28 ans que ce deux britanniques n’avaient plus travaillĂ© ensemble. David Byrne, principal auteur de chansons du groupe  amĂ©ricain Talking Heads, et Brian Peter George St. John le Baptiste de la Salle Eno, le cĂ©lèbre « non-musicien », selon sa propre dĂ©finition, concepteur musical, et arrangeur britannique. Eno avait produit, composĂ© et jouĂ© sur les 3 albums des Talking Heads, entre 1978 et 1980, et puis, l’album de Byrne et Eno en duo, «My life in the bush of ghosts», un disque très en avance sur son temps.EnregistrĂ© entre 2 autres projets de Talking Heads en 1980, il est sorti en mars 1981. A l’Ă©poque j’Ă©tai un simple collĂ©gien soviĂ©tique. Ou plutĂ´t dĂ©jĂ  antisoviĂ©tique. La nuit, en cachette, j’Ă©coutai les radios Ă©trangères. Le vendredi 6 mars 1981 Vsevolod Novgorodtsev, qui animait « la programme de musique populaire de Londres » au service russe de la BBC, a mis un disque, comment dire… « Atypique ». Je me souviens encore aujourd’hui comment Il racontait que sur « My life in the bush of ghosts »  il n’y avait pas de chant, mais de longs extraits de chants orientaux ou de sermons de prĂ©dicateurs amĂ©ricains ou des mollahs, enregistres a partir des Ă©missions de radio ou trouvĂ©s sur les disques de la musique traditionnelle. L’album Ă©tant enregistrĂ© entièrement en analogique, les voix volĂ©s  par Byrne et Eno ont Ă©tĂ© synchronisĂ©s selon la mĂ©thode essaie/erreur, en laissant Ă©galement le hasard faire son travail de temps en temps. D’ailleurs, une de voix volĂ©es, celle de l’Ă©vangĂ©liste  Kathryn Kuhlman, a renvoyĂ© le projet dans une longue impasse par les menaces des poursuites judiciaire. Byrne et Eno ont Ă©tĂ© obligĂ© de retourner en studio pour retravailler le morceau, remplaçant la voix de Kuhlman par un enregistrement d’un exorciste. C’est prĂ©cisĂ©ment ce morceau rĂ©enregistrĂ© que j’ai entendu le 6 mars 1981dans mon appartement Ă  Saint Petersburg :Qui pourra imaginer a l’Ă©poque que des voix enregistres par Byrne et Eno et entendu dans un appartement pĂ©tersbourgeois, vont ĂŞtre enregistres a leurs tour et 28 après rĂ©apparaitre sur le net ? Ce que j’ai entendu mais n’ai pas eu l’occasion d’enregistrer, les autres l’ont fait. Aujourd’hui c’est en ligne chez seva.ru

bbc seva

Et qui pourra imaginer Ă  l’Ă©poque, que « Jezebel Spirit » ne sera pas le dernier morceau Ă  problème?  En 2006, pour la réédition de l’album, David Byrne et Brian Eno ont Ă©tĂ© obligĂ©s de supprimer totalement encore un titre, “Coran”. Les temps ont changĂ© et les citations du livre sainte, tolĂ©rĂ©s en 1981 ne le sont plus.C’est en discutant la réédition de « My life in the bush of ghosts », que David Byrne et Brian Eno se sont rencontrĂ©s Ă  nouveau et ont dĂ©cidĂ© de rĂ©cidiver. Un nouvel album de duo « Everything that happens will happen today », est, pour l’instant, uniquement tĂ©lĂ©chargeable, sur un site spĂ©cial, www.everythingthathappens.com.ModernitĂ© aidant, Eno et Byrne ne se sont jamais rencontrĂ©s pendant l’enregistrement. Byrne restait Ă  New York, Eno Ă  Londres. La collaboration se faisait par l’Ă©change des fichiers musicaux par email. Selon Eno, « On ne s’est mĂŞme pratiquement pas parlĂ© sur nos emails». Mais la modernitĂ© s’arrĂŞte ici.Contrairement Ă  leur prĂ©cĂ©dente collaboration, l’album se compose de chansons en bonne et due forme. Eno a composĂ© la musique, Byrne a Ă©crit les mĂ©lodies et les paroles.

«Quand nous avons entrepris ce projet, nous avons commencĂ© Ă  trouver que le style de ce que nous faisions s’apparentait Ă  du gospel Ă©lectronique: une musique dans laquelle les voix Ă©taient en avant-plan, mais dont le paysage sonore n’Ă©tait pas celui communĂ©ment associĂ© Ă  ce genre de chant», dit Brian Eno.

OubliĂ© l’avant-garde de la dernière annĂ©e des annĂ©es 70 - pendant l’enregistrement de « …bush of ghosts », le non-musicien Eno a remplacĂ© les cymbales par des poiles et la grosse caisse par une grande boite en carton. 28 ans après, retour Ă  formes plus traditionnelles. Et ca risque de dĂ©cevoir ceux qui s’attendaient Ă  ĂŞtre surpris par les formes radicalement nouvelles. En revanche, ceux qui se souviennent, que Brian Eno travaillait Ă©galement sur les chansons de Talking Heads, trouverons que « Everything that happens will happen today » est un bon album de Talking Heads, sans Talking Heads.

Pour moi, c’est une carte postale du passĂ©. Byrne et Eno sont rentrĂ© chez moi pour la première fois en mars 1981…

Qui pourra imaginer Ă  l’Ă©poque qu’en 1995 je vais accrocher les photos de David Byrne dans une gallĂ©rie de Saint Petersbourg, avec David Byrne ?

Qui pourra imaginer que Brian Eno va acheter un appartement à Saint Petersbourg en 1997?

Qui pourra imaginer Ă  l’Ă©poque que le passe va resurgir ?