entre les états reste possible, n’est-ce pas ?

« Il est vrai qu’on est heureux de prêter assistance aux membres de sa famille. Mais le transfert de capitaux suppose une taxation plus élevée et un appui politique très fort. Les seuls capables de le faire sont les allemands. Ils sont connus pour leur discipline financière. Mais si vous êtes rigoureux avec votre argent, voudriez-vous qu’on le donne à votre voisin qui va aller le  perdre au casino ? »

Dernière question à Godfrey Bloom. Godfrey Bloom, l’économiste…Et si on trouve le moyen de surmonter cette crise qui touche la Grèce, l’Espagne, l’Italie, et d’autres encore… peut-on imaginer que l’euro survive et devienne une véritable monnaie de réserve, ce qui était le deuxième but de sa création ?

« Vous auriez besoin d’avoir la même discipline fiscale partout, et cela dans chacun des 21 pays membres. Mais ce n’est pas possible ! A moins que l’on retire un peu de démocratie aux états membres et qu’on leur impose un système commun. Cela vous ramène au point de départ, à savoir dans quelle mesure le projet européen est-il démocratique ? On a créé la monnaie commune principalement pour des raisons politiques. C’est comme un couple qui se sépare et qui décide de faire des enfants pour préserver son mariage. Cela ne marche jamais ! »

 © ai

Feed the world?

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« Feed the world », célèbre refrain de la célèbre chanson « Do They Know It’s Christmas?” enregistrée par 3 générations de célébrités. En 1984, 1989 et 2004, la chanson fut numéro 1 du top40 britannique…Fin 1984, on apprend que la famine a frappé le peuple éthiopien. Le chanteur irlandais Bob Geldof  décide d’enregistrer une chanson pour recueillir de l’argent afin de nourrir les éthiopiens. Mais pourquoi, depuis plusieurs générations, ces types de campagnes sont-elles nécessaires pour « nourrir l’Afrique » ? L’Afrique a-t-elle vraiment besoin de ces stars du rock ?… ou au contraire, ces chanteurs ont-ils besoin de l’Afrique pour se façonner une image de bons samaritains ? J’ai telephoné à Nairobi, au Kenya, pour en discuter avec l’économiste James Shikwati :

« Si vous avez une famine et que vous devez sauver des personnes de cette famine, ou si vous avez un tremblement de terre ou même une inondation, et que tout ce que vous faites c’est d’apporter des biscuits français ou d’autres choses du même genre… vous savez, il faut bien penser que, dans une perspective longue, cette aide va tout simplement détruire l’agriculture locale et le savoir-faire local ! Car tout ce qu’elles vont faire c’est attendre les nouvelles livraisons de biscuits français. Il faudrait vraiment repenser comment aider les gens dans de telles situations. »

Mais vous n’êtes pas opposé à l’aide humanitaire d’urgence ?

« Si quelqu’un est emprisonné dans des décombres, une véritable aide consisterait à l’en sortir. Mais si l’aide consiste à maintenir des personnes dans les décombres, ce n’est pas une aide ! Donc, oui, dans les situations d’urgences, sortons les gens des décombres, mais dans les situations où les gens sont prisonniers de la pauvreté, la meilleure solution est de leur donner des moyens de sortir de cette pauvreté. Regardez : qu’est-ce qui les maintienne dans la pauvreté ? En Afrique, nous sommes concentrés uniquement sur la production de matières premières…»

Il faut donc libéraliser davantage les marchés ?

« Beaucoup d’économies africaines essayent de s’orienter sur les exportations vers l’Europe ou les Etats-Unis… et ils ignorent les marchés locaux. Mais ils se battent contre les murs du protectionnisme économique européen ou américain ! Donc, les africains s’occupent de la production de très bas niveau, et tout ce qui est Technique, Technologie, Recherche et Développement se fait en Europe. »

Double étrangeté, donc. Des marchés mondiaux fermés, et des marchés locaux non exploités. Et si l’on essayait d’augmenter les investissements ? La corruption constituerait-elle un frein à cet égard ?

« Souvent, dans les medias occidentaux, vous lisez que les africains sont des gens très corrompus. Et en même temps on s’apitoie sur le fait que les africains vivent avec moins d’un dollar par jour. Dommage que ceux qui lisent ces nouvelles ne se posent pas une simple question : d’où viens l’argent volé ? En fait, c’est l’argent de donateurs. C’est le produit d’interactions entre les intérêts des donateurs et les élites politiques et intellectuelles  africaines. Le résultat est que vous avez un club de gens qui prennent un pourcentage sur l’aide… Et dans les medias, on parle d’un « continent corrompu ». »

Encore une fois, c’est l’aide qui perverti les comportements. Mais alors quelle est la solution ?

« Si on pouvait se retrouver dans une situation où les gouvernements africains étaient soutenus par les contributeurs africains eux-mêmes, alors ces dirigeants se sentiraient plus responsables face à leurs électeurs. Mais la situation est différente. Ils sont concentrés sur les relations avec les donateurs parce qu’ils savent que ce sont eux qui vont financer les autoroutes, et tout le reste… Et ils ignorent leurs propres citoyens. Donc, l’aide internationale détruit également les piliers de la démocratie.»

Selon James Shikwati, cette philosophie du « nourrir le monde » pousse les gens encore plus dans les décombres au lieu de les en sortir.

Les africains sont-ils condamnés à vivre éternellement dans la pauvreté ? Pour le savoir, il faudrait donc davantage se pencher sur une autre question - moins émotionnelle mais tout aussi importante -, celle de la création d’emplois… un sujet moins vendeur, sans doute, que « feed the world »…

Baden Airpark

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 © Baden Airpark

En juillet 1993, les derniers soldats canadiens quittent les deux bases canadiennes de l’OTAN à Baden-Wurtemberg. Derrière eux, ils laissent un aéroport, un beau cadeau ! A partir de 2001, il devient l’aéroport principal de la capitale, Stuttgart. Plus de 10 millions de passager à transporter et une seule piste d’atterrissage ! En Allemagne, il est très difficile d’obtenir un permis de construire pour une nouvelle piste, donc Stuttgart a décidé d’utiliser la piste canadienne. Le gérant de l’aéroport, Manfred Young, est devant le tableau des vols :

« Nos destinations principales sont Berlin et Hambourg. Ca fait plus de 700 km pour chaque trajet. Les clients sont principalement des hommes d’affaires. Ils travaillent à Hambourg et ils doivent se rendre à Berlin pour voir le gouvernement. Un peu comme les Strasbourgeois vont à Paris… Autres destinations - vacances : la Turquie, la Grèce et l’Italie. »

C’est la compagnie lowcost Air Berlin qui gère les voyages d’affaires. Pour les vacances, il y a une autre compagnie lowcost avec un passé très français. Elle s’appelle… Ryanair :

«  Ryan Air a quitté Strasbourg en septembre 2004. Avant cette date, la compagnie était payée  pour y rester. 1,5 millions d’euros lui étaient versés chaque année par la Chambre de Commerce afin qu’elle assure  un vol Strasbourg-Londres ! Et puis Air France a intenté un procès à Ryan Air, en accusant la compagnie de concurrence déloyale et finalement  le tribunal a interdit cette subvention ! En conséquence,  Ryan Air a déclaré ceci : « ok, si nous n’avons plus d’argent, nous partons ! »

La compagnie s’est donc installée chez vous. Etes-vous  aussi généreux que les Alsaciens ? Combien la payez-vous ?

« Je ne paie rien ! C’est la compagnie qui doit payer pour utiliser mon aéroport Elles verse à peu près 10 euros par passager. C’est pour cela que je n’ai pas de problèmes financiers comme c’est le cas de Strasbourg ! »

 © Baden Airpark

Mais pourquoi un tel mépris pour Strasbourg et un tel désir de s’installer chez vous ?

« Autour de l’aéroport de Strasbourg, vous avez 2 millions de clients potentiels. Dans ma zone de chalandise, il y en a 5 millions ! »

Pourtant vous êtes à 40 km l’un de l’autre seulement. Il n’y a aucune porosité entre ces deux réservoirs d’usagers ?

« Si, l’année dernière nous avons eu 17% de clients français. Mais 83% restent allemands ! Mannheim, Ludwigshafen, Heidelberg, Freiburg… les grandes villes allemandes, voilà Notre zone. Tout ces gens peuvent venir facilement chez nous en train ou par l’autoroute. La plupart des Français viennent en voiture. Mais il y a aussi une compagnie privée qui fait la navette entre Strasbourg et l’aéroport de Baden.»

La capitale de l’Europe est obligée d’utiliser l’aéroport de Baden lors des sessions du Conseil de l’Europe ou du parlement Européen :

« Les Berlinois, par exemple, sont obligés de passer par notre aéroport. Strasbourg a essayé et a même payé pour assurer une liaison vers notre aéroport ! Mais avec un remplissage de moins de 30%, personne ne pourrait maintenir cette ligne! »

Est-ce que cela vous arrive de prendre l’avion à Strasbourg, Monsieur Jung ?

« Nous ne sommes pas des concurrents pour l’instant, car Strasbourg propose des destinations que nous ne faisons pas. J’ai prochainement un rendez-vous à Toulouse et je vais donc me rendre à Strasbourg, car aucune compagnie n’est moins cher qu’Air France pour un Strasbourg-Toulouse ! Air France assure des vols vers Lyon, Marseille, le Maroc,  ce sont des destinations que nous ne faisons pas. »

C’est donc « le Maroc » pour les vacanciers alsaciens… et « la Turquie » pour les allemands de Bade. La frontière entre la France et l’Allemagne  reste très nette. L’aéroport badois a enregistré un retour à la croissance en novembre et décembre, celui  de Strasbourg accuse une nouvelle chute du trafic en 2009 de 16,6 %.

Et Air France? Eh bien, la compagnie a abandonné en octobre dernier la ligne Strasbourg-Londres pour laquelle elle s’était si farouchement battue en 2003…

La défaite internationale devant le plastique

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L’atoll de Midway, le paradis pour les albatros - les principaux habitants de ce morceau de terre de 6 kilomètres carrés, l’un des atolls les plus éloignés des terres situé à plus de 2000 miles marins du continent le plus proche ! Les oiseaux sont inquiets, ils sentent l’approche des bombardiers. Nous sommes en 1942, sur le lieu même de la célèbre bataille de Midway, bataille qui marqua un tournant dans la guerre du Pacifique. Le site de la BBC World News America nous montre la vie des albatros sur l’atoll 66 ans après.

« Je suis sur l’atoll de Midway, au milieu du Pacifique, on ne peut pas imaginer un lieu plus éloigné de la terre ferme que celui-ci. Mais c’est là qu’arrivent les vagues de déchets emportées par les courants océaniques. Des sacs plastiques, des bouteilles, des chaussures, et même des ordinateurs ! Tous les jours, ces morceaux de déchets se retrouvent sur les plages et c’est dramatique, car Midway est l’habitat de la plus grande population d’albatros !  Et les parents nourrissent leurs petits avec… du plastique ! »

Les albatros meurent après avoir ingéré des dizaines d’objets en plastiques. Mais qui est responsable ? Peut-être la Chine ? Le correspondant local de la BBC témoigne :

« Ce pays produit chaque année des milliards de sacs en plastique de piètre qualité. Ceci n’est pas surprenant car si vous allez dans n’importe quel commerce du coin en Chine pour acheter, disons, un chewing-gum, le propriétaire va vous l’emballer dans plusieurs sacs plastique ! La Chine est littéralement assiégée par les déchets plastiques ! Le pays fabrique la plupart des produits importés dans le monde, mais il est également le pays qui doit faire face au volume mondial de déchets le plus importants. Nous sommes en 2008. La Chine voudrait bien se donner l’image d’un pays propre. Par conséquent, depuis le 1 juin 2008, si vous allez dans un commerce chinois, les propriétaires sont obligés de vous vendre les sacs en plastique. »

La Chine a envie de changer ses habitudes. Au moins à l’occasion des grandes manifestations internationales. Et leurs voisins indiens ?

« Il n y a pas si longtemps, le gouvernement de l’Inde a commencé à encourager les entrepreneurs à produire les sacs en plastiques localement au lieu de les importer. Aujourd’hui, cette mesure s’est retournée contre les Indiens. Il y a 3 ans, les inondations massives ont complètement paralysé la capitale économique du pays, Bombay, ainsi que les zones alentour. Cela a fait des milliers de morts ! Le responsable de cette tragédie était le sac en plastique ! Au moins partiellement. Les sacs ont simplement bouché les canalisations, empêchant l’eau de s’évacuer. Aujourd’hui le sac en plastique est interdit à Bombay, mais ailleurs il est toujours aussi répandu et aussi dangereux. »

En remontant un autre courant océanique, on arrive… aux Etats-Unis !

« Ici on les appelle les tumbleweed urbaines tellement il y en a partout ! D’après les estimations les plus modestes, les Etats-Unis utilisent 380 milliards de sacs plastique chaque année. Aujourd’hui, l’Amérique en est submergée. Seule une petite partie est recyclée, la plus grande est tout simplement jetée. Ensuite, quand il pleut, les sacs se retrouvent dans les rivières puis, dans la mer. Sur les plages de Santa Monica on les voit souvent, déchiquetés, tellement déchiquetés qu’on ne les remarque même pas. Mais ils sont partout ! La ville de Santa Monica a déjà interdit le polystyrène extrudé, et réfléchit aujourd’hui à la façon de gérer ce problème. Mais la ville de San Francisco vient juste d’interdire les sacs en plastique. Cela signifie que le nombre de sacs se retrouvant dans la mer ne cesse de croitre. »

Et ils  voyagent, comme les autres objets en plastique de plusieurs continents, vers l’atoll de Midway où se trouve l’auteur de ce formidable petit documentaire : Davis Shukman.

« Ici, les gens travaillent quotidiennement pour préserver la nature, essayer d’aider les 2 millions d’albatros qui vivent là. Tous les jours, ils doivent se battre contre « les vagues de plastique ». Mais dès qu’ils nettoient une partie de la côte, elle est de nouveau polluée par les déchets plastiques au bout d’une semaine. »

L’atoll - symbole de la victoire alliée en 1942 - est aujourd’hui un symbole de la défaite internationale devant le plastique.

Le verbe de Monsieur Onischenko

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Le chef des services sanitaires de la Russie, Guennadi Onischenko est la cible favorite des humoristes. Il est présenté dans ce clip comme un superman, capable de protéger le pays de toutes les épidémies.  Pour monsieur Onishenko, celles-ci proviennent toujours de l’étranger. Le lait biélorusse est de piètre qualité et les eaux minérales de Géorgie sont dangereuses pour la santé. Lors des conflits avec ses voisins, c’est l’épidémiologiste qui devient le chef de guerre. Mais récemment, on ressent comme un dégel dans les relations entre la Russie et le vaste monde hostile. Ce n’est pas grave, il y aura toujours des ennemis. En voici un : le tabac.

« Voici les données de l’Organisation Mondiale de la Santé pour l’année 2008. L’étendue globale de l’épidémie de tabagisme représente 100 millions de morts au cours du XXème siècle. Pour le XXIème, elle sera responsable de plus d’un milliard de victimes !  Et voici les pertes financières liées au tabagisme… Pour les Etats-Unis : 71 milliards, L’Allemagne : 7 milliards, l’Autriche : 1 milliard. Quels sont les pays dans lesquels on fume le plus ? Malheureusement nous sommes parmi eux. C’est l’Angleterre, la France, les Etats-Unis et la Russie. Mais si l’on compte les « années de vie active perdues » (c’est à dire celles passées sous perfusion dans un lit d’hôpital alors que vous pourriez vous occuper à augmenter le PIB de votre pays - bon je suis un peu cynique là), ces « années de vie perdues »  font perdre à l’Allemagne 12% de son PIB, aux Etats-Unis 13,3%, et  à la Russie 13, 6% ! »

Guennadi Onischenko fait le bilan de l’année 2009  sur les ondes de la « Radio Ekho Moskvy ».

« Je crois que l’une des réalisations majeures de l’année passée est la ratification par la Russie de la convention-cadre antitabac. Bon, vous comprenez, c’est comme les slogans du Parti Communiste pour le 1er mai… Cela n’oblige à rien en réalité… Mais malgré tout, ca nous a pris 3 ans pour la signer ! On l’a signée avec les 10 autres outsiders, avec les pays très en retard dans cette lutte… tellement en retard qu’ils n’ont même pas entendu parler de cette convention ! »

Mais pourquoi diable dans un pays où l’opposition n’a presque pas voix au chapitre, le responsable sanitaire en chef n’arrive-t-il pas à faire passer une loi ?

« La Russie produit aujourd’hui plus de 400 milliards de cigarettes. Cela correspond à 2911 cigarette par personne, du petit bébé jusqu’au vieillard !

La gamme de cigarettes à bas prix représente 40% du marché.Ca veut dire quoi ? J’ai 10 roubles que ma maman m’a donné pour acheter un déjeuner à l’école, et moi je les dépense pour des cigarettes ! Mais si le prix d’un paquet s’élevait à 30 ou 40 roubles, je ne pourrais pas le faire. Mais malgré cet état de fait, on n’arrive pas à convaincre le Ministère des finances de fixer des barrières à la vente de cigarettes ! Parce que dans ses oreilles souffle la mafia légale du tabac ! »

« La mafia légale », voici une nouveauté juridique russe. En l’absence d’ennemi extérieur, il y a toujours des ennemis invisibles à l’intérieur du pays…

Et qu’en est-il de l’alcool ? Un russe boit 18 litres d’alcool pur par an. Qui est responsable ? Vous n’allez pas le  croire… c’est le cinéma !

« Il y a un terme : la « publicité déguisée ». Les américains l’ont légalement interdite! Vous ne trouverez aucun film américain dans lequel le héro principal fume, bois ou dans lequel il aurait d’autres mauvaises habitudes. C’est un facteur majeur qui a une influence sur la télévision et sur la jeunesse américaine ! Or, chez nous, prenez nos séries tv - de bonnes séries -, le personnage principal prend un verre toutes les 7 à 8 minutes. Je l’ai compté moi-même ! C’est une condition imposée par la compagnie qui a sponsorisé la série. On m’a dit, je ne sais pas si c’est vrai, que c’est une compagnie ukrainienne qui produit l’alcool. Elle a posé une seule condition : les héros principaux doivent boire ! »

Les ennemis de la santé publique russe sont partout et ils sont de plus en plus difficiles à démasquer. Mais la Russie a une arme de destruction massive, le verbe de Monsieur Onischenko…

Une cyberattaque contre l’Estonie. 2 ans aprés.

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 © dr

«Le Soldat de bronze » à Tallinn. Symbole de l’occupation soviétique pour la majorité des estonophones, symbole de la libération de l’occupation nazie pour les russophones et symbole de leur droit à vivre en Estonie en tant que descendants des libérateurs, non en tant qu’occupants illégaux. En avril 2007, la statue fut déboulonnée et déplacée du centre ville par le gouvernement vers le Cimetière des Forces de Défenses. Une nuit d’émeutes s’en était suivie. Et puis, une autre confrontation, sur le Net celle-ci. Andres Männart , entrepreneur estonien se souvient :

« A cette époque, j’étais à Vienne, en Autriche. Et je ne parvenais pas à me connecter au serveur de ma banque car leur site était simplement inaccessible depuis l’étranger. Cela a duré plusieurs jours. »

La banque d’Andres Männart a été la cible d’une cyberattaque. Elle n’était pas la seule. Il en était de même pour l’administration de l’Etat ainsi que pour les sites des quotidiens nationaux. Les dégâts furent conséquents compte-tenu du fait que l’Estonie est un pays très utilisateur d’Internet :

« Presque tous les estonien manient leur compte bancaire par Internet. Et ceci depuis plusieurs années déjà ! Nous avons un véritable e-administration. Nous pouvons créer et enregistrer notre entreprise par le Net. Cela prend 10 minutes ! On peut même voter ! On a voté ainsi en 2009  pour les élections européennes… »

Pour préserver cette infrastructure, il a donc fallu se déconnecter du monde extérieur - c’est pour cela que Andres Männart n’arrivait plus à joindre sa banque. L’attaque est venue depuis l’étranger. Mais d’où précisément ?

« Au début, notre ministre de la justice a pointé du doigt la Russie. Il a déclaré que l’une des adresses IP d’où est venue l’attaque correspondait à une adresse IP du Kremlin. Cela est donc restée la position estonienne officielle. Mais on ne pouvait pas vraiment  prouver que l’attaque venait de la Russie car ceux qui ont orchestré cette attaque l’ont fait de façon assez professionnelle. »

C’est-à-dire ?

« Il existe des programmes spéciaux qui permettent d’effectuer des envois avec plusieurs ordinateurs dans le monde. Ensuite, il suffit de lancer une commande et ces programmes se mettent à envoyer des requêtes à des serveurs-cibles, une avalanche de requêtes. Résultat : le serveur s’arrête de fonctionner. On peut faire une parallèle avec le monde « réel ». Imaginez, qu’un jour, vous receviez des milliers de lettres dans votre boite aux lettres ! Elle serait tout simplement bourrée et ne pourrait plus accueillir votre courrier ! »

Vous voulez dire que quelqu’un de l’extérieur a installé un programme semblable sur l’un des ordinateurs du Kremlin en le transformant en ordinateur-zombie?

« L’attaque a été perpétrée par des personnes privées, par des hackers. Mais en même temps, c’est un secret de polichinelle que cette opération a été initiée et financée par des gens proches du pouvoir à Moscou »

Andres Männart fait ici référence aux récents aveux, fait dans Financial Times, par le commissaire du mouvement nationaliste russe « Nashi » Constantin Goloskokov. Il déclare avoir organisé cette attaque depuis la Transnistrie, en Moldavie. Mais il la parle d’un « acte de résistance citoyenne » contre la politique du gouvernement estonien qu’il qualifie de « fasciste ». En même temps, l’explication fournit par Goloskokov - 7 personnes envoyant des requêtes aux sites estoniens sans faire appel aux programmes malveillants - ne tient pas debout. Et de toutes façons, il serait difficile de poursuivre juridiquement qui que se soit dans cette affaire :

« Ce genre d’attaques n’est pas traitées par les lois internationales car c’est toujours difficile de designer le coupable. Même si l’attaque vient d’un ordinateur, comment peut-on affirmer que c’est son propriétaire qui en est responsable ? A partir du moment où votre ordinateur est connecté a Internet, il devient accessible aux autres. Comme c’est le cas actuellement pour le mien et le vôtre. »

Il ne me reste qu’à espérer que, durant cet entretien enregistré par Internet en utilisant la technologie estonienne « Skype », aucune arme de guerre n’a pénétré nos ordinateurs.

Meat free monday

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Dernière chanson de Paul McCartney «Lundi sans viande ». A travers cette chanson, Sir Paul lance une campagne pour combattre le réchauffement climatique. Mais quel rapport me direz-vous, entre la viande et le climat ? Eh bien, les chiffres de l’ONU montrent que la production de viande est responsable de 18% des émissions globales de gaz à effet de serre. Cette campagne n’est pas le caprice d’un vieux baba cool. Ivo de Boer et Rajendra Pachauri du GIEC, et même Lord Stern, auteur du célèbre « Rapport  sur l’économie du changement climatique », ont tous soutenu cette initiative ! Dans le rapport Stern, on ne parlait pas encore d’une « journée sans viande », mais on proposait un autre chose :  établir un véritable prix du CO2. L’un des auteurs du rapport est Dimitri Zenghelis. Par quel mécanisme proposiez-vous d’établir le prix ?

« On ne peut pas dire de façon catégorique quelle est la meilleure solution, mais on a néanmoins tendance à privilégier le système boursier. Car cela élimine le risque de dépassement du seuil des émissions de carbone, mais aussi parce que c’est beaucoup plus simple à appliquer sur le plan international - pas besoin d’harmoniser les taxes. Vous établissez le marché d’échanges et ensuite vous laissez le secteur privé déterminer où les émissions peuvent être réduites de la façon la plus profitable. »

Donc vous voulez organiser une finance du carbone, semblable à toutes les autres finances connues?

« Absolument ! On verra également toutes sortes d’instruments financiers comme les contrats dérivés et autres. Il faudra les utiliser et les réguler avec précaution bien sûr! »

Et alors, qui sait, peut-être que nous nous assisterons à l’éclatement d’une “bulle carbone”…

Il y a déjà un système d’échange au niveau européen. Comment fonctionne-t-il?

« On commence par définir le plafond européen. Ensuite, on alloue les permis d’émettre du CO2 aux états. Puis chaque gouvernement national distribue des quotas pour les diverses industries émettrices : l’acier, la  production d’électricité etc. Chaque branche peut donc émettre un certain volume de carbone gratuitement, mais si on veut dépasser ce volume, on a la possibilité d’acheter un crédit supplémentaire de CO2 au prix du marché. »

Le marché du carbone de l’Union Européenne couvre plus de 11000 installations, mais cela couvre seulement la moitié des émissions de CO2 des pays membres.

Comment procéder avec les autres pays du monde?

« Si vous tenez compte de l’existence de marché semblable dans plusieurs états des Etats-Unis, ou en Australie par exemple, vous pouvez commencer à combiner et unifier ces marchés. Et finalement, on obtiendrait un très grand marché global. Avec une particularité : au début, les plafonds d’émissions seraient appliqués uniquement aux pays riches. Une fois ce but atteint, on pourrait élargir le nombre de pays assujettis au plafonnement à la Chine et au Brésil et puis l’étendre à tous les pays du monde, même les plus pauvres »

Est ce que vous avez une idée de ce que serait le juste prix d’une tonne de CO2 ? Et comment le calculer sans faire appel à la bourse ?

« Le prix du carbone acceptable est celui qui permet de garantir la réduction du risque de changement climatique pour un coût non excessif. C’est possible si vous appliquez ce prix à tous les secteurs émetteurs, pas seulement énergétiques, mais aussi aux secteurs productifs en général, en incluant l’utilisation des forêts et des terres. Et si vous l’appliquez également  à tous les pays du monde. Eh bien, dans ce cas, le prix ne serait pas exorbitant - aux alentours de 30 à 40  euros par tonne. Et ces chiffres pourraient croitre d’environ 2% par an. »

Pouvez-vous nous donner un exemple ? Combien couterait l’essence par exemple ?

« Avec un prix de 30 euros par tonne de carbone, cela n’aura une très grande influence. Disons… que…ce serait de l’ordre de  moins de 10% ! Beaucoup moins que les fluctuations des prix à la pompe qu’on connaît habituellement ! Aux Etats-Unis, par exemple, le prix grimperait de 30 à 40 cents pour un gallon seulement, tandis que récemment le prix à la pompe est passé de 2 a 4 dollars ! »

Et qu’en serait-il des vaches ? Combien couterait la viande ?…

Nous n’avons pas le temps de le calculer mais une chose est sûre, l’augmentation ne concernerait pas Paul McCartney puisqu’il est… végétarien depuis plusieurs décennies!

L’état inuit

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« Votre Majesté Royale, Votre altesse Royale, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Président du Parlement, Messieurs les membres du parlement, Messieurs les membres du gouvernement, chers invités, Mesdames et messieurs ! Je vous souhaite la bienvenue pour cette journée spéciale qui marquera le début notre  « auto-gouvernement ». Je vous remercie au nom du peuple groenlandais, au nom des parlementaires et des membres du gouvernement… »

Nous sommes le 21 juin 2009. Les habitants de la plus grande ile du monde, le Groenland, célèbrent la journée la plus longue de l’année. C’est la fête nationale mais aussi l’occasion d’une visite royale. La Reine Marguerite II, vêtue d’un pull polaire, a assisté à la cérémonie, qui avait, cette année, un accent un peu particulier : elle est venue officialiser le statut d’autonomie élargie voté par referendum l’année précédente. Le chemin fut très long. Danois depuis 3 siècles, les Inuits ont acquis l’égalité des droits en 1953. Depuis 1979, l’île dispose de son propre Parlement. Dorénavant, le Groenland gère presque toutes ses affaires à l’exception des affaires extérieures. Pourquoi ce désir constant d’émancipation de la tutelle confortable d’une social-démocratie nordique? Même la langue danoise n’est plus la langue officielle au Groenland ! Carl Christian Olsen, le vieux leader inuit explique :
« Parce que c’est notre histoire. Notre identité, c’est notre langue ! Quand le christianisme a été introduit chez nous, il a essayé de détruire notre culture. On devait se débarrassait de nos noms Inuits, etc. La seule chose qu’ils n’ont pas réussi à détruire, c’est notre langue ! Et nous sommes fiers de cette victoire. »

Le militant de la cause inuit a été interviewé par un journaliste free-lance - Christopher Booker - qui a cherché à comprendre l’émancipation de tout un peuple arctique. La population du Groenland est peu nombreuse : seulement 57.000 personnes, peu éduquées mais très fières de leur identité :

« Nous sommes des gens très ouverts. Parce que l’identité groenlandaise n’est pas basée sur l’intolérance. Nous avons un passé inuit, un passé danois et anglais. »

Géographiquement américain, historiquement danois et culturellement inuit. Qu’en est-il de l’économie du Groenland ? L’île vit grâce à la pêche, au tourisme et… aux subventions danoises très généreuses - 3.2 milliards de couronnes - les 2/3 du budget !  Mais qu’est-ce qui change avec cette « quasi-indépendance » ?  Marko Papic, membre du think tank Stratfor, nuance un peu la ferveur des indépendantistes :

« Le gouvernement du Groenland va hériter de beaucoup de problèmes. Et ils le savent. C’est précisément pourquoi ils n’ont pas opté pour l’indépendance totale tout de suite bien qu’ils y soient favorables. Le pays est immense. L’ile est énorme et la majeure partie est un désert glacial. Transport, éducation, programmes sociaux, tout cela coûte plus cher que n’importe où dans le monde. Mais à l’avenir, il se peut que le Groenland soit traité comme une jeune fille à marier. Les puissances régionales vont la courtiser pour avoir de l’influence sur l’Ile. On le verra  dans 10 prochaines années. »

Le Groenland occupe, depuis toujours, une position stratégique sur le plan militaire. Mais on dit aussi que les sous-sols groenlandais sont pleins de ressources naturelles. Il y a 2 ans, quand le pri des matières premières s’est enflammé, on s’est mis à rêver qu’un jour on transformerait le Groenland en Sibérie. Depuis la chute des prix, on en parle moins. Car malgré les effets du réchauffement climatique bien visible, c’est encore beaucoup trop tôt pour commencer a creuser le sol groenlandais pour y extraire le pétrole a un prix compétitif. De plus, en 2008, les experts américains ont divisé par 2 leurs estimations de réserves pétrolières sur l’ile. Le seul projet d’investissement, l’usine d’aluminium Alcoa, est loin d’être finalisé. Les danois vont donc continuer à financer le Groenland, les politologues à spéculer sur l’avenir… et les Inuits, à vivre leur train de vie :

« C’est difficile pour nous de parler de changements comme le font les occidentaux. Car eux le font de façon abstraite. C’est aussi très abstrait pour les chercheurs qui en parlent tout le temps. Tandis que nous, les Inuits, nous vivons avec les changements. Nous devons nous adapter aux changements, comme on le fait depuis toujours. Nous avons toujours su nous adapter à toutes les nouvelles situations. »

Pour l’instant le seul véritable changement au Groenland est son statut. Ce qui n’est pas une mince affaire. Premier état inuit du monde ! Et presque indépendant…