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Tous les billets de la catégorie frontière

Baden Airpark

transport, frontière, France, voyage, Allemagne 0 commentaire »
8 fév 2010

 © Baden Airpark

En juillet 1993, les derniers soldats canadiens quittent les deux bases canadiennes de l’OTAN Ă  Baden-Wurtemberg. Derrière eux, ils laissent un aĂ©roport, un beau cadeau ! A partir de 2001, il devient l’aĂ©roport principal de la capitale, Stuttgart. Plus de 10 millions de passager Ă  transporter et une seule piste d’atterrissage ! En Allemagne, il est très difficile d’obtenir un permis de construire pour une nouvelle piste, donc Stuttgart a dĂ©cidĂ© d’utiliser la piste canadienne. Le gĂ©rant de l’aĂ©roport, Manfred Young, est devant le tableau des vols :

« Nos destinations principales sont Berlin et Hambourg. Ca fait plus de 700 km pour chaque trajet. Les clients sont principalement des hommes d’affaires. Ils travaillent Ă  Hambourg et ils doivent se rendre Ă  Berlin pour voir le gouvernement. Un peu comme les Strasbourgeois vont Ă  Paris… Autres destinations - vacances : la Turquie, la Grèce et l’Italie. »

C’est la compagnie lowcost Air Berlin qui gère les voyages d’affaires. Pour les vacances, il y a une autre compagnie lowcost avec un passĂ© très français. Elle s’appelle… Ryanair :

«  Ryan Air a quittĂ© Strasbourg en septembre 2004. Avant cette date, la compagnie Ă©tait payĂ©e  pour y rester. 1,5 millions d’euros lui Ă©taient versĂ©s chaque annĂ©e par la Chambre de Commerce afin qu’elle assure  un vol Strasbourg-Londres ! Et puis Air France a intentĂ© un procès Ă  Ryan Air, en accusant la compagnie de concurrence dĂ©loyale et finalement  le tribunal a interdit cette subvention ! En consĂ©quence,  Ryan Air a dĂ©clarĂ© ceci : « ok, si nous n’avons plus d’argent, nous partons ! »

La compagnie s’est donc installĂ©e chez vous. Etes-vous  aussi gĂ©nĂ©reux que les Alsaciens ? Combien la payez-vous ?

« Je ne paie rien ! C’est la compagnie qui doit payer pour utiliser mon aĂ©roport Elles verse Ă  peu près 10 euros par passager. C’est pour cela que je n’ai pas de problèmes financiers comme c’est le cas de Strasbourg ! »

 © Baden Airpark

Mais pourquoi un tel mĂ©pris pour Strasbourg et un tel dĂ©sir de s’installer chez vous ?

« Autour de l’aĂ©roport de Strasbourg, vous avez 2 millions de clients potentiels. Dans ma zone de chalandise, il y en a 5 millions ! »

Pourtant vous ĂŞtes Ă  40 km l’un de l’autre seulement. Il n’y a aucune porositĂ© entre ces deux rĂ©servoirs d’usagers ?

« Si, l’annĂ©e dernière nous avons eu 17% de clients français. Mais 83% restent allemands ! Mannheim, Ludwigshafen, Heidelberg, Freiburg… les grandes villes allemandes, voilĂ  Notre zone. Tout ces gens peuvent venir facilement chez nous en train ou par l’autoroute. La plupart des Français viennent en voiture. Mais il y a aussi une compagnie privĂ©e qui fait la navette entre Strasbourg et l’aĂ©roport de Baden.»

La capitale de l’Europe est obligĂ©e d’utiliser l’aĂ©roport de Baden lors des sessions du Conseil de l’Europe ou du parlement EuropĂ©en :

« Les Berlinois, par exemple, sont obligés de passer par notre aéroport. Strasbourg a essayé et a même payé pour assurer une liaison vers notre aéroport ! Mais avec un remplissage de moins de 30%, personne ne pourrait maintenir cette ligne! »

Est-ce que cela vous arrive de prendre l’avion Ă  Strasbourg, Monsieur Jung ?

« Nous ne sommes pas des concurrents pour l’instant, car Strasbourg propose des destinations que nous ne faisons pas. J’ai prochainement un rendez-vous Ă  Toulouse et je vais donc me rendre Ă  Strasbourg, car aucune compagnie n’est moins cher qu’Air France pour un Strasbourg-Toulouse ! Air France assure des vols vers Lyon, Marseille, le Maroc,  ce sont des destinations que nous ne faisons pas. »

C’est donc « le Maroc » pour les vacanciers alsaciens… et « la Turquie » pour les allemands de Bade. La frontière entre la France et l’Allemagne  reste très nette. L’aĂ©roport badois a enregistrĂ© un retour Ă  la croissance en novembre et dĂ©cembre, celui  de Strasbourg accuse une nouvelle chute du trafic en 2009 de 16,6 %.

Et Air France? Eh bien, la compagnie a abandonnĂ© en octobre dernier la ligne Strasbourg-Londres pour laquelle elle s’Ă©tait si farouchement battue en 2003…

Le verbe de Monsieur Onischenko

medias, Bielorussie, frontière, alimentation, humour, Georgie, video, Russie, Etats-Unis, europe 0 commentaire »
22 jan 2010


Le chef des services sanitaires de la Russie, Guennadi Onischenko est la cible favorite des humoristes. Il est prĂ©sentĂ© dans ce clip comme un superman, capable de protĂ©ger le pays de toutes les Ă©pidĂ©mies.  Pour monsieur Onishenko, celles-ci proviennent toujours de l’Ă©tranger. Le lait biĂ©lorusse est de piètre qualitĂ© et les eaux minĂ©rales de GĂ©orgie sont dangereuses pour la santĂ©. Lors des conflits avec ses voisins, c’est l’Ă©pidĂ©miologiste qui devient le chef de guerre. Mais rĂ©cemment, on ressent comme un dĂ©gel dans les relations entre la Russie et le vaste monde hostile. Ce n’est pas grave, il y aura toujours des ennemis. En voici un : le tabac.

« Voici les donnĂ©es de l’Organisation Mondiale de la SantĂ© pour l’annĂ©e 2008. L’Ă©tendue globale de l’Ă©pidĂ©mie de tabagisme reprĂ©sente 100 millions de morts au cours du XXème siècle. Pour le XXIème, elle sera responsable de plus d’un milliard de victimes !  Et voici les pertes financières liĂ©es au tabagisme… Pour les Etats-Unis : 71 milliards, L’Allemagne : 7 milliards, l’Autriche : 1 milliard. Quels sont les pays dans lesquels on fume le plus ? Malheureusement nous sommes parmi eux. C’est l’Angleterre, la France, les Etats-Unis et la Russie. Mais si l’on compte les « annĂ©es de vie active perdues » (c’est Ă  dire celles passĂ©es sous perfusion dans un lit d’hĂ´pital alors que vous pourriez vous occuper Ă  augmenter le PIB de votre pays - bon je suis un peu cynique lĂ ), ces « annĂ©es de vie perdues »  font perdre Ă  l’Allemagne 12% de son PIB, aux Etats-Unis 13,3%, et  Ă  la Russie 13, 6% ! »

Guennadi Onischenko fait le bilan de l’annĂ©e 2009  sur les ondes de la « Radio Ekho Moskvy ».

« Je crois que l’une des rĂ©alisations majeures de l’annĂ©e passĂ©e est la ratification par la Russie de la convention-cadre antitabac. Bon, vous comprenez, c’est comme les slogans du Parti Communiste pour le 1er mai… Cela n’oblige Ă  rien en rĂ©alitĂ©… Mais malgrĂ© tout, ca nous a pris 3 ans pour la signer ! On l’a signĂ©e avec les 10 autres outsiders, avec les pays très en retard dans cette lutte… tellement en retard qu’ils n’ont mĂŞme pas entendu parler de cette convention ! »

Mais pourquoi diable dans un pays oĂą l’opposition n’a presque pas voix au chapitre, le responsable sanitaire en chef n’arrive-t-il pas Ă  faire passer une loi ?

« La Russie produit aujourd’hui plus de 400 milliards de cigarettes. Cela correspond Ă  2911 cigarette par personne, du petit bĂ©bĂ© jusqu’au vieillard !

La gamme de cigarettes Ă  bas prix reprĂ©sente 40% du marchĂ©.Ca veut dire quoi ? J’ai 10 roubles que ma maman m’a donnĂ© pour acheter un dĂ©jeuner Ă  l’Ă©cole, et moi je les dĂ©pense pour des cigarettes ! Mais si le prix d’un paquet s’Ă©levait Ă  30 ou 40 roubles, je ne pourrais pas le faire. Mais malgrĂ© cet Ă©tat de fait, on n’arrive pas Ă  convaincre le Ministère des finances de fixer des barrières à la vente de cigarettes ! Parce que dans ses oreilles souffle la mafia lĂ©gale du tabac ! »

« La mafia lĂ©gale », voici une nouveautĂ© juridique russe. En l’absence d’ennemi extĂ©rieur, il y a toujours des ennemis invisibles Ă  l’intĂ©rieur du pays…

Et qu’en est-il de l’alcool ? Un russe boit 18 litres d’alcool pur par an. Qui est responsable ? Vous n’allez pas le  croire… c’est le cinĂ©ma !

« Il y a un terme : la « publicitĂ© dĂ©guisĂ©e ». Les amĂ©ricains l’ont lĂ©galement interdite! Vous ne trouverez aucun film amĂ©ricain dans lequel le hĂ©ro principal fume, bois ou dans lequel il aurait d’autres mauvaises habitudes. C’est un facteur majeur qui a une influence sur la tĂ©lĂ©vision et sur la jeunesse amĂ©ricaine ! Or, chez nous, prenez nos sĂ©ries tv - de bonnes sĂ©ries -, le personnage principal prend un verre toutes les 7 Ă  8 minutes. Je l’ai comptĂ© moi-mĂŞme ! C’est une condition imposĂ©e par la compagnie qui a sponsorisĂ© la sĂ©rie. On m’a dit, je ne sais pas si c’est vrai, que c’est une compagnie ukrainienne qui produit l’alcool. Elle a posĂ© une seule condition : les hĂ©ros principaux doivent boire ! »

Les ennemis de la santĂ© publique russe sont partout et ils sont de plus en plus difficiles Ă  dĂ©masquer. Mais la Russie a une arme de destruction massive, le verbe de Monsieur Onischenko…

Les frontières linguistiques en Europe

parlement, frontière, Serbie, Grece, France, Allemagne, langues rĂ©gionales, minoritĂ©s, europe 3 commentaires »
27 déc 2009

 © ai

Nous sommes au  Conseil de l’Europe, Ă  Strasbourg, oĂą se tient la rĂ©union du Congrès des pouvoirs locaux et rĂ©gionaux. A en juger par les casques sur les tĂŞtes des dĂ©lĂ©guĂ©s, la majoritĂ© n’arrive pas Ă  comprendre la langue de l’orateur, le Maire de Kragujevac. Au Conseil de l’Europe, la plus ancienne institution europĂ©enne qui rĂ©unit aujourd’hui 47 Ă©tats du continent, on entend toutes les langues du continent ! Donc pour travailler ensemble, il faut des interprètes. En tout, il y a 12 cabines d’interprètes autour de l’hĂ©micycle. Certaines sont vides. Dans la cabine grecque, je retrouve Marie-NoĂ«lle Batut qui coordonne le travail des traducteurs.
Le jour du Congrès, les grecs, effectivement, ont amenĂ© leur propre traducteur. Car les grecs, tout comme les serbes, veulent absolument s’exprimer dans la langue de leur pays !
Pour certaines langues, surtout les langues rĂ©gionales, il est presque impossible de trouver un interprète! Marie-NoĂ«lle prie pour que, Ă  l’occasion d’une prochaine reunion, les bretons ne demandent pas interprète du gaĂ©lique !

Comment organiser la cohabitation entre les langues « majoritaires » et « minoritaires » sur notre continent ? Le Conseil de l’Europe a Ă©laborĂ© une convention destinĂ©e Ă  protĂ©ger les langues minoritaires : « la Charte europĂ©enne des langues rĂ©gionales ou minoritaires » dont Alexey Kozhemyakov est le chef du secrĂ©tariat :

ai

Et comment procèdent les états signataires ?

ai

La Charte ne défend pas directement les personnes physiques, mais elle crée des obligations pour les états. La Charte est-elle réellement contraignante pour les signataires ?

a
 © ai

24 des 47 pays ont dĂ©jĂ  ratifiĂ© la Charte qui a fĂŞtĂ© ses 10 ans en 2008. Elle est devenue l’un des documents essentiels pour le Conseil de l’Europe. Un Conseil qui constitue l’incarnation mĂŞme de l’Europe, de ses valeurs. Mais elle cible uniquement les langues faisant partie de « l’hĂ©ritage culturel » de chaque pays membre. Une notion pas très prĂ©cise. Est-ce que la langue turque fait  partie de l’hĂ©ritage allemand, comme, par exemple, la langue Romani ?

ai

Et combien de langues y a-t-il, au total, à défendre en Europe ?

ai

L’Allemagne a ratifiĂ© la Convention et la Charte. La France, toujours pas…

Le pacte de Varsovie postsoviétique

AzerbaĂŻdjan, ArmĂ©nie, Asie, armĂ©e, frontière, Bielorussie, islam, Russie, URSS, Georgie, medvedev 2 commentaires »
22 nov 2009

 © ai

Après la chute de l’URSS, l’ArmĂ©e soviĂ©tique est dĂ©mantelĂ©e  et  les anciennes rĂ©publiques socialistes devenues des Ă©tats indĂ©pendants acquièrent leurs propres forces armĂ©es. Mais, jusqu’au milieu des annĂ©es 90, il reste  encore des troupes  de l’ armĂ©e soviĂ©tique stationnĂ©es en dehors des frontières  de l’ex- URSS ainsi que des bases militaires au sein mĂŞme du territoire de l’ancienne Union soviĂ©tique . Il faut gĂ©rer cet hĂ©ritage et, en 1992, six pays de l’ex-URSS signent le TraitĂ© de SĂ©curitĂ© Collective renouvelable tous les 5 ans. Certaines  anciennes rĂ©publiques soviĂ©tiques le rejoignent, d’autres le quittent, et, pendant 10 ans se pose la question de l’avenir de ce traitĂ©. Finalement, en 2002, Ă  l’occasion des rĂ©formes de la CommunautĂ© des Ă©tats indĂ©pendants, qui gère l’hĂ©ritage Ă©conomique soviĂ©tique, est créée L’Organisation du traitĂ© de sĂ©curitĂ© collective. Elle regroupe aujourd’hui la Russie, la BiĂ©lorussie, l’ArmĂ©nie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’OuzbĂ©kistan. Dans quel but ? Explication de la gouvernement kirghize:

« L’armée pakistanaise repousse les talibans vers les frontières afghanes. Là-bas les terroristes vont avoir du mal à se cacher des troupes américaines et de leur aviation.  Il est donc très probable qu’ils s’enfuient vers le Tadjikistan. Quelques milliers des terroristes armés vont traverser le pays, car il est impossible de bloquer tous les pistes situées dans les montagnes. Ça veut dire qu’il existe une menace réelle que ces terroristes se retrouvent ensuite dans le sud du Kirghizstan. »

Les kirghizes ne cesse de répéter qu’il y a 10 ans le pays a subi l’incursion des islamistes, et  que l’Armée régulière n’y était pas préparée. Résultat – les islamistes ont terrorisé le pays pendant des mois. Il  faut donc créer des forces spéciales susceptibles d’agir simultanément à partir de plusieurs pays de cette région. Et c’est fait ! En 2009 l’Organisation se dote finalement de forces armées collectives. En octobre 15000 hommes des ces Forces Collectives ont fait leur premier exercice militaire au Kazakhstan en présence de 5 présidents. Pourquoi 5 seulement et pas 7 ? Parce que l’entente entre les ex- membres de l’Union soviétique est loin d’être cordiale. Le président biélorusse Alexandre Loukachenko, par exemple, faisait la tête depuis que les russes ont introduit des mesures protectionnistes concernant les importations des produits laitiers biélorusses ! Il n’était même pas présent lors de  la signature officielle du traité instituant les Forces Collectives! Pas très amical comme geste, selon le président russe Dimitri Medvedev :

« Dans ce genre de situation il faudrait se comporter comme de vrai partenaire. Ça veut dire quoi ? le mieux aurait été  de décrocher son téléphone et passer au moins un coup de fil ! Mais tel n’a pas été le cas ! Alexandre Grigorievitch Loukachenko ne m’a pas téléphoné. Il ne m’a pas prévenu qu’il ne viendra pas ! »

On comprend l’embarras de monsieur Medvedev… Surtout que selon l’article 14 du traité instituant l’OTSC toutes les décisions doivent être prises par consensus ! Les exercices militaires en Kazakhstan sous la bannière de l’OTSC n’étaient donc pas, formellement légitimes ! Ce que ne manquent pas souligner les biélorusses. Mais il y a d’autres problèmes de fond selon le rédacteur de la radio Echo de Moscou Sergei Bountman :

« L’organisation du traité de sécurité collective se voyait un peu comme le pacte de Varsovie postsoviétique, comme un réponse à l’OTAN. Le problème de l’OTSC, comme, d’ailleurs de toute autre organisation crée par la Russie dans l’espace postsoviétique, est sa volonté de dominer les autres membres de l’organisation. La Russie pensait pouvoir  leur dicter ses propres conditions. Et cela sans aucune contre-partie . Mais les années 2000 nous ont montré que ni ces fous de géorgiens, ni ces cosaques d’ ukrainiens, ni ces mystérieux azéris ne sont prêts à se soumettre à la Russie. Tout le monde a commencé à facturer à Moscou  la solidarité militaire. »

MĂŞme des alliĂ©s comme le Kirghizstan. Ça a coutĂ© très cher d’essayer de faire partir  les amĂ©ricains de leur base aĂ©rienne kirghizes, il en est de mĂŞme pour la  rĂ©activation d’une station-radar russe : 2 milliards de dollars de crĂ©dits, 150 millions de dollars d’ aide et l’annulation de 180 millions de dollars de dettes kirghizes ! Mais mĂŞme avec des sommes astronomiques les russes n’arrivent pas pour l’instant a acheter la reconnaissance de l’indĂ©pendance de l’OssĂ©tie du Sud!Et puis, pour certains pays, l’argent n’est pas l’essentiel:

« Bien sur l’ArmĂ©nie Ă  besoin d’argent. Mais surtout elle a besoin d’une position claire de l’OTSC sur le conflit dans le Haut Karabakh.  Et Erevan a rĂ©ussi Ă  obtenir du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’Organisation des dĂ©clarations beaucoup moins consensuelles que les habituelles affirmations sur la nĂ©cessitĂ© du règlement pacifique de tout conflit. Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a rĂ©cemment dĂ©clarĂ© que quand il s’agit de la guerre, l’OTSC agit selon le principe de solidaritĂ© - l’agression contre l’un de ses membres est considĂ©rĂ©e comme une agression contre l’Alliance. ArmĂ©nie pense donc avoir reçu une rĂ©ponse claire en cas d’opĂ©ration militaire en AzerbaĂŻdjan dans la province du  Haut Karabakh.»

Mais la question se pose de savoir  si la BiĂ©lorussie ou un autres membres de cette alliance d’autocraties et dĂ©mocraties postsovietiques aura vraiment envie de faire la guerre pour les ArmĂ©niens.

Les frontieres alimentaires chez Pasi et Rita

Royaume Uni, cuisine, alimentation, frontière, capitalisme, Portugal, Finlande, voyage 0 commentaire »
17 oct 2009

 © ai

Bienvenue chez Pasi et Rita, un couple finno-portugais installé à Londres.  Il est 18h00 et selon la tradition finlandaise, Pasi nous prépare le diner. Au menu : poisson et galettes de haricots rouges, une recette brésilienne.

 © ai

La cuisine exotique est à la mode chez vous, Pasi ?

« Oui. La cuisine « globale » est arrivĂ©e dans les villes finlandaises. Parmi mes amis, certains optent pour le vĂ©gĂ©tarisme, d’autres sont fans de la cuisine indienne ou mĂŞme orientale. Les gens choisissent librement la zone gĂ©ographique qui les intĂ©resse. Pour certains ce sera  l’Italie, pour d’autres autres pour la France… »

 © ai

S’intĂ©resser aux recettes exotiques - et Ă  la cuisine tout court - ne va pas de soi dans la famille de Pasi :

« J’ai Ă©tĂ© Ă©levĂ© dans une famille oĂą toute la nourriture provenait de boites de conserves. Ma situation est probablement assez extrĂŞme mais elle symbolise toute une tradition nord-europĂ©enne pour laquelle manger est devenu une activitĂ© utile, obligatoire, bien plus qu’un plaisir ou mĂŞme un moment privilĂ©giĂ© pour se retrouver en famille. »

 © ai

Rita, comme Pasi, est une enfant des années 1970. Mais sa tradition culinaire est tout à fait différente :

 © ai

« Quand vous voyez vos parents cuisiner depuis votre plus jeune âge, que vous avez l’habitude de voir la transformation d’un morceau de viande ou d’un poisson, avec ses yeux, sa queue… vous n’avez pas peur des ingrĂ©dients ! Vous n’avez pas peur de cuisiner contrairement aux gens qui habitent ici, Ă  Londres, et qui s’Ă©crient : « oh mon dieu, c’est un poisson vivant !!! ». Vous apprenez les bases : comment couper les oignons, les faire revenir, comment saler la prĂ©paration etc.»

 © ai

Pasi regarde son livre de recettes pour terminer la préparation de son plat brésilien pendant que Rita me parle des frontières alimentaires entre le Portugal et la Finlande :

« Pour nous, le vin, c’est tout Ă  fait naturel. Pour eux, c’est plutĂ´t la vodka ou la « koskenkorva » ou encore un autre alcool fort. Pour eux, le vin, c’est cher, c’est français, c’est « ou-la-la ! »,  bref, c’est chic ! »

 © ai

Et pendant que Rita me sert un verre de bon vin blanc portugais, elle continue à pointer les différences :

« Le petit dĂ©jeuner finlandais traditionnel, c’est une bouillie avec des fruits par-dessus et du cafĂ©. Pour nous, une bouillie, ce n’est pas possible! C’est de la nourriture pour les enfants ! Comme si quelqu’un l’avais dĂ©jĂ  prĂ©mâchĂ© pour vous ! Beurk ! Pour le petit dĂ©jeuner portugais c’est terriblement simple : juste du cafĂ©, un morceau de pain avec du beurre. C’est tout ! »

Et comment on déjeune, Rita ?

« Ici, en Angleterre, vous voyez partout les gens debout avec leurs sandwichs pendant la pause dĂ©jeuner. Au Portugal, vous ĂŞtes assise devant une assiette ! Peut ĂŞtre une petite assiette, mais une assiette quand mĂŞme ! Devant  un plat chaud, une soupe, par exemple. Et les gens prennent une heure et demie voire 2 heures pour manger. Pasi m’a appris qu’en Finlande, on apporte sa nourriture au bureau. Je trouve ça complètement dingue ! Mais, en mĂŞme temps, quand on pense que dehors, il peut y avoir du blizzard, ça paraĂ®t moins Ă©trange !

 © ai

Au Portugal et en Finlande, le déjeuner se termine par un café, mais là encore on trouve une nouvelle frontière. Pasi :

« Un dĂ©jeuner finlandais se termine avec au moins 20 cl de cafĂ©-filtre. Le cafĂ© portugais, c’est dans une tasse Ă  cafĂ© pour Mickey Mouse ! »

Pasi et Rita vont se marier l’annĂ©e prochaine. Bien malin qui pourra dire quel sera le menu…

Un territoire sans routes

arctique, Norvege, toundra, frontière, Russie, voyage 0 commentaire »
11 sept 2009

 © A. Ipatovtsev

Bienvenue dans la toundra. Nous sommes au milieu de la pĂ©ninsule de Kola, bien au delĂ  du cercle polaire, au bord de l’un des dizaines de milliers de lacs, parsemĂ©s entre les collines. Le vent souffle très fort ! Pas une trace de prĂ©sence humaine. Les Samis, les Ă©leveurs de rennes nomades, sont invisibles. Seul un cercle de pierres - pour les rituels chamaniques, sans doute - nous rappelle qu’ils ne sont pas très loin. Ici, l’hiver dure 9 mois sur 12. Pas surprenant, donc, que le moyen de transport traditionnel ici soit le traĂ®neau Ă  rennes ! Pas besoin de routes pour se dĂ©placer ! Quelques routes existent pourtant dans la toundra grâce Ă  la prĂ©sence des sĂ©dentaires venus du sud. La ville de Mourmansk est la plus grande ville arctique au monde ! 314 000 habitants ! Aujourd’hui presque tous les habitants ont leur voiture. Mais oĂą vont-ils et pourquoi ? Si l’on regarde la carte de la rĂ©gion, on voit 3 routes : une va vers le sud,  vers St.PĂ©tersbourg…  une autre - pas entièrement goudronnĂ©e - s’enfonce dans la pĂ©ninsule vers l’est…  et la troisième va vers l’ouest, n direction d’une petite ville norvĂ©gien de Kirkenes.

Agrandir le plan

Boris, comme tous les habitants de la ville connait cette route par cĹ“ur : « Tous les pĂŞcheurs sont en Norvège, tous les rĂ©parateurs de bateaux Ă©galement. Vous savez, l’âge d’or de Kirkenes fut celle des exploitations minières. Ils sont fermĂ©es aujourd’hui !  Mais il y a actuellement comme une renaissance Ă©conomique qui est due aux russes. Aujourd’hui, c’est lĂ -bas qu’ils font ce qu’ils faisaient depuis toujours ici : la pĂŞche et la rĂ©paration des bateaux ! Kirkenes prospère grâce Ă  cette proximitĂ© avec Mourmansk. Et les Ă©quipages russes font la navette entre Mourmansk et Kirkenes ! »

Il existe aujourd’hui Ă©normĂ©ment de liens commerciaux entre la Russie et la Norvège. Surtout dans l’industrie poissonnière. Beaucoup de mariages mixtes également.  Et puis, comme le rĂ©gime de visa est simplifiĂ© pour les frontaliers, ils y vont souvent faire du shopping ou faire la fĂŞte. Marina s’occupe de compagnie de bus « Gulliverus »:

« Bien sĂ»r, vous pouvez prendre l’avion pour aller  en Norvège, mais seulement Ă  Tromso. Et ceux qui vivent en CarĂ©lie ou dans la rĂ©gion d’Arkhangelsk privilĂ©gient ce type de transport. Mais les habitants de Mourmansk, de Petsamo ou Nickel, prĂ©fèrent prendre la route. Comme l’assurance obligatoire europĂ©enne,  le prix de « la carte verte » pour la voiture individuelle, a beaucoup augmentĂ©e depuis le 1er janvier 2009. A tel point que cela vous coĂ»terait beaucoup moins cher d’acheter un ticket de bus. Surtout si vous faites l’aller-retour dans la journĂ©e !  Le prix de l’assurance pour une voiture est de 35 euros, ajoutĂ© a ca le prix d’essence pour faire 250 km… le billet de bus, lui, coĂ»te seulement 22 euros ! »

En quatre heures et demie, le bus  de « Gulliverus » vous amènera Ă  l’aĂ©roport de Kirkenes, un vĂ©ritable aĂ©roport international pour les gens de la rĂ©gion. De lĂ , on peut aller Ă  Oslo… puis, dans le monde entier ! Autrement, il faut prendre un vieil avion vĂ©tuste ou faire 1500 km de route très mĂ©diocre pour aller jusqu’Ă  St.PĂ©tersbourg. Quel est l’Ă©tat de la route pour aller Ă  Kirkenes, Marina ?

« La route de Kirkenes est une 2 voies. Il y a mal de voitures donc. Mais pas de bouchons non plus ! On peut faire du 90km/h presque partout, sauf quelques kilomètres durant lesquels il faut ralentir ! La route a Ă©tĂ© refaite rĂ©cemment… plus ou moins bien d’ailleurs ! Elle est totalement goudronnĂ©e !… Et l’hiver elle est recouverte de neige. Je dirais mĂŞme qu’il est prĂ©fĂ©rable de voyager l’hiver car la neige bouche tous les trous qui apparaissent avec le mauvais temps! Ca c’est le cotĂ© russe… du cĂ´tĂ© norvĂ©gien, lĂ -bas les routes sont toujours parfaites ! »

Prenons la route avec Alexandre et Victor. Elle a presque toute les qualitĂ©s d’une route dĂ©partementale française, moyennement entretenue. Nous sommes Ă  la fin du mois d’aoĂ»t. Je leur demande si cela vaudrait la peine de revenir dans un mois pour voir la toundra sous la neige :

« Pas la peine de planifier son voyage dans le Nord  pendant l’hiver ! Si le blizzard de neige arrive, il peut vite recouvrir toute la route. Et alors, elle resterait fermĂ©e Ă  la circulation pendant un, voire deux jours ! »

Des jours durant lesquels la toundra retrouve son aspect originel et redevient un territoire sans routes…

post(e)-frontière

frontière, Finlande, Russie, UE, voyage 1 commentaire »
3 sept 2009

 © ai

L’annĂ©e 2009 est riche en commĂ©morations. Il y a 2 siècles exactement, la Russie conquiert les provinces orientales de la Suède.  Cette rĂ©gion devient un Grand-duchĂ© de Russie, et s’appelle la Finlande. Les frontières d’une entitĂ© autonome apparaissent sur les cartes. Sa frontière orientale, en CarĂ©lie,  correspond Ă  peu prĂ©s Ă  la frontière historique entre la Suède et la RĂ©publique du Novgorod russe, tracĂ© en 1323 ! Elle sĂ©pare l’orthodoxie et le protestantisme, les systèmes juridiques et mĂŞme les monnaies - la Finlande introduisant sa markka, la Russie gardant le rouble. Mais la frontière reste intĂ©rieure.

Profitant de la rĂ©volution russe de 1917, la Finlande dĂ©clara son indĂ©pendance. Les carĂ©liens se retrouvent alors entre le rĂ©gime bolchĂ©vik et le monde capitaliste. Puis, vient 1939 et le pacte germano-soviĂ©tique. Un autre anniversaire ! Selon les accords conclus il y a exactement 70 ans, la Finlande tombe dans « la zone d’intĂ©rĂŞts soviĂ©tiques ». Le 30 novembre 1939 les chars soviĂ©tiques bousculent alors les postes-frontières finlandaises. Les soviĂ©tiques venaient en Finlande pour la « libĂ©rer » du capitalisme et accueillir dans l’union fraternelle des rĂ©publiques socialistes. Seul problème : les Finlandais n’en voulaient pas ! La guerre sanglante se terminait par un traitĂ© fixant une nouvelle frontière - la Finlande perdant alors une partie de la CarĂ©lie. La tentative de profiter de l’attaque nazie contre les soviĂ©tiques pour rĂ©cupĂ©rer les territoires perdus, se solde par un Ă©chec en 1944. Et le traitĂ© de Paris - de 1947 - fixe dĂ©finitivement cette frontière dans les forets carĂ©liens, Ă  peu près, lĂ  oĂą s’arrĂŞte l’armĂ©e rouge en 1940. Jusqu’en 1989, encore un anniversaire, cette frontière sĂ©parait les 2 systèmes Ă©conomiques adverses - le capitalisme et le socialisme marxiste…. Une frontière infranchissable pour les soviĂ©tiques.

Vingt ans après, Ă  l’heure de la globalisation des Ă©changes, qu’en est-il de cette frontière si chargĂ©e historiquement ? Eh bien,a la sortie de Vyborg vous avez une agrĂ©able surprise : le poste-frontière numĂ©ro 1. Un homme en uniforme rentre dans le bus et vous demande de prĂ©senter votre passeport. De temps en temps il arrive qu’il ajoute un « s’il vous plait », mais c’est rare ! Après avoir jetĂ© un regard sur les passeports il sort, les portes se referment, et le bus repart. Les personnes naĂŻves croient que c’est ça la frontière et que vous ĂŞtes dĂ©jĂ  en Finlande. Mais pas du tout ! Surprise numĂ©ro 2 ! Au bout de quelques dizaines de kilomètres vous arrivez au poste-frontière numĂ©ro 2 ! Au bout de quelques mètres, le bus s’arrĂŞte encore un fois et tout le monde sort pour passer par un vĂ©ritable contrĂ´le des passeports dans un immeuble isolĂ©. Ensuite, on vous demande de prĂ©senter votre passeport quand vous remontez dans le bus et puis, juste devant le poteau frontalier finlandais apparait encore un homme en uniforme qui vous annonce : « Passport control ! Montrez vos passeports ! »

minibus russe a la frontière finlandaise, juillet 2009 © a la frontière russo-finlandaise

minibus russe a la frontière finlandaise, juillet 2009

Au total, cinq contrĂ´les de passeports, plusieurs murs, barbelĂ©s, cameras… En tout,  il faut compter entre une heure et demie et six heures pour passer la frontière ! L’hĂ©ritage de la guerre froide est intact. Difficile d’imaginer une frontière plus Ă©paisse ! Donc, voilĂ  une frontière qui sĂ©pare la Russie et l’Union EuropĂ©enne, un partenaire Ă©conomique principal. Les routes sont Ă©troites et les camions sont Ă©normes. Ce sont principalement des camions qui transportent des voitures d’importation depuis le port de Hanko en Finlande vers St.PĂ©tersbourg. Ils occupent toute la route.  Des kilomètres de queues, des bus, des voitures… Plus de 8 millions de personnes (!) traversent cette frontière tous les ans, mais le nombre de points de passage peut ĂŞtre comptĂ© avec les doigts d’une seule main. Beaucoup de frontaliers russes font leurs courses en Finlande - c’est souvent moins cher. Ils font vivre l’Ă©conomie des rĂ©gions frontalières finlandaises, mais ils sont toujours obligĂ©s de demander un visa pour y dĂ©penser leur argent. La crise a diminuĂ© les files de camions Ă  la frontière, mais personne ne semble se prĂ©occuper de l’après-crise : toujours pas une seule autoroute cĂ´tĂ© Russe ! Petite consolation, on annonce le premier train Ă  grande vitesse de St.PĂ©tersbourg - Helsinki pour 2010. En 3 heures on pourrait rejoindre l’aĂ©roport de Helsinki, devenue le 2eme aĂ©roport pour les pĂ©tersbourgeois. Il y a 15 ans, les entrepreneurs russes pensaient que la frontière allait devenir symbolique dans un monde uni par le marchĂ© mondial. Aujourd’hui ils, ont cessĂ© de rĂŞver ! Ils savent que cette frontière est un vĂ©ritable frein pour les Ă©changes, mais ils sont obligĂ©s d’intĂ©grer le temps d’attente pour les visas dans les consulats et les queues Ă  la frontière dans leurs emplois du temps. Il en est de mĂŞme pour les  nombreux finlandais qui font des affaires en Russie.

L’annĂ©e 2009. Une annĂ©e qui ne marquera pas la fin de l’histoire de la frontière russo-finlandaise.