« Je vis dans un rêve, je crois au miracle » - une version allemande d’une chanson composée en anglais par les musiciens suédois du groupe ABBA et chantée par Nana Mouskouri, une ancienne eurodéputée grec. Nana Mouskouri  a décidé de renoncer à sa retraite d‘eurodéputée pour en faire don à l’État grec. 16 mille euros par an - une maigre consolation mais hautement symbolique pour un état qui est endetté a la hauteur de plusieurs centaines de milliards d’euros ! Nana Mouskouri a fait ce geste courageux au mois de mars 2010.Pourtant, dès janvier 2009, les marchés financiers ont commencé à s’inquiéter de l’état des finances grecques. Un autre eurodéputé, Margaritis Schinas, s’en était  à l’époque étonné et m’avait affirmé  que tout allait bien. Aujourd’hui on sait que les chiffres avancés par l’eurodéputé étaient faux, mais sa théorie selon laquelle l’Union Européenne a été la victime d’une attaque injustifiée par des spéculateurs eurosceptiques est largement partagée. Qu’en pense Sharon Bowles, présidente britannique de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement Européen ?
« Je ne pense pas que les écarts de taux entre les dettes des états soit une mauvaise chose en soi. Cela impose une discipline. Vous savez, chez nous, au Royaume Uni, nous regardons ces écarts et nous nous exclamons : « Oh Mon Dieu ! Nous sommes à 80 points de base au dessus ! On ne nous aime pas autant que les allemands ! » La même chose se passe a l’intérieur de la zone euro. Si un gouvernement ne tient pas sa maison en ordre il paie des pénalités sur les marchés financiers internationaux. C’est une bonne discipline ! Pas besoin de paniquer ! »
Pourtant, même si on n’a pas paniqué en janvier 2009 on l’a commencé un an après…
« Quand l’euro a été créé il y avait pas mal de gens qui, dès le début, affirmaient que précisément ces écarts entre les taux allait imposer aux gouvernements une certaine discipline financière. Imaginez que vous ayez une obligation unique, un « eurobond » ? Ca serait injuste pour les pays discipliné.»
En 2009, pour calmer les marchés, on a proposé de créer une obligation commune pour la zone euro. Cette proposition a été refusée par les allemands pour des raisons évidentes. Pourtant la situation grecque ne s’est pas améliorée…
« En vérité plusieurs pays, à cause de l’euro, ont eu accès à de l’argent à un taux très bas. Par exemple, ils empruntaient aux taux allemands, tout en restant, disons, espagnols ou grecques dans leur manière de le dépenser…Et les marchés n’ont pas correctement  évalué ce fait. On devait avoir des écarts beaucoup plus importants bien avant ! »
Que dire alors de la vitesse de réaction des institutions communautaires ! Pendant plusieurs mois la cacophonie a régné quant à  la nature, les moyens et les sommes exactes d’une aide éventuelle à l’état grec. Finalement la formule magique a été trouvée le 25 mars. Le président de l’Union Européenne est satisfait :
« Nous sommes prêts, si les financements par les marchés deviennent insuffisants, d’aider la Grèce sur la base de prêts bilatéraux de la part des pays-membres de la zone euro , ce ,en coopération avec le FMI. »
Pourtant, Guy Verhofstadt (ALDE) reste très sceptique :
« J’ai des doutes sérieux sur ce mécanisme. J’espère avoir tort ! Mais je ne pense pas que ca puisse marcher pour la simple raison que ce système de prêts bilatéraux n’est pas une solution européenne! »
C’est vrai. Et si la cours constitutionnelle allemande décidait que le prêt bilatéral à 5% est une forme de subvention contraire à l’esprit de son arrêté des années 90 concernant l’euro ? En tout cas tout prêt constitue une dette qui augmente tous les jours et qu’il faudra rembourser. Il reste très peu de temps pour continuer à rêver, mais on peut toujours croire aux miracles.
L’économiste et spécialiste de l’Allemagne Odile Chagny s’intéresse depuis longtemps à la logique - toujours la même- des réformes très nombreuses et très chaotiques depuis près de 20 ans du système des retraites en Allemagne. Un système qu’on appelle bismarckien :
William Beveridge a élaboré son système pendant la 2ème guerre mondiale, Otto Von Bismarck, quant à lui, l’a élaboré 60 ans plus tôt, en pleine révolution industrielle et l’apparition du danger marxiste. Le système bismarckien n’est pas un système solidaire. Et on aurait tort d’appeler le système actuel allemand « un système bismarckien ». Il faudrait l’appeler plutôt « un système adenaurien » :
Pourquoi ce changement de philosophie ?
Mais le système par répartition à du mal à résister au vieillissement de la population et le choc économique de réunification :
S’ensuivent une douzaine de réformes successives :
Retour partiel donc vers le système par capitalisation. Le gouvernement allemand a réformé le régime en 2001 dans le but de réduire de 70 % à 64 % le taux moyen de remplacement du revenu d’ici 2030 et d’encourager le développement de l’épargne-retraite privée. Combiens de personnes y sont souscrits ? Seul un tiers des allemands a pris ses précautions pour garantir son niveau de vie après l’âge de la retraite !  Le taux de remplacement minimal du revenu va subir une baisse progressive jusqu’en 2030. Et après ?
« Monsieur Khrouchtchev a dit : on va vous enterrer» - célèbre refrain de la chanson de Sting, « Les Russes », en 1985. Dans la conscience populaire, cette phrase de Nikita Khrouchtchev signifie que l’URSS a toujours voulu anéantir l’Occident par les armes nucléaires. L’Interprète de Khrouchtchev, Viktor Sukhodrev, l’a traduit en anglais sans interpréter. Et il a eu raison, car la phrase, dans son intégralité était : «l’histoire est de notre coté. On va vous enterrer ». Sting et tous les autres n’ont qu’à lire ce qu’a écrit Karl Marx sur la classe ouvrière-le fossoyeur du capitalisme. Nikita Khrouchtchev, un simple fataliste marxiste ? Pas du tout ! En 1959 il a menacé le vice président américain Richard Nixon : «My vam pokazhem kuzkinu mat » ! Sukhodrev raconte :« J’était perturbé par cette phrase. Je ne savais pas comment la traduire. Et je l’ai traduite littéralement: « On va vous montrer la mère de Kuzma !»Panique chez les américains ! qui était cette mystérieuse mère de Kuzma ? Sans doute une nouvelle arme fatale… Un autre Nikita, Nikita Krivocheine, traducteur des présidents russes, corrige aujourd’hui l’interprète de Nikita Khrouchtchev :« Je dirais…Nous allons vous montrer de quel bois nous nous chauffons ! »
Tout simplement ! Mais ça signifie que vous interprétez la pensée khrouchtchévienne ?
Influence qui était strictement contrôlée à l’époque communiste. Encore un épisode des années 60. La conférence des partis communistes au moment de la discorde entre les soviétiques et les albanais :Mais aujourd’hui les temps ont changé. En voici pour preuve une conférence de presse du président Poutine :
L’interprète du président peut-il exprimer sa position personnelle ? Voici l’histoire d’un grand interprète, le prince Konstantin Andronnikov, qui ne voulait pas assister au dépôt de gerbe devant le mausolée de Lénine :
Et voici un autre exemple :
Au-delà du mur
Croatie, Macédoine, Yougoslavie, Kosovo, Bosnie, Slovaquie, Serbie, Montenegro 0 commentaire »Â«Â Belgrade est l’une des trois villes les plus anciennes d’Europe, mais vous ne verrez pas beaucoup d’immeubles anciens. Pourquoi ? La raison principale est qu’au cours de son histoire Belgrade a été bombardée et détruite plus de 40 fois. A peu près 6 millions de personnes sont mortes en essayant de conquérir ou défendre Belgrade. Rien qu’au cours du XXème siècle, Belgrade a été bombardée et détruite 4 fois… »
En ce moment le bus dans lequel je me trouve passe devant l’immeuble détruit, c’est vrai, par le dernier bombardement en date, une frappe chirurgicale de l’OTAN en 1999. L’excursion fait partie du colloque, organisé par « le laboratoire de pensée » Notre Europe et intitulé «Au-delà du mur». Les 20 années qui ont suivi la chute du mur de Berlin furent pour les populations yougoslaves le temps de la dislocation dans le fer et le sang.  Dans les commentaires du guide touristique on sent un mélange de fierté nationale serbe, d’humiliation, et un peu de nostalgie pour feue la Yougoslavie. Le lieu du colloque est hautement symbolique - l’ancien siège du gouvernement fédéral,  qui n’est plus aujourd’hui qu’un simple Palais Serbie. L’un des intervenants, le correspondent local de « The Economist », Tim Judah a eu le temps de se promener aux alentours :
« Quand on sort de cet immeuble, on trouve un nouveau centre commercial, c’est à gauche en sortant. A l’intérieur, il y a un grand supermarché croate, « Idea » qui fait partie de la chaine « Konzum ». Et puis, plus loin, de l’autre coté, il y en  a un autre, « Mercator », qui est lui slovène, et il y a aussi le magasin « Merkur », slovène également… »
Tim Judah nous montre la presse, qu’il vient d’acheter dans un kiosque :
«Regardez l’un de ces journaux. Prenez « Danas » par exemple. Regardez, comment les prix sont indiqués : en dinars serbes, en dinars macédoniens… regardez, d’un côté on indique 0,5 euros, et de l’autre 5 kuna croate. Pourquoi est-ce ainsi ? »
Peut-être par ce que l’ex-Yougoslavie est encore présente dans l’esprit des gens ? Voici ce qu’en pense l’écrivaine Vesna Goldsworthy :
« Vous savez, c’est comme pour ces vétérans de la Première guerre mondiale qui ressentent le phénomène du membre fantôme. Ils ont toujours mal au bras, même si celui-ci a été amputé. Quand je regarde la carte je vois tout de suite la Yougoslavie. Toutes les républiques se réunissent dans ma tête. Et culturellement je me sens à la maison partout dans l’ex-Yougoslavie. On comprend la langue, on connaît la musique, on n’est pas dépaysé. »
Et selon Tim Judah les entrepreneurs de l’ex-Yougoslavie sont en train de reconstruire une véritable zone économique sur la base des anciens pays et régions qui composaient la Yougoslavie. Il l’appelle la « yougosphère ». Les bureaux de statistiques commencent à refléter cette nouvelle réalité :
« La grande et grandissante partie des échanges commerciaux est faite à l’intérieur de cette macro-région qui est en train de se recréer. La Croatie avec 17,2% et la Serbie avec 14%.  Occupent la  première et la deuxième place en ce qui concerne les exportations vers la Bosnie. Et, concernant les importations, ses principaux partenaires sont : la Croatie, 17,1% ; la Serbie qui occupe la troisième place avec 10,6%, juste après l’Allemagne. Pour la Macédoine, les exportations sont dirigées vers la Serbie,  soit 23,5%, et le Monténégro, 28,3%. Les macédoniens importent autant de la Serbie, soit  29%. Et la plus grande partie des échanges du Kosovo se fait avec ces pays ou passe par ces pays. Bien sûr il faut prendre les chiffres kosovars avec les précautions, mais selon les statistiques de juin 2009 11,1% de leurs importation sont venus de Serbie et 15,2% de Macédoine. »
Le train Sarajevo-Belgrade fonctionne à nouveau, après 18 ans d’interruption…Tout va bien donc ? Et vers où se dirige cet ensemble régional ?
« Il aura sans doute, beaucoup de hauts et de bas  sur ce long chemin qui mène à une éventuelle intégration européenne. Mais, probablement, en cours de route certaines de ces relations « ad hoc » entre les gouvernements et les états vont prendre une forme plus au moins institutionnalisée. La « Yougosphere » peut se transformer en quelque chose que les autres régions d’Europe ont connu avant l’union européenne. Par exemple le Conseil nordique, ou le Benelux. »
Nous sommes le 12 avril 1961 et, dans quelques instants, Gagarine va devenir le premier homme dans l’espace et la preuve vivante que l’économie socialiste est plus forte que l’économie capitaliste. Lorsque, 8 ans après, les capitalistes marchèrent sur la lune, ce fut un choc. Une blague circulait à l’époque : Brejnev annonce aux cosmonautes soviétiques qu’ils vont être les premiers à aller sur le Soleil. Et quand l’un d’eux s’inquiète de la possibilité de se faire brûler, Brejnev répond : « Le Parti a tout prévu, vous aller voyager pendant la nuit ! »… « Actuellement, on met au point tous les systèmes techniques nécessaires à cette expérience. Parallèlement on cherche des volontaires. Et nous en avons plein déjà  ! Plus de 20 ! Je ne peux pas vous dire d’où ils sont… Cette expérience, je pense, sera un très bon début pour les vols habités vers les planètes lointaines… »
Ne vous inquiétez pas, il ne s’agit pas du Soleil. Nous sommes en 2008, l’URSS n’existe plus, le capitalisme a gagné et le Directeur de l’Agence Spatiale Russe Anatoly Perminov parle d’un projet d’expédition sur Mars, en collaboration avec les Américains. Dans quel état se trouve aujourd’hui le programme spatial de la Russie indépendante ? Voici une brève réponse de la Radio d’état : « En 2008, les dépenses pour l’exploration spatiale s’élèveront à 1 milliard de dollars. Cela correspond à peu près aux niveaux de dépenses de l’Inde, mais moins que celles de la Chine ou de l’Union Européenne. Et 18 fois moins que celles des Etats-Unis ! »
La journaliste de la Radio Russie Elena Philippova a assisté à la présentation du premier véritable programme spatial russe élaboré en 2006 :
« Pendant les 10 ans à venir, on doit rétablir le groupement orbital russe. On devra avoir 70 appareils spatiaux. Ils vont servir pour les télécommunications, la télévision, la navigation, la météo, la cartographie etc…. Et c’est très important, car les lancements commerciaux, domaine dans lequel la Russie est leadeur devant les Etats-Unis, sont en diminution. Mais on doit se battre pour occuper une niche - celle des services de télécommunications et de sondage de la Terre pour les pays étrangers. La demande mondiale est grande pour ce genre de programmes, mais la Russie manque d’appareils appropriés. »
Commerce, profit, coopération - voici les mots clés de la nouvelle politique spatiale russe. Et puis, il faut gérer l’héritage soviétique. La légendaire base de lancement de Baïkonour se trouve au Kazakhstan. La Russie la loue actuellement mais songe à construire sa propre base. L’ex vice premier ministre Serguei Ivanov : « En 2016 la nouvelle base de lancement Vostochny sera prête pour les lancements des fusées de n’importe quel type. Et en 2018, nous planifions les premiers vols habités. »
Et le rêve dans tout cela ? Eh bien, en voici un, annoncé un peu avant le nouvel an. La Russie est prête à sauver le monde ! Car le danger est imminent et il vient des astéroïdes. Anatoly Perminov : « D’ici 2029, des astéroïdes vont se rapprocher des trajectoires de nos appareils géostationnaires. Et même s’ils ne tombent pas sur terre, ils peuvent les endommager. Un seul appareil hors service faisant partie d’un système où tous les appareils sont liés, et c’est le système tout entier qui se retrouve en panne…c’est très grave, surtout dans le domaine de la défense ! »
Pour dévier les méchants et dangereux astéroïdes, plusieurs solutions sont à l’étude mais il est encore trop tôt pour les rendre publique, affirme Monsieur Perminov qui invite d’ores et déjà les autres pays à participer au financement du projet. Autrement dit, chaque rêve, surtout spatial, a un prix.
Le grand bouleversement dans la géographie du commerce mondial des drogues
drogues, Afrique, France 1 commentaire »Avec ces sommes gigantesques, il est très facile de renverser des gouvernements ou même de les rendre complices du trafic de drogue. Ces entretiens avaient été enregistres à quelques mois seulement du coup d’état en Guinée-Bissau. Deux ans plus tard, le 15 février dernier, les ministres de six pays de l’Afrique de l’Ouest se sont rassemblés à Dakar pour une réunion consacrée à la lutte contre le trafic de drogue. La conférence était intitulée « Le temps de l’action, tous ensemble ». « Ensemble » signifie aussi : « avec les européens » - les premiers consommateurs de la marchandise illégale transitant par l’Afrique. Pas étonnant donc, qu’à cette conférence de presse on ait pu entendre… Brice Hortefeux. Il est frappé par « l’impact du trafic de drogue en France avec la banalisation de la cocaïne, le retour de l’héroïne et l’emprise du cannabis sur des pans entier de la société, ce qui déstabilise la jeunesse et favorise le développement d’une économie souterraine de plus en plus puissante offrant à des gangs polyvalents, très violents, très organisés et transnationaux des ressources considérables. » A suivre…
Apparemment, ce sera la Grèce
Grece, BCE, FMI, bourse, euro, Espagne, UE, crise, financiere, Belgique, Allemagne 1 commentaire »Godfrey Bloom - membre du parti de l’Independence du Royaume Uni - est connu pour avoir son franc-parler. Il ne cache pas qu’il est entré en politique à cause de Maastricht, de la monnaie commune contre lesquels il s’est battu. La douloureuse expérience de 1992 qui avait vu la participation de la livre sterling au Système Monétaire Européen a fortement marqué sa pensée. Souvenez-vous, les attaques spéculatives contre la livre sterling l’ont faite sortir du système de monnaies doté d’un ancrage de parité fixe, un système précurseur de l’euro. Aujourd’hui Godfrey Bloom pense que la Grèce se trouve dans une situation similaire :
« Très peu de pays remplissaient effectivement les critères de Maastricht. La Grèce ne le faisait pas, de même que la Belgique, l’Italie, le Portugal, ou l’Espagne ! Tôt ou tard, ça devait mal se terminer. La seule question était de savoir quelle en serait la première victime ? Apparemment, ce sera la Grèce. »
Effectivement, on sait aujourd’hui que la Grèce a « maquillé » ses comptes pour rentrer dans la zone euro et, plus récemment, qu’elle avait également maquillé les chiffres de son déficit budgétaire. Certains économistes, comme Paul de Grauwe, pensent que les critères de Maastricht ne sont pas essentiels pour l’existence de la monnaie commune. Godfrey Bloom, économiste également, les trouve utiles et pointe quelques autres difficultés :
« La zone euro n’est pas une zone monétaire optimale, telle que nous, les économistes, la définissons. Nous allons toujours avoir des économies nationales très différentes qui suivent les différentes étapes du cycle économique. Ca fonctionne comme une boîte de vitesses. Première pour démarrer, deuxième pour descendre les Champs Elysées, etc. Et il ne serait pas raisonnable que votre collègue, qui a démarré 10 minutes plus tard que vous, soit obligé d’utiliser la même vitesse que vous ! On ne sort pas de son garage à la même vitesse que lorsqu’on est sur une autoroute ! La monnaie est une vitesse. Une seule monnaie ne peut pas être efficace pour une économie fondée sur le tourisme, une autre sur l’agriculture, et encore une autre sur l’industrie. La seule manière de la rendre efficace est d’assurer des transferts de capitaux. »
Comme ca se fait entre les régions d’un même pays ?
« Ou, d’ailleurs, comme aux Etats Unis, qui ne sont pas une zone monétaire optimale non plus ! Les Etats-Unis sont composés d’états aussi différents que la Californie, le Michigan, le Wyoming… Mais il existe un système de réserve fédérale, qui, en dernier ressort, joue le rôle de prêteur. »
La Banque Centrale Européenne n’a pas d’instrument pour sauver un pays en difficulté, c’est certain. Mais l’entraide entre les états reste possible, n’est-ce pas ?
« Il est vrai qu’on est heureux de prêter assistance aux membres de sa famille. Mais le transfert de capitaux suppose une taxation plus élevée et un appui politique très fort. Les seuls capables de le faire sont les allemands. Ils sont connus pour leur discipline financière. Mais si vous êtes rigoureux avec votre argent, voudriez-vous qu’on le donne à votre voisin qui va aller le perdre au casino ? »
Dernière question à Godfrey Bloom. Godfrey Bloom, l’économiste…Et si on trouve le moyen de surmonter cette crise qui touche la Grèce, l’Espagne, l’Italie, et d’autres encore… peut-on imaginer que l’euro survive et devienne une véritable monnaie de réserve, ce qui était le deuxième but de sa création ?
« Vous auriez besoin d’avoir la même discipline fiscale partout, et cela dans chacun des 21 pays membres. Mais ce n’est pas possible ! A moins que l’on retire un peu de démocratie aux états membres et qu’on leur impose un système commun. Cela vous ramène au point de départ, à savoir dans quelle mesure le projet européen est-il démocratique ? On a créé la monnaie commune principalement pour des raisons politiques. C’est comme un couple qui se sépare et qui décide de faire des enfants pour préserver son mariage. Cela ne marche jamais ! »
« Si vous avez une famine et que vous devez sauver des personnes de cette famine, ou si vous avez un tremblement de terre ou même une inondation, et que tout ce que vous faites c’est d’apporter des biscuits français ou d’autres choses du même genre… vous savez, il faut bien penser que, dans une perspective longue, cette aide va tout simplement détruire l’agriculture locale et le savoir-faire local ! Car tout ce qu’elles vont faire c’est attendre les nouvelles livraisons de biscuits français. Il faudrait vraiment repenser comment aider les gens dans de telles situations. »
Mais vous n’êtes pas opposé à l’aide humanitaire d’urgence ?
« Si quelqu’un est emprisonné dans des décombres, une véritable aide consisterait à l’en sortir. Mais si l’aide consiste à maintenir des personnes dans les décombres, ce n’est pas une aide ! Donc, oui, dans les situations d’urgences, sortons les gens des décombres, mais dans les situations où les gens sont prisonniers de la pauvreté, la meilleure solution est de leur donner des moyens de sortir de cette pauvreté. Regardez : qu’est-ce qui les maintienne dans la pauvreté ? En Afrique, nous sommes concentrés uniquement sur la production de matières premières…»
Il faut donc libéraliser davantage les marchés ?
« Beaucoup d’économies africaines essayent de s’orienter sur les exportations vers l’Europe ou les Etats-Unis… et ils ignorent les marchés locaux. Mais ils se battent contre les murs du protectionnisme économique européen ou américain ! Donc, les africains s’occupent de la production de très bas niveau, et tout ce qui est Technique, Technologie, Recherche et Développement se fait en Europe. »
Double étrangeté, donc. Des marchés mondiaux fermés, et des marchés locaux non exploités. Et si l’on essayait d’augmenter les investissements ? La corruption constituerait-elle un frein à cet égard ?
« Souvent, dans les medias occidentaux, vous lisez que les africains sont des gens très corrompus. Et en même temps on s’apitoie sur le fait que les africains vivent avec moins d’un dollar par jour. Dommage que ceux qui lisent ces nouvelles ne se posent pas une simple question : d’où viens l’argent volé ? En fait, c’est l’argent de donateurs. C’est le produit d’interactions entre les intérêts des donateurs et les élites politiques et intellectuelles africaines. Le résultat est que vous avez un club de gens qui prennent un pourcentage sur l’aide… Et dans les medias, on parle d’un « continent corrompu ». »
Encore une fois, c’est l’aide qui perverti les comportements. Mais alors quelle est la solution ?
« Si on pouvait se retrouver dans une situation où les gouvernements africains étaient soutenus par les contributeurs africains eux-mêmes, alors ces dirigeants se sentiraient plus responsables face à leurs électeurs. Mais la situation est différente. Ils sont concentrés sur les relations avec les donateurs parce qu’ils savent que ce sont eux qui vont financer les autoroutes, et tout le reste… Et ils ignorent leurs propres citoyens. Donc, l’aide internationale détruit également les piliers de la démocratie.»
Selon James Shikwati, cette philosophie du « nourrir le monde » pousse les gens encore plus dans les décombres au lieu de les en sortir.
Les africains sont-ils condamnés à vivre éternellement dans la pauvreté ? Pour le savoir, il faudrait donc davantage se pencher sur une autre question - moins émotionnelle mais tout aussi importante -, celle de la création d’emplois… un sujet moins vendeur, sans doute, que « feed the world »…

En juillet 1993, les derniers soldats canadiens quittent les deux bases canadiennes de l’OTAN à Baden-Wurtemberg. Derrière eux, ils laissent un aéroport, un beau cadeau ! A partir de 2001, il devient l’aéroport principal de la capitale, Stuttgart. Plus de 10 millions de passager à transporter et une seule piste d’atterrissage ! En Allemagne, il est très difficile d’obtenir un permis de construire pour une nouvelle piste, donc Stuttgart a décidé d’utiliser la piste canadienne. Le gérant de l’aéroport, Manfred Young, est devant le tableau des vols :
« Nos destinations principales sont Berlin et Hambourg. Ca fait plus de 700 km pour chaque trajet. Les clients sont principalement des hommes d’affaires. Ils travaillent à Hambourg et ils doivent se rendre à Berlin pour voir le gouvernement. Un peu comme les Strasbourgeois vont à Paris… Autres destinations - vacances : la Turquie, la Grèce et l’Italie. »
C’est la compagnie lowcost Air Berlin qui gère les voyages d’affaires. Pour les vacances, il y a une autre compagnie lowcost avec un passé très français. Elle s’appelle… Ryanair :
« Ryan Air a quitté Strasbourg en septembre 2004. Avant cette date, la compagnie était payée  pour y rester. 1,5 millions d’euros lui étaient versés chaque année par la Chambre de Commerce afin qu’elle assure  un vol Strasbourg-Londres ! Et puis Air France a intenté un procès à Ryan Air, en accusant la compagnie de concurrence déloyale et finalement  le tribunal a interdit cette subvention ! En conséquence, Ryan Air a déclaré ceci : « ok, si nous n’avons plus d’argent, nous partons ! »
La compagnie s’est donc installée chez vous. Etes-vous aussi généreux que les Alsaciens ? Combien la payez-vous ?
« Je ne paie rien ! C’est la compagnie qui doit payer pour utiliser mon aéroport Elles verse à peu près 10 euros par passager. C’est pour cela que je n’ai pas de problèmes financiers comme c’est le cas de Strasbourg ! »
Mais pourquoi un tel mépris pour Strasbourg et un tel désir de s’installer chez vous ?
« Autour de l’aéroport de Strasbourg, vous avez 2 millions de clients potentiels. Dans ma zone de chalandise, il y en a 5 millions ! »
Pourtant vous êtes à 40 km l’un de l’autre seulement. Il n’y a aucune porosité entre ces deux réservoirs d’usagers ?
« Si, l’année dernière nous avons eu 17% de clients français. Mais 83% restent allemands ! Mannheim, Ludwigshafen, Heidelberg, Freiburg… les grandes villes allemandes, voilà Notre zone. Tout ces gens peuvent venir facilement chez nous en train ou par l’autoroute. La plupart des Français viennent en voiture. Mais il y a aussi une compagnie privée qui fait la navette entre Strasbourg et l’aéroport de Baden.»
La capitale de l’Europe est obligée d’utiliser l’aéroport de Baden lors des sessions du Conseil de l’Europe ou du parlement Européen :
« Les Berlinois, par exemple, sont obligés de passer par notre aéroport. Strasbourg a essayé et a même payé pour assurer une liaison vers notre aéroport ! Mais avec un remplissage de moins de 30%, personne ne pourrait maintenir cette ligne! »
Est-ce que cela vous arrive de prendre l’avion à Strasbourg, Monsieur Jung ?
« Nous ne sommes pas des concurrents pour l’instant, car Strasbourg propose des destinations que nous ne faisons pas. J’ai prochainement un rendez-vous à Toulouse et je vais donc me rendre à Strasbourg, car aucune compagnie n’est moins cher qu’Air France pour un Strasbourg-Toulouse ! Air France assure des vols vers Lyon, Marseille, le Maroc,  ce sont des destinations que nous ne faisons pas. »
C’est donc « le Maroc » pour les vacanciers alsaciens… et « la Turquie » pour les allemands de Bade. La frontière entre la France et l’Allemagne reste très nette. L’aéroport badois a enregistré un retour à la croissance en novembre et décembre, celui de Strasbourg accuse une nouvelle chute du trafic en 2009 de 16,6 %.
Et Air France? Eh bien, la compagnie a abandonné en octobre dernier la ligne Strasbourg-Londres pour laquelle elle s’était si farouchement battue en 2003…



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