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Tous les billets de la catégorie crise

Apparemment, ce sera la Grèce

Grece, BCE, FMI, bourse, euro, Espagne, UE, crise, financiere, Belgique, Allemagne 0 commentaire »
1 mar 2010


 © ai

Godfrey Bloom - membre du parti de l’Independence du Royaume Uni - est connu pour avoir son franc-parler. Il ne cache pas qu’il est entré en politique à cause de Maastricht, de la monnaie commune contre lesquels il s’est battu. La douloureuse expérience de 1992 qui avait vu la participation de la livre sterling au Système Monétaire Européen a fortement marqué sa pensée. Souvenez-vous, les attaques spéculatives contre la livre sterling l’ont faite sortir du système de monnaies doté d’un ancrage de parité fixe, un système précurseur de l’euro. Aujourd’hui Godfrey Bloom pense que la Grèce se trouve dans une situation similaire :

« Très peu de pays remplissaient effectivement les critères de Maastricht. La Grèce ne le faisait pas, de même que la Belgique, l’Italie, le Portugal, ou  l’Espagne ! Tôt ou tard, ça devait mal se terminer. La seule question était de savoir  quelle en serait la première victime ? Apparemment, ce sera  la Grèce. »

Effectivement, on sait aujourd’hui que la Grèce a « maquillé » ses comptes pour rentrer dans la zone euro et, plus récemment,  qu’elle avait également maquillé les chiffres de son déficit budgétaire. Certains économistes, comme Paul de Grauwe, pensent que les critères de Maastricht ne sont pas essentiels pour l’existence de la monnaie commune. Godfrey Bloom, économiste également, les trouve utiles et pointe quelques autres difficultés :

« La zone euro n’est pas une zone monétaire optimale, telle que nous, les économistes, la définissons. Nous allons toujours avoir des économies nationales très différentes qui suivent les différentes étapes du cycle économique. Ca fonctionne comme une boîte de vitesses. Première pour démarrer, deuxième pour descendre les Champs Elysées, etc. Et il ne serait pas raisonnable que votre collègue, qui a démarré 10 minutes plus tard que vous, soit obligé d’utiliser la même vitesse que vous ! On ne sort pas de son garage à la même vitesse que lorsqu’on est sur une autoroute ! La monnaie est une vitesse. Une seule monnaie ne peut pas être efficace pour une économie fondée sur le tourisme, une autre sur l’agriculture, et encore une autre sur l’industrie. La seule manière de la rendre efficace est d’assurer des transferts de capitaux. »

Comme ca se fait entre les régions d’un même pays ?

« Ou, d’ailleurs, comme aux Etats Unis, qui ne sont pas une zone monétaire optimale non plus ! Les Etats-Unis sont composés d’états aussi différents que la Californie, le Michigan, le Wyoming… Mais il existe un système de réserve fédérale, qui, en dernier ressort, joue le rôle de prêteur. »

La Banque Centrale Européenne n’a pas d’instrument pour sauver un pays en difficulté, c’est certain. Mais l’entraide entre les états reste possible, n’est-ce pas ?

« Il est vrai qu’on est heureux de prêter assistance aux membres de sa famille. Mais le transfert de capitaux suppose une taxation plus élevée et un appui politique très fort. Les seuls capables de le faire sont les allemands. Ils sont connus pour leur discipline financière. Mais si vous êtes rigoureux avec votre argent, voudriez-vous qu’on le donne à votre voisin qui va aller le  perdre au casino ? »

Dernière question à Godfrey Bloom. Godfrey Bloom, l’économiste…Et si on trouve le moyen de surmonter cette crise qui touche la Grèce, l’Espagne, l’Italie, et d’autres encore… peut-on imaginer que l’euro survive et devienne une véritable monnaie de réserve, ce qui était le deuxième but de sa création ?

« Vous auriez besoin d’avoir la même discipline fiscale partout, et cela dans chacun des 21 pays membres. Mais ce n’est pas possible ! A moins que l’on retire un peu de démocratie aux états membres et qu’on leur impose un système commun. Cela vous ramène au point de départ, à savoir dans quelle mesure le projet européen est-il démocratique ? On a créé la monnaie commune principalement pour des raisons politiques. C’est comme un couple qui se sépare et qui décide de faire des enfants pour préserver son mariage. Cela ne marche jamais ! »

 © ai

Le FMI, l’Ukraine et une vache sacrée

dollar, elections, CEI, FMI, banque, crise, financiere, Pologne, Ukraine 1 commentaire »
20 déc 2009

Le 8 octobre 2008, le président de l’Ukraine, Viktor Yushenko, s’adresse à ses compatriotes. Depuis que la coalition des forces démocratiques, issue de la « révolution orange », a éclaté au mois de septembre, le pays est ingouvernable. Yushenko annonce donc la tenue prochaine d’élections législatives. Aucune allusion à la crise financière survenue deux semaines plus tôt. Pourtant, la situation économique ne laisse pas penser que l’Ukraine sera épargnée. Elle sera même bientôt si malade que le Président devra revenir sur sa propre décision et finalement annuler le scrutin quelques semaines plus tard ! Selon l’ex-ministre de l’économie - Victor Sousloff - interrogé par Radio Liberté, le raison est simple : l’Ukraine vit à crédit de façon déraisonnable:”C’est une question de politique économique. Vous attirez des capitaux, vous organisez un accès très facile aux crédits mais ne régulez pas du tout les flux des capitaux… chose que la Banque Centrale devait faire normalement, elle devrait regarder où vont les 85 milliards de dollars empruntés ! Vous savez, cet argent est principalement parti vers les crédits hypothécaires, de consommation, pour acheter les voitures… Bref, cette politique devait se terminer par un crash ! Et puis on commence à se plaindre que notre acier ne se vend plus à cause de la crise ! Eh bien, il fallait à l’époque dépenser l’argent pour moderniser le secteur de la métallurgie ! »

L’expert ukrainien, Alexandre Zholud, enfonce le clou :

«Toutes les exportations ukrainiennes ont chuté. Et on n’achète plus ukrainien même avec des prix bas ! Cela concerne les principaux produits d’exportation : les métaux, les engrais, les produits agricoles, les machines… Donc les volumes d’exportations baissent, et les recettes aussi ! »

Les réserves ukrainiennes s’élevaient à 30 milliards de dollars en octobre 2008. La dette globale dépassait les 100 milliards de dollars. La moitie de cette dette est constituée de la dette des banques qu’il fallait rembourser pendant les pires mois de la crise. La solution : emprunter encore ! 16,5  milliards de dollars empruntés à un faible taux  - 4% -  auprès du FMI. L’économiste Vladimir Lanovoy:

« Le crédit du Fmi est très important pour l’Ukraine, car la balance commerciale du pays est négative ! On doit payer plus d’argent que nous en disposons. Les investissements et autres entrées d’argent depuis l’étranger ne suffisent pas. Si nous n’avions pas l’apport du FMI, le grivna - la devise ukrainienne - deviendrait instable et serait sans cesse dévaluée ! »

Théoriquement, le FMI ne devrait pas prêter à un pays dont l’économie est si mal gérée que la question de son remboursement de prêt peut être sérieusement posée. Du coup, le FMI impose toute une série de mesures de rigueur. Irina Akimova, « le ministre de l’économie de l’ombre » de la partie de l’opposition les énumère :

« Tout d’abord, c’est la réduction du déficit budgétaire. En 2009, on devait avoir un budget sans déficit ! Mais que signifie un budget sans déficit quand les dépenses sociales sont si importantes ? Cela veut dire que les revenus réels de la population vont baisser ! Et c’est une mesure très impopulaire ! Évidemment, s’attendre à de telles mesures de la part du Premier Ministre - Mme Timoshenko - est très improbable. D’autant plus qu’elle est l’une des candidates pour les élections présidentielles à venir. Elle doit tenir ses promesses et on se souvient qu’au début de l’année, elle nous a promis des standards de vie « a l’européenne » avant la fin 2009 ! Dans le même temps, le chômage augmente, nous avons des problèmes de paiements d’arriérés de salaires et de retraites. Comment le gouvernement va-t-il remplir ses obligations sociales tout en soutenant le marché intérieur et la production - voilà la véritable question ! »

Vladimir Lanovoy n’est pas content :

« Le FMI ne s’occupe pas des reformes structurelles ! Et il ne demande pas aux gouvernements de changements institutionnels ou de changement de politique sectorielle. C’est précisément pour cela que ses actions n’aboutissent pas aux résultats escomptés ! Il pense seulement à comment éviter que les finances de l’état se retrouvent en faillite à cause des obligations extérieures et aux déficits internes. Je dirais même plus, il nous demande d’opérer quelques changements dans les dépenses budgétaires qui sont contre les reformes structurels ! Prenez le cas de la compagnie gazière « Naftogaz de l’Ukraine ». Il y a une urgence à la restructurer ! Et pourtant le FMI exige qu’on leur donne de l’argent sans condition, juste pour équilibrer leurs comptes ! »

De toutes façons, les conditions du FMI - qu’elles soient bonnes ou mauvaises - ne sont pas dument remplies. Le Fond Monétaire international a suspendu le payement de la troisième tranche de crédit. Le Fond sait qu’avant les élections présidentielles du 17 janvier, il ne faut pas s’attendre à ce que la rigueur budgétaire soit au rendez-vous. Un simple exemple : le parlement  a fait fi du véto du président concernant la loi sur le financement, par la Banque centrale, de la préparation des championnats d’Europe de football programmés en Ukraine et en Pologne pour 2012.

Véto ou pas, le foot reste une vache sacrée.

Dix ans sans changement climatique

IPCC, rechauffement, GIEC, Climat, crise, Allemagne 3 commentaires »
12 déc 2009

Clip de campagne de Dominique Voynet pour l’élection présidentielle. Nous sommes en 2007. La chef de fil des écologistes français est persuadée que la sècheresse de 2003 - tout comme l’ouragan Katrina - est la conséquence directe du réchauffement climatique. J’ai demandé à l’un des experts du GIEC - le Professeur Mojib Latif de l’Université de Kiel en Allemagne, spécialiste de la modélisation climatique - quand est-ce qu’aura lieu la prochaine catastrophe de ce genre. Réponse:  « On ne peut pas prédire un tel évènement. Ce fut une fluctuation météorologique. Tout ce que peut faire le modèle (et  ceci est le cÅ“ur des problèmes liées à la modélisation du climat), c’est de prédire que ce genre d’évènement deviendra plus fréquent. Mais on ne saura jamais dans combien de temps précisément. »

Mais comment fonctionne la modélisation du climat ?

«Vous devez spécifier certains paramètres externes comme la contribution de la mer, de la terre, des glaciers dans les montagnes… il faut prendre en compte l’épaisseur de glace en arctique etc. Et puis il faudra faire ce qu’on appelle « la paramétrisation ». Le modèle ne peut pas décrire tous les phénomènes. Les phénomènes de petite échelle, comme les nuages, ne peuvent pas être décrits. Donc il faut les calculer indirectement et voir ensuite comment prendre en compte leur contribution. »

Quels sont les limites de ce modèle ?

« Par exemple, avec ce modèle climatique, vous n’obtenez pas le refroidissement du milieu du XXème siècle. On ne peut pas simuler les années 1940 ou les autres phénomènes comme le refroidissement de 1991/1992 dû aux éruptions volcaniques. Mais le plus important est que nous voyons la tendance général du réchauffement. Et on peut l’expliquer uniquement si on inclut les gaz à effet de serre. Si on les exclue, on ne peut pas expliquer le réchauffement sur, disons, les 50 dernières années. »

Comment le modèle explique-t-il que,  malgré l’augmentation constante de la concentration de CO2, la température a diminué sur plusieurs décennies dans le siècle passé?

« Si vous brûlez le charbon, vous produisez des petites particules. Ces particules reflètent le soleil vers l’espace. Et cet effet a été découvert assez tardivement, seulement vers la fin des années 80-début 90. Mais à partir du moment où on a décrit ce phénomène, tout s’est mis en place, à savoir le réchauffement global des dernières décennies consécutif aux émissions de gaz à effet de serre et aux aérosols.»

La bataille contre la pollution des aérosols a porté ses fruits et le réchauffement est reparti depuis. Quel est votre pronostic pour les 10 ans à venir ?

« On a utilisé le modèle climatique classique pour faire un pronostique à court terme et ce qu’on a trouvé, ce n’est pas un refroidissement, mais un arrêt du réchauffement pour les 10 ans à venir. »

Comment est-ce possible ?

« On a essayé d’améliorer les prévisions traditionnelles qui ne prenaient en compte que l’augmentation des gaz a effet de serre. On l’améliore en y ajoutant  des données de l’état actuel du climat. Cela parait banal mais ça ne l’est pas ! Car il faut y inclure des données concernant l’océan et pas seulement des données terrestres. Et les données sur l’océan profond n’existent tout simplement pas ! Mais nous avons trouvé un moyen de calculer les courants dans l’océan profond à partir de données sur la température de la surface de l’océan, qui eux, sont connus. »

Donc on attend dix ans sans changement climatique, et ensuite le réchauffement reprendra le dessus. Vous en êtes sûr Mojib Latif ? Vous n’allez pas découvrir de nouveaux paramètres ?

« Nous n’avons jamais dit que notre modèle est correct à 100% ! Aucun modèle ne l’est ! Et c’est pourquoi on doit vivre avec l’inconnu ! Je le souligne toujours aux hommes politiques ! Mais imaginez que vous voulez acheter un avion et que sa probabilité de s’écraser soit de 50%, vous ne l’achèteriez tout simplement pas ! »Principe de précaution, donc. Mais comparer le réchauffement à un crash d’avion qui ne laisse aucun survivant… La tête froide du modélisateur, le cÅ“ur chaud d’un militant?  Souhaitons que les deux n’entrent pas en conflit…

L’Euro sans L’Union

BCE, bourse, capitalisme, Lisbonne, euro, banque, présidence, UE, crise, Allemagne 0 commentaire »
30 nov 2009

Le 31 décembre 1998, Jacques Santer, le président de la commission européenne de l’époque annonce « un événement de toute première importance » : la création de l’euro au 1er janvier 1999. Dix ans et 2 présidents plus tard, où en est l’union monétaire ?  J’ai posé la question à  Paul De Grauwe, conseiller de l’actuel président de la commission, Mr. Barroso. De nombreux gouvernements de l’Union ont laissé filer leur déficit budgétaire et se sont endettés pour relancer leur économie. La Commission européenne les rappelle à l’ordre et leur demande de  respecter les critères de Maastricht. A-t-elle une chance d’y parvenir, Paul De Grauwe?

ai

Pourtant Jean Claude Trichet vient de déclarer au journal Le Monde que « respect des critères de Maastricht est essentiel ».

ai

Ni plus ni moins ! A quoi donc servait-il ? Peut-on vivre dans l’union monétaire sans les critères de Maastricht ?

ai

Avant d’entrer dans la zone euro, la RFA a pleinement réussi son union monétaire avec l’ex RDA. Mais aujourd’hui, l’Allemagne réunifiée montre-t-elle  la même solidarité envers les autres pays de la zone euro pour qui il devient de plus en plus difficile d’emprunter le d’argent tant ils sont endettés ?! Vous étiez partisan d’émission d’obligations communes à tous les membres de la zone euro, des « eurobonds », Paul De Grauwe. Ou en sommes-nous aujourd’hui ?

ai

Et si un état, comme l’Irlande par exemple, se retrouvait en faillite ? Que feraient les allemands ? Quels sont les risques majeurs concernant la cohésion de la zone euro ?

ai

Eh oui ! Dans un article qui date de 2006, Paul De Grauwe écrivait : « l’Euro est néfaste à l’économie de l’Italie ! ». L’euro a été conçue principalement pour pousser les pays vers  l’union politique. Dix ans après sa création, nous n’avons toujours pas de gouvernement européen. Cette situation est-elle viable ? En 2006, Paul De Grauwe répondait que non. Que répond-il aujourd’hui ?

ai

La décision de la cour constitutionnelle allemande de cet été tend à montrer que l’Allemagne n’ira pas plus loin dans le transfert de souveraineté vers les institutions communautaires. Il n’y aura donc pas de véritable gouvernement de l’Union. Une conclusion Monsieur le Conseiller de la Présidence :

ai

Les frontières de la crise: la Lettonie

BCE, FMI, capitalisme, euro, banque, UE, crise, financiere, Lettonie 0 commentaire »
15 nov 2009

Il y a 3 semaines, les médias du monde entier ont diffusé cette information-choc : un météorite vient de tomber en plein cÅ“ur de la Lettonie. Un météorite, qui s’est avérée être une falsification publicitaire pour la compagnie de  téléphonie mobile Tele 2. Le porte-parole de cette entreprise suédoise bien implantée dans la république balte affirme que le but de l’opération était de « redonner confiance à la population lettone et de montrer qu’un événement unique peut remettre un petit pays au centre de l’attention de tout le monde ». Le deuxième objectif étant pleinement rempli , essayons d’analyser pour l’instant d’où vient ce manque de confiance. C’est simple - la Lettonie est au bord de la faillite et la crise est arrivée comme une véritable météorite. Explication du premier ministre Valdis Dombrovskis :

« Tout ca a commencé en 2005/2007. Ce furent des années de croissance très importante, mais même avec une croissance à 2 chiffres le gouvernement de l’époque n’a pas équilibré le budget ! Des mesures anti-inflationnistes ont été prises tardivement, le volume des crédits a doublé en 2006/2007 et les restrictions sur ces crédits ont également été introduites très tardivement. Donc la politique macroéconomique a été fondamentalement mauvaise.»

Un flux d’argent trop important pour une économie trop petite pour l’ absorber de façon productive. Cela a conduit à l’inflation, la spéculation et la surconsommation. Si la dette de l’état était raisonnable, l’endettement du secteur privé ne l’était pas. La bulle devait éclater de toute façon, mais c’est le choc « Lehman Brothers », qui l’a provoqué. Tout le monde a cédé à la panique - les capitaux étrangers (scandinaves et ex-soviétiques) sont partis, les gens ont commencé à retirer l’argent en masse. Résultat - la faillite de la première banque de dépôt du pays, Parex. Pour éviter le pire la banque a été nationalisée, mais le sauvetage a couté tellement cher que le petit état  s’est retrouve lui-même au bord de la faillite ! Ensuite  est venue la récession, la chute de la consommation… Que faire ? Pour la ministre de l’éducation Tatjana Koke, la recette est simple :

« C’est le moment pour tout le monde, pour la nation entière, de comprendre que nous pouvons dépenser uniquement ce nous avons gagné, pas plus ! »

Effectivement, pour combler le manque à gagner qui augmente tous les jours, la Lettonie n’arrive même pas à emprunter sur les marchés ! Il faut donc compter sur l’aide financière internationale. Le FMI et L’Union Européenne lui sont venus en aide. Mais pour la conserver il faudra respecter une discipline budgétaire très stricte, par exemple réduire les dépenses de 500 millions de lats par an entre 2009 et 2012 ! Comment ? Voici une idée du ministre de la santé :

« Si on prend le financement du système de santé il ne faut pas prendre en considération uniquement les ressources budgétaires. Il ne faut pas oublier une autre partie, la contribution des patients, de la population. Moins l’état finance la médecine plus elle sera financée directement par la population. Même si l’état ne finance plus certains services ils resteront en place car les gens auront toujours besoin de se faire soigner.»

L’idée est donc simple - les services existeront, même s’ils ne sont plus totalement publics. Évidemment, les médecins, les policiers, les enseignants ne sont pas très contents…Le salaire de ces derniers a diminué de 40% cet été ! Et pourquoi ne pas tout simplement fermer la moitié des écoles ? En Lettonie on compte seulement entre 8 et 10  élèves par l’enseignant. Appliquons la moyenne européenne ! Ça laisse sceptique le patron du syndicat letton de l’éducation, pour l’instant toujours nationale:

« Tous les ans le ministère pense à augmenter le nombre d’élèves par enseignant. Augmenter la taille des écoles et fermer les petites écoles tout simplement.  Mais nous considérons qu’il faut faire une pause. Il faut analyser comment le nouveau système  va fonctionner. Honnêtement, regardes l’état des routes, déplorables, et le manque de bus scolaires… Ah, beaucoup de questions…»

Apparemment, on ne va pas fermer les écoles cette année, mais il reste beaucoup de questions sur l’application des mesures d’économie stricte. Le principal étant : « Peut-on exiger, comme font les préteurs internationaux, les coupes budgétaires aussi drastiques quand le PIB letton régressera de plus de 18% cette année ? »  Raita Karnite, économiste letton est amère:

“Chez nous en Lettonie la politique principale est la politique du budget national. Et on respecte les chiffres macroéconomiques. Mais qui aura besoin de ces chiffres si l’état n’a plus de citoyens? Et les gens commencent à émigrer a nouveau!”

Et si on dévalue la monnaie nationale, comme l’ont fait les Russes et les Britanniques ? La banque centrale lettone a dépensé 1 milliard d’euros en juin 2009  pour soutenir le lat ! Oui, mais la majorité des emprunteurs lettons ont pris des crédits en euros et auront donc plus à rembourser. Et puis, la Lettonie veut adopter l’euro. Pour cela,  il faut respecter les critères de  Maastricht. C’est vrai qu’en France on vient de les oublier… Oui,  mais ce qui est permis a un pays fondateur de l’Union n’est pas permis à la Lettonie. Bref, pas question de creuser le déficit  ni de dévaluer! Un ministre letton a même dit un jour qu’une chute de météorite serait plus probable  que la dévaluation de la monnaie nationale.

Mais une météorite vient de tomber, n’est-ce pas ?

Les idiots et les routes

arctique, Yamal, gazprom, investissement, capitalisme, Russie, crise, financiere, présidence 0 commentaire »
11 oct 2009



Comme l’écrivait Nikolaï Gogol, la Russie a deux problèmes majeurs : les idiots et les routes. A en juger par le reportage de la première chaine de la télévision russe, le problème d’infrastructure est toujours aigu. Nous sommes sur la presqu’ile de Yamal, en Sibérie. Yamal est littéralement coupée du reste du monde par la toundra ! Mais voici que le PDG de Gazprom, Alexei Miller, inaugure le pont qui passe la rivière Yuribey, un point nodal du nouveau chemin de fer qui va traverser la presqu’ile pour arriver dans un port sur l’océan arctique:

« La longueur de ce pont est de 3,9 km ! C’est le pont le plus long jamais construit  au-delà du cercle polaire! Construit dans un délai record de seulement 341 jours ! ».

Mais pourquoi diable le PDG de la compagnie gazière inaugure un pont ? Eh bien, parce qu’il s’agit de la Sibérie. Ce n’est pas pour rien qu’on appelle Yamal la « presqu’île aux trésors »…  Effectivement, si on fait le compte de tout ce que renferme le sol de cette presqu’ile sibérienne, l’endroit n’a pas beaucoup de concurrents dans le monde. Vladimir Poutine, premier ministre russe :

« Les réserves de gaz sont de 55 trillions de mètres cubes! Cela a été confirmé par les explorateurs et les documents. Le gaz qu’on va extraire ici pourra compenser l’épuisement des vieux gisements gaziers et va offrir a la Russie des opportunités supplémentaires pour les exportations. Et là je ne parle pas uniquement des volumes, mais également de l’ouverture de nouveaux marchés ! »

Mais encore faut-il extraire ce gaz de Yamal ! Ce qui est bien avec la première chaîne de la télévision russe, c’est qu’elle nous montre qui va s’en occuper. Comme toujours, depuis 10 ans, c’est Vladimir Poutine lui-même qui s’en chargera ! Il est venu en personne sur Yamal pour animer une conférence à ce sujet. Une conférence à laquelle ont également participé les représentants de 12 grandes multinationales : Shell, Mitsui, Mitsubishi, Eni…

« Faisons de Yamal une plate-forme de la coopération internationale ! “. Tel est le mot d’ordre. Vladimir Poutine:

« Dans ce projet Yamal, il faudra étudier la question de la construction d’une usine de liquéfaction du gaz naturel et de toute une infrastructure portuaire correspondante - le port maritime, mais aussi des bateaux capables de naviguer dans l’océan arctique. La construction d’une telle usine ouvrira au gaz russe de nouveaux marchés et permettra à la Russie de maîtriser des technologies innovantes qu’elle ne connaît pas à l’heure actuelle.»

La Russie n’a pas tellement besoin d’argent. Par contre, il lui faut des technologies modernes, c’est ce qui lui manque cruellement (avec les routes d’ailleurs). C’est pour cette raison que Vladimir Poutine invite les capitalistes des pays qui ont une bonne maîtrise technologique à investir dans Yamal. Le gaz contre la technologie. Au premier semestre 2009, la Russie a attiré seulement 12 milliards de dollars d’investissements étrangers. C’est 30% de moins que pour la même période sur l’année 2008, et deux fois moins qu’en 2007 ! Plus grave encore, pour la première fois depuis 3 ans, les investissements russes a l’étranger sont de 67% supérieurs aux investissements étrangers en Russie! Mais l’homme qui s’occupe de tout en Russie est confiant : “Je suis sûr que le pays a une chance de devenir un des centres mondiaux d’attraction des investissements. La crise ne doit pas nous éloigner de ce but mais au contraire nous en rapprocher”, estime l’ex-président, que l’on appelle désormais  “le PDG de la corporation “Russie”.

« Nous ouvrons les portes aux investissements étrangers. Leur volume croit chaque année. Et nous en sommes ravis. Nous allons continuer à les soutenir. La nouvelle loi sur les investissements étrangers ne les interdit pas, bien au contraire, elle créée des conditions transparentes pour les investisseurs. C’était le principal objectif de cette loi. »

La nouvelle loi sur les investissements étrangers concerne, je cite : “les activités qui présentent une importance stratégique pour la défense et la sécurité du pays”. La loi a été adoptée en mai 2008, juste avant le début de la crise financière. Pour investir dans “les secteurs stratégiques”, il faut désormais avoir l’aval de l’état. Et puisque l’état se dirige comme une compagnie, il faut l’aval de son “PDG”. Même si a priori, cette nouvelle loi - qui complique les choses pour les investisseurs - ne concerne pas  explicitement l’exploitation des ressources sur Yamal, les patrons des multinationales auront toujours besoin d’avoir des relations cordiales avec le seul véritable PDG russe.

Poisson de juin

peche, Belgique, crise, europe 1 commentaire »
25 juin 2009

Paris, 25 juin 2009 (AFP)

Un tiers des requins océaniques - parmi lesquels le grand requin blanc et le requin marteau - sont menacés d’extinction, en raison essentiellement de la surpêche, selon une étude rendue publique jeudi…

Bruxelles, 25 juin 2059 (AFP)

Selon les scientifiques européens réunis au “Congrès de la mer” depuis hier, nous sommes entrés dans une nouvelle ère de la consommation des produits aquatiques.

Les poissons sont toujours là, leur diversité est intacte, mais les stocks « traditionnels » ont bien changé !

La consommation de produits halieutiques ayant plus que doublé depuis le siècle dernier, les biotechnologies ont dû prendre le relais…

Aujourd’hui, la quasi-totalité des poissons a été génétiquement modifié pour s’adapter aux espaces aquatiques les plus diverses. Dorénavant, les sardines, les maquereaux, les thons peuvent vivre en eau douce… les crevettes roses ont peuplé par milliards presque tous les fleuves du monde et notre correspondant en Belgique nous rapportait que les poissons sans arrête font fureur sur les tables des meilleurs restaurants bruxellois.

La Valeur Kulvik

capitalisme, fond, investissement, Suisse, bourse, euro, financiere, Luxembourg, Finlande, banque, crise 0 commentaire »
18 juin 2009

Difficile de mettre la main sur Hannes Kulvik. Toujours entre un conseil financier a Genève et son pays natal, la Finlande, sans oublier Londres et, bien sur, Luxembourg, le siège de son fond d’investissement, « Sifter Fund », ou, plutôt, ses fonds, car ils sont plusieurs, mais toujours fondés sur le même principe. « Sifter » signifie « trier ». La compagnie de Hannes Kulvik a crée un outil d’évaluation - le Stocksifter - qui permet de donner une estimation en temps réel de la valeur objective des 15,000 sociétés les plus importantes du monde, hors fluctuations boursières momentanées. Est-il possible ou non de connaitre la valeur d’une entreprise à un moment donné ? Keynes ne le croyait pas, mais on n’est pas obligé d’être Keynésien…Pour analyser 15.000 compagnies, il ne faudrait pas moins de 135 analystes qui travailleraient dur pendant 2 ans. Stocksifter le fait automatiquement… et en temps réel ! Et l’outil vous donne la valeur réelle de chacune de ces entreprises. Cette « valeur », c’est la valeur dite « valeur », du nom de son inventeur. Ensuite, vous affinez progressivement la recherche et vous choisissez les meilleures opportunités d’investissement. Une vingtaine d’entreprises, qui sont, elles, étudiées par des analystes en chair et en os. Sifterfund ne spécule pas, il investit. Ce sont les entreprises qui créent la valeur, pas les marchés - tel est le mot d’ordre. Nous n’achetons pas des « titres », nous achetons les entreprises qui sont sous-évaluées par la bourse. L’analyse mathématique alliée à une dose de conservatisme. Sifterfund pense avoir trouvé une formule magique.

Le paradis des courtiers

bourse, capitalisme, Londres, livre, dollar, LEAP2020, crise, financiere, banque, euro, GRANDE BRETAGNE 1 commentaire »
28 mai 2009

city of london © A.Ipatovtsev
La circulation n’est pas très dense devant le nouveau siège de la bourse de Londres, près de l’église Saint Paul. La bourse a été créée en 1801, dans un autre quartier, le quartier du change, là où se trouve aujourd’hui la City, l’endroit où s’effectuaient les transactions marchandes… à l’intérieur des « coffeehouses ». Ranald Michie, professeur à l’Université de Durham, est spécialiste de l’histoire des marchés financiers : « C’était au moment des guerres révolutionnaires françaises, sous Napoléon. La dette du gouvernement anglais augmentait rapidement. 800 millions de livres vers la fin de la guerre - une somme astronomique a l’époque. Donc il est apparu un besoin d’avoir une place où l’on pourrait vendre des titres. Mais il fallait également éliminer le risque de non payement, le risque de contrepartie. »La bourse pourrait être définie comme un marché, mais un marché contrôlé par des règles et des régulations. C’est la différence avec « le marché » tout court. Et aujourd’hui, c’est quoi la bourse, professeur Michie ?

« D’un côté, rien n’a véritablement changé. Mais une chose a changé pourtant - il n’est plus question de dette de l’état, seules les actions d’entreprises y sont échangées !).  Deuxième changement - le rôle des banques. Il y a très peu de courtiers indépendants, les affaires sont faites par les banques. Et puis, la technologie aussi… Pendant longtemps, le « trading floor » était souverain ! Pour vendre des titres, il fallait être membre de la bourse. Aujourd’hui, tout se fait électroniquement. Vous pouvez interagir avec les autres courtiers de chez vous à travers l’écran de votre ordinateur. »

Le bruit des voitures à l’extérieur de la bourse de Londres…. A l’intérieur, l’ambiance est beaucoup plus silencieuse car la vente à la criée est remplacée par des transactions électroniques. Et ca depuis le « big bang » de Margaret Thatcher - la libéralisation du fonctionnement de la bourse - qui a  facilité l’arrivée rapide de banques américaines et ouest-européennes à Londres et  développé le marché financier grâce à la baisse des coûts. La City, auparavant considérée comme un lieu élitiste pour gentlemen anglais, est aujourd’hui le paradis des courtiers « golden boys ». Le marché londonien des titres est le plus important d’Europe. Mais comment une entreprise choisit-elle la bourse dans laquelle elle sera cotée ?

« La compagnie regarde les prix qu’elle peut obtenir pour ses titres et elle évalue les charges pour être listée à Londres ou a New York. Et ca ne dépend pas uniquement de la bourse, mais également des autorités. Vous savez, après le “scandale Enron, les Etats-Unis ont augmenté la charge régulatrice qui pèse sur les entreprises. Résultat : les entreprises sont parties de New York pour venir chez nous. Donc, si maintenant, avec la crise, l’Union Européenne durcit la régulation pour l’introduction en bourse, les entreprises partiront ailleurs. C’est inévitable ! »

Ceci est donc une forme d’avertissement du Professeur Richie aux régulateurs français ! Dans quelques jours, Xavier Rolet - l’ancien directeur de Lehman Brothers France - prendra la tête du London stock exchange qui regroupe les places de Londres et de Milan. Avec la crise, les introductions en Bourse sont devenues rares, les montants des transactions boursières diminuent et la valeur des titres fond. La valeur des groupes du Footsie-100 s’est ainsi réduite de 34% en 2008. En plus, après une nouvelle dérèglementation récente, les nouveaux acteurs -  Turquoise et  Instinet - empiètent de plus en plus sur les parts de marché de la bourse de Londres.

« La part de la bourse de Londres dans les entreprises de l’indice boursier Footsie 100 ne représente aujourd’hui que 68% du volume des ventes. 32% des transactions s’effectue donc ailleurs. Mais cela ne veut pas dire que ces titres sont partis à New York ou a Euronext. Non ! Ils sont partis vers les plateformes électroniques. Mais le prix de référence est toujours fixé par la bourse de Londres. »

Et tout s’éclaire…

parlement, elections, Pologne, crise 0 commentaire »
1 mai 2009

« Bruxelles-Strasbourg », « Strasbourg -Bruxelles »… La vie des députés est faite de multiples déplacements entre les 2 capitales européennes. Fatiguant et couteux. D’où la proposition de plusieurs eurodéputés de supprimer le siège strasbourgeois du Parlement européen. D’autant qu’à l’heure actuelle, alors que la campagne des européennes bat son plein, il faut également aller dans les circonscriptions. La circonscription de Boguslaw Sonik est dans la région de Cracovie, en Pologne. Ses électeurs s’intéressent beaucoup aux frais de fonctionnement du parlement européen : “7000 euros- c’est une somme énorme en Pologne.Si on ajoute les frais de fonctionnement, l’assistant, etc.on arrive a 30 ou 40000 euros par mois. Ce que stigmatisent les tabloids.”

Les eurodéputés-profiteurs. C’est pour cela que la Pologne risque d’obtenir un taux d’abstention record, de l’ordre de 87%, lors de prochaines élections européennes.

Sous l’effet de la crise, qui touche la Pologne un peu moins que les autres pays de l’union (la croissance est présente, de l’ordre de 1%), on taille dans les dépenses.
Le budget de la campagne pour la parti de Boguslaw (Plate-forme Civique, PPE) s’élève à 10 millions de zloty. La région de Cracovie a reçu 340.000 zloty. Boguslaw Sonik dispose de 10.000 euros seulement pour toute la campagne. De quoi faire une vingtaine d’affichettes pour les villages et un seul poster dans le centre ville de Cracovie.

Une campagne d’affichage bus du jeudi 30 avril au mardi 13 mai 2009 : (5 visuels)
300 faces sur les grands arrières et flancs de bus.  © po

« Et tout s’éclaire », une nouvelle campagne de pub pour nous, a France Culture. Ca fera de jaloux en Pologne…