« Je vis dans un rêve, je crois au miracle » - une version allemande d’une chanson composée en anglais par les musiciens suédois du groupe ABBA et chantée par Nana Mouskouri, une ancienne eurodéputée grec. Nana Mouskouri  a décidé de renoncer à sa retraite deurodéputée pour en faire don à l’État grec. 16 mille euros par an - une maigre consolation mais hautement symbolique pour un état qui est endetté a la hauteur de plusieurs centaines de milliards d’euros ! Nana Mouskouri a fait ce geste courageux au mois de mars 2010.Pourtant, dès janvier 2009, les marchés financiers ont commencé à s’inquiéter de l’état des finances grecques. Un autre eurodéputé, Margaritis Schinas, s’en était  à l’époque étonné et m’avait affirmé  que tout allait bien. Aujourd’hui on sait que les chiffres avancés par l’eurodéputé étaient faux, mais sa théorie selon laquelle l’Union Européenne a été la victime d’une attaque injustifiée par des spéculateurs eurosceptiques est largement partagée. Qu’en pense Sharon Bowles, présidente britannique de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement Européen ?

« Je ne pense pas que les écarts de taux entre les dettes des états soit une mauvaise chose en soi. Cela impose une discipline. Vous savez, chez nous, au Royaume Uni, nous regardons ces écarts et nous nous exclamons : « Oh Mon Dieu ! Nous sommes à 80 points de base au dessus ! On ne nous aime pas autant que les allemands ! » La même chose se passe a l’intérieur de la zone euro. Si un gouvernement ne tient pas sa maison en ordre il paie des pénalités sur les marchés financiers internationaux. C’est une bonne discipline ! Pas besoin de paniquer ! »

Pourtant, même si on n’a pas paniqué en janvier 2009 on l’a commencé un an après…

« Quand l’euro a été créé il y avait pas mal de gens qui, dès le début, affirmaient que  précisément ces écarts entre les taux allait imposer aux gouvernements une certaine discipline financière. Imaginez que vous ayez une obligation unique, un « eurobond » ? Ca serait injuste pour les pays discipliné.»

En 2009, pour calmer les marchés, on a proposé de créer une obligation commune pour la zone euro. Cette proposition a été refusée par les allemands pour des raisons évidentes. Pourtant la situation grecque ne s’est pas améliorée…

« En vérité plusieurs pays, à cause de l’euro, ont eu accès à de l’argent à un taux très bas. Par exemple,  ils empruntaient aux taux allemands, tout en restant, disons, espagnols ou grecques dans leur manière de le dépenser…Et les marchés n’ont pas correctement  évalué ce fait. On devait avoir des écarts beaucoup plus importants bien avant ! »

Que dire alors de la vitesse de réaction des institutions communautaires ! Pendant plusieurs mois la cacophonie a régné quant à  la nature, les moyens et les sommes exactes d’une aide éventuelle à l’état grec. Finalement la formule magique a été trouvée le 25 mars. Le président de l’Union Européenne est satisfait :

« Nous sommes prêts, si les financements par les marchés deviennent insuffisants, d’aider la Grèce sur la base de prêts bilatéraux de la part des pays-membres de la zone euro , ce ,en coopération avec le FMI. »

Pourtant, Guy Verhofstadt (ALDE) reste très sceptique :

« J’ai des doutes sérieux sur ce mécanisme. J’espère avoir tort ! Mais je ne pense pas que ca puisse marcher pour la simple raison que ce système de prêts bilatéraux n’est pas une solution européenne! »

C’est vrai. Et si la cours constitutionnelle allemande décidait que le prêt bilatéral à 5% est une forme de subvention contraire à l’esprit de son arrêté des années 90 concernant l’euro ? En tout cas tout prêt constitue une dette qui augmente tous les jours et qu’il faudra rembourser. Il reste très peu de temps pour continuer à rêver, mais on peut toujours croire aux miracles.