Je me souviens que la première fois que j’ai vu Kriss, c’était début septembre 1998, au 5e étage de la Maison de la Radio. Elle allait présenter un Dimanche en roue libre.
Je me souviens que la deuxième fois que j’ai vu Kriss, je me suis retrouvé dans le studio 154 pendant la diffusion d’un Portrait sensible. Elle répondait à mes questions pendant la diffusion de ses enregistrements et jonglait allègrement entre notre discussion et ses lectures à l’antenne.
Je me souviens de “Kriss Graffiti” en écriture “fantasmagorique” signée Dali dans un petit cadre aux bords noirs.
Je me souviens d’un appel un dimanche matin en 2002 : “Bonjour, c’est Kriss !”, me sortant des limbes, répondant à un courrier et pour me parler de radio.
Je me souviens d’une porte de 2 CV, marquée “KRISSS” à la peinture rouge au pochoir, sur un mur de son salon.
Je me souviens d’une discussion téléphonique avec Kriss, alors qu’elle préparait une émission. Et l’on avait parlé d’un élément sonore qui devait durer deux minutes, mais qui ne lui convenait pas du tout. Elle m’avait parue un peu speed.
Je me souviens que j’avais compris après coup qu’elle était angoissée par cette préparation d’émission. Cela m’avait paru tellement improbable que je n’avais pas réalisé tout de suite. Et alors j’ai saisi : rien au hasard, ne pas se contenter du plus facile, ne pas jouer sur du velours.
Je me souviens d’un appel un dimanche matin : “On fait un repas, tu peux être là ?”
Je me souviens y être allé. Je ne me souviens plus ce qu’on a mangé, mais je me souviens qu’on était assis autour d’une grande table en bois dans le jardin.
Je me souviens ne pas avoir vraiment cru être là , dans le jardin de Kriss.
Je me souviens avoir vu un garçon dormir avec son bébé dans un hamac au fond du jardin, avoir entendu un chanteur chanter en fin de repas…
Je me souviens que Kriss avait le projet de construire une petite maison au fond de son jardin. Je me souviens que sa voisine n’était pas d’accord.
Je me souviens que Kriss m’avait dit : “Je pars cet été, si tu connais quelqu’un qui veut occuper la maison pendant trois semaines…”
Je me souviens avoir assisté à un Dimanche par hasard.
Je me souviens de la pause gâteaux des Dimanches en Roue Libre. Et de sa surprise d’entendre les gens lui parler de ces pauses gâteaux des années après.
Je me souviens du Portrait sensible où Kriss annonçait qu’elle serait prochainement à Metz, et qu’elle cherchait des Portraits sensibles. Je me souviens l’avoir appelée pour lui donner des noms, et je crois me souvenir qu’elle n’est finalement jamais venue à Metz pour les Portraits sensibles.
Je me souviens de Kriss me disant : “Mon père a eu le Général au téléphone, le Général lui a dit : ‘Ce ne sera pas le premier sacrifice que vous ferez pour la France’, et mon père s’est mis au garde à vous”. A propos de la désignation de Georges Gorse comme ministre de l’information.
Je me souviens quand on m’a dit que Kriss était la fille de Georges Gorse, je n’avais jamais entendu parler de Georges Gorse.
Je me souviens du thé.
Je me souviens de Michel Gonzalès dans la cave.
Je me souviens d’un appel de Kriss, je ne sais pas quel jour, me disant qu’elle était mécontente des extraits de L’Oreille en coin la concernant sur le coffret de CD L’Oreille en coin. Elle considérait que j’aurais pu trouver mieux.
Je me souviens qu’une fois qu’elle me l’avait dit, elle ne m’en a plus jamais parlé.
Je me souviens du caddie usé dans lequel elle avait mis les bandes qu’elle m’avait prêtées.
Je me souviens qu’elle m’avait dit de garder les bandes, mais de lui rendre le caddie usé.
Je me souviens que le caddie sentait l’encens, même après 3 mois chez moi.
Je me souviens de C’est la Kriss, et autour l’été, la montagne.
Je me souviens de : “On m’avait dit que si je faisais ça, je deviendrais une ‘baronne’ de France Inter. Mais moi, ça ne m’intéressait pas de devenir une ‘baronne’ de France Inter”.
Je me souviens que le lendemain d’une visite chez elle, je l’ai vue non loin de là , elle au volant de sa voiture, au feu rouge, moi traversant sur le passage pour piétons (je travaillais dans le coin). “On ne se quitte plus !”, sourire. Et à chaque fois que je suis passé à cet endroit-là , dans les mois qui ont suivi, j’y ai repensé, je jetais un coup d’oeil dans les voitures au feu. Mais ça ne s’est jamais plus produit.
Je me souviens du dernier juillet, et de sa colère contre les médecins. “J’ai l’impression d’être passée du mauvais côté de la statistique”.
Je me souviens d’un café aux Ondes, le bistrot près de Radio France, discrètement au milieu de l’équipe d’un Dimanche par hasard. Et Kriss, parlant d’une séquence qu’elle avait imaginée : “… Parce que ça, en radio, ça ne s’est jamais fait !”
Je me souviens du (tout) petit bureau des Portraits sensibles, au 5e étage de la maison de la radio.
Je me souviens de son adresse mail qui commençait par “SSIRK”.
Je me souviens de : “Moi, je m’en fiche des bruits de micros, j’aime quand ça vit, quand ça bouge”. Et je me souviens que peu de temps après, je l’avais entendu dans un Portrait sensible cogner son micro contre le verre d’un interlocuteur - bing ! - pour trinquer.
Je me souviens de cartons que j’avais aidé à descendre des étages de France Inter (”Puisque t’es là !”), qui contenaient du matériel pour Ousmane Dodo, un infirmier nomade du Niger dont elle avait fait le portrait, et qui avait provoqué un élan de générosité chez les auditeurs. Et Kriss avait monté une association pour acheminer ces dons.
Je me souviens d’un mail, à propos d’un de mes projets incertains : “Mais ça va marcher”. Et, bien plus tard, ça a marché.
Je me souviens de la porte bleue.
Je me souviens de : “Parce qu’il ne faut pas rester fâché avec les gens qu’on aime et qui ont compté pour vous”.
Je me souviens de : “ça va ça va”.
Je me souviens de la bienveillance.
Je me souviens de Kriss.
 ***
La forme du texte suivant est inspirée d’un petit livre,
pas épais mais dense,
qui s’intitule “Le Verger“,
écrit par Harry Matthews pour Georges Perec.



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5 janvier 2010 à 13:50
C’est très joli les souvenirs. C’est l’essence des émotions.
5 janvier 2010 à 19:57
nice, buddy !