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Tous les billets de la catégorie Russie

Le rĂŞve spatial russe

Russie 0 commentaire »
13 mar 2010



Nous sommes le 12 avril 1961 et, dans quelques instants, Gagarine va devenir le premier homme dans l’espace et la preuve vivante  que l’Ă©conomie socialiste est plus forte que l’Ă©conomie capitaliste. Lorsque, 8 ans après, les capitalistes marchèrent sur la lune, ce fut un choc. Une blague circulait Ă  l’Ă©poque : Brejnev annonce aux cosmonautes soviĂ©tiques qu’ils vont ĂŞtre les premiers Ă  aller sur le Soleil. Et quand l’un d’eux s’inquiète de la possibilitĂ© de se faire brĂ»ler, Brejnev rĂ©pond : « Le Parti a tout prĂ©vu, vous aller voyager pendant la nuit ! »… « Actuellement, on met au point tous les systèmes techniques nĂ©cessaires Ă  cette expĂ©rience. Parallèlement on cherche des volontaires. Et nous en avons plein dĂ©jà ! Plus de 20 ! Je ne peux  pas vous dire d’oĂą ils sont… Cette expĂ©rience, je pense, sera un très bon dĂ©but pour les vols habitĂ©s vers les planètes lointaines… »

Ne vous inquiĂ©tez pas, il ne s’agit pas du Soleil. Nous sommes en 2008, l’URSS n’existe plus, le capitalisme a gagnĂ© et le Directeur de l’Agence Spatiale Russe Anatoly Perminov parle d’un projet d’expĂ©dition sur Mars, en collaboration avec les AmĂ©ricains. Dans quel Ă©tat se trouve aujourd’hui  le programme spatial de la Russie indĂ©pendante ? Voici une brève rĂ©ponse de la Radio d’Ă©tat : « En 2008, les dĂ©penses pour l’exploration spatiale s’Ă©lèveront Ă  1 milliard de dollars. Cela correspond Ă  peu près aux niveaux de dĂ©penses de l’Inde, mais moins que celles de la Chine ou de l’Union EuropĂ©enne. Et 18 fois moins que celles des Etats-Unis ! »

La journaliste de la Radio Russie Elena Philippova a assisté à la présentation du premier véritable programme spatial russe élaboré en 2006 :

« Pendant les 10 ans Ă  venir, on doit rĂ©tablir le groupement orbital russe. On devra avoir 70 appareils spatiaux. Ils vont servir pour les tĂ©lĂ©communications, la tĂ©lĂ©vision, la navigation, la mĂ©tĂ©o, la cartographie etc…. Et c’est très important, car les lancements commerciaux, domaine dans lequel la Russie est leadeur devant les Etats-Unis, sont en diminution. Mais on doit se battre pour occuper une niche - celle des services de tĂ©lĂ©communications et de sondage de la Terre pour les pays Ă©trangers. La demande mondiale est grande pour ce genre de programmes, mais la Russie manque d’appareils appropriĂ©s. »

Commerce, profit, coopĂ©ration - voici les mots clĂ©s de la nouvelle politique spatiale russe. Et puis, il faut gĂ©rer l’hĂ©ritage soviĂ©tique. La lĂ©gendaire base de lancement de BaĂŻkonour se trouve au Kazakhstan. La Russie la loue actuellement mais songe Ă  construire  sa propre base. L’ex vice premier ministre Serguei Ivanov : « En 2016  la nouvelle base de lancement  Vostochny sera prĂŞte pour les lancements des fusĂ©es de n’importe quel type. Et en 2018, nous planifions les premiers vols habitĂ©s. »

Et le rĂŞve dans tout cela ? Eh bien, en  voici un, annoncĂ© un peu avant le nouvel an. La Russie est prĂŞte Ă  sauver le monde ! Car le danger est imminent et il vient des astĂ©roĂŻdes. Anatoly Perminov : « D’ici 2029, des astĂ©roĂŻdes vont se rapprocher des trajectoires de nos appareils gĂ©ostationnaires. Et mĂŞme s’ils ne tombent pas sur terre, ils peuvent les endommager. Un seul appareil hors service  faisant partie d’un système oĂą tous les appareils sont liĂ©s, et c’est le système tout entier qui se retrouve en panne…c’est très grave, surtout dans le domaine de la dĂ©fense ! »

Pour dĂ©vier les mĂ©chants et dangereux astĂ©roĂŻdes, plusieurs solutions sont Ă  l’Ă©tude mais il est encore  trop tĂ´t pour les rendre publique, affirme Monsieur Perminov qui invite d’ores et dĂ©jĂ  les autres pays Ă  participer au financement du projet. Autrement dit, chaque rĂŞve, surtout spatial, a un prix.

Le verbe de Monsieur Onischenko

medias, Bielorussie, frontière, alimentation, humour, Georgie, video, Russie, Etats-Unis, europe 0 commentaire »
22 jan 2010


Le chef des services sanitaires de la Russie, Guennadi Onischenko est la cible favorite des humoristes. Il est prĂ©sentĂ© dans ce clip comme un superman, capable de protĂ©ger le pays de toutes les Ă©pidĂ©mies.  Pour monsieur Onishenko, celles-ci proviennent toujours de l’Ă©tranger. Le lait biĂ©lorusse est de piètre qualitĂ© et les eaux minĂ©rales de GĂ©orgie sont dangereuses pour la santĂ©. Lors des conflits avec ses voisins, c’est l’Ă©pidĂ©miologiste qui devient le chef de guerre. Mais rĂ©cemment, on ressent comme un dĂ©gel dans les relations entre la Russie et le vaste monde hostile. Ce n’est pas grave, il y aura toujours des ennemis. En voici un : le tabac.

« Voici les donnĂ©es de l’Organisation Mondiale de la SantĂ© pour l’annĂ©e 2008. L’Ă©tendue globale de l’Ă©pidĂ©mie de tabagisme reprĂ©sente 100 millions de morts au cours du XXème siècle. Pour le XXIème, elle sera responsable de plus d’un milliard de victimes !  Et voici les pertes financières liĂ©es au tabagisme… Pour les Etats-Unis : 71 milliards, L’Allemagne : 7 milliards, l’Autriche : 1 milliard. Quels sont les pays dans lesquels on fume le plus ? Malheureusement nous sommes parmi eux. C’est l’Angleterre, la France, les Etats-Unis et la Russie. Mais si l’on compte les « annĂ©es de vie active perdues » (c’est Ă  dire celles passĂ©es sous perfusion dans un lit d’hĂ´pital alors que vous pourriez vous occuper Ă  augmenter le PIB de votre pays - bon je suis un peu cynique lĂ ), ces « annĂ©es de vie perdues »  font perdre Ă  l’Allemagne 12% de son PIB, aux Etats-Unis 13,3%, et  Ă  la Russie 13, 6% ! »

Guennadi Onischenko fait le bilan de l’annĂ©e 2009  sur les ondes de la « Radio Ekho Moskvy ».

« Je crois que l’une des rĂ©alisations majeures de l’annĂ©e passĂ©e est la ratification par la Russie de la convention-cadre antitabac. Bon, vous comprenez, c’est comme les slogans du Parti Communiste pour le 1er mai… Cela n’oblige Ă  rien en rĂ©alitĂ©… Mais malgrĂ© tout, ca nous a pris 3 ans pour la signer ! On l’a signĂ©e avec les 10 autres outsiders, avec les pays très en retard dans cette lutte… tellement en retard qu’ils n’ont mĂŞme pas entendu parler de cette convention ! »

Mais pourquoi diable dans un pays oĂą l’opposition n’a presque pas voix au chapitre, le responsable sanitaire en chef n’arrive-t-il pas Ă  faire passer une loi ?

« La Russie produit aujourd’hui plus de 400 milliards de cigarettes. Cela correspond Ă  2911 cigarette par personne, du petit bĂ©bĂ© jusqu’au vieillard !

La gamme de cigarettes Ă  bas prix reprĂ©sente 40% du marchĂ©.Ca veut dire quoi ? J’ai 10 roubles que ma maman m’a donnĂ© pour acheter un dĂ©jeuner Ă  l’Ă©cole, et moi je les dĂ©pense pour des cigarettes ! Mais si le prix d’un paquet s’Ă©levait Ă  30 ou 40 roubles, je ne pourrais pas le faire. Mais malgrĂ© cet Ă©tat de fait, on n’arrive pas Ă  convaincre le Ministère des finances de fixer des barrières à la vente de cigarettes ! Parce que dans ses oreilles souffle la mafia lĂ©gale du tabac ! »

« La mafia lĂ©gale », voici une nouveautĂ© juridique russe. En l’absence d’ennemi extĂ©rieur, il y a toujours des ennemis invisibles Ă  l’intĂ©rieur du pays…

Et qu’en est-il de l’alcool ? Un russe boit 18 litres d’alcool pur par an. Qui est responsable ? Vous n’allez pas le  croire… c’est le cinĂ©ma !

« Il y a un terme : la « publicitĂ© dĂ©guisĂ©e ». Les amĂ©ricains l’ont lĂ©galement interdite! Vous ne trouverez aucun film amĂ©ricain dans lequel le hĂ©ro principal fume, bois ou dans lequel il aurait d’autres mauvaises habitudes. C’est un facteur majeur qui a une influence sur la tĂ©lĂ©vision et sur la jeunesse amĂ©ricaine ! Or, chez nous, prenez nos sĂ©ries tv - de bonnes sĂ©ries -, le personnage principal prend un verre toutes les 7 Ă  8 minutes. Je l’ai comptĂ© moi-mĂŞme ! C’est une condition imposĂ©e par la compagnie qui a sponsorisĂ© la sĂ©rie. On m’a dit, je ne sais pas si c’est vrai, que c’est une compagnie ukrainienne qui produit l’alcool. Elle a posĂ© une seule condition : les hĂ©ros principaux doivent boire ! »

Les ennemis de la santĂ© publique russe sont partout et ils sont de plus en plus difficiles Ă  dĂ©masquer. Mais la Russie a une arme de destruction massive, le verbe de Monsieur Onischenko…

Une cyberattaque contre l’Estonie. 2 ans aprés.

Moldavie, cybercriminalitĂ©, medias, banque, pirate, Estonie, Russie 0 commentaire »
16 jan 2010

 © dr

«Le Soldat de bronze » Ă  Tallinn. Symbole de l’occupation soviĂ©tique pour la majoritĂ© des estonophones, symbole de la libĂ©ration de l’occupation nazie pour les russophones et symbole de leur droit Ă  vivre en Estonie en tant que descendants des libĂ©rateurs, non en tant qu’occupants illĂ©gaux. En avril 2007, la statue fut dĂ©boulonnĂ©e et dĂ©placĂ©e du centre ville par le gouvernement vers le Cimetière des Forces de DĂ©fenses. Une nuit d’Ă©meutes s’en Ă©tait suivie. Et puis, une autre confrontation, sur le Net celle-ci. Andres Männart , entrepreneur estonien se souvient :

« A cette Ă©poque, j’Ă©tais Ă  Vienne, en Autriche. Et je ne parvenais pas Ă  me connecter au serveur de ma banque car leur site Ă©tait simplement inaccessible depuis l’Ă©tranger. Cela a durĂ© plusieurs jours. »

La banque d’Andres Männart a Ă©tĂ© la cible d’une cyberattaque. Elle n’Ă©tait pas la seule. Il en Ă©tait de mĂŞme pour l’administration de l’Etat ainsi que pour les sites des quotidiens nationaux. Les dĂ©gâts furent consĂ©quents compte-tenu du fait que l’Estonie est un pays très utilisateur d’Internet :

« Presque tous les estonien manient leur compte bancaire par Internet. Et ceci depuis plusieurs annĂ©es dĂ©jà ! Nous avons un vĂ©ritable e-administration. Nous pouvons crĂ©er et enregistrer notre entreprise par le Net. Cela prend 10 minutes ! On peut mĂŞme voter ! On a votĂ© ainsi en 2009  pour les Ă©lections europĂ©ennes… »

Pour prĂ©server cette infrastructure, il a donc fallu se dĂ©connecter du monde extĂ©rieur - c’est pour cela que Andres Männart n’arrivait plus Ă  joindre sa banque. L’attaque est venue depuis l’Ă©tranger. Mais d’oĂą prĂ©cisĂ©ment ?

« Au dĂ©but, notre ministre de la justice a pointĂ© du doigt la Russie. Il a dĂ©clarĂ© que l’une des adresses IP d’oĂą est venue l’attaque correspondait Ă  une adresse IP du Kremlin. Cela est donc restĂ©e la position estonienne officielle. Mais on ne pouvait pas vraiment  prouver que l’attaque venait de la Russie car ceux qui ont orchestrĂ© cette attaque l’ont fait de façon assez professionnelle. »

C’est-Ă -dire ?

« Il existe des programmes spĂ©ciaux qui permettent d’effectuer des envois avec plusieurs ordinateurs dans le monde. Ensuite, il suffit de lancer une commande et ces programmes se mettent Ă  envoyer des requĂŞtes Ă  des serveurs-cibles, une avalanche de requĂŞtes. RĂ©sultat : le serveur s’arrĂŞte de fonctionner. On peut faire une parallèle avec le monde « rĂ©el ». Imaginez, qu’un jour, vous receviez des milliers de lettres dans votre boite aux lettres ! Elle serait tout simplement bourrĂ©e et ne pourrait plus accueillir votre courrier ! »

Vous voulez dire que quelqu’un de l’extĂ©rieur a installĂ© un programme semblable sur l’un des ordinateurs du Kremlin en le transformant en ordinateur-zombie?

« L’attaque a Ă©tĂ© perpĂ©trĂ©e par des personnes privĂ©es, par des hackers. Mais en mĂŞme temps, c’est un secret de polichinelle que cette opĂ©ration a Ă©tĂ© initiĂ©e et financĂ©e par des gens proches du pouvoir Ă  Moscou »

Andres Männart fait ici rĂ©fĂ©rence aux rĂ©cents aveux, fait dans Financial Times, par le commissaire du mouvement nationaliste russe « Nashi » Constantin Goloskokov. Il dĂ©clare avoir organisĂ© cette attaque depuis la Transnistrie, en Moldavie. Mais il la parle d’un « acte de rĂ©sistance citoyenne » contre la politique du gouvernement estonien qu’il qualifie de « fasciste ». En mĂŞme temps, l’explication fournit par Goloskokov - 7 personnes envoyant des requĂŞtes aux sites estoniens sans faire appel aux programmes malveillants - ne tient pas debout. Et de toutes façons, il serait difficile de poursuivre juridiquement qui que se soit dans cette affaire :

« Ce genre d’attaques n’est pas traitĂ©es par les lois internationales car c’est toujours difficile de designer le coupable. MĂŞme si l’attaque vient d’un ordinateur, comment peut-on affirmer que c’est son propriĂ©taire qui en est responsable ? A partir du moment oĂą votre ordinateur est connectĂ© a Internet, il devient accessible aux autres. Comme c’est le cas actuellement pour le mien et le vĂ´tre. »

Il ne me reste qu’Ă  espĂ©rer que, durant cet entretien enregistrĂ© par Internet en utilisant la technologie estonienne « Skype », aucune arme de guerre n’a pĂ©nĂ©trĂ© nos ordinateurs.

Le pacte de Varsovie postsoviétique

AzerbaĂŻdjan, ArmĂ©nie, Asie, armĂ©e, frontière, Bielorussie, islam, Russie, URSS, Georgie, medvedev 2 commentaires »
22 nov 2009

 © ai

Après la chute de l’URSS, l’ArmĂ©e soviĂ©tique est dĂ©mantelĂ©e  et  les anciennes rĂ©publiques socialistes devenues des Ă©tats indĂ©pendants acquièrent leurs propres forces armĂ©es. Mais, jusqu’au milieu des annĂ©es 90, il reste  encore des troupes  de l’ armĂ©e soviĂ©tique stationnĂ©es en dehors des frontières  de l’ex- URSS ainsi que des bases militaires au sein mĂŞme du territoire de l’ancienne Union soviĂ©tique . Il faut gĂ©rer cet hĂ©ritage et, en 1992, six pays de l’ex-URSS signent le TraitĂ© de SĂ©curitĂ© Collective renouvelable tous les 5 ans. Certaines  anciennes rĂ©publiques soviĂ©tiques le rejoignent, d’autres le quittent, et, pendant 10 ans se pose la question de l’avenir de ce traitĂ©. Finalement, en 2002, Ă  l’occasion des rĂ©formes de la CommunautĂ© des Ă©tats indĂ©pendants, qui gère l’hĂ©ritage Ă©conomique soviĂ©tique, est créée L’Organisation du traitĂ© de sĂ©curitĂ© collective. Elle regroupe aujourd’hui la Russie, la BiĂ©lorussie, l’ArmĂ©nie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’OuzbĂ©kistan. Dans quel but ? Explication de la gouvernement kirghize:

« L’armée pakistanaise repousse les talibans vers les frontières afghanes. Là-bas les terroristes vont avoir du mal à se cacher des troupes américaines et de leur aviation.  Il est donc très probable qu’ils s’enfuient vers le Tadjikistan. Quelques milliers des terroristes armés vont traverser le pays, car il est impossible de bloquer tous les pistes situées dans les montagnes. Ça veut dire qu’il existe une menace réelle que ces terroristes se retrouvent ensuite dans le sud du Kirghizstan. »

Les kirghizes ne cesse de répéter qu’il y a 10 ans le pays a subi l’incursion des islamistes, et  que l’Armée régulière n’y était pas préparée. Résultat – les islamistes ont terrorisé le pays pendant des mois. Il  faut donc créer des forces spéciales susceptibles d’agir simultanément à partir de plusieurs pays de cette région. Et c’est fait ! En 2009 l’Organisation se dote finalement de forces armées collectives. En octobre 15000 hommes des ces Forces Collectives ont fait leur premier exercice militaire au Kazakhstan en présence de 5 présidents. Pourquoi 5 seulement et pas 7 ? Parce que l’entente entre les ex- membres de l’Union soviétique est loin d’être cordiale. Le président biélorusse Alexandre Loukachenko, par exemple, faisait la tête depuis que les russes ont introduit des mesures protectionnistes concernant les importations des produits laitiers biélorusses ! Il n’était même pas présent lors de  la signature officielle du traité instituant les Forces Collectives! Pas très amical comme geste, selon le président russe Dimitri Medvedev :

« Dans ce genre de situation il faudrait se comporter comme de vrai partenaire. Ça veut dire quoi ? le mieux aurait été  de décrocher son téléphone et passer au moins un coup de fil ! Mais tel n’a pas été le cas ! Alexandre Grigorievitch Loukachenko ne m’a pas téléphoné. Il ne m’a pas prévenu qu’il ne viendra pas ! »

On comprend l’embarras de monsieur Medvedev… Surtout que selon l’article 14 du traité instituant l’OTSC toutes les décisions doivent être prises par consensus ! Les exercices militaires en Kazakhstan sous la bannière de l’OTSC n’étaient donc pas, formellement légitimes ! Ce que ne manquent pas souligner les biélorusses. Mais il y a d’autres problèmes de fond selon le rédacteur de la radio Echo de Moscou Sergei Bountman :

« L’organisation du traité de sécurité collective se voyait un peu comme le pacte de Varsovie postsoviétique, comme un réponse à l’OTAN. Le problème de l’OTSC, comme, d’ailleurs de toute autre organisation crée par la Russie dans l’espace postsoviétique, est sa volonté de dominer les autres membres de l’organisation. La Russie pensait pouvoir  leur dicter ses propres conditions. Et cela sans aucune contre-partie . Mais les années 2000 nous ont montré que ni ces fous de géorgiens, ni ces cosaques d’ ukrainiens, ni ces mystérieux azéris ne sont prêts à se soumettre à la Russie. Tout le monde a commencé à facturer à Moscou  la solidarité militaire. »

MĂŞme des alliĂ©s comme le Kirghizstan. Ça a coutĂ© très cher d’essayer de faire partir  les amĂ©ricains de leur base aĂ©rienne kirghizes, il en est de mĂŞme pour la  rĂ©activation d’une station-radar russe : 2 milliards de dollars de crĂ©dits, 150 millions de dollars d’ aide et l’annulation de 180 millions de dollars de dettes kirghizes ! Mais mĂŞme avec des sommes astronomiques les russes n’arrivent pas pour l’instant a acheter la reconnaissance de l’indĂ©pendance de l’OssĂ©tie du Sud!Et puis, pour certains pays, l’argent n’est pas l’essentiel:

« Bien sur l’ArmĂ©nie Ă  besoin d’argent. Mais surtout elle a besoin d’une position claire de l’OTSC sur le conflit dans le Haut Karabakh.  Et Erevan a rĂ©ussi Ă  obtenir du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’Organisation des dĂ©clarations beaucoup moins consensuelles que les habituelles affirmations sur la nĂ©cessitĂ© du règlement pacifique de tout conflit. Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a rĂ©cemment dĂ©clarĂ© que quand il s’agit de la guerre, l’OTSC agit selon le principe de solidaritĂ© - l’agression contre l’un de ses membres est considĂ©rĂ©e comme une agression contre l’Alliance. ArmĂ©nie pense donc avoir reçu une rĂ©ponse claire en cas d’opĂ©ration militaire en AzerbaĂŻdjan dans la province du  Haut Karabakh.»

Mais la question se pose de savoir  si la BiĂ©lorussie ou un autres membres de cette alliance d’autocraties et dĂ©mocraties postsovietiques aura vraiment envie de faire la guerre pour les ArmĂ©niens.

Une mer morte?

eau, mer, Asie, Climat, Russie 1 commentaire »
25 oct 2009

Dans un spectaculaire documentaire de la BBC le reporter, Simon Reeve, se promène au fond de la mer… qui n’existe plus. Les carcasses des bateaux abandonnĂ©s tĂ©moignent d’une catastrophe pas vraiment naturelle. Cette mer, c’est l’Aral. Elle est partagĂ©e entre le Kazakhstan et l’OuzbĂ©kistan. A l’Ă©poque du socialisme, les Ă©conomistes dĂ©cidèrent d’intensifier  la culture locale du coton. Comment ? Rien de plus simple ! Il suffirait de dĂ©tourner quelques rivières pour irriguer les champs kolkhoziens. Sauf que les rivières, Amou-Daria et Syr-Daria alimentaient Ă©galement la mer d’Aral. RĂ©sultat : depuis les annĂ©es 60,  la mer s’est rĂ©trĂ©cie de plus de 75% !Au mois de septembre 2009, une confĂ©rence de presse a Ă©tĂ© organisĂ©e a Moscou par l’agence de presse RIAN Ă  laquelle participaient d’Ă©minents spĂ©cialistes de la mer mourante. Maxime Petrov est chercheur à l’AcadĂ©mie des sciences d’OuzbĂ©kistan :

« Sur les 12  derniers mois, la ligne cĂ´tière situĂ©e dans notre zone d’observation - en plein milieu de la partie occidentale - s’est avancĂ©e de 100 mètres ! Un endroit oĂą, avant, la mer Ă©tait assez profonde ! Et pour ce qui est de la partie orientale de la cote, on ne compte plus en mètres mais en kilomètres ! »

L’eau est donc en train de disparaitre. Et depuis 1989, il n’y plus une mer d’Aral, mais deux ! La Grande mer d’Aral devenant de plus en plus petite, elle risque de totalement disparaĂ®tre d’ici une quinzaine d’annĂ©es. Mais en reculant, l’eau laisse la place aux archĂ©ologues qui peuvent explorer le terrain :

« En tant que structure maritime, la mer d’Aral existe depuis environs 10.000 ans. Ce qui est intĂ©ressant, c’est que nous trouvons aujourd’hui les preuves qu’elle s’est dĂ©jĂ  assĂ©chĂ©e Ă  plusieurs reprises au cours de son histoire. Dans la baie de Berg, cĂ´tĂ© Kazakh, on a trouvĂ© un mausolĂ©e qui date du 13ème siècle ! On l’a appelĂ© « l’Atlantide d’Aral ». A cette Ă©poque, on a construit une mosquĂ©e et un grand cimetière. Ce qui montre que le niveau de la mer devait ĂŞtre beaucoup plus bas !Donc, il est probable qu’on ne puisse pas tout mettre sur le dos des hommes. Les cycles naturels jouent Ă©galement un rĂ´le. Mais on ne peut pas non plus nier l’effet nĂ©faste du système d’irrigation mis en place Ă  partir des annĂ©es 50.»

Selon le biologiste Philippe Sapozhnikov, les anciens fonds marins désormais asséchés ne sont pas uniquement un terrain de jeu pour les archéologues, ils sont aussi une véritable déchetterie à ciel ouvert.

« Aujourd’hui, sur le bassin oriental de la mer se trouvent des millions de tonnes de pesticides - et autres substances dangereuses - qui ont Ă©tĂ© dĂ©versĂ©s dans la mer. Le vent soulève cette poussière et la disperse sur de très grandes distances. »

Et les habitants a respirent… puis des cancers apparaissent ! Et lĂ  oĂą il reste encore de l’eau, celle-ci est devenue tellement salĂ©e que les poissons ne peuvent plus y survivre. 24 espèces ont dĂ©jĂ  disparues. Une seule fait encore de la rĂ©sistance. Mais que faire ?

Pour l’instant, on a construit un barrage et une sĂ©rie de digues pour faire remonter le niveau de l’eau et diminuer sa salinitĂ©. Mais il y a un problème : cela risque de faire disparaĂ®tre la Grande Mer d’Aral - celle du sud, du cĂ´tĂ© Ouzbek - au profit de la Petite mer d’Aral - celle situĂ©e au nord, du cĂ´tĂ© Kazakh. En effet, on a pu observer que son niveau avait augmentĂ© de 6 mètres entre 2003 et 2009.

Mais voici alors que ressurgit un autre vieux projet soviĂ©tique, celui de dĂ©tourner les rivières sibĂ©riennes vers la mer d’Aral !

Le maire de la capitale russe, Yuri Loujkov, vient de publier un  livre dans lequel il prĂ´ne le commerce de l’eau. Les russes en ont beaucoup. Alors, pourquoi ne pas le vendre Ă  ses voisins ? DĂ©tourner de l’eau pour pallier l’effet d’autres dĂ©tournements… une idĂ©e qui laisse la population moscovite très dubitative. Pourtant, certains scientifiques ne trouvent pas l’idĂ©e totalement absurde. Peter Zavialoff, chercheur russe :

« Les gens imaginent qu’on va construire un Ă©norme barrage qui va inverser le cours des eaux de toutes les rivières sibĂ©riennes ! Evidemment, c’est faux ! Pour l’instant, l’hypothèse concerne une dizaine de kilomètres cubes par an qui proviendrait du bassin d’Irtych. Cela reprĂ©sente seulement quelques pourcentages du dĂ©bit d’un fleuve comme l’Ob. C’est moins que la fluctuation naturelle ! La Russie ne va pas mĂŞme pas le ressentir. En revanche, la rĂ©gion d’Aral, elle, en ressentirait très fortement les bĂ©nĂ©fices ! »

Le documentaire de la BBC montre une femme regardant les coquillages. Elle implore Ă  la mer de revenir… et elle espère que la mer l’entendra.

Les idiots et les routes

arctique, Yamal, gazprom, investissement, capitalisme, Russie, crise, financiere, prĂ©sidence 0 commentaire »
11 oct 2009



Comme l’Ă©crivait NikolaĂŻ Gogol, la Russie a deux problèmes majeurs : les idiots et les routes. A en juger par le reportage de la première chaine de la tĂ©lĂ©vision russe, le problème d’infrastructure est toujours aigu. Nous sommes sur la presqu’ile de Yamal, en SibĂ©rie. Yamal est littĂ©ralement coupĂ©e du reste du monde par la toundra ! Mais voici que le PDG de Gazprom, Alexei Miller, inaugure le pont qui passe la rivière Yuribey, un point nodal du nouveau chemin de fer qui va traverser la presqu’ile pour arriver dans un port sur l’ocĂ©an arctique:

« La longueur de ce pont est de 3,9 km ! C’est le pont le plus long jamais construit  au-delĂ  du cercle polaire! Construit dans un dĂ©lai record de seulement 341 jours ! ».

Mais pourquoi diable le PDG de la compagnie gazière inaugure un pont ? Eh bien, parce qu’il s’agit de la SibĂ©rie. Ce n’est pas pour rien qu’on appelle Yamal la « presqu’Ă®le aux trĂ©sors »…  Effectivement, si on fait le compte de tout ce que renferme le sol de cette presqu’ile sibĂ©rienne, l’endroit n’a pas beaucoup de concurrents dans le monde. Vladimir Poutine, premier ministre russe :

« Les rĂ©serves de gaz sont de 55 trillions de mètres cubes! Cela a Ă©tĂ© confirmĂ© par les explorateurs et les documents. Le gaz qu’on va extraire ici pourra compenser l’Ă©puisement des vieux gisements gaziers et va offrir a la Russie des opportunitĂ©s supplĂ©mentaires pour les exportations. Et lĂ  je ne parle pas uniquement des volumes, mais Ă©galement de l’ouverture de nouveaux marchĂ©s ! »

Mais encore faut-il extraire ce gaz de Yamal ! Ce qui est bien avec la première chaĂ®ne de la tĂ©lĂ©vision russe, c’est qu’elle nous montre qui va s’en occuper. Comme toujours, depuis 10 ans, c’est Vladimir Poutine lui-mĂŞme qui s’en chargera ! Il est venu en personne sur Yamal pour animer une confĂ©rence Ă  ce sujet. Une confĂ©rence Ă  laquelle ont Ă©galement participĂ© les reprĂ©sentants de 12 grandes multinationales : Shell, Mitsui, Mitsubishi, Eni…

« Faisons de Yamal une plate-forme de la coopĂ©ration internationale ! “. Tel est le mot d’ordre. Vladimir Poutine:

« Dans ce projet Yamal, il faudra Ă©tudier la question de la construction d’une usine de liquĂ©faction du gaz naturel et de toute une infrastructure portuaire correspondante - le port maritime, mais aussi des bateaux capables de naviguer dans l’ocĂ©an arctique. La construction d’une telle usine ouvrira au gaz russe de nouveaux marchĂ©s et permettra Ă  la Russie de maĂ®triser des technologies innovantes qu’elle ne connaĂ®t pas Ă  l’heure actuelle.»

La Russie n’a pas tellement besoin d’argent. Par contre, il lui faut des technologies modernes, c’est ce qui lui manque cruellement (avec les routes d’ailleurs). C’est pour cette raison que Vladimir Poutine invite les capitalistes des pays qui ont une bonne maĂ®trise technologique Ă  investir dans Yamal. Le gaz contre la technologie. Au premier semestre 2009, la Russie a attirĂ© seulement 12 milliards de dollars d’investissements Ă©trangers. C’est 30% de moins que pour la mĂŞme pĂ©riode sur l’annĂ©e 2008, et deux fois moins qu’en 2007 ! Plus grave encore, pour la première fois depuis 3 ans, les investissements russes a l’Ă©tranger sont de 67% supĂ©rieurs aux investissements Ă©trangers en Russie! Mais l’homme qui s’occupe de tout en Russie est confiant : “Je suis sĂ»r que le pays a une chance de devenir un des centres mondiaux d’attraction des investissements. La crise ne doit pas nous Ă©loigner de ce but mais au contraire nous en rapprocher”, estime l’ex-prĂ©sident, que l’on appelle dĂ©sormais  “le PDG de la corporation “Russie”.

« Nous ouvrons les portes aux investissements Ă©trangers. Leur volume croit chaque annĂ©e. Et nous en sommes ravis. Nous allons continuer Ă  les soutenir. La nouvelle loi sur les investissements Ă©trangers ne les interdit pas, bien au contraire, elle créée des conditions transparentes pour les investisseurs. C’Ă©tait le principal objectif de cette loi. »

La nouvelle loi sur les investissements Ă©trangers concerne, je cite : “les activitĂ©s qui prĂ©sentent une importance stratĂ©gique pour la dĂ©fense et la sĂ©curitĂ© du pays”. La loi a Ă©tĂ© adoptĂ©e en mai 2008, juste avant le dĂ©but de la crise financière. Pour investir dans “les secteurs stratĂ©giques”, il faut dĂ©sormais avoir l’aval de l’Ă©tat. Et puisque l’Ă©tat se dirige comme une compagnie, il faut l’aval de son “PDG”. MĂŞme si a priori, cette nouvelle loi - qui complique les choses pour les investisseurs - ne concerne pas  explicitement l’exploitation des ressources sur Yamal, les patrons des multinationales auront toujours besoin d’avoir des relations cordiales avec le seul vĂ©ritable PDG russe.

Le mariage nucléaire

Rosatom, nucleaire, Siemens, Russie, Allemagne, europe 0 commentaire »
5 oct 2009



Bien que l’endroit soit sous haute surveillance, les reporteurs allemands de la « Deutsche Welle » nous montrent le site bulgare des futurs rĂ©acteurs nuclĂ©aires. Deux fois 1000 mĂ©gawatts qui devront nourrir Ă  l’Ă©lectricitĂ© la moitiĂ© des Balkans !

Nous sommes en 2008. La demande en énergie de la région est en pleine croissance. Derrière ce projet se trouve le géant allemand Siemens qui a développé une novelle génération de centrales nucléaires en collaboration avec une compagnie russe. Les russes construisent les réacteurs, et les allemands se chargent des technologies qui en assurent la sécurité.

Burkhard Heidowitzsch, de Siemens Bulgarie,  raconte :

« Il y a 2 ans, nous avons installé cette nouvelle technologie sur 2 sites chinois. Et les 2 fonctionnent très bien. »

Tout va donc très bien. L’entente entre les russes et les allemands est cordiale. A tel point que dĂ©but mars 2009, Siemens et L’Agence fĂ©dĂ©rale de l’Ă©nergie atomique russe (Rosatom) ont  dĂ©cidĂ© de se marier ! Ils ont signĂ© un protocole d’accord pour la mise sur pied d’une co-entreprise dans le domaine du nuclĂ©aire, qui sera contrĂ´lĂ©e Ă  « 50% plus une action » par… les russes. L’ex-premier ministre russe, aujourd’hui patron de Rosatom, SergueĂŻ Kirienko : « Nous avons signĂ© un mĂ©morandum. L’objectif de la sociĂ©tĂ© mixte que nous crĂ©ons avec Siemens est de construire des centrales nuclĂ©aires dans les pays qui font le choix du nuclĂ©aire. Ces projets seront livrĂ©s clĂ©-en-main Ă  nos clients. A notre avis, cette entreprise a un bel avenir. Nous nous connaissons depuis longtemps dĂ©jĂ  et nous sommes parfaitement complĂ©mentaires ! »

Ah, comme ils vont bien ensemble nos jeunes mariĂ©s modèles ! Enfin presque « modèles » puisque le futur Ă©poux allemand n’est pas tout Ă  fait vierge ! Le groupe allemand est liĂ© par un autre contrat de mariage signĂ©, celui-ci, avec Areva le 30 janvier 2001

Or, la polygamie n’est pas envisageable ici ! En effet, le pacte des actionnaires entre Areva et Siemens contient une clause de non-concurrence ! Siemens, donc, a demandĂ© le divorce. Explications de Philippe Carli, PDG de Siemens France :

Siemens dĂ©tenait 34% d’Areva NP et restera minoritaire dans l’entreprise russo-allemande. Les raisons financières ne sont pas toujours essentielles dans la dĂ©cision de fonder une famille. La Russie poursuit sa stratĂ©gie de puissance Ă©nergĂ©tique dĂ©jĂ  mise en place son le gaz et le pĂ©trole. Le mariage avec un allemand respectable doit  lĂ©gitimer son industrie nuclĂ©aire qui souffre d’une mauvaise image. La dĂ©cision allemande, elle, est plus choquante. Apres le gazoduc Nordstream, dont l’ex-chancelier Gerhard Schroeder fut le parrain, voilĂ  qu’Angela Merkel signe l’arrĂŞt de mort de la construction europĂ©enne traditionnelle dans le domaine du nuclĂ©aire. Mais après tout, la Russie n’est-elle pas en Europe ?!

Le premier kolkhoze américain

Rytkheou, yupik, kolkhoze, USA, toundra, Russie, Etats-Unis, langues rĂ©gionales, voyage 0 commentaire »
28 sept 2009

L’ile Saint Laurent, dans le dĂ©troit de BĂ©ring. Les habitants de la 113ème plus grande ile au monde sont les yupiks - des indigènes qui vivent Ă©galement au Sud de la cĂ´te ouest de l’Alaska, et sur la pointe orientale de la Russie en Tchoukotka.


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Pendant la guerre froide l’ile abritait une station-radar de l’armĂ©e de l’air des Etats-Unis. Aujourd’hui, le site est fermĂ© mais le sol reste polluĂ©. Mais il y a eu des Ă©vènements beaucoup plus graves, comme la famine de 1880 -une grande part des quelques 4000 Yupiks vivants Ă  l’Ă©poque sur l’Ă®le a disparue.

Et puis, un autre Ă©pisode a Ă©tĂ© racontĂ© par le grand Ă©crivain de la rĂ©gion, Yuri Rytkheou - peu avant sa mort - dans son dernier ouvrage qui vient d’ĂŞtre publiĂ© en russe : « Le lexique de la route ».

Dans le village de Ounazik, coté URSS, le premier chasseur devenu communiste était un certain Ashkamakine.

« Un beau jour, il est parti rendre visite Ă  ses proches de Sivuqaq, sur l’Ile de Saint Laurent. Toute la population de cette grande ile venait d’Asie, plus prĂ©cisĂ©ment d’Ounazik. Beaucoup d’habitants d’Ounazik avaient leurs frères, sĹ“urs et neveux  sur l’Ile. On parlait la mĂŞme langue sur l’ile et sur le continent. Depuis des siècles, les habitants des deux cĂ´tĂ©s du dĂ©troit de BĂ©ring ne faisaient aucun cas des frontières politiques. Avant la guerre froide, il y avait mĂŞme un accord officiel entre les Etats-Unis et l’Urss sur la libre circulation des habitants de la rĂ©gion. »

Le premier communiste de la rĂ©gion, celui qui a Ă©tĂ© le premier Ă  bruler publiquement ses idoles chamaniques, Ă  se laver et Ă  utiliser une fourchette, n’a pas reniĂ© sa famille de l’Ile :

« Ashkamakine est resté très longtemps dans sa famille. A son retour, son humeur était excellente.

- J’ai organisĂ© un nouveau kolkhoze ! - annonça t-il en rentrant au comitĂ© local du Parti.

-Très bien ! - le secrétaire du comité local du Parti a loué les efforts du jeune activiste.

-Maintenant il suffit - Askamakine devint soudainement très pensif - enfin, il faudra lui trouver un prĂ©sident…

-Il est oĂą ce nouveau kolkhoze ?- demanda le grand chef.

-A Sivuqaq.

-Loin de chez nous ?

-Non, tout près ! Sur l’Ile de Saint Laurent.

-Où ?! - le secrétaire se leva.

-A Sivuqaq, sur l’Ile de Saint Laurent. Les habitants de l’ile ont tous de la famille ici. Et ils veulent tous ĂŞtre dans un kolkhoze, comme nous. Ils ont votĂ© la collectivisation Ă  l’unanimité !

Le secrétaire, silencieux, tira le rideau derrière lequel se cachait une carte accrochée au mur.

-Tu vois où elle est ton ile ?

-Oui. Je vois. Sur la carte elle est toute petite, mais en réalité, elle est très grande !

-Et tu sais Ă  qui appartient cette ile espèce de tĂŞte d’esquimau ??? - le secrĂ©taire commençait Ă  perdre patience - elle appartient aux Etats-Unis d’AmĂ©rique ! Tu as créée un kolkhoze aux USA. Tu sais ce qui va arriver maintenant ?

- Non ?

- Un gigantesque scandale international ! Va t-en maintenant ! Et ne raconte jamais cela à personne ! »

La dernière fois que Youri Rytkheou  rencontra le malheureux organisateur du premier kolkhoze amĂ©ricain, c’Ă©tait au milieu des annĂ©es 1970’s. Il travaillait alors dans le vestiaire d’un comitĂ© local du Parti Communiste.

L’homme se trouvait Ă  58 kilomètres de l’Ile St. Laurent, sur le continent, sĂ©parĂ© de sa famille par un rideau de fer, pas très loin du radar de l’armĂ©e de l’air des Etats-Unis.

Un territoire sans routes

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11 sept 2009

 © A. Ipatovtsev

Bienvenue dans la toundra. Nous sommes au milieu de la pĂ©ninsule de Kola, bien au delĂ  du cercle polaire, au bord de l’un des dizaines de milliers de lacs, parsemĂ©s entre les collines. Le vent souffle très fort ! Pas une trace de prĂ©sence humaine. Les Samis, les Ă©leveurs de rennes nomades, sont invisibles. Seul un cercle de pierres - pour les rituels chamaniques, sans doute - nous rappelle qu’ils ne sont pas très loin. Ici, l’hiver dure 9 mois sur 12. Pas surprenant, donc, que le moyen de transport traditionnel ici soit le traĂ®neau Ă  rennes ! Pas besoin de routes pour se dĂ©placer ! Quelques routes existent pourtant dans la toundra grâce Ă  la prĂ©sence des sĂ©dentaires venus du sud. La ville de Mourmansk est la plus grande ville arctique au monde ! 314 000 habitants ! Aujourd’hui presque tous les habitants ont leur voiture. Mais oĂą vont-ils et pourquoi ? Si l’on regarde la carte de la rĂ©gion, on voit 3 routes : une va vers le sud,  vers St.PĂ©tersbourg…  une autre - pas entièrement goudronnĂ©e - s’enfonce dans la pĂ©ninsule vers l’est…  et la troisième va vers l’ouest, n direction d’une petite ville norvĂ©gien de Kirkenes.

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Boris, comme tous les habitants de la ville connait cette route par cĹ“ur : « Tous les pĂŞcheurs sont en Norvège, tous les rĂ©parateurs de bateaux Ă©galement. Vous savez, l’âge d’or de Kirkenes fut celle des exploitations minières. Ils sont fermĂ©es aujourd’hui !  Mais il y a actuellement comme une renaissance Ă©conomique qui est due aux russes. Aujourd’hui, c’est lĂ -bas qu’ils font ce qu’ils faisaient depuis toujours ici : la pĂŞche et la rĂ©paration des bateaux ! Kirkenes prospère grâce Ă  cette proximitĂ© avec Mourmansk. Et les Ă©quipages russes font la navette entre Mourmansk et Kirkenes ! »

Il existe aujourd’hui Ă©normĂ©ment de liens commerciaux entre la Russie et la Norvège. Surtout dans l’industrie poissonnière. Beaucoup de mariages mixtes également.  Et puis, comme le rĂ©gime de visa est simplifiĂ© pour les frontaliers, ils y vont souvent faire du shopping ou faire la fĂŞte. Marina s’occupe de compagnie de bus « Gulliverus »:

« Bien sĂ»r, vous pouvez prendre l’avion pour aller  en Norvège, mais seulement Ă  Tromso. Et ceux qui vivent en CarĂ©lie ou dans la rĂ©gion d’Arkhangelsk privilĂ©gient ce type de transport. Mais les habitants de Mourmansk, de Petsamo ou Nickel, prĂ©fèrent prendre la route. Comme l’assurance obligatoire europĂ©enne,  le prix de « la carte verte » pour la voiture individuelle, a beaucoup augmentĂ©e depuis le 1er janvier 2009. A tel point que cela vous coĂ»terait beaucoup moins cher d’acheter un ticket de bus. Surtout si vous faites l’aller-retour dans la journĂ©e !  Le prix de l’assurance pour une voiture est de 35 euros, ajoutĂ© a ca le prix d’essence pour faire 250 km… le billet de bus, lui, coĂ»te seulement 22 euros ! »

En quatre heures et demie, le bus  de « Gulliverus » vous amènera Ă  l’aĂ©roport de Kirkenes, un vĂ©ritable aĂ©roport international pour les gens de la rĂ©gion. De lĂ , on peut aller Ă  Oslo… puis, dans le monde entier ! Autrement, il faut prendre un vieil avion vĂ©tuste ou faire 1500 km de route très mĂ©diocre pour aller jusqu’Ă  St.PĂ©tersbourg. Quel est l’Ă©tat de la route pour aller Ă  Kirkenes, Marina ?

« La route de Kirkenes est une 2 voies. Il y a mal de voitures donc. Mais pas de bouchons non plus ! On peut faire du 90km/h presque partout, sauf quelques kilomètres durant lesquels il faut ralentir ! La route a Ă©tĂ© refaite rĂ©cemment… plus ou moins bien d’ailleurs ! Elle est totalement goudronnĂ©e !… Et l’hiver elle est recouverte de neige. Je dirais mĂŞme qu’il est prĂ©fĂ©rable de voyager l’hiver car la neige bouche tous les trous qui apparaissent avec le mauvais temps! Ca c’est le cotĂ© russe… du cĂ´tĂ© norvĂ©gien, lĂ -bas les routes sont toujours parfaites ! »

Prenons la route avec Alexandre et Victor. Elle a presque toute les qualitĂ©s d’une route dĂ©partementale française, moyennement entretenue. Nous sommes Ă  la fin du mois d’aoĂ»t. Je leur demande si cela vaudrait la peine de revenir dans un mois pour voir la toundra sous la neige :

« Pas la peine de planifier son voyage dans le Nord  pendant l’hiver ! Si le blizzard de neige arrive, il peut vite recouvrir toute la route. Et alors, elle resterait fermĂ©e Ă  la circulation pendant un, voire deux jours ! »

Des jours durant lesquels la toundra retrouve son aspect originel et redevient un territoire sans routes…

Douze moins un

CEI, Moldavie, AzerbaĂŻdjan, ArmĂ©nie, Moscou, Georgie, saakachvili, medvedev, Ukraine, Russie, europe 0 commentaire »
7 sept 2009

 © cei

Douze chevaux et parmi eux le favori - Etalon de Bronze Cannon… Le prix est de 7 millions de roubles… Les courses pour le prix du prĂ©sident de Russie le 18 juillet Ă  l’Hippodrome central de Moscou ont rĂ©uni, en dĂ©pit du soleil et de la chaleur Ă©touffante, beaucoup de spectateurs et ont Ă©tĂ© commentĂ©es Ă  la tĂ©lĂ©vision nationale. Entre autre parce que parmi les spectateurs se trouvait le prĂ©sident  Medvedev lui-mĂŞme, mais aussi  les leaders de l’AzerbaĂŻdjan, l’ArmĂ©nie, le Kazakhstan, la Moldavie, et du Tadjikistan. Depuis plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ , les rencontres informelles des prĂ©sidents des pays faisant partie de la CEI (la CommunautĂ© des Etats IndĂ©pendants) se passent sur les lieux des courses hippiques. Cette annĂ©e, les courses ont Ă©tĂ© un peu… particulières. Tout d’abord, on ne pouvait pas parier, car le Parlement russe a adoptĂ© une loin contre les jeux de hasard. Deuxièmement, parmi les leaders de la CEI, seulement la moitie Ă©tait prĂ©sent, et enfin, pour couronner le tout, l’un des pays-membres a carrĂ©ment dĂ©clarĂ© qu’il quittait la CommunautĂ©. Il s’agit de la GĂ©orgie.

« On doit quitter la CEI. La CEI a totalement failli en tant qu’organisation internationale. C’est un… « machin postsoviĂ©tique »… qui n’a pas pu prĂ©venir la tragĂ©die. En quittant la CEI, on fait nos derniers adieux Ă  l’Union SoviĂ©tique. Ceux qui nous bombardent veulent la restaurer. Le prĂ©sident Poutine dĂ©clarait il y a 2 ans que la chute de l’URSS Ă©tait la plus grande catastrophe gĂ©opolitique du XXème siècle… Moi, je crois que ce fut un Ă©vĂ©nement heureux ! »

Vous avez peut-ĂŞtre reconnu la manière de s’exprimer du PrĂ©sident gĂ©orgien Mikheil Saakachvili. Mais il a raison, Monsieur le PrĂ©sident. La CEI a Ă©tĂ© créée le 8 dĂ©cembre 1991 par le TraitĂ© de Minsk, au moment mĂŞme de la signature d’une dĂ©claration selon laquelle l’Union soviĂ©tique Ă©tait dissoute. La CEI Ă©tait supposĂ©e faciliter l’accès Ă  l’indĂ©pendance des rĂ©publiques soviĂ©tiques et dĂ©velopper la coopĂ©ration multilatĂ©rale. Les indĂ©pendances ?… Oui, elles ont Ă©tĂ© acquises pour toutes les ex-rĂ©publiques soviĂ©tiques. En ce qui concerne la coopĂ©ration… nous y reviendrons. Une chose est sure, l’appartenance Ă  la CommunautĂ© ne garantit pas la Paix. AndrĂ© Saveliev, ex-membre du comitĂ© pour les affaires de la CEI du Parlement russe, declare Ă  Radio Liberté :

« Le retrait de la GĂ©orgie de la CEI est tout Ă  fait naturel. Apres un conflit armĂ© entre des pays-membres il y a 2 solutions : soit on dissout la communautĂ©, soit l’un des pays participant a ce conflit doit quitter les structures de la CEI. Je pense que la Russie doit se poser la question de la nĂ©cessitĂ© de l’existence de la CEI en tant qu’organisation. Une organisation qui a dĂ©montrĂ©, entre autre, son incapacitĂ© Ă  prĂ©venir les conflits entre ses pays-membres. Ce faisant, la Russie gagnerait plus qu’elle ne perdrait. Bon, il n’y aurait plus toutes ces rencontres informelles, « sans cravates », ces tables rondes, oĂą tout le monde vient mais ne dĂ©cide strictement rien… Mais en se libĂ©rant de tout ca, la Russie pourra mieux dicter ses conditions en faisant du bilatĂ©ralisme. Il ne faut pas vouloir imiter une grande communautĂ© internationale lĂ  oĂą il n’y en a pas ! »

Une agence matrimoniale Ă  l’ envers finalement… une agence qui n’arrive mĂŞme pas Ă  assurer un divorce paisible. La CEI est dĂ©pourvue de personnalitĂ© juridique internationale et face Ă  son immobilisme, certains pays issus de l’ex-URSS avaient Ă©mis des initiatives pour crĂ©er des unions plus poussĂ©es et plus dynamiques au sein de l’espace postsoviĂ©tique. L’Organisation du traitĂ© de sĂ©curitĂ© collective  et la CommunautĂ© Ă©conomique eurasiatique sont nĂ©es au sein de la CEI mais ont tendance Ă  prendre leur indĂ©pendance, mĂŞme si les liens sont encore forts. L’objectif de ces deux organisations est de reprendre le processus d’intĂ©gration Ă©conomique et politico-militaire au sein de l’espace postsoviĂ©tique. Mais l’Ukraine, la GĂ©orgie, l’AzerbaĂŻdjan et la Moldavie forment leur propre union rĂ©gionale : le GUAM. L’un de ces 4 pays vient de quitter la CEI, les autres y sont encore. Et Vladimir Zharihine, le vice-directeur de l’Institut de Pays de CEI, (eh oui, ça existe !), ne s’attend pas a de grands changements :

« Du point de vue purement juridique, il y a un frein Ă  la dĂ©sintĂ©gration, car il existe beaucoup d’accords communautaires. Si la GĂ©orgie devait  redĂ©finir les accords avec tous les pays de la CEI ( a l’exception peut-ĂŞtre de la Russie) de façon bilatĂ©ral, cela serait très compliquĂ© et  prendrait Ă©normĂ©ment de temps. C’est prĂ©cisĂ©ment pour cette raison que la GĂ©orgie se bat aujourd’hui pour que certains accords communautaires - qui n’ont pas de statut « fermé » et qui sont ouverts Ă©galement aux pays non-membres de la CEI - restent applicables pour la GĂ©orgie. »

Il ne faut pas exagĂ©rer, Monsieur le vice-directeur. Pendant les 10 premières annĂ©es de son existence, 173 accords et traitĂ©s ont Ă©tĂ© conclus. Et seuls 8 ont Ă©tĂ© mis en vigueur sur l’ensemble du territoire de la CEI ! Les rapports bilatĂ©raux, trilatĂ©raux et quadrilatĂ©raux dans le cadre de la CEI restent les formes les plus sures de coopĂ©ration. La CEI est morte, vive la CEI, rĂ©sume AndrĂ© Ermolaeff, expert politique ukrainien, un pays qui ne s’entend pas très bien avec la Russie non plus…

« De toute Ă©vidence, l’idĂ©e la plus productive pour l’avenir est celle de la reforme de la CEI. C’est Ă©vident maintenant que la CommunautĂ© n’arrive pas Ă  jouer le rĂ´le d’une vĂ©ritable organisation rĂ©gionale. La CEI n’est pas devenue l’Union EuropĂ©enne bis. Mais il existe un mĂ©canisme de dialogue, des contacts interparlementaires, des mĂ©canismes des consultations… D’ailleurs, ces d’interprĂ©tations de son rĂ´le sont Ă  la base de la nouvelle « Conception officielle du dĂ©veloppement de la CEI » qui date de 2007. Et le dĂ©veloppement de ce type de format consultatif peut ĂŞtre très productif. Donc, je pense que la CEI peut se transformer en une AssemblĂ©e interĂ©tatique permanente, et non en une organisation rĂ©gionale. En tant qu’organisation, la CEI n’a pas fonctionnĂ©,… mais la dissoudre Ă  cause d’un conflit entre l’Ukraine et la Russie n’est pas une idĂ©e très productive »

Pas de grand bouleversement donc ? Si, le jour-mĂŞme de la rencontre historique sur l’hippodrome moscovite, le prĂ©sident Medvedev a signĂ© un dĂ©cret autorisant les paris pendant les courses hippiques. Raison de plus de maintenir les courses et les rencontres « sans cravates »… !