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Tous les billets de juin 2009

Twentative d’épwisement d’un lieu parisien

Non classé 15 commentaires »
13 juin 2009

Pierre Ménard sur son blog “Liminaire” a déjà tout raconté, mieux que moi (merci à lui !). Mais voilà l’histoire : me rappelant l’excellent, novateur et indépassable texte de Georges Perec “Tentative d’épuisement d’un lieu parisien” (chez Christian Bourgois), je me suis dit qu’une adaptation à l’heure de twitter pourrait faire émerger une variation intéressante sur ce thème.

Perec, dans ce texte, décrit tout ce qui se passe autour de la place St Sulpice, à Paris. Bus qui passent, mouvement de foules, singularités ou banalités du moment, l’infraordinaire, le fugace. Bref, tout ce qu’on ne décrit pas quand on décrit habituellement.

http://www.decitre.fr/gi/99/9782267019599FS.gif

Je me suis installé aujourd’hui au Carrefour des Gobelins, lieu animé, entre 14h20 et 16h20. Et j’ai twitté et décrit. M’imposant la contrainte supplémentaire d’utiliser la totalité des 140 caractères impartis par le format twitter, d’où parfois une ortho-typo un peu approximative (dans les derniers tweets, réalisés sur mobile et non plus sur ordinateur pour des raisons de batterie tombée à plat, cette dernière contrainte n’a pas toujours été respectée).

L’autre intérêt était la construction de ce texte fragmenté… en live. Le suivre en train de se faire. Ce n’est plus possible, mais le texte, dans l’ordre chronologique des tweets, en donne un tout de même une idée.

  • Temps sec, ensoleillé, chaud. Carrefour des Gobelins, Paris. Nord-Sud : av. des Gobelins. Est-Ouest : bd Arago, bd St-Marcel, bd Port-Royal.

  • Quelques lettres et mots visibles : Société Générale, afer, Barclays, Matelas sommiers, Prix Choc, LCL, MJS (carton accroché à un feu)

  • Vêtements : longue jupe noire et rose, sweat shirt vert autour de la taille, ensemble d’été beige foncé, pantalon en lin blanc, gilet

  • autres vêtements : baskets brillantes, chaussures bateau marron, mocassins à talonnettes, sandales, scratch, trois bandes, coq sportif

  • Des véhicules : bus, voitures à galerie ou sans galerie, camionnettes, dépanneuse DOSTL (?) de la police nationale, scooters, motos…

  • D’autres véhicules : une Renault Espace rouge immatriculée 92, un camion frigorifique, un taxi de la G7, un utilitaire RATP, un velib

  • “Connard! Connard !”. Puis éclats de rire. Conflit entre un piéton et un automobiliste. D’ici je peux apercevoir six passages zébrés.

  • Le carrefour des Gobelins est un noeud de bus. Je vois le 83 qui va direction Porte D’Ivry. Le 91 vers Montparnasse 2 gare TGV. Le 47.

  • Depuis le début, un utilitaire de la police n’a pas bougé, garé au coin du bd Arago et de l’av des Gobelins, face à un distribanque…

  • Le bus 27 passe. Et le 91 se détourne vers l’av des Gobelins plutôt que le bd St Marcel. Effervescence des passagers à l’intérieur…

  • Une cliente du Canon des Gobelins lit un livre intitulé: “Discover the essence of France”. Elle boit une bière, fume, et parle Anglais

  • Une cliente prend une chaise pour la mettre à sa table. Ce qui contrarie un client âgé. Alors que ce n’est ni sa table ni sa chaise…

  • Deux policiers se placent au milieu de carrefour. Flottement. Une voiture s’y met aussi. Coups de sifflets nombreux.Simple régulation?

  • Une voiture banalisée traverse. Le carrefour est bloqué avec des plots. Un convoi passe. Le camion de tout à l’heure en fait partie…

  • Une cliente questionne le garçon du café, qui affirme avec ironie : “C’est à cause d’une manif’ du MLF”. La cliente reste dubitative.

  • Phrases ouïes: “Avant on payait pas avant”, “J’ai 70 ans, j’assume”, “Non non là c’est moi”, “N’allez pas aux toilettes tous ensemble”

  • Je reconnais qqun avec qui j’ai travaillé il y a 11 ans au Nouvel Observateur, qui s’occupait des ventes et s’appelle Paule, je crois.

  • Je ferme les yeux. Les moteurs se sont calmés qq minutes. J’entends mieux les voix des gens. Et le cliquetis d’un vélo en roue libre..

  • Le vent s’est levé, un peu. Le soleil qui frappait, frappe moins fort. Odeur de cigare sur cette terrasse ouverte, chose devenue rare.

  • Un drapeau MJS (Mouvement des jeunes socialistes) fait son apparition, à l’entrée du bd Port Royal. Une petite troupe le suit. Manif ?

  • Un camion de pompier marqué “Premier secours” arrive du bd du Port Royal et prend l’avenue des Gobelins, vite mais pas trop. Sirènes.

  • Couleurs. Moins éclatantes qu’il y a 1h. Beaucoup de vert, celui des marronniers et des platanes du bd Arago. Gris : bitume, vêtements

  • Flottement. Calme avant un événement. Lequel ? Pas suivi l’actu du quartier. La police demande à 2 mobylettes de quitter le carrefour

  • Les “médias” sont là : un camion siglé France Inter, pour du reportage en direct. Un preneur de son de télévision, un JRI (caméraman).

  • Etonnant : le carrefour des Gobelins totalement bloqué. Plus un bus, plus une voiture, plus un moteur. Une moto est rappelée à l’ordre

  • une dame vient faire la bise à l’homme au cigare et discuter. Elle dit : “Elle a pas l’air d’avoir inventé le fil à couper le beurre”.

  • voilà : la manifestation attendue arrive sur le carrefour. Depuis le bd St Marcel, direction Port Royal. Les sonos prennent l’espace..

  • “En tout cas, c’est une belle balade dans Paris, sous le soleil”, dit l’animateur du cortège CFDT. Des battucada arrivent avec la CGT.

  • Slogans entendus : “Sarkozy si tu savais tes heures sup où on s’les met” // “Si t’es pour le mouvement social frappe dans tes mains”//

  • CFDT CGT CFE-CGC Sud Solidaires CGT Métallurgie Sud Territoriaux Soldiaires Justices Intersyndicale FNAC Solidaires retraités Unsa…

  • Razzy Hammadi, sec. national du PS aux services publics, est assis à une table voisine. Ballon CGT Ile de France passe en arrière-plan

  • l’essentiel du cortège est passé. Un air d’accordéon est dans le fond de l’air. Soleil est revenu. Le lunettes de soleil apparaissent.

  • Un petit garçon chante à tue-tête : « On a gagné les doigts dans le nez ! On a gagné les doigts dans le nez ! ». Ad lib…

  • un vélib passe dans le sens inverse du cortège et part vers la place d’Italie. Razzy Hammadi a quitté le Canon des Gobelins.

  • Des poussettes. Un sirop d’orgeat. On a gagné les doigts dans le nez. Une jupe à fleurs. Mélange de sonos. Une fumée de cigarette.

  • un amputé d’une jambe. Des rayban. Des ecouteurs dans des oreilles. Une grande menthe à l’eau. Il y en a marre de ces actionnaires.

  • du soleil. Il est 16h20, samedi 13 juin 2009. Fin de la Twentative d’épwisement d’un lieu parisien.

[Complément 1h10 : la totalité des échanges sur twitter autour de l’opération : http://tinyurl.com/twentative]

 © /

 

Page Twitter de @thbaumg

 

 

Podcast 1930

Histoire, Son 1 commentaire »
13 juin 2009

Tout est dans tout, et inversement. Et depuis longtemps, surtout. L’essaimage des contenus, la fragmentation de la diffusion… Voilà des idées qui reviennent de temps en temps dans les lignes du présent blog.
Mais ça ne date pas d’hier. Le flux des programmes hertziens est une illusion de flux. En matière de broadcast radiophonique plus encore qu’ailleurs.
Le métier de la radio c’est intrinsèquement de découper. Monter un reportage, c’est découper. Calibrer un documentaire, c’est découper. Faire d’une fiction une série, c’est découper.

Mieux, la radio a inventé le principe du programme à la carte. Ca s’appelle la syndication. Pareil que le dernier S de RSS : Real Simple Syndication. Mais depuis des lustres.
La syndication, c’est le principe de faire diffuser ses programmes à l’unité, par décrochage ou reprise.
Les Etats-Unis ont une grande pratique de la chose, les radios locales faisant partie de grands réseaux, de grands “networks”, auxquels elles se raccrochent entre deux moments de programmes natifs, locaux.
La France a moins cette tradition, mais le réseau France Bleu, à Radio France, est un exemple de syndication. Les banques de programmes musicaux produits par Radio France, aussi. Et FIP pratique aussi la syndication, puisqu’une FIP locale peut “décrocher” sur FIP nationale - - de manière indolore pour l’auditeur.

Or donc voilà : il n’est plus question de se dire que la radio va pouvoir s’adapter aux modes de diffusion fragmentée. Elle EST déjà un mode de diffusion fragmenté. Elle a inventé la fragmentation de la diffusion.

NPR, Radio France : politique digitale d’une radio publique, suite…

Son, Technologie 0 commentaire »
7 juin 2009

Un tweet signé Frédéric Filloux a attiré mon attention ce matin : “Pourquoi Radio France devrait s’inspirer de la stratégie numérique de National Public Radio”.

Un clic m’emmène vers son site MondayNote, où il compare le cas de la radio publique américaine NPR et celui de Radio France. Il évoque les spécificités d’organisation de la radio publique en France et surtout les enjeux politiques qui l’entourent, qui freinent, selon lui, l’adoption d’une vraie politique “digitale”.

Radio France devrait, à ses yeux, rassembler les qualités de NPR aujourd’hui : être “independent, content-rich, mass market, local.”

>>> Lisez la totalité de cette synthèse sur MondayNote…