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Tous les billets de octobre 2008

L’histoire du canal

Histoire, Son 4 commentaires »
30 oct 2008

Discussion entre couloir et cellule de montage : Gilles Davidas, chargé de réalisation à France Culture, me raconte une de ses dernières missions. Dominique Bromberger, fameux journaliste de France Inter, est parti au Turkmenistan pour Sur les Docks, dictature néostalinienne d’un fort beau gabarit. Démesure, interdictions en tout genre, mégalomanie despotique, oh le beau tableau. Les journalistes sont appréciés comme on l’imagine. Résultat : Dominique Bromberger n’a pu qu’exceptionnellement sortir son micro, ou de loin, ou caché.

Gilles Davidas est le réalisateur de ce documentaire. Mais problème : comment faire une émission d’une heure en ayant ce handicap de la rareté du son, mais en présence tout de même d’un témoin de premier ordre, qui plus est bon conteur et belle voix ?

De l’intérêt de connaître l’histoire de son canal. Gilles a alors ressorti de sa mémoire le nom de Stéphane Pizzella. On a beau dire, on a beau faire, plus on avance et moins il y a de gens qui ont connu Napoléon. Idem pour Pizzella, qui présentait “Les Nuits du bout du monde”, sur Paris Inter dans les années 50. Evidemment, Gilles n’a pas souvenir de Pizzella et de ses émissions, mais c’est un nom qui circule, comme celui d’un inventeur de forme, qui a popularisé le voyage radiophonique avant l’utilisation des magnétophones portatifs (”Nagra”). Il “posait” littéralement sa voix sur des musiques et des sons, pour raconter des voyages qu’il avait fait jadis… ou pas.

Reprise de l’idée et adaptation : Sur la piste de l’Ubu des steppes se retrouve être une forme originale, mélange de reportage conté, de documentaire sur le vif, d’enquête à micro caché, à voix déformée parfois pour préserver les témoins… Avec un Dominique Bromberger dont la voix nous prend par la main et par l’oreille. Toujours écoutable ici.

En creux, aussi, cette histoire est un appel à se poser toujours la question de la forme et de ses propres habitudes de fabrication et d’oreille…    

Les “open” administrations pour bientôt ?

Juridique, Technologie 2 commentaires »
23 oct 2008

J’ai assisté la semaine dernière, mercredi 15 octobre, à une conférence autour des Creative Commons à La Cantine, Paris 2e. C’était en réalité le premier salon CC en France. On trouvait là entre autres Mélanie Dulong de Rosnay, Matthieu Pasquini (éditeur avec In Libro Veritas), Silvain Gire d’ARTE Radio, que je connais bien (je travaille avec lui depuis lurette !)… Et puis aussi le dynamique Michel Briand, élu à Brest et directeur de la formation de Télécom Bretagne (ex-ENST Bretagne).

Petit zoom sur son intervention. Il a tenu des propos très intéressants, et frappés au coin du bon sens, résumés dans une question : pourquoi les administrations en France n’ouvrent-elles en ligne pas leurs documents de travail, leurs archives, leurs productions ? « Les Anglais le font déjà », me disait-il avant la conférence. « On les dit plus libéraux que nous, mais ils valorisent mieux que nous les travaux de leurs services publics ». Et pourquoi ne pas les ouvrir - donc - en Creative Commons, ce qui autoriserait et encouragerait la circulation de ces productions publiques (puisqu’il s’agit bien de propriété intellectuelle et de diffusion de contenu. Explication wikipédienne ici). Voilà qui bousculerait la bonne vieille Cada, camarade de classe de bien des anciens étudiants en sciences politiques !

A l’appui de cette réflexion, il prenait l’exemple d’une ville ou d’une région qui commanderait une étude à un cabinet d’expert, l’utiliserait comme prévu, puis la mettrait « au pot commun » : en ligne, à disposition. Et en particulier à disposition d’autres villes ou d’autres régions, qui pourraient ainsi éventuellement faire l’économie de l’étude en question. Ou qui pourraient l’adapter à leur cas propre. L’idée ne doit pas faire plaisir aux consultants, mais sans aucun doute au contribuable.

Ce soir, Caroline Broué et moi avons enregistré le numéro de Place de la Toile qui sera diffusée demain, autour du plan « France numérique 2012 », présenté en début de semaine par Eric Besson, qui est précisément notre invité pendant une heure.

Un des axes de ce plan (il y en a tellement que celui-ci est resté noir sur blanc sur ma feuille, pas pu en causer !), c’est justement l’administration à l’heure du numérique. L’accès aux administrations par le réseau, interopérabilité entre les administrations, échanges en ligne… Et finalement, cela dessine quelque chose qui pourrait être le préalable à l’« administration opensource » telle qu’elle est imaginée par Michel Briand. Alors pourquoi pas un cran plus loin ?

Pour une mémoire culturelle du web

Histoire, Technologie 2 commentaires »
18 oct 2008

Voilà une tribune que j’ai publiée ce jour sur le site d’information Rue89 :

« Diffuseurs et producteurs, adossés aux institutions, doivent organiser l’archivage des créations en ligne et contribuer à la transmission intellectuelle et artistique à l’heure numérique.

Les nouveaux médias ne sont ni leur propre mémoire ni leur propre archiviste. Malgré les progrès technologiques réguliers, les giga-octets qui se transforment en téra-octets, et les supports nomades qui donnent l’illusion d’avoir désormais des capacités sans limites, la production en ligne est encore dans une phase adolescente où l’accumulation simple est la règle du classement, et le stockage aléatoire celle de la conservation…

>> Lire la suite sur Rue89…

Conversation mondiale

Technologie, Journalisme 4 commentaires »
13 oct 2008

On connaissait la « Sono mondiale », qui faisait l’identité de Radio Nova dans ses premières années, préfigurant la world music. On se souvient du prophétique « village mondial » de MacLuhan. Ces derniers mois, c’est la « conversation mondiale » qui fait office de métaphore hypermédiatique. Le blogueur raccourcit ses discours, se retrouve sur le même pied que les commentateurs, l’anonymat fond (relativement). Et on se cause, on croise les discussions, les sujets… Tout ça via les plateformes dont on a déjà un peu parlé ici : twitter pour le microblogging, friendfeed pour les lifestreams... Et dont les utilisations - journalistiques particulièrement - sont encore à inventer. Une des dernières innovations-essais en date provient de Benoît Raphaël, qui a un créé un fil sur TumblR, autour de la crise financière. Le « canon à info » qu’il avait évoqué dans Place de la Toile en septembre trouve ici un nouveau support. Philippe Couve, dans l’idée de « journaliste leader de liens », vient de livrer ses « quotiliens » avec le même outil.

De la conversation mondiale, donc, le journaliste serait la vigie. L’homme ou la femme qui prend la balle au bond, l’analyse, la soupèse, la modifie et la relance ainsi lestée de son expertise, de sa validation. L’information, au sein de la conversation mondiale, est plus « traçable », le journaliste peut remonter à sa source facilement. Avant d’encourager à nouveau sa circulation, ou tenter (selon sa réputation - autre dimension capitale) de la freiner ou de la corriger.

J’ajoute une chose, histoire de faire semblant de justifier un peu le style jusque là très interrogatif des posts de ce blog encore balbutiant : et si le journaliste était aussi là pour poser des questions à sa « communauté », à ses lecteurs internautes ? Cerner l’info, l’actualiser, certes. Mais la faire naître en partageant une interrogation ? En ayant les mains et l’esprit consacrés à un domaine précis, un questionnement original, nouveau, hétérodoxe peut naître. Et avant d’avoir le temps de rassembler les éléments d’une réponse construite, on peut avoir envie de le partager et de mettre à contribution ses lecteurs pour obtenir des éléments de réponse, ou la validation de la question. Au-delà de la forme traditionnelle de l’enquête ou du sondage, cela peut AUSSI être le rôle du journaliste, dans cette conversation mondiale : initier l’échange.  

Je voulais ajouter quelques propos (interrogatifs, évidemment) sur l’« idéologie » du numérique. Plus le temps pour cette fois…  

A part ça, il paraît que le Web 2.0 est en train de mourir.

Glissements progressifs du moteur

Histoire, Technologie 2 commentaires »
9 oct 2008

Comme Joko, Google fête son anniversaire. Dix ans déjà, et pas tellement d’innovations sur la forme du moteur de recherche… Hum. Quoique. Les glissements de fonctionnalités et de graphisme sont tellement progressifs, et nos utilisations tellement quotidiennes (pour Google comme pour d’autres), qu’on ne les voit pas toujours.

A quoi ressemblait Google en 2001 ? Et le web dont il était déjà l’une des principales portes d’entrée ? La firme de Mountain View donne la réponse avec “Google 2001“, qui s’adosse à la Wayback Machine d’archive.org. Remontée dans petite histoire du réseau grand public… (2001 et pas 1998, parce que leurs données ne leur permettaient pas de remonter plus loin - - qu’ils disent).

 © Capture d’écran

Entends des voix

Son 3 commentaires »
6 oct 2008

Dans un épisode récent des Jeux d’archives, podcasté puis entendu il y a 3 jours, l’invité a partagé une interrogation personnelle. Après la diffusion d’un bout d’une dramatique radio de la haute époque (une adaptation de Madame Bovary de 1948, réalisée par Maurice Cazeneuve), Pascal Fioretto s’est demandé si les voix changeaient avec les années. Si les intonations, les notes, les accents des voix évoluaient insensiblement, et donc si l’on pouvait prendre ce type d’enregistrement comme un témoignage d’un “parler” d’une époque précise. Ou si, à l’inverse, c’était la technique qui déformait, rendait métalliques ou nasillardes ces voix d’il y a 60 ans ? 

Je me suis posé aussi cette question. Et est-ce que la télévision (et la radio), avec ces voix que l’on entend plus souvent que celles de nos voisins, n’ont pas imposé un modèle de “parler”, voire de hauteur ? Ces médias n’ont-ils pas, par glissement, imposé une voix “moyenne”, avec moins de variations parmi les individus ? Prenons l’exemple des voix d’enfants : ceux des années 70 parlent très différemment des enfants d’aujourd’hui. Ils sont… datés ! Mais d’où cela vient-il ? A quelles modes, quelles influences ces voix répondent-elles ? 

A propos de voix, justement, Jean Négroni m’avait expliqué il y a quelques années quelques registres de tons théâtraux, à l’occasion d’une rencontre autour de La Jetée, le film de Chris Marker dont il était le récitant hypnotique.

Le journaliste, “leader de liens”

Journalisme 0 commentaire »
4 oct 2008

Une conversation s’est engagée dans un couloir de France Culture hier matin, en présence de Sébastien Bailly, qui sortait de la Place de la Toile du jour, et de Philippe Couve, l’homme de l’Atelier des Medias, sur RFI, qui nous rendait visite. Ce dernier nous rappelait l’importance d’un article pointé par lui récemment, sur le rôle de journaliste aujourd’hui. Celui de vigie de l’information dans un monde de plus en plus horizontal mais rendu complexe par la multitude d’informations (au sens large), de stimuli, de signes. On recroise là le fond d’un post de Narvic, sur le journalisme de liens. “Le journaliste, leader d’opinions” + “le journalisme de liens” = le journaliste est un “leader de liens”.

Well.

Je mets ici un lien vers la vie et l’oeuvre d’Albert Londres, pour reprendre un peu de souffle…

 © tb 

Steve Ballmer existe, je l’ai vu

Economie, Technologie 4 commentaires »
2 oct 2008

Ce matin, dans un lieu dont seul le 8e arrondissement de Paris a le secret (ça s’appelle le Pershing Hall) Microsoft convoquait les journalistes pour une conférence de presse. En ouverture, Steve Ballmer lui-même, le PDG de la compagnie de Redmond, Wa.

La grande nouvelle : il était là pour annoncer l’installation de 3 centres de recherche et développement en Europe, à savoir Londres, Munich et Issy-les-Moulineaux. Il est toujours étonnant d’entendre prononcer le nom d’Issy-les-Moulineaux avec l’accent de Redmond, Wa. 

Présente elle aussi, la ministre de l’économie et des finances, Christine Lagarde (“sans doute très préoccupée par ailleurs en ce moment”, a souligné Ballmer) a prononcé un petit discours. José-Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a lui envoyé une vidéo pour se féliciter du volontarisme de Microsoft. Bref, tapis rouge.

Ballmer a affirmé que son entreprise avait dépensé 8 milliards de dollar en R&D l’année dernière, tout en reconnaissant que dans le domaine du développement, Microsoft avait une position de “challenger” et pas de “leader”. Le pôle d’Issy-les-Moulineaux sera destiné en particulier aux travaux sur la recherche mobile et le “mobile advertising”. De manière plus générale, Steve Ballmer a évoqué aussi la recherche sémantique et la recherche en langue naturelle, comme pistes à développer.

Sinon, étonnante digression de Christine Lagarde, rappelant que Microsoft était installé en France depuis 25 ans, elle a ajouté, s’adressant à Jean-Philippe Courtois, président de Microsoft international, présent dans la salle : « Vous y étiez déjà… Ce n’est pas une offense que de rappeler nos âges. Nous avons fait nos carrières sensiblement au même rythme. Même si vous avez pris une direction peut-être plus… intelligente que moi ! ».