Douze chevaux et parmi eux le favori - Etalon de Bronze Cannon… Le prix est de 7 millions de roubles… Les courses pour le prix du président de Russie le 18 juillet à l’Hippodrome central de Moscou ont réuni, en dépit du soleil et de la chaleur étouffante, beaucoup de spectateurs et ont été commentées à la télévision nationale. Entre autre parce que parmi les spectateurs se trouvait le président Medvedev lui-même, mais aussi les leaders de l’Azerbaïdjan, l’Arménie, le Kazakhstan, la Moldavie, et du Tadjikistan. Depuis plusieurs années déjà , les rencontres informelles des présidents des pays faisant partie de la CEI (la Communauté des Etats Indépendants) se passent sur les lieux des courses hippiques. Cette année, les courses ont été un peu… particulières. Tout d’abord, on ne pouvait pas parier, car le Parlement russe a adopté une loin contre les jeux de hasard. Deuxièmement, parmi les leaders de la CEI, seulement la moitie était présent, et enfin, pour couronner le tout, l’un des pays-membres a carrément déclaré qu’il quittait la Communauté. Il s’agit de la Géorgie.
« On doit quitter la CEI. La CEI a totalement failli en tant qu’organisation internationale. C’est un… « machin postsoviétique »… qui n’a pas pu prévenir la tragédie. En quittant la CEI, on fait nos derniers adieux à l’Union Soviétique. Ceux qui nous bombardent veulent la restaurer. Le président Poutine déclarait il y a 2 ans que la chute de l’URSS était la plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle… Moi, je crois que ce fut un événement heureux ! »
Vous avez peut-être reconnu la manière de s’exprimer du Président géorgien Mikheil Saakachvili. Mais il a raison, Monsieur le Président. La CEI a été créée le 8 décembre 1991 par le Traité de Minsk, au moment même de la signature d’une déclaration selon laquelle l’Union soviétique était dissoute. La CEI était supposée faciliter l’accès à l’indépendance des républiques soviétiques et développer la coopération multilatérale. Les indépendances ?… Oui, elles ont été acquises pour toutes les ex-républiques soviétiques. En ce qui concerne la coopération… nous y reviendrons. Une chose est sure, l’appartenance à la Communauté ne garantit pas la Paix. André Saveliev, ex-membre du comité pour les affaires de la CEI du Parlement russe, declare à Radio Liberté :
« Le retrait de la Géorgie de la CEI est tout à fait naturel. Apres un conflit armé entre des pays-membres il y a 2 solutions : soit on dissout la communauté, soit l’un des pays participant a ce conflit doit quitter les structures de la CEI. Je pense que la Russie doit se poser la question de la nécessité de l’existence de la CEI en tant qu’organisation. Une organisation qui a démontré, entre autre, son incapacité à prévenir les conflits entre ses pays-membres. Ce faisant, la Russie gagnerait plus qu’elle ne perdrait. Bon, il n’y aurait plus toutes ces rencontres informelles, « sans cravates », ces tables rondes, où tout le monde vient mais ne décide strictement rien… Mais en se libérant de tout ca, la Russie pourra mieux dicter ses conditions en faisant du bilatéralisme. Il ne faut pas vouloir imiter une grande communauté internationale là où il n’y en a pas ! »
Une agence matrimoniale à l’ envers finalement… une agence qui n’arrive même pas à assurer un divorce paisible. La CEI est dépourvue de personnalité juridique internationale et face à son immobilisme, certains pays issus de l’ex-URSS avaient émis des initiatives pour créer des unions plus poussées et plus dynamiques au sein de l’espace postsoviétique. L’Organisation du traité de sécurité collective et la Communauté économique eurasiatique sont nées au sein de la CEI mais ont tendance à prendre leur indépendance, même si les liens sont encore forts. L’objectif de ces deux organisations est de reprendre le processus d’intégration économique et politico-militaire au sein de l’espace postsoviétique. Mais l’Ukraine, la Géorgie, l’Azerbaïdjan et la Moldavie forment leur propre union régionale : le GUAM. L’un de ces 4 pays vient de quitter la CEI, les autres y sont encore. Et Vladimir Zharihine, le vice-directeur de l’Institut de Pays de CEI, (eh oui, ça existe !), ne s’attend pas a de grands changements :
« Du point de vue purement juridique, il y a un frein à la désintégration, car il existe beaucoup d’accords communautaires. Si la Géorgie devait redéfinir les accords avec tous les pays de la CEI ( a l’exception peut-être de la Russie) de façon bilatéral, cela serait très compliqué et prendrait énormément de temps. C’est précisément pour cette raison que la Géorgie se bat aujourd’hui pour que certains accords communautaires - qui n’ont pas de statut « fermé » et qui sont ouverts également aux pays non-membres de la CEI - restent applicables pour la Géorgie. »
Il ne faut pas exagérer, Monsieur le vice-directeur. Pendant les 10 premières années de son existence, 173 accords et traités ont été conclus. Et seuls 8 ont été mis en vigueur sur l’ensemble du territoire de la CEI ! Les rapports bilatéraux, trilatéraux et quadrilatéraux dans le cadre de la CEI restent les formes les plus sures de coopération. La CEI est morte, vive la CEI, résume André Ermolaeff, expert politique ukrainien, un pays qui ne s’entend pas très bien avec la Russie non plus…
« De toute évidence, l’idée la plus productive pour l’avenir est celle de la reforme de la CEI. C’est évident maintenant que la Communauté n’arrive pas à jouer le rôle d’une véritable organisation régionale. La CEI n’est pas devenue l’Union Européenne bis. Mais il existe un mécanisme de dialogue, des contacts interparlementaires, des mécanismes des consultations… D’ailleurs, ces d’interprétations de son rôle sont à la base de la nouvelle « Conception officielle du développement de la CEI » qui date de 2007. Et le développement de ce type de format consultatif peut être très productif. Donc, je pense que la CEI peut se transformer en une Assemblée interétatique permanente, et non en une organisation régionale. En tant qu’organisation, la CEI n’a pas fonctionné,… mais la dissoudre à cause d’un conflit entre l’Ukraine et la Russie n’est pas une idée très productive »
Pas de grand bouleversement donc ? Si, le jour-même de la rencontre historique sur l’hippodrome moscovite, le président Medvedev a signé un décret autorisant les paris pendant les courses hippiques. Raison de plus de maintenir les courses et les rencontres « sans cravates »… !