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Tous les billets de la catégorie Serbie

Au-delĂ  du mur

Croatie, MacĂ©doine, Yougoslavie, Kosovo, Bosnie, Slovaquie, Serbie, Montenegro 0 commentaire »
19 mar 2010


beograd © ai

« Belgrade est l’une des trois villes les plus anciennes d’Europe, mais vous ne verrez pas beaucoup d’immeubles anciens. Pourquoi ? La raison principale est qu’au cours de son histoire Belgrade a Ă©tĂ© bombardĂ©e et dĂ©truite plus de 40 fois. A peu près 6 millions de personnes sont mortes en essayant de conquĂ©rir ou dĂ©fendre Belgrade. Rien qu’au cours du XXème siècle, Belgrade a Ă©tĂ© bombardĂ©e et dĂ©truite 4 fois… »

En ce moment le bus dans lequel je me trouve passe devant l’immeuble dĂ©truit, c’est vrai, par le dernier bombardement en date, une frappe chirurgicale de l’OTAN en 1999. L’excursion fait partie du colloque, organisĂ© par « le laboratoire de pensĂ©e » Notre Europe et intitulĂ© «Au-delĂ  du mur». Les 20 annĂ©es qui ont suivi la chute du mur de Berlin furent pour les populations yougoslaves le temps de la dislocation dans le fer et le sang.  Dans les commentaires du guide touristique on sent un mĂ©lange de fiertĂ© nationale serbe, d’humiliation, et un peu de nostalgie pour feue la Yougoslavie. Le lieu du colloque est hautement symbolique - l’ancien siège du gouvernement fĂ©dĂ©ral,  qui n’est plus aujourd’hui qu’un simple Palais Serbie. L’un des intervenants, le correspondent local de « The Economist », Tim Judah a eu le temps de se promener aux alentours :

« Quand on sort de cet immeuble, on trouve un nouveau centre commercial, c’est Ă  gauche en sortant. A l’intĂ©rieur, il  y a un grand supermarchĂ© croate, « Idea » qui fait partie de la chaine « Konzum ». Et puis, plus loin, de l’autre cotĂ©, il y en  a un autre, « Mercator », qui est lui slovène, et il y a aussi le magasin « Merkur », slovène Ă©galement… »

Tim Judah nous montre la presse, qu’il vient d’acheter dans un kiosque :

«Regardez l’un de ces journaux. Prenez « Danas » par exemple. Regardez, comment les prix sont indiquĂ©s : en dinars serbes, en dinars macĂ©doniens… regardez, d’un cĂ´tĂ© on indique 0,5 euros, et de l’autre 5 kuna croate. Pourquoi est-ce ainsi ? »

Peut-ĂŞtre par ce que l’ex-Yougoslavie est encore prĂ©sente dans l’esprit des gens ? Voici ce qu’en pense l’Ă©crivaine Vesna Goldsworthy :

« Vous savez, c’est comme pour ces vĂ©tĂ©rans de la Première guerre mondiale qui ressentent le phĂ©nomène du membre fantĂ´me. Ils ont toujours mal au bras, mĂŞme si celui-ci a Ă©tĂ© amputĂ©. Quand je regarde la carte je vois tout de suite la Yougoslavie. Toutes les rĂ©publiques se rĂ©unissent dans ma tĂŞte. Et culturellement je me sens Ă  la maison partout dans l’ex-Yougoslavie. On comprend la langue, on connaĂ®t la musique, on n’est pas dĂ©paysĂ©. »

Et selon Tim Judah les entrepreneurs de l’ex-Yougoslavie sont en train de reconstruire une vĂ©ritable zone Ă©conomique sur la base des anciens pays et rĂ©gions qui composaient la Yougoslavie. Il l’appelle la « yougosphère ». Les bureaux de statistiques commencent Ă  reflĂ©ter cette nouvelle rĂ©alité :

« La grande et grandissante partie des Ă©changes commerciaux est faite Ă  l’intĂ©rieur de cette macro-rĂ©gion qui est en train de se recrĂ©er. La Croatie avec 17,2% et la Serbie avec 14%.  Occupent la  première et la deuxième place en ce qui concerne les exportations vers la Bosnie. Et, concernant les importations, ses principaux partenaires sont : la Croatie, 17,1% ; la Serbie qui  occupe la troisième place avec 10,6%, juste après l’Allemagne. Pour la MacĂ©doine, les exportations sont dirigĂ©es vers la Serbie,  soit 23,5%, et le MontĂ©nĂ©gro, 28,3%. Les macĂ©doniens importent autant de la Serbie,  soit  29%. Et la plus grande partie des Ă©changes du Kosovo se fait avec ces pays ou passe par ces pays. Bien sĂ»r il faut prendre les chiffres kosovars avec les prĂ©cautions, mais selon les statistiques de juin 2009 11,1% de leurs importation sont venus de Serbie et 15,2% de MacĂ©doine. »

Le train Sarajevo-Belgrade fonctionne Ă  nouveau, après 18 ans d’interruption…Tout va bien donc ? Et vers oĂą se dirige cet ensemble rĂ©gional ?

« Il aura sans doute, beaucoup de hauts et de bas  sur ce long chemin qui mène Ă  une Ă©ventuelle intĂ©gration europĂ©enne. Mais, probablement, en cours de route certaines de ces relations « ad hoc » entre les gouvernements et les Ă©tats vont prendre une forme plus au moins institutionnalisĂ©e. La « Yougosphere » peut se transformer en quelque chose que les autres rĂ©gions d’Europe ont connu avant l’union europĂ©enne. Par exemple le Conseil nordique, ou le Benelux. »

Les frontières linguistiques en Europe

parlement, frontière, Serbie, Grece, France, Allemagne, langues rĂ©gionales, minoritĂ©s, europe 3 commentaires »
27 déc 2009

 © ai

Nous sommes au  Conseil de l’Europe, Ă  Strasbourg, oĂą se tient la rĂ©union du Congrès des pouvoirs locaux et rĂ©gionaux. A en juger par les casques sur les tĂŞtes des dĂ©lĂ©guĂ©s, la majoritĂ© n’arrive pas Ă  comprendre la langue de l’orateur, le Maire de Kragujevac. Au Conseil de l’Europe, la plus ancienne institution europĂ©enne qui rĂ©unit aujourd’hui 47 Ă©tats du continent, on entend toutes les langues du continent ! Donc pour travailler ensemble, il faut des interprètes. En tout, il y a 12 cabines d’interprètes autour de l’hĂ©micycle. Certaines sont vides. Dans la cabine grecque, je retrouve Marie-NoĂ«lle Batut qui coordonne le travail des traducteurs.
Le jour du Congrès, les grecs, effectivement, ont amenĂ© leur propre traducteur. Car les grecs, tout comme les serbes, veulent absolument s’exprimer dans la langue de leur pays !
Pour certaines langues, surtout les langues rĂ©gionales, il est presque impossible de trouver un interprète! Marie-NoĂ«lle prie pour que, Ă  l’occasion d’une prochaine reunion, les bretons ne demandent pas interprète du gaĂ©lique !

Comment organiser la cohabitation entre les langues « majoritaires » et « minoritaires » sur notre continent ? Le Conseil de l’Europe a Ă©laborĂ© une convention destinĂ©e Ă  protĂ©ger les langues minoritaires : « la Charte europĂ©enne des langues rĂ©gionales ou minoritaires » dont Alexey Kozhemyakov est le chef du secrĂ©tariat :

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Et comment procèdent les états signataires ?

ai

La Charte ne défend pas directement les personnes physiques, mais elle crée des obligations pour les états. La Charte est-elle réellement contraignante pour les signataires ?

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24 des 47 pays ont dĂ©jĂ  ratifiĂ© la Charte qui a fĂŞtĂ© ses 10 ans en 2008. Elle est devenue l’un des documents essentiels pour le Conseil de l’Europe. Un Conseil qui constitue l’incarnation mĂŞme de l’Europe, de ses valeurs. Mais elle cible uniquement les langues faisant partie de « l’hĂ©ritage culturel » de chaque pays membre. Une notion pas très prĂ©cise. Est-ce que la langue turque fait  partie de l’hĂ©ritage allemand, comme, par exemple, la langue Romani ?

ai

Et combien de langues y a-t-il, au total, à défendre en Europe ?

ai

L’Allemagne a ratifiĂ© la Convention et la Charte. La France, toujours pas…