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Tous les billets de la catégorie Effet de serre

L’Ă©tat inuit

Effet de serre, mer, rechauffement, arctique, peche, Danemark, minoritĂ©s, voyage 1 commentaire »
3 jan 2010

« Votre MajestĂ© Royale, Votre altesse Royale, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le PrĂ©sident du Parlement, Messieurs les membres du parlement, Messieurs les membres du gouvernement, chers invitĂ©s, Mesdames et messieurs ! Je vous souhaite la bienvenue pour cette journĂ©e spĂ©ciale qui marquera le dĂ©but notre  « auto-gouvernement ». Je vous remercie au nom du peuple groenlandais, au nom des parlementaires et des membres du gouvernement… »

Nous sommes le 21 juin 2009. Les habitants de la plus grande ile du monde, le Groenland, cĂ©lèbrent la journĂ©e la plus longue de l’annĂ©e. C’est la fĂŞte nationale mais aussi l’occasion d’une visite royale. La Reine Marguerite II, vĂŞtue d’un pull polaire, a assistĂ© Ă  la cĂ©rĂ©monie, qui avait, cette annĂ©e, un accent un peu particulier : elle est venue officialiser le statut d’autonomie Ă©largie votĂ© par referendum l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Le chemin fut très long. Danois depuis 3 siècles, les Inuits ont acquis l’Ă©galitĂ© des droits en 1953. Depuis 1979, l’Ă®le dispose de son propre Parlement. DorĂ©navant, le Groenland gère presque toutes ses affaires Ă  l’exception des affaires extĂ©rieures. Pourquoi ce dĂ©sir constant d’Ă©mancipation de la tutelle confortable d’une social-dĂ©mocratie nordique? MĂŞme la langue danoise n’est plus la langue officielle au Groenland ! Carl Christian Olsen, le vieux leader inuit explique :
« Parce que c’est notre histoire. Notre identitĂ©, c’est notre langue ! Quand le christianisme a Ă©tĂ© introduit chez nous, il a essayĂ© de dĂ©truire notre culture. On devait se dĂ©barrassait de nos noms Inuits, etc. La seule chose qu’ils n’ont pas rĂ©ussi Ă  dĂ©truire, c’est notre langue ! Et nous sommes fiers de cette victoire. »

Le militant de la cause inuit a Ă©tĂ© interviewĂ© par un journaliste free-lance - Christopher Booker - qui a cherchĂ© Ă  comprendre l’Ă©mancipation de tout un peuple arctique. La population du Groenland est peu nombreuse : seulement 57.000 personnes, peu Ă©duquĂ©es mais très fières de leur identité :

« Nous sommes des gens très ouverts. Parce que l’identitĂ© groenlandaise n’est pas basĂ©e sur l’intolĂ©rance. Nous avons un passĂ© inuit, un passĂ© danois et anglais. »

GĂ©ographiquement amĂ©ricain, historiquement danois et culturellement inuit. Qu’en est-il de l’Ă©conomie du Groenland ? L’Ă®le vit grâce Ă  la pĂŞche, au tourisme et… aux subventions danoises très gĂ©nĂ©reuses - 3.2 milliards de couronnes - les 2/3 du budget !  Mais qu’est-ce qui change avec cette « quasi-indĂ©pendance » ?  Marko Papic, membre du think tank Stratfor, nuance un peu la ferveur des indĂ©pendantistes :

« Le gouvernement du Groenland va hĂ©riter de beaucoup de problèmes. Et ils le savent. C’est prĂ©cisĂ©ment pourquoi ils n’ont pas optĂ© pour l’indĂ©pendance totale tout de suite bien qu’ils y soient favorables. Le pays est immense. L’ile est Ă©norme et la majeure partie est un dĂ©sert glacial. Transport, Ă©ducation, programmes sociaux, tout cela coĂ»te plus cher que n’importe oĂą dans le monde. Mais Ă  l’avenir, il se peut que le Groenland soit traitĂ© comme une jeune fille Ă  marier. Les puissances rĂ©gionales vont la courtiser pour avoir de l’influence sur l’Ile. On le verra  dans 10 prochaines annĂ©es. »

Le Groenland occupe, depuis toujours, une position stratĂ©gique sur le plan militaire. Mais on dit aussi que les sous-sols groenlandais sont pleins de ressources naturelles. Il y a 2 ans, quand le pri des matières premières s’est enflammĂ©, on s’est mis Ă  rĂŞver qu’un jour on transformerait le Groenland en SibĂ©rie. Depuis la chute des prix, on en parle moins. Car malgrĂ© les effets du rĂ©chauffement climatique bien visible, c’est encore beaucoup trop tĂ´t pour commencer a creuser le sol groenlandais pour y extraire le pĂ©trole a un prix compĂ©titif. De plus, en 2008, les experts amĂ©ricains ont divisĂ© par 2 leurs estimations de rĂ©serves pĂ©trolières sur l’ile. Le seul projet d’investissement, l’usine d’aluminium Alcoa, est loin d’ĂŞtre finalisĂ©. Les danois vont donc continuer Ă  financer le Groenland, les politologues Ă  spĂ©culer sur l’avenir… et les Inuits, Ă  vivre leur train de vie :

« C’est difficile pour nous de parler de changements comme le font les occidentaux. Car eux le font de façon abstraite. C’est aussi très abstrait pour les chercheurs qui en parlent tout le temps. Tandis que nous, les Inuits, nous vivons avec les changements. Nous devons nous adapter aux changements, comme on le fait depuis toujours. Nous avons toujours su nous adapter Ă  toutes les nouvelles situations. »

Pour l’instant le seul vĂ©ritable changement au Groenland est son statut. Ce qui n’est pas une mince affaire. Premier Ă©tat inuit du monde ! Et presque indĂ©pendant…

It’s the End of the world selon Harald Welzer

Effet de serre, R.E.M., Climat, livre, LEAP2020, Allemagne 1 commentaire »
5 déc 2009


“It’s the End of the world as we know it (and I feel fine)”, REM, 1987 - une des chansons prĂ©fĂ©rĂ©es de Harald Welzer. Ce psychosociologue allemand est un fan du groupe post-punk amĂ©ricain. A tel point que son denier livre porte le mĂŞme titre que la chanson. Son avant-dernier livre vient d’ĂŞtre traduit et publiĂ© en France et dont le titre suggère plutĂ´t pour un album de folk-rock tendance Ă©cologiste : « Les guerres du climat ». Curieuse thĂ©matique, au premier regard, pour celui qui s’est fait connaitre surtout comme un analyste rĂ©putĂ© des phĂ©nomènes lourds du siècle passé : la transformation des hommes ordinaires  en meurtriers de masse. Pourquoi ce changement  de thĂ©matique, Harald Welzer ?« Après avoir Ă©tudiĂ© les exĂ©cuteurs, je voulais Ă©crire une livre thĂ©orique sur la violence, une violence de masse. Parce que c’est un sujet qu’on n’a pas suffisamment dĂ©battu au niveau thĂ©orique. Et en mĂŞme temps, il y avait des discussions sur les changements climatiques. Et je me suis posĂ© la question s’il y a une relation entre les changements environnementaux dues au rĂ©chauffement climatique et les conflits violents. »

Il y en a, sans doute…

« Notre interprĂ©tation traditionnelle du conflit inclut les facteurs ethniques, idĂ©ologiques ou les intĂ©rĂŞts Ă©conomiques. Mais si vous ajoutez une variable supplĂ©mentaire, comme les changements environnementaux, vous en avez une autre image ! Je ne dirais pas que les changements environnementaux expliquent tout, parce que dans les processus sociaux il n y a jamais une seule variable, mais cette variable Ă©tait absente dans l’analyse des comportements des groupes sociaux et des individus.»

Vous pouvez nous donner un exemple ?

« Oui. Par exemple, prenez le conflit au Darfour - que le programme environnemental des nations unies appelle « la première guerre climatique ». Dans cette rĂ©gion, vous avez un phĂ©nomène de dĂ©sertification qui se propage vers le sud de façon très rapide. Les trois quart de la population de cette rĂ©gion vivent de la terre. Et vous avez 2 groupes concurrents : les Ă©leveurs nomades et les fermiers. Pas besoin de beaucoup d’imagination pour comprendre oĂą se situe la source du conflit ! »

Effectivement…

« Un problème supplĂ©mentaire est que l’État est dĂ©faillante lĂ -bas. Pas de mĂ©canismes institutionnels pour rĂ©guler les conflits. Donc, vous avez une sorte d’ « open space » pour la violence. Et comme rĂ©sultat vous avez tout ce qu’on entend Ă  travers les mĂ©dias : les groupes militaires et paramilitaires qui y opèrent et terrorisent la population. Mais la chose la plus intĂ©ressante est que la cause initiale de ces violences est le rĂ©chauffement climatique. C’est seulement ensuite que vient tout ce qu’on voit dans les mĂ©dias et ce que les gens vivent lĂ  bas, Ă  savoir le conflit ethnique. Mais le conflit ethnique n’est que le second facteur ! »

Beaucoup de spĂ©cialistes du conflit au Darfour ne seront sans doute pas entièrement d’accord avec votre prĂ©sentation, Harald Welzer, notamment sur la hiĂ©rarchie des Ă©lĂ©ments dĂ©clencheurs du conflit. On sent, comment dire, un peu de militantisme chez le scientifique.

« MĂŞme s’il n y a pas de rĂ©chauffement climatique aujourd’hui - et mĂŞme s’il n’y en avait pas Ă  l’avenir -, je pense que nous avons suffisamment de raisons de changer notre mode de mobilitĂ©, notre façon de consommer, etc…  de changer tout notre mode de vie ! Et si cela permet de rĂ©duire les effets nĂ©fastes du rĂ©chauffement, tant mieux ! Mais on peut le faire sans dĂ©règlement climatique ! »

Ah, encore ce rĂŞve Ă©ternel : changer le monde ! Le climat, finalement, n’est qu’un prĂ©texte. C’est peut ĂŞtre pour ça que vous avez titrĂ© votre denier livre « C’est la fin du monde tel qu’on l’a connu » en hommage a cette chanson cĂ©lèbre de REM ?

« Le refrain de cette chanson est absolument gĂ©nial ! « C’est la fin du monde tel qu’on l’a connu », et puis, ils chantent «  et je me sens parfaitement bien ! ». On ne pense pas que le changement de nos pratiques culturelles constituera la fin du monde, mais la fin du monde tel qu’on le connait aujourd’hui ! Et on ne peut que s’en rĂ©jouir ! »

Donc, c’est compliquĂ©…

Asie, pollution, Effet de serre, Climat, Suede 0 commentaire »
16 sept 2009

Le 23 juin 1999, le journal « Le Monde » parlait « d’un nuage qui s’Ă©tend sur une surface Ă©quivalente Ă  celle des États-Unis, avec une Ă©paisseur variant entre 2 et 3 kilomètres ». Mais d’oĂą vient-il ? J’ai interrogĂ© Ă  ce sujet  Henning Rodhe, directeur de l’Institut MĂ©tĂ©orologique International a Stockholm:

 © misu

« Le phĂ©nomène est plus vieux que cela. Il s’est dĂ©veloppĂ© au cours des 7 dernières dĂ©cennies. Mais c’est seulement Ă  la fin des annĂ©es 90 que le phĂ©nomène a Ă©tĂ© dĂ©crit et analysĂ©. Pourtant, bien avant dĂ©jĂ , tout ceux qui prenaient l’avion pour l’Asie du Sud, l’Inde ou la Chine pouvaient l’observer ! Mais les scientifiques ne s’y sont jamais intĂ©ressĂ©s vraiment. Les aĂ©rosols atmosphĂ©riques Ă©taient alors Ă©tudiĂ©s dans les pays industrialisĂ©s mais pas en Asie oĂą le nuage est le plus dense. »

Puis on a publiĂ© des photos impressionnantes de ce nuage. Et on a commencĂ© Ă  parler de victimes. 2 millions de personnes seraient mortes chaque annĂ©es selon un rapport publiĂ© en 2002. Vous ĂŞtes d’accord avec ces chiffres Professeur ?

« Bon, 2 million de victimes c’est un peu trop ! Nos estimations donnent plutĂ´t un chiffre entre 500.000 et 1 million de personnes par an. Mais la plupart de ces victimes Ă©tait, en fait, des victimes de la pollution domestique. Il faut comprendre que les polluants formant le nuage brun proviennent des Ă©missions qui partent depuis le sol. »

Sait-on de quoi ce nuage est fait exactement ?

« Tout le monde est d’accord, aujourd’hui, pour dire que Ă  peu près la moitiĂ© de la pollution en Asie de Sud trouve son origine dans la combustion de matière carbonĂ©e fossiles (les voitures, l’industrie, etc.). Et l’autre moitiĂ© vient de la combustion de la biomasse : dans les campagnes, Ă  la maison dans les « feux ouverts », lors des incendies de forets, etc. »

Peut-on réduire ces émissions ?

« Si vous voulez rĂ©duire le nombre de feux ouverts dans les villages indiens, vous devrez trouver une solution de remplacement. Soit il faut introduire une nouvelle technologie pour permettre une combustion de la biomasse Ă  une tempĂ©rature plus Ă©levĂ©e, soit alimenter les habitations en mĂ©thane, soit introduire des fours solaires…Mais ce n’est pas aussi facile que pour l’industrie oĂą vous pouvez vous concentrer sur quelques gros pollueurs et leur mettre la pression ! Ici, on parle d’un vĂ©ritable changement culturel et technologique au niveau local dans tout un pays ! »

Donc, ce n’est pas pour demain ! On estime que le nuage brun a un effet sur la circulation  des moussons et la frĂ©quence des pluies en Inde et dans toute la rĂ©gion.Depuis 25 ou 30 ans,  il y a 20% de pluies en moins dans le Nord du pays! Et qui dit moins de pluie… dit aussi moins de riz !

Et l’effet de serre, Professeur Rodhe, on imagine que le nuage y contribue grandement…

« Le nuage brun n’est pas uniquement constituĂ© de suie, il contient Ă©galement des sulfates et d’autres particules. Les particules de suie absorbent la lumière et  contribuent donc Ă  l’effet de serre. A l’inverse, les sulfates et les autres particules le freinent ! Ils refroidissent le climat et nous protègent de l’effet de serre ! Donc, c’est compliquĂ©… »

Oui, c’est compliquĂ©. Ă€ certains endroits, ces nuages bruns pourraient rĂ©duire l’impact des changements climatiques de 20 Ă  80 % !