Les idiots et les routes
arctique, Yamal, gazprom, investissement, capitalisme, Russie, crise, financiere, prĂ©sidence 0 commentaire »11 oct 2009
Comme l’Ă©crivait NikolaĂŻ Gogol, la Russie a deux problèmes majeurs : les idiots et les routes. A en juger par le reportage de la première chaine de la tĂ©lĂ©vision russe, le problème d’infrastructure est toujours aigu. Nous sommes sur la presqu’ile de Yamal, en SibĂ©rie. Yamal est littĂ©ralement coupĂ©e du reste du monde par la toundra ! Mais voici que le PDG de Gazprom, Alexei Miller, inaugure le pont qui passe la rivière Yuribey, un point nodal du nouveau chemin de fer qui va traverser la presqu’ile pour arriver dans un port sur l’ocĂ©an arctique:
« La longueur de ce pont est de 3,9 km ! C’est le pont le plus long jamais construit au-delĂ du cercle polaire! Construit dans un dĂ©lai record de seulement 341 jours ! ».
Mais pourquoi diable le PDG de la compagnie gazière inaugure un pont ? Eh bien, parce qu’il s’agit de la SibĂ©rie. Ce n’est pas pour rien qu’on appelle Yamal la « presqu’Ă®le aux trĂ©sors »… Effectivement, si on fait le compte de tout ce que renferme le sol de cette presqu’ile sibĂ©rienne, l’endroit n’a pas beaucoup de concurrents dans le monde. Vladimir Poutine, premier ministre russe :
« Les rĂ©serves de gaz sont de 55 trillions de mètres cubes! Cela a Ă©tĂ© confirmĂ© par les explorateurs et les documents. Le gaz qu’on va extraire ici pourra compenser l’Ă©puisement des vieux gisements gaziers et va offrir a la Russie des opportunitĂ©s supplĂ©mentaires pour les exportations. Et lĂ je ne parle pas uniquement des volumes, mais Ă©galement de l’ouverture de nouveaux marchĂ©s ! »
Mais encore faut-il extraire ce gaz de Yamal ! Ce qui est bien avec la première chaĂ®ne de la tĂ©lĂ©vision russe, c’est qu’elle nous montre qui va s’en occuper. Comme toujours, depuis 10 ans, c’est Vladimir Poutine lui-mĂŞme qui s’en chargera ! Il est venu en personne sur Yamal pour animer une confĂ©rence Ă ce sujet. Une confĂ©rence Ă laquelle ont Ă©galement participĂ© les reprĂ©sentants de 12 grandes multinationales : Shell, Mitsui, Mitsubishi, Eni…
« Faisons de Yamal une plate-forme de la coopĂ©ration internationale ! “. Tel est le mot d’ordre. Vladimir Poutine:
« Dans ce projet Yamal, il faudra Ă©tudier la question de la construction d’une usine de liquĂ©faction du gaz naturel et de toute une infrastructure portuaire correspondante - le port maritime, mais aussi des bateaux capables de naviguer dans l’ocĂ©an arctique. La construction d’une telle usine ouvrira au gaz russe de nouveaux marchĂ©s et permettra Ă la Russie de maĂ®triser des technologies innovantes qu’elle ne connaĂ®t pas Ă l’heure actuelle.»
La Russie n’a pas tellement besoin d’argent. Par contre, il lui faut des technologies modernes, c’est ce qui lui manque cruellement (avec les routes d’ailleurs). C’est pour cette raison que Vladimir Poutine invite les capitalistes des pays qui ont une bonne maĂ®trise technologique Ă investir dans Yamal. Le gaz contre la technologie. Au premier semestre 2009, la Russie a attirĂ© seulement 12 milliards de dollars d’investissements Ă©trangers. C’est 30% de moins que pour la mĂŞme pĂ©riode sur l’annĂ©e 2008, et deux fois moins qu’en 2007 ! Plus grave encore, pour la première fois depuis 3 ans, les investissements russes a l’Ă©tranger sont de 67% supĂ©rieurs aux investissements Ă©trangers en Russie! Mais l’homme qui s’occupe de tout en Russie est confiant : “Je suis sĂ»r que le pays a une chance de devenir un des centres mondiaux d’attraction des investissements. La crise ne doit pas nous Ă©loigner de ce but mais au contraire nous en rapprocher”, estime l’ex-prĂ©sident, que l’on appelle dĂ©sormais “le PDG de la corporation “Russie”.
« Nous ouvrons les portes aux investissements Ă©trangers. Leur volume croit chaque annĂ©e. Et nous en sommes ravis. Nous allons continuer Ă les soutenir. La nouvelle loi sur les investissements Ă©trangers ne les interdit pas, bien au contraire, elle créée des conditions transparentes pour les investisseurs. C’Ă©tait le principal objectif de cette loi. »
La nouvelle loi sur les investissements Ă©trangers concerne, je cite : “les activitĂ©s qui prĂ©sentent une importance stratĂ©gique pour la dĂ©fense et la sĂ©curitĂ© du pays”. La loi a Ă©tĂ© adoptĂ©e en mai 2008, juste avant le dĂ©but de la crise financière. Pour investir dans “les secteurs stratĂ©giques”, il faut dĂ©sormais avoir l’aval de l’Ă©tat. Et puisque l’Ă©tat se dirige comme une compagnie, il faut l’aval de son “PDG”. MĂŞme si a priori, cette nouvelle loi - qui complique les choses pour les investisseurs - ne concerne pas explicitement l’exploitation des ressources sur Yamal, les patrons des multinationales auront toujours besoin d’avoir des relations cordiales avec le seul vĂ©ritable PDG russe.



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