“Je l’ai pas lu, je l’ai pas vu, mais j’en ai entendu causer”, titrait Cavanna dans Charlie Hebdo, a long time ago. Je dirai la même chose de Cyprien, le film de David Charhon, avec Elie Semoun dans le rôle titre. Pas vu, mais on connaît l’histoire. Celle de Cyprien, un geek asocial, qui drague en tentant des approches maladroites, comme cette phrase à l’adresse d’une de ses collègues, qui appelle pourtant tant de développements : “Est-ce que tu rebootes en mode sans échec ?” (si je n’ai pas encore vu le film, j’ai vu les bandes-annonces).
Et puis le geek en question, moqué, repoussé, souffre-douleur, se transforme magiquement en « beau gosse » sûr de lui (ça aussi, on le comprend dans les bandes-annonces). Outre les résonances intimes que cette histoire connaîtra dans les cours de récréations des collèges, elle est le reflet d’un phénomène qui s’accentue avec les années : celui du geek héros enfin socialisé et reconnu.
Dans Die Hard IV, qui est sorti il y a quelques mois (excusez-moi, j’ai eu quelques jours de congés, j’ai vu des films), le brave et courageux John McLane (Bruce W.) est dépassé par les armes et les arguments des forces en présence, en l’occurrence une armée de hackers qui tentent une “liquidation” (la prise de contrôle de toutes les formes de réseaux). Il est aidé, pour la traduction pratique des manipulations de code, par un jeune as des réseaux et surtout, un court moment, par un gros barbu qui vit reclus dans son “QG”, à savoir la cave de la maison de sa mère. Se méfiant de la société, de la police et tout ce qui représente l’ordre social (tout en étant ultra connecté à l’actualité connue ou souterraine), fils numérique de Thoreau, cet individu est surnommé “le Sorcier”. Et évidemment, il est celui qui permet au brave et généreux John McLane (qualifié un moment de « montre à remontoir dans un monde numérique ») de repérer la cachette des méchants. Celui-ci cessera alors d’être décalé, il retrouvera ses repères anciens et la maîtrise des choses (il gagne à la fin). Merci les geeks, chapeau « le Sorcier ».
Die Hard IV et Cyprien : la culture populaire fait du geek pur et dur son héros, ou l’adjuvant décisif de son héros. Dans le premier cas, elle en fait le complice de l’ordre social (un policier), et le ramène ainsi dans une norme admise. Dans l’autre, elle rend visible cette transformation symbolique, et en fait une transformation physique.
Bill Gates avait été le premier geek à intégrer la culture populaire. Avec le chemin suivant : il était le geek devenu milliardaire, et en ça figurait une exception – une marge officielle et reconnue. Aujourd’hui, le geek est totalement intégré à la société, qui a besoin de lui. Je suis tombé il y a quelques jours sur une annonce d’emploi qui se terminait par : « profil geek apprécié ». La sous-culture (dans le sens souterraine) du geek nourrit la culture. Ses connaissances nourrissent l’économie. Et sa figurine de Dr. Spock en latex format 1/5e qui est sur son étagère fait envie à tout le monde… Euh, ah non, ça non.



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8 mars 2009 à 12:51
Une mise en perspective intéressante des états du geek. A retenir pour le 8 mars (journée de la femme), l’importance de l’antre ultime sans quoi rien de geek n’advient : “la cave de la maison de sa mère (en tant que mère, je mesure ma responsabilité :-).
9 mars 2009 à 2:06
> Waltercolor : l’antre initial du geek… la “matrice” ?
16 mars 2009 à 18:39
bonjour, mon propre souvenir me fait croire que “Je l’ai pas lu, je l’ai pas vu, mais j’en ai entendu causer” était le titre de la chronique hebdo de Jacky Beroyer dans Charlie-Hebdo… Désolé c’est pas très geek !!!!!!
17 mars 2009 à 0:05
>Cher Fanch, je me permets ce lien. En tant que tel, ça ne prouve rien, c’est un livre de Cavanna, pas la chronique. Mais je crois bien que…
http://www.hoebeke.fr/upload/19492879147d9478bc47cb.jpg