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Twentative d’épwisement d’un lieu parisien

Non classé 13 commentaires »

Pierre Ménard sur son blog “Liminaire” a déjà tout raconté, mieux que moi (merci à lui !). Mais voilà l’histoire : me rappelant l’excellent, novateur et indépassable texte de Georges Perec “Tentative d’épuisement d’un lieu parisien” (chez Christian Bourgois), je me suis dit qu’une adaptation à l’heure de twitter pourrait faire émerger une variation intéressante sur ce thème.

Perec, dans ce texte, décrit tout ce qui se passe autour de la place St Sulpice, à Paris. Bus qui passent, mouvement de foules, singularités ou banalités du moment, l’infraordinaire, le fugace. Bref, tout ce qu’on ne décrit pas quand on décrit habituellement.

http://www.decitre.fr/gi/99/9782267019599FS.gif

Je me suis installé aujourd’hui au Carrefour des Gobelins, lieu animé, entre 14h20 et 16h20. Et j’ai twitté et décrit. M’imposant la contrainte supplémentaire d’utiliser la totalité des 140 caractères impartis par le format twitter, d’où parfois une ortho-typo un peu approximative (dans les derniers tweets, réalisés sur mobile et non plus sur ordinateur pour des raisons de batterie tombée à plat, cette dernière contrainte n’a pas toujours été respectée).

L’autre intérêt était la construction de ce texte fragmenté… en live. Le suivre en train de se faire. Ce n’est plus possible, mais le texte, dans l’ordre chronologique des tweets, en donne un tout de même une idée.

  • Temps sec, ensoleillé, chaud. Carrefour des Gobelins, Paris. Nord-Sud : av. des Gobelins. Est-Ouest : bd Arago, bd St-Marcel, bd Port-Royal.

  • Quelques lettres et mots visibles : Société Générale, afer, Barclays, Matelas sommiers, Prix Choc, LCL, MJS (carton accroché à un feu)

  • Vêtements : longue jupe noire et rose, sweat shirt vert autour de la taille, ensemble d’été beige foncé, pantalon en lin blanc, gilet

  • autres vêtements : baskets brillantes, chaussures bateau marron, mocassins à talonnettes, sandales, scratch, trois bandes, coq sportif

  • Des véhicules : bus, voitures à galerie ou sans galerie, camionnettes, dépanneuse DOSTL (?) de la police nationale, scooters, motos…

  • D’autres véhicules : une Renault Espace rouge immatriculée 92, un camion frigorifique, un taxi de la G7, un utilitaire RATP, un velib

  • “Connard! Connard !”. Puis éclats de rire. Conflit entre un piéton et un automobiliste. D’ici je peux apercevoir six passages zébrés.

  • Le carrefour des Gobelins est un noeud de bus. Je vois le 83 qui va direction Porte D’Ivry. Le 91 vers Montparnasse 2 gare TGV. Le 47.

  • Depuis le début, un utilitaire de la police n’a pas bougé, garé au coin du bd Arago et de l’av des Gobelins, face à un distribanque…

  • Le bus 27 passe. Et le 91 se détourne vers l’av des Gobelins plutôt que le bd St Marcel. Effervescence des passagers à l’intérieur…

  • Une cliente du Canon des Gobelins lit un livre intitulé: “Discover the essence of France”. Elle boit une bière, fume, et parle Anglais

  • Une cliente prend une chaise pour la mettre à sa table. Ce qui contrarie un client âgé. Alors que ce n’est ni sa table ni sa chaise…

  • Deux policiers se placent au milieu de carrefour. Flottement. Une voiture s’y met aussi. Coups de sifflets nombreux.Simple régulation?

  • Une voiture banalisée traverse. Le carrefour est bloqué avec des plots. Un convoi passe. Le camion de tout à l’heure en fait partie…

  • Une cliente questionne le garçon du café, qui affirme avec ironie : “C’est à cause d’une manif’ du MLF”. La cliente reste dubitative.

  • Phrases ouïes: “Avant on payait pas avant”, “J’ai 70 ans, j’assume”, “Non non là c’est moi”, “N’allez pas aux toilettes tous ensemble”

  • Je reconnais qqun avec qui j’ai travaillé il y a 11 ans au Nouvel Observateur, qui s’occupait des ventes et s’appelle Paule, je crois.

  • Je ferme les yeux. Les moteurs se sont calmés qq minutes. J’entends mieux les voix des gens. Et le cliquetis d’un vélo en roue libre..

  • Le vent s’est levé, un peu. Le soleil qui frappait, frappe moins fort. Odeur de cigare sur cette terrasse ouverte, chose devenue rare.

  • Un drapeau MJS (Mouvement des jeunes socialistes) fait son apparition, à l’entrée du bd Port Royal. Une petite troupe le suit. Manif ?

  • Un camion de pompier marqué “Premier secours” arrive du bd du Port Royal et prend l’avenue des Gobelins, vite mais pas trop. Sirènes.

  • Couleurs. Moins éclatantes qu’il y a 1h. Beaucoup de vert, celui des marronniers et des platanes du bd Arago. Gris : bitume, vêtements

  • Flottement. Calme avant un événement. Lequel ? Pas suivi l’actu du quartier. La police demande à 2 mobylettes de quitter le carrefour

  • Les “médias” sont là : un camion siglé France Inter, pour du reportage en direct. Un preneur de son de télévision, un JRI (caméraman).

  • Etonnant : le carrefour des Gobelins totalement bloqué. Plus un bus, plus une voiture, plus un moteur. Une moto est rappelée à l’ordre

  • une dame vient faire la bise à l’homme au cigare et discuter. Elle dit : “Elle a pas l’air d’avoir inventé le fil à couper le beurre”.

  • voilà : la manifestation attendue arrive sur le carrefour. Depuis le bd St Marcel, direction Port Royal. Les sonos prennent l’espace..

  • “En tout cas, c’est une belle balade dans Paris, sous le soleil”, dit l’animateur du cortège CFDT. Des battucada arrivent avec la CGT.

  • Slogans entendus : “Sarkozy si tu savais tes heures sup où on s’les met” // “Si t’es pour le mouvement social frappe dans tes mains”//

  • CFDT CGT CFE-CGC Sud Solidaires CGT Métallurgie Sud Territoriaux Soldiaires Justices Intersyndicale FNAC Solidaires retraités Unsa…

  • Razzy Hammadi, sec. national du PS aux services publics, est assis à une table voisine. Ballon CGT Ile de France passe en arrière-plan

  • l’essentiel du cortège est passé. Un air d’accordéon est dans le fond de l’air. Soleil est revenu. Le lunettes de soleil apparaissent.

  • Un petit garçon chante à tue-tête : « On a gagné les doigts dans le nez ! On a gagné les doigts dans le nez ! ». Ad lib…

  • un vélib passe dans le sens inverse du cortège et part vers la place d’Italie. Razzy Hammadi a quitté le Canon des Gobelins.

  • Des poussettes. Un sirop d’orgeat. On a gagné les doigts dans le nez. Une jupe à fleurs. Mélange de sonos. Une fumée de cigarette.

  • un amputé d’une jambe. Des rayban. Des ecouteurs dans des oreilles. Une grande menthe à l’eau. Il y en a marre de ces actionnaires.

  • du soleil. Il est 16h20, samedi 13 juin 2009. Fin de la Twentative d’épwisement d’un lieu parisien.

[Complément 1h10 : la totalité des échanges sur twitter autour de l’opération : http://tinyurl.com/twentative]

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Page Twitter de @thbaumg

 

 

Podcast 1930

Histoire, Son 1 commentaire »

Tout est dans tout, et inversement. Et depuis longtemps, surtout. L’essaimage des contenus, la fragmentation de la diffusion… Voilà des idées qui reviennent de temps en temps dans les lignes du présent blog.
Mais ça ne date pas d’hier. Le flux des programmes hertziens est une illusion de flux. En matière de broadcast radiophonique plus encore qu’ailleurs.
Le métier de la radio c’est intrinsèquement de découper. Monter un reportage, c’est découper. Calibrer un documentaire, c’est découper. Faire d’une fiction une série, c’est découper.

Mieux, la radio a inventé le principe du programme à la carte. Ca s’appelle la syndication. Pareil que le dernier S de RSS : Real Simple Syndication. Mais depuis des lustres.
La syndication, c’est le principe de faire diffuser ses programmes à l’unité, par décrochage ou reprise.
Les Etats-Unis ont une grande pratique de la chose, les radios locales faisant partie de grands réseaux, de grands “networks”, auxquels elles se raccrochent entre deux moments de programmes natifs, locaux.
La France a moins cette tradition, mais le réseau France Bleu, à Radio France, est un exemple de syndication. Les banques de programmes musicaux produits par Radio France, aussi. Et FIP pratique aussi la syndication, puisqu’une FIP locale peut “décrocher” sur FIP nationale - - de manière indolore pour l’auditeur.

Or donc voilà : il n’est plus question de se dire que la radio va pouvoir s’adapter aux modes de diffusion fragmentée. Elle EST déjà un mode de diffusion fragmenté. Elle a inventé la fragmentation de la diffusion.

NPR, Radio France : politique digitale d’une radio publique, suite…

Son, Technologie 0 commentaire »

Un tweet signé Frédéric Filloux a attiré mon attention ce matin : “Pourquoi Radio France devrait s’inspirer de la stratégie numérique de National Public Radio”.

Un clic m’emmène vers son site MondayNote, où il compare le cas de la radio publique américaine NPR et celui de Radio France. Il évoque les spécificités d’organisation de la radio publique en France et surtout les enjeux politiques qui l’entourent, qui freinent, selon lui, l’adoption d’une vraie politique “digitale”.

Radio France devrait, à ses yeux, rassembler les qualités de NPR aujourd’hui : être “independent, content-rich, mass market, local.”

>>> Lisez la totalité de cette synthèse sur MondayNote…

Réception faible

Technologie, Journalisme 2 commentaires »

Hypothèse/ synthèse d’un soir, lancée au hasard de twitter, qui a déclenché un petit échange avec François Bon il y a quelque temps.

Voilà le constat de départ : sur twitter, je suis un “follower” de Ellen DeGeneres*. Ou plus exactement du fil twitter du Ellen DeGeneres Show. Pourquoi, comment ? Je ne sais plus. Je n’ai, je crois, jamais vu cette émission, et pas plus depuis que je suis ce fil. Pourtant, je reste abonné. Elle y envoie, ou fait envoyer, quelques blagues, teasing d’émissions à venir… Cette existence sur twitter, ce n’est pas le show mais c’est l’émission quand même.

Plaçons-nous alors du côté du “récepteur”, internaute-télespectateur. Il ne regarde pas le “show”, mais il connaît une réception de la production de Ellen DeGeneres. Et je proposais le mot de “réception faible”, par analogie avec les fameux “liens faibles” développés dans les réseaux sociaux entre les acteurs.

Sur le long terme, l’internaute ira peut-être voir le show. Mais il suit déjà l’émission. C’est ce que les broadcasters de tous les pays doivent comprendre en installant une vraie présence, et de l’échange “qualifiée” et pas simplement du marketing, sur les réseaux sociaux. Bref, penser leurs émissions à l’âge du RSS et du partage constant. Et en conséquence, envisager la sacro-sainte audience avec des mesures intégrant cette diversité d’attention.

>>>>

Tiens, puisqu’on en est aux questions de vocabulaire… Un contenu web qui passe sur papier, on appelle ça le “reverse publishing”. Et un contenu radio ou télé, qui passe d’abord par la case web, on appelle ça comment ? Du “reverse broadcasting” ?

*ça marche aussi avec Des Chiffres et des lettres, mais je n’ai pas trouvé leur fil twitter.

[Ajout de 23h14. Lors une conversation postérieure à la rédaction de ce billet, avec un producteur de documentaires old media qui veut penser sa bascule vers le nouvelles formes de diffusion, nous sommes arrivés à la conclusion suivante : la transition sera réussie quand un documentaire commencera, par exemple, avec le premier message twitter envoyé depuis le terrain. Le documentaire comme un ensemble de moments, eux-mêmes composés d’une multitude de signaux plus ou moins denses].

Du podcast à la poignée de main

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Les hasards parfois, ma bonne dame, ça vous cueille. Ce matin, c’est une émission de France Culture, eh oui, qui m’aidait à ouvrir les yeux dans le métro parisien. Les Jeux d’archives d’Antoine Perraud, derniers en date. Il s’adressait cette fois pendant une heure à Jérôme Prieur. Heureuse introduction sur le sujet de l’archive, question ouverte, surprise de l’interlocuteur et beau développement au débotté.

Une des premières archives choisies par Jérôme Prieur fut la voix d’Antonin Artaud, pour une prestation radiophonique explosive datant d’avant Pour en finir avec le jugement de Dieu (je voulais mettre en lien l’excellent site UbuWeb, mais les ayant-droits ont apparemment fait retirer l’enregistrement qu’on y trouvait). Prieur parle du Club d’Essai, qui a enregistré Artaud, et d’un ingénieur du son qu’il fit témoigner dans son film La véritable histoire d’Artaud le Momo, qu’il a réalisé en 1992 avec Gérard Mordillat. Son nom : Gervais Marchal. Ce qui m’a fait pensé qu’il y a quelques personnes qui revendiquent l’initiative d’avoir mis Artaud devant le micro du Club d’Essai. J’en avais rencontré un, Paul-Louis Mignon. Peut-être tous ont-ils raison, après tout. Je n’ai pas vu le film de Prieur et Mordillat, des pistes de réponses s’y trouvent peut-être.

Bref, plongé dans l’émission, j’arrivai ce matin dans le hall d’une fameuse chaîne culturelle franco-allemande où je tombai sur… Jérôme Prieur ! Il avait apparemment bien apprécié ce moment dans les archives sonores pour les Jeux d’Antoine Perraud et m’annonçait que j’allais entendre un canular de Francis Blanche, qui devait suivre dans l’émission. Effectivement, il a demandé à entendre une archive d’Europe (n°)1. Ce qui fut donc fait.  

Réflexion sur le passé qui s’emboîte dans le présent, l’émission entendue ce matin donna lieu à un podcast qui entrait en collision avec le monde physique… Toujours surprenant.

Comme une petite insistance

Technologie 2 commentaires »

Voilà ce que serait le nuage de tags de ce blog, s’il en avait un. Découvert Wordle aujourd’hui, qui permet de fabriquer ce type d’image en quelques clics. Beau travail de typographie (à ce point, c’est rare). A souligner, comme ça, en passant. C’est une autre manière d’analyser le contenu d’un site. Et là, je me rends compte que sur les derniers billets, peut-être que j’ai un peu insisté sur un certain moteur de recherche…

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(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Invention, son, navigation

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Le changements de supports et de mode de diffusion des contenus audiovisuels modifient le nom des choses, et appellent à l’invention. Quand on tente d’imaginer ce que pourra être la vidéo en ligne à terme, c’est-à-dire autre chose qu’une image de télévision plaquée sur un écran d’ordinateur ou sur tout écran mobile, les mots sont vite dépassés. Car enfin : “vidéo”, c’est déjà limitatif. Tout comme “émission”, “documentaire”, “fiction”… Il manque toujours la dimension de navigation, d’ergonomie, de portabilité qui devrait se faire entendre, et marquer la différence. Car ces dimensions changent l’oeuvre/ la production, l’implication du regardeur.

Un interlocuteur parlait l’autre jour d’”images qui bougent”. Et il a raison, il n’y a guère que ce vocabulaire, indéterminé, qui permette de saisir toutes les possibilités offertes et l’incertitude qui l’accompagne.

Sur le front de la radio, si l’idée d’”essaimage” sonore est portée au plus loin, la question du format (forcément régulier sur une antenne) saute. Si l’on radicalise cette logique : une production dure ce qu’elle “doit” durer, puisque l’auditeur choisit le moment où il est disponible pour écouter (tout ça n’est pas d’un bloc, évidemment). La frontière entre les genres - reportages/ documentaire notamment - est alors plus ténue. Encore une question de classification et d’invention de termes. Mais la question de la navigation et de l’ergonomie est moins forte, moins déterminante.

A moins qu’en réalité, cela nous mette devant un impératif encore plus grand d’innovation. Inventer la navigation web “dans” le son, comme il en existe une “dans” l’image… Des liens, des “interfaces” qui se passeraient de tout graphisme pour entrer directement dans nos oreilles. Mmmh… faut que je me repose, moi ;-)

Allô, la radio ?

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On a de temps en temps ce sentiment, celui de l’évidence, de la simplicité… allié à celui de la nouveauté. C’est ce qui s’est passé lors de la préparation de l’émission diffusée le 17 avril qui nous a permis d’interroger Robert Spier, directeur des activités numérique de NPR, la radio publique américaine. Parmi toutes les initiatives en ligne de NPR (dont le partenariat avec l’excellente opération StoryCorps, really exciting ! - - mais qui fait en ce moment un appel aux dons pour pouvoir maintenir ses studios mobiles), un tout petit rien ne cesse de me trotter dans la tête. Cliquez donc là (ou regardez l’image ci-dessous).

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C’est l’interface du site mobile de NPR. Qu’y voit-on ? Qu’y voit-on d’étonnant ? Aux côtés du nom de l’émission, et du mot “stream”… il y a le mot “call”. Qui signifie qu’on peut écouter le podcast en “appelant”. Le support de cette offre de contenu étant a priori un smartphone du type Iphone, NPR propose, pour entendre ses productions, d’utiliser le téléphone comme… un téléphone ! Et effectivement, en cliquant sur call, un numéro est composé. La voilà, la simplicité de l’évidence.

En ça, NPR revient même sur les premiers rapports entre productions sonores et téléphone. Les premières retransmissions de spectacles à distance se faisaient par téléphone (en filaire), alors que les conversations de personne à personne se faisaient par les appareils de radiodiffusion.

   

Les blogographes

Histoire 2 commentaires »

Mais bien sûr que c’est une honte d’appeler ça un blog. Effectivement. Pas un post en presqu’un mois. Je pourrais plaider l’emploi du temps, ce qui ne serait que vérité pure ; ou alors évoquer la fin du phénomène blog tu sais maintenant pffh depuis twitter, mais ce serait mauvaise foi crasse ; ou encore mentir effrontément en prétextant un bug je te jure j’avais trois beaux billets en mémoire et puis scratch, je sais pas ce qui s’est passé…

Mais finalement, je préfère tout bonnement battre une coulpe (la mienne), et passer vite à un autre sujet. Début 2005, j’avais été frappé par la découverte du blog de Jean-Luc Bitton, écrivain, autour d’un livre en cours : la biographie du dadaïste Jacques Rigaut. Depuis, Bitton maintient le rythme et poursuit son travail. Ce qui non seulement prépare le lecteur de la future bio, mais crée une forme artistique de références et de propos sur Jacques Rigaut, qui existeront sans et après le livre.

D’autres se sont prêtés à l’exercice. Frantz Vaillant, notamment, qui a fait de son blog un vrai bonus de sa biographie de Roland Topor. Vidéos, dessins, photos. Là, le livre est sorti, en l’occurrence chez Buchet-Chastel (pas mal du tout, au passage, riche).

Et là, je viens de tomber sur “Monsieur Bob”, par Olivier Bailly. C’est une biographie de Robert Giraud, écrivain méconnu, compagnon de bistrots de Prévert et Doisneau, et “dernier arpenteur de Paris, la ville-poème. Ce travail avait aussi fait l’objet d’un blog, un peu énigmatique je trouve (du fait aussi du côté homme de l’ombre de son héros), sorte de long teasing pour le livre. Qui vient donc de paraître. Je l’ai seulement entre les mains, vais l’attaquer. Mais de voir l’objet, cela donne toute sa valeur au blog, la démarche est complète. Beau geste, donc.

Mais pourquoi le blog est-il un format qui a séduit particulièrement ces biographes ? Solitude de l’enquête à contrer, désir d’échange en cours de travail, volonté de séduire par son sujet… Tout ça sans doute. Et ça marche, au moins sur moi, puisque j’ai lu le Topor de Vaillant, j’ai remarqué le Monsieur Bob de Bailly, et j’attends impatiemment le Rigaut de Bitton.

Démanteler Google ?

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Il y a comme qui dirait des faisceaux. Des faisceaux qui vont dans le sens d’une nette fragilisation de l’image de Google. Vous savez, le moteur de rech… Ah non, le webmail… Ah non, le fournisseur de cartes géogr… Ah non, le bureau à distance… Naon ! le fabricant de téléphon… Non, non, non, le navigat… Non plus.

Bref. Plusieurs épisodes récents ont fait quelque bruit, voire inquiété les utilisateurs (dans ce cas-là, d’ailleurs, twitter est une magnifique chambre d’écho de ces angoisses, en temps réel) :
> L’incident sur le moteur de recherches (Le 31 janvier, les sites trouvés étaient tous signalés comme dangereux par le moteur).
> la panne de Gmail
> la (légère) instabilité de Google Docs.
> la prise de parole publique de Peter Fleischer, le responsable de la protection des données personnelles chez Google, qui s’est fendu d’une tribune dans Libération le 3 mars pour expliquer que afficher la chose suivante : “Le service Street View respecte-t-il la vie privée ? La question est tout à fait légitime. Et la réponse est oui.” Mais si la nécessité d’une prise de parole publique googlienne, relativement rare, se fait sentir, son effet est toujours à double tranchant.
> … Manière de répondre à la “révolte” contre Google Street view qu’on a vu par exemple en Allemagne.
> Le navigateur Chrome qui connaît un succès très relatif.
> Google pointé du doigt lors des EGPE comme magnifique désintermédiateur en matière de publicité en ligne. Qui chagrine les régies d’un côté, et qui pressure les tarifs de l’autre.
> La crise de la pub (même si en la matière, le leader est toujours moins touché que son dauphin, et ainsi de suite)

Le questionnement sur Google n’est pas neuf, évidemment. Mais là, on dépasse la simple question habituelle du type ”que fait Google de nos données personnelles ?” - bien qu’elle reste dans doute l’interrogation majeure et qu’elle grossira encore dans les années à venir.

Car enfin, en filigrane de ces incidents objectifs, grandit une critique : celle de l’omnipotence, l’omniprésence de Google. Verra-t-on un jour un autorité demander le démantèlement de Google ? Quand Mats Carduner, DG de Google France, avait répondu aux questions de Place de la toile en novembre, il avait insisté, affirmant en substance : “Nous ne sommes pas une entreprise de contenus, mais nous permettons à nos utilisateurs d’atteindre ce qu’ils cherchent le plus rapidement et le plus justement possible”. Certes, mais quand on va sur Google Earth, on trouve bien du contenu estampillé Google. La frontière est fine entre “trouver” et “trouver quelque chose” ! Alors que comprendre dans ces propos rapportés par Mats Carduner ? Peut-être justement faut-il y lire cette crainte de la position objectivement incontournable et monopolistique. Alors, pour y faire face, Google dit : “Je ne suis qu’un maillon de la chaîne”… (C’est une simple hypothèse).

Google reste aujourd’hui l’inventeur du pagerank, l’algorythme secret et assez magique (en perpétuelle évolution) qui est à la base du moteur de recherche. L’autre invention majeure, c’est Google AdSense, qui a permis à Google d’intégrer la longue traîne des blogs et sites amateurs dans la logique publicitaire. Mais tout ça reste fragile, à la merci d’une prochaine “killer application” fabriquée dans un autre garage.

Facettes de Google qui montrent quelques signes d’instabilité (micro), structure googlienne se défendant d’une position incontournable (macro)… Quelle que soit la focale, apparaît sous nos yeux une forme de Google aux pieds d’argile. Qui reste malgré tout impressionnant.

[Billet mis à jour / forme & liens / le 23 mars]

[Actualisation 11h12 : un article signalé par Eric Scherer sur Mediawatch : “Les géants des médias US font pression sur Google pour faire remonter leurs contenus“]