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Tous les billets de mars 2009

Démanteler Google ?

Histoire, Technologie 0 commentaire »
20 mar 2009

Il y a comme qui dirait des faisceaux. Des faisceaux qui vont dans le sens d’une nette fragilisation de l’image de Google. Vous savez, le moteur de rech… Ah non, le webmail… Ah non, le fournisseur de cartes géogr… Ah non, le bureau à distance… Naon ! le fabricant de téléphon… Non, non, non, le navigat… Non plus.

Bref. Plusieurs épisodes récents ont fait quelque bruit, voire inquiété les utilisateurs (dans ce cas-là, d’ailleurs, twitter est une magnifique chambre d’écho de ces angoisses, en temps réel) :
> L’incident sur le moteur de recherches (Le 31 janvier, les sites trouvés étaient tous signalés comme dangereux par le moteur).
> la panne de Gmail
> la (légère) instabilité de Google Docs.
> la prise de parole publique de Peter Fleischer, le responsable de la protection des données personnelles chez Google, qui s’est fendu d’une tribune dans Libération le 3 mars pour expliquer que afficher la chose suivante : “Le service Street View respecte-t-il la vie privée ? La question est tout à fait légitime. Et la réponse est oui.” Mais si la nécessité d’une prise de parole publique googlienne, relativement rare, se fait sentir, son effet est toujours à double tranchant.
> … Manière de répondre à la “révolte” contre Google Street view qu’on a vu par exemple en Allemagne.
> Le navigateur Chrome qui connaît un succès très relatif.
> Google pointé du doigt lors des EGPE comme magnifique désintermédiateur en matière de publicité en ligne. Qui chagrine les régies d’un côté, et qui pressure les tarifs de l’autre.
> La crise de la pub (même si en la matière, le leader est toujours moins touché que son dauphin, et ainsi de suite)

Le questionnement sur Google n’est pas neuf, évidemment. Mais là, on dépasse la simple question habituelle du type ”que fait Google de nos données personnelles ?” - bien qu’elle reste dans doute l’interrogation majeure et qu’elle grossira encore dans les années à venir.

Car enfin, en filigrane de ces incidents objectifs, grandit une critique : celle de l’omnipotence, l’omniprésence de Google. Verra-t-on un jour un autorité demander le démantèlement de Google ? Quand Mats Carduner, DG de Google France, avait répondu aux questions de Place de la toile en novembre, il avait insisté, affirmant en substance : “Nous ne sommes pas une entreprise de contenus, mais nous permettons à nos utilisateurs d’atteindre ce qu’ils cherchent le plus rapidement et le plus justement possible”. Certes, mais quand on va sur Google Earth, on trouve bien du contenu estampillé Google. La frontière est fine entre “trouver” et “trouver quelque chose” ! Alors que comprendre dans ces propos rapportés par Mats Carduner ? Peut-être justement faut-il y lire cette crainte de la position objectivement incontournable et monopolistique. Alors, pour y faire face, Google dit : “Je ne suis qu’un maillon de la chaîne”… (C’est une simple hypothèse).

Google reste aujourd’hui l’inventeur du pagerank, l’algorythme secret et assez magique (en perpétuelle évolution) qui est à la base du moteur de recherche. L’autre invention majeure, c’est Google AdSense, qui a permis à Google d’intégrer la longue traîne des blogs et sites amateurs dans la logique publicitaire. Mais tout ça reste fragile, à la merci d’une prochaine “killer application” fabriquée dans un autre garage.

Facettes de Google qui montrent quelques signes d’instabilité (micro), structure googlienne se défendant d’une position incontournable (macro)… Quelle que soit la focale, apparaît sous nos yeux une forme de Google aux pieds d’argile. Qui reste malgré tout impressionnant.

[Billet mis à jour / forme & liens / le 23 mars]

[Actualisation 11h12 : un article signalé par Eric Scherer sur Mediawatch : “Les géants des médias US font pression sur Google pour faire remonter leurs contenus“]

Culture geek, la revanche

Histoire, Technologie 4 commentaires »
6 mar 2009

“Je l’ai pas lu, je l’ai pas vu, mais j’en ai entendu causer”, titrait Cavanna dans Charlie Hebdo, a long time ago. Je dirai la même chose de Cyprien, le film de David Charhon, avec Elie Semoun dans le rôle titre. Pas vu, mais on connaît l’histoire. Celle de Cyprien, un geek asocial, qui drague en tentant des approches maladroites, comme cette phrase à l’adresse d’une de ses collègues, qui appelle pourtant tant de développements : “Est-ce que tu rebootes en mode sans échec ?” (si je n’ai pas encore vu le film, j’ai vu les bandes-annonces).

Et puis le geek en question, moqué, repoussé, souffre-douleur, se transforme magiquement en « beau gosse » sûr de lui (ça aussi, on le comprend dans les bandes-annonces). Outre les résonances intimes que cette histoire connaîtra dans les cours de récréations des collèges,  elle est le reflet d’un phénomène qui s’accentue avec les années : celui du geek héros enfin socialisé et reconnu.

Dans Die Hard IV, qui est sorti il y a quelques mois (excusez-moi, j’ai eu quelques jours de congés, j’ai vu des films), le brave et courageux John McLane (Bruce W.) est dépassé par les armes et les arguments des forces en présence, en l’occurrence une armée de hackers qui tentent une “liquidation” (la prise de contrôle de toutes les formes de réseaux). Il est aidé, pour la traduction pratique des manipulations de code, par un jeune as des réseaux et surtout, un court moment, par un gros barbu qui vit reclus dans son “QG”, à savoir la cave de la maison de sa mère. Se méfiant de la société, de la police et tout ce qui représente l’ordre social (tout en étant ultra connecté à l’actualité connue ou souterraine), fils numérique de Thoreau, cet individu est surnommé “le Sorcier”. Et évidemment, il est celui qui permet au brave et généreux John McLane (qualifié un moment de « montre à remontoir dans un monde numérique ») de repérer la cachette des méchants. Celui-ci cessera alors d’être décalé, il retrouvera ses repères anciens et la maîtrise des choses (il gagne à la fin). Merci les geeks, chapeau « le Sorcier ».

Die Hard IV et Cyprien : la culture populaire fait du geek pur et dur son héros, ou l’adjuvant décisif de son héros. Dans le premier cas, elle en fait le complice de l’ordre social (un policier), et le ramène ainsi dans une norme admise. Dans l’autre, elle rend visible cette transformation symbolique, et en fait une transformation physique.

Bill Gates avait été le premier geek à intégrer la culture populaire. Avec le chemin suivant : il était le geek devenu milliardaire, et en ça figurait une exception – une marge officielle et reconnue. Aujourd’hui, le geek est totalement intégré à la société, qui a besoin de lui. Je suis tombé il y a quelques jours sur une annonce d’emploi qui se terminait par : « profil geek apprécié ». La sous-culture (dans le sens souterraine) du geek nourrit la culture. Ses connaissances nourrissent l’économie. Et sa figurine de Dr. Spock en latex format 1/5e qui est sur son étagère fait envie à tout le monde… Euh, ah non, ça non.