Discussion entre couloir et cellule de montage : Gilles Davidas, chargé de réalisation à France Culture, me raconte une de ses dernières missions. Dominique Bromberger, fameux journaliste de France Inter, est parti au Turkmenistan pour Sur les Docks, dictature néostalinienne d’un fort beau gabarit. Démesure, interdictions en tout genre, mégalomanie despotique, oh le beau tableau. Les journalistes sont appréciés comme on l’imagine. Résultat : Dominique Bromberger n’a pu qu’exceptionnellement sortir son micro, ou de loin, ou caché.
Gilles Davidas est le réalisateur de ce documentaire. Mais problème : comment faire une émission d’une heure en ayant ce handicap de la rareté du son, mais en présence tout de même d’un témoin de premier ordre, qui plus est bon conteur et belle voix ?
De l’intérêt de connaître l’histoire de son canal. Gilles a alors ressorti de sa mémoire le nom de Stéphane Pizzella. On a beau dire, on a beau faire, plus on avance et moins il y a de gens qui ont connu Napoléon. Idem pour Pizzella, qui présentait “Les Nuits du bout du monde”, sur Paris Inter dans les années 50. Evidemment, Gilles n’a pas souvenir de Pizzella et de ses émissions, mais c’est un nom qui circule, comme celui d’un inventeur de forme, qui a popularisé le voyage radiophonique avant l’utilisation des magnétophones portatifs (”Nagra”). Il “posait” littéralement sa voix sur des musiques et des sons, pour raconter des voyages qu’il avait fait jadis… ou pas.
Reprise de l’idée et adaptation : Sur la piste de l’Ubu des steppes se retrouve être une forme originale, mélange de reportage conté, de documentaire sur le vif, d’enquête à  micro caché, à voix déformée parfois pour préserver les témoins… Avec un Dominique Bromberger dont la voix nous prend par la main et par l’oreille. Toujours écoutable ici.
En creux, aussi, cette histoire est un appel à se poser toujours la question de la forme et de ses propres habitudes de fabrication et d’oreille…   Â



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