J’ai perdu mon Ipod. Quelque part, dans le train ou dans une salle de cinéma de Pessac (1). On se méfie des virus, on se méfie des malwares, des cookies, des intrusions de toute sorte dans son système, on se barde de pare-feux. Mais rien ne vaut la bonne vieille faille humaine, la poche ouverte au mauvais moment, le manteau qui glisse. Expression vestimentaire du social engineering.Â
Mes deux derniers souvenirs ipodesques sont les suivants (sans nostalgie, parce qu’il faut pas non plus hein bon). Il s’agit d’abord du long et douloureux processus par lequel il faut passer pour changer de poste de référence pour l’Ipod, sans effacer ce qui a déjà été téléchargé depuis des mois. Oh le bel exercice. Oh le beau cas d’école pour expliquer la différence entre système libre et système propriétaire. Car la souplesse n’est pas la caractéristique de l’Ipod (litote). Il faut jongler entre les fichiers, downloader, uploader, tenter sa chance, faire des hypothèses, prendre des risques, aller faire un tour sur les forums de vos frères ipodeurs à la dérive… Bref, sortir des automatismes Itunes/ Ipod est fortement déconseillé par Itunes/ Ipod.
L’autre souvenir, c’est celui d’une réécoute. L’ai-je déjà écrit ici ? Je milite pour l’idée suivante : la cinéphilie est née de la possibilité pour le grand public de voir et revoir des oeuvres fugitives. A savoir des films, d’abord en salle de cinéma, puis en VHS, puis en DVD. Chaque support renforçant la souplesse de la re-vision. Dans la même logique, le podcast permet l’écoute et la réécoute de masse d’émissions fugitives… De là (re)naîtra la radiophilie.
Bref. Le second souvenir de cet Ipod et de ce qu’il contenait est donc celui d’une réécoute : un épisode de la “grande traversée” Truffaut, diffusée cet été sur France Culture, signée Serge Toubiana et Manoushak Fashahi. Précisément, une archive des Après-midis de France Culture (circa 1975), trouvée par MF. On y entend un Truffaut calme, pas du tout dans l’énergie nerveuse/ passionnée qu’on ressent souvent chez lui. Il est étonnament posé. Et puis il parle seul. Les questions de son interlocuteur ont été coupées, mais de telle manière qu’on les devine quand même. On ne les entend pas mais, d’une certaine manière, elles n’ont pas disparu. Etonnant, non ? Une fois de retour au direct, au studio 168, on comprend que cet entretien, signé Michel Gonzalès, a été mené dans le noir, à la demande de Truffaut. Voilà pourquoi ce ton/ son inhabituel.
Tout cela pour dire d’une part que c’est seulement l’analyse, la réécoute, la deuxième lecture qui permet de se dire tout ça. La première écoute étant celle de la surprise et du questionnement. Et d’autre part que l’innovation en radio reste simple, à portée de main. Une interview dans le noir, et l’absence de question. Rien ne très sophistiqué là -dedans. Et pourtant, ça marque. Tentons, tentons, il en restera forcément quelque chose.
(1) J’ai fait un passage éclair, trop éclair, à Pessac (33), hier. Dans le cadre du Festival international du film d’histoire, j’ai rencontré quelques élèves journalistes de l’IJBA, qui ont produit des reportages multimédias sur le thème “2008 : mémoires de la guerre”. Allez-y donc voir, c’est en ligne. Bel exercice que de savoir quel média choisir en fonction du sujet, comment articuler chaque forme d’expression (vidéo, son, texte) dans un propos global…