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Baden Airpark

transport, frontière, France, voyage, Allemagne 0 commentaire »

 © Baden Airpark

En juillet 1993, les derniers soldats canadiens quittent les deux bases canadiennes de l’OTAN à Baden-Wurtemberg. Derrière eux, ils laissent un aéroport, un beau cadeau ! A partir de 2001, il devient l’aéroport principal de la capitale, Stuttgart. Plus de 10 millions de passager à transporter et une seule piste d’atterrissage ! En Allemagne, il est très difficile d’obtenir un permis de construire pour une nouvelle piste, donc Stuttgart a décidé d’utiliser la piste canadienne. Le gérant de l’aéroport, Manfred Young, est devant le tableau des vols :

« Nos destinations principales sont Berlin et Hambourg. Ca fait plus de 700 km pour chaque trajet. Les clients sont principalement des hommes d’affaires. Ils travaillent à Hambourg et ils doivent se rendre à Berlin pour voir le gouvernement. Un peu comme les Strasbourgeois vont à Paris… Autres destinations - vacances : la Turquie, la Grèce et l’Italie. »

C’est la compagnie lowcost Air Berlin qui gère les voyages d’affaires. Pour les vacances, il y a une autre compagnie lowcost avec un passé très français. Elle s’appelle… Ryanair :

«  Ryan Air a quitté Strasbourg en septembre 2004. Avant cette date, la compagnie était payée  pour y rester. 1,5 millions d’euros lui étaient versés chaque année par la Chambre de Commerce afin qu’elle assure  un vol Strasbourg-Londres ! Et puis Air France a intenté un procès à Ryan Air, en accusant la compagnie de concurrence déloyale et finalement  le tribunal a interdit cette subvention ! En conséquence,  Ryan Air a déclaré ceci : « ok, si nous n’avons plus d’argent, nous partons ! »

La compagnie s’est donc installée chez vous. Etes-vous  aussi généreux que les Alsaciens ? Combien la payez-vous ?

« Je ne paie rien ! C’est la compagnie qui doit payer pour utiliser mon aéroport Elles verse à peu près 10 euros par passager. C’est pour cela que je n’ai pas de problèmes financiers comme c’est le cas de Strasbourg ! »

 © Baden Airpark

Mais pourquoi un tel mépris pour Strasbourg et un tel désir de s’installer chez vous ?

« Autour de l’aéroport de Strasbourg, vous avez 2 millions de clients potentiels. Dans ma zone de chalandise, il y en a 5 millions ! »

Pourtant vous êtes à 40 km l’un de l’autre seulement. Il n’y a aucune porosité entre ces deux réservoirs d’usagers ?

« Si, l’année dernière nous avons eu 17% de clients français. Mais 83% restent allemands ! Mannheim, Ludwigshafen, Heidelberg, Freiburg… les grandes villes allemandes, voilà Notre zone. Tout ces gens peuvent venir facilement chez nous en train ou par l’autoroute. La plupart des Français viennent en voiture. Mais il y a aussi une compagnie privée qui fait la navette entre Strasbourg et l’aéroport de Baden.»

La capitale de l’Europe est obligée d’utiliser l’aéroport de Baden lors des sessions du Conseil de l’Europe ou du parlement Européen :

« Les Berlinois, par exemple, sont obligés de passer par notre aéroport. Strasbourg a essayé et a même payé pour assurer une liaison vers notre aéroport ! Mais avec un remplissage de moins de 30%, personne ne pourrait maintenir cette ligne! »

Est-ce que cela vous arrive de prendre l’avion à Strasbourg, Monsieur Jung ?

« Nous ne sommes pas des concurrents pour l’instant, car Strasbourg propose des destinations que nous ne faisons pas. J’ai prochainement un rendez-vous à Toulouse et je vais donc me rendre à Strasbourg, car aucune compagnie n’est moins cher qu’Air France pour un Strasbourg-Toulouse ! Air France assure des vols vers Lyon, Marseille, le Maroc,  ce sont des destinations que nous ne faisons pas. »

C’est donc « le Maroc » pour les vacanciers alsaciens… et « la Turquie » pour les allemands de Bade. La frontière entre la France et l’Allemagne  reste très nette. L’aéroport badois a enregistré un retour à la croissance en novembre et décembre, celui  de Strasbourg accuse une nouvelle chute du trafic en 2009 de 16,6 %.

Et Air France? Eh bien, la compagnie a abandonné en octobre dernier la ligne Strasbourg-Londres pour laquelle elle s’était si farouchement battue en 2003…

La défaite internationale devant le plastique

Asie, alimentation, pollution, Etats-Unis, GRANDE BRETAGNE, video, voyage 1 commentaire »



L’atoll de Midway, le paradis pour les albatros - les principaux habitants de ce morceau de terre de 6 kilomètres carrés, l’un des atolls les plus éloignés des terres situé à plus de 2000 miles marins du continent le plus proche ! Les oiseaux sont inquiets, ils sentent l’approche des bombardiers. Nous sommes en 1942, sur le lieu même de la célèbre bataille de Midway, bataille qui marqua un tournant dans la guerre du Pacifique. Le site de la BBC World News America nous montre la vie des albatros sur l’atoll 66 ans après.

« Je suis sur l’atoll de Midway, au milieu du Pacifique, on ne peut pas imaginer un lieu plus éloigné de la terre ferme que celui-ci. Mais c’est là qu’arrivent les vagues de déchets emportées par les courants océaniques. Des sacs plastiques, des bouteilles, des chaussures, et même des ordinateurs ! Tous les jours, ces morceaux de déchets se retrouvent sur les plages et c’est dramatique, car Midway est l’habitat de la plus grande population d’albatros !  Et les parents nourrissent leurs petits avec… du plastique ! »

Les albatros meurent après avoir ingéré des dizaines d’objets en plastiques. Mais qui est responsable ? Peut-être la Chine ? Le correspondant local de la BBC témoigne :

« Ce pays produit chaque année des milliards de sacs en plastique de piètre qualité. Ceci n’est pas surprenant car si vous allez dans n’importe quel commerce du coin en Chine pour acheter, disons, un chewing-gum, le propriétaire va vous l’emballer dans plusieurs sacs plastique ! La Chine est littéralement assiégée par les déchets plastiques ! Le pays fabrique la plupart des produits importés dans le monde, mais il est également le pays qui doit faire face au volume mondial de déchets le plus importants. Nous sommes en 2008. La Chine voudrait bien se donner l’image d’un pays propre. Par conséquent, depuis le 1 juin 2008, si vous allez dans un commerce chinois, les propriétaires sont obligés de vous vendre les sacs en plastique. »

La Chine a envie de changer ses habitudes. Au moins à l’occasion des grandes manifestations internationales. Et leurs voisins indiens ?

« Il n y a pas si longtemps, le gouvernement de l’Inde a commencé à encourager les entrepreneurs à produire les sacs en plastiques localement au lieu de les importer. Aujourd’hui, cette mesure s’est retournée contre les Indiens. Il y a 3 ans, les inondations massives ont complètement paralysé la capitale économique du pays, Bombay, ainsi que les zones alentour. Cela a fait des milliers de morts ! Le responsable de cette tragédie était le sac en plastique ! Au moins partiellement. Les sacs ont simplement bouché les canalisations, empêchant l’eau de s’évacuer. Aujourd’hui le sac en plastique est interdit à Bombay, mais ailleurs il est toujours aussi répandu et aussi dangereux. »

En remontant un autre courant océanique, on arrive… aux Etats-Unis !

« Ici on les appelle les tumbleweed urbaines tellement il y en a partout ! D’après les estimations les plus modestes, les Etats-Unis utilisent 380 milliards de sacs plastique chaque année. Aujourd’hui, l’Amérique en est submergée. Seule une petite partie est recyclée, la plus grande est tout simplement jetée. Ensuite, quand il pleut, les sacs se retrouvent dans les rivières puis, dans la mer. Sur les plages de Santa Monica on les voit souvent, déchiquetés, tellement déchiquetés qu’on ne les remarque même pas. Mais ils sont partout ! La ville de Santa Monica a déjà interdit le polystyrène extrudé, et réfléchit aujourd’hui à la façon de gérer ce problème. Mais la ville de San Francisco vient juste d’interdire les sacs en plastique. Cela signifie que le nombre de sacs se retrouvant dans la mer ne cesse de croitre. »

Et ils  voyagent, comme les autres objets en plastique de plusieurs continents, vers l’atoll de Midway où se trouve l’auteur de ce formidable petit documentaire : Davis Shukman.

« Ici, les gens travaillent quotidiennement pour préserver la nature, essayer d’aider les 2 millions d’albatros qui vivent là. Tous les jours, ils doivent se battre contre « les vagues de plastique ». Mais dès qu’ils nettoient une partie de la côte, elle est de nouveau polluée par les déchets plastiques au bout d’une semaine. »

L’atoll - symbole de la victoire alliée en 1942 - est aujourd’hui un symbole de la défaite internationale devant le plastique.

Le verbe de Monsieur Onischenko

medias, Bielorussie, frontière, alimentation, humour, Georgie, video, Russie, Etats-Unis, europe 0 commentaire »


Le chef des services sanitaires de la Russie, Guennadi Onischenko est la cible favorite des humoristes. Il est présenté dans ce clip comme un superman, capable de protéger le pays de toutes les épidémies.  Pour monsieur Onishenko, celles-ci proviennent toujours de l’étranger. Le lait biélorusse est de piètre qualité et les eaux minérales de Géorgie sont dangereuses pour la santé. Lors des conflits avec ses voisins, c’est l’épidémiologiste qui devient le chef de guerre. Mais récemment, on ressent comme un dégel dans les relations entre la Russie et le vaste monde hostile. Ce n’est pas grave, il y aura toujours des ennemis. En voici un : le tabac.

« Voici les données de l’Organisation Mondiale de la Santé pour l’année 2008. L’étendue globale de l’épidémie de tabagisme représente 100 millions de morts au cours du XXème siècle. Pour le XXIème, elle sera responsable de plus d’un milliard de victimes !  Et voici les pertes financières liées au tabagisme… Pour les Etats-Unis : 71 milliards, L’Allemagne : 7 milliards, l’Autriche : 1 milliard. Quels sont les pays dans lesquels on fume le plus ? Malheureusement nous sommes parmi eux. C’est l’Angleterre, la France, les Etats-Unis et la Russie. Mais si l’on compte les « années de vie active perdues » (c’est à dire celles passées sous perfusion dans un lit d’hôpital alors que vous pourriez vous occuper à augmenter le PIB de votre pays - bon je suis un peu cynique là), ces « années de vie perdues »  font perdre à l’Allemagne 12% de son PIB, aux Etats-Unis 13,3%, et  à la Russie 13, 6% ! »

Guennadi Onischenko fait le bilan de l’année 2009  sur les ondes de la « Radio Ekho Moskvy ».

« Je crois que l’une des réalisations majeures de l’année passée est la ratification par la Russie de la convention-cadre antitabac. Bon, vous comprenez, c’est comme les slogans du Parti Communiste pour le 1er mai… Cela n’oblige à rien en réalité… Mais malgré tout, ca nous a pris 3 ans pour la signer ! On l’a signée avec les 10 autres outsiders, avec les pays très en retard dans cette lutte… tellement en retard qu’ils n’ont même pas entendu parler de cette convention ! »

Mais pourquoi diable dans un pays où l’opposition n’a presque pas voix au chapitre, le responsable sanitaire en chef n’arrive-t-il pas à faire passer une loi ?

« La Russie produit aujourd’hui plus de 400 milliards de cigarettes. Cela correspond à 2911 cigarette par personne, du petit bébé jusqu’au vieillard !

La gamme de cigarettes à bas prix représente 40% du marché.Ca veut dire quoi ? J’ai 10 roubles que ma maman m’a donné pour acheter un déjeuner à l’école, et moi je les dépense pour des cigarettes ! Mais si le prix d’un paquet s’élevait à 30 ou 40 roubles, je ne pourrais pas le faire. Mais malgré cet état de fait, on n’arrive pas à convaincre le Ministère des finances de fixer des barrières à la vente de cigarettes ! Parce que dans ses oreilles souffle la mafia légale du tabac ! »

« La mafia légale », voici une nouveauté juridique russe. En l’absence d’ennemi extérieur, il y a toujours des ennemis invisibles à l’intérieur du pays…

Et qu’en est-il de l’alcool ? Un russe boit 18 litres d’alcool pur par an. Qui est responsable ? Vous n’allez pas le  croire… c’est le cinéma !

« Il y a un terme : la « publicité déguisée ». Les américains l’ont légalement interdite! Vous ne trouverez aucun film américain dans lequel le héro principal fume, bois ou dans lequel il aurait d’autres mauvaises habitudes. C’est un facteur majeur qui a une influence sur la télévision et sur la jeunesse américaine ! Or, chez nous, prenez nos séries tv - de bonnes séries -, le personnage principal prend un verre toutes les 7 à 8 minutes. Je l’ai compté moi-même ! C’est une condition imposée par la compagnie qui a sponsorisé la série. On m’a dit, je ne sais pas si c’est vrai, que c’est une compagnie ukrainienne qui produit l’alcool. Elle a posé une seule condition : les héros principaux doivent boire ! »

Les ennemis de la santé publique russe sont partout et ils sont de plus en plus difficiles à démasquer. Mais la Russie a une arme de destruction massive, le verbe de Monsieur Onischenko…

Une cyberattaque contre l’Estonie. 2 ans aprés.

Moldavie, cybercriminalité, medias, banque, pirate, Estonie, Russie 0 commentaire »

 © dr

«Le Soldat de bronze » à Tallinn. Symbole de l’occupation soviétique pour la majorité des estonophones, symbole de la libération de l’occupation nazie pour les russophones et symbole de leur droit à vivre en Estonie en tant que descendants des libérateurs, non en tant qu’occupants illégaux. En avril 2007, la statue fut déboulonnée et déplacée du centre ville par le gouvernement vers le Cimetière des Forces de Défenses. Une nuit d’émeutes s’en était suivie. Et puis, une autre confrontation, sur le Net celle-ci. Andres Männart , entrepreneur estonien se souvient :

« A cette époque, j’étais à Vienne, en Autriche. Et je ne parvenais pas à me connecter au serveur de ma banque car leur site était simplement inaccessible depuis l’étranger. Cela a duré plusieurs jours. »

La banque d’Andres Männart a été la cible d’une cyberattaque. Elle n’était pas la seule. Il en était de même pour l’administration de l’Etat ainsi que pour les sites des quotidiens nationaux. Les dégâts furent conséquents compte-tenu du fait que l’Estonie est un pays très utilisateur d’Internet :

« Presque tous les estonien manient leur compte bancaire par Internet. Et ceci depuis plusieurs années déjà ! Nous avons un véritable e-administration. Nous pouvons créer et enregistrer notre entreprise par le Net. Cela prend 10 minutes ! On peut même voter ! On a voté ainsi en 2009  pour les élections européennes… »

Pour préserver cette infrastructure, il a donc fallu se déconnecter du monde extérieur - c’est pour cela que Andres Männart n’arrivait plus à joindre sa banque. L’attaque est venue depuis l’étranger. Mais d’où précisément ?

« Au début, notre ministre de la justice a pointé du doigt la Russie. Il a déclaré que l’une des adresses IP d’où est venue l’attaque correspondait à une adresse IP du Kremlin. Cela est donc restée la position estonienne officielle. Mais on ne pouvait pas vraiment  prouver que l’attaque venait de la Russie car ceux qui ont orchestré cette attaque l’ont fait de façon assez professionnelle. »

C’est-à-dire ?

« Il existe des programmes spéciaux qui permettent d’effectuer des envois avec plusieurs ordinateurs dans le monde. Ensuite, il suffit de lancer une commande et ces programmes se mettent à envoyer des requêtes à des serveurs-cibles, une avalanche de requêtes. Résultat : le serveur s’arrête de fonctionner. On peut faire une parallèle avec le monde « réel ». Imaginez, qu’un jour, vous receviez des milliers de lettres dans votre boite aux lettres ! Elle serait tout simplement bourrée et ne pourrait plus accueillir votre courrier ! »

Vous voulez dire que quelqu’un de l’extérieur a installé un programme semblable sur l’un des ordinateurs du Kremlin en le transformant en ordinateur-zombie?

« L’attaque a été perpétrée par des personnes privées, par des hackers. Mais en même temps, c’est un secret de polichinelle que cette opération a été initiée et financée par des gens proches du pouvoir à Moscou »

Andres Männart fait ici référence aux récents aveux, fait dans Financial Times, par le commissaire du mouvement nationaliste russe « Nashi » Constantin Goloskokov. Il déclare avoir organisé cette attaque depuis la Transnistrie, en Moldavie. Mais il la parle d’un « acte de résistance citoyenne » contre la politique du gouvernement estonien qu’il qualifie de « fasciste ». En même temps, l’explication fournit par Goloskokov - 7 personnes envoyant des requêtes aux sites estoniens sans faire appel aux programmes malveillants - ne tient pas debout. Et de toutes façons, il serait difficile de poursuivre juridiquement qui que se soit dans cette affaire :

« Ce genre d’attaques n’est pas traitées par les lois internationales car c’est toujours difficile de designer le coupable. Même si l’attaque vient d’un ordinateur, comment peut-on affirmer que c’est son propriétaire qui en est responsable ? A partir du moment où votre ordinateur est connecté a Internet, il devient accessible aux autres. Comme c’est le cas actuellement pour le mien et le vôtre. »

Il ne me reste qu’à espérer que, durant cet entretien enregistré par Internet en utilisant la technologie estonienne « Skype », aucune arme de guerre n’a pénétré nos ordinateurs.

Meat free monday

GIEC, IPCC, CO2, alimentation, cuisine, Climat, Royaume Uni, musique 0 commentaire »



Dernière chanson de Paul McCartney «Lundi sans viande ». A travers cette chanson, Sir Paul lance une campagne pour combattre le réchauffement climatique. Mais quel rapport me direz-vous, entre la viande et le climat ? Eh bien, les chiffres de l’ONU montrent que la production de viande est responsable de 18% des émissions globales de gaz à effet de serre. Cette campagne n’est pas le caprice d’un vieux baba cool. Ivo de Boer et Rajendra Pachauri du GIEC, et même Lord Stern, auteur du célèbre « Rapport  sur l’économie du changement climatique », ont tous soutenu cette initiative ! Dans le rapport Stern, on ne parlait pas encore d’une « journée sans viande », mais on proposait un autre chose :  établir un véritable prix du CO2. L’un des auteurs du rapport est Dimitri Zenghelis. Par quel mécanisme proposiez-vous d’établir le prix ?

« On ne peut pas dire de façon catégorique quelle est la meilleure solution, mais on a néanmoins tendance à privilégier le système boursier. Car cela élimine le risque de dépassement du seuil des émissions de carbone, mais aussi parce que c’est beaucoup plus simple à appliquer sur le plan international - pas besoin d’harmoniser les taxes. Vous établissez le marché d’échanges et ensuite vous laissez le secteur privé déterminer où les émissions peuvent être réduites de la façon la plus profitable. »

Donc vous voulez organiser une finance du carbone, semblable à toutes les autres finances connues?

« Absolument ! On verra également toutes sortes d’instruments financiers comme les contrats dérivés et autres. Il faudra les utiliser et les réguler avec précaution bien sûr! »

Et alors, qui sait, peut-être que nous nous assisterons à l’éclatement d’une “bulle carbone”…

Il y a déjà un système d’échange au niveau européen. Comment fonctionne-t-il?

« On commence par définir le plafond européen. Ensuite, on alloue les permis d’émettre du CO2 aux états. Puis chaque gouvernement national distribue des quotas pour les diverses industries émettrices : l’acier, la  production d’électricité etc. Chaque branche peut donc émettre un certain volume de carbone gratuitement, mais si on veut dépasser ce volume, on a la possibilité d’acheter un crédit supplémentaire de CO2 au prix du marché. »

Le marché du carbone de l’Union Européenne couvre plus de 11000 installations, mais cela couvre seulement la moitié des émissions de CO2 des pays membres.

Comment procéder avec les autres pays du monde?

« Si vous tenez compte de l’existence de marché semblable dans plusieurs états des Etats-Unis, ou en Australie par exemple, vous pouvez commencer à combiner et unifier ces marchés. Et finalement, on obtiendrait un très grand marché global. Avec une particularité : au début, les plafonds d’émissions seraient appliqués uniquement aux pays riches. Une fois ce but atteint, on pourrait élargir le nombre de pays assujettis au plafonnement à la Chine et au Brésil et puis l’étendre à tous les pays du monde, même les plus pauvres »

Est ce que vous avez une idée de ce que serait le juste prix d’une tonne de CO2 ? Et comment le calculer sans faire appel à la bourse ?

« Le prix du carbone acceptable est celui qui permet de garantir la réduction du risque de changement climatique pour un coût non excessif. C’est possible si vous appliquez ce prix à tous les secteurs émetteurs, pas seulement énergétiques, mais aussi aux secteurs productifs en général, en incluant l’utilisation des forêts et des terres. Et si vous l’appliquez également  à tous les pays du monde. Eh bien, dans ce cas, le prix ne serait pas exorbitant - aux alentours de 30 à 40  euros par tonne. Et ces chiffres pourraient croitre d’environ 2% par an. »

Pouvez-vous nous donner un exemple ? Combien couterait l’essence par exemple ?

« Avec un prix de 30 euros par tonne de carbone, cela n’aura une très grande influence. Disons… que…ce serait de l’ordre de  moins de 10% ! Beaucoup moins que les fluctuations des prix à la pompe qu’on connaît habituellement ! Aux Etats-Unis, par exemple, le prix grimperait de 30 à 40 cents pour un gallon seulement, tandis que récemment le prix à la pompe est passé de 2 a 4 dollars ! »

Et qu’en serait-il des vaches ? Combien couterait la viande ?…

Nous n’avons pas le temps de le calculer mais une chose est sûre, l’augmentation ne concernerait pas Paul McCartney puisqu’il est… végétarien depuis plusieurs décennies!

L’état inuit

Effet de serre, mer, rechauffement, arctique, peche, Danemark, minorités, voyage 1 commentaire »

« Votre Majesté Royale, Votre altesse Royale, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Président du Parlement, Messieurs les membres du parlement, Messieurs les membres du gouvernement, chers invités, Mesdames et messieurs ! Je vous souhaite la bienvenue pour cette journée spéciale qui marquera le début notre  « auto-gouvernement ». Je vous remercie au nom du peuple groenlandais, au nom des parlementaires et des membres du gouvernement… »

Nous sommes le 21 juin 2009. Les habitants de la plus grande ile du monde, le Groenland, célèbrent la journée la plus longue de l’année. C’est la fête nationale mais aussi l’occasion d’une visite royale. La Reine Marguerite II, vêtue d’un pull polaire, a assisté à la cérémonie, qui avait, cette année, un accent un peu particulier : elle est venue officialiser le statut d’autonomie élargie voté par referendum l’année précédente. Le chemin fut très long. Danois depuis 3 siècles, les Inuits ont acquis l’égalité des droits en 1953. Depuis 1979, l’île dispose de son propre Parlement. Dorénavant, le Groenland gère presque toutes ses affaires à l’exception des affaires extérieures. Pourquoi ce désir constant d’émancipation de la tutelle confortable d’une social-démocratie nordique? Même la langue danoise n’est plus la langue officielle au Groenland ! Carl Christian Olsen, le vieux leader inuit explique :
« Parce que c’est notre histoire. Notre identité, c’est notre langue ! Quand le christianisme a été introduit chez nous, il a essayé de détruire notre culture. On devait se débarrassait de nos noms Inuits, etc. La seule chose qu’ils n’ont pas réussi à détruire, c’est notre langue ! Et nous sommes fiers de cette victoire. »

Le militant de la cause inuit a été interviewé par un journaliste free-lance - Christopher Booker - qui a cherché à comprendre l’émancipation de tout un peuple arctique. La population du Groenland est peu nombreuse : seulement 57.000 personnes, peu éduquées mais très fières de leur identité :

« Nous sommes des gens très ouverts. Parce que l’identité groenlandaise n’est pas basée sur l’intolérance. Nous avons un passé inuit, un passé danois et anglais. »

Géographiquement américain, historiquement danois et culturellement inuit. Qu’en est-il de l’économie du Groenland ? L’île vit grâce à la pêche, au tourisme et… aux subventions danoises très généreuses - 3.2 milliards de couronnes - les 2/3 du budget !  Mais qu’est-ce qui change avec cette « quasi-indépendance » ?  Marko Papic, membre du think tank Stratfor, nuance un peu la ferveur des indépendantistes :

« Le gouvernement du Groenland va hériter de beaucoup de problèmes. Et ils le savent. C’est précisément pourquoi ils n’ont pas opté pour l’indépendance totale tout de suite bien qu’ils y soient favorables. Le pays est immense. L’ile est énorme et la majeure partie est un désert glacial. Transport, éducation, programmes sociaux, tout cela coûte plus cher que n’importe où dans le monde. Mais à l’avenir, il se peut que le Groenland soit traité comme une jeune fille à marier. Les puissances régionales vont la courtiser pour avoir de l’influence sur l’Ile. On le verra  dans 10 prochaines années. »

Le Groenland occupe, depuis toujours, une position stratégique sur le plan militaire. Mais on dit aussi que les sous-sols groenlandais sont pleins de ressources naturelles. Il y a 2 ans, quand le pri des matières premières s’est enflammé, on s’est mis à rêver qu’un jour on transformerait le Groenland en Sibérie. Depuis la chute des prix, on en parle moins. Car malgré les effets du réchauffement climatique bien visible, c’est encore beaucoup trop tôt pour commencer a creuser le sol groenlandais pour y extraire le pétrole a un prix compétitif. De plus, en 2008, les experts américains ont divisé par 2 leurs estimations de réserves pétrolières sur l’ile. Le seul projet d’investissement, l’usine d’aluminium Alcoa, est loin d’être finalisé. Les danois vont donc continuer à financer le Groenland, les politologues à spéculer sur l’avenir… et les Inuits, à vivre leur train de vie :

« C’est difficile pour nous de parler de changements comme le font les occidentaux. Car eux le font de façon abstraite. C’est aussi très abstrait pour les chercheurs qui en parlent tout le temps. Tandis que nous, les Inuits, nous vivons avec les changements. Nous devons nous adapter aux changements, comme on le fait depuis toujours. Nous avons toujours su nous adapter à toutes les nouvelles situations. »

Pour l’instant le seul véritable changement au Groenland est son statut. Ce qui n’est pas une mince affaire. Premier état inuit du monde ! Et presque indépendant…

Les frontières linguistiques en Europe

parlement, frontière, Serbie, Grece, France, Allemagne, langues régionales, minorités, europe 3 commentaires »

 © ai

Nous sommes au  Conseil de l’Europe, à Strasbourg, où se tient la réunion du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux. A en juger par les casques sur les têtes des délégués, la majorité n’arrive pas à comprendre la langue de l’orateur, le Maire de Kragujevac. Au Conseil de l’Europe, la plus ancienne institution européenne qui réunit aujourd’hui 47 états du continent, on entend toutes les langues du continent ! Donc pour travailler ensemble, il faut des interprètes. En tout, il y a 12 cabines d’interprètes autour de l’hémicycle. Certaines sont vides. Dans la cabine grecque, je retrouve Marie-Noëlle Batut qui coordonne le travail des traducteurs.
Le jour du Congrès, les grecs, effectivement, ont amené leur propre traducteur. Car les grecs, tout comme les serbes, veulent absolument s’exprimer dans la langue de leur pays !
Pour certaines langues, surtout les langues régionales, il est presque impossible de trouver un interprète! Marie-Noëlle prie pour que, à l’occasion d’une prochaine reunion, les bretons ne demandent pas interprète du gaélique !

Comment organiser la cohabitation entre les langues « majoritaires » et « minoritaires » sur notre continent ? Le Conseil de l’Europe a élaboré une convention destinée à protéger les langues minoritaires : « la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires » dont Alexey Kozhemyakov est le chef du secrétariat :

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Et comment procèdent les états signataires ?

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La Charte ne défend pas directement les personnes physiques, mais elle crée des obligations pour les états. La Charte est-elle réellement contraignante pour les signataires ?

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24 des 47 pays ont déjà ratifié la Charte qui a fêté ses 10 ans en 2008. Elle est devenue l’un des documents essentiels pour le Conseil de l’Europe. Un Conseil qui constitue l’incarnation même de l’Europe, de ses valeurs. Mais elle cible uniquement les langues faisant partie de « l’héritage culturel » de chaque pays membre. Une notion pas très précise. Est-ce que la langue turque fait  partie de l’héritage allemand, comme, par exemple, la langue Romani ?

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Et combien de langues y a-t-il, au total, à défendre en Europe ?

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L’Allemagne a ratifié la Convention et la Charte. La France, toujours pas…

Le FMI, l’Ukraine et une vache sacrée

dollar, elections, CEI, FMI, banque, crise, financiere, Pologne, Ukraine 0 commentaire »

Le 8 octobre 2008, le président de l’Ukraine, Viktor Yushenko, s’adresse à ses compatriotes. Depuis que la coalition des forces démocratiques, issue de la « révolution orange », a éclaté au mois de septembre, le pays est ingouvernable. Yushenko annonce donc la tenue prochaine d’élections législatives. Aucune allusion à la crise financière survenue deux semaines plus tôt. Pourtant, la situation économique ne laisse pas penser que l’Ukraine sera épargnée. Elle sera même bientôt si malade que le Président devra revenir sur sa propre décision et finalement annuler le scrutin quelques semaines plus tard ! Selon l’ex-ministre de l’économie - Victor Sousloff - interrogé par Radio Liberté, le raison est simple : l’Ukraine vit à crédit de façon déraisonnable:”C’est une question de politique économique. Vous attirez des capitaux, vous organisez un accès très facile aux crédits mais ne régulez pas du tout les flux des capitaux… chose que la Banque Centrale devait faire normalement, elle devrait regarder où vont les 85 milliards de dollars empruntés ! Vous savez, cet argent est principalement parti vers les crédits hypothécaires, de consommation, pour acheter les voitures… Bref, cette politique devait se terminer par un crash ! Et puis on commence à se plaindre que notre acier ne se vend plus à cause de la crise ! Eh bien, il fallait à l’époque dépenser l’argent pour moderniser le secteur de la métallurgie ! »

L’expert ukrainien, Alexandre Zholud, enfonce le clou :

«Toutes les exportations ukrainiennes ont chuté. Et on n’achète plus ukrainien même avec des prix bas ! Cela concerne les principaux produits d’exportation : les métaux, les engrais, les produits agricoles, les machines… Donc les volumes d’exportations baissent, et les recettes aussi ! »

Les réserves ukrainiennes s’élevaient à 30 milliards de dollars en octobre 2008. La dette globale dépassait les 100 milliards de dollars. La moitie de cette dette est constituée de la dette des banques qu’il fallait rembourser pendant les pires mois de la crise. La solution : emprunter encore ! 16,5  milliards de dollars empruntés à un faible taux  - 4% -  auprès du FMI. L’économiste Vladimir Lanovoy:

« Le crédit du Fmi est très important pour l’Ukraine, car la balance commerciale du pays est négative ! On doit payer plus d’argent que nous en disposons. Les investissements et autres entrées d’argent depuis l’étranger ne suffisent pas. Si nous n’avions pas l’apport du FMI, le grivna - la devise ukrainienne - deviendrait instable et serait sans cesse dévaluée ! »

Théoriquement, le FMI ne devrait pas prêter à un pays dont l’économie est si mal gérée que la question de son remboursement de prêt peut être sérieusement posée. Du coup, le FMI impose toute une série de mesures de rigueur. Irina Akimova, « le ministre de l’économie de l’ombre » de la partie de l’opposition les énumère :

« Tout d’abord, c’est la réduction du déficit budgétaire. En 2009, on devait avoir un budget sans déficit ! Mais que signifie un budget sans déficit quand les dépenses sociales sont si importantes ? Cela veut dire que les revenus réels de la population vont baisser ! Et c’est une mesure très impopulaire ! Évidemment, s’attendre à de telles mesures de la part du Premier Ministre - Mme Timoshenko - est très improbable. D’autant plus qu’elle est l’une des candidates pour les élections présidentielles à venir. Elle doit tenir ses promesses et on se souvient qu’au début de l’année, elle nous a promis des standards de vie « a l’européenne » avant la fin 2009 ! Dans le même temps, le chômage augmente, nous avons des problèmes de paiements d’arriérés de salaires et de retraites. Comment le gouvernement va-t-il remplir ses obligations sociales tout en soutenant le marché intérieur et la production - voilà la véritable question ! »

Vladimir Lanovoy n’est pas content :

« Le FMI ne s’occupe pas des reformes structurelles ! Et il ne demande pas aux gouvernements de changements institutionnels ou de changement de politique sectorielle. C’est précisément pour cela que ses actions n’aboutissent pas aux résultats escomptés ! Il pense seulement à comment éviter que les finances de l’état se retrouvent en faillite à cause des obligations extérieures et aux déficits internes. Je dirais même plus, il nous demande d’opérer quelques changements dans les dépenses budgétaires qui sont contre les reformes structurels ! Prenez le cas de la compagnie gazière « Naftogaz de l’Ukraine ». Il y a une urgence à la restructurer ! Et pourtant le FMI exige qu’on leur donne de l’argent sans condition, juste pour équilibrer leurs comptes ! »

De toutes façons, les conditions du FMI - qu’elles soient bonnes ou mauvaises - ne sont pas dument remplies. Le Fond Monétaire international a suspendu le payement de la troisième tranche de crédit. Le Fond sait qu’avant les élections présidentielles du 17 janvier, il ne faut pas s’attendre à ce que la rigueur budgétaire soit au rendez-vous. Un simple exemple : le parlement  a fait fi du véto du président concernant la loi sur le financement, par la Banque centrale, de la préparation des championnats d’Europe de football programmés en Ukraine et en Pologne pour 2012.

Véto ou pas, le foot reste une vache sacrée.

Dix ans sans changement climatique

IPCC, rechauffement, GIEC, Climat, crise, Allemagne 2 commentaires »

Clip de campagne de Dominique Voynet pour l’élection présidentielle. Nous sommes en 2007. La chef de fil des écologistes français est persuadée que la sècheresse de 2003 - tout comme l’ouragan Katrina - est la conséquence directe du réchauffement climatique. J’ai demandé à l’un des experts du GIEC - le Professeur Mojib Latif de l’Université de Kiel en Allemagne, spécialiste de la modélisation climatique - quand est-ce qu’aura lieu la prochaine catastrophe de ce genre. Réponse:  « On ne peut pas prédire un tel évènement. Ce fut une fluctuation météorologique. Tout ce que peut faire le modèle (et  ceci est le cÅ“ur des problèmes liées à la modélisation du climat), c’est de prédire que ce genre d’évènement deviendra plus fréquent. Mais on ne saura jamais dans combien de temps précisément. »

Mais comment fonctionne la modélisation du climat ?

«Vous devez spécifier certains paramètres externes comme la contribution de la mer, de la terre, des glaciers dans les montagnes… il faut prendre en compte l’épaisseur de glace en arctique etc. Et puis il faudra faire ce qu’on appelle « la paramétrisation ». Le modèle ne peut pas décrire tous les phénomènes. Les phénomènes de petite échelle, comme les nuages, ne peuvent pas être décrits. Donc il faut les calculer indirectement et voir ensuite comment prendre en compte leur contribution. »

Quels sont les limites de ce modèle ?

« Par exemple, avec ce modèle climatique, vous n’obtenez pas le refroidissement du milieu du XXème siècle. On ne peut pas simuler les années 1940 ou les autres phénomènes comme le refroidissement de 1991/1992 dû aux éruptions volcaniques. Mais le plus important est que nous voyons la tendance général du réchauffement. Et on peut l’expliquer uniquement si on inclut les gaz à effet de serre. Si on les exclue, on ne peut pas expliquer le réchauffement sur, disons, les 50 dernières années. »

Comment le modèle explique-t-il que,  malgré l’augmentation constante de la concentration de CO2, la température a diminué sur plusieurs décennies dans le siècle passé?

« Si vous brûlez le charbon, vous produisez des petites particules. Ces particules reflètent le soleil vers l’espace. Et cet effet a été découvert assez tardivement, seulement vers la fin des années 80-début 90. Mais à partir du moment où on a décrit ce phénomène, tout s’est mis en place, à savoir le réchauffement global des dernières décennies consécutif aux émissions de gaz à effet de serre et aux aérosols.»

La bataille contre la pollution des aérosols a porté ses fruits et le réchauffement est reparti depuis. Quel est votre pronostic pour les 10 ans à venir ?

« On a utilisé le modèle climatique classique pour faire un pronostique à court terme et ce qu’on a trouvé, ce n’est pas un refroidissement, mais un arrêt du réchauffement pour les 10 ans à venir. »

Comment est-ce possible ?

« On a essayé d’améliorer les prévisions traditionnelles qui ne prenaient en compte que l’augmentation des gaz a effet de serre. On l’améliore en y ajoutant  des données de l’état actuel du climat. Cela parait banal mais ça ne l’est pas ! Car il faut y inclure des données concernant l’océan et pas seulement des données terrestres. Et les données sur l’océan profond n’existent tout simplement pas ! Mais nous avons trouvé un moyen de calculer les courants dans l’océan profond à partir de données sur la température de la surface de l’océan, qui eux, sont connus. »

Donc on attend dix ans sans changement climatique, et ensuite le réchauffement reprendra le dessus. Vous en êtes sûr Mojib Latif ? Vous n’allez pas découvrir de nouveaux paramètres ?

« Nous n’avons jamais dit que notre modèle est correct à 100% ! Aucun modèle ne l’est ! Et c’est pourquoi on doit vivre avec l’inconnu ! Je le souligne toujours aux hommes politiques ! Mais imaginez que vous voulez acheter un avion et que sa probabilité de s’écraser soit de 50%, vous ne l’achèteriez tout simplement pas ! »Principe de précaution, donc. Mais comparer le réchauffement à un crash d’avion qui ne laisse aucun survivant… La tête froide du modélisateur, le cÅ“ur chaud d’un militant?  Souhaitons que les deux n’entrent pas en conflit…

It’s the End of the world selon Harald Welzer

Effet de serre, R.E.M., Climat, livre, LEAP2020, Allemagne 1 commentaire »


“It’s the End of the world as we know it (and I feel fine)”, REM, 1987 - une des chansons préférées de Harald Welzer. Ce psychosociologue allemand est un fan du groupe post-punk américain. A tel point que son denier livre porte le même titre que la chanson. Son avant-dernier livre vient d’être traduit et publié en France et dont le titre suggère plutôt pour un album de folk-rock tendance écologiste : « Les guerres du climat ». Curieuse thématique, au premier regard, pour celui qui s’est fait connaitre surtout comme un analyste réputé des phénomènes lourds du siècle passé : la transformation des hommes ordinaires  en meurtriers de masse. Pourquoi ce changement  de thématique, Harald Welzer ?« Après avoir étudié les exécuteurs, je voulais écrire une livre théorique sur la violence, une violence de masse. Parce que c’est un sujet qu’on n’a pas suffisamment débattu au niveau théorique. Et en même temps, il y avait des discussions sur les changements climatiques. Et je me suis posé la question s’il y a une relation entre les changements environnementaux dues au réchauffement climatique et les conflits violents. »

Il y en a, sans doute…

« Notre interprétation traditionnelle du conflit inclut les facteurs ethniques, idéologiques ou les intérêts économiques. Mais si vous ajoutez une variable supplémentaire, comme les changements environnementaux, vous en avez une autre image ! Je ne dirais pas que les changements environnementaux expliquent tout, parce que dans les processus sociaux il n y a jamais une seule variable, mais cette variable était absente dans l’analyse des comportements des groupes sociaux et des individus.»

Vous pouvez nous donner un exemple ?

« Oui. Par exemple, prenez le conflit au Darfour - que le programme environnemental des nations unies appelle « la première guerre climatique ». Dans cette région, vous avez un phénomène de désertification qui se propage vers le sud de façon très rapide. Les trois quart de la population de cette région vivent de la terre. Et vous avez 2 groupes concurrents : les éleveurs nomades et les fermiers. Pas besoin de beaucoup d’imagination pour comprendre où se situe la source du conflit ! »

Effectivement…

« Un problème supplémentaire est que l’État est défaillante là-bas. Pas de mécanismes institutionnels pour réguler les conflits. Donc, vous avez une sorte d’ « open space » pour la violence. Et comme résultat vous avez tout ce qu’on entend à travers les médias : les groupes militaires et paramilitaires qui y opèrent et terrorisent la population. Mais la chose la plus intéressante est que la cause initiale de ces violences est le réchauffement climatique. C’est seulement ensuite que vient tout ce qu’on voit dans les médias et ce que les gens vivent là bas, à savoir le conflit ethnique. Mais le conflit ethnique n’est que le second facteur ! »

Beaucoup de spécialistes du conflit au Darfour ne seront sans doute pas entièrement d’accord avec votre présentation, Harald Welzer, notamment sur la hiérarchie des éléments déclencheurs du conflit. On sent, comment dire, un peu de militantisme chez le scientifique.

« Même s’il n y a pas de réchauffement climatique aujourd’hui - et même s’il n’y en avait pas à l’avenir -, je pense que nous avons suffisamment de raisons de changer notre mode de mobilité, notre façon de consommer, etc…  de changer tout notre mode de vie ! Et si cela permet de réduire les effets néfastes du réchauffement, tant mieux ! Mais on peut le faire sans dérèglement climatique ! »

Ah, encore ce rêve éternel : changer le monde ! Le climat, finalement, n’est qu’un prétexte. C’est peut être pour ça que vous avez titré votre denier livre « C’est la fin du monde tel qu’on l’a connu » en hommage a cette chanson célèbre de REM ?

« Le refrain de cette chanson est absolument génial ! « C’est la fin du monde tel qu’on l’a connu », et puis, ils chantent «  et je me sens parfaitement bien ! ». On ne pense pas que le changement de nos pratiques culturelles constituera la fin du monde, mais la fin du monde tel qu’on le connait aujourd’hui ! Et on ne peut que s’en réjouir ! »