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Tous les billets de novembre 2009

L’Euro sans L’Union

BCE, bourse, capitalisme, Lisbonne, euro, banque, prĂ©sidence, UE, crise, Allemagne 0 commentaire »
30 nov 2009

Le 31 dĂ©cembre 1998, Jacques Santer, le prĂ©sident de la commission europĂ©enne de l’Ă©poque annonce « un Ă©vĂ©nement de toute première importance » : la crĂ©ation de l’euro au 1er janvier 1999. Dix ans et 2 prĂ©sidents plus tard, oĂą en est l’union monĂ©taire ?  J’ai posĂ© la question à  Paul De Grauwe, conseiller de l’actuel prĂ©sident de la commission, Mr. Barroso. De nombreux gouvernements de l’Union ont laissĂ© filer leur dĂ©ficit budgĂ©taire et se sont endettĂ©s pour relancer leur Ă©conomie. La Commission europĂ©enne les rappelle Ă  l’ordre et leur demande de  respecter les critères de Maastricht. A-t-elle une chance d’y parvenir, Paul De Grauwe?

ai

Pourtant Jean Claude Trichet vient de déclarer au journal Le Monde que « respect des critères de Maastricht est essentiel ».

ai

Ni plus ni moins ! A quoi donc servait-il ? Peut-on vivre dans l’union monĂ©taire sans les critères de Maastricht ?

ai

Avant d’entrer dans la zone euro, la RFA a pleinement rĂ©ussi son union monĂ©taire avec l’ex RDA. Mais aujourd’hui, l’Allemagne rĂ©unifiĂ©e montre-t-elle  la mĂŞme solidaritĂ© envers les autres pays de la zone euro pour qui il devient de plus en plus difficile d’emprunter le d’argent tant ils sont endettĂ©s ?! Vous Ă©tiez partisan d’Ă©mission d’obligations communes Ă  tous les membres de la zone euro, des « eurobonds », Paul De Grauwe. Ou en sommes-nous aujourd’hui ?

ai

Et si un Ă©tat, comme l’Irlande par exemple, se retrouvait en faillite ? Que feraient les allemands ? Quels sont les risques majeurs concernant la cohĂ©sion de la zone euro ?

ai

Eh oui ! Dans un article qui date de 2006, Paul De Grauwe Ă©crivait : « l’Euro est nĂ©faste Ă  l’Ă©conomie de l’Italie ! ». L’euro a Ă©tĂ© conçue principalement pour pousser les pays vers  l’union politique. Dix ans après sa crĂ©ation, nous n’avons toujours pas de gouvernement europĂ©en. Cette situation est-elle viable ? En 2006, Paul De Grauwe rĂ©pondait que non. Que rĂ©pond-il aujourd’hui ?

ai

La dĂ©cision de la cour constitutionnelle allemande de cet Ă©tĂ© tend Ă  montrer que l’Allemagne n’ira pas plus loin dans le transfert de souverainetĂ© vers les institutions communautaires. Il n’y aura donc pas de vĂ©ritable gouvernement de l’Union. Une conclusion Monsieur le Conseiller de la PrĂ©sidence :

ai

Le pacte de Varsovie postsoviétique

AzerbaĂŻdjan, ArmĂ©nie, Asie, armĂ©e, frontière, Bielorussie, islam, Russie, URSS, Georgie, medvedev 2 commentaires »
22 nov 2009

 © ai

Après la chute de l’URSS, l’ArmĂ©e soviĂ©tique est dĂ©mantelĂ©e  et  les anciennes rĂ©publiques socialistes devenues des Ă©tats indĂ©pendants acquièrent leurs propres forces armĂ©es. Mais, jusqu’au milieu des annĂ©es 90, il reste  encore des troupes  de l’ armĂ©e soviĂ©tique stationnĂ©es en dehors des frontières  de l’ex- URSS ainsi que des bases militaires au sein mĂŞme du territoire de l’ancienne Union soviĂ©tique . Il faut gĂ©rer cet hĂ©ritage et, en 1992, six pays de l’ex-URSS signent le TraitĂ© de SĂ©curitĂ© Collective renouvelable tous les 5 ans. Certaines  anciennes rĂ©publiques soviĂ©tiques le rejoignent, d’autres le quittent, et, pendant 10 ans se pose la question de l’avenir de ce traitĂ©. Finalement, en 2002, Ă  l’occasion des rĂ©formes de la CommunautĂ© des Ă©tats indĂ©pendants, qui gère l’hĂ©ritage Ă©conomique soviĂ©tique, est créée L’Organisation du traitĂ© de sĂ©curitĂ© collective. Elle regroupe aujourd’hui la Russie, la BiĂ©lorussie, l’ArmĂ©nie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’OuzbĂ©kistan. Dans quel but ? Explication de la gouvernement kirghize:

« L’armée pakistanaise repousse les talibans vers les frontières afghanes. Là-bas les terroristes vont avoir du mal à se cacher des troupes américaines et de leur aviation.  Il est donc très probable qu’ils s’enfuient vers le Tadjikistan. Quelques milliers des terroristes armés vont traverser le pays, car il est impossible de bloquer tous les pistes situées dans les montagnes. Ça veut dire qu’il existe une menace réelle que ces terroristes se retrouvent ensuite dans le sud du Kirghizstan. »

Les kirghizes ne cesse de répéter qu’il y a 10 ans le pays a subi l’incursion des islamistes, et  que l’Armée régulière n’y était pas préparée. Résultat – les islamistes ont terrorisé le pays pendant des mois. Il  faut donc créer des forces spéciales susceptibles d’agir simultanément à partir de plusieurs pays de cette région. Et c’est fait ! En 2009 l’Organisation se dote finalement de forces armées collectives. En octobre 15000 hommes des ces Forces Collectives ont fait leur premier exercice militaire au Kazakhstan en présence de 5 présidents. Pourquoi 5 seulement et pas 7 ? Parce que l’entente entre les ex- membres de l’Union soviétique est loin d’être cordiale. Le président biélorusse Alexandre Loukachenko, par exemple, faisait la tête depuis que les russes ont introduit des mesures protectionnistes concernant les importations des produits laitiers biélorusses ! Il n’était même pas présent lors de  la signature officielle du traité instituant les Forces Collectives! Pas très amical comme geste, selon le président russe Dimitri Medvedev :

« Dans ce genre de situation il faudrait se comporter comme de vrai partenaire. Ça veut dire quoi ? le mieux aurait été  de décrocher son téléphone et passer au moins un coup de fil ! Mais tel n’a pas été le cas ! Alexandre Grigorievitch Loukachenko ne m’a pas téléphoné. Il ne m’a pas prévenu qu’il ne viendra pas ! »

On comprend l’embarras de monsieur Medvedev… Surtout que selon l’article 14 du traité instituant l’OTSC toutes les décisions doivent être prises par consensus ! Les exercices militaires en Kazakhstan sous la bannière de l’OTSC n’étaient donc pas, formellement légitimes ! Ce que ne manquent pas souligner les biélorusses. Mais il y a d’autres problèmes de fond selon le rédacteur de la radio Echo de Moscou Sergei Bountman :

« L’organisation du traité de sécurité collective se voyait un peu comme le pacte de Varsovie postsoviétique, comme un réponse à l’OTAN. Le problème de l’OTSC, comme, d’ailleurs de toute autre organisation crée par la Russie dans l’espace postsoviétique, est sa volonté de dominer les autres membres de l’organisation. La Russie pensait pouvoir  leur dicter ses propres conditions. Et cela sans aucune contre-partie . Mais les années 2000 nous ont montré que ni ces fous de géorgiens, ni ces cosaques d’ ukrainiens, ni ces mystérieux azéris ne sont prêts à se soumettre à la Russie. Tout le monde a commencé à facturer à Moscou  la solidarité militaire. »

MĂŞme des alliĂ©s comme le Kirghizstan. Ça a coutĂ© très cher d’essayer de faire partir  les amĂ©ricains de leur base aĂ©rienne kirghizes, il en est de mĂŞme pour la  rĂ©activation d’une station-radar russe : 2 milliards de dollars de crĂ©dits, 150 millions de dollars d’ aide et l’annulation de 180 millions de dollars de dettes kirghizes ! Mais mĂŞme avec des sommes astronomiques les russes n’arrivent pas pour l’instant a acheter la reconnaissance de l’indĂ©pendance de l’OssĂ©tie du Sud!Et puis, pour certains pays, l’argent n’est pas l’essentiel:

« Bien sur l’ArmĂ©nie Ă  besoin d’argent. Mais surtout elle a besoin d’une position claire de l’OTSC sur le conflit dans le Haut Karabakh.  Et Erevan a rĂ©ussi Ă  obtenir du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’Organisation des dĂ©clarations beaucoup moins consensuelles que les habituelles affirmations sur la nĂ©cessitĂ© du règlement pacifique de tout conflit. Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a rĂ©cemment dĂ©clarĂ© que quand il s’agit de la guerre, l’OTSC agit selon le principe de solidaritĂ© - l’agression contre l’un de ses membres est considĂ©rĂ©e comme une agression contre l’Alliance. ArmĂ©nie pense donc avoir reçu une rĂ©ponse claire en cas d’opĂ©ration militaire en AzerbaĂŻdjan dans la province du  Haut Karabakh.»

Mais la question se pose de savoir  si la BiĂ©lorussie ou un autres membres de cette alliance d’autocraties et dĂ©mocraties postsovietiques aura vraiment envie de faire la guerre pour les ArmĂ©niens.

Les frontières de la crise: la Lettonie

BCE, FMI, capitalisme, euro, banque, UE, crise, financiere, Lettonie 0 commentaire »
15 nov 2009

Il y a 3 semaines, les mĂ©dias du monde entier ont diffusĂ© cette information-choc : un mĂ©tĂ©orite vient de tomber en plein cĹ“ur de la Lettonie. Un mĂ©tĂ©orite, qui s’est avĂ©rĂ©e ĂŞtre une falsification publicitaire pour la compagnie de  tĂ©lĂ©phonie mobile Tele 2. Le porte-parole de cette entreprise suĂ©doise bien implantĂ©e dans la rĂ©publique balte affirme que le but de l’opĂ©ration Ă©tait de « redonner confiance Ă  la population lettone et de montrer qu’un Ă©vĂ©nement unique peut remettre un petit pays au centre de l’attention de tout le monde ». Le deuxième objectif Ă©tant pleinement rempli , essayons d’analyser pour l’instant d’oĂą vient ce manque de confiance. C’est simple - la Lettonie est au bord de la faillite et la crise est arrivĂ©e comme une vĂ©ritable mĂ©tĂ©orite. Explication du premier ministre Valdis Dombrovskis :

« Tout ca a commencĂ© en 2005/2007. Ce furent des annĂ©es de croissance très importante, mais mĂŞme avec une croissance Ă  2 chiffres le gouvernement de l’Ă©poque n’a pas Ă©quilibrĂ© le budget ! Des mesures anti-inflationnistes ont Ă©tĂ© prises tardivement, le volume des crĂ©dits a doublĂ© en 2006/2007 et les restrictions sur ces crĂ©dits ont Ă©galement Ă©tĂ© introduites très tardivement. Donc la politique macroĂ©conomique a Ă©tĂ© fondamentalement mauvaise.»

Un flux d’argent trop important pour une Ă©conomie trop petite pour l’ absorber de façon productive. Cela a conduit Ă  l’inflation, la spĂ©culation et la surconsommation. Si la dette de l’Ă©tat Ă©tait raisonnable, l’endettement du secteur privĂ© ne l’Ă©tait pas. La bulle devait Ă©clater de toute façon, mais c’est le choc « Lehman Brothers », qui l’a provoquĂ©. Tout le monde a cĂ©dĂ© Ă  la panique - les capitaux Ă©trangers (scandinaves et ex-soviĂ©tiques) sont partis, les gens ont commencĂ© Ă  retirer l’argent en masse. RĂ©sultat - la faillite de la première banque de dĂ©pĂ´t du pays, Parex. Pour Ă©viter le pire la banque a Ă©tĂ© nationalisĂ©e, mais le sauvetage a coutĂ© tellement cher que le petit Ă©tat  s’est retrouve lui-mĂŞme au bord de la faillite ! Ensuite  est venue la rĂ©cession, la chute de la consommation… Que faire ? Pour la ministre de l’Ă©ducation Tatjana Koke, la recette est simple :

« C’est le moment pour tout le monde, pour la nation entière, de comprendre que nous pouvons dĂ©penser uniquement ce nous avons gagnĂ©, pas plus ! »

Effectivement, pour combler le manque Ă  gagner qui augmente tous les jours, la Lettonie n’arrive mĂŞme pas Ă  emprunter sur les marchĂ©s ! Il faut donc compter sur l’aide financière internationale. Le FMI et L’Union EuropĂ©enne lui sont venus en aide. Mais pour la conserver il faudra respecter une discipline budgĂ©taire très stricte, par exemple rĂ©duire les dĂ©penses de 500 millions de lats par an entre 2009 et 2012 ! Comment ? Voici une idĂ©e du ministre de la santé :

« Si on prend le financement du système de santĂ© il ne faut pas prendre en considĂ©ration uniquement les ressources budgĂ©taires. Il ne faut pas oublier une autre partie, la contribution des patients, de la population. Moins l’Ă©tat finance la mĂ©decine plus elle sera financĂ©e directement par la population. MĂŞme si l’Ă©tat ne finance plus certains services ils resteront en place car les gens auront toujours besoin de se faire soigner.»

L’idĂ©e est donc simple - les services existeront, mĂŞme s’ils ne sont plus totalement publics. Évidemment, les mĂ©decins, les policiers, les enseignants ne sont pas très contents…Le salaire de ces derniers a diminuĂ© de 40% cet Ă©té ! Et pourquoi ne pas tout simplement fermer la moitiĂ© des Ă©coles ? En Lettonie on compte seulement entre 8 et 10  Ă©lèves par l’enseignant. Appliquons la moyenne europĂ©enne ! Ça laisse sceptique le patron du syndicat letton de l’Ă©ducation, pour l’instant toujours nationale:

« Tous les ans le ministère pense Ă  augmenter le nombre d’Ă©lèves par enseignant. Augmenter la taille des Ă©coles et fermer les petites Ă©coles tout simplement.  Mais nous considĂ©rons qu’il faut faire une pause. Il faut analyser comment le nouveau système  va fonctionner. HonnĂŞtement, regardes l’Ă©tat des routes, dĂ©plorables, et le manque de bus scolaires… Ah, beaucoup de questions…»

Apparemment, on ne va pas fermer les Ă©coles cette annĂ©e, mais il reste beaucoup de questions sur l’application des mesures d’Ă©conomie stricte. Le principal Ă©tant : « Peut-on exiger, comme font les prĂ©teurs internationaux, les coupes budgĂ©taires aussi drastiques quand le PIB letton rĂ©gressera de plus de 18% cette annĂ©e ? »  Raita Karnite, Ă©conomiste letton est amère:

“Chez nous en Lettonie la politique principale est la politique du budget national. Et on respecte les chiffres macroĂ©conomiques. Mais qui aura besoin de ces chiffres si l’Ă©tat n’a plus de citoyens? Et les gens commencent Ă  Ă©migrer a nouveau!”

Et si on dĂ©value la monnaie nationale, comme l’ont fait les Russes et les Britanniques ? La banque centrale lettone a dĂ©pensĂ© 1 milliard d’euros en juin 2009  pour soutenir le lat ! Oui, mais la majoritĂ© des emprunteurs lettons ont pris des crĂ©dits en euros et auront donc plus Ă  rembourser. Et puis, la Lettonie veut adopter l’euro. Pour cela,  il faut respecter les critères de  Maastricht. C’est vrai qu’en France on vient de les oublier… Oui,  mais ce qui est permis a un pays fondateur de l’Union n’est pas permis Ă  la Lettonie. Bref, pas question de creuser le dĂ©ficit  ni de dĂ©valuer! Un ministre letton a mĂŞme dit un jour qu’une chute de mĂ©tĂ©orite serait plus probable  que la dĂ©valuation de la monnaie nationale.

Mais une mĂ©tĂ©orite vient de tomber, n’est-ce pas ?