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Tous les billets de janvier 2010

Le verbe de Monsieur Onischenko

medias, Bielorussie, frontière, alimentation, humour, Georgie, video, Russie, Etats-Unis, europe 0 commentaire »
22 jan 2010


Le chef des services sanitaires de la Russie, Guennadi Onischenko est la cible favorite des humoristes. Il est présenté dans ce clip comme un superman, capable de protéger le pays de toutes les épidémies.  Pour monsieur Onishenko, celles-ci proviennent toujours de l’étranger. Le lait biélorusse est de piètre qualité et les eaux minérales de Géorgie sont dangereuses pour la santé. Lors des conflits avec ses voisins, c’est l’épidémiologiste qui devient le chef de guerre. Mais récemment, on ressent comme un dégel dans les relations entre la Russie et le vaste monde hostile. Ce n’est pas grave, il y aura toujours des ennemis. En voici un : le tabac.

« Voici les données de l’Organisation Mondiale de la Santé pour l’année 2008. L’étendue globale de l’épidémie de tabagisme représente 100 millions de morts au cours du XXème siècle. Pour le XXIème, elle sera responsable de plus d’un milliard de victimes !  Et voici les pertes financières liées au tabagisme… Pour les Etats-Unis : 71 milliards, L’Allemagne : 7 milliards, l’Autriche : 1 milliard. Quels sont les pays dans lesquels on fume le plus ? Malheureusement nous sommes parmi eux. C’est l’Angleterre, la France, les Etats-Unis et la Russie. Mais si l’on compte les « années de vie active perdues » (c’est à dire celles passées sous perfusion dans un lit d’hôpital alors que vous pourriez vous occuper à augmenter le PIB de votre pays - bon je suis un peu cynique là), ces « années de vie perdues »  font perdre à l’Allemagne 12% de son PIB, aux Etats-Unis 13,3%, et  à la Russie 13, 6% ! »

Guennadi Onischenko fait le bilan de l’année 2009  sur les ondes de la « Radio Ekho Moskvy ».

« Je crois que l’une des réalisations majeures de l’année passée est la ratification par la Russie de la convention-cadre antitabac. Bon, vous comprenez, c’est comme les slogans du Parti Communiste pour le 1er mai… Cela n’oblige à rien en réalité… Mais malgré tout, ca nous a pris 3 ans pour la signer ! On l’a signée avec les 10 autres outsiders, avec les pays très en retard dans cette lutte… tellement en retard qu’ils n’ont même pas entendu parler de cette convention ! »

Mais pourquoi diable dans un pays où l’opposition n’a presque pas voix au chapitre, le responsable sanitaire en chef n’arrive-t-il pas à faire passer une loi ?

« La Russie produit aujourd’hui plus de 400 milliards de cigarettes. Cela correspond à 2911 cigarette par personne, du petit bébé jusqu’au vieillard !

La gamme de cigarettes à bas prix représente 40% du marché.Ca veut dire quoi ? J’ai 10 roubles que ma maman m’a donné pour acheter un déjeuner à l’école, et moi je les dépense pour des cigarettes ! Mais si le prix d’un paquet s’élevait à 30 ou 40 roubles, je ne pourrais pas le faire. Mais malgré cet état de fait, on n’arrive pas à convaincre le Ministère des finances de fixer des barrières à la vente de cigarettes ! Parce que dans ses oreilles souffle la mafia légale du tabac ! »

« La mafia légale », voici une nouveauté juridique russe. En l’absence d’ennemi extérieur, il y a toujours des ennemis invisibles à l’intérieur du pays…

Et qu’en est-il de l’alcool ? Un russe boit 18 litres d’alcool pur par an. Qui est responsable ? Vous n’allez pas le  croire… c’est le cinéma !

« Il y a un terme : la « publicité déguisée ». Les américains l’ont légalement interdite! Vous ne trouverez aucun film américain dans lequel le héro principal fume, bois ou dans lequel il aurait d’autres mauvaises habitudes. C’est un facteur majeur qui a une influence sur la télévision et sur la jeunesse américaine ! Or, chez nous, prenez nos séries tv - de bonnes séries -, le personnage principal prend un verre toutes les 7 à 8 minutes. Je l’ai compté moi-même ! C’est une condition imposée par la compagnie qui a sponsorisé la série. On m’a dit, je ne sais pas si c’est vrai, que c’est une compagnie ukrainienne qui produit l’alcool. Elle a posé une seule condition : les héros principaux doivent boire ! »

Les ennemis de la santé publique russe sont partout et ils sont de plus en plus difficiles à démasquer. Mais la Russie a une arme de destruction massive, le verbe de Monsieur Onischenko…

Une cyberattaque contre l’Estonie. 2 ans aprés.

Moldavie, cybercriminalité, medias, banque, pirate, Estonie, Russie 0 commentaire »
16 jan 2010

 © dr

«Le Soldat de bronze » à Tallinn. Symbole de l’occupation soviétique pour la majorité des estonophones, symbole de la libération de l’occupation nazie pour les russophones et symbole de leur droit à vivre en Estonie en tant que descendants des libérateurs, non en tant qu’occupants illégaux. En avril 2007, la statue fut déboulonnée et déplacée du centre ville par le gouvernement vers le Cimetière des Forces de Défenses. Une nuit d’émeutes s’en était suivie. Et puis, une autre confrontation, sur le Net celle-ci. Andres Männart , entrepreneur estonien se souvient :

« A cette époque, j’étais à Vienne, en Autriche. Et je ne parvenais pas à me connecter au serveur de ma banque car leur site était simplement inaccessible depuis l’étranger. Cela a duré plusieurs jours. »

La banque d’Andres Männart a été la cible d’une cyberattaque. Elle n’était pas la seule. Il en était de même pour l’administration de l’Etat ainsi que pour les sites des quotidiens nationaux. Les dégâts furent conséquents compte-tenu du fait que l’Estonie est un pays très utilisateur d’Internet :

« Presque tous les estonien manient leur compte bancaire par Internet. Et ceci depuis plusieurs années déjà ! Nous avons un véritable e-administration. Nous pouvons créer et enregistrer notre entreprise par le Net. Cela prend 10 minutes ! On peut même voter ! On a voté ainsi en 2009  pour les élections européennes… »

Pour préserver cette infrastructure, il a donc fallu se déconnecter du monde extérieur - c’est pour cela que Andres Männart n’arrivait plus à joindre sa banque. L’attaque est venue depuis l’étranger. Mais d’où précisément ?

« Au début, notre ministre de la justice a pointé du doigt la Russie. Il a déclaré que l’une des adresses IP d’où est venue l’attaque correspondait à une adresse IP du Kremlin. Cela est donc restée la position estonienne officielle. Mais on ne pouvait pas vraiment  prouver que l’attaque venait de la Russie car ceux qui ont orchestré cette attaque l’ont fait de façon assez professionnelle. »

C’est-à-dire ?

« Il existe des programmes spéciaux qui permettent d’effectuer des envois avec plusieurs ordinateurs dans le monde. Ensuite, il suffit de lancer une commande et ces programmes se mettent à envoyer des requêtes à des serveurs-cibles, une avalanche de requêtes. Résultat : le serveur s’arrête de fonctionner. On peut faire une parallèle avec le monde « réel ». Imaginez, qu’un jour, vous receviez des milliers de lettres dans votre boite aux lettres ! Elle serait tout simplement bourrée et ne pourrait plus accueillir votre courrier ! »

Vous voulez dire que quelqu’un de l’extérieur a installé un programme semblable sur l’un des ordinateurs du Kremlin en le transformant en ordinateur-zombie?

« L’attaque a été perpétrée par des personnes privées, par des hackers. Mais en même temps, c’est un secret de polichinelle que cette opération a été initiée et financée par des gens proches du pouvoir à Moscou »

Andres Männart fait ici référence aux récents aveux, fait dans Financial Times, par le commissaire du mouvement nationaliste russe « Nashi » Constantin Goloskokov. Il déclare avoir organisé cette attaque depuis la Transnistrie, en Moldavie. Mais il la parle d’un « acte de résistance citoyenne » contre la politique du gouvernement estonien qu’il qualifie de « fasciste ». En même temps, l’explication fournit par Goloskokov - 7 personnes envoyant des requêtes aux sites estoniens sans faire appel aux programmes malveillants - ne tient pas debout. Et de toutes façons, il serait difficile de poursuivre juridiquement qui que se soit dans cette affaire :

« Ce genre d’attaques n’est pas traitées par les lois internationales car c’est toujours difficile de designer le coupable. Même si l’attaque vient d’un ordinateur, comment peut-on affirmer que c’est son propriétaire qui en est responsable ? A partir du moment où votre ordinateur est connecté a Internet, il devient accessible aux autres. Comme c’est le cas actuellement pour le mien et le vôtre. »

Il ne me reste qu’à espérer que, durant cet entretien enregistré par Internet en utilisant la technologie estonienne « Skype », aucune arme de guerre n’a pénétré nos ordinateurs.

Meat free monday

GIEC, IPCC, CO2, alimentation, cuisine, Climat, Royaume Uni, musique 1 commentaire »
12 jan 2010



Dernière chanson de Paul McCartney «Lundi sans viande ». A travers cette chanson, Sir Paul lance une campagne pour combattre le réchauffement climatique. Mais quel rapport me direz-vous, entre la viande et le climat ? Eh bien, les chiffres de l’ONU montrent que la production de viande est responsable de 18% des émissions globales de gaz à effet de serre. Cette campagne n’est pas le caprice d’un vieux baba cool. Ivo de Boer et Rajendra Pachauri du GIEC, et même Lord Stern, auteur du célèbre « Rapport  sur l’économie du changement climatique », ont tous soutenu cette initiative ! Dans le rapport Stern, on ne parlait pas encore d’une « journée sans viande », mais on proposait un autre chose :  établir un véritable prix du CO2. L’un des auteurs du rapport est Dimitri Zenghelis. Par quel mécanisme proposiez-vous d’établir le prix ?

« On ne peut pas dire de façon catégorique quelle est la meilleure solution, mais on a néanmoins tendance à privilégier le système boursier. Car cela élimine le risque de dépassement du seuil des émissions de carbone, mais aussi parce que c’est beaucoup plus simple à appliquer sur le plan international - pas besoin d’harmoniser les taxes. Vous établissez le marché d’échanges et ensuite vous laissez le secteur privé déterminer où les émissions peuvent être réduites de la façon la plus profitable. »

Donc vous voulez organiser une finance du carbone, semblable à toutes les autres finances connues?

« Absolument ! On verra également toutes sortes d’instruments financiers comme les contrats dérivés et autres. Il faudra les utiliser et les réguler avec précaution bien sûr! »

Et alors, qui sait, peut-être que nous nous assisterons à l’éclatement d’une “bulle carbone”…

Il y a déjà un système d’échange au niveau européen. Comment fonctionne-t-il?

« On commence par définir le plafond européen. Ensuite, on alloue les permis d’émettre du CO2 aux états. Puis chaque gouvernement national distribue des quotas pour les diverses industries émettrices : l’acier, la  production d’électricité etc. Chaque branche peut donc émettre un certain volume de carbone gratuitement, mais si on veut dépasser ce volume, on a la possibilité d’acheter un crédit supplémentaire de CO2 au prix du marché. »

Le marché du carbone de l’Union Européenne couvre plus de 11000 installations, mais cela couvre seulement la moitié des émissions de CO2 des pays membres.

Comment procéder avec les autres pays du monde?

« Si vous tenez compte de l’existence de marché semblable dans plusieurs états des Etats-Unis, ou en Australie par exemple, vous pouvez commencer à combiner et unifier ces marchés. Et finalement, on obtiendrait un très grand marché global. Avec une particularité : au début, les plafonds d’émissions seraient appliqués uniquement aux pays riches. Une fois ce but atteint, on pourrait élargir le nombre de pays assujettis au plafonnement à la Chine et au Brésil et puis l’étendre à tous les pays du monde, même les plus pauvres »

Est ce que vous avez une idée de ce que serait le juste prix d’une tonne de CO2 ? Et comment le calculer sans faire appel à la bourse ?

« Le prix du carbone acceptable est celui qui permet de garantir la réduction du risque de changement climatique pour un coût non excessif. C’est possible si vous appliquez ce prix à tous les secteurs émetteurs, pas seulement énergétiques, mais aussi aux secteurs productifs en général, en incluant l’utilisation des forêts et des terres. Et si vous l’appliquez également  à tous les pays du monde. Eh bien, dans ce cas, le prix ne serait pas exorbitant - aux alentours de 30 à 40  euros par tonne. Et ces chiffres pourraient croitre d’environ 2% par an. »

Pouvez-vous nous donner un exemple ? Combien couterait l’essence par exemple ?

« Avec un prix de 30 euros par tonne de carbone, cela n’aura une très grande influence. Disons… que…ce serait de l’ordre de  moins de 10% ! Beaucoup moins que les fluctuations des prix à la pompe qu’on connaît habituellement ! Aux Etats-Unis, par exemple, le prix grimperait de 30 à 40 cents pour un gallon seulement, tandis que récemment le prix à la pompe est passé de 2 a 4 dollars ! »

Et qu’en serait-il des vaches ? Combien couterait la viande ?…

Nous n’avons pas le temps de le calculer mais une chose est sûre, l’augmentation ne concernerait pas Paul McCartney puisqu’il est… végétarien depuis plusieurs décennies!

L’état inuit

Effet de serre, mer, rechauffement, arctique, peche, Danemark, minorités, voyage 1 commentaire »
3 jan 2010

« Votre Majesté Royale, Votre altesse Royale, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Président du Parlement, Messieurs les membres du parlement, Messieurs les membres du gouvernement, chers invités, Mesdames et messieurs ! Je vous souhaite la bienvenue pour cette journée spéciale qui marquera le début notre  « auto-gouvernement ». Je vous remercie au nom du peuple groenlandais, au nom des parlementaires et des membres du gouvernement… »

Nous sommes le 21 juin 2009. Les habitants de la plus grande ile du monde, le Groenland, célèbrent la journée la plus longue de l’année. C’est la fête nationale mais aussi l’occasion d’une visite royale. La Reine Marguerite II, vêtue d’un pull polaire, a assisté à la cérémonie, qui avait, cette année, un accent un peu particulier : elle est venue officialiser le statut d’autonomie élargie voté par referendum l’année précédente. Le chemin fut très long. Danois depuis 3 siècles, les Inuits ont acquis l’égalité des droits en 1953. Depuis 1979, l’île dispose de son propre Parlement. Dorénavant, le Groenland gère presque toutes ses affaires à l’exception des affaires extérieures. Pourquoi ce désir constant d’émancipation de la tutelle confortable d’une social-démocratie nordique? Même la langue danoise n’est plus la langue officielle au Groenland ! Carl Christian Olsen, le vieux leader inuit explique :
« Parce que c’est notre histoire. Notre identité, c’est notre langue ! Quand le christianisme a été introduit chez nous, il a essayé de détruire notre culture. On devait se débarrassait de nos noms Inuits, etc. La seule chose qu’ils n’ont pas réussi à détruire, c’est notre langue ! Et nous sommes fiers de cette victoire. »

Le militant de la cause inuit a été interviewé par un journaliste free-lance - Christopher Booker - qui a cherché à comprendre l’émancipation de tout un peuple arctique. La population du Groenland est peu nombreuse : seulement 57.000 personnes, peu éduquées mais très fières de leur identité :

« Nous sommes des gens très ouverts. Parce que l’identité groenlandaise n’est pas basée sur l’intolérance. Nous avons un passé inuit, un passé danois et anglais. »

Géographiquement américain, historiquement danois et culturellement inuit. Qu’en est-il de l’économie du Groenland ? L’île vit grâce à la pêche, au tourisme et… aux subventions danoises très généreuses - 3.2 milliards de couronnes - les 2/3 du budget !  Mais qu’est-ce qui change avec cette « quasi-indépendance » ?  Marko Papic, membre du think tank Stratfor, nuance un peu la ferveur des indépendantistes :

« Le gouvernement du Groenland va hériter de beaucoup de problèmes. Et ils le savent. C’est précisément pourquoi ils n’ont pas opté pour l’indépendance totale tout de suite bien qu’ils y soient favorables. Le pays est immense. L’ile est énorme et la majeure partie est un désert glacial. Transport, éducation, programmes sociaux, tout cela coûte plus cher que n’importe où dans le monde. Mais à l’avenir, il se peut que le Groenland soit traité comme une jeune fille à marier. Les puissances régionales vont la courtiser pour avoir de l’influence sur l’Ile. On le verra  dans 10 prochaines années. »

Le Groenland occupe, depuis toujours, une position stratégique sur le plan militaire. Mais on dit aussi que les sous-sols groenlandais sont pleins de ressources naturelles. Il y a 2 ans, quand le pri des matières premières s’est enflammé, on s’est mis à rêver qu’un jour on transformerait le Groenland en Sibérie. Depuis la chute des prix, on en parle moins. Car malgré les effets du réchauffement climatique bien visible, c’est encore beaucoup trop tôt pour commencer a creuser le sol groenlandais pour y extraire le pétrole a un prix compétitif. De plus, en 2008, les experts américains ont divisé par 2 leurs estimations de réserves pétrolières sur l’ile. Le seul projet d’investissement, l’usine d’aluminium Alcoa, est loin d’être finalisé. Les danois vont donc continuer à financer le Groenland, les politologues à spéculer sur l’avenir… et les Inuits, à vivre leur train de vie :

« C’est difficile pour nous de parler de changements comme le font les occidentaux. Car eux le font de façon abstraite. C’est aussi très abstrait pour les chercheurs qui en parlent tout le temps. Tandis que nous, les Inuits, nous vivons avec les changements. Nous devons nous adapter aux changements, comme on le fait depuis toujours. Nous avons toujours su nous adapter à toutes les nouvelles situations. »

Pour l’instant le seul véritable changement au Groenland est son statut. Ce qui n’est pas une mince affaire. Premier état inuit du monde ! Et presque indépendant…