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Tous les billets de la catégorie Climat

Meat free monday

GIEC, IPCC, CO2, alimentation, cuisine, Climat, Royaume Uni, musique 1 commentaire »
12 jan 2010



Dernière chanson de Paul McCartney «Lundi sans viande ». A travers cette chanson, Sir Paul lance une campagne pour combattre le rĂ©chauffement climatique. Mais quel rapport me direz-vous, entre la viande et le climat ? Eh bien, les chiffres de l’ONU montrent que la production de viande est responsable de 18% des Ă©missions globales de gaz Ă  effet de serre. Cette campagne n’est pas le caprice d’un vieux baba cool. Ivo de Boer et Rajendra Pachauri du GIEC, et mĂŞme Lord Stern, auteur du cĂ©lèbre « Rapport  sur l’Ă©conomie du changement climatique », ont tous soutenu cette initiative ! Dans le rapport Stern, on ne parlait pas encore d’une « journĂ©e sans viande », mais on proposait un autre chose :  Ă©tablir un vĂ©ritable prix du CO2. L’un des auteurs du rapport est Dimitri Zenghelis. Par quel mĂ©canisme proposiez-vous d’Ă©tablir le prix ?

« On ne peut pas dire de façon catĂ©gorique quelle est la meilleure solution, mais on a nĂ©anmoins tendance Ă  privilĂ©gier le système boursier. Car cela Ă©limine le risque de dĂ©passement du seuil des Ă©missions de carbone, mais aussi parce que c’est beaucoup plus simple Ă  appliquer sur le plan international - pas besoin d’harmoniser les taxes. Vous Ă©tablissez le marchĂ© d’Ă©changes et ensuite vous laissez le secteur privĂ© dĂ©terminer oĂą les Ă©missions peuvent ĂŞtre rĂ©duites de la façon la plus profitable. »

Donc vous voulez organiser une finance du carbone, semblable Ă  toutes les autres finances connues?

« Absolument ! On verra Ă©galement toutes sortes d’instruments financiers comme les contrats dĂ©rivĂ©s et autres. Il faudra les utiliser et les rĂ©guler avec prĂ©caution bien sĂ»r! »

Et alors, qui sait, peut-ĂŞtre que nous nous assisterons Ă  l’Ă©clatement d’une “bulle carbone”…

Il y a dĂ©jĂ  un système d’Ă©change au niveau europĂ©en. Comment fonctionne-t-il?

« On commence par dĂ©finir le plafond europĂ©en. Ensuite, on alloue les permis d’Ă©mettre du CO2 aux Ă©tats. Puis chaque gouvernement national distribue des quotas pour les diverses industries Ă©mettrices : l’acier, la  production d’Ă©lectricitĂ© etc. Chaque branche peut donc Ă©mettre un certain volume de carbone gratuitement, mais si on veut dĂ©passer ce volume, on a la possibilitĂ© d’acheter un crĂ©dit supplĂ©mentaire de CO2 au prix du marchĂ©. »

Le marchĂ© du carbone de l’Union EuropĂ©enne couvre plus de 11000 installations, mais cela couvre seulement la moitiĂ© des Ă©missions de CO2 des pays membres.

Comment procéder avec les autres pays du monde?

« Si vous tenez compte de l’existence de marchĂ© semblable dans plusieurs Ă©tats des Etats-Unis, ou en Australie par exemple, vous pouvez commencer Ă  combiner et unifier ces marchĂ©s. Et finalement, on obtiendrait un très grand marchĂ© global. Avec une particularité : au dĂ©but, les plafonds d’Ă©missions seraient appliquĂ©s uniquement aux pays riches. Une fois ce but atteint, on pourrait Ă©largir le nombre de pays assujettis au plafonnement Ă  la Chine et au BrĂ©sil et puis l’Ă©tendre Ă  tous les pays du monde, mĂŞme les plus pauvres »

Est ce que vous avez une idĂ©e de ce que serait le juste prix d’une tonne de CO2 ? Et comment le calculer sans faire appel Ă  la bourse ?

« Le prix du carbone acceptable est celui qui permet de garantir la rĂ©duction du risque de changement climatique pour un coĂ»t non excessif. C’est possible si vous appliquez ce prix Ă  tous les secteurs Ă©metteurs, pas seulement Ă©nergĂ©tiques, mais aussi aux secteurs productifs en gĂ©nĂ©ral, en incluant l’utilisation des forĂŞts et des terres. Et si vous l’appliquez Ă©galement  Ă  tous les pays du monde. Eh bien, dans ce cas, le prix ne serait pas exorbitant - aux alentours de 30 Ă  40  euros par tonne. Et ces chiffres pourraient croitre d’environ 2% par an. »

Pouvez-vous nous donner un exemple ? Combien couterait l’essence par exemple ?

« Avec un prix de 30 euros par tonne de carbone, cela n’aura une très grande influence. Disons… que…ce serait de l’ordre de  moins de 10% ! Beaucoup moins que les fluctuations des prix Ă  la pompe qu’on connaĂ®t habituellement ! Aux Etats-Unis, par exemple, le prix grimperait de 30 Ă  40 cents pour un gallon seulement, tandis que rĂ©cemment le prix Ă  la pompe est passĂ© de 2 a 4 dollars ! »

Et qu’en serait-il des vaches ? Combien couterait la viande ?…

Nous n’avons pas le temps de le calculer mais une chose est sĂ»re, l’augmentation ne concernerait pas Paul McCartney puisqu’il est… vĂ©gĂ©tarien depuis plusieurs dĂ©cennies!

Dix ans sans changement climatique

IPCC, rechauffement, GIEC, Climat, crise, Allemagne 3 commentaires »
12 déc 2009

Clip de campagne de Dominique Voynet pour l’Ă©lection prĂ©sidentielle. Nous sommes en 2007. La chef de fil des Ă©cologistes français est persuadĂ©e que la sècheresse de 2003 - tout comme l’ouragan Katrina - est la consĂ©quence directe du rĂ©chauffement climatique. J’ai demandĂ© Ă  l’un des experts du GIEC - le Professeur Mojib Latif de l’UniversitĂ© de Kiel en Allemagne, spĂ©cialiste de la modĂ©lisation climatique - quand est-ce qu’aura lieu la prochaine catastrophe de ce genre. RĂ©ponse:  « On ne peut pas prĂ©dire un tel Ă©vènement. Ce fut une fluctuation mĂ©tĂ©orologique. Tout ce que peut faire le modèle (et  ceci est le cĹ“ur des problèmes liĂ©es Ă  la modĂ©lisation du climat), c’est de prĂ©dire que ce genre d’Ă©vènement deviendra plus frĂ©quent. Mais on ne saura jamais dans combien de temps prĂ©cisĂ©ment. »

Mais comment fonctionne la modélisation du climat ?

«Vous devez spĂ©cifier certains paramètres externes comme la contribution de la mer, de la terre, des glaciers dans les montagnes… il faut prendre en compte l’Ă©paisseur de glace en arctique etc. Et puis il faudra faire ce qu’on appelle « la paramĂ©trisation ». Le modèle ne peut pas dĂ©crire tous les phĂ©nomènes. Les phĂ©nomènes de petite Ă©chelle, comme les nuages, ne peuvent pas ĂŞtre dĂ©crits. Donc il faut les calculer indirectement et voir ensuite comment prendre en compte leur contribution. »

Quels sont les limites de ce modèle ?

« Par exemple, avec ce modèle climatique, vous n’obtenez pas le refroidissement du milieu du XXème siècle. On ne peut pas simuler les annĂ©es 1940 ou les autres phĂ©nomènes comme le refroidissement de 1991/1992 dĂ» aux Ă©ruptions volcaniques. Mais le plus important est que nous voyons la tendance gĂ©nĂ©ral du rĂ©chauffement. Et on peut l’expliquer uniquement si on inclut les gaz Ă  effet de serre. Si on les exclue, on ne peut pas expliquer le rĂ©chauffement sur, disons, les 50 dernières annĂ©es. »

Comment le modèle explique-t-il que,  malgrĂ© l’augmentation constante de la concentration de CO2, la tempĂ©rature a diminuĂ© sur plusieurs dĂ©cennies dans le siècle passĂ©?

« Si vous brĂ»lez le charbon, vous produisez des petites particules. Ces particules reflètent le soleil vers l’espace. Et cet effet a Ă©tĂ© dĂ©couvert assez tardivement, seulement vers la fin des annĂ©es 80-dĂ©but 90. Mais Ă  partir du moment oĂą on a dĂ©crit ce phĂ©nomène, tout s’est mis en place, Ă  savoir le rĂ©chauffement global des dernières dĂ©cennies consĂ©cutif aux Ă©missions de gaz Ă  effet de serre et aux aĂ©rosols.»

La bataille contre la pollution des aérosols a porté ses fruits et le réchauffement est reparti depuis. Quel est votre pronostic pour les 10 ans à venir ?

« On a utilisĂ© le modèle climatique classique pour faire un pronostique Ă  court terme et ce qu’on a trouvĂ©, ce n’est pas un refroidissement, mais un arrĂŞt du rĂ©chauffement pour les 10 ans Ă  venir. »

Comment est-ce possible ?

« On a essayĂ© d’amĂ©liorer les prĂ©visions traditionnelles qui ne prenaient en compte que l’augmentation des gaz a effet de serre. On l’amĂ©liore en y ajoutant  des donnĂ©es de l’Ă©tat actuel du climat. Cela parait banal mais ça ne l’est pas ! Car il faut y inclure des donnĂ©es concernant l’ocĂ©an et pas seulement des donnĂ©es terrestres. Et les donnĂ©es sur l’ocĂ©an profond n’existent tout simplement pas ! Mais nous avons trouvĂ© un moyen de calculer les courants dans l’ocĂ©an profond Ă  partir de donnĂ©es sur la tempĂ©rature de la surface de l’ocĂ©an, qui eux, sont connus. »

Donc on attend dix ans sans changement climatique, et ensuite le rĂ©chauffement reprendra le dessus. Vous en ĂŞtes sĂ»r Mojib Latif ? Vous n’allez pas dĂ©couvrir de nouveaux paramètres ?

« Nous n’avons jamais dit que notre modèle est correct Ă  100% ! Aucun modèle ne l’est ! Et c’est pourquoi on doit vivre avec l’inconnu ! Je le souligne toujours aux hommes politiques ! Mais imaginez que vous voulez acheter un avion et que sa probabilitĂ© de s’Ă©craser soit de 50%, vous ne l’achèteriez tout simplement pas ! »Principe de prĂ©caution, donc. Mais comparer le rĂ©chauffement Ă  un crash d’avion qui ne laisse aucun survivant… La tĂŞte froide du modĂ©lisateur, le cĹ“ur chaud d’un militant?  Souhaitons que les deux n’entrent pas en conflit…

It’s the End of the world selon Harald Welzer

Effet de serre, R.E.M., Climat, livre, LEAP2020, Allemagne 1 commentaire »
5 déc 2009


“It’s the End of the world as we know it (and I feel fine)”, REM, 1987 - une des chansons prĂ©fĂ©rĂ©es de Harald Welzer. Ce psychosociologue allemand est un fan du groupe post-punk amĂ©ricain. A tel point que son denier livre porte le mĂŞme titre que la chanson. Son avant-dernier livre vient d’ĂŞtre traduit et publiĂ© en France et dont le titre suggère plutĂ´t pour un album de folk-rock tendance Ă©cologiste : « Les guerres du climat ». Curieuse thĂ©matique, au premier regard, pour celui qui s’est fait connaitre surtout comme un analyste rĂ©putĂ© des phĂ©nomènes lourds du siècle passé : la transformation des hommes ordinaires  en meurtriers de masse. Pourquoi ce changement  de thĂ©matique, Harald Welzer ?« Après avoir Ă©tudiĂ© les exĂ©cuteurs, je voulais Ă©crire une livre thĂ©orique sur la violence, une violence de masse. Parce que c’est un sujet qu’on n’a pas suffisamment dĂ©battu au niveau thĂ©orique. Et en mĂŞme temps, il y avait des discussions sur les changements climatiques. Et je me suis posĂ© la question s’il y a une relation entre les changements environnementaux dues au rĂ©chauffement climatique et les conflits violents. »

Il y en a, sans doute…

« Notre interprĂ©tation traditionnelle du conflit inclut les facteurs ethniques, idĂ©ologiques ou les intĂ©rĂŞts Ă©conomiques. Mais si vous ajoutez une variable supplĂ©mentaire, comme les changements environnementaux, vous en avez une autre image ! Je ne dirais pas que les changements environnementaux expliquent tout, parce que dans les processus sociaux il n y a jamais une seule variable, mais cette variable Ă©tait absente dans l’analyse des comportements des groupes sociaux et des individus.»

Vous pouvez nous donner un exemple ?

« Oui. Par exemple, prenez le conflit au Darfour - que le programme environnemental des nations unies appelle « la première guerre climatique ». Dans cette rĂ©gion, vous avez un phĂ©nomène de dĂ©sertification qui se propage vers le sud de façon très rapide. Les trois quart de la population de cette rĂ©gion vivent de la terre. Et vous avez 2 groupes concurrents : les Ă©leveurs nomades et les fermiers. Pas besoin de beaucoup d’imagination pour comprendre oĂą se situe la source du conflit ! »

Effectivement…

« Un problème supplĂ©mentaire est que l’État est dĂ©faillante lĂ -bas. Pas de mĂ©canismes institutionnels pour rĂ©guler les conflits. Donc, vous avez une sorte d’ « open space » pour la violence. Et comme rĂ©sultat vous avez tout ce qu’on entend Ă  travers les mĂ©dias : les groupes militaires et paramilitaires qui y opèrent et terrorisent la population. Mais la chose la plus intĂ©ressante est que la cause initiale de ces violences est le rĂ©chauffement climatique. C’est seulement ensuite que vient tout ce qu’on voit dans les mĂ©dias et ce que les gens vivent lĂ  bas, Ă  savoir le conflit ethnique. Mais le conflit ethnique n’est que le second facteur ! »

Beaucoup de spĂ©cialistes du conflit au Darfour ne seront sans doute pas entièrement d’accord avec votre prĂ©sentation, Harald Welzer, notamment sur la hiĂ©rarchie des Ă©lĂ©ments dĂ©clencheurs du conflit. On sent, comment dire, un peu de militantisme chez le scientifique.

« MĂŞme s’il n y a pas de rĂ©chauffement climatique aujourd’hui - et mĂŞme s’il n’y en avait pas Ă  l’avenir -, je pense que nous avons suffisamment de raisons de changer notre mode de mobilitĂ©, notre façon de consommer, etc…  de changer tout notre mode de vie ! Et si cela permet de rĂ©duire les effets nĂ©fastes du rĂ©chauffement, tant mieux ! Mais on peut le faire sans dĂ©règlement climatique ! »

Ah, encore ce rĂŞve Ă©ternel : changer le monde ! Le climat, finalement, n’est qu’un prĂ©texte. C’est peut ĂŞtre pour ça que vous avez titrĂ© votre denier livre « C’est la fin du monde tel qu’on l’a connu » en hommage a cette chanson cĂ©lèbre de REM ?

« Le refrain de cette chanson est absolument gĂ©nial ! « C’est la fin du monde tel qu’on l’a connu », et puis, ils chantent «  et je me sens parfaitement bien ! ». On ne pense pas que le changement de nos pratiques culturelles constituera la fin du monde, mais la fin du monde tel qu’on le connait aujourd’hui ! Et on ne peut que s’en rĂ©jouir ! »

Une mer morte?

eau, mer, Asie, Climat, Russie 1 commentaire »
25 oct 2009

Dans un spectaculaire documentaire de la BBC le reporter, Simon Reeve, se promène au fond de la mer… qui n’existe plus. Les carcasses des bateaux abandonnĂ©s tĂ©moignent d’une catastrophe pas vraiment naturelle. Cette mer, c’est l’Aral. Elle est partagĂ©e entre le Kazakhstan et l’OuzbĂ©kistan. A l’Ă©poque du socialisme, les Ă©conomistes dĂ©cidèrent d’intensifier  la culture locale du coton. Comment ? Rien de plus simple ! Il suffirait de dĂ©tourner quelques rivières pour irriguer les champs kolkhoziens. Sauf que les rivières, Amou-Daria et Syr-Daria alimentaient Ă©galement la mer d’Aral. RĂ©sultat : depuis les annĂ©es 60,  la mer s’est rĂ©trĂ©cie de plus de 75% !Au mois de septembre 2009, une confĂ©rence de presse a Ă©tĂ© organisĂ©e a Moscou par l’agence de presse RIAN Ă  laquelle participaient d’Ă©minents spĂ©cialistes de la mer mourante. Maxime Petrov est chercheur à l’AcadĂ©mie des sciences d’OuzbĂ©kistan :

« Sur les 12  derniers mois, la ligne cĂ´tière situĂ©e dans notre zone d’observation - en plein milieu de la partie occidentale - s’est avancĂ©e de 100 mètres ! Un endroit oĂą, avant, la mer Ă©tait assez profonde ! Et pour ce qui est de la partie orientale de la cote, on ne compte plus en mètres mais en kilomètres ! »

L’eau est donc en train de disparaitre. Et depuis 1989, il n’y plus une mer d’Aral, mais deux ! La Grande mer d’Aral devenant de plus en plus petite, elle risque de totalement disparaĂ®tre d’ici une quinzaine d’annĂ©es. Mais en reculant, l’eau laisse la place aux archĂ©ologues qui peuvent explorer le terrain :

« En tant que structure maritime, la mer d’Aral existe depuis environs 10.000 ans. Ce qui est intĂ©ressant, c’est que nous trouvons aujourd’hui les preuves qu’elle s’est dĂ©jĂ  assĂ©chĂ©e Ă  plusieurs reprises au cours de son histoire. Dans la baie de Berg, cĂ´tĂ© Kazakh, on a trouvĂ© un mausolĂ©e qui date du 13ème siècle ! On l’a appelĂ© « l’Atlantide d’Aral ». A cette Ă©poque, on a construit une mosquĂ©e et un grand cimetière. Ce qui montre que le niveau de la mer devait ĂŞtre beaucoup plus bas !Donc, il est probable qu’on ne puisse pas tout mettre sur le dos des hommes. Les cycles naturels jouent Ă©galement un rĂ´le. Mais on ne peut pas non plus nier l’effet nĂ©faste du système d’irrigation mis en place Ă  partir des annĂ©es 50.»

Selon le biologiste Philippe Sapozhnikov, les anciens fonds marins désormais asséchés ne sont pas uniquement un terrain de jeu pour les archéologues, ils sont aussi une véritable déchetterie à ciel ouvert.

« Aujourd’hui, sur le bassin oriental de la mer se trouvent des millions de tonnes de pesticides - et autres substances dangereuses - qui ont Ă©tĂ© dĂ©versĂ©s dans la mer. Le vent soulève cette poussière et la disperse sur de très grandes distances. »

Et les habitants a respirent… puis des cancers apparaissent ! Et lĂ  oĂą il reste encore de l’eau, celle-ci est devenue tellement salĂ©e que les poissons ne peuvent plus y survivre. 24 espèces ont dĂ©jĂ  disparues. Une seule fait encore de la rĂ©sistance. Mais que faire ?

Pour l’instant, on a construit un barrage et une sĂ©rie de digues pour faire remonter le niveau de l’eau et diminuer sa salinitĂ©. Mais il y a un problème : cela risque de faire disparaĂ®tre la Grande Mer d’Aral - celle du sud, du cĂ´tĂ© Ouzbek - au profit de la Petite mer d’Aral - celle situĂ©e au nord, du cĂ´tĂ© Kazakh. En effet, on a pu observer que son niveau avait augmentĂ© de 6 mètres entre 2003 et 2009.

Mais voici alors que ressurgit un autre vieux projet soviĂ©tique, celui de dĂ©tourner les rivières sibĂ©riennes vers la mer d’Aral !

Le maire de la capitale russe, Yuri Loujkov, vient de publier un  livre dans lequel il prĂ´ne le commerce de l’eau. Les russes en ont beaucoup. Alors, pourquoi ne pas le vendre Ă  ses voisins ? DĂ©tourner de l’eau pour pallier l’effet d’autres dĂ©tournements… une idĂ©e qui laisse la population moscovite très dubitative. Pourtant, certains scientifiques ne trouvent pas l’idĂ©e totalement absurde. Peter Zavialoff, chercheur russe :

« Les gens imaginent qu’on va construire un Ă©norme barrage qui va inverser le cours des eaux de toutes les rivières sibĂ©riennes ! Evidemment, c’est faux ! Pour l’instant, l’hypothèse concerne une dizaine de kilomètres cubes par an qui proviendrait du bassin d’Irtych. Cela reprĂ©sente seulement quelques pourcentages du dĂ©bit d’un fleuve comme l’Ob. C’est moins que la fluctuation naturelle ! La Russie ne va pas mĂŞme pas le ressentir. En revanche, la rĂ©gion d’Aral, elle, en ressentirait très fortement les bĂ©nĂ©fices ! »

Le documentaire de la BBC montre une femme regardant les coquillages. Elle implore Ă  la mer de revenir… et elle espère que la mer l’entendra.

Donc, c’est compliquĂ©…

Asie, pollution, Effet de serre, Climat, Suede 0 commentaire »
16 sept 2009

Le 23 juin 1999, le journal « Le Monde » parlait « d’un nuage qui s’Ă©tend sur une surface Ă©quivalente Ă  celle des États-Unis, avec une Ă©paisseur variant entre 2 et 3 kilomètres ». Mais d’oĂą vient-il ? J’ai interrogĂ© Ă  ce sujet  Henning Rodhe, directeur de l’Institut MĂ©tĂ©orologique International a Stockholm:

 © misu

« Le phĂ©nomène est plus vieux que cela. Il s’est dĂ©veloppĂ© au cours des 7 dernières dĂ©cennies. Mais c’est seulement Ă  la fin des annĂ©es 90 que le phĂ©nomène a Ă©tĂ© dĂ©crit et analysĂ©. Pourtant, bien avant dĂ©jĂ , tout ceux qui prenaient l’avion pour l’Asie du Sud, l’Inde ou la Chine pouvaient l’observer ! Mais les scientifiques ne s’y sont jamais intĂ©ressĂ©s vraiment. Les aĂ©rosols atmosphĂ©riques Ă©taient alors Ă©tudiĂ©s dans les pays industrialisĂ©s mais pas en Asie oĂą le nuage est le plus dense. »

Puis on a publiĂ© des photos impressionnantes de ce nuage. Et on a commencĂ© Ă  parler de victimes. 2 millions de personnes seraient mortes chaque annĂ©es selon un rapport publiĂ© en 2002. Vous ĂŞtes d’accord avec ces chiffres Professeur ?

« Bon, 2 million de victimes c’est un peu trop ! Nos estimations donnent plutĂ´t un chiffre entre 500.000 et 1 million de personnes par an. Mais la plupart de ces victimes Ă©tait, en fait, des victimes de la pollution domestique. Il faut comprendre que les polluants formant le nuage brun proviennent des Ă©missions qui partent depuis le sol. »

Sait-on de quoi ce nuage est fait exactement ?

« Tout le monde est d’accord, aujourd’hui, pour dire que Ă  peu près la moitiĂ© de la pollution en Asie de Sud trouve son origine dans la combustion de matière carbonĂ©e fossiles (les voitures, l’industrie, etc.). Et l’autre moitiĂ© vient de la combustion de la biomasse : dans les campagnes, Ă  la maison dans les « feux ouverts », lors des incendies de forets, etc. »

Peut-on réduire ces émissions ?

« Si vous voulez rĂ©duire le nombre de feux ouverts dans les villages indiens, vous devrez trouver une solution de remplacement. Soit il faut introduire une nouvelle technologie pour permettre une combustion de la biomasse Ă  une tempĂ©rature plus Ă©levĂ©e, soit alimenter les habitations en mĂ©thane, soit introduire des fours solaires…Mais ce n’est pas aussi facile que pour l’industrie oĂą vous pouvez vous concentrer sur quelques gros pollueurs et leur mettre la pression ! Ici, on parle d’un vĂ©ritable changement culturel et technologique au niveau local dans tout un pays ! »

Donc, ce n’est pas pour demain ! On estime que le nuage brun a un effet sur la circulation  des moussons et la frĂ©quence des pluies en Inde et dans toute la rĂ©gion.Depuis 25 ou 30 ans,  il y a 20% de pluies en moins dans le Nord du pays! Et qui dit moins de pluie… dit aussi moins de riz !

Et l’effet de serre, Professeur Rodhe, on imagine que le nuage y contribue grandement…

« Le nuage brun n’est pas uniquement constituĂ© de suie, il contient Ă©galement des sulfates et d’autres particules. Les particules de suie absorbent la lumière et  contribuent donc Ă  l’effet de serre. A l’inverse, les sulfates et les autres particules le freinent ! Ils refroidissent le climat et nous protègent de l’effet de serre ! Donc, c’est compliquĂ©… »

Oui, c’est compliquĂ©. Ă€ certains endroits, ces nuages bruns pourraient rĂ©duire l’impact des changements climatiques de 20 Ă  80 % !