
En juillet 1993, les derniers soldats canadiens quittent les deux bases canadiennes de l’OTAN Ă Baden-Wurtemberg. Derrière eux, ils laissent un aĂ©roport, un beau cadeau ! A partir de 2001, il devient l’aĂ©roport principal de la capitale, Stuttgart. Plus de 10 millions de passager Ă transporter et une seule piste d’atterrissage ! En Allemagne, il est très difficile d’obtenir un permis de construire pour une nouvelle piste, donc Stuttgart a dĂ©cidĂ© d’utiliser la piste canadienne. Le gĂ©rant de l’aĂ©roport, Manfred Young, est devant le tableau des vols :
« Nos destinations principales sont Berlin et Hambourg. Ca fait plus de 700 km pour chaque trajet. Les clients sont principalement des hommes d’affaires. Ils travaillent Ă Hambourg et ils doivent se rendre Ă Berlin pour voir le gouvernement. Un peu comme les Strasbourgeois vont Ă Paris… Autres destinations - vacances : la Turquie, la Grèce et l’Italie. »
C’est la compagnie lowcost Air Berlin qui gère les voyages d’affaires. Pour les vacances, il y a une autre compagnie lowcost avec un passĂ© très français. Elle s’appelle… Ryanair :
« Ryan Air a quittĂ© Strasbourg en septembre 2004. Avant cette date, la compagnie Ă©tait payĂ©e  pour y rester. 1,5 millions d’euros lui Ă©taient versĂ©s chaque annĂ©e par la Chambre de Commerce afin qu’elle assure  un vol Strasbourg-Londres ! Et puis Air France a intentĂ© un procès Ă Ryan Air, en accusant la compagnie de concurrence dĂ©loyale et finalement  le tribunal a interdit cette subvention ! En consĂ©quence, Ryan Air a dĂ©clarĂ© ceci : « ok, si nous n’avons plus d’argent, nous partons ! »
La compagnie s’est donc installĂ©e chez vous. Etes-vous aussi gĂ©nĂ©reux que les Alsaciens ? Combien la payez-vous ?
« Je ne paie rien ! C’est la compagnie qui doit payer pour utiliser mon aĂ©roport Elles verse Ă peu près 10 euros par passager. C’est pour cela que je n’ai pas de problèmes financiers comme c’est le cas de Strasbourg ! »
Mais pourquoi un tel mĂ©pris pour Strasbourg et un tel dĂ©sir de s’installer chez vous ?
« Autour de l’aĂ©roport de Strasbourg, vous avez 2 millions de clients potentiels. Dans ma zone de chalandise, il y en a 5 millions ! »
Pourtant vous ĂŞtes Ă 40 km l’un de l’autre seulement. Il n’y a aucune porositĂ© entre ces deux rĂ©servoirs d’usagers ?
« Si, l’annĂ©e dernière nous avons eu 17% de clients français. Mais 83% restent allemands ! Mannheim, Ludwigshafen, Heidelberg, Freiburg… les grandes villes allemandes, voilĂ Notre zone. Tout ces gens peuvent venir facilement chez nous en train ou par l’autoroute. La plupart des Français viennent en voiture. Mais il y a aussi une compagnie privĂ©e qui fait la navette entre Strasbourg et l’aĂ©roport de Baden.»
La capitale de l’Europe est obligĂ©e d’utiliser l’aĂ©roport de Baden lors des sessions du Conseil de l’Europe ou du parlement EuropĂ©en :
« Les Berlinois, par exemple, sont obligés de passer par notre aéroport. Strasbourg a essayé et a même payé pour assurer une liaison vers notre aéroport ! Mais avec un remplissage de moins de 30%, personne ne pourrait maintenir cette ligne! »
Est-ce que cela vous arrive de prendre l’avion Ă Strasbourg, Monsieur Jung ?
« Nous ne sommes pas des concurrents pour l’instant, car Strasbourg propose des destinations que nous ne faisons pas. J’ai prochainement un rendez-vous Ă Toulouse et je vais donc me rendre Ă Strasbourg, car aucune compagnie n’est moins cher qu’Air France pour un Strasbourg-Toulouse ! Air France assure des vols vers Lyon, Marseille, le Maroc,  ce sont des destinations que nous ne faisons pas. »
C’est donc « le Maroc » pour les vacanciers alsaciens… et « la Turquie » pour les allemands de Bade. La frontière entre la France et l’Allemagne reste très nette. L’aĂ©roport badois a enregistrĂ© un retour Ă la croissance en novembre et dĂ©cembre, celui de Strasbourg accuse une nouvelle chute du trafic en 2009 de 16,6 %.
Et Air France? Eh bien, la compagnie a abandonnĂ© en octobre dernier la ligne Strasbourg-Londres pour laquelle elle s’Ă©tait si farouchement battue en 2003…




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