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Les blogs, les Anglais et le diamant

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Revoilà le futur du journalisme. Pendant qu’en France, les Etats généraux de la presse écrite se dirigent vers la rédaction d’un “livre vert” contenant une série de recommandations spécifiques (débat public des EGPE aujourd’hui à la Maison de la Radio, au passage - - n’y serai point car n’y suis point), la BBC organisait la semaine dernière en une conférence sur le futur du journalisme. Paul Bradshaw, journaliste britannique, consultant et enseignant, en cause sur le Online journalism blog, qu’il coanime.

Dans le rapport de sa participation au débat, il raconte que son intervention sur le “Diamant de l’information“, sorte de nouvel âge de la “pyramide inversée“, manière de modéliser l’équilibre entre approfondissement et réactivité en ligne, a été plutôt bien reçue.

Il relate aussi les “7 règles d’or” que se donne la BBC dans sa production de blogs professionnels : “avoir un seul auteur par blog, être authentique, répondre aux commentaires, être impartial, respecter les règles de la blogosphère, ne pas attendre que les blogs fassent tout, et soutenir les blogs maison”. L’idée, pour la BBC, semble être la suivante : les blogs sont là pour responsabiliser et rendre transparents ses chaînes et ses collaborateurs. Une histoire de confiance entre l’émetteur et le récepteur…

Et en même temps, cela pose la question du “blog corporate”. Qui s’exprime ? D’autant que Paul Bradshaw relève une méfiance tenace de la hiérarchie de la BBC à l’égard de ce média, où l’on trouve à leurs yeux encore essentiellement de la simple “opinion” (pour un Britannique, horreur, l’opinion doit être séparée de l’info) et, pire, des rumeurs…

Je voulais aussi relayer le débat autour du “journalisme twitter”, illustré par les événements de Bombay. Je vous renvoie pour ça au blog d’Alain Joannès. Je voulais parler de la plateforme naissante des Aaaliens. La voilà. Et mettre en relation le podcast radio et la vieille théorie des “arts-relais” de Pierre Schaeffer. Ce dernier point fera l’objet de mon prochain post ici-même.

Le clip qui fait peur

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Nadine Morano l’avait dit peu de temps après avoir pris ses marques au secrétariat d’Etat à la famille : l’internet, c’est le danger dans la maison. Après avoir publié une plaquette avec Xavier Darcos sur le sujet en septembre, elle présente cette fois un petit film dont le but est de sensibiliser enfants, adultes et tous les utilisateurs innocents et naïfs du réseau. Il sera diffusé à la télé au moment de la période de Noël, entre les pubs pour les téléphones mobiles, et celles pour les consoles de jeu. Le voici ci-dessous.

Paraît-il qu’il aurait déjà reçu des prix. Parmi lesquels, sans doute, celui du clip le plus anxiogène. Après avoir lu ce post, vous êtes prié de quitter ce site, couper votre accès web, jeter votre unité centrale, brûler votre écran, écraser votre mobile, manger vos cartes sim. Et d’exiger la carte d’identité à l’entrée de votre immeuble.

Au passage, on a l’impression d’une pub américaine, doublée en Français (non ?).  

Si vous trouvez mon Ipod, merci d’écrire à France Culture, qui transmettra

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J’ai perdu mon Ipod. Quelque part, dans le train ou dans une salle de cinéma de Pessac (1). On se méfie des virus, on se méfie des malwares, des cookies, des intrusions de toute sorte dans son système, on se barde de pare-feux. Mais rien ne vaut la bonne vieille faille humaine, la poche ouverte au mauvais moment, le manteau qui glisse. Expression vestimentaire du social engineering. 

Mes deux derniers souvenirs ipodesques sont les suivants (sans nostalgie, parce qu’il faut pas non plus hein bon). Il s’agit d’abord du long et douloureux processus par lequel il faut passer pour changer de poste de référence pour l’Ipod, sans effacer ce qui a déjà été téléchargé depuis des mois. Oh le bel exercice. Oh le beau cas d’école pour expliquer la différence entre système libre et système propriétaire. Car la souplesse n’est pas la caractéristique de l’Ipod (litote). Il faut jongler entre les fichiers, downloader, uploader, tenter sa chance, faire des hypothèses, prendre des risques, aller faire un tour sur les forums de vos frères ipodeurs à la dérive… Bref, sortir des automatismes Itunes/ Ipod est fortement déconseillé par Itunes/ Ipod.

L’autre souvenir, c’est celui d’une réécoute. L’ai-je déjà écrit ici ? Je milite pour l’idée suivante : la cinéphilie est née de la possibilité pour le grand public de voir et revoir des oeuvres fugitives. A savoir des films, d’abord en salle de cinéma, puis en VHS, puis en DVD. Chaque support renforçant la souplesse de la re-vision. Dans la même logique, le podcast permet l’écoute et la réécoute de masse d’émissions fugitives… De là (re)naîtra la radiophilie.

Bref. Le second souvenir de cet Ipod et de ce qu’il contenait est donc celui d’une réécoute : un épisode de la “grande traversée” Truffaut, diffusée cet été sur France Culture, signée Serge Toubiana et Manoushak Fashahi. Précisément, une archive des Après-midis de France Culture (circa 1975), trouvée par MF. On y entend un Truffaut calme, pas du tout dans l’énergie nerveuse/ passionnée qu’on ressent souvent chez lui. Il est étonnament posé. Et puis il parle seul. Les questions de son interlocuteur ont été coupées, mais de telle manière qu’on les devine quand même. On ne les entend pas mais, d’une certaine manière, elles n’ont pas disparu. Etonnant, non ? Une fois de retour au direct, au studio 168, on comprend que cet entretien, signé Michel Gonzalès, a été mené dans le noir, à la demande de Truffaut. Voilà pourquoi ce ton/ son inhabituel.

Tout cela pour dire d’une part que c’est seulement l’analyse, la réécoute, la deuxième lecture qui permet de se dire tout ça. La première écoute étant celle de la surprise et du questionnement. Et d’autre part que l’innovation en radio reste simple, à portée de main. Une interview dans le noir, et l’absence de question. Rien ne très sophistiqué là-dedans. Et pourtant, ça marque. Tentons, tentons, il en restera forcément quelque chose.

(1) J’ai fait un passage éclair, trop éclair, à Pessac (33), hier. Dans le cadre du Festival international du film d’histoire, j’ai rencontré quelques élèves journalistes de l’IJBA, qui ont produit des reportages multimédias sur le thème “2008 : mémoires de la guerre”. Allez-y donc voir, c’est en ligne. Bel exercice que de savoir quel média choisir en fonction du sujet, comment articuler chaque forme d’expression (vidéo, son, texte) dans un propos global…

Braffort, comme ça

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“Adieu la maison et ses verticales/
sa toiture mauve et ses volets gris/
sa radio béante et dominicale/
Adieu la maison dont je suis parti/ (…)
Adieu cette ville où meurt ma mémoire”

Paul Braffort.

Un petit vélo dans la foule

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 © Crowdspirit

 

Les plus hypermnésiques d’entres les auditeurs de Place de la Toile se souviennent sans doute de Lionel David et de Crowdspirit. Lionel David était l’invité de l’émission que nous avons faite en direct de la MC2 de Grenoble, le 19 septembre. Le principe de cette start-up (grenobloise géographiquement, mondiale dans son principe), c’est d’externaliser la conception d’objets industriels vers la foule (électronique, forcément, uh uh). 

Au départ, la foule devait être l’initiatrice de l’objet. Douce utopie. Lionel David nous l’expliquait : le centre de décision a aujourd’hui glissé, et c’est l’entreprise qui a la main. Un coup de canif dans le participatif pur et parfait. Realpolitik, quand tu nous tiens. N’empêche que, malgré tout, Crowdspirit continue et ne mérite pas encore complètement de changer de nom. Lionel David et son équipe viennent de lancer un nouveau chantier, qui se résume en un slogan : “Imaginez le vélo urbain de demain”. 

L’opération se déroule en plusieurs étapes, avec un calendrier précis. On va voir, au final, à quoi l’effet “plateau de réflexions” du réseau va aboutir, quand il est organisé avec méthode. Déjà 22 propositions au moment où j’écris ces lignes. Il y a de l’argent à gagner, qui plus est. Je ne suis pas assez cycliste urbain pour avoir des idées ad hoc. Mais vous ?

L’histoire du canal

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Discussion entre couloir et cellule de montage : Gilles Davidas, chargé de réalisation à France Culture, me raconte une de ses dernières missions. Dominique Bromberger, fameux journaliste de France Inter, est parti au Turkmenistan pour Sur les Docks, dictature néostalinienne d’un fort beau gabarit. Démesure, interdictions en tout genre, mégalomanie despotique, oh le beau tableau. Les journalistes sont appréciés comme on l’imagine. Résultat : Dominique Bromberger n’a pu qu’exceptionnellement sortir son micro, ou de loin, ou caché.

Gilles Davidas est le réalisateur de ce documentaire. Mais problème : comment faire une émission d’une heure en ayant ce handicap de la rareté du son, mais en présence tout de même d’un témoin de premier ordre, qui plus est bon conteur et belle voix ?

De l’intérêt de connaître l’histoire de son canal. Gilles a alors ressorti de sa mémoire le nom de Stéphane Pizzella. On a beau dire, on a beau faire, plus on avance et moins il y a de gens qui ont connu Napoléon. Idem pour Pizzella, qui présentait “Les Nuits du bout du monde”, sur Paris Inter dans les années 50. Evidemment, Gilles n’a pas souvenir de Pizzella et de ses émissions, mais c’est un nom qui circule, comme celui d’un inventeur de forme, qui a popularisé le voyage radiophonique avant l’utilisation des magnétophones portatifs (”Nagra”). Il “posait” littéralement sa voix sur des musiques et des sons, pour raconter des voyages qu’il avait fait jadis… ou pas.

Reprise de l’idée et adaptation : Sur la piste de l’Ubu des steppes se retrouve être une forme originale, mélange de reportage conté, de documentaire sur le vif, d’enquête à micro caché, à voix déformée parfois pour préserver les témoins… Avec un Dominique Bromberger dont la voix nous prend par la main et par l’oreille. Toujours écoutable ici.

En creux, aussi, cette histoire est un appel à se poser toujours la question de la forme et de ses propres habitudes de fabrication et d’oreille…    

Les “open” administrations pour bientôt ?

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J’ai assisté la semaine dernière, mercredi 15 octobre, à une conférence autour des Creative Commons à La Cantine, Paris 2e. C’était en réalité le premier salon CC en France. On trouvait là entre autres Mélanie Dulong de Rosnay, Matthieu Pasquini (éditeur avec In Libro Veritas), Silvain Gire d’ARTE Radio, que je connais bien (je travaille avec lui depuis lurette !)… Et puis aussi le dynamique Michel Briand, élu à Brest et directeur de la formation de Télécom Bretagne (ex-ENST Bretagne).

Petit zoom sur son intervention. Il a tenu des propos très intéressants, et frappés au coin du bon sens, résumés dans une question : pourquoi les administrations en France n’ouvrent-elles en ligne pas leurs documents de travail, leurs archives, leurs productions ? « Les Anglais le font déjà », me disait-il avant la conférence. « On les dit plus libéraux que nous, mais ils valorisent mieux que nous les travaux de leurs services publics ». Et pourquoi ne pas les ouvrir - donc - en Creative Commons, ce qui autoriserait et encouragerait la circulation de ces productions publiques (puisqu’il s’agit bien de propriété intellectuelle et de diffusion de contenu. Explication wikipédienne ici). Voilà qui bousculerait la bonne vieille Cada, camarade de classe de bien des anciens étudiants en sciences politiques !

A l’appui de cette réflexion, il prenait l’exemple d’une ville ou d’une région qui commanderait une étude à un cabinet d’expert, l’utiliserait comme prévu, puis la mettrait « au pot commun » : en ligne, à disposition. Et en particulier à disposition d’autres villes ou d’autres régions, qui pourraient ainsi éventuellement faire l’économie de l’étude en question. Ou qui pourraient l’adapter à leur cas propre. L’idée ne doit pas faire plaisir aux consultants, mais sans aucun doute au contribuable.

Ce soir, Caroline Broué et moi avons enregistré le numéro de Place de la Toile qui sera diffusée demain, autour du plan « France numérique 2012 », présenté en début de semaine par Eric Besson, qui est précisément notre invité pendant une heure.

Un des axes de ce plan (il y en a tellement que celui-ci est resté noir sur blanc sur ma feuille, pas pu en causer !), c’est justement l’administration à l’heure du numérique. L’accès aux administrations par le réseau, interopérabilité entre les administrations, échanges en ligne… Et finalement, cela dessine quelque chose qui pourrait être le préalable à l’« administration opensource » telle qu’elle est imaginée par Michel Briand. Alors pourquoi pas un cran plus loin ?

Pour une mémoire culturelle du web

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Voilà une tribune que j’ai publiée ce jour sur le site d’information Rue89 :

« Diffuseurs et producteurs, adossés aux institutions, doivent organiser l’archivage des créations en ligne et contribuer à la transmission intellectuelle et artistique à l’heure numérique.

Les nouveaux médias ne sont ni leur propre mémoire ni leur propre archiviste. Malgré les progrès technologiques réguliers, les giga-octets qui se transforment en téra-octets, et les supports nomades qui donnent l’illusion d’avoir désormais des capacités sans limites, la production en ligne est encore dans une phase adolescente où l’accumulation simple est la règle du classement, et le stockage aléatoire celle de la conservation…

>> Lire la suite sur Rue89…

Conversation mondiale

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On connaissait la « Sono mondiale », qui faisait l’identité de Radio Nova dans ses premières années, préfigurant la world music. On se souvient du prophétique « village mondial » de MacLuhan. Ces derniers mois, c’est la « conversation mondiale » qui fait office de métaphore hypermédiatique. Le blogueur raccourcit ses discours, se retrouve sur le même pied que les commentateurs, l’anonymat fond (relativement). Et on se cause, on croise les discussions, les sujets… Tout ça via les plateformes dont on a déjà un peu parlé ici : twitter pour le microblogging, friendfeed pour les lifestreams... Et dont les utilisations - journalistiques particulièrement - sont encore à inventer. Une des dernières innovations-essais en date provient de Benoît Raphaël, qui a un créé un fil sur TumblR, autour de la crise financière. Le « canon à info » qu’il avait évoqué dans Place de la Toile en septembre trouve ici un nouveau support. Philippe Couve, dans l’idée de « journaliste leader de liens », vient de livrer ses « quotiliens » avec le même outil.

De la conversation mondiale, donc, le journaliste serait la vigie. L’homme ou la femme qui prend la balle au bond, l’analyse, la soupèse, la modifie et la relance ainsi lestée de son expertise, de sa validation. L’information, au sein de la conversation mondiale, est plus « traçable », le journaliste peut remonter à sa source facilement. Avant d’encourager à nouveau sa circulation, ou tenter (selon sa réputation - autre dimension capitale) de la freiner ou de la corriger.

J’ajoute une chose, histoire de faire semblant de justifier un peu le style jusque là très interrogatif des posts de ce blog encore balbutiant : et si le journaliste était aussi là pour poser des questions à sa « communauté », à ses lecteurs internautes ? Cerner l’info, l’actualiser, certes. Mais la faire naître en partageant une interrogation ? En ayant les mains et l’esprit consacrés à un domaine précis, un questionnement original, nouveau, hétérodoxe peut naître. Et avant d’avoir le temps de rassembler les éléments d’une réponse construite, on peut avoir envie de le partager et de mettre à contribution ses lecteurs pour obtenir des éléments de réponse, ou la validation de la question. Au-delà de la forme traditionnelle de l’enquête ou du sondage, cela peut AUSSI être le rôle du journaliste, dans cette conversation mondiale : initier l’échange.  

Je voulais ajouter quelques propos (interrogatifs, évidemment) sur l’« idéologie » du numérique. Plus le temps pour cette fois…  

A part ça, il paraît que le Web 2.0 est en train de mourir.

Glissements progressifs du moteur

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Comme Joko, Google fête son anniversaire. Dix ans déjà, et pas tellement d’innovations sur la forme du moteur de recherche… Hum. Quoique. Les glissements de fonctionnalités et de graphisme sont tellement progressifs, et nos utilisations tellement quotidiennes (pour Google comme pour d’autres), qu’on ne les voit pas toujours.

A quoi ressemblait Google en 2001 ? Et le web dont il était déjà l’une des principales portes d’entrée ? La firme de Mountain View donne la réponse avec “Google 2001“, qui s’adosse à la Wayback Machine d’archive.org. Remontée dans petite histoire du réseau grand public… (2001 et pas 1998, parce que leurs données ne leur permettaient pas de remonter plus loin - - qu’ils disent).

 © Capture d’écran