It’s the End of the world selon Harald Welzer
Effet de serre, R.E.M., Climat, livre, LEAP2020, Allemagne 1 commentaire »5 dĂ©c 2009
“It’s the End of the world as we know it (and I feel fine)”, REM, 1987 - une des chansons prĂ©fĂ©rĂ©es de Harald Welzer. Ce psychosociologue allemand est un fan du groupe post-punk amĂ©ricain. A tel point que son denier livre porte le mĂŞme titre que la chanson. Son avant-dernier livre vient d’ĂŞtre traduit et publiĂ© en France et dont le titre suggère plutĂ´t pour un album de folk-rock tendance Ă©cologiste : « Les guerres du climat ». Curieuse thĂ©matique, au premier regard, pour celui qui s’est fait connaitre surtout comme un analyste rĂ©putĂ© des phĂ©nomènes lourds du siècle passé : la transformation des hommes ordinaires en meurtriers de masse. Pourquoi ce changement de thĂ©matique, Harald Welzer ?« Après avoir Ă©tudiĂ© les exĂ©cuteurs, je voulais Ă©crire une livre thĂ©orique sur la violence, une violence de masse. Parce que c’est un sujet qu’on n’a pas suffisamment dĂ©battu au niveau thĂ©orique. Et en mĂŞme temps, il y avait des discussions sur les changements climatiques. Et je me suis posĂ© la question s’il y a une relation entre les changements environnementaux dues au rĂ©chauffement climatique et les conflits violents. »
Il y en a, sans doute…
« Notre interprĂ©tation traditionnelle du conflit inclut les facteurs ethniques, idĂ©ologiques ou les intĂ©rĂŞts Ă©conomiques. Mais si vous ajoutez une variable supplĂ©mentaire, comme les changements environnementaux, vous en avez une autre image ! Je ne dirais pas que les changements environnementaux expliquent tout, parce que dans les processus sociaux il n y a jamais une seule variable, mais cette variable Ă©tait absente dans l’analyse des comportements des groupes sociaux et des individus.»
Vous pouvez nous donner un exemple ?
« Oui. Par exemple, prenez le conflit au Darfour - que le programme environnemental des nations unies appelle « la première guerre climatique ». Dans cette rĂ©gion, vous avez un phĂ©nomène de dĂ©sertification qui se propage vers le sud de façon très rapide. Les trois quart de la population de cette rĂ©gion vivent de la terre. Et vous avez 2 groupes concurrents : les Ă©leveurs nomades et les fermiers. Pas besoin de beaucoup d’imagination pour comprendre oĂą se situe la source du conflit ! »
Effectivement…
« Un problème supplĂ©mentaire est que l’État est dĂ©faillante lĂ -bas. Pas de mĂ©canismes institutionnels pour rĂ©guler les conflits. Donc, vous avez une sorte d’ « open space » pour la violence. Et comme rĂ©sultat vous avez tout ce qu’on entend Ă travers les mĂ©dias : les groupes militaires et paramilitaires qui y opèrent et terrorisent la population. Mais la chose la plus intĂ©ressante est que la cause initiale de ces violences est le rĂ©chauffement climatique. C’est seulement ensuite que vient tout ce qu’on voit dans les mĂ©dias et ce que les gens vivent lĂ bas, Ă savoir le conflit ethnique. Mais le conflit ethnique n’est que le second facteur ! »
Beaucoup de spĂ©cialistes du conflit au Darfour ne seront sans doute pas entièrement d’accord avec votre prĂ©sentation, Harald Welzer, notamment sur la hiĂ©rarchie des Ă©lĂ©ments dĂ©clencheurs du conflit. On sent, comment dire, un peu de militantisme chez le scientifique.
« MĂŞme s’il n y a pas de rĂ©chauffement climatique aujourd’hui - et mĂŞme s’il n’y en avait pas Ă l’avenir -, je pense que nous avons suffisamment de raisons de changer notre mode de mobilitĂ©, notre façon de consommer, etc… de changer tout notre mode de vie ! Et si cela permet de rĂ©duire les effets nĂ©fastes du rĂ©chauffement, tant mieux ! Mais on peut le faire sans dĂ©règlement climatique ! »
Ah, encore ce rĂŞve Ă©ternel : changer le monde ! Le climat, finalement, n’est qu’un prĂ©texte. C’est peut ĂŞtre pour ça que vous avez titrĂ© votre denier livre « C’est la fin du monde tel qu’on l’a connu » en hommage a cette chanson cĂ©lèbre de REM ?
« Le refrain de cette chanson est absolument gĂ©nial ! « C’est la fin du monde tel qu’on l’a connu », et puis, ils chantent « et je me sens parfaitement bien ! ». On ne pense pas que le changement de nos pratiques culturelles constituera la fin du monde, mais la fin du monde tel qu’on le connait aujourd’hui ! Et on ne peut que s’en rĂ©jouir ! »



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