Le 23 juin 1999, le journal « Le Monde » parlait « d’un nuage qui s’Ă©tend sur une surface Ă©quivalente Ă celle des États-Unis, avec une Ă©paisseur variant entre 2 et 3 kilomètres ». Mais d’oĂą vient-il ? J’ai interrogĂ© Ă ce sujet Henning Rodhe, directeur de l’Institut MĂ©tĂ©orologique International a Stockholm:
« Le phĂ©nomène est plus vieux que cela. Il s’est dĂ©veloppĂ© au cours des 7 dernières dĂ©cennies. Mais c’est seulement Ă la fin des annĂ©es 90 que le phĂ©nomène a Ă©tĂ© dĂ©crit et analysĂ©. Pourtant, bien avant dĂ©jĂ , tout ceux qui prenaient l’avion pour l’Asie du Sud, l’Inde ou la Chine pouvaient l’observer ! Mais les scientifiques ne s’y sont jamais intĂ©ressĂ©s vraiment. Les aĂ©rosols atmosphĂ©riques Ă©taient alors Ă©tudiĂ©s dans les pays industrialisĂ©s mais pas en Asie oĂą le nuage est le plus dense. »
Puis on a publiĂ© des photos impressionnantes de ce nuage. Et on a commencĂ© Ă parler de victimes. 2 millions de personnes seraient mortes chaque annĂ©es selon un rapport publiĂ© en 2002. Vous ĂŞtes d’accord avec ces chiffres Professeur ?
« Bon, 2 million de victimes c’est un peu trop ! Nos estimations donnent plutĂ´t un chiffre entre 500.000 et 1 million de personnes par an. Mais la plupart de ces victimes Ă©tait, en fait, des victimes de la pollution domestique. Il faut comprendre que les polluants formant le nuage brun proviennent des Ă©missions qui partent depuis le sol. »
Sait-on de quoi ce nuage est fait exactement ?
« Tout le monde est d’accord, aujourd’hui, pour dire que Ă peu près la moitiĂ© de la pollution en Asie de Sud trouve son origine dans la combustion de matière carbonĂ©e fossiles (les voitures, l’industrie, etc.). Et l’autre moitiĂ© vient de la combustion de la biomasse : dans les campagnes, Ă la maison dans les « feux ouverts », lors des incendies de forets, etc. »
Peut-on réduire ces émissions ?
« Si vous voulez rĂ©duire le nombre de feux ouverts dans les villages indiens, vous devrez trouver une solution de remplacement. Soit il faut introduire une nouvelle technologie pour permettre une combustion de la biomasse Ă une tempĂ©rature plus Ă©levĂ©e, soit alimenter les habitations en mĂ©thane, soit introduire des fours solaires…Mais ce n’est pas aussi facile que pour l’industrie oĂą vous pouvez vous concentrer sur quelques gros pollueurs et leur mettre la pression ! Ici, on parle d’un vĂ©ritable changement culturel et technologique au niveau local dans tout un pays ! »
Donc, ce n’est pas pour demain ! On estime que le nuage brun a un effet sur la circulation des moussons et la frĂ©quence des pluies en Inde et dans toute la rĂ©gion.Depuis 25 ou 30 ans, il y a 20% de pluies en moins dans le Nord du pays! Et qui dit moins de pluie… dit aussi moins de riz !
Et l’effet de serre, Professeur Rodhe, on imagine que le nuage y contribue grandement…
« Le nuage brun n’est pas uniquement constituĂ© de suie, il contient Ă©galement des sulfates et d’autres particules. Les particules de suie absorbent la lumière et contribuent donc Ă l’effet de serre. A l’inverse, les sulfates et les autres particules le freinent ! Ils refroidissent le climat et nous protègent de l’effet de serre ! Donc, c’est compliquĂ©… »
Oui, c’est compliquĂ©. Ă€ certains endroits, ces nuages bruns pourraient rĂ©duire l’impact des changements climatiques de 20 Ă 80 % !




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