Il y a 3 semaines, les mĂ©dias du monde entier ont diffusĂ© cette information-choc : un mĂ©tĂ©orite vient de tomber en plein cĹ“ur de la Lettonie. Un mĂ©tĂ©orite, qui s’est avĂ©rĂ©e ĂŞtre une falsification publicitaire pour la compagnie de  tĂ©lĂ©phonie mobile Tele 2. Le porte-parole de cette entreprise suĂ©doise bien implantĂ©e dans la rĂ©publique balte affirme que le but de l’opĂ©ration Ă©tait de « redonner confiance Ă la population lettone et de montrer qu’un Ă©vĂ©nement unique peut remettre un petit pays au centre de l’attention de tout le monde ». Le deuxième objectif Ă©tant pleinement rempli , essayons d’analyser pour l’instant d’oĂą vient ce manque de confiance. C’est simple - la Lettonie est au bord de la faillite et la crise est arrivĂ©e comme une vĂ©ritable mĂ©tĂ©orite. Explication du premier ministre Valdis Dombrovskis :
« Tout ca a commencĂ© en 2005/2007. Ce furent des annĂ©es de croissance très importante, mais mĂŞme avec une croissance Ă 2 chiffres le gouvernement de l’Ă©poque n’a pas Ă©quilibrĂ© le budget ! Des mesures anti-inflationnistes ont Ă©tĂ© prises tardivement, le volume des crĂ©dits a doublĂ© en 2006/2007 et les restrictions sur ces crĂ©dits ont Ă©galement Ă©tĂ© introduites très tardivement. Donc la politique macroĂ©conomique a Ă©tĂ© fondamentalement mauvaise.»
Un flux d’argent trop important pour une Ă©conomie trop petite pour l’ absorber de façon productive. Cela a conduit Ă l’inflation, la spĂ©culation et la surconsommation. Si la dette de l’Ă©tat Ă©tait raisonnable, l’endettement du secteur privĂ© ne l’Ă©tait pas. La bulle devait Ă©clater de toute façon, mais c’est le choc « Lehman Brothers », qui l’a provoquĂ©. Tout le monde a cĂ©dĂ© Ă la panique - les capitaux Ă©trangers (scandinaves et ex-soviĂ©tiques) sont partis, les gens ont commencĂ© Ă retirer l’argent en masse. RĂ©sultat - la faillite de la première banque de dĂ©pĂ´t du pays, Parex. Pour Ă©viter le pire la banque a Ă©tĂ© nationalisĂ©e, mais le sauvetage a coutĂ© tellement cher que le petit Ă©tat s’est retrouve lui-mĂŞme au bord de la faillite ! Ensuite  est venue la rĂ©cession, la chute de la consommation… Que faire ? Pour la ministre de l’Ă©ducation Tatjana Koke, la recette est simple :
« C’est le moment pour tout le monde, pour la nation entière, de comprendre que nous pouvons dĂ©penser uniquement ce nous avons gagnĂ©, pas plus ! »
Effectivement, pour combler le manque Ă gagner qui augmente tous les jours, la Lettonie n’arrive mĂŞme pas Ă emprunter sur les marchĂ©s ! Il faut donc compter sur l’aide financière internationale. Le FMI et L’Union EuropĂ©enne lui sont venus en aide. Mais pour la conserver il faudra respecter une discipline budgĂ©taire très stricte, par exemple rĂ©duire les dĂ©penses de 500 millions de lats par an entre 2009 et 2012 ! Comment ? Voici une idĂ©e du ministre de la santé :
« Si on prend le financement du système de santĂ© il ne faut pas prendre en considĂ©ration uniquement les ressources budgĂ©taires. Il ne faut pas oublier une autre partie, la contribution des patients, de la population. Moins l’Ă©tat finance la mĂ©decine plus elle sera financĂ©e directement par la population. MĂŞme si l’Ă©tat ne finance plus certains services ils resteront en place car les gens auront toujours besoin de se faire soigner.»
L’idĂ©e est donc simple - les services existeront, mĂŞme s’ils ne sont plus totalement publics. Évidemment, les mĂ©decins, les policiers, les enseignants ne sont pas très contents…Le salaire de ces derniers a diminuĂ© de 40% cet Ă©té ! Et pourquoi ne pas tout simplement fermer la moitiĂ© des Ă©coles ? En Lettonie on compte seulement entre 8 et 10 élèves par l’enseignant. Appliquons la moyenne europĂ©enne ! Ça laisse sceptique le patron du syndicat letton de l’Ă©ducation, pour l’instant toujours nationale:
« Tous les ans le ministère pense Ă augmenter le nombre d’Ă©lèves par enseignant. Augmenter la taille des Ă©coles et fermer les petites Ă©coles tout simplement. Mais nous considĂ©rons qu’il faut faire une pause. Il faut analyser comment le nouveau système  va fonctionner. HonnĂŞtement, regardes l’Ă©tat des routes, dĂ©plorables, et le manque de bus scolaires… Ah, beaucoup de questions…»
Apparemment, on ne va pas fermer les Ă©coles cette annĂ©e, mais il reste beaucoup de questions sur l’application des mesures d’Ă©conomie stricte. Le principal Ă©tant : « Peut-on exiger, comme font les prĂ©teurs internationaux, les coupes budgĂ©taires aussi drastiques quand le PIB letton rĂ©gressera de plus de 18% cette annĂ©e ? » Raita Karnite, Ă©conomiste letton est amère:
“Chez nous en Lettonie la politique principale est la politique du budget national. Et on respecte les chiffres macroĂ©conomiques. Mais qui aura besoin de ces chiffres si l’Ă©tat n’a plus de citoyens? Et les gens commencent Ă Ă©migrer a nouveau!”
Et si on dĂ©value la monnaie nationale, comme l’ont fait les Russes et les Britanniques ? La banque centrale lettone a dĂ©pensĂ© 1 milliard d’euros en juin 2009 pour soutenir le lat ! Oui, mais la majoritĂ© des emprunteurs lettons ont pris des crĂ©dits en euros et auront donc plus Ă rembourser. Et puis, la Lettonie veut adopter l’euro. Pour cela,  il faut respecter les critères de Maastricht. C’est vrai qu’en France on vient de les oublier… Oui, mais ce qui est permis a un pays fondateur de l’Union n’est pas permis Ă la Lettonie. Bref, pas question de creuser le dĂ©ficit ni de dĂ©valuer! Un ministre letton a mĂŞme dit un jour qu’une chute de mĂ©tĂ©orite serait plus probable  que la dĂ©valuation de la monnaie nationale.
Mais une mĂ©tĂ©orite vient de tomber, n’est-ce pas ?