L’année 2009 est riche en commémorations. Il y a 2 siècles exactement, la Russie conquiert les provinces orientales de la Suède.  Cette région devient un Grand-duché de Russie, et s’appelle la Finlande. Les frontières d’une entité autonome apparaissent sur les cartes. Sa frontière orientale, en Carélie,  correspond à peu prés à la frontière historique entre la Suède et la République du Novgorod russe, tracé en 1323 ! Elle sépare l’orthodoxie et le protestantisme, les systèmes juridiques et même les monnaies - la Finlande introduisant sa markka, la Russie gardant le rouble. Mais la frontière reste intérieure.
Profitant de la révolution russe de 1917, la Finlande déclara son indépendance. Les caréliens se retrouvent alors entre le régime bolchévik et le monde capitaliste. Puis, vient 1939 et le pacte germano-soviétique. Un autre anniversaire ! Selon les accords conclus il y a exactement 70 ans, la Finlande tombe dans « la zone d’intérêts soviétiques ». Le 30 novembre 1939 les chars soviétiques bousculent alors les postes-frontières finlandaises. Les soviétiques venaient en Finlande pour la « libérer » du capitalisme et accueillir dans l’union fraternelle des républiques socialistes. Seul problème : les Finlandais n’en voulaient pas ! La guerre sanglante se terminait par un traité fixant une nouvelle frontière - la Finlande perdant alors une partie de la Carélie. La tentative de profiter de l’attaque nazie contre les soviétiques pour récupérer les territoires perdus, se solde par un échec en 1944. Et le traité de Paris - de 1947 - fixe définitivement cette frontière dans les forets caréliens, à peu près, là où s’arrête l’armée rouge en 1940. Jusqu’en 1989, encore un anniversaire, cette frontière séparait les 2 systèmes économiques adverses - le capitalisme et le socialisme marxiste…. Une frontière infranchissable pour les soviétiques.
Vingt ans après, à l’heure de la globalisation des échanges, qu’en est-il de cette frontière si chargée historiquement ? Eh bien,a la sortie de Vyborg vous avez une agréable surprise : le poste-frontière numéro 1. Un homme en uniforme rentre dans le bus et vous demande de présenter votre passeport. De temps en temps il arrive qu’il ajoute un « s’il vous plait », mais c’est rare ! Après avoir jeté un regard sur les passeports il sort, les portes se referment, et le bus repart. Les personnes naïves croient que c’est ça la frontière et que vous êtes déjà en Finlande. Mais pas du tout ! Surprise numéro 2 ! Au bout de quelques dizaines de kilomètres vous arrivez au poste-frontière numéro 2 ! Au bout de quelques mètres, le bus s’arrête encore un fois et tout le monde sort pour passer par un véritable contrôle des passeports dans un immeuble isolé. Ensuite, on vous demande de présenter votre passeport quand vous remontez dans le bus et puis, juste devant le poteau frontalier finlandais apparait encore un homme en uniforme qui vous annonce : « Passport control ! Montrez vos passeports ! »
minibus russe a la frontière finlandaise, juillet 2009
Au total, cinq contrôles de passeports, plusieurs murs, barbelés, cameras… En tout,  il faut compter entre une heure et demie et six heures pour passer la frontière ! L’héritage de la guerre froide est intact. Difficile d’imaginer une frontière plus épaisse ! Donc, voilà une frontière qui sépare la Russie et l’Union Européenne, un partenaire économique principal. Les routes sont étroites et les camions sont énormes. Ce sont principalement des camions qui transportent des voitures d’importation depuis le port de Hanko en Finlande vers St.Pétersbourg. Ils occupent toute la route. Des kilomètres de queues, des bus, des voitures… Plus de 8 millions de personnes (!) traversent cette frontière tous les ans, mais le nombre de points de passage peut être compté avec les doigts d’une seule main. Beaucoup de frontaliers russes font leurs courses en Finlande - c’est souvent moins cher. Ils font vivre l’économie des régions frontalières finlandaises, mais ils sont toujours obligés de demander un visa pour y dépenser leur argent. La crise a diminué les files de camions à la frontière, mais personne ne semble se préoccuper de l’après-crise : toujours pas une seule autoroute côté Russe ! Petite consolation, on annonce le premier train à grande vitesse de St.Pétersbourg - Helsinki pour 2010. En 3 heures on pourrait rejoindre l’aéroport de Helsinki, devenue le 2eme aéroport pour les pétersbourgeois. Il y a 15 ans, les entrepreneurs russes pensaient que la frontière allait devenir symbolique dans un monde uni par le marché mondial. Aujourd’hui ils, ont cessé de rêver ! Ils savent que cette frontière est un véritable frein pour les échanges, mais ils sont obligés d’intégrer le temps d’attente pour les visas dans les consulats et les queues à la frontière dans leurs emplois du temps. Il en est de même pour les  nombreux finlandais qui font des affaires en Russie.
L’année 2009. Une année qui ne marquera pas la fin de l’histoire de la frontière russo-finlandaise.
1 commentaire à “post(e)-frontière”
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4 septembre 2009 à 19:34
Merci pour le reportage !
je rêve toujours de retouner à saint-Pétersbourg … (Leningrad en 1971 ). Mais par avion ç
Ch.