Une cyberattaque contre l’Estonie. 2 ans aprés.
Moldavie, cybercriminalité, medias, banque, pirate, Estonie, Russie«Le Soldat de bronze » à Tallinn. Symbole de l’occupation soviétique pour la majorité des estonophones, symbole de la libération de l’occupation nazie pour les russophones et symbole de leur droit à vivre en Estonie en tant que descendants des libérateurs, non en tant qu’occupants illégaux. En avril 2007, la statue fut déboulonnée et déplacée du centre ville par le gouvernement vers le Cimetière des Forces de Défenses. Une nuit d’émeutes s’en était suivie. Et puis, une autre confrontation, sur le Net celle-ci. Andres Männart , entrepreneur estonien se souvient :
« A cette époque, j’étais à Vienne, en Autriche. Et je ne parvenais pas à me connecter au serveur de ma banque car leur site était simplement inaccessible depuis l’étranger. Cela a duré plusieurs jours. »
La banque d’Andres Männart a été la cible d’une cyberattaque. Elle n’était pas la seule. Il en était de même pour l’administration de l’Etat ainsi que pour les sites des quotidiens nationaux. Les dégâts furent conséquents compte-tenu du fait que l’Estonie est un pays très utilisateur d’Internet :
« Presque tous les estonien manient leur compte bancaire par Internet. Et ceci depuis plusieurs années déjà  ! Nous avons un véritable e-administration. Nous pouvons créer et enregistrer notre entreprise par le Net. Cela prend 10 minutes ! On peut même voter ! On a voté ainsi en 2009 pour les élections européennes… »
Pour préserver cette infrastructure, il a donc fallu se déconnecter du monde extérieur - c’est pour cela que Andres Männart n’arrivait plus à joindre sa banque. L’attaque est venue depuis l’étranger. Mais d’où précisément ?
« Au début, notre ministre de la justice a pointé du doigt la Russie. Il a déclaré que l’une des adresses IP d’où est venue l’attaque correspondait à une adresse IP du Kremlin. Cela est donc restée la position estonienne officielle. Mais on ne pouvait pas vraiment prouver que l’attaque venait de la Russie car ceux qui ont orchestré cette attaque l’ont fait de façon assez professionnelle. »
C’est-à -dire ?
« Il existe des programmes spéciaux qui permettent d’effectuer des envois avec plusieurs ordinateurs dans le monde. Ensuite, il suffit de lancer une commande et ces programmes se mettent à envoyer des requêtes à des serveurs-cibles, une avalanche de requêtes. Résultat : le serveur s’arrête de fonctionner. On peut faire une parallèle avec le monde « réel ». Imaginez, qu’un jour, vous receviez des milliers de lettres dans votre boite aux lettres ! Elle serait tout simplement bourrée et ne pourrait plus accueillir votre courrier ! »
Vous voulez dire que quelqu’un de l’extérieur a installé un programme semblable sur l’un des ordinateurs du Kremlin en le transformant en ordinateur-zombie?
« L’attaque a été perpétrée par des personnes privées, par des hackers. Mais en même temps, c’est un secret de polichinelle que cette opération a été initiée et financée par des gens proches du pouvoir à Moscou »
Andres Männart fait ici référence aux récents aveux, fait dans Financial Times, par le commissaire du mouvement nationaliste russe « Nashi » Constantin Goloskokov. Il déclare avoir organisé cette attaque depuis la Transnistrie, en Moldavie. Mais il la parle d’un « acte de résistance citoyenne » contre la politique du gouvernement estonien qu’il qualifie de « fasciste ». En même temps, l’explication fournit par Goloskokov - 7 personnes envoyant des requêtes aux sites estoniens sans faire appel aux programmes malveillants - ne tient pas debout. Et de toutes façons, il serait difficile de poursuivre juridiquement qui que se soit dans cette affaire :
« Ce genre d’attaques n’est pas traitées par les lois internationales car c’est toujours difficile de designer le coupable. Même si l’attaque vient d’un ordinateur, comment peut-on affirmer que c’est son propriétaire qui en est responsable ? A partir du moment où votre ordinateur est connecté a Internet, il devient accessible aux autres. Comme c’est le cas actuellement pour le mien et le vôtre. »
Il ne me reste qu’à espérer que, durant cet entretien enregistré par Internet en utilisant la technologie estonienne « Skype », aucune arme de guerre n’a pénétré nos ordinateurs.




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