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Tous les billets de septembre 2008

Ce bleu objet du désir

medvedev, drapeau, sarkozy, saakachvili, symboles, europe 3 commentaires »
29 sept 2008

Cela ne vous a pas échappé, la tour Eiffel à changé de couleur.  Elle s’illumine la nuit et devient bleu. Ça dure depuis trois mois déjà – suffisamment de temps pour rappeler aux passants que la France, un semestre durant, préside L’Union Européenne. Nicolas Sarkozy aime le drapeau européen. A tel point qu’il figure sur sa photo officielle. Aucun président français avant Nicolas Sarkozy, n’a osé une telle photo !

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Je ne sais pas si les journalistes russes ont Ă©tĂ© informĂ©s de cette passion… Lire la suite »

L’Europe au dĂ©but

Non classĂ© 2 commentaires »
24 sept 2008

europe 1008 ©

“Chaque fois que, de passage dans une UniversitĂ© de l’ouest ou du sud de l’Allemagne, je signale qu’il n’y a que 80 kilomètres, soit une petite heure de train, de Berlin jusqu’Ă  la frontière polonaise, je rencontre un Ă©tonnement incrĂ©dule. On se fait les idĂ©es les plus extravagantes sur ce qu’il y a “derrière Berlin”. Cette Ă©trangetĂ© se mesure encore et toujours Ă  la grande stupeur qui nous saisit lors du tout premier contact avec l’”Est”. Beaucoup de gens sont soufflĂ©s quand ils visitent Cracovie pour la première fois de leur vie. Lorsqu’ils voient la ligne des nouveaux gratte-ciel de Varsovie, ils n’en croient pas leurs yeux. Que Cracovie soit une des plus anciennes villes universitaires, digne d’ĂŞtre nommĂ©e dans le mĂŞme souffle que Padoue, Oxford et Heidelberg, cela ne leur apparaĂ®t que lorsqu’ils ont Ă©tĂ© sur place. Presque personne ne sait que la capitale de la Lettonie, Riga, a Ă©tĂ©, Ă  cĂ´tĂ© de Bruxelles et de Barcelone, un des grands centres du Jugendstil europĂ©en. Beaucoup de gens sont enthousiasmĂ©s lorsqu’ils mettent enfin le pied Ă  Leningrad/Saint-PĂ©tersbourg, et se demandent comment il se peut que ce centre de la culture europĂ©enne soit si loin, si reculĂ©, si absent de l’horizon ouest-europĂ©en. Cela ne concerne pas seulement la conscience de l’individu moyen, mais aussi les Ă©lites de la politique europĂ©enne. L’image de l’Europe continue d’ĂŞtre centrĂ©e sur l’ouest du continent. On pense d’abord Ă  Bruxelles, Strasbourg, Luxembourg ou mĂŞme Maastricht quand on parle de la nouvelle Europe: on ne pense pas Ă  Prague, Varsovie ou Budapest, mĂŞme si c’est Ă  partir de lĂ  que l’Europe tout entière s’est mise en marche. Et presque personne ne songe Ă  Kiev, alors que Kiev a Ă©tĂ© un jour la “mère de toutes les citĂ©s russes”, le centre de la chrĂ©tientĂ© slave. La perception de l’Europe est gĂ©nĂ©ralement asymĂ©trique. Les EuropĂ©ens de l’Est s’intĂ©ressent bien plus Ă  l’Europe de l’Ouest que cette dernière ne s’intĂ©resse Ă  l’Est. Des millions de Polonais, de Tchèques, de Russes ont voyagĂ© durant la dernière dĂ©cennie; ils se sont procurĂ© des informations de première main, et des impressions de l’autre Europe - un mouvement comparable, de l’Ouest vers l’Est, n’a pas eu lieu. Cela ne tient pas seulement au fait que les infrastructures sont meilleures Ă  l’Ouest, ou qu’il y aurait plus Ă  y voir, mais aussi Ă  un manque d’intĂ©rĂŞt et d’information chez nous, en Europe occidentale. MĂŞme s’il est partiellement vrai que l’Est est “plus en retard” et moins moderne, cela n’autorise en rien les reprĂ©sentations fantasmatiques. Si l’on se fie aux reportages, on a parfois l’impression que l’Est n’est encore que chaos, faillite et criminalitĂ©, et l’on admire, lorsqu’on se trouve sur place, que les enfants aillent Ă  l’Ă©cole, poursuivent leur travail et vivent leur vie - mĂŞme si elle est astreignante. En un mot: mĂŞme Ă  l’est de Berlin, c’est l’Europe, une autre Europe, qu’il reste Ă  dĂ©couvrir et Ă  assimiler”. Lire la suite »

Who is Mr.I PA TOV TSEV ?

identite nationale 5 commentaires »
23 sept 2008

« Vous avez l’accent belge ! » m’a dit la future-ex directrice de France Culture en 1994. C’était assez drôle comme remarque, vu mon niveau de français - à l’époque je confondais « j’ai » et « je suis ». Bernard Lebrun (traduisez du breton en français) de France Inter avait vu plus juste en 1992 - dans son bureau, sur le tableau, c’était marqué «le ruskoff ». C’étaient, il y a 15 ans, mes débuts à la Maison de la Radio…
Quand je suis né, un voisin de mes parents, le grand académicien Likhachev, a regardé mes yeux asiatiques et a tout de suite prononcé le verdict : « région d’Olonets, typique du nord finno-hongrois !!! »

Je me suis habitué à tout. On me prend pour un suédois, un polonais, un allemand, un tchécoslovaque (malgré le fait que le pays n’existe plus)… Et chaque fois, je dis « je suis de Saint-Pétersbourg ». « Ah, donc vous êtes russe ! » s’excitent généralement mes interlocuteurs. Et là, je ne sais plus quoi répondre.

Il y a trois ans, dans la ville d’où je viens, dans une voiture faisant taxi, j’ai affiché un sourire en y observant trois icônes en plastique, accrochées au pare-brise. « Que regardes-tu ? » m’a demandé le chauffeur, l’air assez provocant. « Nash ? » C’était le moment de vérité – « nash » veut dire « notre ». Je ne savais pas quoi répondre, mais j’avais vite compris que pour lui « les siens » étaient uniquement les chrétiens orthodoxes. Pour détendre l’ambiance, j’ai juste hoché la tête. « Donc, russe ! » a conclu mon chauffeur agressif, l’air soulagé.

Effectivement, j’ai un passeport de la Fédération de Russie. Donc, russe. En plus j’ai été vraiment fier de l’avoir – l’aigle à deux têtes au lieu de la faucille et du marteau. Il me sert à traverser la frontière russe et à aller voter. Je respecte la Constitution démocratique de 1993 et ses valeurs, je m’intéresse à ce qui se passe en Russie aujourd’hui. Mais ça relève des devoirs du citoyen ; mes origines familiales diverses et variés et l’identité est chose si intime et complexe.

Il y a 20 ans, à l’époque du socialisme je ne me posais pas des questions sur mon identité. Mais je me souviens, que sur mon ancien passeport était indiqué : « citoyen soviétique de nationalité russe ». Nationalité égale origines. Donc on ne pouvait logiquement pas être russe et ukrainien et finnois et juif, etc. ( juif, c’était aussi une nationalité). Pourtant ma grande mère se disait toujours russe, malgré ses origines territoriales ukrainiennes et la foi de ses grands-parents juive. Sur son passeport était marqué : « citoyenne soviétique de nationalité juive ». Aujourd’hui elle aurait été russe tout court. Sur le papier et dans son intimité.

Pas dans les regards des autres…

Un autre souvenir. L’un de mes grand-pères se disait ukrainien, mais quand, en 1989, à Berlin-Ouest, secteur américain, j’ai rencontré son cousin très éloigné, le destin m’a présenté le premier vrai russe. C’est lui qui se définissait ainsi et je l’ai cru. Il était né à Belgrade, avait vécu toute sa vie au Royaume-Uni, mais parlait ma langue maternelle. Sa famille était partie pendant la Guerre Civile en 1919, le mienne était restée. Son père, évêque aux Etats-Unis, transmis la foi, la liberté, l’indépendance, les recettes de la cuisine russe, la culture… Tout ce que mes parents ne pouvaient plus transmettre dans les conditions de la prison soviétique douce. Donc, lui, aucun doute, russe, mais moi ? Quand une citoyenne française Nina Berberova est venue à Leningrad la même année, j’ai vu (à la télé) la dernière pétersbourgeoise vivante. Donc, « je suis de Saint-Pétersbourg ». Pas plus, par respect des autres.

J’ai raconté tout ça un soir à Toulouse à une étrange équipe de rugby. Ils étaient venus pour soutenir leur futur candidat aux élections locales devant les producteurs de France Culture. Tous du même quartier, réputé « difficile ». Leur candidat ne l’était apparemment pas. A ma question naïve : « pourquoi choisir les gens d’ailleurs pour représenter votre quartier ? », les rugbymen ont répondu comme un seul homme: « Mais nous sommes discriminés !!! » « Nous n’avons pas le niveau !!! ». « Nous sommes algériens ici!!! ». « Et depuis quand les algériens ont-ils obtenu le droit de vote en France ? »- ma question était sans doute assez provocante pour déclencher un cours entier de l’histoire du colonialisme français, qui se termina par une phrase inoubliable : « Je suis français par ce que mon père s’est battu a mort contre la France dans les rangs du FLN ! » Le silence s’est abattu. Puis un autre rugbyman a remarqué timidement : « Non, là tu déconnes, c’est moi qui suis français, parce que mon grand-père à fait la guerre du 14 à coté des français ». Pour ne pas refaire une nouvelle guerre d’Algérie, le troisième rugbyman m’a demandé : « Et toi, tu es de quelle nationalité ? Tu as un accent !!! » Et là j’ai raconté mon histoire.

Je n’ai pas mentionné que, depuis le 22 février 1999, j’ai une carte nationale d’identité de la République française. Question d’avoir et d’être, sans doute.