« Si vous avez une famine et que vous devez sauver des personnes de cette famine, ou si vous avez un tremblement de terre ou mĂŞme une inondation, et que tout ce que vous faites c’est d’apporter des biscuits français ou d’autres choses du mĂŞme genre… vous savez, il faut bien penser que, dans une perspective longue, cette aide va tout simplement dĂ©truire l’agriculture locale et le savoir-faire local ! Car tout ce qu’elles vont faire c’est attendre les nouvelles livraisons de biscuits français. Il faudrait vraiment repenser comment aider les gens dans de telles situations. »
Mais vous n’ĂŞtes pas opposĂ© Ă l’aide humanitaire d’urgence ?
« Si quelqu’un est emprisonnĂ© dans des dĂ©combres, une vĂ©ritable aide consisterait Ă l’en sortir. Mais si l’aide consiste Ă maintenir des personnes dans les dĂ©combres, ce n’est pas une aide ! Donc, oui, dans les situations d’urgences, sortons les gens des dĂ©combres, mais dans les situations oĂą les gens sont prisonniers de la pauvretĂ©, la meilleure solution est de leur donner des moyens de sortir de cette pauvretĂ©. Regardez : qu’est-ce qui les maintienne dans la pauvreté ? En Afrique, nous sommes concentrĂ©s uniquement sur la production de matières premières…»
Il faut donc libéraliser davantage les marchés ?
« Beaucoup d’Ă©conomies africaines essayent de s’orienter sur les exportations vers l’Europe ou les Etats-Unis… et ils ignorent les marchĂ©s locaux. Mais ils se battent contre les murs du protectionnisme Ă©conomique europĂ©en ou amĂ©ricain ! Donc, les africains s’occupent de la production de très bas niveau, et tout ce qui est Technique, Technologie, Recherche et DĂ©veloppement se fait en Europe. »
Double Ă©trangetĂ©, donc. Des marchĂ©s mondiaux fermĂ©s, et des marchĂ©s locaux non exploitĂ©s. Et si l’on essayait d’augmenter les investissements ? La corruption constituerait-elle un frein Ă cet Ă©gard ?
« Souvent, dans les medias occidentaux, vous lisez que les africains sont des gens très corrompus. Et en mĂŞme temps on s’apitoie sur le fait que les africains vivent avec moins d’un dollar par jour. Dommage que ceux qui lisent ces nouvelles ne se posent pas une simple question : d’oĂą viens l’argent volé ? En fait, c’est l’argent de donateurs. C’est le produit d’interactions entre les intĂ©rĂŞts des donateurs et les Ă©lites politiques et intellectuelles africaines. Le rĂ©sultat est que vous avez un club de gens qui prennent un pourcentage sur l’aide… Et dans les medias, on parle d’un « continent corrompu ». »
Encore une fois, c’est l’aide qui perverti les comportements. Mais alors quelle est la solution ?
« Si on pouvait se retrouver dans une situation oĂą les gouvernements africains Ă©taient soutenus par les contributeurs africains eux-mĂŞmes, alors ces dirigeants se sentiraient plus responsables face Ă leurs Ă©lecteurs. Mais la situation est diffĂ©rente. Ils sont concentrĂ©s sur les relations avec les donateurs parce qu’ils savent que ce sont eux qui vont financer les autoroutes, et tout le reste… Et ils ignorent leurs propres citoyens. Donc, l’aide internationale dĂ©truit Ă©galement les piliers de la dĂ©mocratie.»
Selon James Shikwati, cette philosophie du « nourrir le monde » pousse les gens encore plus dans les décombres au lieu de les en sortir.
Les africains sont-ils condamnĂ©s Ă vivre Ă©ternellement dans la pauvreté ? Pour le savoir, il faudrait donc davantage se pencher sur une autre question - moins Ă©motionnelle mais tout aussi importante -, celle de la crĂ©ation d’emplois… un sujet moins vendeur, sans doute, que « feed the world »…
4 commentaires à “Feed the world?”
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16 fĂ©vrier 2010 à 2:38
si vraimente on veut aider las pays plus pauvres, il devrait etre le gouvernement de chaque pays surtout le plus riches,les organisations, les grands entrepises qui cherchent seulement sa richesse. Il devrait aussi dĂ®spatraitre les guerres qui provoquent la famine et bcp. de mortes. Mais je rĂŞve!!! C’est comme prier que le diable soit bon.
16 fĂ©vrier 2010 à 12:21
Bonjour Monsieur,
J’ai trouvĂ© intĂ©ressant votre reportage, et en particulier les rĂ©flexions de James Shikwati. Le reste de l’Ă©mission, malheureusement n’Ă©tait pas d’un aussi bon niveau, vous pourrez le dire Ă Florian Delorme. Ses deux invitĂ©s, me semble-t-il, Ă©taient Ă peu près d’accord sur l’essentiel, si bien qu’il n’y avait pas de vĂ©ritable dĂ©bat. Le seul qui amenait du dĂ©bat, c’Ă©tait justement Shikwati, mais il n’a pas pu rĂ©pondre - et pour cause - Ă la critique que lui faisait l’un des deux invitĂ©s, qui lui reprochait d’ĂŞtre incompĂ©tent.
Bref, on a eu lĂ une Ă©mission assez instructive sur le plan symbolique. Il s’agissait de parler de l’”aide au dĂ©veloppement”, mais les deux invitĂ©s principaux furent deux Français, imbus de leurs connaissances et maniant - au moins pour l’un des deux - une bien belle langue de bois gouvernemantale. Le seul membre d’un pays “en dĂ©veloppement” n’eut droit qu’Ă une ou deux minutes de parole. Et après ça, on nous dit que le paternalisme nĂ©ocolonial n’est pas terminĂ©…
Cordialement,
Jordi Grau
21 fĂ©vrier 2010 à 9:52
Dambisa Moyo: “L’aide ne marche pas sur le continent”
http://www.lesafriques.com/les-afriques-tv/dambisa-moyo-londres-la-crise-financiere-est-une-opportunite-pour-l-afr.html?Itemid=324
PS: un lien sur l’Ă©mission radio serait utile
22 fĂ©vrier 2010 à 12:11
Bonjour,
Pour savoir pourquoi bien souvent l’aide internationale est un grand n’importe quoi au service surtout des ong et si peu efficace, il suffit d’Ă©couter l’Ă©mission “Interception” du 03/01/2010 sur France Inter. C proprement dĂ©gueulasse pour les populations et l’Afghanistan n’est lĂ que pour illustrer un cas gĂ©nĂ©ral.
Quand on sait que ces mêmes ong, sont financées essentiellement par les Etats, qui sont responsables ou coresponsables de la situation ou par des fondations créées par des financiers, enrichis grâce à la spéculation financière dont on connait le résultat sur la vie de millions de personnes, on comprend que ces mêmes ong ne soient guère critiques envers un système qui les fait vivre!
Avez vous remarquĂ© qu’elles ne regimbent que pour avoir de fric et quasiment jamais parce que leurs financeurs contribuent Ă pourri la vie de millions de gens ici et ailleurs?